Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934

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Paul CASIMIR




MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 17:35

page 258



Fig. 177 - Tapis des Ouled Bou Seba
(Maroc)
(Dessin exécuté d'après une gravure de "Corpus" des tapis marocains.)


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 17:39

page 259



Fig. 178 - Tapis des Ouled Bou Seba
(Maroc, Musée de Rabat)
Dessin exécuté d'après une gravure du "Corpus" des tapis marocains.



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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 17:44

page 260

de la lumière et à l'épreuve de l'eau. En outre, il y a dans les teintes obtenues quelque chose de bru­tal, de vulgaire, une sécheresse désagréable dans les contours.



Fig.179. — Motif de tapis berbère algérien.

On peut affirmer que l'emploi de ces produits chimiques a contribué à jeter le discrédit sur la réputa­tion des tapis marocains qui, étant tissés de laines moins fines et moins soyeuses, ne peuvent évidemment lutter sur les marchés mondiaux avec les tapis d'Orient.

Je crois qu'au double point de vue industriel et artistique, les tapis de Rabat, qui ne sont en somme


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 17:51

page 261

qu'une imitation des types d'Asie Mineure, ne pré­sentent pas l'intérêt des tapis berbères, et j'estime que ce sont ces derniers dont on doit encourager et déve­lopper la production.

Les tapis berbères algériens ont beaucoup d'ana­logie avec ceux du Maroc. Il faut signaler particuliè­rement ceux du Djebel Amour et ceux de la région de Sétif. Comme pour les types marocains, le décor se compose de motifs géométriques rectilignes très simples, bandes transversales et parallèles séparées par des treillis de grands losanges ou compositions formées de carrés, de chevrons ou de rectangles. Très rarement, intervient une stylisation de figures ou d'animaux. Nous donnons cependant, ici, un croquis d'un motif très original de tapis berbère algérien à tissage ras, représentant une curieuse silhouette de chameau (fig. 179, page 260).

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BIBLIOGRAPHIE DU X° CHAPITRE


Bode (W.). — Anciens tapis d'Orient.

Gerspach. — Les tapisseries Coptes, Paris, Quantin.

Hennezel (H. d'). — Le Musée historique des tissus de la Chambre de Commerce de Lyon. Lyon.

Neugebauer (R.). — Handbuch der Orientalischen Teppi-chkunde.

Ripley (mary). — Oriental Rug Book. New-York, Edition Stokes.

Ricard (P.) — « Corpus » des tapis Marocains. Paris, Geuthner, 1923-1926.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Mar - 7:49

page 262, page blanche,
page 263


CHAPITRE XI


L'Orfèvrerie et la Bijouterie.



LE DÉCOR DU CUIVRE, DE L'OR ET DE L'ARGENT

L'ORFÈVRERIE, LA DAMASQUINERIE ET LA BIJOUTERIE

Le mystère qui a toujours enveloppé la vie privée dans la civilisation musulmane rend assez difficile l'exposé d'une monographie exacte et complète de la parure féminine et des bijoux.

En effet, si les historiens arabes ont maintes fois décrit la magnificence des objets d'orfèvrerie de leur époque, tels que coffrets d'ivoire et d'argent ciselé, lustres d'or, plats d'émail et d'or, miroirs enrichis de pierres précieuses, par contre, ils se sont abstenus de parler des joyaux qui certainement devaient parer, dans leurs somptueux palais, les femmes des Sultans.

Nous ne pourrons donc étudier que les bijoux d'une époque relativement moderne, qui, vraisemblablement du reste, étaient inspirés de modèles anciens et traditionnels.

Il n'en est pas de même pour l'art de l'orfèvrerie, dont il existe encore quelques spécimens des anciennes époques.

Ce ne sont évidemment que de petites choses si on


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Mar - 7:58

page 264

évoque les merveilles dont parle l'historien arabe Makrizî dans ses descriptions sur le Trésor des Fatimides, au Caire, où se trouvaient des milliers d'objets précieux, en or et en argent, rehaussés de pierreries.

