Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Foire de Meknès

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 6:59

page 25


- Vue générale de la ville de Meknès.
- M. Lalanne, Architecte au Conseil du Ctmité d'Organisation.
- Henri Bouquet Chef  des Services  Municipaux de la  Ville de Meknès.
- M. Andrieux   Conseiller, Directeur de ta Caisse de Crédit Agricole de la région de Meknès.


Aussi la ville se garnit-elle rapidement, non point d'immeubles spéculatifs, mais d'habitations familiales, de coquettes villas, d'agréables résidences édifiées par le produit de petites économies accumulées et qui marquent l'installation raisonnée, définitive, de toute une population reconnaissante et séduite. Il en a été élevé pour seize millions en 1928, pour 29 millions en 1929 et l'année 1930 marquera une étape beaucoup plus importante encore.
La disparition du Camp Poublan, si longtemps attendue, est maintenant certaine et imminente.
Elle permettra la construction d'un quartier de grand commerce au moment précis où le besoin en devient impérieux. De nouvelles et importantes installations militaires, l'extension de la cité ouvrière du Tanger-Fez — la première œuvre sociale de cette nature réalisée au Maroc et qui compte déjà 150 logements — le développement touristique que favorisera encore la création de la station estivale d'Ifrane, l'augmentation de jour en jour sensible des cultures, l'exploitation prochaine des richesses forestières et minières de la région, feront de Meknès une grande ville et surtout une ville assise sur de solides fondations.
Les hommes d'affaires, les hommes de sens, les hommes pratiques, connaissent maintenant le danger des chimères et des fantômes ; ils ne poursuivent plus des nuages. Meknès leur offre un ciel pur, des faits probants, un passé sans surprise et, pour demain, des réalités tangibles.
Henry BOUQUET,
Chef des Services Municipaux de la ville de    Meknès


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:01

page 26


- Scène de vendange à Meknès.

La Viticulture dans la région de Meknès




La région de Meknès avec son climat tempéré, ses terres riches et productives semble par la nature même de son sol prédestinée à la culture de la vigne.
Depuis longtemps, l'indigène a compris l'importance du massif du Zerhoun, spécialement à ce point de vue. Avec un louable sens pratique, bien secondé par une nature prodigue en sources abondantes et nombreuses, telles l'Aïn Aghebal, l'Aïn Zazaouine, l'Aïn Moussa, par un sol fertile, aux creux de vallons bien abrités qui s'étagent aux flancs de la montagne, les quelques trente-cinq mille Zerhana groupés dans les villages pittoresques perdus dans la verdure des oliviers, cultivent leurs champs avec, à défaut de méthode, suffisamment d'activité et d'industrie pour en faire une suite de jardins où les pampres s'enroulent capricieusement autour des grenadiers, des orangers, des pommiers.
Dans ce coin du Maroc privilégié le "Distributeur" ménagea à ses fidèles musulmans toutes les facilités pour en faire sans trop déroger aux habitudes de mollesse de la race, une réplique du paradis terrestre :
« Là, des jardins couverts de verdure, des sources jaillissantes.
« Des vignes et des ombrages s'étendant au loin, le long d'une eau courante.
« Des fruits en abondance pendus au-dessus du sol et faciles à cueillir.  » explique le Coran.
Aussi est-ce naturel qu'autour des villages nombreux disséminés sur ce Zerhoun on trouve de véritables vignobles indigènes qui, au total, renfermeraient près d'un million de pieds, estime-t-on.
Le groupement principal de ce vignoble indigène se trouve au Nord du massif montagneux dans le voisinage immédiat de la ville sainte de Moulay Idriss, au Sud près des villages de Moussaoua, M'Rassine, Béni Jarrad, Béni Oured.
L'encépagement comporte une vingtaine de variétés à cépage rouge, rosé et blanc dont les raisins sont écoulés dans les différents souks de la région, soit comme raisins de table, soit destinés à la fabrication du vin, particulièrement du vin cachir, fort apprécié de la population Israélite.
A titre d'indication, citons les principales caractéristiques des différentes variétés du Zerhoun :
Cépages blancs   :
Maticha Moulay Idriss. -- Grappe conique, grains aplatis en forme de tomate, pellicule assez ferme, bon raisin de table et de cuve.
Boukinzia, M'Rassine. — Grappe conique composée de grains globuleux, pellicule assez fine, pulpe juteuse, bon raisin de table.
Bakir. — N'existe qu'en blanc ; assez forte ressemblance avec le Boukinzia.
Meki. — N'existe qu'en blanc, raisin de table excellent, au goût musqué, c'est cette variété qui sert à faire les raisins secs que nous voyons dans les souks de la région.
Les indigènes se servent pour cette préparation de bassines percées de trous, dans lesquelles ils déposent un lit de cendres de paille de poischiches mélangée avec de la chaux. Ils font passer de l'eau à travers ces récipients et trempent ensuite les grappes Meki dans cette eau à laquelle ils ajoutent un peu d'huile pour conserver l'onctuosité du raisin qu'ils font ensuite sécher.
Cépages   rosés   :
Hamar Bou Hâmar. — Belle grappe conique, pulpe ferme, très bon raisin de table.
Tini. — Grappe cylindrique ; gros grains ; peau épaisse. Il donne des grappes splendides pesant plus d'une livre ; rouge violacé. Raisin de table.
Cépages  rouges   :
Taferialt. - - N'existe pas en blanc ; raisin de table excellent ; ressemble en mieux à l'aramon ; pellicule fine, pulpe juteuse, est aussi un très bon raisin de cuve.
Hariri noir. -- Grappe conique un peu lâche ; grains globuleux ; moyen ; bon raisin de table et de cuve. Les indigènes en font aussi du vinaigre.
Boukinzia noir. - - Très bon raisin de table ; forme les principales treilles de Meknès.
D'après les indigènes, ces variétés sont originaires d'Espagne ou du Portugal, voire même de nos régions méridionales et pourquoi pas de Rome, qui fonda Volubilis au cœur même de la montagne. Les plantations plus ou moins régulières sont généralement espacées de 2.50x3.00. Excessivement rustiques, elles ne sont cependant pas à l'abri, comme on avait semblé le croire tout d'abord, des maladies cryptogamiqueg, mildiou et oïdium qui, certaines années, causent de sérieux dégâts.
Dans presque toutes les localités du Zerhoun, les indigènes ont la coutume d'araser complètement le plant la quatrième année et ils recouvrent alors les ceps de mottes de terre. Ils prétendent que cela donne de la vigueur à la racine. La cinquième année, ils coupent les sarments et n'en laissent que quatre ou cinq par cep, puis ils taillent à deux ou trois yeux. On a remarqué que les plants ne subissant pas ce traitement ont une production très abondante les cinq, six et septième années et déclinent ensuite très rapidement, tandis que les autres continuent à produire de manière constante pendant beaucoup plus longtemps.
Telle était au début de 1914, la situation viticole dans la région, outre quelques hectares de vin du Zerhoun, fabriqués par les premiers Européens installés à Meknès, le reste de la consommation courante était représenté par de petits sachets de provenance... postale auxquels avec la bonne eau de Meknès on donnait une belle apparence de vin.
La population européenne augmentant de jour en jour, il était indispensable de parer à de telles difficultés, par des plantations appropriées. La première plantation fut faite dans le domaine de « Toulal » en 1915 de façon très simple, à trous espacés de 1 m. 50x3.00 par boutures prises dans les meilleures variétés du Zerhoun ou importées d’Algérie, carignans, alicante, alicante bouchets, morastels, cinseault, gros noir, ugni et clairette.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:02

page 27


- Deux beaux ceps de vigne à Toulal, propriété de M. Pagnon.


Cette expérience donna, à la 3me année, d'excellents résultats, tant en rendement qu'en qualité et promit les plus belles espérances. Ces premières plantations furent suivies de près par M. France, viticulteur émérite. qui y consacra tous ses efforts et aujourd'hui, le domaine « Adolphine » est l'un des plus beaux vignobles de notre région.
Un peu plus loin, le lotissement des Ait Yazem se signale aussi spécialement à l'attention des viticulteurs convaincus par le Domaine Chéri-ka, à MM. Bonnel et Desurmont où 300 hectares de vigne impeccablement plantée vont entrer en pleine production.
M. Yver, dans le domaine « d'Ain Taomar » est également un des promoteurs de la culture de la vigne.
Dès la fin de la guerre les plantations ont été poursuivies à Toulal, s'échelonnant peu à peu au cours de chaque année. Puis les temps ayant évolué, les moyens de culture deviennent différents, cette partie du vignoble, plantée sur défoncement à 0 m. 60 de profondeur est constituée mi-partie de plants directs, mi-partie de plants greffés sur américains. Ce sont donc les Européens qui ont le mérite des plantations importantes de vignes dans la plaine même de Meknès. Composée d'argiles et de grès miocènes, elle est des plus fertiles et son irrigation est facilitée par les sources et les oueds nombreux naissant sur les pentes du plateau Jurassique qui la borde. Une pluviométrie abondante favorise aussi la belle végétation des vignobles.
Notre législation vinicole mal armée contre l'importation des plants étrangers ne peut, malgré certaines protestations, empêcher leur introduction. Les avis sont trop partagés pour permettre aucune critique, néanmoins, j'estime que dans une région telle que Meknès, où aucune trace de phyloxéra ne fut jamais constatée, le plant direct paraissait tout indiqué en premier lieu par son prix de revient insignifiant et par sa facilité à s'accomoder des plantations à trous. II présente donc l'avantage d'être à la portée de tous les colons.
L'extension du vignoble dans la région ne date guère que de quelques années. L'expérience tentée par les anciens a incité les nouveaux colons à planter de la vigne, de beaux vignobles se sont déjà constitués; aussi comptons-nous, actuellement :
482  hectares de vigne en rapport 62 hectares de vigne de 4 ans. 104 hectares de vigne  de 3  ans. 184 hectares de vigne de 2 ans. 900 hectares de vigne de 1   an. Au  total   :   1.732  hectares  de  vigne  française
Jusqu'à ces derniers temps, le cours des vins pratiqué au Maroc, était un stimulant à cette culture et beaucoup escompteront une situation semblable pendant quelques années encore ; tout concourait à confirmer ces prévisions. Malheureusement, les événements semblent prouver le contraire. La débâcle des cours, tant en France qu'en Algérie nous place devant un grave problème. Il y a surproduction. Cette mêrae question se posera devant nous d'ici peu. Comment la résoudre ? Il me serait difficile d'y répondre.
La région de Meknès, pays de prédilection de la vigne, sera favorisée tant à cause des rendements que par la qualité de ses vins, car ne l'oublions pas, des années surviendront où, seuls, les bons vins trouveront preneurs, aussi je ne crois pas me tromper en conseillant à mes collègues « faites peu mais faites bon ».
Le Parlement français est appelé aujourd'hui à résoudre le grave problème de la mévente, mévente surtout occasionnée non pas tant par la surproduction que par la diminution dans la consommation.
Les gros frais de transports, les impôts ont fait de cette marchandise un produit de luxe, n'étant plus à la portée des petites bourses, de celles qui consomment le plus. L'eau ou certaines boissons économiques ont pris place dans de nombreuses familles remplaçant notre boisson nationale. Les colons avisés sauront donc se borner à des plantations modérées, considérant la vigne comme un apport précieux mais ne constituant pas la base principale de leurs cultures.
Nous n'oublierons point que la France a le devoir de protéger son vignoble, le Maroc a de semblables obligations. Préoccupations de premières nécessités de ne point laisser pénétrer sur notre territoire, certaines mixtures, vendues sous la dénomination de vin, mais qui n'ont de ce nectar que le nom, puisque ces vins de provenance grecque sont fabriqués spécialement pour l'exportation à l'exclusion de raisins frais.
Nous avons la bonne fortune de posséder à la tête de notre Protectorat un homme de haute valeur, qui n'a pas craint de prendre ses responsabilités et auquel nous devons déjà beaucoup, j'ai nommé M. Lucien Saint, notre éminent Résident Général. Il a su déjà énergiquement défendre notre culture céréalifère. Faisons-lui confiance. Envisageons l'avenir avec sérénité, les intérêts du Protectorat ne sauraient être en de meilleures mains.
M. PAGNON Viticulteur,  Délégué au  Conseil  du  Gouvernement


