Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 L'Illustration

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:10

page 25


- La prière dans la Médersa Bou-Ananiyia, à Fez.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:11

page 26


- Musulmanes fuyant à l'approche d'un Européen, à Debdou (Moyen-Atlas).
- Marchandes de broderies dans un souk de Fez.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:12

page 27


- Fontaine des ablutions dans la Mosquée de Garouiyin, à Fez.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:13

page 28


- Musulmanes dans une rue de la Médina, à Fez.


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:15

page 29


- Kasbah des Oudayas,  à  Rabat.
- Porte des  Oudayas.
- Rue  Bouiba,  à  Rabat.

PROMENADE    EN   VIEUX   MAROC


IL y a cinq ou six ans, cette expression : vieux Maroc, n'aurait presque pas eu de sens. Il n'existait pas encore, en effet, de nouveau Maroc. Mais la colonisation a marché si vite, l'aménagement à la moderne de cet antique empire a fait de tels pas de géant qu'il faut maintenant distinguer entre deux Maroc, le nouveau et l'ancien.
La volonté du général Lyautey de ne pas toucher aux villes arabes, et de construire, à côté de chacune d'elles, une ville française, est respectée par son administration. Mais
on pense bien que deux races différentes ne peuvent pas toujours cohabiter et vivre séparées, qu'il faut qu'elles se pénètrent, se mêlent, se confondent, que cela est non seulement naturel, mais nécessaire. Or, une ville arabe où les Européens circulent en nombre, commercent et trafiquent, si ce n'est pas encore une ville jetée par terre, puisque ses maisons sont intactes, et que, de loin, elle garde son profil, c'est du moins une ville dont l'âme est partie.
Qu'il suffit de peu pour effaroucher l'âme des choses et la faire s'envoler à jamais! .. Et d'incorrigibles rêveurs en sont inconsolables. Pour ceux-là, la perte de l'ancien Maroc ne se paie point avec le gain du Maroc nouveau. Avant notre occupation, ils sont allés à Rabat, de Casablanca, en deux journées de mule. Aujourd'hui, ils y vont, en trois heures, en chemin de fer. Ils préféraient leur mule. Ils voient bien qu'à Rabat on n'a pas démoli une maison, que la ceinture de murailles .../...


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:16

page 30


- Marée haute à Rabat.
- Au tombeau du  Lalla Chellah.
- Le Souk aux tapis, à Rabat.
- Une ruelle.


.../... est intacte. Mais ils n'y retrouvent plus cependant l'ancienne Rabat, leur vieux Maroc, — à cause du boulevard El-Alou bordé de cafés, parcouru par lesautomp-biles et où s'affairent officiers, fonctionnaires et colons, — à cause du bac à vapeur, — à cause des gares... Il y a là, encore, à Rabat, la ville arabe : son âme est partie...
Eh bien, ces rêveurs, ces rêveurs que j'aime, ont tort. Ils ne se soumettent pas d'un cœur assez docile à la toute-puissante volonté d'Allah, ils ne savent pas s'incliner devant l'inévitable, ils ne sont point fatalistes. Ils ont tort de ne pas se réjouir patriotiquement des mille kilomètres de chemin de fer que nous avons construits là-bas si vite ; ils ont tort de n'être pas contents de tous les poteaux télégraphiques qu'ils rencontrent aujourd'hui dans le bled, autrefois lointain, autrefois sauvage. Car il leur suffirait de se dire : « Le Maroc, le vieux Maroc n'est pas mort, il existe toujours, on en a seulement reculé les bornes. Puisque ce qui me touche c'est l'existence indigène sans souillure, j'irai la chercher un peu plus loin, et voilà tout. »
D'ailleurs, sans s'éloigner, en demeurant à Rabat même, notre rêveur rejoindra, en bien des endroits, cette âme qu'il veut croire à tout jamais enfuie. La kasbah des Oudayas est toujours belle et pure, avec sa muraille rousse et son vert feuillage foncé qui s'éche-velle au-dessus du Regreg, aussi belle que si un peintre romantique la contemplait encore ; à son pied, le cimetière maure, aux pierres alignées, et si nu devant le farouche Océan, reste une des plus émouvantes visions du Maroc ; et le même grand songe mélancolique habite toujours les ruines, les ruines prodigieuses de Chellah.
Mais pour vivre   comme autrefois, exactement, pour retrouver toutes les émotions qui vous sont douces, qui vous sont chères, que ne montez-vous, mon cher rêveur, jusqu'à Moulay Idriss, à deux pas de Meknès, ou bien, si vous êtes un grand voyageur, que ne poussez-vous jusqu'au Sous, dans la région de Taroudant ? C'est au prix de quelques difficultés, de quelques incommodités, et peut-être même de quelque danger, que vous y atteindrez l'âme mystérieuse... Mais vous y êtes résigné. C'est même un peu ce qui vous séduit, puisque, des points où l'on accède facilement, cette âme est partie, révoltée par l'horrible familiarité...
Cependant, je veux vous indiquer un lieu où vous la trouverez encore, où elle est demeurée inviolée, où vous ressentirez vos impressions de jadis, où vous vous retrouverez dans ce vieux Maroc dont vous conservez la nostalgie, et un lieu qui, par miracle, n'est pas caché, point dissimulé, ni d'un accès pénible, mais au contraire au bord des grandes routes. Ce lieu ancien, intact, au milieu du Maroc nouveau, ce coin de vieille vie qui dure, qui persiste tout à côté de vous, cette rareté, cette perle, c'est la petite ville d'Azemmour.
Et je vous la décrirai, telle que je l'ai vue cette année, l'exquise Azemmour. Vous y viendrez avec moi et vous retrouverez vos premières amours.
Nous sommes partis de Casablanca un matin de bonne heure, et notre auto a filé sur la route de Mazagan. Il faisait un beau temps d'octobre. Nous roulions au milieu d'un paysage sans accidents, austère, un peu morne, et dont l'accent presque désolé nous eût touché plus au fond si nous l'avions traversé lentement, comme ja-dis,au petit pas paisible d'une mule. Pendant ces anciens voyages, où l'on ne s'approchait du but qu'avec tant d'indolence, les paysages dont, juché tranquillement sur sa bête, on regardait en silence longuement chaque détail, pénétraient entièrement en vous.
Cependant   notre   auto   roulait   vers Mazagan .../...


