Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Au MAROC en suivant FOUCAULD.

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 30 Juil - 8:44

page 85


- Cornes et poires à poudre sur une gibecière.

... sachets de cuir pour les   balles s'y attachent.
Zerekten à la kasbah rose dépassée, commence d'apparaître au  milieu  d'une  longue crête, l'échancrure du  Tizi n'Telouet  et, à sa gauche, la cime rosé de l'Adrar n'Iri (Djebel Tistiouït) dominant toutes les autres.
Aux approches du sommet l'eau tarit dans l'oued; les cultures cessent; les habitations ont disparu; désert de pierre : de tous côtés s'élèvent de hautes montagnes de grès; plus un arbre, plus une plante, plus un brin de verdure, tout est roche : le chemin, sans être difficile, est très raide et très pénible : on monte lentement vers le col. Bientôt vers le sud, s'étend un immense panorama, ce ne sont que chaînes s'étageant les unes derrière les autres jusqu'au bout de l'horizon : tout est nu; tout est roc; pas un grain de sable ni une motte de terre; de longues côtes jaunes; des croupes d'un rouge sombre se succédant à l'infini, immenses solitudes pierreuses, c'est tout ce que distingue l'œil, lorsqu'il se tourne vers le sud, du haut du Grand Atlas.
L'étape se termine dans une vallée en contre-bas au pied de la forteresse des seigneurs de Telouet.
Foucauld ne semble pas prêter grande attention à la kasbah si fameuse des caïds Glaoua. A peine une note brève : maisons hautes, bien bâties. Il est vrai que le château fort, aujourd'hui si pittoresque, n'avait pas commencé à sortir de terre. La prépondérance glaoua est en effet récente. Les dernières années du XIXe siècle ont vu petit à petit s'augmenter l'influence de celui qui, jusque-là, ...



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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 30 Juil - 8:51

page 86


- Tizi-n'Telouet.

... n'était qu'un petit amghar montagnard à la merci souvent d'une querelle de lefs. Les événements qui groupèrent autour du sultan Moulay Hafid les caïds du sud, puis le loyalisme à notre égard de certains de ces chefs et notamment des Glaoua, le Fqih Si Madani, ses fils, son frère El Hadj Thami, l'actuel pacha de Marrakech, assurèrent à ces personnages une situation qu'ils eussent vainement espéré atteindre auparavant. Leur fortune, appuyée à notre force, s'affiche par la somptuosité des demeures urbaines, comme par la masse formidable de leurs forteresses du Djebel.
Dans un paysage de très haute montagne, la kasbah élève son enceinte puissante. L'accès vers l'intérieur est ouvert par une porte unique dont l'apparence surprend, tant son ornementation : balcons à colonnettes, fenêtres à volets, mâchicoulis aux moulures portugaises, détonne à côté des autres constructions établies selon la ligne habituelle du tighemt. Entre ces murs les places vides sont très réduites ; on se heurte à chaque pas à des kasbahs nouvelles également fortifiées de quatre ou cinq étages, semées de patios, de pavillons dans des jardins, et qui sont à peine suffisantes cependant pour abriter le caïd et sa « gens » : famille et familiers, soldats, esclaves, ouvriers; tout ce qui déjà, pendant notre Moyen Age, vivait auprès d'un féodal puissant.
Si Foucauld, et pour cause, n'a point décrit l'édifice, ...



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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 30 Juil - 8:57

page 87


- Entrée de la kasbah de Telouet.

... il a bien noté la caractéristique anthropogéographique de ce point, clef d'une voie économique de première importance.
Le Tizi n'Telouet par un accès relativement plus aisé, par une altitude moins marquée, offre aux voyageurs et aux commerçants des commodités de passage plus grandes que celles des autres cols. Il draine ainsi tout le trafic séculaire d'une pente à l'autre de l'Atlas et voit chaque jour passer les caravanes, allant du Sahara vers l'Atlantique, transportant dans un sens les produits du Draa, voire du Soudan, dans l'autre le ravitaillement en objets manufacturés achetés sur la côte.
Telouet ne produit rien ou presque rien par lui-même; les conditions locales, la neige fréquente s'y opposent ; c'est un point de transit alors que Demnat est un marché. Ainsi s'expliquent les nombreuses rencontres faites en cours de route par l'explorateur. C'est un va-et-vient continu tout au long de la pente, un défilé sans fin de mules et de voyageurs, se suivant, se dépassant en toute sécurité car cette voie était, nonobstant une viabilité fort précaire par endroits, une des plus sûres, tant la police glaoua s'y exerçait impérieusement. Depuis lors, grâce à nos soins, une bonne route a été construite qui permet aux automobiles de franchir par un col voisin de Telouet, le Tizi n'Tichka, le massif montagneux.
A mesure que le voyageur poursuit sa route, d'abord dans un paysage rocheux et désolé, puis dans une vallée ...