Mais les pièces rares qui subsistent nous donnent, cependant, une idée du luxe extraordinaire de ces périodes lointaines. Il y a d'abord des coffrets en ivoire et argent ciselé, parmi lesquels il faut signaler tout particulièrement celui, en argent niellé, qui fait partie du Trésor de l'église Saint-Marc, à Venise. M. Migeon suppose que cette pièce magnifique ne peut provenir que d'un atelier de Perse ou de Mésopotamie, et date­rait du XII° siècle. Il est certain que son décor de per­sonnages et d'animaux et l'élégance de ses bordures en arabesques florales, évoquent bien le style des belles époques de l'art oriental persan.

D'autres coffrets d'argent nous instruisent sur l'art mauresque de l'orfèvrerie, en Espagne (fig. 180, page 265). Les uns figurent au Musée Archéologique de Madrid, les autres à la cathédrale de Gérone. Le décor de ces belles pièces se compose d'arabesques florales et de bandes d'inscriptions en caractères coufiques. Le Musée Arabe du Caire possède une boîte à Coran ornée de plaques de cuivre ciselé et incrustée d'argent et d'or. Nous pouvons aussi admirer encore de beaux objets damasquinés d'or et d'argent.

L'art de la damasquinerie était très en honneur en Orient musul­man, où il se développa dès le XIII° siècle. Les artistes persans l'appliquaient avec une grande habileté, ainsi que les Egyptiens et les Syriens.

Voici, d'après M. Lavoix, les principes de cette technique si particulière : « La damasquinerie se traitait, chez les Orientaux, de diverses manières. Dans le travail par incrustation, on fixait un fil d'or ou d'argent dans une rainure enlevée sur le métal par


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Mar - 8:02

page 265

le burin et un peu plus large au fond qu'à l'entrée. Tantôt, c'était une mince feuille d'or appliquée sur fond d'acier ou de laiton et prise entre deux lignes parallèles dont les rebords, légèrement rabattus, lui faisaient une sorte d'encadrement.



Fïg. 180. — Coffret Hispano-Arabe, plaqué argent niellé
(X° siècle).

Ce placage se trouve dans une grande partie des ouvrages venus de Damas. Tantôt, l'ouvrier, armé d'une lime en forme de mollette d'éperon, conduisait rapidement son outil sur l'objet qu'il avait à ornementer, et le fil d'argent s'appliquait au marteau sur toutes les parties du métal ainsi préparées pour le gripper et le retenir. Les ouvriers du Caire emploient encore aujourd'hui ce procédé de travail qui s'exécute avec une habileté


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Mar - 8:07

page 266

merveilleuse. Cette façon de damasquiner appartient particulièrement aux artistes de la Perse (1). »

II subsiste encore de beaux spécimens d'objets de cuivre et d'argent damasquinés dans les grands musées européens, et au Musée Arabe du Caire.
C'est ainsi qu'on peut admirer, au Musée du Louvre, une aiguière fabriquée à Damas au XIII° siècle, très intéressante par l'inscription gravée sur le col ; puis, œuvre rare de l'art persan au XIV° siècle, une sorte de coffre octogonal dont le couvercle affecte la forme bulbeuse d'une coupole de mosquée. On y retrouve, dans les bandes d'inscriptions bordées d'arabesques florales et dans les scènes de personnages qui le décorent, toute la préciosité d'ornementation des belles époques persanes.

Le Musée Arabe du Caire possède quelques-unes des pièces les plus magnifiques de l'art musulman en Egypte, aux XIII° et XIV° siècles. Parmi les plus célè­bres, il faut citer la table hexagonale datée du règne du Sultan Kalaoun, admirable spécimen de l'art du cuivre damasquiné, dont le dessus est orné d'une rosace centrale formée d'inscriptions coufiques enca­drées d'une double bordure également composée d'ins­criptions rehaussées de fleurons aux enroulements gracieux. Les panneaux latéraux sont décorés de rosaces et de médaillons sur fond d'arabesques flo­rales d'une extrême finesse.

