Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Au MAROC en suivant FOUCAULD.

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Jeu 7 Aoû - 7:20

page 112


- Diadème.
- Collier des oasis du Bani.


... fixation dogmatique , et c'est elle qui auréole, d'un rayonnement personnel si émouvant, la plupart de nos Sahariens. Tout autres, les réflexes indigènes, qu'une civilisation rudimentaire ne prépare point à ressentir les contrastes, que l'habitude, la nécessité quotidienne orientent vers les préoccupations terre à terre du primum vivere .
A Agadir Tisint, Chleuhs et Haratins se mêlent, ceux-ci plus nombreux que ceux-là. Ils sont vêtus de khent, cotonnade indigo qui marque la proximité relative du Soudan. Le vêtement ordinaire se compose presque uniquement d'une djellaba, morceau d'étoffe de deux mètres à deux mètres cinquante de long sur un mètre à un mètre vingt de large, au milieu duquel est pratiquée une fente longitudinale où l'on passe la tête; les deux pans de la pièce tombent naturellement l'un par devant, l'autre par derrière; point de coutures; on se contente de nouer ensemble les coins des pans dans le bas. à droite et à gauche ; le côté reste nu. La plupart du temps on n'a qu'une kech-chaba; quelques riches en mettent deux, la seconde étant en coton blanc (shen). Pardessus ce vêtement les uns portent le haik de laine blanche, d'autres le burnous, parfois blanc, plus souvent brun (kheidousj, quelques-uns le khenif. On s'entoure la tête d'un étroit turban de khent, ou, plus souvent, on reste tête nue. Aux pieds on a des belras jaunes, au bras quelque amulette, au cou un cordon de cuir où sont pendus quatre objets : une ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Jeu 7 Aoû - 7:25

page 113


- Agrafe.

... pipe (1) à fourneau en bois noir du Soudan, un poinçon pour la nettoyer, une pince pour saisir la braise et allumer, enfin un sachet de cuir pour le tabac; ces sachets appelés bit, tous du même modèle, sont apportés de Tombouctou. Le costume comporte une dernière pièce, qui couvre tour à tour diverses parties du corps, c'est le caleçon. Il est de khent et descend au-dessous du genou. Les riches seuls le possèdent. A l'intérieur des ksars, ils le portent comme se porte d'ordinaire ce vêtement. Sortent-ils, ont-ils une marche à faire? Ils l’ôtent sous prétexte qu'il gêne les mouvements, et se l'enroulent autour de la tête comme renfort de turban.
Pour les femmes, le vêtement est le même que dans le reste du Maroc, une pièce d'étoffe unique attachée sur les épaules et retenue à la ceinture, le tissu au lieu d'en être comme auparavant de cotonnade blanche ou de laine, est de khent. Un voile court en khent complète le costume; elles s'en couvrent le visage devant les hommes lorsque leurs pères ou leurs maris sont présents; hors de la vue de ces derniers, elles ne le mettent pas. Comme bijoux, elles ont de grosses boucles d'oreilles d'argent, des agrafes de même métal, un grand nombre de colliers où l'ambre domine, mêlé de rial, de pièces d'un et deux francs, de grains de verre et de corail, puis des diadèmes d'argent et corail, des bracelets de corne, enfin quelques bagues d'argent. Pieds nus d'ordinaire, elles mettent pour sortir les belras rouges de toutes les Marocaines.


(1) Ici tous les hommes fument, nomades et sédentaires, les riches dans des pipes, les pauvres dans des os creux. Trois espèces de tabac viennent d'Oued Noun, du Draa et du Touat. Celle d'Oued Noun est la plus estimée. Les unes et les autres se vendent par feuilles entières et au poids. Personne ne prise, sauf les Juifs.




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 8 Aoû - 7:12

page 114


- Mejmar.

Parmi les hommes de cette région, les Chellaha et les Haratin sont en général de taille moyenne, bien faits, forts, lestes, et laids de figure; les Arabes sont presque tous petits et d'apparence chétive, avec de beaux traits. On trouve peu de femmes agréables chez les Chellaha; au contraire, beaucoup de Hartaniat sont jolies, elles se distinguent dans leur jeunesse par de grands yeux pleins de mobilité et d'expression, une physionomie ouverte et rieuse, des mouvements souples et gracieux. Les femmes des tribus nomades Ida ou Blal, Oulad lahia, etc., sont la plupart belles; en aucun lieu du Maroc, je n'ai vu d'aussi beaux types que parmi elles : elles ont la noblesse, la régularité, la grâce; leur peau est d'une blancheur extrême, celle du moins de leur visage et de leurs bras; car l'habitude de porter des habits indigo, jointe à celle de ne se jamais laver, donne à leur corps des tons foncés et bleuâtres différents de sa couleur naturelle.
Dans cette contrée comme dans le bled essiba tout entier, on ne va jamais sans armes; tant qu'on est dans l'intérieur d'un ksar ou d'un douar, on ne porte que le poignard; dès qu'on sort fût-ce pour la course la plus courte, on prend son fusil.

