Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934

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Paul CASIMIR




MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 8:23

page 130

qui veut dire « gardien ». Certains minarets constituent un mélange du style berbère et du style arabe, et possèdent un lanternon de forme carrée. Tel est celui de la Mosquée des Ouled Djellal (fig. 88, page 133)



Fig. 85. — Une tour dans la Casba d’Engil (Moyen-Atlas)
(d’après une aquarelle de l’auteur).

Nous avons dit tout à l’heure l'évocation soudanaise produite par la silhouette de ces tours. Voici d’autres détails très typiques qui viennent renforcer cette impression. Nous les trouvons dans la silhouette décorative des Tombeaux Mzabites. Ce sont de petits monuments



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 8:29

page 131

de forme carrée surmontés aux quatre angles de merlons en pain de sucre très allongés, dont la pointe est quelquefois couverte d’une boule. Cette décoration étrange, que l’on peut observer dans les cimetières de Ghardaïa et de Melika, est évidemment inspirée des minarets du Soudan, et nous retrouvons ces " ornements dressés " si curieux au sommet des minarets de Tombouctou.



FIG. 86. Tour de guet dans la région des « Haha.

Si, pour établir un peu d’ordre chronologique dans notre étude des cités berbères, parallèlement aux époques anciennes de l’architecture musulmane, nous remontons à la période où furent édifiés les premiers monuments arabes de Kairouan et de Fez, nous constatons qu’une tribu indigène b de la secte « Abadhite », fonda d’abord, au VIII° siècle, un empire à Tiaret ; puis, chassée par les Fatimites de Tunisie, vint se fixer dans la province de Constantine où elle construisit, au X° siècle, une ville appelée Sedrata.

Les fouilles qui ont été entreprises par M. Blanchet, à Sedrata d’Ouargla, ont mis à jour une mosquée et un palais qui constituent une documentation remarquable d’une des plus anciennes époques de l’art berbère.


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 8:35

page 132

Cette mosquée comprend « une salle carrée, couverte de vingt voûtes soutenues par seize piliers, avec de fausses portes sur les murs et des fenêtres entourées de dessins symétriques ».

Le palais se compose d’une cour centrale entourée de salles couvertes de voûtes en berceau. Des galeries à arcades outrepassées précèdent ces salles. « Les colonnes en maçonnerie portent des chapiteaux massifs



Fig. 87. — Minaret de la Mosquée de Ghardaïa (Sud Algérien).

qui semblent mieux faits pour s’adapter sur des pilastres à pans coupés que sur des fûts cylindriques (1). » De curieuses arcatures sont ornées de motifs en fer à cheval brisé (fig. 89 et 90, page 134).

Une ornementation extrêmement originale enrichit ces colonnes, ces chapiteaux, ainsi que « les murs en pisé ou en moellons, des enduits faits de « Teffiza », sorte de tuf, appliqué frais sur les murs, et qu’on sculpte au fer quand il est encore mou » (2).



(1) Blanchet : Les villes mortes du Sahara. (Le Tour du Monde, 1898.)
ID. : L’oasis et le pays d’Ouargla. (Le Tour du Monde, 1900.)

(2) Saladin : L’Architecture.



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 8:42

page 133

Cette décoration sculptée serait, d’après M. Saladin, un des plus anciens spécimens de ce genre. On en a transporté une partie au Musée de Mustapha, à Alger.
Nous donnons ici un croquis des détails les plus marquants, d’après un des dessins qui ont été réunis en album par M. Georges Marçais (1) (fig. 91, page 135).

L’histoire des dynasties maghrebines, qui est, en général, illustrée par une longue succession de meurtres et de destructions de monuments, nous apprend que la ville berbère de Sedrata fut en partie détruite par une tribu voisine, celle des Sanhadja, au début dXI° siècle.

Son chef, Hammad, fonda la Kalaa des Beni-Hammad qui, à cette époque, fut une des villes les plus importantes de l’Afrique du Nord. Cette capitale berbère qui, d’après les historiens, recueillit un grand nombre de chrétiens parmi ses habitants, est fort intéressante, à notre point de vue, par les vestiges des monuments que les ravages des tribus successives et les intempéries ont respectés.

La Kalaa des Beni-Hammad est située dans le département de Constantine, sur le penchant d’une montagne




Fig. 88 - Minaret de la mosquée des Ouled Djellal
( Sud algérien)


(1) Marçais (G.) : Album de pierre, plâtre et bois sculpté. 1909. Alger.

