Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Au MAROC en suivant FOUCAULD.

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 22 Aoû - 6:53

page 167


- Borj de Tamnougalt.

... carte en a été dressée avec la plus extrême minutie, afin de préparer l'œuvre de pénétration directe. Nos procédés européens de guerre, rendus plus précis encore par des soins assidus, se transforment ici en moyens de pacification. Puis, un beau jour, l'apprivoisement terrestre ayant succédé à la reconnaissance aérienne, onze avions sont venus se poser à Agds. Leurs équipages attendus par les chioukhs et les populations accourues ont été fêtés; sans ruines, sans effusion de sang, un peu plus de territoire marocain était devenu français. Pouvait-il rêver cela, le Juif qui gravissait au printemps 1884 les flancs du Djebel Kisan, du haut duquel il suit des yeux l'oued Draa s'enfonçant vers le sud?
Car Foucauld a pris le chemin du retour et pique droit au nord vers le Haut Atlas où il retrouvera, arrosant d'autres districts en chapelet, l'une des deux rivières, Foued Dadès, qui, près de Taourirt du Ouarzazat, groupant ses eaux à celles de Foued Imimi, franchit par le kheneg profond de Taghia le massif de l'Anti-Atlas pour commencer sous le nom de Draa sa course vers le désert.
Une plaine encore, puis les premières pentes du Djebel Sagho qui, sur sa rive gauche, sépare le Draa de sa branche initiale. Le massif se compose d'un haut plateau, de deux mille mètres d'altitude moyenne, auquel on parvient par une longue succession de côtes, tantôt pierreuses, tantôt rocheuses, reliées entre elles par des talus escarpés. Le plateau supérieur présente une vaste surface unie et verdoyante; le sol pierreux, sans une ondulation, y est couvert d'herbe fine.


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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 22 Aoû - 6:57

page 168


- Le Djebel Sagho vers Timicha.

Là surtout campent les Ait Seddrat et les Imerran; j'y rencontrerai plusieurs groupes de tentes et des troupeaux de chameaux et de moutons. Les rampes qui y mènent forment une région très accidentée : des ravins profonds, aux flancs rocheux et escarpés, les coupent; les vallées les sillonnent; des arêtes, des pics les hérissent de leurs masses noires. Cette région tourmentée et difficile est d'ordinaire déserte. L'eau abonde dans le Sagho dont les eaux claires et courantes ne tarissent jamais; point de rivières. La verdure ne fait pas défaut : non seulement le plateau supérieur en est couvert, les côtes douces, le fond et les premières pentes des vallées sont en partie tapissés d'alfa, de melbina, de seboula el far et d'autres herbages; il existe des jujubiers sauvages; au bord de l'eau apparaît le laurier-rose : il n'est pas jusqu'aux endroits les plus rocheux, flancs de ravins, surface de talus, où l'on ne trouve, poussant entre les fentes de la pierre, de petites herbes et des fleurs.
On comprend le rôle qu'a joué ce massif dans l'économie générale de ce pays. Il ne pouvait assurément, à cause de son relief et faute de réserves hydrauliques abondantes, servir à l'établissement ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 23 Aoû - 8:36

page 169


- La vallée du Dadès.

... de sédentaires et devenir à l'orée du Sahara marocain une sorte de réplique aux oasis de Tafilelt. Des quantités d'eau trop considérables sont nécessaires pour assurer l'irrigation obligatoire des cultures. Mais les conditions locales suffisent à créer sur ces pentes des pâturages assez copieux pour attirer les pasteurs lorsque l'été les chasse des bas pays brûlés par le soleil. Aussi, le Djebel Sagho offre-t-il des ressources connues et appréciées par les tribus qui gravitent autour de lui et qui peuvent en cas de besoin venir se réfugier dans l'espèce de forteresse, de réduit défensif, d'Auvergne, a-t-on fort bien dit, qu'il constitue, si l'œuvre d'apprivoisement patiemment poursuivie par la France dans ces régions venait pour un instant à se trouver en défaut.
Le plateau traversé, la ligne de faîte franchie — c'est la dernière fois que Foucauld passera la crête de l'Anti-Atlas qu'il a tant de fois recoupée déjà — le voyageur descend brusquement dans la vallée de l'oued Dadès. En face de lui, la ligne bleue du Haut-Atlas avec ses cimes couvertes de neige ferme l'horizon; l'oued serpente à travers une vallée beaucoup moins large que celle du Draa, remplissant le tiers d'un lit sablonneux et en ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 23 Aoû - 8:53

page 170


- Tirigiout du Dadès.

