Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Le MAROC

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Le MAROC   Mar 3 Avr - 9:36


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page de couverture



LE MAROC
Album édité par le Protectorat de la République Française au Maroc





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MessageSujet: Le MAROC   Mar 3 Avr - 10:42

page 1
présentation


Aquarelles de :

MM.   MATTEO BRONDY.
DERCHE.
GEORGES LASCROUX.
R. PINATEL.
Melle PREVOST.
M. GABRIEL ROUSSEAU.

Photographies de :

MM. FELIX.
FLANDRIN.
GILLOT-RATEL.

Gravures sur bois de :

M. J. HAINAUT.

Texte de :

M. REMY BEAURIEUX.


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MessageSujet: Le MAROC   Mar 3 Avr - 10:45

page 2



Aquarelle par R. PINATEL.


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MessageSujet: Re: Le MAROC   Mar 3 Avr - 10:46

page 3



Aquarelle par Matteo Brondy.


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MessageSujet: Le Maroc   Mer 11 Avr - 17:35

page 4



GENERALITES


IL n'y a guère de pays qui soit capable, plus que le Maroc, de séduire les touristes d’aujourd’hui. A nos âmes curieuses de diversité, si éprises de mouvement qu à la stabilité des états durables nous préférons, bien souvent à notre insu, la souplesse inachevée d'une vie qui s'organise, la terre marocaine offre de perpétuels contrastes et présente aussi le spectacle émouvant d'une jeune contrée endormie dans un sommeil plusieurs fois séculaire, gagnée à son réveil par la fièvre d'Occident, et dépensant un peu au hasard, mais avec une audace prestigieuse jusque dans ses tâtonnements et dans ses gaucheries, tout un trésor d'énergies accumulées et de foi dans l'humain avenir.
Contrastes, partout et toujours. La terre elle-même n'est que contrastes, où s'opposent le désert et ses mirages, les prairies et les forêts, les neiges de l'Atlas et la mer farouche qui canonne d inlassables explosions le rempart abrupt de sa côte, et qui offre, elle aussi, comme un charme précieux, le contraste avec ses rivages tourmentés des quelques rades paisibles qu'elle s'est creusées et des vastes estuaires dont les escarpements se couronnent de villes ocreuses ou blanches. Figées dans leurs traditions et ouvertes aux nouveautés, nostalgiques et tournées vers l'entreprise, sereines ...


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MessageSujet: Le Maroc   Mer 11 Avr - 17:40

page 5



... en apparence et déchirées jusqu'au plus intime de leur cœur, ces villes sont, plus encore que le bled lui-même, le théâtre d'un de ces contrastes, le plus attachant de tous, où s'affrontent deux mondes que séparent les quatre siècles durant lesquels l'Islam s'est figé.
A Rabat,    de   part   et   d autre   d une   étroite    rue,   se trouvent   le    Dispensaire    anti-tuberculeux   et   le    marabout de   Sidi Bou Msimer,  infaillible  guérisseur   de  rhumatismes, puisqu'il   suffit,   pour   être    délivré,   de   clouer   ses   douleurs aux  parois  qui abritent   sa tombe. Ni   les médecins français ne    manquent    de    clients,     ni    le    marabout    de    pèlerins. Une pieuse et intelligente pensée a prétendu maintenir intacts tous   les   vestiges   d un   passé   qu'une   foi   naïve   et   ardente n'aurait   sans   doute   pu   suffire   à   préserver.    On   a   voulu, en construisant   les villes   neuves   à   l'écart   des   anciennes   et hors   de   leurs   remparts,   en   assujettissant   les   constructions européennes  à   certaines  coutumes du pays,   au   crépi  blanc, aux  terrasses,  conserver des contrastes aussi  savoureux  pour l'esprit   que pour les yeux, en  évitant   le disparate vulgaire.
Nulle     part    ailleurs    ne     s'est     manifesté    parti-pris     plus volontaire,   plus   méthodique   de   respecter   couleur  et décor, d'accommoder   aux   besoins   de   la  vie   moderne   les   édifices anciens, de ne faire   enjamber  qu' avec précaution les fleuves par   les   ponts   métalliques;    nulle   part   ailleurs   on   n' a   eu un   sens   plus  aigu  de   ce   que   l'ouvrage d'art   moderne   peut ajouter   de   beauté   au   site   en   apparence   le   moins   destiné
à  le   recevoir   :   certains   ponts   suspendus   sur  la   route   de Casablanca   à   Rabat,   épaulés   de   rochers   sauvages,   lancés sur   les  coupures   abruptes  des   oueds, sont   en   ce   genre   des merveilles.  Jamais   ceux   qui   visiteront  le Maroc   n'auront trop de reconnaissance  pour qui   sut   ménager   des   transitions à   la   fois habiles  et   brusques,   et pour qui   réussit à  rajeunir sans   dénaturer.
Mais   à   notre    époque   les   étapes   se   brûlent,   et   les siècles ne  comptent pas plus  pour nos esprits  que  les bornes ...