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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 8:48

page 134

tagne escarpée qui domine les plaines du Hodna. Ses murailles restèrent longtemps enfouies et ce ne fut que vers 1908, bien après les premières recherches effectuées par M. Blanchet, que l'on déblaya les trois édifices




Fig. 89. — Arcatures en fer à cheval brisé.
Palais de Sedrata. Décor sur plâtre.
Fig. 90. — Arcatures à lobes superposés.
Palais de Sedrata.

principaux de la ville : la Tour du Fanal ou Ménar, le Palais des Emirs et la Mosquée.
Ces travaux furent exécutés sous la direction du général de Beylié, assisté de M. Georges Marçais.


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 8:55

page 135

L’aspect extérieur de la Tour du Ménar est grandiose par la simplicité de lignes verticales formant cannelures. C’était en réalité un bastion isolé, sorte de tour à signaux dont nous avons déjà vu tant d’exemples, et qui, par sa situation sur un rocher élevé, permettait de surveiller au loin les mouvements des ennemis (fig.92, page 136).



FIG. 91. -—Décor sur plâtre. Palais de Sedrata.

« Il est construit en pierres assez grossièrement taillées. De grandes cannelures verticales, formant contrefort à l’extérieur, sont reliées entre elles par des niches demi-circulaires terminées à leur partie supérieure par un amortissement en coquille. Cette coquille offre le plus ancien exemple connu de motif décoratif appelé « ruche d’abeilles » ; elle est en pierres et mesure un mètre sur soixante centimètres. C’est là un document d’autant plus important que, jusqu’ici, le



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 9:01

page 136

petit encorbellement qui se remarque à l’angle de la Mosquée d’El Ahmar, au Caire ( XII° siècle ), était considéré comme le premier essai, bien incomplet encore, des futures « ruches d’abeilles » (1) ou alvéoles, qui s’apparentent au système des stalactites. »

D’autre part, M. Saladin a signalé « l’analogie qui existe entre la façade si caractéristique du Ménar et les façades des grands palais de Mésopotamie, de Tello et de Warka ».



Fig. 92 - Le Ménar. Kalaa des Beni-Hammad.

L’intérieur de l’édifice était composé d’une salle centrale cruciforme recouverte d’une coupole à base octogonale. Une décoration en carreaux de faïence bleue, dont on n’a retrouvé que quelques échantillons épars, devait constituer l’un des éléments ornementaux de cette salle.
Parmi les autres monuments de la Kalaa des Beni-Hammad, il faut signaler l’imposant minaret de la Mosquée. Il est construit sur plan carré. Les détails



(1) Général de Beylié : La Kalaa des Beni-Hammad. Paris, 1909. Leroux, édit.



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 9:05

page 137

d’ornementation ne sont visibles que sur le côté Sud. La décoration se composait de niches à coquilles et d’arcatures aveugles, enrichies de faïences bleues, d’un caractère très sobre.

Nous observerons, dans les chapitres suivants, les principaux éléments décoratifs des objets d’art industriel berbère, et tout particulièrement des bijoux, des tapis, des étoffes, des poteries et des armes, principalement ceux du Maroc, dont nous avons pu exécuter d’après nature de nombreux dessins et aquarelles.









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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 9:10

page 138

BIBLIOGRAPHIE DU V° CHAPITRE

Paris (Docteur). — Documents d'architecture Berbère (collection Hespéris). Paris, Larose.

Beylié (Général de). — La Kalaa des Beni-Hammad. Une capitale Berbère de l'Afrique du Nord au XIe siècle. Paris, Leroux, 1909.

Blanchet. Les villes mortes du Sahara. (Le Tour du Monde, 1898.)
Id. — L'oasis et le pays d’Ouargla, (Le Tour du Monde, 1900.)

Marçais (G.), -  Album de pierre, plâtre et bois sculpté. 1909. Alger, Jourdan, éditeur.

Mercier (M.). — La civilisation urbaine du Mzab. Alger, Pfister, 1922.

MASQUERAY.

Terrasse (H.) et Hainaut (J.). — Les Arts décoratifs au Maroc. Paris, Laurens, 1925.

Doutté (Ed.). — En tribu







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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 9:14

page 139



FIG. 101. — Détail d’un linteau. Mausolée des Saadiens, Marrakech.