... partie couvert de roseaux; c'est un torrent au courant très rapide, aux eaux jaunes et glacées. Les champs qui le bordent ne rappellent en rien les merveilles du Draa; ils présentent les cultures des pays hauts et froids. Plus un dattier; très peu d'arbres; point d'oliviers : à peine quelques rares figuiers, noyers et trembles aux alentours des ksars. Le reste n'est que champs d'orge et de blé, tapis monotone d'un vert cru, sans ombre ni gaieté. Cette végétation paraît triste à qui vient du sud.
Les ksars de l'oued Dadès ont un aspect particulier. Pour le détail des constructions ils sont pareils à ceux du Draa et de l'oued Iounil, même élégance, même pisé couvert d'ornements; mais au lieu de former un massif compact de maisons d'où émergent les tourelles des tirremts, ils sont composés chacun de plusieurs petits groupes d'habitations, séparés les uns des autres et échelonnés le long des cultures. Les demeures sont, comme dans le Draa et comme presque partout, sur la lisière et non au milieu des cultures : ici aussi les inondations sont à craindre; il n'est pas rare de voir les eaux de la rivière couvrir tout le fond de la vallée et venir battre les murailles.


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 25 Aoû - 8:54

page 171


- Kasbah d'Imanine.

Enfin, autre particularité spéciale au Dadès et aux districts environnants, Todgha, Ferkla, les ageddims, tours isolées, de dix à douze mètres de hauteur, en briques séchées au soleil, de forme carrée, percées de créneaux et garnies de mâchicoulis : elles sont surtout nombreuses sur les lignes formant frontières entre les localités; elles s'y dressent d'ordinaire par deux, se faisant face, une de chaque côté. Dès qu'éclaté une guerre entre ksars, ce qui arrive presque tous les jours, chaque parti emplit ses tours d'hommes armés, avec mission de protéger cultures et canaux et de tirer sur tout individu du camp opposé qui passe à portée; la fusillade commence aussitôt de tour à tour, fusillade vive par moments, surtout quand une troupe paraît dans la vallée pour essayer de ravager les champs de ses adversaires. Des questions de conduite d'eau donnent naissance à la plupart de ces guerres. Elles durent parfois longtemps, mais ne sont acharnées que les premiers jours; dans cette période il est rare qu'il n'y ait du sang versé; ensuite elles traînent en longueur et les hostilités se bornent à envoyer quelques coups de fusil dans le ksar ennemi, chaque ...

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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 25 Aoû - 9:08

page 172


- Rue de village du Dadès.

... fois qu'apparaît du monde sur une terrasse, dans les jardins, quand quelqu'un approche de la frontière.
L'individualisme farouche des habitants s'inscrit ainsi sur le sol et dans le paysage. Ces luttes intestines pour des intérêts vitaux, vite transformées en rivalités de leffs, en question de personnes, présentent des obstacles nombreux à la pénétration française. Il faut tout le doigté des nôtres pour atténuer la brutalité des habitudes et faire comprendre à ces querelleurs invétérés qu'il n'est pas nécessaire de recourir aux fusils pour faire triompher le bon droit et respecter les engagements.
Foucauld avait atteint l'oued Dadès à Timichcha, quelque peu en amont de l'embouchure de l'oued M'goun, au bord duquel s'est installé en 1929, notre poste de la Kelaa des M'gouna. Cette situation est importante, elle constitue entre le Haut Atlas et l'Anti-Atlas une séparation géographique autant que politique. Aujourd'hui nos efforts tendent à utiliser cette coupure pour empêcher contre nous la cristallisation des forces disséminées dans l'un et l'autre massifs. Demain, transformée par la paix, après avoir été jalonnée de points tenus par nos troupes ou nos partisans, elle assurera entre les deux massifs une liaison et une protection au pied de la chaîne principale.
Foucauld remonte l'oued Dadès en s'arrêtant au souk d'Imzour près de Tiilit pour trouver parmi les Ait Seddrat ...

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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 25 Aoû - 9:14

page 173


- Tours de garde de la vallée du Dadès.

... un zettat sûr qui puisse le conduire plus à l'est. L'arrangement a été fait en forme devant le taleb présent au marché : celui-ci a dressé un acte en partie double constatant que le Seddrati un tel s'engageait, moyennant une somme de quinze francs, payable à l'arrivée, à me conduire au Todra; il serait responsable de tout dommage qui me serait fait durant le trajet et, au cas où je ne parviendrais pas à destination, devrait à la communauté juive de Tiilit une indemnité de cinq mille francs. Il est rare qu'un Israélite se mette en route sans s'être, par un acte de ce genre, mis en sûreté contre son zettat. Qu'un Musulman promette à un Juif de l'escorter et de le protéger, et que, chemin faisant, il le pille et le tue, ce sera regardé comme une peccadille ou comme un bon tour, aussi prend-on des précautions spéciales.
Il quitte la vallée de l'oued Dadès qui s'enfonce vers le Nord-Est dans le Haut Atlas pour aborder un mouvement de terrain à travers lequel il va gagner une autre région présaharienne qui n'est pas sans analogie avec le Dadès. Il s'engage dans une immense plaine, qui commençant à l'est de l'oued Ziz et même de l'oued Gir s'étend vers l'est jusqu'à l'oued Dadès. Cette grande dépression sépare le Grand et le Petit Atlas, et s'enfonce entre les deux chaînes comme un golfe profond.
D'une façon générale la route est facile sur un sol uni, dur, souvent pierreux sans une ondulation, avec ça et là une maigre végétation herbeuse et de rares ruisseaux bordés de grands genêts blancs. Toute cette région est assez peu peuplée, quelques ksours ...