Nous disions plus haut que les artistes persans pro­duisirent des chefs-d'œuvre dans l'art de la damasquinerie et du cuivre incrusté et en relief. Mais ces industries furent particulièrement florissantes en Turquie d'Asie. La ville de Mossoul fut, au XIII° siècle, un des centres de production les plus importants.


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(1) LAVOIX : Les Azziministes.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Mar - 8:11

page 267

Dans ses ateliers furent fabriqués ces aiguières déli­catement gravées, ces plateaux, ces bassins et ces vases décorés de merveilleuses arabesques encadrant des compositions animées dont le caractère exerça son influence jusqu'en Syrie et en Egypte.



Fig. 181. — Aiguière Persane (XII° siècle). Musée du Louvre.

Au point de vue technique, trois éléments principaux sont à retenir : le travail de gravure, les incrustations et le décor en relief.
Parmi les pièces très rares de cette région, qui sont parvenues jusqu'à nous, nous devons signaler, au British Muséum de Londres, une belle aiguière enrichie


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Mar - 8:16

page 268

d'incrustations d'argent, dont la décoration très originale se compose de frises superposées d'inscrip­tions et de médaillons ornés de scènes de personnages et d'animaux se détachant sur un fond d'entrelacs en forme de méandres du plus surprenant effet. Le Musée du Louvre possède aussi une charmante petite aiguière dont le bec en forme de lampe antique est extrême­ment original. Elle est datée du XII° siècle (fig. 181, page précédente). Dans notre musée national figure également, mais d'une autre origine, le superbe vase de cuivre incrusté d'argent, appelé Barberini, un des plus beaux spé­cimens du style musulman d'Egypte, orné de plusieurs frises d'inscriptions d'une écriture très élégante, séparée à la partie supérieure de la panse par des entrelacs fleuris sur lesquels se découpent des médail­lons à groupes de personnages et d'animaux.

Il faut encore signaler la grande aiguière qui figure au Musée des Arts décoratifs de Paris. Elle fut exé­cutée au Caire, vers la fin du XIII° siècle, par un artiste originaire de Mossoul. La partie supérieure de la panse est ornée d'une frise d'inscriptions à la louange du Sultan El Malik el Mouzzaffar, de la dynastie Rassoulide du Yemen. Sur la partie inférieure sont gra­vées des bandes d'entrelacs enrichis de médaillons fleuris.

Nous voudrions pouvoir réserver une étude aux divers aspects clés plateaux, des bassins et des chan­deliers de cuivre incrusté et ciselé qui sont si caracté­ristiques dans l'histoire des arts industriels musul­mans. Mais la place nous manque dans ce court manuel, et nous devons nous borner à indiquer quel­ques-uns des plus beaux spécimens anciens.
C'est d'abord le magnifique flambeau de bronze damasquiné d'or et d'argent, datant du XIII° siècle, qui appartient au Musée du Caire (fig. 182, page 269).

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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Mar - 8:20

page 269

La base est décorée d'arabesques et d'inscriptions au milieu desquelles on distingue des oiseaux, probablement des canards. Puis c'est le chandelier à décor polygonal incrusté d'argent, remarquable échantillon de l'art



Fig. 182. — Flambeau provenant du mobilier du Sultan Kalaoun. Musée du  Caire.

égyptien musulman du XV° siècle, conservé à Coiistantinople, au Trésor des Sultans. De la même époque, au British Muséum, le plateau ayant appartenu au Sultan Mamlouk Faradj, dont le fond est un somp­tueux réseau de méandres sur lesquels se détachent des médaillons, les uns en forme de simples cercles,


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Mar - 8:32

page 270

les autres polylobés. C'est encore, à la Bibliothèque de Munich, le très beau plateau signalé par M. Max Von Berchem et par M. Migeon. Il porte les noms du Sultan Loulou de Mossoul et de la princesse Khawanra. « Un médaillon central est décoré de grif­fons ailés et, partant du centre, deux zones circu­laires de sujets divers, en médaillons, cavaliers en chasse, planètes, personnages assis buvant, d'autres luttant, séparés l'un de l'autre par une admirable zone d'entrelacs (1). »

C'est, enfin, au Musée du Louvre, une pièce rare de l'époque Rassoulide du Yemen, remarquable surtout par ses inscriptions rayonnantes et par sa rosace cen­trale décorée d'un bel entrelacs curviligne rehaussé de petites rosettes et de motifs fleuris.