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:04

page 28


- Cèdres sous la neige à Azrou.

Notice sur les forêts et la question forestière dans le Moyen Atlas



Avant de discourir sur les forêts du Moyen Atlas, que le lecteur me permette tout d'abord de les lui présenter : on ne s'intéresse vraiment qu'aux personnalités avec lesquelles on a déjà fait connaissance. Partons donc de Meknès et filons vers le Sud en direction d'Azrou :
— Après avoir traversé la plaine fertile des Béni M'Tir, entièrement colonisée et parsemée de fermes, nous arrivons à El Hadjeb en escaladant le gradin montagneux au sommet duquel est accroché ce petit village. Après avoir franchi ce premier seuil d'origine jurassique, nous entrons de plein pied dans le Moyen Atlas. Nous y sommes tout d'abord fort mal accueillis : A l'horizon, pas un arbre, pas une broussaille ! Le plateau d'Ito, avec ses ondulations d'aspect désertique, ses champs de cailloux ou « parpaings » qui font à la route une escorte morose donnant aux automobilistes trop pressés les plus macabres pensées, nous incite à faire demi-tour. Un peu de persévérance et de courage ! Nous voici près d'atteindre le poste militaire d'Ito : Risquons un œil vers la gauche. Enfin, voici une limite aux champs de cailloux : Des buissons verts couronnent les molles ondulations qui bornent l'horizon. Vus ainsi à un ou deux kilomètres de distance, ils apparaissent bien rabougris, bien « mesquins ». Ne vous y fiez pas. Derrière cette modeste bordure s'étend la première grande, et véritable forêt du Moyen Atlas : fa forêt de Djaba. Il vous sera loisible de vous en rendre compte : de bonnes pistes touristiques la parcourent en tous sens. Toutes-mènent à Ifrane, le paradis du Moyen Atlas, paradis essentiellement boisé, essentiellement forestier, dont nous dirons un mot tout à l'heure. Prenons la piste d'Ito à Ifrane. Nous traverserons d'abord zies taillis de chênes-verts. Ceux-ci constituent, dans le Moyen Atlas, les principaux massifs des altitudes moyennes, entre 1000 et 1800 mètres.
Le chêne-vert est connu de tous, même des Français de la Métropole. Il est commun dans le Midi de la France. Essence particulièrement rustique, il se présente généralement sous forme de taillis plus ou moins bas, assez serrés, peuplés d'arbres très branchus, aux troncs tortueux et tourmentés. Le feuillage est persistant, rude comme celui qui le porte.... Mais continuons sur Ifrane :
A peine avons-nous fait deux kilomètres en forêt que nous nous trouvons en présence d'un chêne dont le port, la taille et la majesté rappellent en tous points ses frères des belles forets de France. C'est le chêne zéen. On le rencontre également en Algérie. Il se présente dans le Moyen Atlas en petits massifs disséminés, malheureusement trop peu importants et trop peu nombreux, car sa taille et la qualité de son bois permettrait de l'employer aux mêmes usages que le chêne de France.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:05

page 29


- Les environs d'Oulmès.
- L'Inspection des Eaux et Forets.


Après avoir traversé sur une vingtaine de kilomètres la forêt de Dja-ba qui couvre une superficie totale de 15.000 ha., nous descendons dans la vallée d'Ifrane. Sommes-nous toujours au Maroc, ou bien, par magie, le doigt de quelque fée toute puissante nous a-t-il brusquement transporté dans un paysage de France ? Nous entrons dans une vallée infiniment riante et pittoresque. Les deux versants sont tapissés de beaux taillis de chênes-vert» auxquels se mélangent quelques résineux (et genévriers).
D'énormes roches rouges dressent dans la verdure des versants leurs silhouettes tour à tour tragiques ou fantaisistes. Une rivière aux eaux claires et vives, peuplée de truites provenant de l'Etablissement de Pisciculture d'Azrou, serpente dans le fond du val aux côtés de la piste que nous suivons. Et les nouveaux arrivants ne sont pas peu surpris de rouler sous l'ombrage de frênes magnifiques qui couvrent tout le fond de la vallée 2t dont le feuillage vert clair tranche si agréablement sur les tons plus fon-zés des essences communes. Après une douzaine de kilomètres d'un parcours enchanteur, nous voici à 1700 mètres d'altitude au Centre d'estivage d'Ifrane créé de toutes pièces en 1929 par la Résidence Générale et certainement appelé de par sa situation et son climat à un avenir des plus brillants. Là, nouvelle surprise pour ceux qui s'intéressent aux forêts. Des géants, épars dans le peuplement de chênes-verts apparaissent comme autant de Gullivers dans une foule de lilliputiens. Ce sont les éléments avancés des peuple-ments de cèdre. Ils ne cesseront de nous accompagner, tantôt jeunes, élan-cés et effilés, tantôt adultes, majestueux avec leurs cimes tabulaires, mais toujours épars, jusqu'à la descente sur le petit village d'Azrou, capitale du Moyen Atlas et du pays berbère.
Là, les vues vers le Sud sont complètement barrées par le second seuil jurassique du Moyen Atlas. Ses pentes, entièrement boisées de chênes verts lescendent abruptement sur la piste d'Ain-Leuh et dominent la route de Khenifra. Au sommet, se dressent des falaises à pic, où des cèdres disséminés apparaissent comme de gigantesques sentinelles au faîte d'un énorme rem->art. Partons d'Azrou par la route impériale du Tafilalet : une côte de 10 kilomètres de longueur nous conduit sur le plateau de Timhadit, zone volcanique peuplée de cratère dont les coulées de lave se sont répandues le tous côtés. Escaladons un de ces cratères, le Djebel Hebri, par exemple 1900 mètres d'altitude). La perspective s'étend jusqu'aux contreforts du lirand Atlas. Elle nous montre un immense plateau plus ou moins tour-nenté dont les vastes ondulations servent d'assiette à l'armée des cèdres. 5es bataillons serrés, constitués par des unités parfois gigantesques (certains .rbres atteignent 45 mètres de haut) s'étendent à perte de vue. Ils sont généralement séparés par des coulées déboisées, occupant le fond des vallées où les indigènes des montagnes ont abrité leurs maigres cultures.
Dans ces vastes peuplements de cèdres, quelques taches d'autres essences : petits massifs de pins maritimes et de pins d'Alep ; petits boisements de genévriers thurifères où les arbres sont très espacés. En allant d'Azrou sur Khenifra, la route borde quelques boisements de thuyas, d'ailleurs très dégradés.
Telle est la nomenclature monographique rapide et la répartition d'ensemble des principales essences forestières de la Région de Meknès. Pour nous résumer, deux essences dominantes, formant de grands massifs :
Le chêne-vert entre  1000 et  1800 mètres. Le  cèdre  aux hautes  altitudes.
Disons maintenant rapidement quelques mots sur l'utilisation de ces boise-ments, sur le mode de traitement qui leur est appliqué par le Service forestier marocain et sur leur avenir.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:07

page 30


- Le poste forestier de Ras El Ma.



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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:09

page 31


- La route d'Azrou  à  Timhadit.


