Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 L'Illustration

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: L'Illustration   Ven 16 Mar - 18:46



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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:23

page 01


La Fontaine El Hédine, à Meknès



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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:24

page 02


GENERAL LYAUTEY.
Sur la Haute-Moulouya :  réception  par le général  Lyautey  du  Khalifat du  Sultan au Tafilalet.

DIX   ANS   D'OEUVRE   FRANÇAISE   AU   MAROC



- II y a eu, le 5 août dernier, dix ans exactement que les premiers marins français débarquèrent sur la terre marocaine pour y venger l'honneur national, gravement outragé quelques jours auparavant. C'est si loin, tant d'événements, depuis lors, ont bouleversé nos esprits et surchargé nos souvenirs qu'il faut faire un effort pour se remémorer les circonstances dans lesquelles fut posée, sur l'empire du Moghreb, cette première emprise de la France. Dans un ordre daté du jour même de cet anniversaire glorieux, M. le général Lyautey les a rappelées, sous cette forme lapidaire, avec cette impériale brièveté qui conviennent à un soldat. En cent lignes, il a évoqué tout le drame violent qui nous obligea à cet acte de vigueur : l'assassinat, le 30 juillet 1907, par une bande de Chaouias fanatiques stipendiés sans doute, de quelques ouvriers occupés aux travaux du port de Casablanca, attentat suivi de l'investissement du consulat de France ; puis la mise à terre d'une poignée de marins du Galilée, sous la conduite de l'héroïque enseigne de vaisseau Ballande, — mort depuis lors au service de la Patrie, dans le torpillage du Léon-Gambetta ; il a retracé encore l'œuvre accomplie au cours de ces deux lustres par l'activité persévérante, par le génie français ; il a rendu hommage, enfin, aux audacieux pionniers de l'épopée marocaine, soldats et premiers colons, que soutinrent leur confiance dans la vertu du travail opiniâtre et de l'amour du drapeau.
Rien de plus incertain que notre situation au Maroc au moment où se produisit le massacre de Casablanca. C'était au lendemain de la conférence d'Algésiras, et la difficulté, pour nous, de jouir en paix des droits que nous avaient reconnus les puissances, et de remplir la mission qui nous avait été confiée, apparaissait clairement de jour en jour. D'autant que la perfidie allemande se chargeait à plaisir de nous compliquer la tâche.
Tout semblait crouler dans le vieux Moghreb. Abd-el-Aziz chancelait sur son trône précaire ; déjà, à Marrakech, son frère Hafid guettait l'instant propice à ses ambitions. La rébellion était partout : autour de Tanger avec le chérif Raïssouli ; devant Mogador avec le caïd Anflous ; dans le Sous avec le « Mahdi » Ma el Aïnin ; la Chaouia, depuis des mois, bouillonnait. Devant l'immensité de la besogne à accomplir, au seuil de cet abîme d'anarchie, le gouvernement français hésitait. Le drame sanglant de Casablanca précipita sa détermination, l'entraîna, de vive force, dans les voies de l'action.
Le 7 août, débarquaient à Casablanca les premières troupes de la colonne du général Drude. Le sort, désormais, en était jeté : la France acceptait son rôle, assumait son devoir. On pourra retrouver la trace de toutes les phases, de tous les épisodes marquants de cette glorieuse histoire dans la collection de L'illustration.
«  Fez, Marrakech, Taza marquent les principales étapes de notre progression militaire », disait, à la cérémonie commémorative des événements du 5 août 1907, le général Lyautey. Il est vrai. Mais quelle épopée mouvementée résument ces trois noms !
Enfin, à travers d'infinies vicissitudes, nous avions triomphé des embûches allemandes. Nous avions, sages pilotes, louvoyé au milieu des écueils, évité maints Charybdes et doublé maints Scyllas, de la querelle d'Allemands des « déserteurs de Casablanca » au brutal chantage d'Agadir. Depuis 1912, le général Lyautey, « Commissaire Résident général de France », gouvernait le Maroc à la façon des grands proconsuls, s'appliquant à relever, de ruines écroulées, un empire. Nous travaillions presque en paix. Une politique prudente, mesurée, des méthodes intelligentes, habiles, nous donnaient l'espérance qu'avec le minimum de risques et de sacrifices, nous allions pouvoir peu à peu étendre au Maroc entier les bienfaits de la paix française. Le coup de foudre de juillet 1914 nous éveilla de ce trop beau rêve.
Est-il besoin de résumer ici une page d'histoire universellement connue, et de rappeler comment, en de si critiques conjonctures, furent sauvegardés et la situation de la France et les destins mêmes de l'Empire chérifien ?
Convaincu, selon un mot qui a été souvent répété, que le sort du Maroc « se réglerait en Lorraine », le gouvernement français avait donné pour instructions au Résident général de ramener à la côte les Européens; de s'organiser là sur la défensive, en assurant en outre, si possible, la conservation de la grande ligne d'étapes qui va de l'Océan à Oudjda ; enfin, et surtout, de renvoyer en France le plus de troupes possible.
Son intuition de grand politique et de grand capitaine, et, d'autre part, son exacte connaissance du caractère arabe, amenèrent le général Lyautey à adopter et à faire accepter un plan diamétralement opposé.
Il défendra la côte, et tout l'empire, à l'avant, à la limite extrême du bled siba, du pays insoumis, sur les positions mêmes qu'il a si patiemment conquises. Il ne distraira pas, pour cet effort, un seul des hommes qu'on lui réclame pour les combats à la frontière de France. Les colons mobilisés sur place, les territoriaux qu'on lui enverra pour renforcer les quelques troupes qu'on lui aura laissées suffiront à la tâche. Sur l'heure commence l'embarquement de tout ce qui n'est pas indispensable à cette œuvre, les marsouins, les tirailleurs, bientôt suivis des goumiers aux rouges manteaux, de tous ces « askris » qui ont si vaillamment combattu pour nous, à nos côtés, aussi braves, aussi zélés que nos colons les plus anciens. Dès août 1914 arrivent au front les premiers contingents.
Au Maroc, un pas en arrière, et c'était la catastrophe. Le général Lyautey l'a compris. Il tient partout. La ceinture avancée de nos postes constitue ce qu'il a appelé « l'armature », — une armature .../...


