Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 LE MAROC ARTISTIQUE

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Paul CASIMIR




MessageSujet: LE MAROC ARTISTIQUE   Lun 20 Jan - 20:25



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Page de couverture

LE
MAROC
ARTISTIQUE

Numéro spécial
L'ART
ET LES ARTISTES




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MessageSujet: Le Maroc artistique   Lun 20 Jan - 20:28


LE MAROC ARTISTIQUE

Textes du Général LYAUTEY,
de Raymond KOECHLIN, Alfred DE TARDE, A.R. DE LENS,
et J. DE LA NEZIERE


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MessageSujet: Le Maroc artistique   Lun 20 Jan - 20:30

OUVRAGE ORNE
D'UN DESSIN ORIGINAL, avant la lettre :

" UNE NOCE JUIVE AU MAROC "

D'ALFRED DEHODENCQ

ET DE QUATRE VINGT QUATRE ILLUSTRATIONS



Dernière édition par Paul CASIMIR le Ven 12 Déc - 10:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Le Maroc artistique   Lun 20 Jan - 20:33

Il a été tiré de cet ouvrage

Vingt cinq exemplaires

dont cinq hors commerce

sur papier des Manufactures Impériales du Japon,

numérotés à la presse


 ___________


Exemplaire offert à M. Charles PEYRARD


TABLE DES MATIÈRES

_________

TEXTES
_________
.......................................................................................................... Pages

UNE LETTRE du GÉNÉRAL LYAUTEY ......................................................... 3

L'ART MAROCAIN, par RAYMOND KOECHLIN.............................................. 7

L'AVENIR DE L'ART MAROCAIN, par ALFRED DE TARDE............................... 21

LES ARTS INDIGÈNES AU MAROC, par A. R. DE LENS................................. 30

NOTRE PROTECTORAT SUR L'ART MAROCAIN, par J. DE LA NÉZIÈRE............ 47


____________________________
____________________________


Dernière édition par Paul Casimir le Ven 2 Mai - 8:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Le Maroc artistique   Lun 20 Jan - 20:35



Cliché CREVAUX

PORTRAIT DU GENERAL LYAUTEY
RESIDENT GENERAL DE FRANCE AU MAROC

( d'après le pastel de M. Marcel BASCHET )


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MessageSujet: Le Maroc artistique   Lun 20 Jan - 20:38


Photo du service des Beaux-Arts

FEZ - BAB DEKAKEN
Porte d'entrée du Palais du Sultan.


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MessageSujet: Le Maroc artistique   Lun 20 Jan - 20:40


Photo du service des Beaux-Arts

MARRAKECH - JARDIN DU PALAIS DE LA BAHIA


Photo R. Fournez

FEZ - PORTE NEUVE


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MessageSujet: Le Maroc artistique   Lun 20 Jan - 20:45

Page 3


UNE LETTRE DU GENERAL LYAUTEY

_________________________


Rabat, le 5 Juillet 1917


Mon cher Directeur  (1)
C'est avec autant de sympathie que de gratitude que j'apprends que vous avez l'intention de consacrer un numéro de notre chère Revue au Maroc artistique.

Vous avez compris — et vous ferez comprendre à vos lecteurs — que l’effort d’art poursuivi au Maroc pendant la guerre même est loin d’être négligeable. Ce n’est pas le lieu de rappeler ici la contribution que le Maroc a apportée à la Métropole dans la lutte où elle combat autant pour la liberté du monde que pour la sienne propre en lui donnant ses héroïques tirailleurs, les unités les plus solides du corps d’occupation, des chefs qui comptent parmi les plus glorieux, et, aussi, les produits de son sol.

Mais le Maroc, à demi insoumis encore, n’a pu soutenir impunément un tel effort qu’en usant de tous les moyens pour s’assurer la fidélité et l’affection des populations soumises. S’il y a réussi, c’est en maintenant la vie économique et la prospérité matérielle du peuple marocain, et c’est aussi



(1) Invité par la Direction de la Revue l’Art et les Artistes à lui faire l’honneur d’écrire quelques lignes d’introduction au numéro spécial sur le Maroc artistique, le Général Lyautey, dont l’énergie et la clairvoyance ont présidé avec tant d’éclat au développement si complexe de notre grande colonie africaine, a bien voulu se rendre à notre désir, très justifié, en nous adressant la belle lettre ci-dessus qu’accompagnait un billet dont nous nous permettons de détacher la phrase suivante :
" Bien que je me sois fait une obligation, au courant de cette guerre, de ne pas écrire  une ligne hors de celles que le service m’impose, je crois devoir faire une exception en



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MessageSujet: Le Maroc artistique   Mar 28 Jan - 10:20

page 4

en s'adressant à ce qu’il y a de plus noble dans l'âme de ce peuple fier et généreux, jaloux de ses traditions, de son histoire et de son art.