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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 30 Juil - 9:01

page 88


- Tapis glaoui.

... moins aride, l'aspect des lieux commence à revêtir les caractères ordinaires des zones présahariennes. Croupes dénudées, plateaux stériles aux arêtes vives qui se découpent en silhouettes rigides sur un ciel de turquoise, végétation et vie ramassées au fond du lit des oueds et dont les limites se calquent sur celles des irrigations... A quelques détails près, c'est partout le même aspect. Une vallée creusée à pic au milieu de l'immense plateau de pierre qui règne à l'entour présente un aspect aussi riant, aussi gai que les solitudes qui la bordent sont mornes et tristes. Au fond, coule un torrent dont les deux rives, sont sans interruption, garnies de jardins et de cultures; au milieu des figuiers, des oliviers, des noyers s'élèvent en foule des villages, des groupes de maisons, des tirremts : tout respire la richesse. Des constructions élégantes et pittoresques me frapperont désormais : tirremts aux gracieuses tourelles, aux terrasses crénelées, aux balustrades à jour; maisons aux murailles couvertes de dessins et de moulures, ksars dont les enceintes, du pied jusqu'au faîte, ne sont qu'arabesques et ornements. Dans ces belles contrées, même la demeure la plus pauvre présente l'aspect du bien-être. Le bas des bâtiments est en pierres cimentées, ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Mer 30 Juil - 9:03

page 89


- Kasbah de Telouet.



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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Jeu 31 Juil - 7:42

page 91


- Bracelet.
- Fibule berbère.


... le haut en pisé ; tout est construit avec soin, tout semble neuf; point d'habitation qui n'ait un premier étage; un second est souvent formé par une terrasse couverte, installée au-dessus; partout bonnes portes, volets façonnés et ornés comme aux maisons des villes; toutefois, peu de demeures sont blanchies : de loin en loin, quelques zaouia ou les créneaux d'un tirremt; le reste a la teinte brun-rouge du grès et du pisé. Les jardins et les cultures sont entretenus avec un soin extrême, mais ils forment une bande étroite.
Il en est ainsi jusqu'à Tikirt et plus loin encore. La population se modifie. Aux Imaziren blancs, ceux que nous appelons Chleuhs, s'en ajoutent d'autres noirs ou bruns. Ils présentent les types les plus variés : on en voit qu'on confondrait avec les  nègres du Soudan; d'autres ont  la couleur des noirs et les traits des Européens; ou bien les grosses lèvres et le nez épaté des premiers avec la peau blanche : certains sont dits Haratin, qui, pour un étranger, ne présentent aucune différence avec les Chellaha (Chleuhs).
Malgré leur égalité politique,  malgré leur communauté d'origine reconnue, les Chellaha se regardent comme supérieurs aux Haratin, et ceux-ci ont  le sentiment de  leur infériorité.  Ils cherchent   à  se   relever  en  épousant des femmes de couleur claire. Parle-t-on  « mariage? »  dit  un proverbe;   l'Arabe   demande   :   «  Est-elle   de  bonne ...



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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Jeu 31 Juil - 9:11

page 92


- Kasbah d'Animiter.