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:25

page 03



.../... souple et résistante, qui couvre et protège la périphérie du pays, de l'Oum er Rbia à la Moulouya, et qui se tend en avant, chaque jour davantage, à la façon de l'arc que bande une main vigoureuse. Non seulement on ne recule pas, mais on gagne du terrain. Chaque rébellion fomentée par les agents allemands, par l'or allemand, est pour nous le signal d'un pas en avant. El Hiba, le fils de Ma el Aïnin, sans relâche s'agite au Sud ; au Nord, abondamment pourvu de subsides et d'armes, grâce au voisinage de cette zone vague, de ce no man's land qu'est le Rif espagnol, Abd el Malek, petit-fils du chevaleresque émir Abd el Kader, nous attaque à coups répétés.
L'ingénieuse création des « groupes mobiles », de ces actives colonnes de police qui semblent douées d'ubiquité, apparaissant à la fois partout où quelque trouble se produit, où leur présence est nécessaire, répond à tous les besoins, suffit aux tâches multiples de la défense. Nos soldats intrépides font tête de toutes parts. Ils progressent. La fameuse « tache d'huile » s'étend en pleine guerre. C'est une chose paradoxale, c'est un miracle, — le miracle marocain.
Pas de coups de tête : on en a expérimenté une ou deux fois le danger ; ils sont interdits. Installé, avec une section à peine, dans un fortin avancé, un officier attendra des semaines, des mois, l'arme au pied, impatient quelquefois, le résultat d'adroites négociations engagées en avant. Une souple et persuasive diplomatie a conquis les uns après les autres tous les grands caïds, ces ombrageux féodaux que jamais n'avait pu soumettre la débile autorité du sultan. Ils servent désormais, à la fois, et leur suzerain si longtemps discuté, et la France, sous l'étendard écarlate du chérif et le drapeau tricolore. Et c'est ainsi qu'au prix du minimum possible d'actions militaires, de quelques coups violents rapidement portés, on a gagné Tiznit, à moins de 50 kilomètres de Kerdous, où le mahdi El Hiba a établi sa demeure, où le vont, parfois, bombarder nos avions.
A l'abri, donc, de « l'armature », de ce mouvant rideau de troupes actives et vaillantes, la mission civilisatrice de la France se poursuit avec un égal bonheur, un succès égal,
« Un chantier vaut un bataillon », a dit un jour le général Lyautey, résumant ainsi dans une saisissante formule une de ses directives politiques.
Il a donc multiplié les chantiers, routes, chemins de fer, édifices, sachant bien, en homme de sens et d'expérience, que l'activité crée l'aisance, et que les peuples qui vivent au sein du bien-être sont peu enclins à chercher querelle à leurs voisins. Et ainsi, tandis qu'il étendait jusqu'à l'Atlas la frontière du bled maghzen, du Maroc soumis, à l'intérieur il assurait la tranquillité.
Autour de chaque ville, des réseaux de routes rayonnent, courant au-devant l'une de l'autre. Les lignes ferrées se sont multipliées et allongées. Ce n'étaient, jusqu'à présent, que des chemins de fer de campagne, des voies étroites, puisque aussi bien les conditions qui nous étaient imposées, et que nous tenions à honneur de respecter jusqu'au bout, par égard pour des nations amies garantes de leur
exécution, nous interdisaient d'en tracer d'autres. Mais, libérés par l'indigne agression, approuvés de nos alliés, nous voici prêts à commencer la construction d'un grand réseau commercial à voie normale, d'un réseau de 1.100 kilomètres.
Cette même conception politique inspirait au général Lyautey l'idée de manifestations plus inattendues encore, au milieu de ces jours incertains : je veux parler de l'exposition de Casablanca en 1915, de la foire de Fez en 1916, de celle de Rabat, cette année, — véritables « œuvres de guerre », selon la parole du Résident général, où les industriels et commerçants français engageaient sur le terrain économique une lutte qui doit être tout aussi victorieuse que celle qui se poursuit sur le formidable champ de bataille où les nations sont aux prises.
Enfin, il n'est pas jusqu'aux questions d'art qui n'aient tenu leur place dans les préoccupations du représentant de la France au Maroc. Il a montré aux magnifiques et vénérables monuments de la civilisation musulmane, dans l'empire du Moghreb, la même sollicitude, le même respect qu'il a témoigné aux traditions, aux mœurs de ces peuples si nouvellement et si franchement venus à nous. Nul, au Maroc, n'a souffert par notre faute, du fait de notre venue.
Nous pouvons nous rendre fièrement justice : nous n'y avons causé aucun dommage ; nous y avons répandu, multiplié les bienfaits. Une administration tutélaire y a amené avec elle tous les éléments de bien-être, de prospérité, de développement moral dont elle disposait ; les médecins l'ont suivie, puis les maîtres d'école, et ce ne sont pas les deux moindres éléments d'influence, de succès dont elle ait habilement usé. Tous les troubles, avec les misères qu'ils ont pu entraîner, nous en pouvons équitablement rejeter la faute sur l'implacable ennemi que nous avons trouvé devant nous dès nos premiers pas sur cette terre, depuis Tanger jusqu'à Agadir, et qui est toujours là, plus irréconciliable, plus haineux que jamais, maintenant qu'il a bien jeté son masque d'hypocrisie.
Le Maroc était l'un des enjeux de la guerre, aux yeux de l'Allemagne comme aux nôtres ; il tenait dans ses appétits une part énorme. Là aussi, là d'abord, elle a perdu la partie. C'est ce que savaient bien tous ceux qui, le 5 août dernier, suivirent le général Lyautey dans son pieux pèlerinage de la plage de Casablanca, où débarquèrent les marins de Ballande et les soldats de Drude, jusqu'à cette maison du consulat de France où furent assiégées nos trois couleurs, et j'imagine quel dut être leur émoi en franchissant la Bab el Mar, cette porte voûtée de la Marine qu'on devrait transformer en un arc triomphal, car c'est par là que, dix ans plus tôt, une poignée de cols bleus ont ouvert le passage à la civilisation française. Qu'ils soient glorifiés, ces héros! et avec eux tous ceux, du général en chef au plus humble des soldats, qui, au prix de tant d'efforts, depuis trois ans, nous ont conservé ce Maroc si violemment convoité, et qui nous le rendront agrandi, pacifié, prospère !
GUSTAVE  BABIN.


IMPRESSIONS   DE   LA   VIE   MAROCAINE



L'histoire des colonies est pleine de brutalité. Quand l'Occidental, aventureux et laborieux, a mis le pied sur quelque terre lointaine, fût-elle dénuée de toute civilisation, ou, comme dans l'Orient mystérieux, encombrée des débris de plusieurs civilisations vieillies, son premier souci a presque toujours été d'essayer de détruire tous les vestiges du passé qu'il y trouvait. Ceux qui ont le respect de toutes les formes de la vie l'ont constaté bien des fois avec résignation ou avec colère : le premier effet de la colonisation est généralement tout au moins l'avilissement sinon la suppression de la vie indigène. L'originalité du Protectorat français au Maroc, c'est que, non content de respecter la civilisation marocaine, il s'est efforcé de lui communiquer une vitalité nouvelle. Dans tout ce que la France a entrepris dans ce vieil empire défaillant, à qui elle a imposé sa bienfaisante tutelle, on retrouve le même souci de restaurer, de vivifier. Le propre de la puissance qu'exercé là-bas le général Lyautey, c'est de protéger ; et, pour la première fois peut-être dans l'histoire des établissements européens d'outre-mer, les colonisés ont trouvé ici dans les colonisateurs des gens qui s'efforcent de les comprendre et de les aimer. C'est ce qui fait qu'au Maroc, en dépit des progrès rapides de l'occupation et de la colonisation, une vie musulmane subsiste à peu près intacte, avec toute sa poésie, toute son originalité, tout ce qu'elle comporte de séduction pour les vieux civilisés que nous sommes. Casablanca, qui est une ville du Nouveau Monde, poussée tout soudain à l'ombre d'une vieille kasbah décrépite, nous offre peut-être la seule image de ce que sera le Maroc dans un siècle ; mais, à Fez et à Marrakech, nous voyons aujourd'hui vivre en toute liberté une société millénaire, qui ne doit peut-être son immobilité qu'à ce qu'elle a réalisé, du moins pour certaines races, une formule de bonheur.
Notre premier contact avec l'Islam nous produit généralement une étrange impression, où il y a un peu de cette confuse terreur que donne, dit-on, aux êtres imaginatifs et sensibles, la première vision de .../...