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:17

page 31


- Médersa  Essahrïdj,  à  Fez.
- Soleil levant, à Salé.


.../... et, après avoir traversé des plaines tristes, elle se rapprochait de la mer, que des terres basses nous permettaient d'apercevoir parfois. Mais le vent qui nous arrivait avec violence dans le visage paralysait un peu nos impressions, quand tout à coup la route commença à descendre doucement, et soudain nous apparut une ville toute blanche et surprenante. Au bas de la route, coulait un fleuve rouge, rouge comme s'il sortait d'une contrée de tanneries, et, au-dessus de cette eau rouge, y trempant le pied de ses murailles, dressée, dressée comme une vierge dans ses voiles blancs, jeune, chaste, et de la plus douce, de la plus féminine beauté, Azemmour ! Azemmour, vision suave dans le matin.
Notre auto était descendue jusqu'au bord du fleuve rouge, de l'Oum-er-Rebia. Là, une foule  bigarrée se pressait, qui attendait le bac, lequel, au milieu de l'eau, glissait, chargé, vers la rive opposée. Nous étions au milieu de tout un peuple d'ânes et de chameaux. A côté de moi, du bât d'un bourriquot sortait la tête, la belle tête sculpturale d'un bélier roux, immobile, ses deux pattes de devant allongées, liées, dépassant le bord du panier dans | lequel  son corps était enfoncé, vrai motif de statuaire antique. Il y avait là encore des vieilles femmes, et de jeunes, dont l'enfant criait, attaché dans leur dos, invisible sous le burnous,et des hommes, des hommes aux beaux traits, avec quelque chose d'indéfinissable dans l'attitude, dans les mouvements, dans l'allure, dans tout l'être, quelque chose de primitif et de libre... Nous étions chez les Doukkali ; l'atmosphère y est demeurée pure. Je me .../...


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:19

page 32


- Tour  des  pilotes,   à   Rabat.
- Ruelle aux Oudayas.
- Une échoppe, à Salé.
- La  porte  feuillue  de  Chellah.