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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 25 Aoû - 9:22

page 174


- Porte du Ksar d'Amezouj.

... ça et là dans la vallée de Foued Imiter, affluent de Foued Todra, dont le sillon apparaît au loin sous la forme d'une ligne noire. L'oasis du Todra se compose uniquement des rives de l'oued Todra; c'est un long ruban dont la largeur varie de huit cents à deux mille mètres, couvert de plantations au milieu desquelles serpente la rivière. Elle est ombragée sur toute son étendue d'une multitude de palmiers auxquels se mêlent, surtout dans la partie nord et aux environs immédiats des ksars, des grenadiers, des figuiers et des oliviers, mi-cachés sous les rameaux grimpants de la vigne et des rosiers. L'oued Todra a une eau limpide et agréable au goût : son lit n'en manque jamais ; un grand nombre de canaux en dérivent, donnant en tout temps un arrosage abondant aux plantations qui le bordent. Pendant la partie de son cours où il traverse l'étage inférieur de la plaine, il coule au milieu d'une tranchée d'environ mille mètres de large, séparée du terrain voisin par des talus escarpés de huit ou dix mètres. Le fond de la tranchée de sable est couvert de cultures et de palmiers : c'est le cœur de l'oasis; la plupart du temps, dattiers et champs débordent un peu des deux côtés de l'encaissement ; jamais ils n'en dépassent beaucoup les bords; par endroits, ils s'y arrêtent. Je verrai plus loin l'oued Ziz couler à Ksar es Souk, dans une excavation semblable.
C'est un nouveau paysage qui, par place, donne à la région quelque chose de moins tranché, de moins heurté que les paysages du Draa. On sent ici la montagne neigeuse plus proche. C'est aussi, ...

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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 25 Aoû - 9:24

page 175


- La Kalaa des Mgouna.

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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 25 Aoû - 9:28

page 177


- Kasbah de l'Amghar de Timahghriouim (Imiter).

... au point de vue humain, une autre ambiance, plus rude encore, plus fruste, portant au maximum l'individualisation. L'oasis du Todra, une de sa nature, se divise au point de vue politique en deux portions : la première, le Todra proprement dit, se compose de la partie haute; elle est habitée par des Chellaha indépendants; ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 25 Aoû - 9:35

page 178


... la seconde, qui est située au-dessous d'elle et n'en est séparée par rien d'apparent, appartient aux Beraber; ils y sont mêlés; plusieurs fractions se la partagent. Dans tout le Todra, chaque localité est indépendante de ses voisines. L'oasis est fort peuplée, elle comprend cinquante à soixante ksars, échelonnés les uns contre les autres le long des plantations. La plupart sont construits en des points élevés, pour obéir à la nécessité éminente de la défense. Ici les guerres sont continuelles, journalières; elles n'ont plus pour cause unique les instincts de pillage, mais si elles se matérialisent toujours en razzia, elles ont des origines plus profondes car elles mettent aux prises deux confédérations rivales, Ait Atta et Ait Yafelman. Peu de temps avant le passage de Foucauld, une fraction de ces derniers, les Ait Moghad avaient infligé aux premiers une défaite sévère dans un district voisin, le Ferkla, pour refouler les Ait Atta vers le Sud. La situation reste aujourd'hui la même et à peine aggravée par la résistance que ces tribus belliqueuses opposent à nos efforts.
La querelle presque séculaire qui, à période donnée, se vide dans cette région, vaut à celle-ci l'aspect d'un champ clos. Déjà Foucauld notait qu'à son passage chaque jour on se tirait des coups de fusil; les fenêtres, les lucarnes des maisons étaient bouchées; on n'osait monter sur les terrasses de crainte de servir de point de mire : les localités sont si proches que, malgré le peu de portée des armes, on s'atteignait de l'une à Vautre. La différence se marque encore dans les vêtements. Les Musulmans sont habillés de haiks et de bernous de laine blanche, rarement de kheidous, ils ont d'ordinaire la tête nue; quelquefois ils la ceignent, sans la couvrir, d'un petit turban blanc; le vêtement des femmes demeure le même; à partir d'ici il sera toujours de laine ou de cotonnade blanche : plus de khent.
Enfin, le désert s'éloigne : plus de Haratin parmi la population.