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:28

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.../... cette vieille Asie dont le sol semble être fait de la poussière de tous les dieux, où il y a aussi je ne sais quel vague dégoût. Toute cette pouillerie pittoresque mais misérable, cette horde de mendiants, l'humilité et la rapacité de ces innombrables guides importuns qui s'offrent à vous, cette misère et ces vices ingénus qui s'étalent avec tranquillité, ces monuments qui se résolvent en poussière, ces pantoufles qui traînent et ces beaux cavaliers, tout blancs dans leur burnous immaculé, qu'on voit passer dans la foule, dédaigneux et perdus dans leur rêve, qu'il y a loin de tout cela aux images familières de nos civilisations créatrices et diligentes! Aussi, faut-il un certain temps pour entrevoir ce qu'il y a de fraternité dans cette misère, de fierté dans cette résignation, de dédain dans cette humilité et de sagesse dans ce rêve. Mais alors, c'est avec une sorte de griserie qu'on entrouvre la porte de ce monde mystérieux, où tout est nouveau pour l'imagination. La lampe d'Aladin éclaire d'une lumière enchantée un univers nouveau, où quelques sages gardent au fond du temple une recette qui donne la paix de l'âme, sinon le moyen d'être heureux.
Sans doute, éprouve-t-on cette même impression dans tous les pays d'Orient où règne le Prophète, mais au Maroc elle est si forte que, certains jours, dans les sombres ruelles de Fez, sur la terrasse de la Baïa de Marrakech, ou dans cette blanche et silencieuse Azem-mour qui semble sourire dans son linceul, un parfum empoisonné nous paraissait monter de la terre pour nous conseiller l'oubli de toute notre vie passée, de tout notre Occident où l'on aime avec inquiétude, où l'on souffre avec allégresse, où l'on combat avec passion pour des chimères...
Il faut s'arracher à cette griserie pour tâcher de voir clair. Ces pays d'Islam sont de vieux pays où les formes de la vie sociale sont contradictoires et compliquées, où l'extrême raffinement côtoie la barbarie et où le sens le plus délicat du plaisir et de la volupté s'allie très bien avec l'ignorance presque absolue de ce que nous appelons le confort.
C'est à Marrakech, par une splendide après-midi de septembre, que j'éprouvai pour la première fois la sensation précise de ce que c'est que la volupté de l'Islam. Nous avions marché toute la journée dans la poussière de cette ville étrange, faite de palais et de masures, et qui est déjà à demi saharienne. On nous conduisit, vers la fin de la journée, dans un beau jardin qu'on nomme la Ménara. Ces jardins du Maroc ne sont que de grands bois d'oliviers ou de citronniers, généralement enclos de murs et où l'on a tracé en damiers des allées régulières, que parcourent les petits canaux d'une irrigation savante ; mais il y règne une fraîcheur délicieuse. L'ombre y est légère, la lumière joue au travers du feuillage grisâtre ; quelques bestiaux qui y viennent paître, sous la garde de jolis enfants à demi nus, n'y rompent point le silence ; on y jouit à la fois de la paix souveraine du désert et de la douceur d'une végétation d'autant plus délicieuse qu'elle est plus rare en ce pays. Au centre de la Ménara se trouve un immense bassin carré qui fait penser à la pièce d'eau des Suisses. On a construit jadis sur ses bords une terrasse et un joli pavillon d'où l'on découvre toute la ville, la palmeraie et. plus loin, vers l'Orient, les cimes neigeuses de l'Atlas, « C'est un endroit, nous dit notre guide, où les notables de la ville viennent se donner des fêtes ou simplement s'offrir le thé. » Nous comptions n'y rencontrer personne, mais il se trouva précisément qu'un personnage considérable, un chérif, y recevait des amis. Leurs mules, richement caparaçonnées, et leurs serviteurs groupés dans le bois formaient un joli tableau coloré, qui faisait songer à Fromentin. Allions-nous être obligés de retourner sur nos pas ? Notre guide parlementa quelques instants, et aussitôt, voilà que le chérif lui-même vient nous recevoir sur le pas de la porte, et nous prier, avec de grandes salutations à la mode arabe, de prendre part à la fête qu'il donnait à ses amis. Nous entrons dans une grande salle toute blanche, décorée de quelques inscriptions coraniques, et ouverte sur la terrasse et sur le ciel. Une dizaine de vieux Arabes y étaient assis sur des coussins recouverts de mousseline blanche ; dans un coin, des musiciens attendaient l'ordre du maître. On nous fit prendre place et l'on servit du thé à la menthe et des gâteaux au miel et aux amandes. Le chérif tenta par courtoisie de faire la conversation avec nous. Mais on cause bien malaisément par le moyen d'un interprète. Que peut-on se dire sinon des banalités polies ? La fête reprit comme si nous n'étions pas là ; les musiciens saisirent leurs instruments, et l'un d'eux, après quelques accords étranges, se mit à chanter : c'était une sorte de mélopée, d'un rythme bizarre et lent. La voix s'élevait très pure, dans le silence de la pièce qu'entourait le silence de la campagne. On nous dit que c'était une poésie très ancienne qu'il chantait ; nous aurions voulu nous la faire traduire, mais l'interprète s'embrouillait dans son interprétation. Au surplus, à quoi bon connaître un sens qui ne nous serait apparu que tout à fait décoloré ? L'étrange musique, en sa subtile monotonie, était pleine de l'immense mélancolie du désert et du soleil...
Au dehors, dans le jardin, la lumière s'alanguissait ; on sentait venir le soir. C'est l'heure exquise dans ces pays d'Orient. Je regardais le chérif. Sur sa figure grave, une sorte de douceur souveraine était répandue. Le regard perdu dans la lumière, il semblait s'enfoncer dans un rêve infini. Je n'ai jamais vu sur un visage humain pareille expression de calme et de bonheur.
Nous prîmes congé. Comme, pour regagner notre voiture, nous marchions le long de l'étang doré par le soleil à son déclin, l'officier qui nous avait conduits là, vieil Africain que le Maroc a conquis depuis longtemps, me dit :
« Vous venez d'assister à un de leurs plaisirs favoris. Qu'ils se réunissent entre amis, dans un beau lieu où ils peuvent jouir d'un peu de fraîcheur et de la splendeur de la lumière aux plus belles heures du jour ; de la musique, parfois des danses qui évoquent le rythme éternel de l'amour, une conversation grave, courtoise et lente, du thé, il ne leur en faut pas davantage. Les voilà partis pour cette région mystique où leur sagesse trouve tout le bonheur. Qu'y a-t-il derrière le regard lointain qu'on leur voit alors ? Peut-être rien, car depuis des siècles la pensée arabe ne s'exprime plus, au point qu'elle semble morte — j'ai demandé à des lettrés de cette ville où se trouve le tombeau de Ibn Rochd, que nous appelons Averrhoès, et qui est venu y mourir : ils ne savent pas ce dont vous voulez parler. — Qu'y a-t-il derrière leur regard si plein de profondeur ? Peut être rien, si ce n'est une vague songerie sensuelle où le réel disparaît ; peut-être rien, si ce n'est le bonheur, un bonheur qui ressemble au sommeil. Il leur suffit, et c'est pourquoi nos agitations et nos préoccupations leur paraissent si vaines. Que nous les laissions à leur rêverie, pourquoi n'admettraient-ils pas que nous administrions, que nous travaillions pour eux ? Ils usent de nos chemins de fer, de nos autos, mais ils ne nous en admirent pas plus pour cela : ils ont quelque chose de mieux, qui nous est inaccessible... »
Nous regagnâmes Marrakech au soir tombant. C'est l'heure où toute la population se réunit sur la place de Djemaa-al-Fna, qui est en quelque sorte le centre de cette ville d'affaires et de plaisir, la grande étape des caravanes du Sud.
Elle grouillait d'une foule multicolore : des nègres, des Chleuh, des gens de la campagne et de la montagne, d'un type berbère fortement accentué. Et, parmi eux, splendides et dédaigneux sur leurs mules, drapés dans des burnous blancs, les marchands, les bourgeois de la ville. Au premier abord, tout cela n'est que confusion, gestes désordonnés, cris, murmures de paroles : le tumulte africain. Mais si l'on monte sur la terrasse du palais où sont installés les services municipaux du Protectorat, on s'aperçoit que toute une série de cercles, qui se touchent sans se confondre, se dessinent dans cette foule bigarrée. Il y a un ordre dans ce désordre. Ce sont les bateleurs, les prédicateurs, les bouffons qui le font en groupant autour d'eux leur clientèle. Voici le charmeur de serpents qui enroule autour de ses bras noirs les anneaux de ses bêtes et les brandit, comme pour les lancer dans la foule ; des petits saltimbanques, en tuniques rouges et vertes, font des culbutes savantes ; un orateur, grave et sentencieux, conte une belle histoire de génies ; un autre, le livre à la main, commente le Coran. Mais celui qui réunit le plus de monde autour de lui, c'est un vieux Berbère au crâne rasé, à la barbe hirsute, qui discourt avec un feu extraordinaire, se frappe la poitrine, lève les bras au ciel, rit de toutes ses dents, pour gémir un instant après, d'un air lamentable. C'est un marabout, qui vient du désert, par delà l'Atlas. De temps en temps, il avise un auditeur, le saisit par la main, l'embrasse, l'assied devant lui, ce qui est une manière de le prendre sous sa protection, de lui conférer sa bénédiction. Ailleurs, des femmes soigneusement empaquetées dans la serviette-éponge qui leur sert de haïk, et pareilles à des tas de linge abandonnés par des lavandières, s'accroupissent en rond autour d'une vieille sorcière qui chuchote et leur murmure à l'oreille des prédictions ou des formules magiques propres à conjurer le sort et à retenir l'amour de l'époux ; des enfants se disputent les friandises d'un humble confiseur, qui étale ses bonbons par terre sur un vieux morceau de journal ; des gens de la campagne, venus de je ne sais quelle tribu lointaine, préparent un repas qui sent les aromates et la graisse brûlée.
Et sur tout cela, ce soir-là, tombait une étrange lumière dorée, une .../...