... maison? » Le Chleuh : « Est-elle riche? » Le Haratin : « Est-elle blanche? »
On est ici en plein pays berbérophone, l'arabe est peu utilisé, le tamazirt la langue unique.
Le costume est le même qu'à l'entrée des Glaoua ; mais les femmes qui, dans le Nord portaient peu de bijoux, en ont une foule et, en outre, se peignent la figure. Jusqu'ici un fil de verroteries mêlées de grains de corail et de pièces d'argent suspendu  au cou, un second placé dans les cheveux, étaient leurs seuls   ornements. Désormais, elles se couvriront   d'énormes colliers d'ambre et de corail, de bracelets, de broches,   de diadèmes, de pendants d'oreilles et d'autres volumineuses parures d'argent. Toute cette population éparpillée dans les ksours s'est conservée jusqu'à nos jours telle que la vit Foucauld. Combien cela durera-t-il? Déjà sur les chantier du Maroc, sur les quais de Marseille et jusque dans les faubourgs de Paris s'aperçoivent quelques-uns de ces Chleuhs aspirés par les nécessités de notre agitation laborieuse. Ils s'arrêtent un moment, le temps de ramasser un petit pécule, puis repartent vers leur petit bled perdu sous le vaste ciel ensoleillé. Avec leur maigre trésor, qu'emportent-ils vers les leurs de notre civilisation?
Tikirt n'offrirait rien de particulier si ce n'est d'être un des premiers exemples que l'on rencontre d'un type particulier de groupement urbain. Avec ses cinq tighemts accolés, son enchevêtrement de rues, de placettes sur lesquelles s'ouvrent les auvents des demeures, la bourgade n'est plus le centre d'une domination ...



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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Jeu 31 Juil - 9:14

page 93


- Le village et la kasbah de Tifoultout.




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 1 Aoû - 6:55

page 95


- Village de Ouarzazat.
- Deux kasbah de Tikirt.


... seigneuriale comme à Telouet ou plus loin dans le Ouarzazat à Taourirt, le couvent que sanctifie la présence d'un pieux marabout comme à la Zaouia de Tamgrout ; c'est une agglomération ouverte, mais dans laquelle chaque famille notable, chaque fraction importante, possède sa forteresse. On combat parfois de maison à maison, car la proximité des demeures n'implique pas bon voisinage, au contraire. Quelque chose si vous voulez qui évoquerait — oh ! de très loin — la vie florentine du Moyen-Age avec ses luttes plus bruyantes que sanglantes, ses rivalités, ses ...



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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 1 Aoû - 7:00

page 96


- Village d'Irels.

... intrigues, comme avec son aspect extérieur marqué ici comme là par l'apparence rébarbative des habitations. Chaque mois maintenant, voit sans heurt tragique, grâce à l'efficace et patient effort des Officiers du Service des Affaires indigènes, notre pénétration s'accentuer, nos postes s'établir. Ils étaient hier à Taourirt du Ouarzazat, demain ils seront à Tamgrout; les avions les précèdent, explorant le pays dont les officiers du Service Géographique dressent la carte avec toute la minutie de leurs méthodes en accrochant leurs canevas aux points exactement situés et décrits par Foucauld. La route les suit, collant à chaque avance. Un jour est proche sans doute où dans ce pays fermé depuis des siècles, on s'en ira admirer les petites villes berbères pointant vers le ciel leurs tours de guet, comme aujourd'hui on se plaît à contempler le soleil se couchant derrière le hérissement des citadelles siennoises.
Ailleurs, comme à Taguenzalt, à Irels que Foucauld rencontrera dans sa marche vers le sud, l'aspect diffère encore. Ce sont de petites cités indépendantes qui se gouvernent elles-mêmes et qui devant se défendre pour vivre, se ferment en ksours fortifiés. Tantôt elles sont abritées par des murailles qui enveloppent les ...



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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 1 Aoû - 7:07

page 97


- L'orée des jardins d'Irels.

... habitations., murailles d'ordinaire garnies de tours; tantôt les murs des maisons juxtaposés et ne laissant passage que par une ou deux portes étroites, forment eux-mêmes l'enceinte. Quel que soit le système adopté, les ksars sont très ramassés, resserrés dans le plus petit espace possible : l'opposé des villages.
Irels est un beau ksar, riche et prospère, d'environ cinq cents habitants. Il est très bien bâti, point de ruines, point de maisons en mauvais état; tout est neuf, tout est propre et bien entretenu; le bas des constructions est en pierres souvent taillées, toujours disposées régulièrement, le haut est en pisé; des terrasses reposant sur de longues poutres de palmiers couronnent les habitations, des gouttières pratiquées le long des murs amènent l'eau dans les citernes. Une enceinte garnie de tours protège le ksar; elle est, ainsi que tous les bâtiments de ce dernier, couverte de moulures et de dessins à la chaux. Les jardins sont superbes. Comme à Tagenzalt il y a des arbres variés mais les palmiers dominent : à leur ombre la terre divisée en carrés disparaît sous le maïs, le millet, les légumes. Une foule de canaux arrosent ces riches plantations; ça et là de grands bassins maçonnés sont remplis jusqu'au bord d'une eau limpide. Cette végétation luxuriante, ces
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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 1 Aoû - 7:10