Nos protégés ont mieux compris le génie de notre race en nous voyant nous attacher à la restauration de leurs monuments, à la sauvegarde de leurs trésors que l'incurie et l'anarchie avaient laissés ruiner et gaspiller.
Nous sommes arrivés à temps pour ranimer un art qui agonisait mais vivait encore et pour provoquer ici une véritable « Renaissance ».

L'administration du Protectorat a trouvé un concours inappréciable dans une équipe d'artistes d'élite dont votre publication fait ressortir l'effort. Je suis heureux de leur témoigner ici toute ma gratitude.
Mais ne trouvez-vous pas qu'une constatation consolante se dégage entre toutes? Alors que, dans cette guerre, l’œuvre de nos ennemis se caractérise par la brutalité sauvage avec laquelle ils s'acharnent non seulement contre notre race mais contre nos monuments, contre tous les trésors d'art que les siècles nous avaient légués, ici, au contraire, la France poursuit son œuvre de reconstruction et de beauté. Tout en y imposant par les armes, aux adversaires que l'Allemagne ne cesse de lui susciter, le respect de sa force, et en y maintenant intact le domaine acquis au prix de notre sang, elle y reste fidèle à sa mission civilisatrice, au culte de l'idéal, à tout ce qui fait, au cours de sa glorieuse histoire, l'honneur de son génie.

LYAUTEY


« faveur de votre numéro Le Maroc artistique, parce que je le regarde cômme un véritable « geste de guerre »».

Oui, ce numéro est bien, en effet, un geste de guerre comme d'ailleurs tous les numéros spéciaux que l'Art et les Artistes a publiés et publiera jusqu'à la fin des hostilités.
Et nous remercions bien vivement le Général Lyautey qui, nous le savons, a suivi avec une sympathique attention le libre développement de l'Art et les Artistes depuis ses débuts, d'avoir su caractériser dans cette vivante expression tous nos efforts de propagande patriotique dignes, croyons-nous, de l'esprit de notre race, efforts de propagande qui n'ont jamais été et qui ne seront jamais interrompus... jusqu'au retour à la civilisation, époque où l'Art et les Artistes saura retrouver sa forme première, et son poste de combat dans la défense et le développement de notre art national, sous tous ses aspects.

A. D.


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MessageSujet: Le Maroc artistique   Mar 28 Jan - 10:24

page 5


Photo de France-Maroc

Le sultan se rendant à la mosquée.


Photo R. FOURNEZ

CHELLA - Tombeau de Abou-el-Mansour.


Photo R. FOURNEZ

Fès - Une fontaine.




Dernière édition par Paul Casimir le Mer 29 Jan - 11:05, édité 1 fois
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MessageSujet: Le Maroc artistique   Mar 28 Jan - 10:38

page 6


Photo du service des Beaux-Arts.
RABAT - Panorama de la ville indigène.
Vue prise de la porte des Oudaïas.

Photo du service des Beaux-Arts.
FEZ - Remparts de la ville.


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MessageSujet: Le Maroc artistique   Mar 28 Jan - 10:48

page 7


L’ART MAROCAIN



..........................’art marocain est un nouveau venu dans le monde. Quand Eugène Delacroix, le premier artiste qui ait pénétré au Maroc, accompagna en 1832 le Comte de Mornay à Meknès, il ne vit que la beauté du paysage, le pittoresque des remparts et des ruelles de la vieille cité et la couleur éclatante de la foule qui y grouillait. En 1870, c’est encore cette couleur qui charmait Henri Regnault et Clairin à Tanger. Plus tard Pierre Loti s’enthousiasma à errer dans les couloirs tragiques de Fez ou à décrire les somptuosités d’une réception diplomatique du sultan, mais aucun de ces peintres ou de ces poètes ne sembla soupçonner qu’un art raffiné se cachait derrière les murailles nues qu'il frôlait chaque jour et que l’Islam y avait créé jadis d’aussi admirables merveilles qu’à Damas, en Perse ou au Caire.