L'alimentation est fonction des maigres ressources ambiantes. Le matin, au réveil, le hesou; vers onze heures, l'asida; le soir, le tara avec des navets. Le hesou est une sorte de potage où entrent de l'eau, un peu de graisse ou d'huile et une poignée de farine d'orge; il se mange à la cuiller. L'asida est une bouillie épaisse ayant la consistance du tam; elle est faite de farine d'orge ou de maïs cuite avec un peu d'eau; au milieu on verse de l'huile ou du beurre fondu. Le tam est ce qu'on connaît ailleurs sous le nom de couscoussou, il se fait ici avec de l'orge. La viande ne figure ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 8 Aoû - 7:17

page 115


- Poignard.

... pas comme mets habituel dans les repas; les riches même en goûtent rarement. Le petit nombre des heureux qui ont une vache remplacent le hesou du matin par une jarre de lait aigre qu'ils boivent en mangeant des dattes.
Le thé même est chose rare et réservée aux riches, bien qu'Agadir Tisint soit un centre d'échanges commerciaux important. Il est vrai que ces ksours sont constamment soumis à la rapacité des nomades voisins et seul le prestige de quelques individualités ou la force respectée des coutumes peut protéger l'individu contre ses concitoyens. Cette rudesse de vie explique les difficultés qu'aujourd'hui encore rencontre toute tentative de pénétration dans ces régions, et combien il est nécessaire d'y pratiquer avec une longue et constante prudence la politique d'apprivoisement, grâce à laquelle, peu à peu, sans effusion de sang inutile, notre civilisation viendra atténuer la brutalité des mœurs locales.
D'ailleurs, les indigènes ont eux-mêmes senti la nécessité d'apporter quelques palliatifs et ils l'ont fait sous la forme rudimentaire d'un acte, la debiha, par lequel un étranger se place sous la protection perpétuelle d'un homme ou d'une tribu. Cela s'appelle « sacrifier sur lui, debeh alih ». Cette expression a pour origine l'ancien usage, qui n'est suivi aujourd'hui qu'en circonstances graves, d'immoler un mouton sur le seuil de l'homme à qui l'on demande son patronage. Si, comme il arrive d'habitude, la personne à qui on s'adresse l'accorde, on fait venir un marabout; et il écrit, séance tenante, un acte certifiant que le nommé un tel a sacrifié sur tel individu de telle tribu et qu'il est actuellement sous sa protection. Voici les termes dans lesquels se rédigent ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 8 Aoû - 7:29

page 116


... ces pièces : « Par la volonté de Dieu, le rabbin Iosef el Djeziri (Foucauld) sacrifie sur Haïmed ben Haioun el Harzallaoui, afin « que celui-ci le protège contre ses frères les Mekrez; ayant reçu « du juif le prix de la debiha, il devient responsable envers lui « de tous les dommages qui lui seraient faits par les Mekrez; il les « prend à sa charge et lui restituera ce qu'on lui enlèverait. De « son côté le juif s'engage à payer à Haïmed ben Haïoun dix « coudées de cotonnades chaque année. Ces conditions ont été « acceptées par les deux parties. Écrit en leur présence, le « 26 moharrem 1301. Le serviteur du Dieu très haut, Hamed « ben Mohammed el Haddad el Amrani. » Cette protection se paie d'ordinaire, on le voit, d'une légère redevance annuelle; seuls quelques grands seigneurs se font un point d'honneur de ne rien demander. Il faut choisir aussi un homme loyal, car si la debiha assure contre les concitoyens du protecteur, elle ne garantit pas contre lui.
Malgré ces précautions, Foucauld devait à plusieurs occasions éprouver l'insuffisance de semblables protections. Il devait aussi, par contre, trouver des dévouements dont il attribue le mérite à des circonstances extérieures à lui. Est-ce bien sûr? Et son humilité ne minimise-t-elle pas cet attrait personnel qui lui avait déjà acquis dans le Nord les bons offices du Sid de Boujad? C'est pourtant exclusivement au bon accueil reçu en Algérie par les pèlerins marocains qu'il doit, à l'en croire, celui de certains habitants d'Agadir Tisint. Plusieurs, je le sus depuis, se doutèrent que j'étais chrétien; ils n'en dirent mot, comprenant mieux que moi peut-être, les dangers où leurs discours pourraient me jeter. L'un d'eux, le Hadj Bou Rhim ould Bou Rzaq, devint dans la suite pour moi un véritable ami, me rendit les services les plus signalés et me sauva des plus grands périls.
On le verra bientôt.
L'important, dans le moment, était de pousser toujours plus au ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 8 Aoû - 9:22

page 117


- village de l'oasis de Tatta.