page 98


... arbres superbes qui répandent une ombre épaisse sur une terre toute verte, ces mille canaux, ce ciel admirable, cette nature si riche et riante qui, au milieu de la contrée la plus désolée fait de ce séjour un lieu de délices, se trouveront pareillement dans les autres oasis : telle est Irels, tels seront tous les points où nous verrons croître le dattier : en tous même fraîcheur, en tous même calme, même abondance; endroits charmants où il semble ne pouvoir exister que des heureux.
Le danger rôde pourtant dans ce paradis par contraste. Il s'augmente bientôt et va à coup sûr revêtir maints aspects qui jalonneront d'anxiété la route du Sahara vers Mogador.




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Ven 1 Aoû - 7:15

page 99



L'INSÉCURITÉ SAHARIENNE


TOUT est violent dans ce pays, la nature et les hommes, et le courage du voyageur doit s'égaler à la rudesse de la tâche. Foucauld néglige à son ordinaire de laisser transparaître ses émotions. Jamais il ne se met en scène. A quoi bon? Il poursuit inlassablement son but : voir, apprendre, noter. Il ne court pas après les aventures; si elles viennent c'est par hasard, un hasard dont la fréquence s'accélère pendant deux mois : l'explorateur, les ayant supputées, les avait depuis longtemps inscrites aux profits et pertes de son entreprise. Le bilan établi, il ne revient sur le chapitre du péril que s'il est nécessaire de retenir de ces faits divers quelques traits capables de compléter une description ou de témoigner d'une sympathie reconnaissante.
Car tous les instincts voisinent ici comme ailleurs, les bons et les mauvais, ceux-là plus précieux de ce que ceux-ci sont plus brutaux. Dans cette ambiance de pauvreté, la cupidité qui mérite des excuses inadmissibles ailleurs, menace à tous les pas. Malgré son apparence crasseuse, abjecte, le juif a la réputation d'être ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 2 Aoû - 8:56

page 100


- Mellah de Tazenakht.

... riche et d'être faible. Si l'on croise des caravanes sur le chemin, le Juif tente la petite troupe, mais comme on n'en veut point aux convoyeurs, il faut faire le coup avec leur complicité plus ou moins avouée. Les deux troupes à portée de la voix s'arrêtent, se saluent, échangent des nouvelles, et sans avoir l'air de rien, le Youdhi accroupi prend, indifférent, quelques notes tandis que se poursuit le sinistre dialogue. Peu avant d'arriver à Tazenakht, l'incident se produit : le chef caravanier rencontré entra en longs pourparlers avec les gens de mon escorte : il désirait me piller, leur proposait de faire la chose de concert et leur offrait la moitié du butin. Ne leur était-ce pas plus avantageux que de continuer, sot métier, à faire cortège à un juif ? Mes hommes, qui avaient des préjugés, repoussèrent sa demande. Aucun terme ne lui parut trop fort pour exprimer combien il les trouvait ridicules. D'ailleurs pour les pillages, les leçons — on en a déjà trouvé maints exemples — viennent de haut, avec une continuité telle que le procédé se transforme en une méthode de gouvernement. Foucauld en devait constater une fois de plus les effets dans une sorte de petit État installé dans la vallée de l'oued Tazenakht et gouverné par deux personnages des Ait-Ouzanif : Chikh Ahmed et Chikh Abd el Ouahad.
Les Zanifi, sous réserve d'un assez léger cadeau, vivent dans l'indépendance. Au moment de l'arrivée de Foucauld, le chikh Abd el Ouahad venait de recevoir des lettres de Marrakech, écrites par ...



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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 2 Aoû - 9:01

page 101


- Kasbah de Tazenakht.

