Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934

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Paul CASIMIR




MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 18:25

page 232

gazelles et qui sont encadrés d'inscriptions et d'ara­besques. Les motifs se détachent en bleu et or sur un fond ivoirin (fig. 158).



fig. 158, — Vase, dit de l'Alhambra.

Les collections de plats lustrés de Valence mérite­raient d'être étudiées et comparées. Je ne puis ici que signaler les curieuses pièces qui appartiennent au Musée du Louvre, à celui de Madrid et à celui de Sèvres.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 18:45

page 233

On y observe, dans le décor, l'emploi de la figure humaine et des animaux.
Abordons enfin les objets en faïence vernissée du Maroc. C'est à Fez que l'industrie de la céramique s'est le plus développée. On y fabrique encore de



fig. 159. — Vase. Faïence vernissée de Fez.
nombreuses poteries émaillées qui ont généralement conservé les formes anciennes, mais les artisans ont perdu les bonnes traditions techniques pour l'emploi de certaines couleurs ; ils soignent moins le dessin des arabesques qui est moins pur et moins net qu'au­trefois. La qualité des bleus est notamment devenue très grossière.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 18:47

page 234


Voici les principaux types de vases et de poteries de Fez : ce sont d'abord des sortes de bols appelés « Zlafas », les « Khâbya », de  forme allongée et munis d'un couvercle.


Fig. 160 - Vase. Faïence vernissée de Fez.

[
Ce sont aussi les « Jebbâna », de forme basse (fig. 159, page 233) munis d'un couvercle qui est surmonté d'un bouton. Il y a ensuite des jarres à long col, pourvues d'anses dont certaines évoquent, par leur silhouette,


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 18:51

page 235

l'Egypte Antique. Il faut encore citer le type appelé « Bôta » (fig. 160, page 234) qui a la forme d'une carafe (1). Enfin, il y a la multitude des plats creux, dont le



fig. 161. — Plat. Faïence vernissée de Fez.

décor et la qualité de l'émail sont évidemment très inférieurs à ceux des belles pièces de l'art persan et syrien ; mais dont la variété des motifs, tracés généralement


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(1) A. Bel : Les industries de la céramique à Fez.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 18:55

page 236

en bleu et en vert sur un fond blanc, ne manque pas de caractère et d'originalité (fig. 161, page 235 et 162) (1). Ces motifs se composent d'entrelacs géomé­triques et d'ornements floraux, d'un aspect à la fois somptueux et délicat. Le Musée des Oudaïas, à Rabat, en possède une collection remarquable qui fut réunie



Fig. 162. — Plat. Faïence vernissée de Fez.

à Fez par M. Libert, et cédée ensuite par ce dernier au service des Beaux-Arts du Protectorat.

A Meknès, l'Art de la céramique fut aussi très florissant. On y trouve encore des ateliers où l'on fabrique des vases et des plats dans le même style que ceux de


_____


(1) Les fig. 159 à 162 sont des croquis de l'auteur exécutés d'après les documents publiés dans l'ouvrage de M. J. de la Nézière : La Décoration Marocaine.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 19:03

page 237

Fez; mais les colorations employées sont plus variées et comprennent, outre les bleus et les verts, des jaunes et des bruns violacés. Parmi les divers motifs de décor, on remarque l'emploi de palmettes très caractéris­tiques.

A Safi, l'industrie des poteries émaillées, dont les traditions et les procédés s'appauvrissaient à un point que l'on pouvait craindre de les voir bientôt dispa­raître, est maintenant en plein essor, grâce à l'instal­lation dans cette ville d'un technicien de valeur, M. Lamali, ancien élève de 1 Ecole de Sèvres.



Fig. 163. — Poterie Berbère (Maroc).
Ce spécialiste s'attache à apprendre, aux artisans indigènes, à tracer avec plus de netteté les motifs décoratifs traditionnels des vases et des plats; à sim­plifier la forme des anses dont les contours se com­pliquaient d'échancrures fantaisistes; à rechercher les couleurs les plus harmonieuses, notamment la pureté


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 19:07

page 238

des bleus ; à éviter les bavures et, enfin, à donner tous les soins à la qualité et à la finesse de l'émail.