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:29

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Ramparts et porte de la Kasbah des Oudayas, à Rabat.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:31

page 06


Israélites lavant leur linge dans l'oued, à Sefrou.
La ville de Fez, vue du Bordj Sud.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:33

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Mosquée de Moulay Idriss (fondateur de Fez) : le Mur des Offrandes.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:35

page 08


Campement de chameliers sur la route de Kenifra.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:36

page 09




.../... lumière comme on n'en voit qu'au désert ; le sol, peu à peu, devenait rosé et violet ; les quelques palmiers qu'on voyait au loin agiter leurs larges feuilles au-dessus des murs des jardins prenaient une étonnante teinte bleu sombre. Où étions-nous ? Dans quel pays de l'irréel et de l'impossible ?
Cette place de Marrakech, on l'appelle «F assemblée des merveilles », Djemaa-al-Fna, La pouvait-on mieux nommer ? L'assemblée des merveilles ! Oui vraiment, et non seulement pour les gens des tribus lointaines qui viennent y chercher toutes les choses étonnantes qu'ont créées les hommes des villes et les hommes de la mer, mais aussi pour nous autres occidentaux à qui elle révèle une humanité nouvelle. Djemaa-al-Fna ! Cette place grouillante, poussiéreuse et splendide, au seuil du désert, c'est vraiment le carrefour de deux mondes, et de plusieurs époques, et de plusieurs histoires.

Ce pullulement de pauvres gens en haillons, cette foule à demi nègre, ces cris, ces gesticulations, l'odeur acre des fritures en plein vent, quel contraste avec la jolie scène de l'après-midi, si calme, si délicate, si cérémonieuse !
Ce sont les deux aspects essentiels de la vie marocaine : des hautes classes d'une sensualité délicate, d'une courtoisie raffinée, d'une sagesse dédaigneuse et d'un grand scepticisme politique, — ce qui nous assure, pour l'instant du moins, leur fidélité ; un peuple rude de montagnards et de Bédouins, pauvre, farouche, mystérieux, assez indifférent d'ordinaire, du moins en apparence, mais où couve le feu caché du vieux fanatisme musulman. Cette dualité est aussi ancienne que le Maroc lui-même, — mieux encore, aussi ancienne que l'Islam.
Nous sommes ici dans un de ces pays où se sont conservées les premières formes de la vie sociale et qui explique, par une brusque illumination de l'esprit, tout un aspect de l'histoire. L'Islam, religion abstraite, née du désert et de la nécessaire démocratie du désert où l'unité sociale, la famille, ne vaut que par sa résistance individuelle aux forces de la nature hostile, se répand périodiquement vers les confins où sont les terres fertiles, où l'on trouve en abondance l'eau bienfaisante, la verdure et la fraîcheur, où l'on bâtit des villes sur une terre solide, où la vie est aisée, aimable et heureuse. Il s'y humanise et s'y corrompt. Mais de siècle en siècle il se retrempe aux sources éternelles du fanatisme saharien. Des illuminés, semblables à ce marabout que j'ai vu discourir sur la place de Djemaa-al-Fna réveillent les passions religieuses et pillardes des pauvres tribus errantes dans les sables brûlants et qui, tout à coup, poussées par une force mystérieuse, s'élancent à la conquête des villes, des oasis, des plaines, de la côte. C'est toute l'histoire du Maroc. Pas une de ses grandes dynasties, depuis les Almoravides, les Almohades et les Mérinides jusqu'à l'actuelle dynastie chérifienne, qui n'ait eu son origine dans une sorte de mouvement puritain venu du Sud. C'est toute l'histoire du Maroc, c'est toute l'histoire de l'Islam, et parfois le flot du fatalisme désertique a poussé jusqu'à l'Occident.