Tout d'abord une remarque : A leur arrivée au Maroc, les forestiers se sont trouvés en présence d'une espèce de forêt vierge avec les caractéristiques ci-après s'appliquant aussi bien aux cèdres qu'aux chênes-verts : Peuplements composés de sujets arrivés pour la plupart au terme d'une croissance essentiellement laborieuse au cours de laquelle ils avaient subi toutes espèces de traumatismes du fait de l'homme et des éléments. Presque tous les arbres composant les massifs étaient donc des vieillards auxquels aine lutte pour la vie particulièrement âpre avait laissé des traces multiples et graves. Le sol était jonché de bois morts, cadavres des sujets les plus vieux et les moins robustes.
La première tâche du Service forestier a été de nettoyer les forêts dans toutes les parties où il a pu installer des postes et exercer une action efficace. Le bois mort de chêne-vert a été utilisé pour le chauffage. Les cèdres morts que la pourriture n'avait pas encore décomposés ont été convertis en madriers par les bûcherons indigènes.
Les forêts ainsi nettoyées, que reste-t-il à faire ? Il faut les régénérer, c'est-à-dire y aménager peu à peu des sénés de coupes conduites avec prudence et méthode pour remplacer le vieux matériel taré par du matériel neuf. Cette régénération des forêts par recépages méthodiques et ensemencement naturel est une œuvre de longue haleine. Poursuivie rapidement dans les forêts de chêne-liège du littoral, elle n'a pu hélas ! qu'être amorcée dans le Moyen Atlas, où l'insécurité oppose depuis dix ans, aux efforts des forestiers une barrière infranchissable. Néanmoins des coupes de chêne-vert assez importantes ont pu être données aux exploitants aux environs des villages d'Azrou et d'Ain-Leuh. Quelques scieries fonctionnent en forêt. Ces coupes permettent de ravitailler les villes en charbon de bois et donnent également quelques traverses de chemins de fer. Les zones ouvertes aux exploitants ne pourront être agrandies par la suite que si la sécurité progresse. Quant aux coupes de cèdres sur pied, elles ont été à peine entamées, tous les plus beaux massifs de cette essence se trouvant en pleine zone d'insécurité.
Bref, on peut dire que les richesses forestières du Moyen Atlas, qui sont grandes, ont été à peine effleurées par les mises en valeur. Les massifs de chêne-vert et de cèdre actuellement inaccessibles aux exploitants ont une ;grosse valeur d'avenir. Toutefois, on ne doit pas perdre de vue que la

valeur d'avenir de ces riches boisements pourrait se trouver sérieusement compromise si la situation actuelle devait se prolonger trop longtemps et si l'action énergique du Service forestier bien organisé, y était trop longtemps différée.
La bonne volonté du Service des Renseignements trop accaparé par le; besognes administratives, politiques et militaires  ne peut y suppléer.
Faute de pouvoir être efficacement surveillées et scientifiquement aménagées, toutes les belles forêts du Moyen Atlas situées en zone d'insécurité ou en dissidence, s'effritent et disparaissent petit à petit, tuées par les incendies, rongées par les défrichements, grignotées par les troupeaux de chèvres et de moutons. Cet état de fait constitue un danger beaucoup plus grave qu'on ne l'imagine : De grosses richesses sont ainsi stupidement détruites, et les conséquences de cette destruction peuvent être infiniment plus graves que celles résultant de la perte sèche qu'elle représente. Il ne faut pas oublier en effet, que le Moyen Atlas avec ses forêts est le château d'eau du Maroc. La disparition plus ou moins complète de celles-ci entraînerait mathématiquement et à brève échéance les cataclysmes consécutifs à tous les déboisements inconsidérés, à savoir :
1 °  Assèchement progressif des sources.
2° Ravinement des pentes.
3° Perturbations graves dans le régime des grands Oueds (Oum er Rbia, Sebou, Moulouya) dont les bassins de réceptions se trouvent dans le Moyen Atlas.
Perturbations qui se traduiront par les effets habituels, inondations brusques et violentes, envasements ou destruction des barrages d'irrigation, etc..., etc...
La France vient de subir de ce fait des désastres qui doivent faire réfléchir le Protectorat Marocain et l'amener à considérer que le maintien à tout prix des massifs boisés du Moyen Atlas est, pour le Maroc, une question vitale de premier ordre.
C'est en attirant l'attention de M. le Résident Général, sur cette grave considération d'intérêt public que nous terminerons cet exposé.
Commandant LABAS. Inspecteur des Eaux et Forêts de la Circonscription de Meknès.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:10

page 32


- À Meknès — Un concours laitier et beurrier en 1918 — La distribution des primes en présence du Maréchal.

L'Elevage dans la Région de Meknès




La pluviomètre régulière et abondante de la légion de Meknès, la qualité de son sol et les variations considérables d'altitude permettant la transhumance, lui donnent de grosses possibilités d'élevage.
Nous voyons en effet que si toute la plaine du Saïs est à peu près cultivée et ne possède plus de terrains de parcours, 11 n'en est pas de même pour la montagne où d'immenses surfaces sont incultes et couvertes de pâturages généralement riches.
Le tableau suivant donne une idée de l'importance de cet élevage  :

- Voir le tableau ci dessus ...

Ces chiffres sont  basés  sur le  Tertib,  et, par  conséquent,  inférieurs  à   !a  réalité.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:12

page 33


- Un superbe taureau de race marocaine.
- Un beau type de Vache laitière marocaine - Région de Meknès.
- Quelques-unes des superbes vaches laitières de la laiterie  Jousse aux M'Jat.


Le Cheval. -- C'est un barbe marocain, élevé sans soin, sans sélection presque sans nourriture, mais, tel qu'il est, c'est un animal rustique, remarquablement adapté à son milieu et à son travail.
Les Haras Marocains travaillent assidûment à l'améliorer en le croisant avec le pur-sang arabe : particulièrement le syrien et avec le barbe d'Algérie.
Des résultats extrêmement intéressants ont été obtenus et il es' fréquent de trouver sur les souks de beaux poulains présentant une amélioration considérable sur le cheval commun.
De nombreux colons s'intéressent à cet élevage et obtiennent des produits bien supérieurs à ceux des indigènes grâce aux bons soins dont ils les entourent.
Quelques éleveurs possèdent des étalons de pur-sang anglais cl leurs élèves se sent souvent distingué» sur les hippodromes du Maroc.
Le format du cheval indigène étant trop petit pour la culture européenne, des étalons bretons ont également été importés ; ils donnent avec la jument du pays d'excellents produits qui, tout en prenant un peu de l'importance du père, ont toute la rusticité de la mère.
De nombreux baudets catalans mis à la disposition des éleveurs ont également permis d'améliorer sérieusement la production mulassière.
Le mulet du pays, qui est un animal merveilleux comme résistance au travail et rusticité, est, en effet, trop léger pour les gros travaux de la ferme ; le croisement de la jument locale avec le catalan lui donne la taille et le poids qui lui manquent.
Nous ne pouvons terminer cette rapide étude sur l'élevage du cheval sans parler des Haras de Meknès.
L'établissement de l'Aguedal qui comprend un dépôt d'étalons et une jumenterie, est une installation modèle qui fait l'admiration de tous les visiteurs.
Cet établissement a rendu les plus grands services à l'élevage tant européen qu'indigène.
Nous ne pouvons qu'exprimer le regret que, par manque de crédits, son action soit entravée et que l'on ait supprimé de nombreux dépôts d'étalons dans le bled.
Les Bovins. — Ils appartiennent à la race brune de l'Atlas, de îype bréviligne concave, à robe généralement fauve, mais quelquefois noire ou pie noire d'un poids moyen de 300 kgs., ils varient beaucoup comme taille, selon la richesse des pâturages. Comme tous les animaux marocains,, ils ne sont l'objet d'aucun soin, et se nourrissent comme ils le peuvent et où ils le peuvent.
Suralimentés au printemps, où ils trouvent en abondance une herbe gêné ralement de bonne qualité, ils se dépêchent d'engraisser, s'entretiennent à peu près en état pendant l'été sur les chaumes, puis, pendant l'automne et l'hiver, vivent sur les réserves qu'ils ont accumulés au printemps.
On comprend que dans ces conditions, de misère physiologique, ils soient peu précoces et de petite taille.
Cependant dès que le bovin est l'objet de quelques soins pendant son jeune âge, comme chez les laitiers de Meknès et les colons, où qu'il trouve toujours une nourriture naturelle, abondante « comme sur le plateau d'Oul-mès , il prend immédiatement de la taille et une meilleure conformation.
De nombreux croisements ont été pratiqués chez les colons et quelquefois chez l'indigène : on a essayé plus particulièrement le zébu, le mont-béliard et le gascon .../...


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:14

page 34


- L'Autrucherie de Meknès — Une visite du Colonel Poeymirau.


.../... Le premier a donné d'excellents résultats : les produits obtenus sont très améliorés et très rustiques. Un seul reproche est à leur adresser — mais il est grave — c'est leur caractère sauvage et indocile.
Les autres croisements ont donné; de bons résultats mais ne peuvent être entrepris qu'en milieu européen et en entourant les jeunes élèves des mêmes soins que le bétail de race pure.
Production laitière. — Le troupeau laitier de Meknès-Ville compte à peu près 2.000 bêtes. Ces vaches sont l'objet de la part de leurs propriétaires de certains soins : elles ont un supplément de nourriture et des abris. Une certaine sélection a été pratiquée depuis très longtemps : les éleveurs ont cherché plus particulièrement la robe pie noire et sont arrivés à obtenir un type très intéressant.
Certains sujets ont donné dans les concours laitiers un rendement atteignant jusqu'à 14 litres d'un lait excellent et généralement très riche en matière grasse : on a pu obtenir le kilos de beurre avec 12 litres de lait mais en moyenne on l'obtient avec 18 à 19 litres.
Ce sont là des résultats très intéressants qui, au point de vue beurrier, mettent la vache de Meknès au niveau de la vache de Jersey.
Les Ovins. — Le mouton est l'hôte de la montagne et il en fait la fortune ; c'est lui qui nourrit et habille le berbère, c'est également lui qui, par la transhumance, en règle la vie et en domine l'existence.
Cette transhumance, en raison du manque d'abris et de réserves fourragères, est une obligation. Deux grands mouvements ont lieu chaque année qui font osciller les tribus au Nord et au Sud de leur zone de culture.
En Octobre, chassés par la neige, ils quittent la haute montagne et viennent se réfugier dans la région des Ksours pour cultiver leurs champs ; puis continuant leur mouvement vers le Nord, ils occupent toute l'immense région dénommée Azghar, où ils passent l'hiver et s'étendent par vagues successives jusqu'à Agouraï et Achmech d'une part, et Moulay Bou Azza, d'autre part.
Au printemps, ils exécutent le mouvement inverse, séjournent de nouveau dans les zones de culture pour faire les maïs et fumer leurs champs ; puis gagnent la haute montagne où ils trouvent avec une température plus agréable, de l'eau fraîche et des pâturages abondants.
Les ovins de la région de Meknès sont en général de race berbère ; ce sont des animaux de taille plutôt petite, ramassée et de laine grossière, ils ne sont pas parfaits comme conformation et, comme tous les animaux du Maroc, ils manquent de musculature dans l'arrière train ; mais leur viande est de bonne qualité et d'un rendement intéressant.
Dans le voisinage de la plaine, l'influence des moutons de race arabe à laine fine et serrée se fait sentir et l'on y trouve fréquemment des moutons de plus grande taille et à laine fine provenant de croisements des deux races.
Ces ovins sont, bien entendu, l'objet d'un commerce important : ce-sont ceux qui alimentent les souks de Fez et de Meknès ; un certain nombre sont même exportés, les uns sur la France par Oudjda et Oran, d'au-tres sur la zone espagnole par Arbaoua.
A plusieurs reprises des essais ont été entrepris pour améliorer la race-locale, mais ces essais ont été faits sans méthodes sérieuses, les soins donnés ont été insuffisants et la plupart des béliers importés sont morts sans donner de produits intéressants.
Depuis bientôt 3 ans, une bergerie a été créée à l’Autrucherie de Meknès. Des brebis et des béliers mérinos de Champagne ont été importés et, bien que le milieu ne soit guère favorable à l'élevage du mouton, les résultats obtenus ont été très encourageants.
La mortalité n'a pas été sensiblement plus forte que sur des moutons du pays et les produits obtenus sont superbes. A la vente aux enchères de 1929, des béliers de 14 mois se sont vendus jusqu'à 1.700 francs.
Une nouvelle vente aura lieu cette année au moment de la Foire. 15 serait à souhaiter que des essais d'amélioration par sélection de la race indigène soient entrepris par l'Administration et, organisé avec méthode, on arriverait certainement à améliorer cette race à peu de frais et d'une façon plus durable que par le croisement. Pour y parvenir, la création de fermes d'élevage en montagne serait indispensable.
Les Caprins. — L'importance de la chèvre n'est pas négligeable au Maroc surtout en montagne.
Elle trouve en effet à s'alimenter là où le mouton meurt de faim. Elle mange les broussailles, les jeunes arbrisseaux et se maintient en bon état toute l'année.
Pendant l'hiver on peut estimer que les indigènes mangent au moins, 2 fois plus de chèvres que de moutons.
Dans la région de Meknès, c'est la partie montagneuse qui nourrit les plus beaux troupeaux de chèvres, en particulier dans la région d'Oulmès et chez les Aït Sgougou.
Ces chèvres appartiennent à la race indigène de l'Afrique du Nord, elles sont dolichocéphales, de petite taille (60 à 65 centimètres) pourvues de poils longs, tombants, généralement de teinte noire, les mamelles sont globuleuses; bien nourries, elles donnent un litre de lait par jour.
Dans la ville de Meknès, existent des troupeaux de chèvres maltaise» ou croisées maltaises et surtout des chèvres de la race de Murcie, beaucoup plus laitières que la race indigène.
CHAPUIS, Inspecteur du Service de l'Elevage.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:15