... des juifs de Tazenakht en ce moment dans la capitale : elles lui recommandaient de ne pas aller comme d'habitude chez le Glaoui, celui-ci ayant reçu l'ordre de le jeter en prison à son premier voyage à Imaounin. Cet avis semble désintéressé et part de bonne source; d'ailleurs il ne contient rien qui puisse surprendre; combien n'a-t-on pas vu de chefs indépendants, venus dans les villes du Makhzen confiants dans l'amitié du sultan, parfois sur son invitation, y être incarcérés tout à coup et maintenus au cachot jusqu'à ce qu'ils aient payé de grosses rançons? Simple opération financière. De même ici ; Moulay el Hassan veut faire emprisonner Chikh Abd el Ouahad: est-ce pour annexer ses États au Bled el Makhzen? Point; c'est pour lui arracher une partie de ses richesses qu'on dit énormes. Le Zanifi est célèbre au Maroc pour les trésors qu'il possède, enfouis, dit-on, sous sa demeure; ce ne seraient là que monceaux d'or, joyaux, armes merveilleuses. Le Zanifi passe pour le plus riche de l'empire en bijoux anciens et objets précieux de toute sorte; après lui viendrait Si el Hocein ould Hachem, le marabout de Tazeroualt ; en troisième lieu le fameux caïd el Gentafi. Outre ces trésors, les chikhs de Tazenakht ont de grandes terres, et dans leur pays, et au Mezgita, et chez les Ait Zeineb. Il y a là de quoi tenter la cupidité proverbiale de Mouley el Hassan.
Certes, dans l'évaluation de ces richesses, il faut en prendre et en laisser. L'exagération de la légende a bientôt fait de transformer ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 2 Aoû - 9:07

page 102


- Selle d'apparat.
- Koumia, poignard marocain.


... des réalités assez maigres et le mirage illusionne les cervelles comme les yeux. Cependant dans ces parages les chioukhs quasi indépendants, rassemblaient entre leurs mains toutes les ressources existantes grâce à des méthodes, dont aurait pu dire aussi Rabelais : « la plus honorable et la plus commune était par façon de larreçin ». Cette situation qu'on savait, tentait les voisins et leur maître à tous, qui par le pillage remplissait son trésor en annihilant des rivaux. Ceux-ci savaient manier la politique en contre-partie et n'hésitaient pas, s'ils se sentaient forts, à inviter le sultan à déguerpir dans les trois jours, comme il arriva à Sidi El Hocein ould Hachem de l'écrire à Moulay el Hassan quelque temps avant le passage de Foucauld.
Tazenakht est un gros village construit dans un site triste; au nord s'étendent à perte de vue les solitudes pierreuses que traverse le chemin de Tikirt; à l'est et au sud un massif escarpé de roche noire et luisante auquel la bourgade est adossée, ferme l'horizon; c'est vers l'ouest que le paysage est le moins désolé : de ce côté on aperçoit une portion de la plaine des Zenaga et au delà, se dressant sur un piédestal de montagnes grises, la haute cime blanche du Djebel Siroua. Au pied de Tazenakht est le lit de la rivière du même nom, presque toujours à sec. Le village est bâti en long sur la rive droite de la rivière, les habitations, en pisé, sont la plupart délabrées; vers le centre s'élève la demeure des chikhs, demeure vaste mais simple, ne rappelant en rien les constructions élégantes de l'oued Iounil ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 2 Aoû - 9:37

page 103


- La bourgade de Tazenakht.

... et d'Irels; celles-ci ont disparu par degrés à mesure que nous nous sommes éloignés du Draa. Les ruines occupent au moins deux tiers de la surface. C'est l'œuvre de la famine; quatre années de sécheresse ont produit ce résultat; un grand commerce y apportait la richesse : le Khemis, marché célèbre dans le Sahara entier, était le rendez-vous de toutes les tribus voisines.
La situation centrale de ce marché entre le Sous, le Draa et le Telouet lui a donné une grande importance; chaque jeudi le Sous y apporte ses huiles, le Draa ses dattes, les Glaoua des grains, là se fait l'échange des divers produits : les dattes sont portées vers l'Ouest et le Nord; huiles et grains prennent la direction du Sud et de l'Est. Les habitants de Tazenakht ont des relations suivies avec Maroc : leurs caravanes s'y rendent avec des peaux, des noix et des dattes et reviennent chargées de cotonnades, de sucre, de thé, d'allumettes, etc. ; on emmagasine ces marchandises et on les expose le jour du marché. Une industrie, la fabrication des khenifs, fleurit dans la bourgade. Celle-ci est la patrie du khenif dont le tissage et le brodage occupent presque toute la population. Malgré ces objets de trafic, Tazenakht voit décliner son commerce :
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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 2 Aoû - 9:42

page 104


- Maison des hôtes dans une demeure d'Irels.