Le premier à les entrevoir fut sans doute M. de la Martinière , quelques-unes de ses excellentes photographies renseignèrent M. Saladin qui tenta grâce à elles de faire entrer les monuments du Maroc dans cette histoire générale de l’art musulman qu’il écrivait avec M. Migeon, mais sa documentation était bien maigre encore. Il fallut la pénétration française pour mettre les trésors au jour. Depuis que nos soldats et nos administrateurs se sont installés dans le pays, malgré le respect scrupuleux que le Protectorat professe pour le secret de la vie des habitants et pour ces mosquées que ne doit pas profaner la présence de l’infidèle, les palais s’ouvrent peu à peu, certains édifices religieux eux-mêmes se font moins mystérieux et l’art du passé apparaît. En même temps le présent se distingue mieux aussi et l’on reconnaît avec surprise qu’aucune région de l’Islam n’a gardé


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MessageSujet: Le Maroc artistique   Mer 29 Jan - 11:15

page 8

aussi intactes ses traditions artistiques. A propos de l’Exposition d’Art marocain récemment ouverte au Pavillon de Marsan et qui permet un coup d’œil d’ensemble, il convient de tracer les grandes lignes de l’histoire de cet art telles que nous pouvons les saisir et de montrer tout ce que fait l’administration française pour en assurer la conservation et le développement.

Les plus anciennes civilisations ont laissé des traces au Maroc et la colline de Taza a livré le secret de ses tombes préhistoriques au lieutenant Campardou qui les a fouillées, car nos officiers, comme en Tunisie ou au Cambodge, se font archéologues dans l’armée marocaine; quelques objets puniques ont été trouvés aussi, débris du commerce de Carthage, mais pour rencontrer des monuments vraiment considérables, il faut en venir à l’époque romaine; ce sont alors les ruines de Volubilis qui se présentent à nous. Les Romains eurent plusieurs établissements sur la côte du Maroc, à Tanger notamment, mais la ville moderne y recouvre la ville ancienne dont nous ne savons presque rien ; Volubilis au contraire, poste avancé vers l’Atlas qui devait contenir les Berbères toujours menaçants, appelait dans le bled la pioche du fouilleur; il est venu sous la forme du lieutenant Châtelain, un universitaire blessé au front de France, quelques centaines de prisonniers l’accompagnant, et dès maintenant le Forum est à jour, avec un arc de triomphe, une basilique et de nombreuses maisons. L’art de ces édifices est assez médiocre, il faut l’avouer; les trophées dont était décoré l’arc de triomphe paraîtront même d’une invraisemblable grossièreté pour leur date ( II° siècle), et l’on se convaincra soit que les Romains n’exportaient que de pauvres artistes dans la lointaine Tingitane, soit que les ouvriers locaux s’assimilaient malaisément le style classique ; seulement le hasard d’un heureux coup de pic a fait sortir de terre un bronze extraordinaire, un chien sloughi, qui est assurément l’une des œuvres capitales de l’antiquité trouvées dans l’Afrique du Nord; la tête basse, le corps ramassé pour le saut, il semble vivant, et l’ouvrier, un indigène sans doute, qui l’a modelé d’après quelqu’un de ces animaux si nombreux dans le pays aujourd’hui encore, nous montre pour la première fois de quoi était capable cette race si bien douée.

Cependant, ce n’est pas à la sculpture des figures qu’elle s’adonna. Après la transition byzantine dont il subsiste peu de chose, l’Islam survint et les Berbères en adoptèrent les usages; oserions-nous bien d’ailleurs marquer quelque regret devant l’étonnante floraison de monuments d’un goût si étrangement raffiné qui surgissent coup sur coup à nos yeux ? Les premières invasions arabes passèrent, il est vrai, sans laisser au Maroc les traces profondes qu’on retrouve en Tunisie et en Espagne; le VIII° siècle ne nous y montre aucun équivalent des mosquées de Kairouan et de Cordoue, les monuments du Fez de Moulay Ydriss (806) ont disparu presque tout entiers et il en va de même de ceux des Almoravides; l’histoire de l’art marocain ne commence que vers le XII° siècle avec les Almohades, mais quel éclat alors, quelle infinie variété ! Au cœur même de l’Atlas, dans la région d’où partit la nouvelle dynastie conquérante, c’est cette mosquée de Tinmel dont M. Doutté nous faisait connaître récemment les ruines si curieuses, c’est l’enceinte



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MessageSujet: Le Maroc artistique   Mer 29 Jan - 11:27

page 9



Photo du Service des Beaux-Arts.