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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 25 Aoû - 9:40

page 179


La situation oblige à des précautions particulières ; il faut pour une simple étape changer de zettat deux ou trois fois, d'ailleurs le Todra délaissé, la zone désertique recommence. Peu de végétation : dans les régions pierreuses, quelques touffes de thym; dans le sable, qui occupe la portion la plus grande, un peu de melbina et de jujubiers sauvages.
Le voyageur constate pour la première fois des mirages dont les déceptions accroissent la longueur du chemin entre le Todra et le Chéris. Le trajet, qui n'en est que plus fatigant, est coupé à mi-distance par une halte dans un nouveau district; le Ferkla, en tout semblable au Todra : c'est une bande de palmiers large de mille à deux mille mètres, au milieu se déroule l'oued Todra dont le lit s'emplit de nouveau d'une eau abondante et limpide. Il coule à fleur de terre; l'oasis entière est au niveau de la plaine. Le Ferkla est moins grand que le Todra : sa longueur est moindre; ses localités et ses habitants sont en nombre plus faible. Il appartient en partie aux Ait Melrad, en partie à des Chellaha isolés : leurs ksars sont mélangés; chacun de ceux-ci est indépendant, aussi bien ceux des Chellaha que ceux des Beraber. Par une exception unique, les Chellaha du Todra, du Ferkla et une partie de ceux du Ghéris gardent une liberté absolue auprès de leurs puissants voisins; ils n'ont pas sur eux la moindre debiha. A quoi faut-il l'attribuer? Sans doute à leur cohésion lorsqu'il s'agit de défendre la liberté commune, et à leur caractère belliqueux : constatation précieuse à retenir parce que faite à une date où il n'était pas question d'approches françaises, elle témoigne de la prédisposition des habitants à s'entre-tuer pour conserver une anarchie dont pâtissaient déjà, alors comme aujourd'hui, les paysans plus paisibles de certains cantons voisins.
Longtemps semblable situation a été présentée comme la résultante unique du caractère berbère. On s'en tirait à bon compte en incriminant la prédisposition des individus à la violence ...

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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 25 Aoû - 9:45

page 180


- Porte du ksar de Tarda.

... et la psychologie était réglée à coup de qualificatifs aussi vagues que définitivement péjoratifs : indomptables, farouches, brutaux. Est-ce suffisant que de répéter une fois de plus en l'occasion le traditionnel homo homini lupus? Plus on pénètre au contraire dans l'intimité maghrébine, et plus son anarchie manifeste apparaît comme l'expression d'un équilibre négatif mais trop parfait et trop durable. Aucune des forces en présence dans ce pays, et ceci est applicable à toutes les catégories de ses groupements humains, n'est ou n'a été assez longtemps suffisante pour s'imposer à ses rivales. Efforts de grandes dynasties, tentatives des chefs locaux se sont épuisés rapidement car, soucieux après la victoire d'en user au maximum à leur unique profit, les maîtres de l'heure petits et grands n'ont jamais voulu, ou pu, tenter d'édifier une œuvre durable en agrégeant à eux leurs adversaires malheureux. Ainsi les uns et les autres, sultan ou amghrar, ont épuisé leurs forces et celles des leurs d'abord à vaincre, ensuite à se maintenir jusqu'au jour où, usés par l'effort ou affaiblis par les délices d'une vie plus facile, ils ont été submergés par des appétits plus neufs ou sont tombés sous les coups des vaincus exaspérés par leur tyrannie sans frein, et ont été à leur tour replongés dans le néant.
La courbe des destins marque parfois pour les individus ou la collectivité des écarts d'une amplitude inconnue ailleurs, alors que la résultante moyenne s'inscrit par contre dans une rectitude de ligne monotone et sans saillies vers le progrès. Un semblable état se perpétuant à travers les siècles a sans nul doute accru des dispositions belliqueuses originelles ...

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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Lun 25 Aoû - 9:49

page 181


- Amezouj.