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MessageSujet: Le Maroc   Mer 11 Avr - 17:43

page 6



... des chemins pour nos routes. Hâtons-nous donc d'aller visiter le Maroc, si nous voulons voir, ailleurs que dans les parades rétrospectives de nos expositions et de nos foires, le Moyen Age coudoyer notre civilisation, et même les personnages divins de la fuite en Egypte, redescendus sur terre par miracle, stationnant devant la barrière fermée d'un passage à niveau. Ce pays subit, en effet, d'année en année, et presque de mois en mois, des changements sensibles même pour   ceux   qui  y   séjournent. Soudain   un   port   reçoit   des vaisseaux,    une    gare,    qui    n'était    la   veille   encore   qu'une bâtisse ridiculement majestueuse au milieu d'un terrain vague, semble ne pouvoir suffire à ses voyageurs qu'une rue, dont les piquets avaient jusqu'alors marqué le tracé, resplendit un beau soir de toutes les illuminations de ses vitrines. Tant de détails ont changé jour par jour, et même heure  par   heure,   qu'on   s'aperçoit   sans   s'en   être   avisé   que l'ensemble a revêtu un aspect différent. Il est bien évident que le Maroc ne tardera pas à atteindre une stabilité relative ; mais quelle chance à ne pas laisser perdre que de le surprendre aujourd'hui en flagrant délit de métamorphose, que de tirer des spectacles qu'il nous présente le charme vif et décevant que nous trouvâmes enfants dans les éclatantes combinaisons des kaléidoscopes, aussi vite décomposées que recomposées, et qui nous laissaient dans l'embarras de décider, de l'image apparue ou de l'image dissipée, laquelle était la plus belle ! Contraste encore, et toujours contraste. Le ciel est dans cette contrée si également pur, le climat si doux, du moins sur la côte, qu' à baigner dans une constante atmosphère de tiédeur et de clarté, l'effort cesse d'être sensible et ne se manifeste que par ses résultats. Où travaille-t-on cependant davantage au monde, où dépense-t-on plus d'alerte énergie que sur cette terre qu'on dirait endormie sous son soleil ? Il y a cinq ans, la route de Rabat à Casablanca longeait une piste poudreuse et plongeait jusqu'aux oueds en de périlleux ...


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MessageSujet: Le Maroc   Mer 11 Avr - 17:45

page 7



... lacets au milieu d'une brousse de palmiers nains. Aujourd'hui des arbres l'ombragent, des fermes jalonnent son parcours et poussent jusqu'en bordure leurs cultures maraîchères et leurs vergers. Ceux qui viendront décideront si, comme nous autres marocains ne sommes pas trop éloignés de le croire, tant le prodige a été rapide à nos yeux, toutes ces   richesses   ont   été   prestement   déversées   du   ciel   en   une nuit   d'un   magique   tapis   volant   sur   une   terre   ingrate,    ou
s'il faut rendre à notre race et aux hommes qui nous ont dirigés le mérite d'une si prompte métamorphose et d'une si délicate assimilation.


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MessageSujet: Le Maroc   Mer 11 Avr - 17:47

page 8



RABAT. —   Le Bou Regreg, la Casbah des Oudayas et le rivage de Salé, vus de la Tour Hassan. (Photo Flandrin)

Les   Ports   au   Nord   sur   l'Atlantique



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MessageSujet: Le Maroc   Mer 11 Avr - 17:50

page 9



- La Casbah des Oudayas. Aquarelle par Georges Lascroux.