Enfin, avant de terminer ce chapitre, il est juste de dire quelques mots sur les poteries berbères, d'un caractère fruste, d'un décor géométrique très simple, qui évoquent d'une manière saisissante l'art grec des plus anciennes époques, dont nous avons eu la révé­lation à Mycènes et à Knossos.

C'est surtout dans la tribu berbère marocaine des Tsoul que l'on trouve les formes les plus typiques. Ces poteries sont en argile rougeâtre, ornées de dessins noirs (fig. 163, page 237). Les motifs extrêmement rudimentaires se composent soit de bandes de chevrons avec inter­valles quadrillés ou pointillés, soit de losanges ou d'arceaux parfois rehaussés d'appendices. Les plats sont parfois ornés de motifs étoiles ou de rosaces.

En Algérie, certaines poteries kabyles appelées « Akoufis » tiennent leur originalité d'un décor géo­métrique en relief.



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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 19:16

page 239

BIBLIOGRAPHIE DU IX° CHAPITRE



Bel (A.). — Les industries de la céramique à Fez.

Bourgoin. — Précis de l'Art Arabe.
Id. — Les éléments de l'Art Arabe.

Coste (P.). — Les monuments modernes de la Perse.

Fouquet (Docteur). -— Contribution à l'étude de la céra­mique Orientale. Le Caire, 1900.

Marçais (W. et G,). — Les monuments Arabes de Tlemcen.

Nézière (J. de la). — La décoration Marocaine.

Parvillée (L.). — Architecture et décoration turques au XV° siècle. 1874.

Prisse d'Avennes. — La décoration Arabe. Paris, 1880.

Saladin. — Manuel d'Art Musulman. L'Architecture.

Rivière (H.). -— La céramique dans l'art musulman (pré­face de M.-G. Migeon). Paris, A. Lévy, 1913.

Violard. — De la céramique berbère. Alger, Fontana.



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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 19:24

page 240, page blanche
page 241

CHAPITRE X

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Les Tapis.

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L'industrie des tapis a toujours été, en Orient, une des plus importantes, et sa célébrité s'est étendue depuis longtemps dans le monde entier.
Dans le Maghreb, elle a joué également un rôle con­sidérable et nous examinerons tout à l'heure la diver­sité et l'originalité des spécimens marocains.
Il est évident que, de tous les tapis orientaux, ceux de Perse sont de beaucoup les plus remarquables. Ils sont d'une fabrication infiniment plus soignée que ceux des autres régions islamiques. L'emploi de matières premières, d'une rare finesse et d'une qualité particulière, leur donne un aspect soyeux incompa­rable.

Comme pour les enluminures, les peintures et les reliures, de grands artistes persans ont exécuté, aux XV° et XVI° siècles, des compositions admirables, ayant pour thèmes principaux des scènes de chasse et des motifs floraux. Nous en verrons plus loin quelques-uns des plus beaux échantillons.

Si nous remontons d'abord aux belles époques de l'Egypte musulmane, nous constatons l'incertitude qui



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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 19:45

page 242

subsiste sur l'existence dans ce pays de tapis à points noués.



Fig. 164. — Fragment de tissu copte.
M, Gayet, fidèle à son idée de l'origine copte des éléments de l'art arabe en Egypte, signale, dans son ouvrage sur ce sujet, les tapisseries coptes en tissus de soie,


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 19:50

page 243

enrichies de broderies d'or et d'argent. Il parle aussi de tapis magnifiques et des villes où on les fabri­quait, notamment à Behnesseh, située au sud de Fayoum, à faible distance de la rive gauche du Nil. Il est intéressant de retenir de ces renseignements, puisés dans un ouvrage de l'historien arabe Makrizi, que les motifs de ces tapis seraient inspirés des bro­deries de vêtements coptes de la même époque.



Fig, 165. — Fragment de tissu copte.