... que la France, par la stabilisation qu'elle apporte, travaille à transformer au profit de tous.
Toujours plus à l'est, le voyageur atteint le Chéris : oasis en forme et en productions semblable au Todra et au Ferkla, au Todra surtout, auquel elle est en quelque sorte symétrique. Comme lui elle est située au point où le cours d'eau qui la féconde, sort du talus rocheux et débouche de l'étage supérieur dans le second; comme lui, elle se trouve en partie en deçà du talus, resserrée au fond d'une vallée, partie au delà en plaine. C'est une bande de palmiers ombrageant des cultures au milieu desquelles coule l'oued et s'élèvent de nombreux ksars. Les constructions sont faites à la façon de celles du Draa. Peut-être ont-elles moins de moulures sur les murs; en revanche la plupart des localités possèdent des enceintes élevées, et, auprès des portes, des tours d'une grande hauteur.
Le district du Chéris forme l'extrémité, peut-on dire, du champ clos où bataillent Ait Atta et Ait Moghad. Il est ceint de ce côté ...

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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 27 Aoû - 9:41

page 182

- Ksar es Souk.

... par un talus au sable rosé semé de pierres presque sans végétation qui s'étend jusqu'à l'oued Ziz. La Hammada est vide, à peine marquée par le petit ksar de Tarda où nos troupes ont en 1929 installé un poste avancé symétrique à celui de la Kelaa des Mgouna. Au nord un premier échelon du Grand Atlas qui se dresse comme une muraille à vingt kilomètres. A mes pieds s'étend la partie inférieure que je viens de quitter, immense étendue blanche où paraissent comme deux points les oasis de Tilouin et de Mekhtara Ait Abbou; elle se prolonge toujours la même, bordée par la ligne sombre du Sarro aussi loin que porte la vue. Bientôt, l'oued Ziz apparaît sortant du flanc de l'Atlas et s'allongeant à perte de vue dans la plaine. Aucun mouvement ne borne l'horizon, ni à l'est, ni à l'ouest, ni au sud : on ne voit en ces trois directions qu'une surface plate et blanche s'étendant à l'infini; au milieu serpente la longue file des palmiers de l'oued Ziz, sans que la ligne s'en interrompe depuis le point où ils débouchent de la montagne, jusqu'à celui où on les perd des yeux aux limites de l'horizon. Les districts qui se succèdent sur les bords ...


Dernière édition par Pierre AUBREE le Mer 27 Aoû - 10:01, édité 2 fois
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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 27 Aoû - 10:00

page 183

- Patio intérieur de la kasbah.

... du Ziz sont, comme ceux du Draa, un ruban étroit se déroulant au milieu du désert : comme eux, bien que portant des noms divers, Ksar es Souk, Metrara, Reteb, Tizimi, Tafilelt, ils forment une seule oasis, bande de dattiers bordant sans interruption le fleuve, depuis le ksar le plus haut du Ksar es Souk jusqu'à la localité la plus basse du Tafilelt. La bande a, il est vrai, des largeurs variables et s'étale parfois sur plusieurs kilomètres de large, au Tafilelt notamment, quand le voisinage du Chéris et du Ziz coulant à peu de distance l'un de l'autre assure à cette région l'eau suffisante pour transformer ce coin de désert en une sorte de Mésopotamie saharienne.
Ce qui pourtant reste le plus caractéristique, c'est l'aspect de hammada immense qui s'étale, parallèlement à l'Atlas et que coupent comme d'un trait de scie très fine, les canons du Ziz, à peine dénoncés de loin ça et là par l'émergence de quelques têtes de palmiers.
Ksar es Souk, sur la rive droite de l'oued, se perd sur la ligne d'horizon ; la petite localité qui, au voisinage d'une source renommée, a protégé un centre d'échanges commerciaux, d'où son nom : la forteresse du marché, est aujourd'hui un des postes les plus intéressants pour assurer la sécurité et la pénétration du pays, parce qu'elle jalonne la route construite vers le sud jusqu'à Erfoud à l'orée du Tafilelt et parce que à la lisière ou presque de la zone insoumise vers l'est, elle observe et surveille tous les districts, Todgha, Ferkla, Chéris, restés jusqu'ici presque impénétrés depuis Foucauld. La plaine est coupée du nord ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Jeu 28 Aoû - 8:43

page 184

- Étranglement du Ziz à Foum Zabel.

... par une chaîne épaisse, rébarbative, dont la roche nue revêt la forme d'une succession de murailles à pic et à talus séparés par des côtes plus ou moins raides, tantôt rocheuses, tantôt pierreuses. Le massif est presque en entier de couleur rouge vif. L'oued Ziz traverse cette chaîne par une longue gorge aux parois escarpées, qui se changent parfois en murailles verticales; le fond a, par endroits, trois cents ou quatre cents mètres de large, souvent cinquante ou soixante. Il est sablonneux, couvert de cultures et jalonné de ksars sur presque toute sa longueur. Des dattiers ne cessent d'ombrager les cultures depuis Ksar es Souk jusqu'au ksar de Tamerrakecht. Là ils disparaissent. Dans ce défilé, le chemin est difficile, à cause de la quantité de fois qu'il faut traverser l'oued Ziz.
Cette gorge qui tantôt s'évase un peu pour se rétrécir l'instant d'après est le type même de ce que dans la toponymie marocaine on nomme El Kheneg. L'aspect en est à la fois verdoyant et sinistre, toute la vie avec la douceur des jardins, la fraîche tonalité des cultures, l'ombre épaisse des palmiers se blottit au long du fleuve dont les barrages et des seguias chantantes s'efforcent de multiplier ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 29 Aoû - 8:19

page 185

- Défilé du ZIZ.