RABAT. Le vieux Rabat. Porte Bab el Had.


Photo du Service des Beaux-Arts.

Rabat. Porte du Chella. Remparts ( motifs de la porte principale.)


Photo R. FOURNEZ

Rabat. Les ruines de la mosquée HASSAN.


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MessageSujet: Le Maroc artistique   Mer 29 Jan - 11:33

page 10


Photo du service des Beaux-Arts.

FEZ - La médersa Bou Anania pendant le ramadan.


Photo du service des Beaux-Arts.

FEZ - Porte d'entrée de la médersa Bou Anania.


Photo du service des Beaux-Arts.

FEZ - Un pont ( médersa Bou Anania.)
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MessageSujet: Le Maroc artistique - 1917 -   Jeu 13 Fév - 8:50

page 11

et la mosquée de Chella, ce joyau caché dans un vallon vert aux portes de Rabat ; c’est, à Rabat encore, la Médersa et cette porte des Oudayas qui apparaît depuis son récent dégagement comme l’un des chefs-d’œuvre de la construction militaire en pays musulman, ce sont les tours de la Koutoubiya à Marrakech et de la Mosquée de Hassan, à Rabat toujours, sœurs de la Giralda de Séville et comparables dans leur noblesse aux seuls clochers que les maîtres d’œuvres contemporains construisaient dans l’île de France ou en Normandie. Tous ces monuments sont de l’art le plus sévère, le plus puissant et le plus grand, avec parfois une pointe de grâce pourtant, comme à Chella, et ils donnent une idée singulièrement haute du goût des princes guerriers qui les élevèrent.

D’où leur venait cette civilisation ? La question n’est point encore résolue. Les Arabes ne trouvaient dans leur fond aucun art; ce n’est donc pas le leur qu’ils imposèrent aux nations conquises et il ne saurait être question au Maroc, en plein pays berbère, soit d’un art local, soit d’un art à base gréco-romaine qui se fût rénové et vivifié au contact de l’Islam, comme il advint en Syrie, en Egypte ou en Espagne. On devra donc conclure à une importation d’un de ces centres où la civilisation musulmane s’épanouit si magnifiquement, mais lequel ? La Syrie qui fut, on le sait, un des foyers les plus rayonnants du haut moyen âge et d’où sortirent tant d’idées dont nos arts roman et gothique surent faire leur profit, ne demeura naturellement pas étrangère à la création des formes d’art de l’Islam et c’est de là qu’elles partirent à la conquête des côtes de la Méditerranée. L’Egypte lui dut beaucoup, l’on peut croire que d’Egypte les influences syriennes se firent sentir sur le Maghreb, sur Kairouan d’abord, sur les vieilles cités du X° siècle dont quelques ruines subsistent en Algérie, Sedrata que P. Blanchet a retrouvée et cette Kalaa des Beni-Hammad dont successivement le général de Beylié et M. G. Marçais nous ont donné de si intéressantes études, sur Tlemcem aussi, et elles auraient passé par le Maroc en faisant route pour l’Espagne, où elles allaient si brillamment s’épanouir ; souvent en effet les traditions montrent des ouvriers syriens travaillant aux plus beaux monuments.

Toutefois, au Maroc, il put aussi y avoir en quelque façon choc en retour ; entre les dynasties marocaines et l’Espagne, les rapports étaient constants, même quand elles ne la tenaient pas sous leur domination, et rien de plus logique que d’admettre l’action d’un art si proche; l’Espagne aurait été la maîtresse du Maroc et c’est par son intermédiaire seulement que la Syrie aurait agi sur lui. Le problème, quelque intéressant qu’il soit, n’a pu encore être creusé à fond par les archéologues ; les documents leur faisaient trop défaut : l’ouverture du Maroc les leur procurera et des précisions nous seront fournies avant trop longtemps; il faut l’espérer, sur ces curieuses questions d’origines.