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MessageSujet: Le Maroc   Mer 11 Avr - 17:52

page 10


RABAT

RABAT, la capitale administrative du Protectorat, jadis camp fortifié d'où les apôtres armés de la loi se rassemblaient avant de se ruer sur l'Espagne , n'a rien gardé de ses origines guerrières. C' est une ville fort paisible, d'une originalité complexe et d un charme un peu mystérieux, qui agit longtemps avant qu'on en prenne une claire conscience.
A l'ouverture du Bou-Regreg sur la mer, à l'endroit où la falaise des Oudayas surplombe leurs flots mêlés, le site est superbe, mais inquiétant, riant sous le soleil et aussi d'une grandeur un peu désolée, si harmonieusement composé d'ailleurs et si parfaitement beau qu' on le croirait artificiel et que, de la koubba de Sidi MaKhlouf, d'où l'on en a la meilleure vue d'ensemble, on le prendrait pour un décor. C' est de là que, du haut des escarpements rocheux qui tombent à pic sur le fleuve, Rabat contemple Salé, son antique rivale, largement déployée en face d'elle sur une colline aux pentes molles, dorée à l'aube, rosé au couchant, théâtre complaisant de toutes les féeries de la lumière. Rien ne contribue davantage à donner à cet endroit un caractère de force mélancolique et contenue que cet estuaire ...


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MessageSujet: Le Maroc   Mer 11 Avr - 19:21

page 11



... enserré entre deux villes, estuaire que la barre emplit, dans les mauvais jours, de son mugissement monotone. Bien que de ce côté, Rabat, partout ceinte de remparts, s'ouvre sur le Bou-Regreg et sur Salé par une porte, Bab-el-Bahar, vers laquelle dégringolent de rudes escaliers, pavés de galets glissants, Rabat en réalité tourne le dos à la mer. Ce n'est pas la moindre curiosité de cette ville où l'on ne trouverait pas une terrasse d'où l'on ne pût voir les vagues et le fleuve, et dans laquelle on peut se promener longtemps sans se douter de la présence de l'immense Océan tout proche autrement que par une sourde rumeur, par la brise dont les rues sont ventilées, et par un arrière-goût salé de l'air. Seul, entre le fleuve et le large, le promontoire des Oudayas a l'air parfois de flotter comme un navire en peine au milieu des brumes d'hiver. Mais Rabat s'est gardée d'un Océan dont elle ne connaît que trop bien les violences. Sur la colline El Alou, qu'elle a transformée en un vaste cimetière, elle oppose à son éternelle agitation le calme éternel de ses trépassés. Puis, ayant affronté les deux infinis du néant humain et de la force naturelle toujours renouvelée, à l'abri désormais, elle mêle et emmêle, noue et dénoue, comme par un jeu, l'inextricable fouillis de ses petites ruelles andalouses bordées de maisons aveugles.
Trois artères principales la traversent du Nord-Ouest au Sud-est : la rue El Gzah, qui connut, aux origines du Protectorat, le mouvement de la vie ; la rue Sidi-Fatah, encadrée de marabouts et de mosquées, la plus orientale, la plus islamique même, parce qu'une décente agitation y coudoie, sans l'incommoder, la réserve de ceux qui prient et la résignation patiente de ceux qui attendent la guérison ou l'accomplissement d'un vœu ; la rue des Consuls, toute différente, commerçante et bourdonnante, qui nous ramène à une lointaine époque où l'Islam, moins replié sur lui-même, échangeait avec l'étranger, mœurs, idées et marchandises. De place en place, entre les boutiques des marchands de soie, s'ouvrent les ruelles qui conduisent aux kissarias embellies d'arcades, égayées de fleurs en leur milieu comme le patio d'une maison riche. Nous croirions-nous encore dans ce Maghreb mal famé, que les Mille et une Nuits nous représentent comme la terre d'élection des magiciens ...