... les tribus voisines y viennent encore s'approvisionner des produits d'Europe; les Zenaga y apportent toujours leurs laines et leurs grains; mais les caravanes du Sous, du Mezguita, des Glaoua, nombreuses autrefois, sont aujourd'hui rares et peu importantes; des oasis du Sud on ne vient plus.
L'alimentation se ressent de cette pénurie; jusqu'à présent les pauvres se nourrissaient de farine d'orge, mais tout ce qui était aisé mangeait du blé; à partir d'ici, on ne voit plus de blé; excepté les chikhs, personne ne connaît que l'orge; c'est l'orge qui compose et le pain et le couscoussou de chaque jour et la zemmita soit en pâte, soit en bouillie, composée de blé ou d'orge grillé, puis moulu; elle se mange avec un peu d'eau.

C'est déjà la pauvreté du Sahara marocain qui s'accentue davantage à mesure qu'on pousse plus loin et dont le type extrême est atteint par ces régions dont les populations sont parfois — étaient, du moins, à en croire le Kitab el Istiksa — si dénuées de ressources qu'il « se trouvait parmi elles des gens qui ne connaissaient ni labours, ni semailles, ni fruits. Il arrivait ainsi que quelqu'un d'entre eux passait sa vie sans manger de pain, sauf ...




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MessageSujet: Re: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Sam 2 Aoû - 9:51

page 105


- Couscous et Tajjine.

... au cas où des trafiquants traversaient le pays et leur offraient comme des présents rares du pain et de la farine ».
Au reste, nous pouvons difficilement concevoir comment se juxtaposent dans ces parages les différentes classes sociales, ni comment voisinent l'abondance la plus pléthorique et la détresse la plus extrême. Le contraste s'accentue encore aux époques de famine; qui n'a pas vu ces squelettes à peine vivants encore, se précipiter sur les immondices les plus répugnants pour y chercher quelque aliment, ignore ce qu'est la faim. Et ce n'est pas un des moindres services que la pénétration française commence à rendre aux misérables victimes du fléau, que de s'efforcer de nourrir les affamés et de régulariser le ravitaillement.

De Tazenakht à Tisint qui devait être pour le voyageur un centre de rayonnement, la route autrefois facile était maintenant infestée de djiouch, coupeurs de route vers le Sud. Foucauld ne pouvait chercher une protection auprès des personnages importants de la région. S'ils vous jugent pauvre, ils ne vous conduiront point, n'y trouvant pas leur profit; si, au contraire, ils vous croient riche, ils vous mangeront en route, vous et ce que vous avez, y trouvant plus de profit; il est imprudent de se mettre entre les mains des souverains : leur haute position les met trop au-dessus de tout; que  leur importe de passer pour loyaux ou sans foi? Il faut prendre pour zetat un homme assez fort pour faire respecter son anaia, mais non tant qu'il n'ait intérêt à garder une réputation intacte.
Les temps sont bien changés, aujourd'hui le chemin est ouvert  aux   excursions automobiles. A Tazenakht, un ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Dim 3 Aoû - 9:29

page 106


- Le col du Djebel-Bani entre Tissint et Tatta.

... caravansérail reçoit les hôtes de passage qu'à grand renfort de tambourins et de ghaïta viennent souvent saluer les ksouriens.
Il faut pourtant quinze jours de recherches pour que Foucauld découvre un certain cheikh semi-notable, Mohammed ou Aziz, auquel une existence mouvementée avait valu une réputation de courage éprouvé. Avec lui il était possible de s'aventurer chez les Zenaga, tribu berbère, riche, puissante, dont les hommes, sans avoir rien des Haratins, ont le teint très bronzé; leurs traits sont accentués et durs : presque tous sont laids, mais grands, secs et forts. C'est une tribu farouche, guerrière et pillarde, la crainte de ses voisins, l'effroi des voyageurs, il faut l'anaia d'un homme puissant pour qu'un étranger puisse la traverser sans péril. Quelques mois plus tard, au retour, l'explorateur devait en éprouver les effets.
Pour l'instant, il s'agissait, afin de gagner le Draa, de franchir la ligne de faîte de l'Anti-Atlas, par le Tizi Agni. Au sommet de ce col, au milieu  d'entassements   de  roches   noires,   s'ouvre un ravin :aucune largeur au fond, où un filet d'eau bondit par hautes cascades; flancs très escarpés, souvent à pic; pas de trace de terre ni de végétation;  tout est pierre, grès noir et luisant. Vers le sud,   on n'aperçoit d'abord qu'une longue succession de croupes brunes, flancs de la vallée dont la source est ici, versant méridional du Petit Atlas; puis, au delà, à une grande distance, une plaine blanche; enfin, bornant l'horizon, une dernière chaîne de montagnes, dominée par un ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Dim 3 Aoû - 9:36