Quoi qu’il en soit, l’art de la dynastie qui succéda aux Almohades, celle des Mérinides, touche de près à celui de l’Espagne et rien de plus voisin de l’Alcazar de Séville ou de l’Alhambra que les Médersas de Fez. Les médersas sont les demeures où logeaient les étudiants venus de loin pour suivre les cours des Universités ; elles sont de dimension médiocre pour la



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MessageSujet: Le Maroc artistique - 1917 -   Jeu 13 Fév - 9:00

page 12

plupart et leur construction ne comportait pas le luxe d’un palais princier, mais les souverains qui les bâtirent les voulurent dignes d’eux et leurs architectes en firent souvent de parfaits chefs-d’œuvre. Il y a peu de mois que l’accès en est permis aux chrétiens ; elles sont fondations religieuses et comme telles participèrent longtemps du mystère des mosquées; mais sitôt qu’on y pénétra, ce fut un émerveillement, et des photographies, dont le beau livre de M. Gaillard sur Fez semble un vivant commentaire, permettent aujourd’hui à chacun de s’en faire une idée. Certes, l'Alhambra est incomparable et nous ne songeons pas à le rabaisser; mais sa décoration paraît un peu bien chargée et des réparations parfois indiscrètes en ont ravivé à l’excès les ors et les couleurs. A nos medersas, nulle remise à neuf; nous les voyons telles que six siècles d’usage, voire d’abandon, les ont faites, avec leurs toitures parfois ruinées, leurs coupoles écroulées, leurs faïences et leurs boiseries arrachées par places; leur grâce n'éclate pas moins, une grâce simple, délicate et qui témoigne du goût le plus raffiné.

Le plan comporte toujours une cour centrale avec des logements sur trois faces et au fond une mosquée, mais avec quel art ce plan a été varié ! Tantôt ce sont de hautes arcatures qui encadrent les petites fenêtres, tantôt des pilastres de mosaïques les séparent, et des bandeaux de cèdre sculpté ou de larges auvents courent tout autour, sous lesquels se découpent les panneaux de plâtre sculpté; dans des bassins de marbre ou de faïence chantent des eaux vives, ombragées parfois d’une vigne, et des portes ferment la demeure revêtues de plaques de bronze. Tout cela est riche assurément, mais les parti-pris sont si simples, les proportions si heureuses, la part des murs nus et des surfaces décorées si parfaitement mesurée, que, malgré la richesse, aucune impression de surcharge ne vous envahit; c’est la discrétion qui convient à une demeure studieuse, cette retraite fût-elle bâtie par un puissant prince. La grâce de cet art méninide du XIV° siècle, — les medersas datent presque toutes de ce temps, — se souvient de la grandeur des constructions almohades. Quelques fondouks, sorte d’entrepôts de marchandises et de bureaux de vente, participent des mêmes qualités. Et on les retrouve parfois dans les restes de demeures privées, et jusqu’aux plus lointaines bourgades, dans cette maison par exemple dite du vizir, à Taza, un peu plus ornée seulement, comme si les sujets ne suivaient pas toujours le goût sévère de leurs maîtres. Si les étudiants et les particuliers étaient ainsi logés, que devaient être les palais des souverains ?

Ces palais malheureusement ont disparu et la seule résidence qui demeure en partie est celle de Meknès; mais Meknès n’a rien dé mérinide; c’est le grand souverain de la dynastie aujourd’hui régnante qui l’a construite au XVII° siècle, Moulay Ismaïl, et quelle que soit la somptuosité de ce Versailles marocain, de ses pavillons, de ses jardins, de ses cours, de ses portes monumentales, des murailles qui l’entourent et de ses extraordinaires magasins plus vastes que la plus vaste mosquée, il y faut voir une œuvre de décadence; l’incomparable mesure des médersas de Fez a disparu. Décadence magnifique,



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MessageSujet: Le Maroc artistique - 1917 -   Jeu 13 Fév - 9:11

page 13

il est vrai, et de l’effet le plus grandiose. Aussi bien ces qualités se prolongèrent longtemps et l’on peut dire qu’à la veille même de notre venue elles n’étaient pas tout à fait abolies. Les palais que Loti et Chevrillon admirèrent si fort et où des vizirs un peu trop riches logeaient les ambassades dans des salles revêtues comme jadis de mosaïques, de cèdre, et de plâtre finement travaillé, des architectes contemporains les avaient construits; le grand artiste qui avait dessiné la Bahia de Marrakech est mort il y a peu d’années et son œuvre, comme celle de tant d’autres, à Rabat, à Meknès et à Fez, témoigne en faveur d’un art qui, s’il a perdu ses facultés créatrices, s’il se répète volontiers et a laissé aveulir ses procédés, ne rabâche point pourtant et se maintient bien vivant.