Bien inférieurs, apparaissent, auprès des magni­fiques pièces de ces grandes époques, les objets de cuivre de l'Afrique du Nord. L'industrie du cuivre gravé fut pourtant et est encore restée très importante en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Mais on ne trouve pas de morceaux vraiment remarquables. L'exécution manque, en général, de finesse, et les artisans, se limi­tant à l'emploi du cuivre, n'ont pas su rehausser le décor par des incrustations de métaux plus précieux.

Au Maroc, nous n'avons rien vu qui nous ait enchanté. C'est seulement par la forme que les objets de cuivre et de bronze de ce pays peuvent nous inté­resser, mais on connaît peu de spécimens vraiment anciens, sauf de beaux lustres qui ornent encore les Mosquées de Karaouyne et d'Attarine à Fez, et surtout celui de la Mosquée de Taza.

Ces pièces, de dimensions imposantes, datent du XIII° siècle. Leur forme, qui évoque, par leurs principes


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(1)  Migeon : Manuel d'Art Musulman, op. cit.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Mar - 8:42

page 271

géométriques, les anciennes lampes des mos­quées du Caire, est celle de pyramides tronquées, construites en feuilles de bronze découpées et ajourées.

II faut encore signaler les curieux types de mesures appelés « Moudd » qui servaient à la cérémonie de l'aumône du grain, au cours de la fête de l'aïd el fitr (1). Le plus ancien que l'on ait retrouvé date du XIV° siècle et porte, à sa partie supérieure, une inscrip­tion au nom du Sultan Mérinide Abou l'Hassan. Il est de forme cylindrique et décoré de motifs gravés figu­rant de petites arcatures encadrant des inscriptions.

Quant à la multitude des autres objets marocains en cuivre jaune ou rouge, ils ne valent, je le répète, que par certaines formes ou silhouettes. Les plus curieux sont, sans doute, certains réchauds à trépieds sur lesquels on place la théière ou la bouilloire. Le Musée de Rabat en possède quelques modèles inté­ressants. Il y a aussi des brûle-parfums en cuivre ornés de motifs d'arabesques découpées à jour : des lave-mains, des bassins et les inévitables plateaux à décor géométrique ou floral. Mais, en tout cela, rien de remarquable. Ce ne sont, en résumé, que de pâles réminiscences de pièces orientales.


LES   BIJOUX

Avant d'aborder la description des types les plus caractéristiques de bijoux, il nous paraît intéressant de donner quelques précisions sur les procédés employés pour la fabrication des émaux, qui jouent


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(1) Le moudd nabaoui sert à mesurer le grain que l'on donne aux pauvres à l'occasion de la fête de la rupture du jeûne " aïd el fitr ", appelée en Afrique du Nord " el aïd Sghir ". (Note communiquée par M. L. Brunot.)

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note : on lira avec intérêt, sur ce sujet du "modd nabaoui", le texte d'Alferd BEL décrivant trois modds anciens trouvés début 1900 à Fès , texte reproduit intégralement sur ce site dans la rubrique "Morceaux choisis".
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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Mar - 8:52

page 272

un rôle si important dans la décoration des bijoux arabes et berbères.

C'est naturellement toujours vers la Perse que nous allons chercher les origines.
Les Persans ont adopté le procédé des émaux cloi­sonnés. « Sur une plaque de cuivre servant de fond, on dispose de minces fils d'argent ou d'or décrivant l'esquisse du dessin et divisant sa surface en autant de compartiments qu'elle doit recevoir de couleurs différentes. Dans chacune de ces cloisons, on dispose de l'émail en poudre, amalgamé au moyen d'un peu d'essence, puis on passe la pièce au four, jusqu'à vitrification des émaux » (1).

Comme je l'ai dit tout à l'heure, les spécimens de bijoux anciens sont assez rares. Ceux d'Egypte et de Perse ont presque complètement disparu. M. Migeon signale « deux bijoux trouvés dans les tombeaux du Caucase, et où des animaux affrontés rappellent par le style les motifs des tissus ».