... sud, de toucher l'oued Draa. Les descriptions de Foucauld sont ici particulièrement précieuses car, aujourd'hui encore, elles constituent les seules données précises que nous possédions sur ces régions encore que notre pénétration commence à les atteindre.
Tout d'abord il gagne Tatta, d'où deux raids rapides le mèneront vers son but. Après avoir franchi au Tizi n'Tizguert une
première ride montagneuse, il longe le Djebel Bani, mouvement de terrain fort curieux et l'un des plus importants du Sahara marocain. S'élevant de deux cents à trois cents mètres au-dessus du sol environnant, d'un ou deux kilomètres de largeur à la base, sans aucune largeur au sommet, elle forme une lame rocheuse, un tranchant émergeant de terre au seuil du désert. Nul contrefort, nulle chaîne, ne se rattache à cette digue isolée dans le Sahara. Elle est orientée de l'est-nord-est à l'ouest-sud-ouest, comme le cours inférieur du Draa et comme les chaînes de l'Atlas. La longueur en est grande : elle est traversée, dit-on, par le Draa, au-dessous de Tamegrout, et se développe, toujours semblable, gardant même composition, même forme, et même hauteur, jusqu'au bord de l'Océan, où elle expire au sud du
groupe de villages appelé Oued Noun. Un certain nombre de khenegs la percent,
...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 9 Aoû - 16:08

page 118


- Agadir el héna, village du Tatta.

... étroites brèches par où s'écoulent vers le Draa les eaux du Petit Atlas. Chacun de ces passages est le point de réunion de quatre ou cinq rivières, et comme l'orifice d'un entonnoir. Les eaux se trouvant assemblées en ces points, il s'est créé à chacun d'eux une oasis.
Dans le Kheneg et Teurfa, Tatta, la plus étendue des oasis entre le Draa et l'Atlantique, est du nombre. Mais là encore se marque une décadence qui tient en partie à une sorte de renversement des directions commerciales. Les transactions naguère considérables à cause des caravanes transsahariennes sont presque nulles. On se borne à chercher à Marrakech les produits européens indispensables, à demander au Sous son huile, à exporter des dattes. Le ravitaillement s'effectue par le Nord, car le Sud s'est appauvri. La décadence de Tombouctou a commencé, qu'aggraveront bientôt les ruines semées dans tout le centre africain par les tyrans noirs qu'il nous faudra, pendant trente ans, poursuivre sans relâche pour faire régner la paix dans la boucle du Niger.
Une excursion rapide conduit le voyageur aux Maders, portion du lit de l'oued Draa qui se trouve au sud-ouest de Tisint et dont le fond sablonneux est fertile dès qu'il est arrosé. Lorsque, les ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 9 Aoû - 16:14

page 119


- Rue de Tatta.

... années très pluvieuses, les eaux du haut Draa arrivent jusqu'ici, elles inondent tout le lit et font une nappe infranchissable de trois à quatre kilomètres de large; les cultures sont fécondées et la récolte assurée. S'il est tombé quelques pluies, mais non assez pour déterminer la venue du Draa supérieur, les maders sont encore arrosés; les rivières au confluent desquelles ils sont situés leur apportent leur tribut : dans ce cas, chaque mader est fertilisé, mais le lit n'est pas rempli; le peu d'eau qui y entre coule dans trois rigoles qui sont au milieu.
Cette année-là ayant été bonne, le lit de l'oued Draa, d'habitude désert, présente l'aspect le plus gai et le plus animé. Au lever du jour, une multitude de feux s'allument le long des deux rives, perçant le brouillard du matin : c'est le premier repas qui s'apprête en silence. Puis chacun quitte le bivac et se met au travail; les vapeurs s'élèvent peu à peu; au-dessous des pentes du flanc gauche, encore d'un violet sombre, le soleil illumine le fleuve dont les sables se colorent d'un rosé doux : la vie renaît, le lit se couvre de monde; les laboureurs le parcourent en tous sens : on n'entend que les hennissements, les mugissements des animaux et les cris des conducteurs qui les excitent.


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Dim 10 Aoû - 6:57

page 120


Les fertiles terres des maders, quelque incultes qu'elles soient la plus grande partie de l'année, ont toutes leurs possesseurs. Chacun connaît sa parcelle. Un champ au mader s'achète, se loue comme un autre bien. Tant qu'il ne tombe pas de pluie, on ne s'en occupe pas; à l'apparition des premiers nuages, le propriétaire se prépare à labourer ou se met en quête d'un fermier. On passe au mader le temps du labour et des semailles, quinze jours ou trois semaines. Les hommes seuls y vont avec les bestiaux; comme provisions, on emporte de l'orge, du maïs, parfois des dattes. Jamais on ne prend de tente : tout le monde bivaque, même les nomades. Les travaux terminés, on s'en va pour ne revenir qu'au moment de la récolte, en mars.
Rentré à Tintazart, et après une autre excursion à l'ouest jusqu'aux oasis d'Aqqa, Foucauld regagne Tisint, non sans avoir éveillé quelques soupçons par ses randonnées auxquelles font écho les clabaudages des Juifs de l'endroit. La situation était de plus rendue particulièrement dangereuse par le voisinage de ces Ida ou Blal, confédération importante de fractions berbères pillardes, farouches, indomptables, ne reconnaissant de pouvoir que celui, — d'ailleurs momentané — de leurs chioukhs. Chez eux, on ne voit que de jeunes hommes : les pères ont été moissonnés dans les guerres civiles. Il en résulte une perte de substance qui s'ajoute aux conditions déjà si précaires du commerce transsaharien et qui aggrave encore la misère endémique du pays. Avec le sultan les relations sont pires encore. « Nous en avons eu, répondait au voyageur un de ces guerriers, il y a un an et demi; voici lesquelles. Moulay el Hassan, ayant, pendant sa campagne du Sahel, envoyé des secrétaires et des Mkhaznis ramasser l'impôt dans le Ras el Oued, nous dépêchâmes un rezzou s'embusquer sur leur passage : quand les gens du gouvernement revinrent avec des mulets chargés d'argent, on les attaqua, mit en fuite, et l'on amena en triomphe parmi nous le tribut des habitants ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Dim 10 Aoû - 7:03