page 35


- Ferme Regnault aux Ait Harzalla

Aperçu agricole sur la région de Meknès


Par sa situation privilégiée au confluent des grandes artères de communication, qui a valu à Meknès l'appellation de « Plaque tournante du Maroc ». par la qualité de son sol, l'abondance et la répartition des pluies qui s'y déversent, notre région se classe sans conteste parmi les meilleures du Nord africain.
Si au point de vue administratif, Meknès étend sa domination jusqu'aux confins sahariens, où pousse le dattier, englobant ainsi une tranche du moyen Atlas, zone montagneuse à cultures pauvres et élevage extensif la région agricole proprement dite est beaucoup moins étendue. Pratiquement on peut la situer entre la falaise d'EI Hadjeb-Sefrou au Sud, la plaine des Béni Ahsen au Nord. A l'Est comme à l'Ouest de simples limites de tribus, imperceptibles, nous séparent des régions voisines.
Adossé aux contreforts de l'Atlas, dominé par le massif montagneux du Zerhoun, immense verger indigène où poussent indistinctement : vigne, oliviers et fruitiers de toutes sortes, l'hinterland de Meknès présente deux physionomies bien distinctes suivant que l'on se dirige vers le sud ou vers le Nord.
Au Sud de la ville c'est un vaste plateau, à relief peu accentué recouvert d'une végétation spontanée très dense de palmiers nains, agrémentés parfois de jujubiers en touffes,
D'une altitude de 500 m. à hauteur de la ville le plateau s'élève en pente douce pour atteindre 750 m. au pied de la falaise d'El-Hadjeb. Particulièrement bien arrosée par les eaux de pluie, cette zone bénéficie également de l'appoint important de nombreuses sources et cours d'eaux qui permettent l'irrigation de grands périmètres.
Le sol y est peu profond ; argilo siliceux ou silico-argileux (hamri) il est presque toujours dépourvu de chaux mais repose sur un sous-sol tuffeux calcaire. Cette heureuse disposition permet au sous-sol de jouer l'excellent rôle de magasin de réserve des eaux de pluie. L'hiver durant la période pluvieuse le tuf se gorge d'eau, l'été, il la rend progressivement et la met au fur et à mesure des besoins à la disposition des cultures, leur permettant ainsi de mieux résister à la sécheresse. A première vue, ce plateau de « doum » ne tente pas celui qui arrive « refroidit » même les initiatives. Que l'on ne s'y trompe point, et que l'on jette un regard attentif sur cet immense tapis vert ; on ne tarde pas à apercevoir des centaines de tâches brunes, constituant autant de fermes accrochées au sol, autant de conquêtes de l'homme sur la brousse.
Passons, au Nord de la ville, le plateau, s'effondre brusquement pour faire place à une région tourmentée, de moindre altitude présentant un net contraste avec ce que nous venons de voir. C'est le pays des Guerrouanes,
forme de mamelons arrondis, nus de couleur grise, Ici plus de friche, des terres entièrement en culture mais de nature argileuse, lourdes, profondes. La richesse du sol a comme partie la difficulté parfois excessive des travaux et la déclivité des pentes qui empêche la culture mécanique.
D'ailleurs la  pluviométrie  y est déjà un peu plus capricieuse. L'indigène cultive la  quasi totalité de ce périmètre.
Adapté depuis toujours aux conditions particulières de sol et de relief, il est là à son aise, Par contre la colonisation européenne y progresse à pas lents ; le « plateau » tente le plus grand nombre. Cependant les quelques agriculteurs installés en Guerouane ont montré qu'à force de persévérance on pouvait obtenir d'excellents résultats.
La climatologie, facteur agricole de premier plan a accordé à Meknès des faveurs particulières. Froid l'hiver, chaud l'été, telles sont les caractéristiques essentielles de notre climat. Les minimas descendent rarement au-dessous de 2°, les maximas ne dépassant pas 45°. La période froide d'hiver assure une salubrité parfaite, et, si elle entretient ainsi la florissante santé de nos colons elle permet en outre à la végétation de bénéficier d'un temps de repos durant lequel les bois s'aoûtent mieux, les céréales assurent et préparent leur tallage.
La pluviométrie ne boude généralement pas. Elle oscille annuellement entre 350 et 600 m/mb assurant ainsi une quantité d'eau largement suffisante à la végétation. Elle se répartit d'octobre à mai, avec parfois quel» ques orages d'été.
C'est dans ce milieu, favorable, certes, mais de mise en valeur très laborieuse, qu'il y a onze ans à   peine   sur   l'initiative des Services du Protectorat un premier    lotissement de colonisation était créé. Déjà   cette tentative quelques hardis pionniers avaient dressé leur tente à Meknès.
Toutefois, le manque d'organisation inhérent à cette période de début rendait très onéreuse toute installation dans le bled. Point de routes, pas de crédit, aucune des facilités dont le colon dispose aujourd'hui. Aussi aux ventes de colonisation de 1919 et 1920 les amateurs n'étaient pas légion et nombre de lots ne furent pas pris. Pourtant ceux qui s'étaient installés tra-vallaient d'arrache-pied et à force de ténacité et d'abnégation, parvenaient à vaincre la friche et à s'assurer des récoltes régulières. Leur exemple fut salutaire, la confiance vint, d'autres colons s'installèrent puis d'autres encore. L'organisation économique fut amorcée, des routes remplacèrent les pistes boueuses et cahoteuses, le commerce s'organisa et livra du matériel de plus en plus perfectionné, le crédit agricole enfin, admirable œuvre de mutualité apporta à tous un réconfort et un aide précieux.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:17

page 36


- Une belle exploitation agricole à Meknès — Maison d'habitation   de   la   ferme   Lacourtablaise.
- Un magnifique lot de reproducteurs porcins à la ferme Doumas aux Ait  Yazem.