Les Almohades, les Almoravides, que cela nous reporte loin dans le passé !
Il est peu de peuples qui aient, moins que celui-ci, la curiosité de son histoire. Parmi les quelques rares lettrés qui vivent encore à Fez, à Marrakech ou à Salé, on en trouverait bien peu qui aient quelque vague notion des annales de la race. On dit bien que, dans quelques familles de Fez, descendantes des Maures chassés d'Espagne, on garde encore les clés des maisons de Grenade et de Cordoue ; mais il semble que, dans l'âme marocaine, ce passé demeure obscur et parle moins à l'imagination que les contes des Milles et une Nuits, ou la légende d'Aroun-al-Raschild ; on dirait que, pour ces peuples, issus d'un pays où le paysage a l'immobilité, l'éternité de l'abstrait, le temps n'existe pas. A quoi bon arrêter son esprit sur les choses périssables ! Elles changent et se perpétuent selon leur type éternel, toujours pareilles et toujours nouvelles comme les flots de la mer ou les dunes du désert. Les tombeaux s'écroulent, les palais s'effritent : qu'importé ? On en construira d'autres quand le temps sera venu, sur le même modèle.
C'est pourquoi, dans ce vieux pays, dont la civilisation est presque aussi ancienne que la nôtre, il y a si peu de monuments anciens. Hormis les ruines de Chellah, la tour Hassan, la porte magnifique de la kasbah des Oudayas à Rabat, la Koutoubiah à Marrakech, les mosquées de Moulay Idriss et de Garouiyin à Fez, les monuments ne remontent guère au delà du xvI° siècle et les ruines de Meknès, d'un aspect tout romain, datent de Moulay Ismaïl, contemporain de Louis XIV.
Et cependant, dans tout le Maroc, le passé vous saisit, et l'une des premières impressions qu'on y ressent est celle d'un recul dans le temps.
Quand on parcourt le pays à l'automne, on rencontre souvent des files de mulets et de chameaux, chargés, les uns de toiles et de sacs, les autres de femmes et d'enfants. En tête et en queue du cortège, marchent des cavaliers armés de leurs fusils de fantasias, fiers, hautains, défiants, dans leurs burnous blancs. Un autre groupe fait escorte à un vieillard vénérable, cheminant à petits pas sur sa mule : c'est un douar qui déménage, et le vieillard, chef du clan, évoque si naturellement l'image d'Abraham ou de Jacob conduisant sa tribu vers la terre désignée par Dieu, que c'est à peine si l'on ose risquer la comparaison, tant elle a l'air d'un cliché.
Cette vie des paysans marocains, qu'ils soient nomades ou sédentaires, a toujours le même caractère primitif. Sous la tente ou dans le gourbi, les jours s'écoulent avec la monotonie des premiers âges de l'humanité. Quelques travaux à l'heure des semailles et de la récolte, la garde des troupeaux, la promenade journalière des femmes qui, de grandes jarres sur l'épaule, vont vers l'oued ou le puits chercher l'eau de la famille au soir tombant, — rien n'a changé depuis le temps où Eliezer, sur la margelle du puits sacré, demandait pour son maître la main de Rébecca ; et dans le voisinage du pays dissident, dans le bled Siba, règne encore la crainte traditionnelle du pillard des montagnes ou du désert.
Dans les villes, ce sont aussi des images lointaines qu'offrent les spectacles de la vie. Avec ses palais immenses, enclos de murs interminables, et souvent à demi ruinés, ses labyrinthes de masures, ses souks grouillants, Marrakech est une grande ville d'Orient selon la légende. Ce hautain personnage qui, passant superbement sur sa mule, bouscule les mendiants accroupis à la porte de la mosquée, n'est-ce pas le vizir orgueilleux dont la justice du kalife fera brusquement un porteur d'eau ou un ânier, pour élever l'ânier plein de finesse et de bon sens au rang du vizir ? Ces deux malheureux en haillons, qui soutiennent mutuellement leur misère avec une si touchante fraternité, ne vous rappellent-ils pas l'Aveugle et le Paralytique ? Et cet homme grave que vous voyez, en des gestes onctueux, apaiser la querelle de deux marchands irrités, n'est-ce pas le sage Zadig ?
Fez offre des impressions différentes mais non moins archéologiques. La ville, qu'entourent de belles collines aux profils harmonieux et qui descend au creux d'une vallée de la terrasse où sont les jardins de Bou-Jeloud, pleins de parfums et de murmures d'eau, a je ne sais quelle grâce italienne, mais avec quelque chose de sombre, d'austère et de dur. Elle fait songer à la Florence du XVème siècle, mais à une Florence musulmane et pharisienne. On a le cœur oppressé dans ce labyrinthe de ruelles où aucun Européen ne peut se retrouver sans guide ; ces venelles étroites, bordées de murs aveugles, sont pleines d'un mystère hostile. Que se passe-t-il dans ces hautes demeures, où les riches marchands, les Tagers, la journée finie entassent leurs douros ? Ne sont-ce pas les citadelles d'orgueil, où des patriciens opulents pareils à ceux de Venise gardent jalousement comme un privilège leur trésor et leur foi ?
Tout est contraste ici comme dans toutes les villes marocaines et sans doute comme il y a cinq ou six cents ans dans nos villes d'Occident. L'extrême misère et l'extrême opulence, que nos sociétés modernes arrivent à dissimuler, s'y étalent, et il y a autant de différence entre les mendiants qui grouillent autour des mosquées, ou les artisans misérables qui besognent dans le faubourg, et les Tagers qui fournissent son personnel au Maghzen, qu'entre les vilains qui vivaient et mouraient dans les masures croulantes du faubourg Saint-Antoine et un gentilhomme de la Cour des Valois. Mais ici, le soleil, « qui luit pour tout le monde », la résignation musulmane, et cette rêverie mystique, où tous ont la faculté de s'absorber, rendent la misère plus supportable qu'elle ne le fut jamais dans nos durs pays d'Occident, où qui ne produit pas succombe.

Sans doute, ces comparaisons historiques ont quelque chose d'artificiel. Un chartiste vous dira fort justement qu'il n'est pas très exact d'assimiler la société marocaine à notre moyen âge, parce qu'il y manque l'essentiel de la structure sociale dans l'Europe d'autrefois, « c'est-à-dire des liens de suzerain à vassal, avec obligations réciproques .../...