Or, si nous examinons les planches de la publication de M. Gerspach sur les tapisseries coptes (1), nous y retrouvons, en effet, certains éléments décoratifs uti­lisés plus tard par les Arabes. Nous en donnons ici quelques croquis probants (fig. 164, page 242 et 165 ci-dessus). Ces docu­ments sont la reproduction de broderies datant des


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(1) Gerspach : Les Tapisseries Coptes. Quantin, éditeur.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 19:56

page 244

premiers siècles de notre ère. On y observe, notam­ment, le principe de l'étoile à huit branches si souvent employée dans le décor musulman, et divers motifs identiques à ceux de tapis d'Asie Mineure, que, plus près de nous, on reconnaît aussi dans les tapis du Maroc.

A l'appui de cette thèse sur l'influence de l'art copte dans le décor musulman, il faut citer l'opinion de M. Henri d'Hennezel qui déclare, dans son étude sur le Musée historique des Tissus de Lyon, que les artistes du centre de l'Islam et ceux de l'Espagne moresque, respectant les interdictions d'origine coranique, délais­sèrent la représentation de la figure humaine et s'ins­pirèrent des formules géométriques imaginées par les Coptes. Cette influence est aussi constatée par M. G. Migeon, qui explique, dans ses importants ouvrages, que lorsque l'Egypte devint musulmane, les métiers d'art industriel, et notamment celui du tis­sage, y florissaient déjà sous la direction des Coptes.

Mais toutes ces réflexions fort intéressantes sur l'origine de l'ornementation arabe des tapisseries, ne nous éclairent ni sur l'époque ni sur la région où fut inventée la technique des tapis à « points noués ». Car, si on a pu retrouver, dans les tombeaux égyp­tiens des vêtements coptes des plus anciennes époques, il ne reste malheureusement aucun spécimen des tapis qui ont dû être fabriqués pendant les mêmes périodes.

Parmi les échantillons les plus anciens qui soient parvenus jusqu'à nous, il faut citer le très curieux fragment d'un tapis datant, d'après les experts, du XIV° ou du XV° siècle, et qui appartient au Kunstgewerbe-Museum de Berlin. Il a pour sujet le dragon combattant le phénix. Signalons aussi le très ancien fragment de tapis de soie appartenant à M. G. H. Myers. à Washington, et qui représente des animaux très stylisés:


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 20:00

page 245

et le morceau de tapis à décor d'inscription coufique, qui appartient au Musée Arabe du Caire.



Fig. 166. — Fragment de tapis persan (XVI° siècle).

Cette pièce très rare a été découverte au cours des fouilles de Fostât.

Il est incontestable que c'est en Perse que l'art


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 20:04

page 246

du tapis atteignît son développement le plus brillant, et l'on peut dire qu'aujourd'hui les pièces les plus rares et les plus recherchées par les collectionneurs proviennent presque toujours de cette région, si féconde en œuvres magnifiques.

Comme nous l'avons déjà constaté dans les chapitres précédents, la plus belle époque de l'art persan s'épa­nouit aux XV° et XVI° siècles. C'est de cette période que datent les plus célèbres tapis de Perse qui figurent dans les grands musées et dans les plus riches collec­tions (fig. 166, page 245).

Ils peuvent se diviser en deux catégories : les tapis à sujets de chasse et les tapis à motifs floraux.

Il nous est malheureusement impossible, dans un modeste ouvrage comme le nôtre, de donner ici, par l'image, l'impression réelle de la splendeur de ces pièces rares, dont quelques-unes sont en France, notamment au Musée du Louvre et à celui des Arts décoratifs de Paris. Mais comment traduire, avec de simples traits et sur un format aussi réduit, la sensa­tion du velouté admirable, la merveilleuse harmonie des colorations, et ces infinies délicatesses de teintes qui constituent le charme de ces chefs-d'œuvre ?
La plupart de ces tapis sont tissés de soie, mêlée de fils d'argent ou d'or. D'autres sont en laine, mais cette laine est d'une finesse extrême, d'un brillant soyeux incomparable.

Parmi les plus beaux et les plus célèbres, il faut citer le magnifique tapis représentant une scène de chasse qui fait partie des collections nationales d'Au­triche à Vienne. C'est une composition pleine de vie et de mouvement, où l'on voit des cavaliers chassant à l'arc des sangliers et des antilopes.