.../... sentais de nouveau, comme autrefois, dans un monde point adultéré encore par l'Europe. Je regardais cette merveilleuse petite ville de neige qui se mirait dans l'eau pourpre ; je voyais, en face, après la rivière, la route qui conservait une forme naturelle de chemin, bien arabe, tracé par le passage et non point établi par des terrassiers ; je voyais les cactus qui couronnaient la crête de la rive ; je respirais l'air limpide de cette matinée, et, rajeuni dans un Maroc rajeuni, j'étais heureux. J'éprouvais exactement les mêmes sensations que j'avais éprouvées, six années, huit années auparavant. Je comprenais qu'il existait encore un Maroc sans tache qui pouvait donner encore les joies que j'avais connues jadis.De nouveau, j'étais émerveillé et ravi par l'antiquité, par le bi-blisme de ce pays et de cette race; ce n'était plus de six ou de huit ans que le monde était rajeuni, c'était de quinze on de vingt siècles.
Cependant, derrière la nôtre, une seconde automobile attendait aussi le bac. Mais elle était si peu moderne!... Je l'avais vue arriver, elle m'avait enchanté. Il y avait, devant, à côté du chauffeur, une femme arabe, certainement riche et belle, et dont l'aspect, de loin, était singulier, parce qu'elle portait sur le visage un mouchoir dont une broderie noire dessinait une sorte de croix qui aurait passé sur son nez, sur sa bouche et sur ses joues, et qui semblait former là de très singuliers signes ; ce mouchoir couvrait entièrement le visage, mais il n'était point transparent, ni serré, ce qui fait qu' on ne devinait aucunement ses traits ; seulement on voyait les yeux, les deux yeux, et c'étaient des yeux immenses, admirables, qui ne pouvaient appartenir qu'à un visage de reine. Autour du fin haïk blanc qui recouvrait sa tête, elle avait tourné plusieurs fois une grosse corde de soie noire.
Dans le fond de sa voiture, des juifs étaient entassés, une jeune juive en burnous avec un enfant, son mari en caftan, à longue tête, aux cheveux gris sale sous la calotte noire, plusieurs autres. La belle Arabe était assise seule, séparée, distante, à la place de devant.
Mais le bac était là. On s'y casait comme on pouvait, les ânes si pressés les uns contre les autres que des hommes, debout, marchaient dessus comme sur un parquet. Les voyageurs de l'auto arabe étaient descendus. La belle princesse s'était adossée à la barrière de bois, se détachant sur l'eau pourpre. Elle regardait parfois de notre côté. On eût voulu attirer ses yeux, prendre ses yeux, ces beaux yeux qui étaient tout ce qu'elle nous livrait d'elle.
Et quand le bac eut accosté   l'autre rive, elle remonta dans la voiture, seule devant — avec son mystère,   sa merveilleuse grâce,   son silence — landis que les juifs s'entassaient    derrière elle.
Nous      avons longé    les     vieux remparts, et, quand nous avons vu une porte, nous avons lâché la voiture et nous   sommes  entrés dans   la ville pour y   errer   au hasard... Nous voici dans une sorte de
fondouk entouré de vieux murs ruinés, où   des   ânes   nus attendent patiemment au soleil, les uns libres, les autres attachés à une grande ancre marine abandonnée.
Nous avons pu trouver dans les murs un passage, une sorte d'escalier ravagé par les ans, couvert d'herbes, oublié, et nous sommes parvenus au chemin de ronde. Nous avons découvert alors toute
la ville et, par les créneaux, la campagne, la rivière... Les maisons étaient au-dessous de nous, tout près, et nous surprenions leur vie familière ; nous plongions dans les petites cours où il y a de grandes jarres, du grain, des pigeons, un âne dans une écurie pareille à une chambre, des femmes dans une chambre pareille à une écurie, un petit enfant par terre, un négrillon aux mines si comiques... Les femmes sortaient dans les cours pour nous regarder curieusement et .../...


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:20

page 33


- Les  massifs  neigeux  de  l'Amserdine  et du Toubkal, dans le Haut-Pays de Marrakech.