... l'action fécondante. A la lisière du fond de la vallée, à l'endroit où la pente commence à se marquer sans être encore trop verticale, les ksours ocres, fermés, s'agrippent à la montagne. Puis, de part et d'autre, la muraille se dresse, nue, inaccessible, cernant entre ses rocs sanglants l'étroite bande turquoise laiteuse du ciel.
De nos jours, un tour de force permet le passage à travers ce lugubre et prenant canon. Une route à flanc de coteau a été tracée et construite; grâce à elle, au sentier où ahannaient en longue file piétons et bêtes de somme, une voie impériale a été substituée que parcourent à bonne vitesse autos et camions. De loin en loin, les réalisateurs de ce tour de force ont signé leur œuvre. Un chiffre 3 encadré dans la grenade à sept flammes nomme la Légion Étrangère. A un endroit pourtant, l'à-pic était si vertical qu'il faillit arrêter les efforts. On passa quand même... à travers le roc, et au débouché du tunnel, une inscription proclame le succès à la manière antique :
TUNNEL DE LA LÉGION
LA MONTAGNE
BARRAIT LA ROUTE
L'ORDRE FUT DONNÉ
DE PASSER QUAND MÊME
LA LÉGION L'EXÉCUTA.
L'ÉNERGIE DE LEURS MUSCLES
ET UNE FAROUCHE VOLONTÉ
FURENT LEURS MOYENS.
Sommes-nous  si  loin  de Foucauld voyageant au Maroc, ...




Dernière édition par Pierre AUBREE le Sam 30 Aoû - 8:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 29 Aoû - 8:23

page 186



- Dans un village du Haut-Atlas.

... c'est-à-dire réalisant le plus admirable tour de force d'endurance, de claire intelligence, qui ait été accompli au Maghreb d'autrefois? Sur ces pistes, dans ces gorges où tant d'hommes peinèrent, n'est-il pas par son exemple comme par son succès le précurseur, le modèle?
Vers le nord, le Kheneg cesse et s'ouvre par l'égueulement du Foum Zabel, la bouche du fumier, sur une vaste plaine qui s'étend jusqu'aux limites de l'horizon. Cette étendue est nue et plate; le sol en est pierreux, avec quelques parties rocheuses et d'autres sablonneuses. L'oued Ziz la traverse dans sa largeur : les deux rives du fleuve sont bordées d'un ruban continu de cultures et de villages qui se prolongent par delà la plaine, derrière la chaîne qui la limite au nord. C'est le Tiallalin.
Le Tiallalin a, comme végétation, l'aspect du bas Dadès : mêmes cultures tristes, même apparence morne, même absence d'arbres. Les champs, répartis sur les deux bords de l'oued Ziz forment une bande non interrompue d'une extrémité à l'autre du district; la bande est de largeur inégale, tantôt elle a deux mille mètres, tantôt à peine mille. Si par la pauvreté de la végétation le Tiallalin rappelle le Dadès, il ne lui ressemble en rien en ce qui concerne les ksars : les bâtiments sont de pisé sans ornement; il existe des tirremts; mais leurs quatre murs flanqués de tours sont d'une simplicité
...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 29 Aoû - 8:28