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:37

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.../...  et sanctionnées, une église, organisation spirituelle opposée au pouvoir temporel, la naissance des institutions communales, bref, toute une organisation complexe, délicate et très spéciale ». Soit, mais cependant chez ces grands caïds du Sud, que la diplomatie du général Lyautey a su gagner à notre cause, et qui, naguère, presque complètement indépendants du sultan, durent leur fortune à ce que les tribus guerrières, dont ils étaient les chefs héréditaires, percevaient le péage sur les cols de l'Atlas, comment ne songerions-nous pas aux barons des Marches de nos royaumes d'Occident? La vérité, c'est que dans ce vieux pays, que l'immobilisme de l'Islam et, mieux encore, sa situation entre la montagne infranchissable et une côte presque inaccessible ont longtemps préservé de tout contact avec le monde moderne, dans cet étrange pays où toutes les choses ont l'air de dater d'il y a six siècles ou d'il y a six ans, les formes successives de la vie sociale se sont conservées comme en une sorte de musée naturel.
Parcourez les tribus. Chez les nomades, vous trouvez dans toute sa pureté, dans toute sa poésie, la vie pastorale, telle qu'on la vivait dans l'Orient primitif; ce caravanier avisé, mystique et brave, que vous avez rencontré au carrefour de deux pistes ou sur un marché du Sud, vous fait mieux comprendre Mahomet que l'étude la plus savante. Chez les sédentaires, et les demi-sédentaires, vous pourrez saisir sur le vif la façon dont la civilisation passa de sa forme errante à ses formes fixes. Ces tentes basses, qui s'appuient à des murs de boue séchée, et se mêlent à des huttes de pisé, c'est toute une leçon de préhistoire. Et quelle image émouvante de la vie ancestrale, que ces marchés du désert, où, depuis des siècles, les gens des douars et les montagnards de l'Atlas viennent échanger la laine de leurs troupeaux ou les produits de leurs arbres et de leurs champs, contre ce qu'on fabrique dans les villes, ou ce qu'on apporte de la côte ! Ils prennent généralement le nom du jour qui leur est attribué : Souk-el-Had, c'est le marché du dimanche ; Souk-el-Arbâ, c'est le marché du mercredi. Les étranges marchés ! Tout le monde est armé ; aussi est-ce là que, d'ordinaire, se vident les querelles, et que les rébellions éclatent. On vend de tout : des grains, du bétail, des fruits, des légumes, des étoffes, de l'huile, du sucre, des babouches, des aiguilles; on abat sur place des bœufs, des moutons et des chèvres qu'on dépèce à mesure, et qu'on débite en détail. Les affaires commencent au lever du jour. Vers midi, toute cette foule se disperse, et chacun sur son cheval, sa mule ou son âne, regagne sa ville, son village, son douar ou sa montagne, à vingt, à cinquante lieues de là.
Ces scènes de la vie pastorale, ces marchés, forme première du commerce, c'est l'Islam primitif ou le pré-islam. Chez les grands caïds du Sud, qui, devenus pachas ou fonctionnaires maghzens, n'en gardent pas moins leurs châteaux forts de la montagne ou du désert, nous nous trouvons plongés en pleine féodalité avec tout ce que le mot comporte de brutalité, d'arbitraire, de cruauté et d'exactions, mais aussi avec le correctif d'une sorte de chevalerie courtoise, généreuse et magnifique, assez analogue à celle que nous décrivirent Villehar-douin, Joinville ou Froissart. Transportez-vous dans les villes : Fez, c'est une république marchande et théologique du xv° siècle, avec ses patriciens riches, raffinés, prudents et dévots qui, jusqu'à ces derniers temps, ne voulaient pas croire que les choses eussent changé depuis les Mérinides ; Marrakech, c'est la ville saharienne, le grand marché des caravanes, !e point de contact du monde noir et du monde blanc, et avec son grouillement de foule, ses palais trop vastes, sa pouil-lerie multicolore, la meilleure image peut-être de ce que fut Bagdad au tsmps des grand califes ; Meknès qui, au flanc de sa colline, et parmi ses oliviers, vit à l'ombre des constructions colossales, aujourd'hui à demi ruinées que laissa Moulay Ismaïl, c'est la création fastueuse et éphémère d'un de ces potentats orientaux dont l'histoire est pleine de cruauté, de magnificence et de génie. Et maintenant, ralliez la côte. A Mogador, à Mazagan, à l'abri des remparts portugais, où de vieux canons hors d'usage bâillent encore sur leurs affûts pourris, vous trouvez de ces villes-comptoirs, que les peuples navigateurs du xvI° et du xvII° siècle semèrent tout le long des grand'-routes maritimes, et où tous les aventuriers du monde, mêlés aux juifs et aux indigènes, formèrent un peuple nouveau plus propre aux affaires et à la piraterie qu'à l'exercice des vertus ; à Rabat, autour de la ville indigène toute blanche et d'une intimité charmante, vous verrez les villas de la nouvelle ville administrative s'égailler dans les jardins tout neufs ; à Salé, si blanche aussi, et toute recluse en son passé, vous pourrez rêver aux aimables captives que, jadis, les pirates barbaresques enlevèrent dans les petits ports de la Méditerranée, pour les plaisirs de leurs armateurs, et qui vinrent mourir loin de leur patrie, dans l'ombre du harem ; à Casablanca enfin, vous admirerez le soudain développement d'une cité coloniale où une jeune humanité française semble se préparer à la conquête d'un monde nouveau.