Il serait injuste de passer sous silence le nom d'un des principaux artisans de cette organisation ; Berthaut, ancien inspecteur de l'Agriculture de la Région, qui par son activité, ses conseils éclairés, sa confiance inébranlable en Meknès donna à tous le courage, le « cran » nécessaire pour résister aux misères des premières installations et assura ainsi le départ d'une colonisation aujourd'hui florissante.
Meknès compte en effet maintenant plus de 400 colons groupés sur 90.000 hect. de terre dont les 2/3 sont déjà défrichés; la charrue ou la pioche faisant reculer journellement l'emprise de la friche. Les lotissements -officiels couvrent environ 33.000 hectares, l'initiative privée à fait le reste et pourtant pendant longtemps elle resta en arrière. Aujourd'hui les achats en terrain indigène se chiffrent annuellement par 10.000 à 12.000 ha. environ.
Les céréales sont à la base de la production locale ; blé et avoine se partagent en effet les deux dernières places d'un assolement triennal dont la première est occupée soit par une jachère travaillée soit par une légumi-neuse sarclée (Pois ou fèves). Peu à peu la jachère travaillée, un instant considérée à tort, comme indispensable à une bonne technique culturale, cède le pas à la légumineuse autrement intéressante à tous points de vue.
L'assolement le plus pratiqué est le suivant  :
1re année : pois ou fèves.
2e  année   :   blés.
3e année   :  avoine.
Les pois qui, il y a quelques années à peine couvraient 200 hect. environ occupent aujourd'hui 4.500 à 5.000 ha. La progression de la fève encore que  moins  marquée  est  cependant  nette   2.500 hect. contre 1000 environ. Faites dans de bonnes conditions ces légumineuses se sont révélées susceptibles de hauts rendements leur culture ne pourra que s'étendre.
Le blé tendre est préféré au blé dur par la plupart de nos exploitants agricoles, peut-être en raison de ses plus grandes possibilités de rendement. Il couvre 20.000 has alors que le blé dur européen s'étend sur 2.500 à 3.000 has seulement. Les variétés locales, au début seules cultivées, sont à peu près remplacées par des blés sélectionnés plus résistants aux maladies et plus gros producteurs. La gravité de la situation économique actuelle n'a pas échappé à nos agriculteurs. Elle leur impose de gros rendements pour compenser la baisse croissante des cours. Notre région s'est tournée vers les 335-422 Pusa 4 qui semblent mieux répondre aux besoins actuels. Les deux premiers, multipliés à la ferme de Monsieur Selve, le dévoué président de l'association des agriculteurs de Meknès, ont été primés au concours du « plus bel épi colonial » à Bordeaux ; le 422 ayant le 1er prix, le 335 obtenant le 2e.
L'avoine enfin, donne ici des résultats remarquables. Se contentant de toutes les situations, elle assure toujours des rendements élevés. Quel dommage que les cours de cette céréale se soient avilis au point d'nrayer l'essor ùe sa culture. La superficie ensemencée en 1930 1 1.000 hect. environ est en nette diminution sur les chiffres de la campagne précédente.
L'arboriculture fruitière paraît devoir assurer dans un avenir prochain une situation prépondérante à Meknès. Sol et climat conviennent parfaitement et il n'est pas douteux que les plantations occupent sous peu une large place.
Les résultats déjà obtenus sont très satisfaisants.
Jusqu'ici cependant en dehors de l'olivier dont 400.000 vieux sujets peuplent les pentes du Zerhoun et les abords de la ville les plantations fruitières n'ont fait l'objet que de timides essais ; mais on peut déjà affirmer que les agrumes ne seront pas appelés à jouer un grand rôle ici en raison du climat trop rigoureux l'hiver. Par contre, la plupart des autres arbres fruitiers (abricotiers, pêchers, pruniers, cerisiers) prospèrent ici dans d'excellentes conditions. L'extension de leur culture est toutefois liée au problème des débouchés et de l'organisation de la vente des fruits, dont la solution doit se trouver dans la création de coopératives fruitières. La vigne se multiplie aussi très rapidement. Elle occupe environ 2000 hect. et s'accroît à la cadence de plusieurs centaines d'hectares par an. Il convient de se montrer très prudent dans cette voie qui nous réserve peut-être de désagréables surprises.
L'outillage économique régional n'est pas resté en arrière et a suivi la progression de la colonisation. Grâce à l'allant et l'initiative d'une Chambre Mixte et d'une Association d'Agriculteurs, aussi actives que prospères, des pistes sont chaque année transformées en routes, des maisons d'école s'édifient dans les différents centres, quelques villages prennent corps. La Caisse de Crédit locale et ses annexes, coopérative d'achat et de vente et assurance mutuelles, toujours plus florissante rend journellement à nos colons d'inestimables services.
Enfin la création récente de docks silos coopératifs et d'une station de triage complète l'œuvre déjà bien amorcée. Notre région pourra devenir grâce à ce dernier organisme le centre producteur de blés de semences de choix où viendrait s'approvisionner les colons marocains.
Ainsi, dans la confiance et le tiavail, inépuisable source de richesse, Meknès, admirablement dotée, poursuit la marche ascendante qui doit faire d'elle le joyau agricole de l'Empire fortuné.
Pierre  VIRELIZIER Ingénieur Agricole (M). Inspecteur de l'Agriculture  de la  Région de Meknès


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:18

page 37


- Tisserand dans les Béni M'Guild, occupé à tisser un tapis.
- Tente berbère chez les Aït  Abdou (Aït Sgougou).



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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:19

page 38


L'Ecole militaire des Elèves-Officiers marocains de Meknès


Quand le Maréchal Lyautey décida de créer une école d'officiers indigènes, il chercha pour l'installer un cadre digne d'elle. Dar El Beïda, avec ses tours altières coiffées de tuiles vertes, ses colonnades, ses vastes cours, ses jardins, ses mosaïques et ses plafonds artistement travaillé» sollicita son attention, son passé la retint.
 Palais de Bar El Beida, construit par le Sultan Sidi Mohamed ben Abdallah au milieu du XVIIIe siècle pour servir de maison de retraite aux sultanes éparses de ses tumultueux prédécesseurs, fut aussi sous le règne de Moulay Hassan non seulement l'arsenal et la base militaire du Grand Sultan, mais la Kaschla du Tabor des Haraba, autrement dit l'Ecole des officiers instructeurs marocains formés par notre mission française.
L'Ecole de Dar El Beida, en gestation, se reliait donc à une tradition, et qui plus est à une tradition française. Cela suffit, avec la présence de Poey-mirau à Meknès, pour emporter la décision. Le palais, situé dans un site merveilleux, offrait en plus le très grand avantage d'être connu de l'élite marocaine dont le Maréchal avait résolu de faire sa clientèle, La création de l'Ecole répond aux buts suivants :
1 ° Donner à la troupe Spahis et Tirailleurs Marocains des Officiers de même race qu'elle, recrutés judicieusement parmi l'élite des campagnes, de façon à la rapprocher de nous, tout en mettant au service de l'Armée Française le prestige que donnent encore dans ce pays la naissance, le rang social et la fortune ;
2° Former de bons chefs de section et  de  peloton ;
3° Donner à ces jeunes gens une éducation susceptible d'éveiller en eux les sentiments d'honneur, de dévouement, de loyauté qui sont l'apanage de la carrière des armes et leur rendre plus facile la fréquentation: de leurs camarades français, sans les sortir tout à fait de leur milieu, ce qui serait une faute.
Le choix des élèves appartient au Commissaire Résident Général., il porte chaque année sur un nombre de candidats élevé permettant dès l'entrée d'exercer une sélection sérieuse.
Les élèves admis suivent un cours préparatoire au   certificat   d'éludés primaires   qu'ils   doivent obtenir avant de passer au peloton des élèves-officiers. A partir de i9 ans, les élèves   désirant   embrasser   la   carrière des armes sont   autorisés   par   le Ministre de la Guerre à contracter un engagement de 4 ans au titre d'un régiment de spahis ou de tirailleurs marocains.
Pendant ces quatre années, les élèves-officiers poursuivent simultanément leur formation générale et leur préparation militaire, s'ils réussissent aux examens qu'ils passent au terme de leurs éludes, les élèves-officiers sont promus sous-lieutenant de réserve au titre indigène et font, en cette qualité, deux années de stage probatoire dans un régiment avant de pouvoir être titularisés, avec leur grade, dans l'armée active. L'avenir militaire des officiers marocains sortant de Dar El Beida est limité au grade de capitaine.
Mais tel n'est pas le but restreint et étroit de l'Ecole. Elle a d'autres fins.
Le Maréchal Lyautey a vu plus loin, lorsqu'il recommande de recruter les élevés de Dar El Beida parmi les familles caïdables de l'Empire.
Après 12 ou 15 ans d'épreuves et de services loyaux dans notre armée, les élèves de Dar El Beida, fils de caïds, chioukh ou notables des Djemaa des tribus berbères, peuvent être appelés à succéder à leurs pères, oncles ou parents.
Quelques anciens élèves de la première promotion, malgré une formation hâtive — ils n'ont fait que 2 années d'école  exercent déjà, à la satisfaction quasi générale, des fonctions de caïds et khalifa. Ceux des promotions actuelles dont la formation intellectuelle et morale a été plus poussée seront une pépinière d'excellents éléments où l'Administration pourra choisir et trouver des hommes instruits, pondérés, formés à nos méthodes comme à l'obéissance et à l'habitude du commandement.
Encouragé par des résultats déjà brillants, Monsieur le Résident Général Lucien Saint, comme ses prédécesseurs, porte à l'Ecole le plus haut intérêt. C'est à lui qu'elle doit son orientation actuelle vers des fins précises et tangibles.
Le recrutement des élèves, limité aux possibilités d'emploi, fait qu'il n'y a pas et qu'il n'y aura jamais dans leurs rangs de ratés et de mécontents.
Le Tableau d'Honneur de l'Ecole, inauguré en 1925 par M. le Résident Général Théodore Steeg, est déjà lourd de gloire.
On peut y lire, les noms de  :
3 officiers indigènes morts au champ d'honneur,
4 Chevaliers de la Légion d'honneur pour faits de guerre,
les 49 citations à l'Ordre, méritées par les 43 officiers déjà sortis de Dar El Beida.
Au moment le plus aigu de la campagne du Riff, le Maréchal Lyautey, passant à Meknès vint tâter le pouls de l'Ecole. Il fut profondément touché du bel élan avec lequel non seulement les élèves officiers mais les jeunes «lèves du Cours préparatoire vinrent lui demander d'aller « au baroud ».
Il  les laissa  partir...  le  tableau  d'honneur nous renseigne  sur  leur  conduite.
Visitez l'Ecole, elle en vaut la peine. Vous y verrez à l'œuvre, officiers, professeurs et élèves, vous y verrez aussi l'un de ces braves enfants dont il est fait mention plus haut. La Croix de guerre orne sa poitrine. Il l'a gagnée à 15 ans en faisant, carabine au poing, le coup de feu à côté de son père, contre Abd-el-Krim.
Fils de personnages maghzen qui nous ont aidés à pacifier le Maroc, ces jeunes gens continueront à servir l'Etat et la France.
«  Bon sang ne saurait mentir  ».
Chef de Bataillon TARRIT Commandant l'Ecole Militaire des Officiers Marocains.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:24

page 39


- Le peintre Mattéo Brondy dans son atelier de Meknès.