Les palais du Caire, de Damas et d’Ispahan étaient pleins d’objets merveilleux dont l’usage embellissait la vie de leurs habitants et les mosquées aussi regorgeaient de richesses; les historiens nous ont conservé quelques inventaires des trésors des sultans qui semblent presque invraisemblables, tant y abondent l’or, les pierreries et les matières précieuses industrieusement ouvrées, et si ces somptueux bibelots ont péri pour la plupart, d’autres demeurent, moins riches sans doute, mais suffisants pour nous les représenter. Les musées et les collections privées d’Europe ont recueilli des faïences de Rhagès, près Téhéran, des XII° et XII° siècle, et des tapis ou des miniatures de Oersedu XV° siècle de l'art le plus raffiné; on admire les cuivres de Mossoul incrustés d'argent; Mr. Migeon a étudié toutes ces séries dans son beau Manuel d’Art musulman. Le décor des palais de ceux qui jouirent de ces objets commandait un tel luxe. Or, chose étrange, si la somptuosité des demeures souveraines n’était pas moindre au Maroc qu’en Perse ou en Égypte, impliquant un luxe de vie évidemment égal, aucun des objets dont usait ce luxe n’est parvenu jusqu’à nous, ni une faïence, ni un ivoire, ni un tapis dé la belle époque, de ceXIV° siècle qui avait vu dans le Moghreb surgir tant de chefs-d’œuvre, et c’est à peine si du mobilier des mosquées quelques épaves ont survécu, manuscrits de bibliothèques dispersées que des savants comme M. Bel s’efforcent de cataloguer ou objets du culte tels que le lustre de Taza en bronze gravé, que M. de Crozals a su relever dans tout son détail (fin du XIII° siècle).

Les révolutions, les guerres et plus encore l’incurie sont cause assurément de toute cette destruction et c’est à elle qu’est due pour une part la réputation du Maroc de n’avoir pas été « un pays d’art » : aucun ouvrage marocain ne se rencontrant soit sur place soit dans les collections, on concluait qu’il n’en avait jamais existé. Et pourtant, malgré leur destruction, il est possible aujourd’hui encore de se faire une idée de ces trésors. Le Maroc a eu la bonne fortune, inconnue à presque tout l’Orient méditerranéen, de conserver



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MessageSujet: Le Maroc artistique - 1917 -   Jeu 13 Fév - 9:14

page 14



FEZ - Porte de la koubba ( Médersa Bou-Anania)


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MessageSujet: Le Maroc artistique - 1917 -   Jeu 13 Fév - 9:22

page 15

jusqu’à nos jours ses traditions artistiques; de même que de grands architectes ont continué d'y bâtir, des artisans y ouvrent toujours dans la manière de leurs ancêtres, et les pillages n’ont pas été si complets que beaucoup d’ouvrages de maîtres relativement anciens, de la fin du XVIII° siècle et du commencement du XIX° siècle, n’y aient échappé ; or le reflet y demeure de l’art d’autrefois et à parcourir les salles rétrospectives de l’Exposition du Pavillon de Marsan une imagination tant soit peu exercée n’a pas de peine à reconstituer les grâces d’un passé singulièrement plus lointain.

Les tapis de Rabat à qui les tons des mauves, des jonquilles, des coquelicots perdus dans la verdure donnent l’aspect d’un parterre encerclé dans de souples contours, présentaient peut-être, au temps où les grands princes du moyen âge les foulaient aux pieds un dessin plus précis, mais non point une plus douce harmonie que ceux des artisans qui ont immédiatement précédé notre temps, les sabres à la poignée damasquinée et au fourreau d’argent repoussé continuent une longue tradition dont nous font soupçonner l’origine quelques chefs-d’œuvre nés dans l’Espagne musulmane, les broderies de Fez, de Meknès, de Tétouan et d’Azemmour, les unes d’un travail si étonnamment fin, les autres si chaudes de couleurs, étroitement apparentées aux travaux des îles de l’Archipel, ne doivent guère différer, un peu plus amollies seulement, de celles qui ornaient les coussins des étudiants des vieilles médersas; nos manuscrits et nos reliures rappellent sûrement les leurs; aux curieuses ceintures de soie, dont naguère encore se paraient les femmes de Fez, un œil exercé retrouve aisément les dessins de ces antiques étoffes hispano-moresques, si rares et dont nos musées ne conservent que quelques précieux fragments ; enfin si, malgré l’évidente décadence du travail des plus anciens potiers dont les ouvrages subsistent, nous ne pouvons ne pas admirer la prodigieuse variété de leur décor, infiniment plus riche que celui des grands ateliers même de Perse, de Damas ou d’Asie-Mineure, c’est que quelque chose de la fantaisie de leurs ancêtres survivait en eux.