.../... gentiment. Jamais on n'avait vu personne là-haut, sur les remparts. Nous observions les étroites rues comme sur un plan, et nous embrassions tout à la fois ce qui se passait en même temps dans plusieurs maisons, tandis que les gens, en bas, étaient chacun chez soi, séparés, agissant particulièrement, ignorant le voisin. Et les petites filles s'étaient groupées en bas, au pied du rempart, et elles nous criaient : Sordi ! Sordi! Sordi ! — des sous — en mesure, pour jouer, pour nous parler, pour que nous nous occupions d'elles et que nous riions avec elles, et nous leur répondions d'en haut : Agi! Agi! — viens, viens les chercher.,. Elles avaient de grandes robes comme des femmes, des ceintures larges, les cheveux coiffés et passés au henné, et les pieds nus. Elles sautaient joyeusement et s'amusaient, d'une âme enfantine et gracieuse.
Et nous nous sommes assis, les jambes pendantes, Jérôme Tharaud et moi, sur le vieux rempart moisi, rouillé, où pousse l'herbe, et nous avons regardé les petites rues, les maisons, chaque détail avec ravissement. Il y avait là-bas, dans une pièce, une femme qui tissait sur un vieux métier comme en des temps très anciens. Des femmes bavardaient paresseusement, dans des chambres, à l'ombre. On ne voyait pas d'hommes. Nous entendions les voix, les très douces voix des femmes arabes..,
Puis, nous sommes repartis sur le chemin de ronde, et, dans les demi-lunes, on rencontrait des canons, des petits canons excessivement vieux, qu'on avait laissés là, allongés dans l'herbe, inoffensifs, et, par les créneaux, on découvrait la campagne, une noria et le cheval qui tournait, passivement, des jardins, le fleuve rouge, et là-bas l'Océan, où allait se jeter le fleuve rouge, aux eaux épaisses. Nous considérions tout cela, et nous rêvions, sans mot dire... Puis, nous sommes redescendus dans la ville, nous avons parcouru ces petites rues que nous regardions tout à l'heure du haut des remparts ; nous sommes passés devant les maisons très fermées, aveugles et sourdes, qui, tout à l'heure pourtant, étaient sans mystère pour nous. Et les petites filles aux grandes robes et aux pieds nus nous ont suivis, curieuses, familières et farouches à la fois, s'approchant, mais, si nous nous retournions, s'égaillant, s'éparpillant comme une volée de moineaux, avec des cris, avec des rires !...
Et une vieille juive, dont nous examinions la maison dans le mellah, nous a invités à entrer et à nous rafraîchir. Et nous avons bu de la limonade dans de grands verres sales. Et Rebecca, sa fille, ne savait pas son âge, parce qu'on n'avait pas compté. Tandis que Zahora, son autre fille, savait le sien, parce que le père d'une de ses amies, qui était née en même temps qu'elle, avait compté.
Enfin, nous sommes sortis d'Azemmour. Nous avons repris notre auto, nous avons filé, et nous sommes rentrés en nouveau Maroc.
Mais que j'eusse voulu, ce jour-là, avoir emmené avec moi mon ami le rêveur, le poète !... Il eût été bien heureux. Il eût compris que le vieux Maroc existait toujours...
EUGÈNE MONTFORT. Dessins et peintures de JULES GALAND.

L'ALPINISME  DANS   L'ATLAS  MAROCAIN




- Dans les pages qui précèdent, écrivains, peintres et photographes semblent s'être intéressés presque exclusivement à la vie et à l'architecture des villes. Mais on pourrait consacrer aisément un second numéro de L'Illustration, tout aussi pittoresque, aux seules beautés naturelles du Maroc,à ses forêts de cèdres, à ses vallées et à ses montagnes.
Les alpinistes, auxquels les monts d'Europe n'offrent plus de cimes inviolées, trouveront bientôt, dans les chaînes de l'Atlas marocain, des vallées encore mystérieuses à explorer, des sommets inconnus à escalader. Déjà nos géologues, nos officiers ont franchi quelques cols et l'un de ces derniers, M. Paul Penet, fonctionnaire tunisien mobilisé comme sous-lieutenant au Maroc, a rapporté de ses excursions dans le massif du Toubka], un des géants du Haut-Pays de Marrakech, des photographies et des notes auxquelles nous regrettons de ne pouvoir accorder ici qu'une place trop restreinte.
Arrend, d'où partit M. Penet, en mai dernier, pour sa première exploration du Toubkal, est, nous dit-il, un Chamonix sans sapins ni glaciers : « Les Chleuh sont des guides bien singuliers que renieraient leurs collègues savoyards ; ils se font payer d'avance; puis, arrivés à mi-chemin, ils réclament un supplément; enfin, au retour, il leur faut une gratification. Qu'il vous aborde ou vous quitte, tout Chleuh regarde votre main dans l'espoir qu'elle contienne quelque douro à son intention...
» ... On suit d'abord une vallée, assez sinistre avec ses parois de schistes sombres et de trachytes. Pas d'arbres, et je n'ai vu nulle part la prairie alpestre, humide de l'eau du ciel, dont l'herbe feutre et fixe la terre... Puis on attaque la montagne elle-même. La montée est raide. Souvent les guides vont en avant inspecter l'horizon du haut d'un rocher. « Crainte des brigands », me disent-ils gravement, et, comme je souris de cette explication en regardant ces têtes de Fra Diavolo berbères, ils ajoutent : « Et pour surprendre quelque mouflon, si Dieu veut, v Dieu ne voulut pas... Vers 3.ooo mètres, les taches de neige se font plus fréquentes. Le Toubkal vu de près a vraiment grand air, bien que sa cime, qui se dresse à 4.100 mètres, soit masquée par une arête secondaire : il ne déparerait pas nos Alpes.
» Le cirque supérieur, à 3.ioo mètres, est un hémicycle plutôt étroit, ceint d'abrupts alternant avec des couloirs d'avalanches. La moitié environ de la surface visible est recouverte de neige. Une cascade en sort et s'engouffre dans une crevasse impressionnante.
« Tiens ! près d'une tache de neige le soleil de midi a fait épanouir une fleur : une gentiane ! Jolies et modestes gentianes bleues des Alpes dauphinoises dont nous ornions nos alpenstocks jadis, au temps des vacances, c'est en souvenir de vous et de tant d'autres choses lointaines dans le passé que j'ai cueilli et que je conserverai un bouquet de vos sœurs marocaines. »
Mais le temps se gâte. L'escalade du sommet est impossible ce jour-là et, comme il n'y a pas encore de refuges du Club alpin dans l'Atlas, il faut redescendre.
Deux mois après, notre compatriote revit le massif du Toubkal par une température de fournaise. A Marrakech, le thermomètre marquait 40° à 48° tous .../...