L'Espagne a conservé quelques types de bijoux des derniers temps de la domination mauresque. Assez intéressants sont un bracelet, des fragments de colliers et des boucles d'oreilles, possédés par le Musée Archéo­logique de Madrid.
Ils sont en or, couverts d'un ornement géométrique et d'un filigrane, Ces bijoux, probablement du XIV° siècle, furent trouvés dans une fouille faite à Audujar (2).

Examinons maintenant les bijoux de l'Afrique du Nord et tout particulièrement les bijoux marocains.
Les plus curieux spécimens de bijoux marocains que nous connaissons ne sont pas d'une époque très ancienne.


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(1) Gayet : L'Art Persan.
(2) Migeon : Manuel d'Art Musulman, op. cit.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 6:59

page 273


Fig. 183 - Diadème berbère, argent niellé (Maroc).
( d'après une aquarelle de l'auteur )
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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 7:09

page 274


Les uns, fabriqués dans les régions septentrionales du Maroc, reflètent, dans leur forme et leur technique, l'influence de l'Algérie et de la Tunisie, et parfois de l'Andalousie. Les autres, provenant du Sud et plus particulièrement du Sous, ont un caractère barbare profondément original.

Ils présentent une analogie singulière avec les bijoux byzantins. Les procédés employés pour leur décoration consistent dans une combinaison de niellages avec des verroteries et des émaux.

Certains diadèmes, composés de plaques d'argent de forme rectangulaire, sur lesquelles, parmi les motifs géométriques des gravures enrichies de cabochons, on distingue souvent des croix, évoquent étrangement l'époque byzantine.

Il est évidemment difficile d'expliquer comment ces influences d'un lointain Orient ont pu pénétrer ces régions sauvages et isolées du Sud Marocain. Quoi qu'il en soit, le caractère de ces bijoux du Sud est très remarquablement différent de celui des autres régions, par la rude simplicité des formes, où les masses carrées ou triangulaires dominent, et par le procédé primitif de gravure niellée employé pour l'ornementation qui donne ces naïves compositions tracées en noir sur de lourdes plaques d'argent.

Les parures les plus surprenantes qui évoquent des scènes merveilleuses des contes des Mille et Une Nuits, sont les diadèmes et les colliers. Les diadèmes, ou plus exactement les bandeaux de front, se composent généralement de trois plaques d'argent rectangulaires reliées entre elles par des charnières et sur une étroite lanière de cuir, qui sert à attacher le joyau sur la tête (fig. 183, page 273).

Ces plaques sont ornées de niellages à motifs géométriques et enrichies de cabochons rouges ou verts


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 7:13

page 275


dont les facettes projettent leurs couleurs vives sur le fond d'argent gravé de noir.

Le demi-cylindre ou l'étroite bande de métal qui recouvre les charnières est décoré d'entrelacs d'argent tressé, dans lesquels s'enchâssent des émaux jaunes,




Fig. 184. - Rhamsa Kabyle (collection Henri d'Allemagne).


bleu turquoise ou verts. A la partie inférieure des plaques pendent des piécettes d'argent ou de petits médaillons d'argent niellé placés sur deux rangs superposés et reliés entre eux par de minuscules chaînettes. D'autres bandeaux de front sont formés de médaillons d'argent niellé ornés de cabochons et d'émaux cousus sur un galon de laine ou de soie.





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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 7:22

page 276

M. Eudel, dans son dictionnaire très documenté sur les bijoux de l'Afrique du Nord, parle d'un certain type de diadème d'or appelé « Hanech », qui serait porté par les femmes marocaines de la campagne. Il se composerait clé sept plaques surmontées de crois­sants ou de haches. A l'un des bouts, un fer de lance;



Fig. 185. — Pendentif berbère (Maroc)
(d'après une aquarelle de l'auteur).
à l'autre, une espèce de tête de mort. Son nom signifie « serpent » ou couleuvre. Je n'ai jamais encore eu l'occasion de voir un bijou semblable, mais le nombre de plaques et son genre de décor le rattachent aux bijoux d'origine algérienne. Il s'est probablement porté dans le Maroc Oriental.