page 107


- Fusil zenaga.

... pic bleuâtre, c'est le Bani avec le mont Taimzour, au pied duquel est Tisint.
Etape vers le but. Au sortir du massif, la longue plaine dangereuse qu'on s'arrange à traverser de nuit pour éviter les embuscades, s'étend jusqu'au Djebel Bani. Le péril disparaît, la route devient un enchantement auquel cède un moment l'impassibilité du voyageur. Nous circulons lentement au travers de mille canaux, entre de grands palmiers aux aspects fantastiques, dont les rameaux, argentés par la lune, jettent sur nous une ombre épaisse. J'arrive ainsi jusqu'au ksar; il m'apparaît tout entier, avec ses maisons de pisé blanc étagées au pied de la paroi luisante de la montagne, dont les roches polies miroitent par cette belle nuit. La lune qui brille au milieu d'un ciel sans nuages, jette une clarté douce; l'air est tiède, pas un souffle ne l'agite. En ce calme profond, au milieu de cette nature féerique, j'atteins mon premier gîte du Sahara. On comprend, dans le recueillement de nuits semblables, cette croyance des Arabes à une nuit mystérieuse, leïla elqedr, dans laquelle le ciel s'entr'ouvre, les anges descendent sur la terre, les eaux de la mer deviennent douces, et tout ce qu'il y a d'inanimé dans la nature s'incline pour adorer son Créateur.
L'aube,   qui  allait bientôt  effacer  cet  enchantement, éclaire la brèche, le Foum Tisint, par lequel peut être franchi le Djebel Bani. Plateau, talus, chemin, tout n'est que pierre, comme les flancs de la montagne. Ceux-ci sont escarpés, et composés de cette roche noire et luisante que je trouve si souvent dans le Sud. Le Bani est fort étroit, c'est une arête aiguë, une lame qui émerge du sol. Au débouché du kheneg apparaît Tisint, immense forêt de palmiers, vaste étendue sombre, au ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Dim 3 Aoû - 9:44

page 108


- Le Foum Sguid et le Kheneg du Djebel-Bani.

... milieu de laquelle brillent les taches blanches des ksars; des collines basses, des talus de sable jaune, bordent au loin l'océan de verdure; la rivière qui sort du kheneg, s'avance avec majesté, pleine d'une eau bleue et limpide, vers les bois de dattiers où je la vois bientôt s'enfoncer et disparaître. Sur sa rive droite, au seuil des plantations, est le grand ksar d'Agadir.
A partir de ce moment, l'aspect du pays change complètement. Foucauld est en plein Sahara marocain. Lorsque, après avoir traversé le Bani, on entre à Tisint, on met le pied dans un monde nouveau. Ici, pour la première fois, l'œil se porte vers le midi sans rencontrer une seule montagne; la région au sud du Bani est une immense plaine, tantôt blanche, tantôt brune, étendant à perte de vue ses solitudes pierreuses; une raie d'azur la borne à l'horizon et la sépare du ciel, c'est le talus de la rive gauche du Draa; au delà commence la Hamada. Cette plaine brûlée n'a d'autre végétation que quelques gommiers rabougris, d'autres reliefs, que d'étroites chaînes de collines rocheuses, entrecoupées, s'y tordant comme des tronçons de serpents. A côté du désert morne, sont les oasis, avec leur végétation admirable, leurs forêts ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Jeu 7 Aoû - 7:03

page 109


- Falaise du Djebel-Bani.