page 121


- Laboureurs aux maders du Draa.

... du Sous et les armes et les chevaux des Mkhaznis. Telles furent les dernières relations de notre tribu avec le sultan. Je ne sache pas qu'elle en ait eu d'autres.
Une attitude si décidée contre le pouvoir chérifien n'a pas pour cause la résidence des tribus aux confins extrêmes de l'empire, loin de l'autorité centrale. D'autres exemples l'ont déjà montré pour des régions plus proches de Fès ou de Marrakech. On ne peut même uniquement arguer du seul goût de pillage s'exerçant aux dépens du Makhzen comme à ceux des simples particuliers. Il faut chercher plus loin et, en dernière analyse, noter que des épisodes comme celui-ci extériorisent l'opposition foncière, continue, des deux éléments de la population maghrébine. Les Berbères du désert ou des hauts pays, s'ils ont, à des degrés divers, adhéré à l'Islam, n'en ont accepté que la formule religieuse ; ils en repoussent les autres obligations, politiques ou sociales, en contradiction avec leurs coutumes locales, et cette opposition, dont les fluctuations ont ensanglanté l'histoire de ces régions depuis des siècles, s'affirme à toutes les occasions; la survivance et la vitalité des dialectes chleuhs sont le témoignage le moins ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Dim 10 Aoû - 7:09

page 122


- Tighellit n'I'Moquaddem.

... discutable de cette résistance. Là, moins qu'ailleurs, il ne faut pas confondre islamisation et arabisation.
Le rezzou est ici encore la véritable et principale industrie, la première des institutions. Il s'organise de la façon suivante : un ou plusieurs individus connus pour leur audace annoncent qu'on va entreprendre une razia et font appel aux hommes de bonne volonté. Des jeunes gens de la tribu se présentent ; souvent des Chellaha des ksars se joignent à eux ou prêtent leurs chevaux moyennant une part de butin. Les rezzous se composent de chameaux, de chevaux, ou de fantassins. Les derniers, parfois de quatre cents à cinq cents hommes font des expéditions de courte durée et dans un rayon peu étendu. Les autres ne dépassent pas cent combattants et opèrent au loin. Ils emmènent des chameaux chargés de dattes, s'installent auprès d'un point d'eau et envoient chaque jour des cavaliers à la découverte; l'un d'eux aperçoit-il un convoi ou des voyageurs, il vole l'annoncer. On s'élance à la poursuite de la proie, on s'empare des marchandises, on dépouille les hommes : s'ils appartiennent à des tribus éloignées, à des tribus faibles, ou si ce sont des Juifs, on les renvoie ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Dim 10 Aoû - 7:13

page 123


... nus., mais vivants; s'ils sont d'une fraction proche et de qui l'on redoute des représailles, on les tue pour sauver le secret. Puis on revient aux chameaux et on guette de nouveau. Tant que durent les dattes on reste en embuscade dans le même lieu, ou à des points d'eau voisins; lorsqu'il n'y en a plus on s'en retourne. Quelquefois le rezzou tombe à l'improviste sur des douars d'une tribu voisine qu'il sait isolés ou mal gardés. Les Ida ou Blal, ces impies qui ne veulent pas entendre parler de religieux, ne partent jamais pour une razia sans en avoir un dans leurs rangs. Ils l'emmènent pour prier Dieu de rendre l'expédition fructueuse : chaque jour il demande au Seigneur de favoriser le rezzou, de faire tomber de nombreux voyageurs dans ses pièges, de lui inspirer les meilleures embuscades. On paie ses services sur les bénéfices de l'opération.
Aujourd'hui encore, ces rezzous continuent à entraver l'achèvement de la tâche constructive poursuivie par la France dans le désert. Un progrès pourtant, la parade à ces brigandages est trouvée. Pour les faire disparaître, seule est nécessaire une volonté de politique continue et d'autorité, une énergie constamment tendue à ne laisser aucune attaque sans sanction. Foucauld ne recueillait-il pas en plein désert marocain l'écho des agressions impunies dont alors, à des centaines de kilomètres vers l'est, nos forces algériennes étaient l'objet autour du Figuig.