Matteo BRONDY, peintre de Meknès


Un jour je voyais entrer dans le bureau de l'ancienne « Vigie », rue du Commandant Provost, un artiste qui me disait revenir des pays nouvellement soumis sur la Haute Moulouya. Il portait quelques croquis, exécutés en cours d'expédition, au gré des haltes ou de la sécurité. Très curieuse collection de paysages, de casbahs, de types nouveaux. On sentait une facture hâtive qu'expliquaient les nécessités du service et la marche militaire : croquis en couleurs, reportage au pinceau. Mais il y avait un choix de la note caractéristique, un relief du pittoresque, une psychologie des êtres qui révélaient un don d'observation à la fois très aigu et très juste. Je demandais à l'artiste de me laisser exposer ces croquis dans notre petite salle de dépêches. Ce fut un beau succès et on s'arracha ces notations d'un Maroc totalement inconnu jusqu'alors. Mattéo Brondy pour sa première exposition marocaine, avait été un révélateur. II l'est resté depuis lors et même pour des sujets plus communs.
C'est qu'en effet l'officier qui rapportait ces aquarelles de la Haute Moulouya n'était pas un simple amateur. Mattéo Brondy avait été, à l'Académie Julian, à Paris, l'élève des grands maîtres Jules Lefèvre, Torny Robert Fleury et Rochegrosse. Mais une fois en possession de sa technique, il avait déserté l'atelier. Indépendant, aimant la vie, l'action, le changement, le voyage, il répugnait aux exigences du professionnalisme. Il voulait peindre pour son plaisir. Il visita l'Italie, domaine classique des peintres et je connais de lui des tableaux de Venise qu'on regarde depuis des années avec un inlassable plaisir. Il voulut du nouveau et poussa jusqu'en Afrique Noire, dont la lumière excessive ne le séduisit pas. Les affectations de la guerre devaient l'amener au Maroc, dans la région de Meknès, au temps des colonnes de Poeymirau à travers le Moyen Atlas. C'est là qu'il trouva sa voie.
Mattéo Brondy appartient en effet à cette époque où l'on découvrait avec enthousiasme le Maroc à grandes enjambées victorieuses, Terre d'une séduction presque aussi puissante et mystérieuse que celle de l'amour. On peut y avoir souffert, en être cruellement déçu, n'y avoir plus d'illusions, Ja maudire : on l'aime encore, on ne peut s'en séparer. On veut toujours la connaître davantage, accumuler d'elle des souvenirs, des portraits. Mattéo Brondy fut des premiers à fixer ces souvenirs. Il n'était pas venu au Maroc en peintre à la recherche de tableaux ; il avait commencé par subir lui-même la grande séduction. C'est donc en amoureux du Maroc qu'il se mit à peindre et c'est pourquoi ses tableaux connurent une si grande vogue, répondant si bien à ce qui avait intrigué, amusé, charmé les Français venus ici.
Ajoutons qu'il y apportait un talent et une conscience remarquables. Sa vie dans le bled lui permettait de connaître la pensée des êtres qu'il peignait. Hommes et bêtes, il les avait finement observés, avec une sympathie amusée et c'est surtout leur expression, leur pensée marocaine qu'il s'efforçait de reproduire. Dans tous ses sujets, un vieux marocain averti retrouvera cette notation psychologique, reconnaîtra ses gens du bled avec leurs bêtes qui tiennent dans la vie marocaine une place si pittoresque en attendant leur progressive élimination par l'automobile. Il n'est pas seulement peintre de lignes et de couleurs, mais de pensée. Ses succès ne le détournent pas de cette recherche où il trouve son plaisir artistique. II expose au Maroc, en Algérie, à Paris, où il voit enlever ses tableaux. Mais toujours on le retrouve avec son carnet de croquis et un stéréoscope où il saisit au vol les scènes rapides, les expressions fugitives. Les lettres qu'il écrit à ses amis sont illustrées de croquis rapides, caractéristiques dénotant son obsession du pittoresque des hommes et des bêtes de ce pays. Marocain depuis quinze ans, il garde la même fraîcheur d'impression qu'un nouvel arrivant. Il ajoute à son art celui de rester jeune.
Mattéo Brondy aura fixé la première impression de notre âme européenne au contact du Maroc Moyenâgeux. On pourra chercher d'autres traductions de ce pays ; le besoin de nouveauté, de personnalité, fera surgir des interprétations différentes. Mais avec quelques autres, dont le maître Abascal qui s'enfuit d'Andalousie parce que ses hommes adoptaient le sombre veston au lieu du coquet boléro, Mattéo. Brondy restera le peintre du premier Maroc, du Maroc avant toute américanisation.
Une région cependant devait emporter ses préférences, c'est Meknès, capitale des berbères. Pourquoi ? J'aimerais l'expliquer à ma façon, ayant été moi-même de bonne heure séduit par ce pays berbère. Mais je risquerais de dire surtout ma pensée et sans doute s'intéresserait-on davantage à celle de Mattéo Brondy.
Voici donc une confession de lui, que j'extrais d'une lettre assez récente.
« Je considère que la peinture doit être l'image de la vie et fixer du mieux qu'elle peut les belles scènes qui charment nos yeux, la lumière devant concourir à en souligner les effets et les rendre inaltérables dans notre mémoire. Et ce qui est vrai pour les grandes scènes de plein air ne l'est pas moins pour les scènes d'intérieur où les effets tamisés de la lumière concourent à rendre plus prenante l'impression de calme et de sérénité que nous ressentons malgré nous quand nous visitons une médersa. Ce sont ces émotions de chaque jour, ressenties dès mon arrivée à Meknès, qui m'ont attaché à cette ville où je me suis fixé depuis quinze ans. Tout ce que j'avais pu revêt d'orientalisme auparavant s'est trouvé réalisé du premier coup et ce fût le coup de foudre, qui dure toujours. J'ai aimé Meknès dès le premier jour et, depuis lors, mon cœur lui est resté fidèle. »
Que pourrait-on ajouter à cet aveu ? Dans la vieille Médina, à l'orée des souks, Mattéo Brondy s'est orné un intérieur indigène, en a fait une œuvre d'art, claire et gaie selon le goût arabo-berbère, un sanctuaire de la couleur et de la fantaisie.
Peintre de Meknès ? Oui, par ses sujets, par sa vie, par son adoption. On pourrait dire, plus exactement, peintre Meknassi. Et c'est tout à l'honneur de Meknès qu'elle ait ainsi fixé, de façon si définitive, une âme d'artiste indépendante et volontiers vagabonde, aujourd'hui attachée à elle comme à sa patrie d'art.
G.  LOUIS, Directeur  de  la   «   Vigie  Marocaine  »


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:26

page 40


-Le Moussem  de Moulay  Idriss, par  Mattéo  Brondy.
- La Fantasia,  par  Mattéo   Brondy.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:27

page 41


- Quelques types d'Aïssaouas.


Meknès est la ville sainte des Aïssaouas et des Hamatcha




Meknès et sa région sont le lieu de pèlerinage de deux des plus importantes confréries religieuses du Maroc, les Aïssaouas et les Hamatcha.
A l'époque du Mouloud, elles célèbrent le moussem au tombeau de leurs fondateurs Sidi M'Hammed ben Aïssa, dont la koubba se trouve à Meknès ; Sidi Ali ben Hamdouch, qui repose dans le Zerhoun. C'est dire que leurs adeptes du Maroc entier, ceux du Riff aussi et même d'Algérie et de Tunisie, viennent à Meknès une fois l'an, en grand nombre en pèlerinage, établi en l'honneur du premier le jour même du Mouloud, pour le second, l'octave de la fête.
De l'enseignement de ces saints sont issues ces extraordinaires confréries, qui réunissent presque tout le bas peuple nord africain en groupes d'énervés, s'excitant par un ensemble de chants et de danses épileptiques et de cris religieux jusqu'au paroxysme d'ardeur mystique, qui permet aux Aïssaouas de manger toutes sortes d'horreurs, aux Hamatcha de recevoir sur la tête des poids fort lourds et aux Droughyyin, de se taillader la tête à coups de hache. Comme on sait, les Aïssaouas sont les plus nombreux parmi cette foule extatique.
On évalue au bas mot à cinquante mille, le nombre des adeptes qui, tous les ans à Mouloud, viennent en pèlerinage à Meknès. Les nouveaux initiés viennent y recevoir l'initiation qui leur est donnée par un Ould Cheikh quelconque ou bien encore par le Maggdem des Aïssaouas.
L'initiation consiste en un rite singulier : un personnage vénérable crache tout d'abord dans la bouche du novice, puis l'affuble d'un nom d'animal : lion, tigre, panthère, chacal, ce qui donne à l'initié la faculté de manger de la viande crue ; le nom de chameau lui octroie la faculté d'avaler des cailloux, de l'orge, ou des feuilles piquantes, figuiers de Barbarie. D'autres seront de modestes « Gzouliyine », dont les contorsions et les hurlements s'exécutent, au son des tambourins, des grosses caisses et des musettes, ou, mieux encore, de simples « hartiyine » qui sont tout an bas de l'échelle de la confrérie et dont les prétentions ne s'élèvent point au-dessus de gestes très mesurés.
L'arrivée à Meknès deux ou lois jours avant le Mouloud des confréries proches et lointaines, est un grand spectacle annuel. Des cris et le son des musiques annoncent l'approche de chaque taïfa puis apparaissent les étendards de la corporation. Le Moqaddem moquadmin passe à cheval, enveloppé d'un haïk, et la dévotion publique vient lui baiser le genou ou l'étrier. Des affiliés portent un drap, sur lequel les pièces de monnaie tombent des maisons ; d'autres ont mission de recueillir les grands cierges de cire brune, destinés à être déposés dans la kouba des marabouts, quelques-uns portent, sur des châssis de bois, les haïtis envoyés en offrande pour décorer le tombeau du saint. Derrière les quêteurs suit le gros des Aïssaouas, qui font halte de temps à autre, en exécutant leurs contorsions et leurs jongleries : au premier rang, les gens farouches de la taïfa, ceux que l'initiation a décorés de noms d'animaux et qui se livrent à tous les débordements de leur emploi. Il est répugnant de les voir dévorer un mouton cru, qui leur est jeté, à peine égorgé, d'une maison voi sine : les voici qui se ruent sur la bête pantelante, déchirent violem-ment la peau, en arrachent les entrailles et cette meute humaine se partage les lambeaux de viande, sous les coups de bâton du moquaddem.
Ces forcenés précèdent l'arrivée des fokra, qui forment une ronde, en hurlant et en dansant ; leurs musiciens les accompagnent, pour les exciter au bruit de leurs instruments grossiers ; un autre affilié porte un brasier, sur lequel brûle du benjoin ; et ça et là, un groupe de femmes Aïssaouas, qui s'agitent, échevelées et lamentables.



- Les Aïssaouas de Meknès  -  L'arrivée des pèlerins.