... de palmiers toujours verts, leurs ksars pleins de bien-être et de richesse.
Agadir Tisint, une des plus grandes oasis de la région est abondamment arrosée d'eau souvent salée qu'un barrage retient et oriente à travers la forêt des palmiers. Ceux-ci sont plantés très serrés; des murs de pisé les divisent en une infinité d'enclos; peu d'autres arbres s'y mêlent; de loin en loin, on aperçoit quelques figuiers. Point de cultures à l'ombre des dattiers : on réserve toute l'eau pour l'irrigation de cet arbre précieux. Il n'y a de champs qu'en dehors de la forêt, à la lisière de l'oasis; là on cultive dans le sable des légumes et de l'orge; on ne le fait que les années de pluie, quand l'eau du ciel féconde la terre, et que la rivière, plus grosse que d'habitude, fournissant plus qu'il ne faut aux palmiers, permet d'arroser une plus grande surface de terrain.

Assurément il est oiseux d'insister sur l'extrême intérêt de semblables descriptions. Le guide choisi sait voir, avec une acuité inégalée, les moindres nuances de ces pays qui, pour tant d'yeux inhabitués ou inattentifs, s'avèrent monotones. Rien pourtant de plus dissemblable que ces groupements humains surtout, pour ...




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Jeu 7 Aoû - 7:09

page 110


- Marabout de Tissint.

... lesquels un cadre naturel analogue est sans cesse modifié par l'accident local, orientant depuis des siècles l'activité des habitants. Quelle étude instructive et parfois pleine de charmes serait d'individualiser ces oasis perdues dans l'immensité sèche, d'en dégager la personnalité, d'entrer ainsi dans leur intimité collective, un des chemins vers l'intimité de chacun des ksouriens !
L'oasis est peuplée de marabouts et abrite les tombeaux de saints personnages vers lesquels se pressent les pèlerins. Tant de saints, morts et vivants, prouvent une population pieuse; en effet, les Haratin de Tisint sont dévots, formant contraste en cela avec les autres musulmans de la contrée, et surtout avec ces « païens » d'Arabes, comme ils appellent les nomades voisins.
Mais la piété est l'apanage des sédentaires, car les nomades des environs, les Ida ou Blal, semblent réfractaires à toute préoccupation religieuse. Prier, ils n'y ont jamais pensé.
En face du sévère et probe témoignage de Foucauld, il faut inscrire cette page de M. Louis Bertrand (1), une des plus belles qui aient été écrites sur l'influence morale du désert : « J'ai déjà dit ailleurs l'action purifiante et exaltante du désert sur les âmes méditatives et même sur n'importe quelles âmes : les plus basses en reçoivent comme une noblesse. Aucun cloître ne vaut le désert, non seulement pour couper toute attache entre vous et le monde, mais pour vous faire sentir votre dépendance et en même temps pour vous restituer à vous-mêmes. Rien ne commente avec une plus magnifique et terrible évidence le célèbre morceau de Pascal ...

(1) Comment je suis revenu au catholicisme, in Th. Mainage des Frères Prêcheurs : Les Témoins du renouveau catholique, p. 132.




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MessageSujet: Au MAROC en suivant FOUCAULD.   Jeu 7 Aoû - 7:14

page 111


- Intérieur Iba ou Blal.

... sur la grandeur et la misère de l'homme. C'est là que le roseau pensant éprouve le mieux la tragique horreur de ces grands espaces vides, de ces infinités qui le pressent de toutes parts, mais aussi le prix infini d'être une petite pousse de vie dans les espaces de mort et de stérilité, un éclair de pensée parmi la stupidité sans bornes de toute cette matière. Il est impossible de vivre dans ces immensités hostiles et splendides sans se replier sur soi-même et sans essayer de s'en évader vers l'au-delà. Le désert vous force à penser. La prière et la méditation sont les seuls fruits de cette terre sans ombre et sans eau. »
Le cas des Ida ou Blal apparaîtrait en contradiction avec cette affirmation si celle-ci ne se référait à une mentalité toute différente, celle de l'intellectuel dépaysé qui sent l'influence de « cette simplification toute géométrique des lignes » du désert, « le lieu le moins panthéiste du monde » et qui, conscient ou non, dans son intelligence comme dans son corps, subit l'action ascétique de cet infini inaccoutumé. Cette impression-là, Foucauld dut l'éprouver avec une intensité particulière à maintes reprises à Béni Abbés, à Tamanrasset, ou lorsqu'il accompagnait son ami le général Laperrine dans ses randonnées. Nul n'y échappe, même en dehors de toute ...




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