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 11 Aoû - 8:13

page 125



DU SAHARA VERS MOGADOR, OU L'AMITIÉ DANS LE PÉRIL

L'EXPLORATEUR allait d'ailleurs éprouver pour lui-même les inconvénients graves de cette perméabilité du Sahara aux nouvelles de toutes sortes. Il devait aussi rencontrer dans cette ambiance sinistre une amitié et un dévouement à toute épreuve.
Son but atteint, Foucauld se préparait à prendre vers le nord-est, le chemin du retour. A Tisint il avait accepté l'hospitalité de ce Hartani le Hadj Bon Rhim ould Bou Rzaq dont il avait fait connaissance lors de son premier séjour. Des circonstances inattendues devaient m'amener à avoir cet homme pendant près de quatre mois comme compagnon de chaque jour. Je ne puis dire combien j'eus à me louer de lui, ni quelle reconnaissance je lui dois : il fut pour moi l'ami le plus sûr, le plus désintéressé, le plus dévoué; en deux occasions il risqua sa vie pour protéger la mienne. Il avait deviné au bout de peu de temps que j'étais chrétien; je le lui déclarai moi-même dans la suite : cette preuve ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 11 Aoû - 8:18

page 126


... de confiance ne fit qu'augmenter son attachement. Comme à Boujad, s'est accompli là un miracle de sympathie confiante et franche.
La difficulté était pour ces voyageurs sur lesquels couraient des bruits si défavorables, de trouver une protection assez sûre pour quitter la région tenue par les Ida ou Blal. Conformément aux règles du jeu et pour obéir aux préceptes de la prudence locale, on décide de gagner Mrimima pour solliciter l'annaïa de Sidi Abdallah Oumbarek, le plus célèbre Santon d'entre Sous et Draa. Les Ida ou Blal, sans foi ni loi, avares surtout d'offrandes aux quêtes des marabouts, sont mal vus à la zaouïa mais les marabouts tiennent à leur prestige, ils auront à cœur de sauvegarder le voyageur. Point de zetat qui vaille une pareille protection; et là, au moins, pas de trahison à craindre : les marabouts de Mrimima sont gens à qui l'on peut se fier. Pour le reste, simple question de prix à débattre. La rapacité de Sidi Oumbarek et de Sidi Abdallah son père va amorcer le drame. Vieillard à barbe blanche, il accueille les arrivants non sans leur exprimer son mépris pour les Juifs. Il fera cependant exception pour ceux-ci que Dieu a conduits dans sa maison, sans pourtant que sa mansuétude impose longtemps silence à sa cupidité, et il ajoute : « Voyons, les Juifs! vos pareils, quand ils se présentent, ne m'abordent que les mains pleines de toutes sortes de cadeaux; vous, vous ne m'avez rien donné; tâchez de réparer votre faute et de m'offrir quelque chose de bien : pas de khent, pas de ces objets ordinaires et grossiers; je veux quelque chose de bien. Je repasserai tout à l'heure. »
Une offre de thé, de cotonnade, deux pains de sucre est acceptée en échange du conseil de ne point se mettre en route avant quelques jours sous prétexte d'insécurité. Sollicitude réelle ou feinte? Personne au reste ne se trompait — ne se trompe — sur les mobiles de cette sollicitude. Témoin cette poésie populaire dans laquelle la verve des Chleuhs manifeste sa perspicacité : ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 11 Aoû - 8:23

page 127


Les veines du cœur, je l'ai éprouvé, passent par la main.
Il n'a pas envie d'être ton ami
Celui à qui tu ne donnes rien (1)

Sollicitude à coup sûr inattendue et partant suspecte. S'il faut savoir attendre au Maroc, il faut aussi savoir discriminer ce qui dans le retard est causé par l'habituel nonchaloir, de ce qui est ruse un peu enfantine pour gagner le temps nécessaire aux enquêtes de se compléter, aux combinaisons de se mûrir, aux embuscades de se tendre. Foucauld, qui sent cela, va jouer d'un atout maître. Il n'a pu se servir jusqu'ici de la lettre que le chérif d'Ouezzan lui avait remise. Partout où il était passé le chérif était inconnu. A Mrimima il en est autrement. Sidi Abdallah connaît les chorfas ouazzaniens. L'épître peut faire son effet, il faut tenter la chance. Dans les premiers jours, ce fut un événement : on lut l'épître en pleine mosquée; comme effets, il résulta qu'on me traita avec plus d'égards qu'auparavant, que chaque jour Sidi Abdallah me faisait une visite, et que le soir., il envoyait deux de ses fils passer la nuit dans ma chambre, honneur et protection à la fois.
Pourtant les jours passent, l'effet de la lettre diminue à mesure que les difficultés augmentent. Selon le rythme de la Caïda, on semble avoir oublié la prochaine mise en route. Veut-on interroger? Aucun interlocuteur : l'un est malade, l'autre introuvable. Insiste-t-on? C'est l'afflux des nouvelles sinistres : troupes de djicheurs prêts à fondre sur la caravane, soupçons sur la véritable identité du voyageur, et toujours le même conseil de patienter, soit que les hôtes, sans oser se livrer à des violences directes, attendent une imprudence qui dégagerait leur responsabilité, soit que les projets définitifs n'aient pas pris corps. Les conseils s'enrobent dans les belles paroles venues en cascades du fils, puis du ...