Dans les œuvres de ces artisans dont les fils et les petits-fils travaillent peut-être encore dans leurs petites boutiques ombreuses des souks de Fez ou de Marrakech, le passé survit et c’est à lui sans doute qu’elles doivent le meilleur de leur charme ;
Mais ces fils et ces petits-fils aussi n’ont pas tout oublié de la tradition et elle ne s’est pas totalement perdue entre leurs mains. Elle était presque morte en Tunisie quand la France s’y est établie, comme elle l’est en Egypte ou en Turquie; au Maroc, elle languissait seulement; le Protectorat a fait effort pour la ranimer et les salles contemporaines de l’Exposition prouvent qu’il est en train d’y réussir. L’œuvre, une de celles où le général Lyautey s’est le plus passionnément employé, a été confiée à M. Tranchant de Lunel. Il s’agissait d’abord d’éviter que le contact de notre civilisation moderne ne gâtât définitivement ce qui restait du vieux Maroc, que nos immeubles à loyer n’envahissent ses ruelles, que nos armoires à glace ne prissent la place des coffres peints et que le veston ne se substituât au burnous et à la gandourah. A cet effet il fut interdit aux Européens de construire dans les villes indigènes, des quartiers leur furent réservés au dehors,



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MessageSujet: Le Maroc artistique - 1917 -   Jeu 13 Fév - 9:29

page 16


Photo de France-Maroc

MEKNES - BAB MANSOUR ( Porte monumentale).

Photo du service des Beaux-èArts

FEZ - Médersa Attarine.

Photo de France-Maroc

FEZ - Dar Mennebi. (Porte du patio)


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MessageSujet: Le Maroc artistique - 1917 -   Jeu 13 Fév - 9:38

page 17

et l’administration manœuvra si adroitement que, là même, les particuliers, à l’exemple du génie militaire dûment chapitré, adoptèrent presque partout pour leurs maisons neuves le style indigène : la contagion européenne devenait moins nocive et le caractère des villes et des paysages était sauvé. L’on s’attacha ensuite à sauvegarder, pour servir d’enseignement aux jeunes générations, les précieux vestiges et les monuments du passé. Médersas, palais, portes monumentales, fontaines et pavillons croulaient peu à peu , seules les mosquées étaient entretenues : sans les gâter par des restaurations indiscrètes, leur consolidation fut entreprise et l’on y trouva l’avantage non seulement d’assurer la conservation de monuments admirables, mais aussi, en familiarisant avec le style de la grande époque les ouvriers chargés de leur remise en état, de rapprendre à ces ouvriers des métiers dont ils commençaient à oublier l’esprit.

Tailleurs de plâtres, assembleurs de mosaïques de faïence, charpentiers et sculpteurs sur bois, peintres aussi, —car toutes les architectures étaient coloriées jadis, — demeuraient, en effet, assez habiles pour la plupart et les tours de main traditionnels leur restaient familiers, mais leur art s’aveulissait : la fréquentation des grands modèles leur sera salutaire et l’on en peut espérer une régénération.

D’autres métiers cependant végétaient sur lesquels cette méthode n’avait point de prise et qu’il n’importait pas moins de raffermir, la fabrication des tapis ou des céramiques, le travail du cuir, la broderie ou la bijouterie. Des spécialistes furent chargés d’y veiller. MM. Loth, de la Nézière, Ricard et Galotti, Mmes Bel, Réveillaud et de Pierrefitte étaient certes trop au courant des choses marocaines pour imaginer d’imposer leur goût aux artisans; une intervention européenne dans les arts indigènes eût produit des résultats lamentables. Le même procédé qui faisait ses preuves au regard des corporations du bâtiment servit donc pour les autres métiers, et ce furent les vieux modèles de chacun d’eux que l’on commit à leur rééducation.