CHAPITRE VI

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Le Décor du Bois.

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L'habitude qu’ont les Arabes de s’asseoir par terre explique l’absence de certains meubles dans leurs maisons. On y trouve rarement des chaises et des fauteuils. Pour les mêmes raisons, les tables sont très basses, ainsi que les armoires, toujours d’assez petites dimensions. Un des meubles les plus typiques de la demeure musulmane est le tabouret à pans, dont les


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 9:23

page 140

modèles traditionnels ont été malheureusement imités de mille façons grossières dans divers pays; et notamment au Maroc, comme nous le verrons tout à l’heure. Dans les mosquées, on trouve des chaires à prêcher (Minbar) et des (Koursi) sortes de pupitres pour lire le Coran. On y remarque aussi des « Maksoura » ou clôtures grillagées imaginées pour séparer certains grands personnages du public. L’habileté des artisans du bois s’est surtout manifestée dans la sculpture des portes et des auvents, dans la décoration des plafonds et des fenêtres, des devantures de boutiques, des balustrades et des balcons.

Une des caractéristiques les plus originales de l'Art décoratifmMusulman est incontestablement l’invention des " Moucharabieh " ou treillages en bois découpé et tourné, qui, adaptés aux fenêtres des maisons arabes, permettent aux femmes de regarder dans la rue sans que les passants puissent les apercevoir. Nous en examinerons plus loin les remarquables applications.

Une autre remarque importante sur la technique est la division des boiseries en une multitude de petits panneaux. Cette méthode a sans doute été imaginée dans le but d’éviter les dilatations causées par les différences brusques de température.

D’après M. Migeon, « les plus anciens bois arabes qui nous sont connus sont conservés au Musée arabe du Caire, et proviennent de l’ancien cimetière Toulounide. Ces vieilles pièces de bois arrachées aux meubles et aux portes avaient été employées à empêcher les éboulements dans les caveaux des tombes. La plus ancienne proviendrait d’une tombe d’Aïn-el-Sira, au sud du Caire, datant du VIII° ou du IX° siècle ».

Le Musée du Caire possède d’admirables spécimens de boiseries provenant des Mosquées de Touloun et



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 9:35

page 141

d’El Azhar. Ce sont, soit des frises décoratives où sont gravés des versets du Coran en caractères koufiques, soit des portes à deux vantaux dont les panneaux sont enrichis de motifs d’une facture large et d’une gravure profonde; ou encore, des « Minbars » décorés d’une multitude de petits panneaux sculptés où le tracé géométrique des polygones forme le fond de l’ornementation.

Il ne reste presque rien de toutes les merveilles sculpturales exécutées aux X° et XI° siècles, en Egypte. Cependant, on peut voir, au Musée du Caire, un bel échantillon de linteau sculpté provenant du Mînbar de la Mosquée d’El- Amaoui d’Assiout, dont l’inscription koufique indique avec certitude l’origine Fatimite, et deux portes de la Mosquée d’El Azhar (fig. 93) très remarquables par leurs panneaux sculptés de motifs à enroulements foliacés se mêlant a des compositions polygonales.



Fig. 93 - Panneau d'une porte de la Mosquée d’El
Azhar, Le Caire ( X° siècle )

La Mosquée de Fakahamy, au Caire, possède aussi d’admirables portes, datant du XI° siècle (fig. 94, page 142).
On retrouve les mêmes caractéristiques de l’ornementation dans les sculptures sur bois duXII° siècle; Le Musée du Caire en conserve quelques précieux documents, notamment deux mihrabs d’une grande


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 9:44

page 142

beauté, dont l’un provient de la Mosquée de Sitta Nefisa, et l’autre du Mausolée de Sitta Rukaya.



Fig. 94. — Panneau d’une porte de la Mosquée Fakahamy, Le Caire (XI° siècle).
L’art ornemental en Egypte musulmane au XIII° siècle, fut représenté par un magnifique effort. A côté des grandes frises de plâtre enrichies d’harmonieuses arabesques, de remarquables sculptures sur bois furent exécutées pour la décoration des mosquées et des palais (fig. 95, page 143).