D'autres admirables pièces, dans le même style,


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 21:12

page 247

appartiennent au Musée du Louvre et à celui des Arts décoratifs.

Je dois signaler tout particulièrement le petit tapis de soie qui figure au Musée du Louvre et qui repré­sente des combats d'animaux stylisés, sur un fond de fleurs, encadré d une large bordure composée de têtes d'animaux fantastiques. Les motifs se détachent en clair sur un fond central bleu sombre d'un velouté exquis. Le dessin est d'une préciosité et d'une fermeté élégante qui fait penser aux maîtres de la Renaissance Italienne. On y trouve également, dans la stylisation des animaux, des reflets de l'influence chinoise.

Il faut voir aussi, à Paris, à notre Musée des Arts décoratifs, le tapis de laine dans une harmonie jaune et rouge dont le fond est enrichi d'arbres en fleurs et de cyprès, au milieu desquels se poursuivent des ani­maux sauvages. Un splendide médaillon central, d'un ton rouge à la fois somptueux et délicat, est parsemé de fleurs et d'oiseaux. Ce même rouge enrichit la bor­dure également animée d'oiseaux et d'antilopes dans un décor floraL

L'influence chinoise que nous venons d'indiquer se retrouve dans de nombreux tapis persans.
Le Musée Frédéric, à Berlin, possède un magnifique tapis à fond ivoirin où l'on aperçoit, au milieu des arbres en fleurs et des cyprès traditionnels, des ani­maux stylisés, parmi lesquels des dragons chinois.cCes inspirations, d'origine extrême-orientale, s'ex­pliquent par le fait que des artistes chinois sont venus en Perse pendant les grandes époques et qu'ils y ont apporté l'esprit et le caractère si singulier de leurs compositions.

Il existe encore, dans d'autres musées et collections d'Europe, de belles pièces datant de cette magnifique période persane. On cite notamment celles figurant


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 21:18

page 248

au Kensington Muséum de Londres, celles du Victoria and Albert Muséum (collection Salting) et celles de la collection Poldi Pêzzoli, à Milan.

Le second type de tapis persan est à motifs floraux, agrémentés de lampes de mosquées. Il est aussi remar­quable que celui à sujets de chasse. Les plus beaux datent du XVI° siècle. D'après M. Migeon, « aucun n'égale en importance et en beauté l'immense et extraordinaire tapis du Kensington Muséum. Sur un fond bleu semé d'une riche décoration de rinceaux fleuris délicats et de tiges fines, un grand médaillon central jaune pâle, à seize pointes, est entouré de seize cartouches, verts, rouges ou crème. Des deux centraux pend une lampe de mosquée ».

Les tapis de Turquie et d'Asie Mineure sont d'un caractère tout différent. Leur valeur artistique est en général très inférieure à celle des tapis persans; leur tissage est moins fin; mais ils offrent cependant un grand intérêt et certains d'entre eux figurent dans de belles collections. Les centres de fabrication des tapis d'Asie Mineure sont à Ouschak, où l'on tisse les tapis dits « de Smyrne », et à Ghiordez.

La décoration est à base géométrique ou à motifs floraux très stylisés. C'est incontestablement de ces éléments orientaux que sont dérivés ceux des tapis marocains de Rabat que nous examinerons plus loin. Ce sont généralement des tapis de petites dimensions. Mais il en existe aussi d'assez grands, dont on trouve de beaux spécimens au Victoria and Albert Muséum de Londres. L'un des plus somptueux se compose de motifs de grandes rosaces fleuries dans des colora­tions bleues et jaune pâle sur un fond brun rouge. Un autre, non moins splendide, est, comme certains plats de reliures musulmanes, décoré d'un grand médaillon central bleu foncé et orné d'écoinçons à motifs floraux stylisés.




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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 8 Mar - 21:21

page 249



Fig. 167. — Tapis d'Asie Mineure.