Et toutes ces formes de la vie sociale coexistent les unes à côté des autres sans qu'aucune ait pu prévaloir. Dans tous les pays, on marche parmi des décombres. Quelle tentation, pour des colonisateurs à la mode d'autrefois, de faire table rase de tout ce passé défaillant, de repousser du pied les débris de cette civilisation qui semblait moribonde ! Mais, en s'installant au Maroc, il semble que la France ait voulu mettre en œuvre toute la sagesse politique qu'elle s'était acquise en d'autres colonies, en profitant, d'autre part, de l'exemple anglais en Egypte et dans l'Inde. Ne rien détruire, respecter toutes les formes de la vie marocaine et n'attendre que du temps une adaptation de l'esprit indigène à nos formules de gouvernement : tel est le programme que le Protectorat s'assigna dès le premier moment. Bien qu'il ait commencé en plein mouvement xénophobe, il a eu la sagesse de s'y tenir. Loin de combattre l'Islam marocain, il l'a protégé, encouragé, en quelque sorte restauré, parce qu'il y voyait à la fois le seul principe d'ordre qui subsistât dans ce pays de l'anarchie, en même temps qu'un principe de résignation politique. « Le musulman ne croit pas à la force humaine », dit Isabelle Eberhardt. Qu'il garde au fond du cœur, et longtemps encore, sa haine de l'étranger, qu'y pouvons-nous, et que nous importe, s'il supporte notre présence? Il attend qu'Allah rejette les Français à la mer, comme il a rejeté jadis ces Portugais qui occupèrent les ports de l'Atlantique — le temps ne compte pas pour lui, — mais il ne fera rien pour hâter sa délivrance.
Le soir, en prenant le thé sous la tente, ou dans l'ombre du café maure, on s'entretient parfois des événements d'Occident, et l'on colporte les mauvais bruits, les fausses nouvelles qui filtrent au travers de la zone espagnole. Mais cela ne va pas bien loin. C'est une petite agitation à huis clos, et ces espoirs revêtent la forme d'un mythe assez vague, quelque chose comme la légende de Sidna-Ali, qui doit un jour, et d'un seul coup de son grand sabre, faucher la tête de tous les Infidèles. La preuve paraît faite : tant qu'on ne touchera pas à la religion, à la caïda (la coutume, le protocole), les Marocains, tout en profitant de l'ordre que nous leur apportons, attendront l'heure... l'heure qui ne viendra jamais.
Tel est, du moins, autant qu'on peut le pénétrer, le sentiment de la bourgeoisie des villes. Son intérêt et sa philosophie s'accordent pour lui conseiller la résignation. Mais cette hostilité sourde, faut-il désespérer de la vaincre un jour ? Déjà, dans les hautes classes, elle paraît faire place à un sentiment nouveau, et, chez les grands caïds du Sud, il semble qu'on puisse constater une sympathie sincère pour les chefs militaires avec lesquels ils ont fait alliance ; ils ont eu l'illusion de traiter de puissance à puissance, et ils éprouvent certainement à l'égard du Protectorat des sentiments de fidélité qu'ils n'ont jamais eus à l'égard de l'ancien Maghzen.
Cette année, quand, à l'occasion de la fête de l'Aït-el-Kébir, le général Lyautey reçut tous les caïds venus des provinces les plus lointaines pour saluer le Sultan, tous ceux qui avaient quelque expérience du monde africain furent frappés de ce qu'il y avait en eux de détente, de confiance, de sécurité et d'amitié. Et quand, après le repas, en un discours plein de lucidité, d'élégance et de bonhomie, le général leur dit une fois de plus sa volonté de respecter, dans ce Maroc qu'il avait appris à aimer, les formes séculaires de sa vie, de sa coutume et de sa religion, on les vit sourire avec bienveillance, approuver d'un hochement de tête, d'un regard amical où il n'y avait plus rien de secret. Comme autrefois, devant Saint-Jean d'Acre, la courtoisie des chevaliers français rejoignit la courtoisie de Saladin, de même aujourd'hui la bonne grâce et les hautes manières du grand Français qui commande à Rabat trouvent à s'accorder avec la grâce fière de ces chevaliers de l'Islam.
Peut-être aurons-nous encore, dans l'avenir, à compter avec les crises de fanatisme qui éclatent brusquement aux confins du désert. On se souvient de celle de 1912, qui livra un instant Marrakech aux rebelles d'El-Hiba. Mais le canon de Sidi-Bou-Otman apprit à ce « maître de l'heure » que l'heure n'était pas venue. La politique du sourire n'exclut pas la politique de la fermeté...
L. DUMONT-WILDEN
Les belles photographies inédites, reproduites en héliogravure, dont une première série de quatre pages est intercalée dans le texte de cet article et dont on trouvera plus loin une seconde série de huit pages, sont l'œuvre de M. GEORGE MAURICE, qui en a réservé la primeur à L'Illustration.
Nous lui devons également la photographie d'un Souk couvert à Fez, reproduite  sur la couverture de ce numéro.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:39

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- La ville de Fez, vu de de Bab-el-Djedid.
- Les Remparts de Fez.

L'ÉVEIL   DES   VILLES   AU    BOIS   DORMANT


AVEC l'infinie curiosité des hommes, comment persiste-t-il de l'inconnu au monde? Rien d'étonnant pour les peuples qu'isolent des océans ou des monts peu franchissables. Mais, si près, — à quelques milles de l'Espagne, dont la pointe de Gibraltar, comme elle se dessine sur la carte, montre d'un doigt tendu à le toucher le Maroc encore tout couvert de mystère ! Du moins, jusqu'à ce siècle, — car, depuis quelques années, les villes les plus musulmanes, une à une, laissent choir leurs voiles millénaires. Et des noms sacrés de l'antique Moghreb vont s'ajouter aux routes célèbres où s'empressent les pèlerins passionnés des sites rares et des monuments où s'atteste le génie des races...
Le Maroc ! Alors que sévit la guerre universelle, le regard ne trouve guère de vision apaisée que vers ses rivages si tenacement inhospitaliers à travers les âges. Un doute vient : ne serait-on pas eu proie à quelque trouble sensoriel ? quand on lit la prestigieuse invitation au voyage des affiches : Foire de Rabat... .../...


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:40

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- Cour  de  l'Hôtel  de  France, à Fez.


.../... départ de Bordeaux, Tanger, Casablanca. Mais non ! Ce n'est pas d'avant-guerre :la date est bien 1917. Au Maroc sauvé des Boches, la France civilisatrice continue : Exposition de Casablanca, 1915 ; Foire de Fez, 1916 ; Rabat, 1917 ; Marrakech, 1918...
Fez ! la Mecque de l'empire chérifien... Pierre Loti, en 1889, André Chevrillon, en 1905, ses inventeurs littéraires, ne purent s'y risquer que dans le cortège protégé de nos ambassadeurs, — en caravanes armées. De Tanger, dix jours sous la tente, à travers l'immensité du bled où les chevaux enfoncent jusqu'au poitrail dans les fleurs d'avril : dix heures d'auto, maintenant... Et c'est le plus formidable surgissement de moyen âge, ces remparts crénelés, à tours massives, qui barrent l'horizon, masquent la ville, dont rien n'émerge, par tel soir livide, dans Ie silence où chemine une foule grise, où la laine des burnous se confond avec celle des troupeaux,,. De l'enceinte farouche part une vocifération lugubre, clameur humaine, hurlement de bête, qui déchire le ciel :
— Allah akbar... L'appel du muezzin, répété par vingt autres comme la plainte angoissée de la lumière qui meurt...
Avant de pénétrer, montons aux tombeaux des Mérinides, d'où l'œil plonge... C'est comme une carrière de cubes ternes à perte de vue, comme un gisement de sépulcres ouverts, avec les toits évidés en terrasses ; des tours carrées, des cimes d'arbres se raidissent dans la houle morte où se pétrifie Fez-el-Djedid (la neuve» du XI° siècle). Car il y a Fez-el-Bâli (l'ancienne, du IX° siècle), qu'il faut contempler du cimetière de Bab Fetouh, épanchée au lit de la vallée, glissée, comme un glacier blême, parmi les jardins de l'oued...
Mais suivons les fantômes. Car, vraiment, ils regagnent des tombeaux, par ce labyrinthe aux murs de forteresse, sans fenêtres jamais, qui ne se trouent que de loin en loin d'une mauvaise porte, sur un corridor coudé où se brise tout regard du dehors. Une population nègre ou noire de cent mille habitants est comme momifiée dans ces bandelettes de plâtre aux plis inextricables. La décrépitude, l'abandon, le renoncement hantent ces couloirs d'ombre et de méfiance. Que se passe-t-il derrière ces hautes parois secrètes? Est-ce l'usure fatale, sans ressort possible? Mille et mille petits palais des Mille et une Nuits agonisent, dans le délabrement et l'ordure; les pavillons à colonnades tombent en ruines sur le patio, où jaillit la fontaine sur la vasque usée et les mosaïques brisées ; les plafonds sculptés s'effondrent ; seule, l'eau chante, d'une incessante jeunesse, l'eau de l'oued, ramifié sous le sol en artères innombrables, distribuant la joie et la fraîcheur aux plus humbles demeures.
Où guider le lecteur, en si peu de lignes? Allons au hasard, par les souks. Balek, Balek, gare aux mulets ! Rien des grands bazars orientaux, cosmopolites. Des échoppes, des cellules, bordant les étroits passages aux voûtes de roseaux dépenaillés, de planches rongées, qui ne tiennent plus que par la poussière, les toiles d'araignées. Par les déchirures, la lumière inonde les truculents étalages de citrons, de tomates, de grenades, de piments, de raisins, do broderies d'or, de faïences blettes, de cuirs jaunes ; chaque éventaire est la plus fastueuse « nature morte », où le marchand, sur les talons, parmi son étalage, n'est pas moins immobile que ses couffins d’œufs ou de riz...
Relents des foules arabes, senteurs d'étal et de friture, fragrance exquise de la menthe en bottes, vapeurs du thé à la menthe des cafés maures où se mêle soudain une traînée d'encens... C'est la mosquée, interdite aux roumis. Des portes monumentales, la cour d'ablutions, des vasques, des fontaines ; par delà les arcades, des lustres, des horloges, et puis les lointains d'ombre et de blancheur d'où sourd la prière invisible,.. Moulay Idriss, el-Garouiyin, el-Andalous, vingt autres, témoins d'un art souverain, d'une religion énorme dont n'a survécu, sous les décombres de l'histoire, que le fanatisme aride du Moghreb en ruines... Par l'incroyable abandon des Médersas, depuis peu accessibles …/…