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MessageSujet: L'Illustration.   Mer 4 Juil - 9:21

page 34


- Les  trois guides  Chleuh d'Arrend.
- Maison de chérif dans  la  haute vallée du Tifnout.
- Le lac Ifni. à 2.300 mètres d'altitude, dans le massif du Toubkal.


.../... les jours,   30°  la  nuit.  La   montagne   ardait  presque   comme   la plaine.    Du   blanc manteau de mai,   les cimes n'avaient gardé que des lambeaux.
Cette fois, M. Paul Penet remonta la vallée de l'Assif Nezleï, affluent du Tifnout, pour arriver à l'Ifni, le lac légendaire « qu'aucun torrent n'alimente et qui emplit une dépression sans issue ». A vrai dire, l'alimentation de l'ifni par un cours d'eau souterrain, provenant de la fonte des neiges du Toubkal, ne paraît pas douteuse. Souterrain aussi est l'émissaire que l'explorateur vit sourdre à un kilomètre plus au Sud et à 100 mètres plus bas que le niveau du lac. Celui-ci, à z.3oo mètres d'altitude, mesure environ 5oo mètres de longueur sur une largeur moyenne de 200.
« Rien ne tenterait plus le pinceau d'un peintre que ce joyau d'émeraude serti dans les abrupts de porphyre rouge et les rocs anguleux de trachyte à patine noire, mais quelle impression de sinistre désolation vous laissent ces rives calcinées, désertes, sans arbres, sans verdure, où il ne pousse qu'une végétation rampante et fruste de Sahara ! C'est un rendez-vous non de fées, mais de sorcières.
» Par  contre,   quel  poète bucolique célébrera  avec  assez de  fraîcheur la riante vallée de l'Assif Nezleï. Avec l'eau du  lac  qui resurgit en un flot  toujours égal, apparaît aussi  la verdure.   Tout   de   suite   captée,  conduite   en   un   canal   savant   le long   des   flancs  abrupts  de  la   vallée,   elle   distribue   aux   cultures   étagées,   aux villages accrochés, la vie et la joie.  Les  noyers prodigieux de Tar'ratine, le maïs, la pomme de terre que   les vieux du pays ont toujours connue,  l'iris,  le  bel  iris mauve, gloire de   nos jardins, dont    les      Chleuh      bordent les   murettes   de  retenue,    et dont  ils vendent les rhizomes à  Marrakech  pour   la  parfumerie,   et   surtout   la   prairie artificielle   irriguée en    ados, aussi   soignée   qu'une   prairie des   Vosges,   —   tout   y   est plus    frais,    plus    gai,    plus riche   qu'ailleurs...   »
Le sous-lieutenant Penet termine son récit en mettant au point la question des « neiges éternelles » de l'Atlas et en constatant qu'au fort de la saison chaude il n'en reste plus que quelques amas dans les crevasses ombreuses. Si le Toubkal, conclut-il, avait surgi, non au Maroc, mais à la place de notre Jura, il aurait glaciers, neiges persistantes, pâturages et bois de sapins. Placé aux confins du Sahara, ce massif est un désert de pierres ; la végétation et la vie occupent, tout au fond des vallées, un liséré étroit dont la limite est la séguia accrochée aux pentes. Au-dessous, verdure de Normandie ; au-dessus, le Sahara. Elles n'eurent pas tort, les collines moqueuses de la légende, de railler le vieil ancêtre:
- Un jour, au Mont Atlas, les collines jalouses dirent :
" Vois nos prés verts,   vois nos  vertes pelouses... "


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FIN de la Revue " L'Illustration " Noel 1917

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