UN FAMEUX MOUSSEM PENDANT LA GUERRE DU RIFF
C'était le 1er Octobre 1925, en pleine campagne du Riff. Un radio-télégramme lancé par le Général Primo de Rivera à bord du cuirassé Alphonse XIII, annonçait qu'Adjir était en flammes. Nos troupes luttaient pied à pied au nord de Kiffane. La situation était délicate ; car on savait qu'un grand nombre d'agitateurs parcouraient le Maroc, excitant le fanatisme des indigènes à la veille du Mouloud. Et l'on annonçait, de tous les points du Maroc, que le nombre des pèlerins se dirigeant sur Meknès était cette année plus important qu'il ne l'avait jamais eté.
Allait-on interdire le pèlerinage, la réunion en pleine guerre d'un bas peuple fanatique que l'exercice de leurs pratiques allait exciter au paroxysme.
Le Maréchal Lyautey donna ordre qu'aucune entrave ne soit apportée à la fête, afin que les adeptes de Sidi ben Aïssa, viendraient-ils du Riff en droite ligne, puissent exercer librement leur coutume. Et voici ce que, à la fin de cette mémorable journée, j'ai inscrit sur mon carnet de notes :

CENT MILLE PÈLERINS A MEKNÈS UN SPECTACLE UNIQUE AU MONDE
Meknès, 1er octobre 1925. — Depuis plusieurs jours en flots ininterrompus, de tous les coins du Maroc, et semble-t-il, de toute l'Afrique du Nord, les fidèles, adeptes de Sidi ben Aïssa sont arrivés à Meknès. Les uns en chemin de fer, d'autres en autos-cars de toutes les agences du Maroc, mais la plupart à pied, hommes, femmes, enfants, portant chacun un ballot sur la tête ; ils sont arrivés en colonnes compactes. Ici une vieille portant une longue natte roulée, là, une demi-vieille avec une « mida » pieds en l'air pour servir de berceau à un nouveau-né, car elle en porte un autre attaché sur le dos. Voilà des Chleuhs traînant des sacs de grains et poussant devant eux un beau mouton frisé. Ils ne chantent, ni ne crient, ni ne parlent. Ils en sont incapables. Ils viennent de faire a pied peut-être trente, peut-être cinquante, peut-être cent kilomètres ou bien davantage encore.
Mais voici d'autres colonnes, celles-là déjà en tenue de fête. Drapeau en tête, précédés et suivis de tambourins, ascètes du désert et du bled, hommes et femmes à la figure hâve et noire, au corps zébré de blessures, furieux des voluptés de la douleur, leurs vêtements blancs tout maculés de sang, les femmes, visage découvert, cheveux épars portant dans leurs bras d'immondes entrailles, puant le mouton et la sueur, ils s'avancent en rangs serrés. Devant eux, un homme à l'encolure puissante, vraie figure de bourreau. Sur son ordre le mouvement de la musique s'accentue et alors de ces poitrines d'inspirés sort par trois fois un rugissement de fauve qui évoque les sombres terreurs des déserts africains. Serrés les uns contre les autres, ils s'entraînent dans une danse bizarre, aux mouvements rythmiques, tantôt se penchant à terre, tantôt se relevant. Avec surprise, nous voyons au milieu d'eux, des jeunes garçons, des enfants même, unis à cette chaîne infernale dont les secousses vont toujours grandissant.

LA TACTIQUE DU MARÉCHAL
!! y a aujourd'hui à Meknès sûrement cent mille indigènes. C'est hier soir à 2 heures que la fêle a commence. Cette année, en pleine guerre avec les Riffains, les autorités françaises, conformément aux ordres de Lyau-tey, ont décidé d'associer la population européenne aux réjouissances populaires qu'elles ont elles-mêmes organisées. Il y eut d'abord retraite aux flambeaux avec musique militaire du 2e Etranger. Nous l'avons suivie jusqu'aux abords du tombeau de Ben Aissa, à travers un océan humain d'indigènes de toutes tribus, où celles du Sud se mêlent indistinctement à celles du Nord ou d'ailleurs. A la lueur des feux de Bengale, rouges ou verts, nous cherchons, sur les visages qui nous entourent et nous regardent, à lire un sentiment. Des milliers d'yeux noirs brillent des deux cotés de la route. Ils dénotent le doute d'abord, mêlé de surprise. Mais bientôt des you-you déchirent l'atmosphère très lourde de cette nuit de fin d'été qu'éclaire la pleine lune. Alors nous sentons que les glaces sont rompues. La vague se meut, se heurte ; elle a un frisson de joie, de plaisir, de contentement. Ces hommes, ces femmes, tous ces enfants, petits et grands, battent des mains ou se bousculent pour voir de plus près. Nous entendons, dé-ci, dé-là des « meziane » qui valent tous les longs discours.
La retraite passe, puis repasse. Elle se dirige maintenant vers le Jardin Public d'El Maboul. Là il y aura une grande kermesse franco-arabe, organisée sous les auspices de la Municipalité, avec le concours des notabilités indigènes. Deux moteurs électrogènes ronflent et alimentent en lumière des centaines et des centaines de lampes multicolores dont les guirlandes .../...


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:29

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- Meknès Type d'Aïssaouas Hamatche.


…/… font ressembler le tout à quelque moderne Jardin des Hespérides. A l'ordinaire, le Jardin de Meknès, sous la chaude couleur africaine, mollement caressé par la fraîcheur du ruisseau qui le baigne est pour l'idylle et l'églogue un cadre pastoral aussi émouvant que les gorges de Cylène ou les pentes du Ménale. Tel paysage où le peuplier se mêle à un horizon floral, évoque des réminiscences si classiques, que le promeneur solitaire ne serait nullement surpris de voir surgir le dernier Centaure, appuyé au tronc de l'arbre sacré pour poursuivre à la double rumeur du zéphyr qui passe ou des... autobus qui ronronnent sur la route, là-haut, son rêve à la fois bestial et divin. Car au seuil du Jardin où le raisin el le citron se balancent au-dessus des aloès sauvages ou des myoporum rectifiés au ciseau, la ville étincelle telle une constellation, comme le Dragon de la fable, gardien vigilant des pommes d'or.
Là, dans ce cadre, ce soir, une fête immense bat son plein. De toutes parts arrivent des sons de musique et l'on se demande de quel côté tout d'abord, il faut diriger ses pas. Au kiosque central, il y a la musique du 2e étranger. Là, à gauche, autre musique militaire, au Guignol Lyonnais, appartenant à la Municipalité de Meknès, Cherkaoui, un demi-fonctionnaire à ses heures, car il est surtout marchand de tapis, y fait tourner les marionnettes : un caïd, un chleuh, une fathma, que sais-je encore tandis que battent des mains et que crient de joie des centaines d'auditeurs arabes, auxquels se sont mêlés, côte à côte des Français, des Françaises ! Plus loin le nouveau théâtre de verdure pour 4000 spectateurs assis. Ce théâtre donne ce soir asile aux amateurs de cinéma. Devant l'écran, des musiciens arabes, venus spécialement de Fès, jouent et chantent, à tue-tête, sans s'interrompre, des mélopées, langoureuses que les femmes voilées, assises sur le pourtour, semblent goûter avec une joie religieuse.
Mais il y a aussi le café maure où l'on gratte de vieux violons, des baraques foraines, des jeux, des tombolas, des surprises. Voici des jeux de massacre, couleur bleu municipal, le bleu-chaouch, avec des figurines aux mines ineffables peintes par un artiste, M. Muratti, aujourd'hui chef des Services municipaux de Taza. On sent partout une main de... Maître. L'ordre est parfait. Les uns dansent, d'autres tirent à la carabine. M. Durand, le nouveau commissaire de police ayant donné une place à chaque homme et mis chaque homme à sa place, n'a plus besoin, à aucun instant, d'intervenir. Cette fête nocturne, dans un entrain des plus frénétiques, où des milliers d'Arabes et des centaines de Français se réjouissent ensemble, s'est terminée, sans le moindre incident, à une heure très proche de la levée du jour du Grand Mouloud.
Dès le matin, il est impossible de circuler dans la ville indigène. Voitures et autobus ont interrompu  le service.
SOUS LA TENTE OFFICIELLE
Sur la route de Bab Mellah, séparée de tout le monde civilisé par un océan d'Aïssaouas hurlants et gesticulants, dont les uns sont armés de ba tons, d'autres de haches ou de torches fumantes, une simple toile de tente se trouve dressée, sous laquelle le Pacha de Meknès fait servir le thé à quelques fonctionnaires de la ville et à leurs femmes : il y a là M. Collieaux, adjoint au Général, lequel est, lui-même, au front de combat ; il y a M. Hamalgrand, Contrôleur de Meknès-banlieue ; M. René Maître, Chef des services municipaux, et une douzaine d'invités.
Trois ou quatre chaouchs sont la seule garde  de ce frêle marabout.
LYAUTEY AVAIT BIEN RAISON
Pour accéder à la tribune on a mis à notre disposition une puissante « Hotchkiss ». Nous sommes en compagnie de journalistes et d'écrivains du monde entier, venus en reporter pour les campagnes du Riff; même l'Amérique est représentée par Mme Campbell, une savante ethnographe ; l'Angleterre par M. Rathwell Wilson, le délicat écrivain.
Nous arrivons péniblement à la Place El Hedine ; obligés de descendre, nous nous frayons difficilement un passage à travers la foule vers la tente officielle où sont toutes les autorités locales, les attachés militaires étrangers, les touristes étrangers, les délégués résidentiels.
Nous sommes entourés par des dizaines de mille d'illuminés fanatiques ruisselant du sang des animaux égorgés.
Sous un soleil d'or et de feu, sous le ciel bleu, aux sons d'une musique enragée, les cris des Aïssaouas semblent être des cris de guerre. Le moment est pathétique. Le flux rugit, s'ébranle. Eperdus, hystériques» affolés, la tête lancée en avant, la bouche rugissante d'une volupté féroce, une sueur froide coulant le long de leurs membres, la poitrine montant et descendant comme torturée par un feu intérieur, femmes et hommes défilent. Enfin ils s'arrêtent, tombant ivres de torpeur et de folie. Le spectacle est unique au monde.
Nous sommes là une heure, deux heures, quatre heures. Les groupes arrivent, saluent la tente, continuent jusqu'au tombeau d'Aïssaoua. Cette mer humaine est facilement maniable sans le moindre incident.
Les   étrangers   sont   émerveillés   de   l'ordre   qui   règne.
Une Américaine dit : « Lyautey est le premier colonisateur du monde. »
L'Américaine avait raison. Le Maroc pacifié est, définitivement, un Maroc pacifique.
Th. de CHABOT


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:31

page 43


- Région de Bekrit : Les bords de l'Aguelmane Messaoud.
- Région de Bekrit : Les cascaJes au Senoual à  Taghiart.