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MessageSujet: Le Maroc   Mer 11 Avr - 19:23

page 12



... et des nécromans ? Ces deux formes blanches qui viennent de nous croiser, ne seraient-elles pas Haroun-al-Raschid et Massrour, déguisés et courant les bazars pour s'assurer de leurs propres yeux si l'ordre règne dans leur Bagdad ?Changement partout et toujours sous une apparente monotonie. Il ne s agit que d'ouvrir les yeux : une autre rue, c'est un autre monde, un autre aspect de cet Orient qui a mille aspects, mille couleurs, et qui semble n'en avoir qu'une, ainsi que les nuances du prisme fondent leurs diverses vibrations dans l'harmonie unique de la lumière.
Deux rues transversales dignes du nom de rues, joignent entre elles la rue des Consuls, la rue Sidi-Fatah et la rue El Gza : la rue Souika, d'abord, couverte de roseaux qui font danser leurs ombres grêles sur ses pavés en tête de chat, sert de souk aux cordonniers ; découverte peu après, encombrée de bourricots, cernée de modestes éventaires bien achalandés, parfumée de l'odeur de la friture des restaurateurs en plein vent, étourdie par les sonnailles des porteurs d'eau, par les prières des mendiants, par les incantations des exorciseurs, elle draine, dans le désordre le plus confus, vers les divers quartiers de la ville, un grouillement bariolé d'hommes et de bêtes, d'européens et d'indigènes mélangés. Quant à la rue Bou-Kroun, ne croyez pas ceux qui vous diront que son nom signifie prosaïquement la rue des Cornes ; la rue Bou-Kroun, c'est une rue comme il en faut dans toute ville musulmane qui se respecte, c'est la rue-qui-ne-va-nulle-part. Ah ! elle n' est guère pressée de vous conduire, et la ligne droite n'est pas son fait. Ici, vous la voyez décrire un agréable demi-cercle aux yeux émerveillés des petits épiciers riverains, seuls spectateurs de ses grâces ; puis, tout à coup, d'un bref élan rectiligne, elle a l'air de vouloir s'engouffrer dans une mosquée, de quoi Allah, le miséricordieux, la punit incontinent en la métamorphosant en ruelle, que seuls les chiens de nazaréens comme vous et moi peuvent avoir la naïveté de prendre pour une impasse, ainsi que leur laissera entendre avec une touchante courtoisie l'agent de police indigène qui faisait la causette avec son ami le marchand de bijoux; le mauvais pas franchi et la rue Bou-Kroun à peine retrouvée dans son éminente dignité de rue, voici qu'on va ...


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 19:48

page 13



... la perdre de nouveau ; cette fois-ci, elle pèche par excès de grandeur, on n’en voit plus les limites, elle est une rue, elle coupe toutes les transversales sans qu’on soit capable de les reconnaître au passage, elle est aussi toutes les rues qui viennent se perdre en elle comme en une mer intérieure ; on croît se débattre encore dans ses méandres qu’on l’a depuis longtemps laissée derrière soi, et qu on déambule dans quelque venelle baptisée d’un autre nom, mais qui n’est qu’elle, la rue Bou-Kroun, elle encore sous un autre nom, prête à de nouveaux avatars, aussi propre à vous mener au bout du monde qu’à vous laisser en plan, à vous égarer qu’à vous conduire, comme par miracle et toujours à votre insu, au but que vous désirez atteindre, d’orfèvres en orfèvres, de marchands de charbon en marchands de charbon, d’épiciers en épiciers, de solitudes en solitudes.
Hors des remparts qui entourent la ville indigène, s’étend la ville européenne, que couronnent les longs bâtiments blancs et les aimables pergolas de la Résidence. Cette ville nouvelle a vraiment grande allure, avec sa belle avenue Dar-el-Maghzen, à laquelle ses arcades valent une élégante majesté. Mais bien vite elle se perd dans les verdures et dans les jardins, se fragmente en une multitude de villas coquettes noyées dans les fleurs, s’éparpille à tous les confins de l’horizon, desservie par de larges avenues, coupée de places nombreuses, aussi espacée que la ville arabe est ramassée, aussi ouverte qu’elle est close, aussi aérée que l’autre semble confite dans ses émanations. A une extrémité, la tour Hassan et les ruines de la Chella légendaire, à l’autre le moderne jardin d’essai ; toujours et partout les contrastes ! A l’Orient, les ruines de la plus importante mosquée de l’Islam, et la nécropole du Sultan noir veillée par les génies préposés à la garde des secrètes richesses ; à l’Occident, l’effort des hommes d’aujourd’hui, leur adresse à peine moins prodigieuse à faire sortir de terre des trésors. Au milieu, les Français que nous sommes, ingénieux à tirer parti de la moindre parcelle de terre, à la marquer, pour notre joie et pour celle des autres, d’un caractère social et humain, à l’adapter aux conditions du climat, à la pourvoir d’une beauté qui nous satisfasse ...