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:42

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- Médersa Essahrïdj, à Fez.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:43

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- Une rue, à Rabat.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:46

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- Medersa Attarine à Fez.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:48

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Entrée de Chellah, à Rabat.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:52

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- Remparts de Chellah, à Rabat.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 8:59

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- Jardins de la Résidence, à Marrakech.
- Pont de Marrakech.


…/… à l'Européen, Fez avoue sa déchéance séculaire. Elles servaient d'habitation aux étudiants étrangers. Médersas des Aitarines, er-Sahris, er-Rockham, surtout bou-Ananiyia ! Portes de bronze escaliers de marbre et de faïence, plâtre ciselé, cèdre sculpté splendeur d'unet architecture qui ne le cède pas aux chefs-d'œuvre de l'Andalousie sous les Maures. La grandeur et la décadence des époques mérinides s'inscrivent là, en d'émouvants vestiges, sous une vétusté indicible. Fabuleux trésor que la France aura sauvé de la décrépitude islamique, comme elle a fait au Cambodge des palais khmers d'Angkor...
Des Belles au Bois dormant, que nos explorateurs ont tirées d'une léthargie mortelle, qui s'étirent, se lèvent du passé ténébreux, dans l'enchantement de la lumière nouvelle...
Il faut quitter Fez, sur de brefs coups d’œil. Pour en prendre la vue la moins rude, gagnons quelque belvédère complice. Dans le couchant, la plaine des toits se peuple soudain. Ce ne sont plus les sépulcres vides et livides des autres heures. Aux terrasses, les femmes du Moghreb apparaissent, sans voiles. Les captives font leur tour de préaux aériens. Rapide floraison, aux violentes couleurs, qui va se faner si vite, quand la flamme blanche sera hissée aux minarets :
— Allah, akbar.
Meknès, Rabat, Marrakech...
C'est la course à travers le bled désertique où chemine la vie fruste des nomades. La fumée d'un douar, la poussière d'une caravane marquent seules de volutes fugitives, sur des centaines de kilomètres, le passage d'une humanité demeurée toute primitive. Et voici que surgissent des cités, témoignant d'un haut passé de puissance et de civilisation. Contraste saisissant, à crier au mirage !
Meknès, Rabat, Marrakech.,.
Trois visages plus  ouverts,  aux regards où ne luit pas aussi …/…


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:00

page 19


- Bab-Mansour-el-Aleudj : " la glorieuse porte du Renégat ", à Meknès.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:02

page 20


- Une rue, à  Fez.
- Les Terrasses de Fez.


…/… acérée la flamme, courbe  comme un cimeterre, de fanatisme mahométan de Fez.
Meknès, le Versailles de Moulay Ismaïl, hanté de Louis XIV, qui voulut épouser une fille de Lavallière ! Que de mots qui s'imprimeront dans les guides nouveaux ; Bab el Mansour, Palais de Dar Beida, l’Aqueda ! Et tant de Médersas délabrées, — avec ces quatorze minarets, comme des phares de porcelaine. Et, aux environs, Volubilis, la romaine, sortant des fouilles avec son arc de Caracalla, — et, non loin, Idriss, pèlerinage fameux, dans la ville en escalade, comme taillée dans la montagne...
Rabat, déjà popularisée comme un chef-lieu officiel, avec le Résident général et le Sultan, le chemin de fer et des hôtels... Sur le rocher, s'érige la Kasbah des Oudayas, remparts épiques de l'ancien nid barbares-que, aux brisants de l'Atlantique... La Tour Hassan, jumelle de la Giralda sévillane, et Chellah, — ses jardins épars dans les ruines, d'où se dresse un seul minaret, coiffé d'un nid de cigogne... Et, sur l'autre rive, Salé, la blanche, tout indigène...
À Marrakech ira la consécration de la foire de 1918...
D'aspect saharien, derrière la verte palmeraie, avec ses enclos de pisé rouge, d'où s'élance la Koutoubya, sur l'écran formidable de l'Atlas neigeux, la capitale du Sud serait la Capoue marocaine... Tant de fontaines, tant de jardins gardent à la ville délabrée une jeunesse chantante et parfumée... Par les venelles sordides, dans les souks boueux, un jour de pluie, l'air défaillait de volupté, à l'odeur des rosés effeuillées par tas, — qui se vendent pour la cuisine.
Marrakech! où nos colonnes entraient en 1912... Et c'est la paix sur la Djemâa-Féna, — la place du Trépas... C'est la paix du pont d'el-Kantara à la Mamounia où, parmi les orangers et les oliviers, la vigne souple et les cyprès aigus, c'est le rossignol, et c'est la tourterelle...
JEAN AJALBERT.
Aquarelles  de   PIERRE   VIGNAL.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:04

page 21


- Moulin à huile dans les oliviers (route de Fez à Taza).
- Cimetière de bab Fetouh, à Fez.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:05

page 22


- Une rue couverte, à Fez.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:07

page 23


- Vieille rue de la Médina (quartier des Mosquées), à Fez.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:08

page 24


- Une des portes de Fez : Bab Guissa.


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