Les colliers de cou et de poitrine sont de formes infiniment variées. Sur de minces fils de couleur sont


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 7:27

page 277

enfilés, sans aucune symétrie et dans un capricieux désordre, des grains d'ambre ou de corail, des agates ou des perles de verre, ou des boules creuses en fili­grane d'argent et même quelquefois des coquillages.

Au milieu de ces assemblages d'un goût soudanais, s'accrochent des plaques d'argent niellé en forme de losanges ou de médaillons dont les gravures sont parfois originales. Dans la région de Meknès, cer­tains médaillons sont d'un caractère très particulier (fig. 186, page 278). Un des pendentifs berbères les plus curieux que nous ayons trouvés consiste en trois plaques d'ar­gent figurant des portes de mosquées ornées de cabo­chons rouges et de nielles avec, suspendus par des anneaux, à la partie inférieure, de petites plaques en losange (fig. 185, page 276). Ces trois plaques remarquables sont fixées au centre d'une assez large tresse de fils d'argent.

Un autre pendentif d'une forme assez rare est éga­lement composé de trois plaques d'argent niellé reliées entre elles par des chaînettes. La plaque cen­trale est ornée, outre trois pierres rouges, d'un motif floral en émaux.
Il faut signaler, parmi les nombreux types de bijoux que portent les femmes marocaines, et en particulier les femmes berbères, les « Khelalat », curieuses agrafes de forme triangulaire qui servent à fixer le Haïk sur la poitrine. Ces agrafes se placent sur le vêtement la pointe en haut, l'une à gauche, l'autre à droite, et sont reliées entre elles par une chaîne (fig. 189, page 281).

Il existe aussi des « Khelalat » en forme de rosaces ajourées, mais d'un style beaucoup moins caracté­ristique, et qui sont du reste d'origine algérienne. Comme on le verra plus loin, ce type porte, en Algérie, le nom de « Bzima ».


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 7:32

page 278

Les " Khelkhâl " sont des anneaux de pied en or ou en argent massif, dont l'usage remonte aux temps les plus anciens. Dans son ouvrage des bijoux de l'Afrique du Nord, M. Eudel en signale les formes très variées et les origines. Les uns sont rivés; d'autres ne sont pas fermés et portent à chaque extrémité un cube à facettes, comme certains bracelets.



Fig. 186. — Médaillon de Meknès (Maroc)
(collection de Mlle de Lens).

D'autres se composent de deux parties réunies par une char­nière. Mais l'anneau de pied le plus typique, qui offre le caractère le plus sauvage, est « l'Akhalkhâl », sorte de jambière d'argent gravé ouverte et de faible épaisseur de métal.

Je signalerai encore les boucles d'oreilles en forme de demi-cercle chargées de longues pendeloques (fig. 187, page 279), les bagues qui, chez les Berbères, sont le plus souvent de simples anneaux d'argent sans chaton ; les tabatières, qui se fabriquent dans la région de Mogador;


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 7:36

page 279

enfin, les « Foulet Khamsa », sorte de pendentifs, plaques d'argent gravé garnies de cabochons de couleur, qui nous conduisent à parler des Talismans.



Fig. 187. — Anneau d'oreilles berbère (Maroc).

Au Maroc, le mot Arabe « Tahlil » désigne les bijoux d'argent qui contiennent des versets du Coran ou des phrases cabalistiques. La forme la plus répan­due consiste en une boîte carrée, gravée, d'une manière assez lourde et profonde, de motifs floraux ou géométriques. Deux anneaux, auxquels on attache


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 7:41

page 280

des cordons de laine ou de soie, servent à porter la boîte en sautoir. D'autres genres de reliquaires, appelés en Arabe « el Haïjab » ont soit une forme carrée et très plate, soit une forme triangulaire et sont ornés de motifs géométriques niellés, noir sur argent, et de pierreries rouges ou vertes (fig. 188).