Le service des Beaux-Arts rechercha les beaux tapis d’autrefois, les plus fines broderies, les reliures du dessin le plus pur, les bijoux les mieux ciselés, les poteries à décor caractéristique et d’exécution le plus parfait possible et il les mit entre les mains des ouvriers; mais il fallait leur en faire comprendre à la fois la technique et le style : ce fut la tâche tantôt des fonctionnaires spéciaux venus de France, tantôt de maîtres indigènes soigneusement recrutés. Des ateliers familiaux furent constitués dont on surveilla de près le travail, d’autres s’ouvrirent à la Médersa des Oudayas de Rabat transformée en une pittoresque école d’apprentissage, et des maîtresses furent envoyées jusque sous les tentes des nomades de l’Atlas pour conseiller les femmes qui tissent d’instinct les nobles tapis berbères ou peignent ces curieuses poteries à décor géométrique dont la tradition remonte à la primitive humanité.

Tant de zèle a trouvé sa récompense; grâce à un enseignement plein de tact, des tapis se font de nouveau à Rabat, serrés de point comme les anciens, les broderies de Fez ont retrouvé leur finesse, et les reliures, les meubles, les bijoux, leur technique et leur style. L’Exposition du Pavillon de Marsan en




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MessageSujet: Le Maroc artistique - 1917 -   Jeu 13 Fév - 9:41

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Photo du service des Beaux-Arts

FEZ - Patio de la médersa Attarine.


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MessageSujet: Le Maroc artistique - 1917 -   Jeu 13 Fév - 9:48

page 19

témoigne assez et l’on peut espérer qu’avant longtemps des ouvriers habiles seront formés qui iront porter dans tous les ateliers du Maroc les méthodes renouvelées.

Le succès de cette sorte de renouveau artistique que s’efforce de susciter le Protectorat, est du plus haut intérêt et il contribuera grandement au progrès de l’œuvre entreprise par la France au Maroc. La politique française a constamment consisté depuis notre venue à rétablir dans le pays l’ordre et la prospérité et à y remettre en vigueur tout ce qui semble viable de ses antiques traditions. Ce serait un beau triomphe assurément que d’arriver à refaire du Maroc un centre actif d’art musulman, alors que partout ailleurs le contact entre l’Europe et les arts de l’Islam leur a porté le dernier coup ; mais surtout le relèvement de ces métiers ramènerait chez les artisans une aisance extrêmement favorable à notre cause. « Un chantier ouvert, dit volontiers le général Lyautey, vaut un bataillon » ; il en va de même d’un souk prospère et satisfait. Peut-être les indigènes ne se préoccupent-ils guère de la perfection des objets qu’ils achètent et, pour la plupart, le bas prix les en intéresse plus que le style; quelques-uns pourtant ont gardé un goût assez fin, ils seraient sans doute de bons clients pour des artisans plus adroits et, à leur défaut, la clientèle française interviendrait. Les tapis que la France pourrait acheter au Maroc valent mieux que ceux des fabriques de Turquie, les nattes de Salé remplaceraient celles du Japon, et que d’étoffes, de broderies ou de passementeries marocaines entreraient aisément dans notre toilette féminine ! Il suffirait de les faire connaître.

Les foires de Lyon et de Paris et l’Exposition du Pavillon de Marsan y contribueront, et peut-être, à leur suite, une organisation commerciale de la vente des objets marocains pourra-t-elle être tentée en France. Et nous avons confiance dans le tourisme : nul plus beau voyage que celui du Maroc et nul plus aisé, au moins quand le Tanger-Fez, prolongeant les chemins de fer espagnols, aura réduit la traversée à trois heures; beaucoup de Français voudront voir des monuments aussi beaux que l’Alhambra, les jardins, la foule blanche dans les ruelles et l’Atlas neigeux dominant Marrakech; l’irrésistible charme du Maroc les conquerra et ce seront les meilleurs agents d’échange entre la France protectrice et les industries marocaines vivifiées.


RAYMOND KŒCHLIN.



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MessageSujet: Le Maroc artistique - 1917 -   Jeu 13 Fév - 9:59

page 20

Photo du Service des Beaux-Arts

MEKNES - Bab Khémis.

Photo du Service des Beaux-Arts

MARRAKECH - La grande mosquée.

Photo du Service des Beaux-Arts

FEZ - Minaret de la médersa Bou-Anania.


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