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 9:50

page 143

Il faut citer, de cette belle époque, les boiseries de la Mosquée d’El Merdany, dont les motifs sont composés d’enroulements de spires, d’une facture simple, de proportions savantes. On en trouve des échantillons au Musée du Caire où l’on peut également admirer de merveilleux panneaux composant les côtés de cénotaphes provenant de la Mosquée de l’Iman El Ghafey. Les encadrements de ces boiseries sont



FIG. 95. — Détail d’un panneau d’une balustrade en bois sculpté et découpé.
Le Caire (XIII° siècle).

formés de bandes d’inscriptions gravées, d’une exécution beaucoup plus fine que celle des époques antérieures. Le décor polygonal est moins rigide et s’agrémente davantage de mouvements ondulés et courbés.

De la même époque, il faut citer les « Portes du Maristan de Kalaoun », dont on peut apprécier les détails sur les belles reproductions parues dans l’ouvrage de Prisse d’Avennes.
Ces documents nous permettent de remarquer que,



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 9:56

page 144

comme nous l’avons observé dans d’autres régions, les artisans arabes n’ont pas craint, malgré les interdictions coraniques, de placer, dans leurs compositions, des silhouettes de personnages et d’animaux. Nous trouvons, en effet, au milieu des rinceaux foliacés qui forment l’ornementation des panneaux de ces portes, un centaure ailé chassant une gazelle, un paon, des aigles aux ailes déployées et divers autres animaux.

Une autre caractéristique de la décoration du bois aux XIII° et XIV° siècles est l’emploi de la peinture et de l’or. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet, en comparant les harmonieuses compositions picturales de cette époque aux bariolages de certains monuments marocains.

Nous avons déjà étudié, dans un précédent chapitre, les plafonds en bois sculpté. Nous nous bornerons donc à rappeler ici que les historiens arabes ont décrit la splendeur des plafonds des nombreux palais édifiés par les Sultans, et dont il ne reste malheureusement que de très rares vestiges. On peut en admirer quelques beaux fragments au Caire, dont M. Bourgoin a relevé avec la plus parfaite minutie les détails somptueux (1).

Dans ce rapide exposé de la décoration du bois, il faut consacrer une place spéciale à ce genre de menuiserie découpée appelée Moucharabieh. M. Gayet donne de son origine une explication curieuse. Il prétend que " Moucharabieh " vient de la racine arabe Chrab = boire, et il suppose « qu’originairement, ces petits grillages, adaptés au-devant d’une fenêtre à la manière d’une tourelle saillante, n’avaient



(1) BOURGOIN : Précis de l'art arabe, Paris, 1892, Leroux, édit.



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 15 Fév - 17:21

page 145

d’autre but que d’abriter des vases de terre poreuse remplis d’eau ». Le courant d’air activant l’évaporation provoquait l’abaissement de la température dû liquide restant. C’était là qu’on venait boire et qu’on pouvait regarder sans être vu.

Les « Moucharabieh » furent ensuite utilisés dans les Mosquées pour l’ornementation des clôtures de tombeaux et de certains panneaux des « Koursi » servant à lire le Coran. On les appliqua aussi au décor de certains objets mobiliers, notamment des tabourets, et on les retrouve de nos jours, malheureusement bien déformés, sur les panneaux des tables polygonales



Fig. 96. — Détails de Moucharabyeh, Le Caire.

que vendent par séries des fabricants de meubles dits « Orientaux ».

C’est en Egypte que l’on trouve la plus grande variété, les types les plus remarquables et les plus traditionnels de ce genre de décor.
La caractéristique principale consiste dans l’assemblage d’une multitude de minuscules balustres formant, avec de petites boules ou de petits cubes ouvragés, des anneaux à réseau polygone. Ce principe décoratif a donné lieu à une infinité de motifs dont on peut apprécier au Caire toute la légèreté et la délicatesse. Ils font l’ornement de fenestrages et de balcons des anciennes maisons, et de certaines mosquées (fig. 96 et 97).



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 15 Fév - 17:32

page 146

Tout le charme des maisons du XV° siècle vient de leurs encorbellements en bois sculpté, soutenus par des corbeaux et enrichis de panneaux de Moucharabieh, dont les motifs géométriques ajourés donnent une preuve nouvelle de l’imagination et de la patience des artisans arabes. Prisse d’Avennes a relevé, au Caire, des. spécimens très anciens, dont nous donnons ici deux croquis (fig. 98 et 99).



Fig. 97. — Détails de Moucharabyeh, Le Caire (XII° siècle).

Le Maristan de Kalaoun, au Caire, possède une remarquable clôture composée de panneaux ajourés où les balustres allongés alternent avec des treillages en losange.