(1) Poème recueilli dans le Journal Asiatique (T.  ccxm, p. 246) par le colonel Jus-tinard, savant et affectueux collectionneur des expressions de l'âme berbère.


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 11 Aoû - 8:30

page 128


... père : « Ayez confiance en moi; je vous ferai partir en sûreté avec mon fils, quand tous ceux qui voudraient vous manger seront partis ou vous auront oubliés. Mrimima est un ventre de hyène, rendez-vous compte de tout ce qu'il y a de mauvais. Mais patience, vous en sortirez, s'il plaît à Dieu. »
Lorsqu'on n'a point vécu, même sans courir des risques comparables, de semblables heures, il est difficile de réaliser ce qu'elles peuvent être. Les chemins apparaissent fermés comme par une barrière infranchissable. Rien de matériel dans l'obstacle, il est tout moral; le vide se fait. Quoi qu'on tente, on se trouve comme paralysé; on se heurte à une manière de résistance passive supérieurement organisée. L'ami, bienveillant hier, passe en détournant la tête ou, les yeux fixés sur vous, ne vous reconnaît point. L'informateur bavard a perdu toute mémoire ; le serviteur zélé ne répond plus à l'appel; aux repas abondants des premiers jours, succèdent quelques portions étiques, mal préparées, immangeables, qui arrivent en retard et qu'on pose brutalement comme on jette à un chien un os à ronger. Les journées traînent longues, mornes, dans l'abandon et la solitude. Tente-t-on de sortir, d'aller au-devant des nouvelles? Même vide. Après quelques moments il faut rentrer découragé. Rien à faire, inutile de s'acharner dans un projet, d'essayer quelque chose, il faut attendre, attendre, attendre...
Pour Foucauld, des jours encore, et la situation se tend. A force d'avoir accumulé les retards nécessaires ou intentionnels, les marabouts se sont mis eux-mêmes en fâcheuse situation. Dans ce pays où tout se sait, le bruit d'un coup possible à faire s'est répandu ; tous les appétits se sont aiguisés dans le bled. Pour le tenter à moindre risque, quelques Ait Seddrat envoient au marabout une députation pour marchander la livraison du Juif, sous prétexte de lui servir d'escorte. Sidi Abdallah refuse, son prestige est en cause, il est menacé; il fait, nuit et jour, garder ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mar 12 Aoû - 16:58

page 129


- Village de l'Anti-Atlas.

... son hôte qui « n'est pas du tout prisonnier... » mais ne peut faire un pas sans escorte. D'ailleurs les murs de la maison sont hauts, la porte solide, rien à redouter de ce côté; mais on craint que les Ait Seddrat ne percent la muraille de pisé.
Nouvelle combinaison qui, cette fois, impressionne les marabouts : ils proposent un changement d'itinéraire ramenant le voyageur à Tisint à l'occasion d'un pèlerinage annuel pour lequel on partira dans huit jours. Il n'y a plus rien à tenter ici pour gagner le Draa, cette fois, la route apparaît bien fermée vers le Tinzoulin et, de plus, continuer à accumuler les retards, c'est, à coup sûr, risquer inutilement les pires éventualités. Il faut recourir aux grands moyens. Foucauld écrit donc à son ami le Hadj Bou Rhim, lui peint la situation, lui demande de le venir chercher. Un mendiant, que personne ne songera à arrêter, porte la lettre.
Et la dramatique situation se dénoue tout à coup, car l'amitié agit avec cette célérité qui en accroît le prix, cette décision, cette spontanéité qui apparaît à quiconque ne connaît pas le Maroc incompréhensible et comme inconciliable avec les habitudes de nonchalance et de finasserie prêtées par lui aux indigènes. Pour les autres, pour ceux surtout qui en ont éprouvé personnellement les effets, cette brusquerie révèle seulement les qualités de cœur qui, là aussi, savent donner leur dévouement sans marchander. Aussi le lendemain, à sept heures du matin, grand mouvement dans le village : une troupe de vingt-cinq fantassins et deux cavaliers y arrive tout à coup et entre droit dans ma cour. C'est le Hadj qui vient me prendre. Il a reçu mon billet ...



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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mar 12 Aoû - 17:03

page 130


- Djebel Bani, au sud de Tatta.