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 19:58

page 14



... sans offenser les divinités du lieu. Aussi, avons-nous constitué une cité curieuse et sans exemple, à la lois impériale et rustique, d’une élégance de bon ton, aussi propice aux excursions brèves qu’aux longues flâneries, une ville de plaisance et de gouvernement, secrète, quiète, discrète, ainsi que la ville d’autrefois, qu’elle embrasse et déborde, mais riche de tous les attraits d’une métropole française d’outre-mer.

CASABLANCA

II était une fois, au bord de la mer Océane, une sorte de mouillage barbare et périlleux. Le long d’une côte basse et inhospitalière, que la barre balayait de ses énormes lames de fond, quelques maisons blanches cernées de remparts. Un navire jetait-il l’ancre, une horde vociférante jaillissait des portes ouvertes sur la mer, tirait à l’eau de lourdes barcasses noires, puis, à force de rames et dans le tumulte des clameurs, semblait se ruer à l’abordage. Ensuite, après quelques péripéties d’une acrobatie nautique fort goûtée des rares initiés, ces pirates inquiétants débarquaient pêle-mêle, bagages, passagers, marchandises, et les amenaient sur une plage nauséabonde, empuantie par les égouts et les charognes abandonnées, grouillante de mouches et de miasmes. O voyageurs ! telle était la Casa d’autrefois, celle dont les vieux amis que vous pouvez avoir au .Maroc vous conteront les épiques souvenirs. Vous ne vous seriez sans doute pas doutés qu’il eût pu en être ainsi lorsque vous avez accosté à quai dans le beau port en eau profonde, sous l’œil sévère, mais malgré tout rassurant, des gendarmes et des douaniers. Vous avez pu voir néanmoins que respectueux des traditions les meilleures, nous vous avons conservé, ...


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 20:08

page 15



... pour votre joyeuse arrivée, un simulacre ou redoutable abordage d’autrefois, un abordage au goût du jour, par porteurs de bagages assermentés avec plaque de cuivre au brassard, d’une allure à peine moins bruyante et moins farouche que la prise de possession d’ « autrefois » , d’il n’ y a pas dix ans.
Embrassez du regard la rade : tout était à faire, et l’on a tout lait. Calculez la portée des môles, et combien il a fallu noyer de ces blocs de béton, pareils à ceux qui les flanquent et les défendent, dans une mer capable dans ses fureurs de jongler avec eux, pour vous ménager la sécurité de cette rade paisible. Imaginez-vous qu’à l’emplacement des Etablissements Schneider, aux endroits où désormais l’outillage d’un grand port moderne dresse son hérissement prodigieux, s’étendait il y a quinze ans une plage déserte, damée par les vagues. Ce port, grand comme une ville, parsemé de vaisseaux ancrés, sillonné de vedettes, empli de la poussière des phosphates qu’on culbute à pleins wagons à l’extrémité de ses wharfs, est une œuvre de volonté. Si jadis, à Versailles et à Marly, les hommes de notre sang ont forcé la nature pour leur agrément et pour le plaisir des yeux, nous l’avons contrainte ici à l’utilité des hommes ; nous avons réalisé, entre les possessions lointaines d’Afrique, entre les îles de l’Océan et les cités de l’ Amérique du Sud, l’étape que nous désirions, et nous avons métamorphosé en une grande ville exubérante d’activité et d’entrain, débordante de vie, les quelques masures blanches groupées autour du primitif entrepôt d’autrefois.
Nulle ville au monde ne saurait être, prétendre être plus neuve que Casablanca, et mieux outillée pour satisfaire les nécessités présentes. Avant tout commerçante, elle étale le long de ses larges avenues les façades imposantes de ses banques, les riches devantures de ses magasins, qui ne le cèdent en rien à ceux des métropoles occidentales. De luxueux cafés, dont les tables de marbre servirent aux griffonnages des courtiers lors de la fièvre de spéculation qui suivit la guerre, bordent ses places. Mais la ville, sous sa brillante parure moderne, conserve son caractère d’entrepôt où affluent les céréales de la Chaouia, ...