Le champ est d'un rouge garance éclatant sur lequel s'enroulent de minces arabesques fleuries.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 9:24

page 250

Parmi les types de tapis d'Asie Mineure les plus caractéristiques, il faut encore examiner ceux qui se composent d'un motif central figurant une porte de mosquée ou un mihrab entouré de plusieurs encadre­ments de proportions plus ou moins larges.
Le fond du motif central est souvent tout à fait uni, d'un seul ton et, parfois, rehaussé de petits ornements en « semis », Ce genre de tapis, dit « de Ghiordez », a été trop souvent l'objet de grossières imitations par des fabriques de tapis en série. Mais il en existe d'an­ciens datant du XVII° siècle, qui sont fort beaux (fig. 167, page 249).

Un autre genre de tapis d'Asie Mineure, d'où l'or­nement floral est totalement exclu, comprend un large champ central rectangulaire encadré de plu­sieurs bandes de largeurs inégales. La partie centrale est, suivant l'imagination des artisans, décorée de motifs géométriques extrêmement divers, et disposés de multiples manières. Tantôt ce sont des motifs en étoile, tantôt en croix, ou encore octogonaux ou hexa­gonaux, ou en losange, ou à degrés ornés de crochets (fig. 168, page 251).

Beaucoup de ces ornements se retrouvent, plus ou moins déformés., dans la plupart des tapis de Rabat.

Abordons maintenant l'étude des tapis de l'Afrique du Nord et, tout particulièrement, des tapis du Maroc.
Depuis les expositions d'art marocain qui obtinrent à Paris, en 1917 et en 1919, au pavillon de Marsan, le succès le plus légitime, l'industrie du tapis au Maroc s'est développée avec une rapidité remarquable.
A côté de l'atelier officiel des tapis de Rabat, et des écoles professionnelles indigènes qui constituent les laboratoires de perfectionnement et la sauvegarde des traditions purement locales, de nombreuses industries privées se sont créées. Certes, tout n'est pas parfait


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 9:28

page 251

dans ces fabrications modernes dont quelques-unes sont dirigées par des commerçants dépourvus de goût; mais, dans l'ensemble, on peut dire que le tapis marocain a pris, dans ces derniers temps, une place hono­rable sur le marché mondial.



Fig, 168. — Fragment de tapis d'Asie Mineure.
D'après les observations qui ont été faites, il ne semble pas que les plus vieux modèles de tapis de Rabat existant aujourd'hui soient antérieurs à la fin du XVIII° siècle. Comme nous l'avons déjà dit, on y retrouve beaucoup de motifs des tapis d'Asie Mineure. Chacun des dessins qui forment la composition d'un tapis Marocain a une signification particulière et une dénomination que les ouvrières indigènes connaissent toutes.


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 9:31

page 252



Fig. 169 - Tapis de Rabat ( Maroc).


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 9:36

page 253

Voici la composition classique d'un tapis de Rabat (fig. 169, page précédente) : au centre, se trouve généralement une nappe hexagonale appelée koubba, dont le principal motif central porte le nom de bague; de chaque côté de la bague, de petites rosaces figurent des lampes de mos­quée.
Cette koubba est, en somme, inspirée de la porte de mosquée des tapis d'Asie Mineure, avec une déforma­tion, puisque le motif marocain comprend deux arcs au lieu d'un.




fig. 170.— Motif de tapis

fig. 171.— Motif de tapis
de Rabat.

de Rabat.

Dans la koubba, qui est d'un seul ton, le plus souvent rouge garance, on voit des papillons, des oiseaux (fig. 170), des mains minuscules (fig. 171).
Les palmiers forment des lignes brisées, par bandes parallèles. On voit aussi, dans la koubba, des fleurs, roses et œillets. Parfois, fantaisie bizarre, on y décou­vre le tatouage du menton. Parfois aussi, un petit médaillon figure au centre, en forme de losange ou d'hexagone.

Autour de la koubba centrale courent de larges bandes formant bordures. On y aperçoit, d'après les affirmations des « Maallema », des choses véritable­ment extraordinaires : la mariée dans sa chaise, les


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 9:43

page 254

pieds  du prophète (fig.  172),  des gâteaux (fig.  173), des grenouilles, la maison « Cornue ».