... cette nuit. Il s'est levé aussitôt, a couru chez ses frères et ses parents; chacun s'est armé et l'a rejoint avec ses serviteurs; ils se sont mis en marche et les voici. Une demi-heure après, je reprenais avec eux le chemin d'Agadir Tisint. Les marabouts nous voyaient partir avec inquiétude : ils craignaient pour nous une attaque des Ait Seddrat. Ceux-ci cherchaient le pillage et non le combat : voyant la force de l'escorte, ils n'osèrent se présenter.
... Les jours ont passé. L'ami fidèle a survécu une vingtaine d'années à l'événement. Au cours de son exploration de 1904-1905, le marquis de Segonzac apprit la mort déjà vieille de deux ans du Hadj Bou Rhim, décédé à Tisint. « II était, dit-il, tombé dans la misère, et avait été recueilli dans l'une des six maisons que les Zenaga possèdent au pied du Djebel Taimzour. Ses fils Mohammed et Abd er Rahman se sont expatriés sans laisser de traces. »
En cette occasion, Segonzac qui venait de voir après tant de jours cesser sa captivité chez les Ben-Tabia recueillait à ce propos le souvenir laissé dans la région par le passage d'un roumi déguisé en juif, et qui faillit être massacré à Mrimima vingt-cinq ans auparavant. Partout, d'ailleurs, la légende s'était emparée de ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mar 12 Aoû - 17:07

page 131


- Igherm.

... l'incident, elle le transformait à la manière ordinaire des contes locaux tout imprégnés de merveilleux naïf et déformateur, et le soir au hasard des haltes, au bord d'un puits, sous l'admirable voûte d'un ciel saharien, quelqu'un dit souvent l'histoire du saint homme de Béni Abbés ou de Tamanrasset (1).
« Voici en quels termes, le 22 avril 1924, le mokhazni Ahmed ben Chachen, cavalier au bureau arabe du Touat, racontait à ses compagnons faisant cercle autour de lui, comment le voyageur fut reconnu par un seigneur marocain à Mrimima, dans le sud du Maroc. « II faisait ses prières à la mosquée, avec ses compagnons de voyage (ce qui est faux); étant instruit il savait l'arabe, notre religion (ce qui est vrai). Pourtant des Arabes méchants et jaloux allèrent un jour le dénoncer chez un grand chef du Maroc. Ils l'accusèrent d'être un espion, envoyé pour renseigner les Français sur le Gharb. Aussitôt il fut arrêté et enfermé dans une maison où l'on gardait beaucoup de bêtes féroces; il y avait des lions, des panthères, et aussi des vipères aux têtes énormes, toutes dressées et sifflant. Le marabout, dès qu'il aperçut ces bêtes sauvages, eut grand'peur ; du nombril au bout des pieds, il fut paralysé ; il reprit ...

(1) Cette anecdote citée ici sous toutes réserves est rapportée par René Bazin. Charles de Foucauld et les musulmans, Revue des Deux Mondes, 1er décembre 1924, p. 504.


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mar 12 Aoû - 17:11

page 132


- Bloc de roc vers l'oued Ikhoullen.

... courage quand il vit les bêtes s'approcher et, se levant, il les combattit et les tua toutes.
« — C'était vraiment un ouali, un saint, disaient en chœur les assistants.
« Le narrateur reprenait : « Le grand chef ordonna qu'on le fît sortir de cette maison des fauves. Il lui fit remettre une robe toute neuve et un beau turban. Il lui dit : « Je sais que tu es un chrétien, « mais je ne te ferai aucun mal; continue donc ton voyage, et que « Dieu te bénisse! »
« Ainsi le marabout échappa à la mort.
« — C'était un vrai ouali, redisaient les auditeurs du mokha-zeni Ahmed. »
De retour à Tisint, que faire? Continuer l'exploration évidemment et pousser vers l'est. Mais les moyens commençaient à manquer. La chekara du voyageur s'était vidée aux hasards de la route et de l'habileté des voleurs. L'impérieuse nécessité de se procurer des fonds changea pour un moment la direction de marche. On monterait vers le nord, jusqu'à Mogador, port le plus ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 13 Aoû - 7:38

page 133


- Gorges de l'oued Ikoullen.

... proche où séjournassent des Européens, puis on reviendrait par une autre route à Tisint d'où l'on repartirait. Le guide Mardoechée attendrait là dans sa famille. Le Hadj Bou Rhim accompagnerait Foucauld avec un de ses hommes.
Vite en route, mais que de précautions encore. On part la nuit. Nous avions attendu pour sortir que le ksar fût endormi : personne n'avait été instruit de notre voyage; en s'en allant le Hadj n'avait pas dit adieu à ses femmes et à ses enfants. Si le bruit de notre départ avait transpiré il eût été à craindre que des étrangers, Beraber, Ouled lahia ou autres, toujours en foule à Agadir, n'aient couru s'embusquer sur le chemin pour nous attaquer et nous piller. De là notre départ furtif et notre marche nocturne. Le rabbin Mardoehée avait ordre de n'ouvrir la maison à personne le lendemain, et, après deux jours, de déclarer que nous étions partis pour Tazenakht, c'est-à-dire dans la direction opposée. Pareilles mesures se prennent toujours lorsqu'on doit traverser un long désert, un passage dangereux, que, comme nous, on est en petit nombre, et qu'on a des objets pouvant exciter la convoitise. Ici, il avait fallu redoubler de précautions; avec ma réputation de chrétien et d'homme chargé d'or, plus d'une bande se serait mise en campagne si mon départ avait été donné. Mes mules seules eussent suffi pour faire prendre les armes à bien des gens : en cette contrée pauvre, elles constituent un capital.
Mêmes précautions tout ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 13 Aoû - 7:42

page 134


- Agadir n'Irir.