La région d'AIN-LEUH


La Région d'Ain-Leuh est la zone d'habitat de cinq tribus berbères ; Ait Abdi, branche de la confédération des Béni M'Guild. C'est un pays très varié, bande de terrain d'environ 80 kilomètres de longueur suur 35 de large en moyenne, comportant une partie montagneuse et une partie de plaine.
La montagne, c'est le Djebel Hayane, Békrit, le Sidi M'Guild. La plaine ou Azaghar est comprise approximativement contre le Tigrigra (Oued Beth) et l'Oued Ifrane, les débordant toutefois vers le Nord et I'Ouest. Au centre, le versant formant limite entre la montagne et la plaine prend le nom de « dir », c'est l'axe économique où se trouve Ain-Leuh, chef-lieu des Ait Abdi.
Ce pays est donc remarquable par sa diversité. La partie montagneuse, comme tout le Moyen-Atlas, est formée surtout de calcaires jurassiques et crétacés percés parfois d'anciens volcans tertiaires qui ont inondé les environs par leurs coulées de laves.
L'altitude moyenne de 2000 mètres lui donne un climat doux l'été (plus 31.) et rigoureux l'hiver (moins 18.). L'exposition aux vents d'Ouest provoque des précipitations atmosphériques abondantes (environ un mètre d'eau par an). L'hiver, la neige recouvre tout le pays sous des épaisseurs dépassant souvent le mètre. L'eau donc sourd de tous côtés, la végétation est luxuriante.
Immenses  forêts  de  cèdres  et  de  chênes  verts, gras pâturages  et  dans les bas-fonds, cultures irriguées non négligeables,  blé, orge, maïs, surtout. L'érosion   enfin   a   découpé,   raviné   profondément   le   pays,   lui   donnant le   pittoresque   grandiose   de  nos   Alpes.
La partie basse de la région d'Ain-Leuh est par contre totalement différente. Formée de schistes, entre lesquels la lave volcanique s'est largement étalée, elle a l'aspect sombre des terrains primaires.
D'une altitude moyenne de 1100 mètres, ses hivers sont relativement doux, la neige rare, mais les étés torrides. L'imperméabilité du sol fait ressortir l'eau de toute part, et le manque de pente empêche l'écoulement de celle-ci, qui stagne et rend le pays malsain. C'est une zone caillouteuse permettant néanmoins de bonnes récoltes de céréales, surtout sur les parties de décomposition volcanique, offrant de bons herbages d'hiver et de printemps, mais infectée l'été d'un paludisme mortel.
Entre la montagne et la plaine, le « dir » semble avoir évité les inconvénients des deux et en avoir pris les avantages. Région calcaire, verdoyante, à l'eau abondante, fraîche et claire, au climat tempéré, elle possède le charme du pittoresque. C'est le coin des sédentaires, des jardins, des arbres fruitiers, axe économique du pays. A égale distance de la montagne et de l'Azaghar, zone de passage obligé, c'est là que se concentre tout le commerce, assez actif, car les ressources sont variées ; les bois de la forêt, les céréales de l'Azaghar, blé et surtout orge, maïs ; les animaux de boucherie, ovins, bovins, la laine, les peaux.
Bref, surtout des matières premières. L'industrie indigène, madriers, charbon, objets de laine tissée (tapis) est encore peu importante. Cela est dû au caractère des habitants. Les Ait Abdi ont toujours été parmi les plus guerriers des berbères. Lors de leur soumission, nous les avons trouvés affamés, méfiants et décimés par des luttes continuelles.
(Soumission des tribus de Békrit :  1922-1924).


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:32

page 44


-Région de Bekrit — Dans le Djebel Saa
- Région d'Aïn Leuh —  Une partie du village.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:33

page 45


- Région de Bekrit - Les cèdres sous  la  neige.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:34

Page 46


- Région  de Bekrit — Les  gorges  du  Senoual.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:36

page 47


- Région de Bekrit — La  chute  de  l'Amengous à  Taghiart.
- Région  d'Aïn  Leuh — La Vallée  d'Ifrane.


La paix étant revenue, chacun s'étant mis au travail, l'amélioration Mt certaine et se traduit tous les ans par une augmentation notable des têtes de bétail, des surfaces ensemencées, par la construction de nombreuses casbahs.
Mais les Aït Abdi sont entravés dans leurs efforts par deux choses : 1 insécurité d'abord, le paludisme ensuite.
Cent cinquante de leurs familles sont encore insoumises et obstinément butées, se sont réfugiées dans le :grand Atlas. Ce sont les guerriers qui servent de guides aux petits groupes de rôdeurs qui infectent le pays, acharnés à faire le mal. Cela nous oblige à une surveillance constante et à un service de sécurité important.
Le paludisme par ailleurs fait des ravages considérables ; les décès chaque année sont très nombreux, surtout que les cultures retiennent de plus en plus les Ait Abdi en plaine où ils sont contaminés.
Le gros effort actuel c'est la lutte contre ces deux entraves à l'expansion du pays. Elles empêchent le colon français de venir, sa présence y est pourtant nécessaire, car lui seul mettra en valeur le pays et permettra d'exploiter notre conquête.
La région en vaut en effet la peine. Déjà pourtant l'exploitation fores-tière a été commencée au-dessus d'Ain-Leuh ; des milliers de traverses de chêne, des milliers de madriers de cèdre, des tonnes de charbon de bois ont été et sont encore fabriqués par nos vaillants pionniers, malgré le» empêchements causés par l'insécurité. En plaine, vers l’Adarouch des lots de colonisation et d'élevage ont été constitués.
Enfin, si le sous-sol ne semble jusqu'à présent permettre de grands espoirs, il faut prévoir par contre le développement du tourisme dans la région, toutes les conditions y sont favorables, climat, site, chasse, pêche, excursion, facilité des communications avec l'arrière.
Souhaitons donc que les progrès de notre œuvre pacificatrice amène bientôt la sécurité et que les efforts de notre service de santé triomphe du paludisme, pour qu'enfin la région d'Ain-Leuh prenne librement son essor.
Capitaine  AYARD Commandant  le  Cercle  d'Ain-Leuh.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:38

page 48


- L'Ecole au futur centre d'Hadj Kaddour.
- Quelques-uns des  bambins qui,  dès l'ouverture, la fréquentèrent.
- Vue d'ensemble des bâtiments d'exploitation de la ferme Aucouturier aux Ait Harzalla.

La Région Agricole d'Hadj Kaddour : M'Jat - Ait Harzalla - Regraga et Ait Namane


- En écrivant ces quelques lignes, ma pensée reconnaissante va tout d'abord à ceux qui furent les créateurs de ces premiers lotissements de colonisation de la Région de Meknès, à ces pionniers qui ont eu foi dans sa prospérité et que l'on ne saurait trop remercier et au premier plan desquels je placerai le Général Poyemirau, notre très regretté Commandant de Région et mon ami Berthaut, Inspecteur de l'Agriculture.
Le premier est mort, tant des suites de ses blessures que de la fatigue due à la tâche énorme qui lui incombait, le second, fut aimé et estimé de tous les colons de notre région qu'il conseillait et guidait comme un père.
La crise actuelle montre, d'ailleurs, que Berthaut avait vu juste et qu'une colonisation naissante a. besoin pour vivre et prospérer d'une superficie suffisante, de crédits judicieusement affectés, de directives et de conseils heureux et enfin d'une aide administrative constante, à seule fin de lui éviter autant que faire se pouvait, les difficultés inhérentes à la période de début et celles, beaucoup plus graves encore, découlant de crise économique mondiale, crise dont la répercussion se fait bien davantage sencir dans notre jeune pays de Protectorat.
Les difficultés du début furent énormes, dans un pays pas encore organisé où il manquait tout, routes, chemins de fer, commerçants en céréales comme en machines agricoles, crédit, etc... Il fallait faire face à toutes les difficultés avec les ressources de sa volonté et de son porte-monnaie. Voilà les caractéristiques de ces installations premières.
Vous aviez besoin de charrues, de tôles, de tuiles, de matériaux de construction, où les prendre ? Pour vendre ses céréales, mêmes difficultés, pas d'acheteurs, d'innommables pistes indigènes servaient au transport par charrettes faute de camion, un chemin de fer militaire à voie de 0 m. 60 suffisait à peine au trafic militaire, pas de poste, des travailleurs indigènes hésitants à venir à vous.
La volonté de réussir, le travail acharné, l'organisation rationnelle et méthodique, l'esprit de camaraderie, de cordialité et de mutualité qui anime tous nos colons, voilà ce qui fit de ce vaste plateau, hier encore inculte, une des régions les plus belles à voir et des plus riches du Maroc.
La colonisation dans notre Centre agricole fut constituée par plusieurs périmètres, se soudant entre eux et composés de colonisation officielle et privée, groupant ensemble une superficie de plus de quatorze mille hectares. Dans ce centre plus de 60 fermes sont coquettement construites, équipées à la moderne, entièrement défrichées, entourée de jardins et de plantations arbustives, cultivées, en grande partie, par motoculture. Plus de 100 familles européennes de propriétaires ou de gérants vivent sur ces domaines et sont en général des familles nombreuses dont les besoins de toutes sortes nécessiteraient la création d'un village d'artisans placé au centre de cette très importante agglomération de fermes. Une timide, bien timide, réalisation dans cet ordre d'idées : une école est construite depuis cette année, fréquentée déjà par une vingtaine d'élèves européens et dirigée avec zèle par M. Canoni, instituteur ; le nombre des élèves ira en augmentant lorsque les améliorations prévues, telle que la cantine scolaire, seront réalisées. Une poste, installée dans une baraque en bois, dessert avec deux moghazeni la région ; un téléphone automatique, installé à la Maison du Colon et qui relie une dizaine de fermes au Central de Meknès. Voilà l'acquit. Quant aux artisans, rien. La Direction de l'Agriculture a cependant à sa disposition les terrains nécessaires, ce serait donc une réalisation facile et rapide qu'un simple geste suffirait à déclencher.


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MessageSujet: Foire de Meknès   Jeu 17 Mai - 7:39

page 49


- Ferme Faurite aux Ail Harzalla. A droite une des juments poulinières de l'exploitation ; à gauche vue partielle des constructions.[/center]
- Les bâtiments d'exploitation en voie d'achèvement à la ferme Petitpas à Hadj Kaddour.
- Ferme  Regnault aux Aït Harzalla.
- Ferme Cassiot aux M'Jat.


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