Je pourrais citer encore des quantités d'autres motifs de tapis de Rabat, dont les plus fréquemment employés sont : les mulets, les mouchoirs, les car­reaux, les zellij et les cigognes (fig. 174, page 255). Il y a aussi les dessins qui ne représentent rien. Ces dessins sont dénommés» par les « Maallema », par le nombre de fils qui les forment : les dessins sur 5, les dessins

 

fig.  172. — Motif de tapis de  Rabat
.
Fig. 173. — Motif de tapis de Rabat.

sur 7 fils, etc... Enfin, il y a le « Chrétien » qui se com­pose de méandres et de croix.

Il est assez difficile, à nos yeux d'Européens, de reconnaître dans ces formes extrêmement stylisées les sujets représentés, mais c'est précisément cette façon étrange d'interpréter la nature qui fait tout le charme de ces tapis.

Les tapis berbères mériteraient une étude spéciale


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 9:51

page 255

par la variété de leurs motifs, par leurs harmonies de couleurs audacieuses, enfin par leurs procédés de tissage si particuliers et si originaux.

Parmi les types les plus remarquables, je citerai d'abord les tapis Zaïan, qui sont formés d'une magni­fique nappe de haute laine, généralement d'un seul ton, où apparaissent, comme des flammèches multi­colores, quelques motifs géométriques très simples (fig. 175, page 256).

Les tapis Glaoua sont de deux sortes : ceux à bandes noires et blan­ches en laine rase rehaussées de semis de fleurs où le rouge domine, et ceux en haute laine dont le point « couché » est tout à fait caractéristique. Ces tapis sont exécutés avec des laines soyeuses des moutons de l'Atlas (fig. 176, page 257).




Fig. 174. — Mo­tif de tapis de Rabat.

Les tapis des Ouled Bou Seba. dont le point est également très spé­cial, sont d'une forme très allongée (fig. 177 et 178 pages 258 et 259). Le décor, très simple, consiste, pour certains modèles an­ciens, en un grand losange central, sur une nappe d'un seul ton amarante, avec une bande ornementale formant cadre, et parfois deux ou trois motifs géométriques placés bizarrement aux angles.

D'autres types plus étranges sont parsemés de scor­pions stylisés, ou bordés de méandres et de zigzags dont certains représentent, dit-on, des serpents.

Il faut signaler encore les tapis Sektana, qui ont quelque ressemblance avec ceux des Glaoua; ceux des Béni M'Guild, à fonds blancs; des Béni M'Tir, verts


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 9:54

page 256

et oranges; les tapis d'Agouraï, du Guiggou et des Zemmour.

Tous les décors de ces tapis sont faits de motifs géométriques ayant pour base les losanges, les carrés, les croix, les méandres et les rayures.



Fig. 175. — Motif de tapis Zaïan (Moyen-Atlas).

Le vieux métier à tisser employé chez les indigènes est d'une simplicité tout à fait primitive. Il se compose de deux traverses de bois disposées horizontalement, l'une au-dessus de l'autre, et supportées par deux montants verticaux, le tout formant une sorte de cadre malheureusement irrégulier. La chaîne est tendue


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MessageSujet: L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 9 Mar - 17:32

page 257

verticalement sur les deux traverses. Il serait utile d'apporter aux indigènes le moyen de perfectionner un outillage aussi rudimentaire. La question a déjà été étudiée, mais cette transformation n'est pas non plus sans présenter de multiples inconvénients dans sa réalisation pratique.



Fig. 176. — Tapis Glaoua (Haut-Atlas).

D'autre part, l'utilisation des teintures végétales est une nécessité absolue pour obtenir la somptuosité des tons chauds et veloutés, qui font un des charmes des beaux tapis d'Orient. Quelque temps avant la guerre, les Allemands avaient apporté au Maroc les couleurs à l'aniline qui, par leur vivacité, leur éclat et leur variété de nuances, ont séduit aussitôt les indigènes. Mais ces couleurs artificielles ne résistent pas à l'action



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L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934
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