page 187

... absolue : ni découpures, ni moulures. Les constructions forment une série de villages peu espacés et non cette suite continue d'habitations qui donne au Dadès un aspect si particulier.
Aujourd'hui au centre de la plaine, un de ces villages connaît la fortune d'être devenu un centre de commandement important. A la fois base de ravitaillement à l'embranchement des routes vers le sud et vers l'est par Gourrama et Bou Denib, Kerrando joue au nord du Kheneg le rôle de Ksar es Souk au sud. Près de l'endroit où deux jours de pluie morfondaient le voyageur, s'active aujourd'hui un village en puissance.
Mais la pluie a cessé et Foucauld reprend sa marche vers le nord.
La route aujourd'hui construite vers le Haut Atlas remonte, au sortir du Tiallalin et de la plaine de Kerrando, le cours de l'oued Ziz sur quelques kilomètres. C'est sensiblement le chemin que suit Foucauld. Au loin apparaît le Djebel Ayachi couvert de neige dont la cime ne cessera de briller à ses yeux de longs jours.
Le voyageur va traverser une région aux dispositions caractéristiques. Une succession de plaines s'étage vers la crête de la chaîne, toutes fermées par des ressauts de terrain, chaînons ou plateaux qui les coupent les unes des autres, en font, toutes proportions gardées, de petits mondes séparés : on accède de l'un à l'autre par d'étroits passages, ceux creusés par un affluent du Ziz, l'oued Nzala à une exception près, le Kheneg el Abbarat. La chaîne où est percée cette brèche est une digue de plus de deux cents mètres d'élévation, à crête rocheuse et à base pierreuse; les crêtes vont en s'abaissant près du kheneg : elles diminuent d'une manière rapide et régulière, en décrivant un demi-cercle; la crête supérieure elle-même semble le décrire, de façon qu'au fond du kheneg la muraille du faîte a l'air de s'être abaissée au niveau de la rivière : aussi ce kheneg ne paraît point percé comme les autres par l'action des eaux; il semble formé par un pli de la bande ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 29 Aoû - 8:34

page 188

... rocheuse qui compose la chaîne. Il a cent mètres de long et à peine trente mètres de large; le fond comme les parois en sont de roche. Pour franchir ce passage-là il fallait, comme pour les autres, emprunter le lit même de l'oued avant la construction de la route. Ce mauvais endroit est un des lieux d'embuscade préféré de Ait Haddidou dont la renommée pillarde ne s'est point démentie jusqu'à nos jours. Tout se prête en effet aux coups de main, Fétroitesse de la voie, la difficulté de cheminer dans l'eau à travers les trous ou les galets qui roulent, la facilité de se cacher dans les rochers, puis de cerner avec quelques hommes placés en amont et en aval, les convois enfermés à droite et à gauche entre les murailles de pierres.
Au débouché septentrional du Kheneg, s'élève Nezala, un petit ksar délabré, élevé naguère par un sultan qui voulut en faire un poste d'observation et un gîte pour les voyageurs. Il ne sert plus qu'à ce dernier usage. C'est une enceinte carrée, flanquée de mauvaises tours, le tout très bas, en pisé gris; à l'intérieur se trouvent quelques maisons, résidences de cinq ou six familles habitant ici, et un grand nombre de cours, d'écuries, de hangars, la plupart à demi ruinés, où s'installent les voyageurs. Comme la situation n'a pas changé, nous avons relevé ces ruines et installé un poste de surveillance et de protection. Similia similibus... mais la route est mieux gardée aujourd'hui.
Les rebords de ces petites plaines sont parfois semés d'arbres, premières côtes boisées apparues à qui vient du sud. Les fonds sont pauvres; quelques ksours s'y remarquent : ils sont misérables, sans jardins ni cultures. Le sol est sablonneux, avec quelques pierrailles, semé de buissons de genêts ou de plaques d'alfa.
Le chemin est fréquenté par quelques convois de mules et de nombreux piétons. C'est la grande voie commerciale du Tafilelt vers Fez. C'est aussi la voie historique des invasions montant du sud. Le passage du massif est en effet ici d'une facilité assez ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 29 Aoû - 8:45

page 189

- Le ksar de Rich.

... grande. Certes le col, le Tizi n'Telghemt, est à plus de deux mille mètres d'altitude, mais l'aisance extrême avec laquelle on franchit ici le grand Atlas contraste avec les difficultés rencontrées au Tizi n'Telouet. Aucun trait de ressemblance, hors l'altitude, n'existe entre l'Atlas des Glaoua et celui-ci. Là une chaîne aux crêtes nues et rocheuses est formée de longs escarpements presque infranchissables; les deux versants, celui du nord surtout, profondément ravinés par l'action des eaux, ont perdu leur forme primitive et se présentent sous l'aspect de contreforts perpendiculaires à l'arête centrale; rocheux, tourmentés, ils cachent dans leurs flancs d'étroites vallées resserrées entre des murailles de roche, seuls refuges de la végétation et de la vie en cette contrée inaccessible, désolée, déserte. Ces vallées, comme les contreforts qui les séparent, ont leur direction normale à la ligne culminante de la chaîne. Ici au contraire, le sommet est en partie boisé : on y arrive par un chemin d'une facilité extrême : le massif se compose, non d'innombrables montagnes couvrant tout le pays avec l'apparence de rameaux perpendiculaires à un tronc, mais d'une série de chaînes parallèles à l'arête principale et séparées entre elles par des plaines qui occupent la plus grande partie de la contrée. Les cours d'eau, auprès desquels les villages sont ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 30 Aoû - 7:54

page 190


- Le Tizi n'Telghemt et la plaine de la Moulouya.