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 20:14

page 16



... les phosphates de l’Oued Zem, les peaux brutes ou tannées, les œufs, et aussi toutes les marchandises d’outremer dont notre Maroc a besoin. Elle étire, vers une plaine aussi fertile que la Beauce, des faubourgs tentaculaires, constitués de halles et de fondouks, bruyants d’exclamations, d’altercations, de transactions, dans lesquels l’agitation un peu stérile de l’Orient se discipline en réalisation féconde. Casablanca abrite en effet une population Israélite nombreuse qui, tout en s’ assimilant vite nos méthodes, copiant nos mœurs, mais restant orientale par bien des côtés, sert de contact et de transition entre deux civilisations différentes.
Il faut s abstraire un instant des étalages de Casablanca, de ses commodes édifices, de ses confortables hôtels, de sa Poste monumentale, et jouir comme il convient, en toute innocence, du va-et-vient de la place de France. Point de départ des cars automobiles, qui dans toutes les directions sillonnent le Maroc, cette place, ouverte sur la mer par une belle avenue, offre un des spectacles les plus curieux de bariolage qu’il soit donné de contempler. Là, touristes porteurs de leurs guides, colons basanés, haut guêtrés, rejoignant leur bled, fellahs drapés dans des gandourahs loqueteuses, hommes d’affaires flanqués de leur portefeuille à projets, se heurtent, se mêlent, se coudoient, happés de ci, déversés de là, tantôt condensés, tantôt dispersés, dans la vibration d’une vie intense.
Peut-être, au sein d’une ville dont le cœur semble uniquement tourné vers le gain rapide, qui, en même temps que les ardeurs de la passion, en a la nervosité, qui, spectatrice journalière de son propre épanouissement, en a conçu une sorte de massif orgueil, les délicats risquent-ils de souffrir. Qu’ils se fassent, par une belle soirée, conduire sur les hauteurs d’Anfa ; qu’ils suivent des yeux le demi-cercle des six kilomètres de tour décrit par la ville ; qu’ils arrêtent leurs regards sur les feux des vaisseaux en rade, et qu ils ne se soucient pas d’autre chose que de se laisser gagner par tant de confiance ingénue et de jeune vigueur ; puis, plus tard, qu’après avoir parcouru Casablanca, après avoir visité le quartier construit par nos architectes pour la population indigène, d’une si piquante couleur dans son ...


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 20:15

page 17



... désordre volontaire, avec ses culs-de-sac, ses placettes, sa mosquée, ils réfléchissent à tout ce que nous avons mis de notre ingéniosité et de notre cœur dans cette ville-champignon. Poussée telle quelle, et sous notre impulsion, mais sans la marque de notre goût, elle aurait suffi sans doute à témoigner de la vitalité de notre race et de son éternelle jeunesse. .Mais telle que nous l’avons trouvée et que nous l’avons faite dans son décor un peu ingrat, elle est une magnifique victoire de l’esprit français, et justifie ceux qui l’aimait dans sa brutale innocence.


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 20:18

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RABAT. -   Le Rocher des Oudayas (vu du Café Maure). ( Photo Flandrin)


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 20:22

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- RABAT.   —  Le Jardin  des Oudayas. Photog. Flandrin.

- RABAT.   —   Les   Remparts  des  Oudayas. Photog. Flandrin.


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 20:29

page 20


- RABAT.   —  La  Tour Hassan les Ruines de la Mosquée d'Hassan. (Photog. Gillot-Ratel)

- RABAT.   —  Vue  Générale  (avion) du   Quartier Administratif et  de  la  Résidence. (Photog. Flandrin)


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 20:31

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- RABAT.   —   Résidence  Générale. (Photog. Flandrin)

- RABAT.   —  Avenue des  Touargas (Quartier  Administratif). (Photog. Flandrin)

- RABAT.   —  Les  Édifices  Administratifs (Hôtel  de  l'État-Major). (Photog. Flandrin)


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 20:34

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- ENVIRONS DE RABAT :  Vue  Générale  des  Ruines  de  Chellah. (Photog. Flandrin)

- ENVIRONS DE RABAT :  La   grande   Porte   de   Chellah. (Photog. Flandrin)


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 20:36

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RABAT.   —   Le   Sultan  à  Rabat. (Pliotog. Gillot-Ratel)

RABAT.   —   La  Garde  Noire  du   Sultan. (Photog. Flandrin)


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MessageSujet: Le MAROC   Ven 20 Avr - 20:38

page 24


- SALE.    —   Intérieur  de   la  Médersa. (Photog. Flandrin)


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