... le long de la route désertique, montagneuse, car il faut franchir l'Anti-Atlas en utilisant comme sentiers le lit d'oueds encaissés. La petite troupe gagne ainsi Tata, Tarla, Imitecq, l'oued Akka. On se hâte malgré le mauvais chemin. Des bandes circulent dans le pays; personne sur les routes : mauvais signe que soulignent parfois de loin en loin des tombes échelonnées par groupes de deux ou trois au bord du sentier. Ces tombes rappelaient chacune un pillage, et marquaient l'endroit où avaient péri des voyageurs moins heureux.
A partir de Tizgi le pays devient plus sûr et plus riche ; maisons et jardins se montrent. Plus de khent mais des haïks, des djellabas, des burnous de laine blanche : ce n'est plus le Sahara mais le Sud-Marocain.
Le plateau qui forme ici le sommet de l'Anti-Atlas franchi, non loin de l'endroit où s'élève aujourd'hui le poste français avancé d'Igherm, au Tizi Iberkaken, le sol est moins chaotique, et des pentes, à la terre féconde, cultivée, semée d'amandiers, sont habitées par une population plus dense et plus industrieuse. A la limite septentrionale du plateau, le paysage change encore.


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 13 Aoû - 7:49

page 135


- Type de Tighemt.

D'abord vers l'oued Ikhoullan, la région est montagneuse et boisée; côtes terreuses semées de blocs de roches, grands argans, pentes raides, gorges encaissées. Au fond de ces dernières sont des ruisseaux à sec., avec des lits de galets et parfois de roc. Sur les croupes, à l'ombre des argans, poussent des genêts à fleurs jaunes de un mètre de haut; beaucoup de verdure au ras du sol; entre les rochers percent des taçououts. Ces forêts ne sont pas désertes; plusieurs villages apparaissent sur les crêtes ou à mi-côte, et un plus grand nombre au fond des ravins. Chacun d'eux a sa ceinture de jardins, plantations en amphithéâtre où croissent amandiers, grenadiers et oliviers. A l'ouest un nouveau plateau où dominent de vastes peuplements d'argan, cette sorte d'olivier caractéristique du Sous.
Ou Aidi, le compagnon de Foucauld et du Hadj Bon Rhim, mène la petite troupe dans son village d'origine. De sa maison la vue est merveilleuse : à l'ouest, dans le lointain, la plaine des Chtouka, et au delà une ligne bleue, l'Océan; au nord, la vallée de l'oued Sous, bordée par la masse sombre et les pics neigeux du Grand Atlas; au point où l'Atlas expire et où commence la mer, on distingue, à soixante-quinze kilomètres, Agadir Irir, dont les murs blancs couronnant un cône bleuâtre brillent au soleil comme un diadème d'argent.
Toute cette région, aujourd'hui pacifiée et alors réputée pacifique, ne l'était pas en toutes occasions. Cette fois, Foucauld quittant pour un moment le rôle de gibier pour celui de spectateur de la chasse, put se rendre compte des inconvénients auxquels les autochtones eux-mêmes s'exposaient lorsqu'ils rentraient chez eux à l'improviste. En passant dans la vallée de l'oued Ikhoullan, nous ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 13 Aoû - 7:55

page 136


- Kasbah d'Isafen.

... apercevons derrière nous cinq hommes, armés jusqu'aux dents, lancés à notre poursuite. Ou Addi les regarde : « Ce sont des « Ikhoullan qui courent après moi! » s'écrie-t-il. Échanger son long fusil de Chleuh contre le fusil à deux coups du Hadj, s'enfuir à toutes jambes vers le hameau le plus proche, est pour lui l'affaire de moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Le Hadj et moi restons en arrière. Les cinq Ikhoullan ne s'arrêtent pas à nous, ils nous dépassent, cherchant à rejoindre notre compagnon. Nous attendons quelque temps, très anxieux du sort de Ou Addi. Enfin, le voilà qui revient avec un notable du lieu, son ami, de qui il a eu le temps de prendre l'anaia. D'un autre côté retournent ses ennemis, arrivés trop tard pour lui faire un mauvais parti.
A mesure qu'on avance vers le nord, le pays se modifie de plus en plus. Sauf rares exceptions, plus de villages, mais des hameaux ou des demeures disséminées seules ou par petits groupes dans la campagne; plus rien de guerrier, parfois une tour se dressera entre quelques maisons, ce ne sera qu'un ornement, signe de la demeure d'un riche. Dans cette région, je cesserai de voir des jardins entourer les lieux habités; adieu figuiers, grenadiers, ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 13 Aoû - 7:57

page 137



- Caravane vers les oasis du Bani.


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