... tantôt nombreux, tantôt clairsemés, s'écoulent au niveau des plaines, traversant les diverses lignes de montagnes par autant de khenegs qui s'y ouvrent comme des portes sur leur passage... Outre cette différence de nature, les deux parties du grand Atlas en présentent une autre; le Tizi n'Glaoui était des deux côtés entouré de hautes cimes presque en tout temps couvertes de neige : il formait une dépression au milieu de montagnes très élevées. Le Tizi n'Telremt se trouve au point où la chaîne commence à décroître : à l'ouest du col s'élèvent les hautes crêtes toujours blanches du Djebel el Aiachi, l'un des massifs les plus élevés de l'Atlas; à l'est il n'y a plus de trace de neige, et la chaîne s'abaisse rapidement. Au delà du Djebel el Aiachi, elle apparaît comme un long talus brun, à la crête uniforme, allant sans cesse en décroissant. Elle s'allonge vers l'est, diminuant toujours de hauteur, jusqu'au point où on la perd de vue aux limites de l'horizon. Le chemin d'alors, comme la route d'aujourd'hui, serpente à travers des gradins boisés et monte une pente douce vers le col ; ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 30 Aoû - 7:59

page 191


... tout serait donc aisé, n'était la rapacité des hommes. On marche là sans anaia, mais comme la petite tribu qui occupe ces lieux était aux yeux du sultan responsable des pillages commis sur son territoire : pour la dédommager des bénéfices que sa soumission lui fait perdre, le gouvernement l'a autorisée à prélever un droit sur ce qui passe sur ses terres; ce droit est de un franc par bête de somme et par juif. Souvent où on ne devrait payer qu'une fois, on le fait trois ou quatre; voici comment : à peu de distance du col de Telghemt, quelques hommes nous accostèrent; ils demandèrent le montant de la redevance, nous le donnâmes; assez loin de là, dans la plaine, nous trouvâmes une forte troupe installée en travers de la route; elle déclara que nous ne passerions qu'après lui avoir remis cette même somme; le chef de la caravane de se récrier : « Nous l'avions déjà donnée. — Ceux que vous avez rencontrés étaient des escrocs; ils n'avaient droit de rien réclamer: nous seuls sommes délégués pour percevoir le péage. Vous n'irez que quand nous l'aurons reçu. » Comme la délégation se composait de quarante hommes armés, il fallut en passer par où elle voulut. De sorte que, sur cette terre du paradoxe, les pays siba, en révolte contre le souverain, étaient, toute proportion gardée, souvent moins onéreux à traverser que ceux réputés maghzen; il est vrai que les régions où fonctionnaient ces péages étaient d'ordinaire des contrées dont la population, à peine soumise, pillerait ouvertement sans qu'on puisse l'en empêcher, si on ne lui donnait cette compensation.
Mais le Tizi n'Telghemt franchi, la dépression sur le flanc nord s'accuse très brusque. C'est la vallée largement ouverte où coule l'oued Moulouia. Un long talus brun de moyenne élévation, premières pentes du Moyen Atlas, la borne au nord. Au delà se voient un grand nombre d'autres crêtes, succession de chaînes grises s'étageant les unes derrière les autres, puis, les dominant toutes, une bande bleue dont le haut est couvert de neige : c'est ...


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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 30 Aoû - 8:04

page 192


- Vallée de la Moulouya vers Ksabi.

... le faîte du Moyen Atlas, ligne uniforme où surgissent deux sommets en larges masses blanches : l'un, le Djebel Tsouqt, est au milieu de la chaîne, l'autre, le Djebel Oulad Ali, à son extrémité orientale; celui-ci termine le massif de la façon la plus brusque et la plus étrange; après s'être élevé très haut, il tombe presque à pic au bord de la vallée de la Moulouia : son versant est a l'aspect d'un talus déplus de quinze cents mètres d'élévation. Cette falaise énorme, où s'arrête court une si haute et si longue chaîne, est de l'effet le plus extraordinaire... La plaine s'étend à perte de vue vers l'est et vers l'ouest; le sol est sablonneux; de rares places sont nues, en d'autres pousse du thym : la plus grande partie est tapissée de la plante basse qu'on appelle ermes. On aperçoit de loin en loin de petits tirremts d'aspect misérable, isolés dans le désert.
En brusque ressaut une tranchée s'ouvre dans la plaine. Elle a quinze cents mètres de large; le fond en est couvert de verdure et de feuillage; à demi cachés sous la multitude des arbres fruitiers, plusieurs ksarsy montrent leurs terrasses brunes; au milieu coule un fleuve : c'est Ksabi ech Cheurfa et la Moulouia. Ksabi ech Cheurfa se compose de localités toutes situées dans la tranchée où ...


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