Fig.   188. - Etui de Coran  (Maroc)
(collection René Maître).
En Algérie, cette sorte de talisman est appelée « Harz ».
Parmi les bijoux algériens les plus typiques, il faut citer l' « Açaba », sorte de diadème assez comparable, par son assemblage de pla­ques à charnières, à ceux du Maroc, dont nous ve­nons de parler. Mais le dé­cor en est très différent. Moins rude et moins sobre, il emprunte le plus sou­vent les motifs floraux à enroulements gracieux.

Il porte le nom d' « Arsa » à Boghari et à Laghouat, et celui de « Djebine » à Constantine et à Biskra.
C'est, paraît-il, un des plus anciens types de bijoux connus en Algérie. Il existe également en Tunisie.

Il y a aussi le diadème kabyle appelé « ta'ssabt ». C'est celui qui ressemble le plus aux diadèmes du Sud Marocain. Il se compose de trois plaques rectangu­laires en argent ornées de motifs géométriques très simples à fond émaillé, et rehaussés de cabochons de corail. Ces plaques sont séparées par trois rangs de chaînettes d'argent. Elles sont surmontées, comme sur certains diadèmes berbères du Maroc, d'agrafes rondes ou losangées, avec cabochons et émaux, et sont pourvues de pendeloques à leur partie inférieure.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 7:44

pabe 281


Fig. 189. - Khelalat. Agrafe berbère (Maroc)
( d'après une aquarelle de l'auteur).


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 7:53

page 282

A Tlemcen, « on donne communément le nom de « Kheit-chaîra » à un collier en or formé d'un cer­tain nombre de pièces estampées, isolées ou réunies entre elles par des charnières. Ces morceaux sont quelquefois incrustés de pierres précieuses. A chacun s'attache une pendeloque. L'ensemble du collier passe dans un fil de métal ou de soie ou quelquefois est cousu sur un ruban. Ce bijou peut être comparé à l'Açaba d'Alger » (1).



Fig. 190. — Pendentif algérien (collection Henri d'Allemagne).



Fig. 191. — Bzima. Agrafe algérienne.
On trouve aussi, en Algérie, certains bijoux du


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(1) Paul Eudel : Dictionnaire des bijoux de l'Afrique du Nord.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mar 11 Mar - 8:02

page 283

même caractère que les « Khelalat » marocaines. Ce sont de grandes épingles de forme triangulaire appe­lées « Bzaïm », qui servent à accrocher le haïk. Eïles sont d'un style moins sauvage et moins pur que celles du Maroc. Il en existe en or, enrichies de pierres pré­cieuses, rosés, rubis ou émeraudes. L'ornementation, découpée à jour, est généralement composée d'ara­besques florales. Les « Bzaïm » (1) se font aussi de forme ronde ou ovale (fig. 191, page 282).

Beaucoup d'autres bijoux algériens seraient à signaler par leur caractère curieux et original. II y a, notamment, la « Sarmah », plaque de métal déli­catement ajourée en forme de tuile ou de cône tron­qué, cousue sur une étoffe, étrange coiffure que les femmes et les petites filles portaient autrefois, mais dont l'usage a aujourd'hui disparu; puis les « chachia », ou calottes ornées de broderies en fils d'or et d'argent, ou enrichies de motifs de perles ; les « Kouafé » de Constantine, sorte de bonnets enru­bannés et brodés de paillettes de perles; les colliers sur rubans d'où pendent des rangées de breloques en or ou en argent. Les motifs décoratifs de ces breloques sont le plus souvent en forme de croissants et d'étoiles. Le plus typique est sans doute le collier, dit « à Pois­sons ». Il se compose généralement d'une plaque cen­trale ciselée ou filigranée, accrochée à un ruban, et de chaque côté de laquelle pendent une ou plusieurs rangées de fines breloques en forme de poissons.

Enfin, il faut signaler ce genre de bijou, très répandu dans toute l'Afrique du Nord. C'est la « Khamsa », pendentif d'argent ou d'or qui représente la main plus ou moins stylisée (fig. 184, page 275).


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(1) Bzima, singulier; Bzaïm, pluriel.


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