Je signalerai ensuite un original treillis à mailles carrées recoupées en a jours octogones, et un panneau de Moucharabieh à motifs triangulaires ; les remarquables « claires-voies » de la Mosquée du Sultan Barkouk, du Caire (XIV° siècle), qui comprennent d’une part un merveilleux encadrement de porte formé d’un grillage en petites lettres, lattes de bois figurant des rosaces dérivées de la décoration polygonale ; et,



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 15 Fév - 18:00

page 147

d’autre part, d’un panneau de Moucharabieh à mailles octogonales encadré par un grillage à mailles carrées.

A noter encore, dans les vieux quartiers du Caire, la très curieuse décoration en Moucharabieh de certaines devantures de boutiques. Les portes et les fenêtres sont souvent en forme d’ogive outrepassée et surmontées de panneaux en treillage du plus gracieux effet.

En Afrique du Nord et en Espagne, les artisans musulmans ont produit, comme en Egypte, des œuvres remarquables dans la décoration des plafonds, des portes et des divers meubles en bois sculpté. La très ancienne mosquée de
Sidi Okba, à Kairouan, possède de beaux plafonds peints et des boiseries datant des X° et XI° siècles, notamment un
minbar, construit en bois de platane, formé d’une multitude de petits panneaux sculptés et découpés à jour, et qui, d’après M. Saladin, serait un des plus anciens spécimens d’ébénisterie arabe.



Fig. 98 - Détails de moucharabieh, Le Caire.

Dans la même mosquée, une « Maksoura », sorte de clôture assez haute, qui servait à séparer les émirs de la foule, est composée de panneaux de moucharabieh au sommet desquels court un bandeau orné d’inscriptions koufiques.

En Espagne, le palais de l’Alhambra, à Grenade, renferme de remarquables travaux de menuiserie.
Il faut signaler, tout particulièrement, le dôme en bois sculpté à stalactites de la salle de la Barca (fig. 74, page 113).

Les portes nous offrent aussi de beaux spécimens



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 15 Fév - 18:06

page 148

sculpture sur bois. Celle de la « salle des Deux-Sœurs » est formée de deux battants sur lesquels l’imagination des artisans s’est complue à graver des assemblages de figures polygonales dont le tracé est obtenu au moyen de bandes à rayures.

Les multiples petits panneaux ou, si l'on veut, les vides établis par ces entrelacs géométriques sont ornés de motifs à rythme courbe d’une exécution très fine.



Fig. 99 - Détails de moucharabiéh, Le Caire.

Les fenêtres possèdent des panneaux de moucharabieh rappelant ceux du Caire. Les portiques des cours comprennent aussi d’intéressantes boiseries et, notamment, des frises aux arabesques amples et souples et des auvents du même style que ceux construits en Afrique du Nord.

Au Maroc, c’est au XIV° siècle, sous le règne particulièrement brillant des Mérinides, que l’art du bois sculpté atteint son développement le plus parfait. Les cèdres du Moyen-Atlas ont fourni les pièces de bois parfumé qui, sous le ciseau des artisans arabes, ont constitué un des attraits les plus vifs de la décoration des plafonds, des tympans, des auvents et des portails des médersas de Fez.

La Médersa Bou Anania, qui, nous l’avons déjà vu, est une des plus belles, contient encore d’admirables spécimens de boiseries sculptées. Ce sont de grandes


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Sam 15 Fév - 18:13

page 149

arcades aveugles formant revêtement des murs dans la cour centrale; puis des linteaux superposés s’appuyant sur les piliers des galeries; un dôme à décor



Fig. 100. — Panneau de Moucharabyeh. Détail d’un balcon. Médersa Ben Youssef, Marrakech.

géométrique en forme de carène de navire ; de très beaux vantaux de portes ornés de motifs étoilés, et de curieux balcons et clôtures en panneaux de moucharabieh.

Ce genre de décoration dé boiseries sculptées se retrouve dans la plupart des medersas de Fez, de Meknès et de Marrakech (fig. 100). Dans cette dernière



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 16 Fév - 9:36

page 150

ville, il faut surtout signaler, pour la somptuosité et l’originalité de ses ensembles décoratifs, la médersa de Ben Youssef et les plafonds en bois sculpté à marqueteries de la mosquée de la Koutoubya.

Les motifs ornementaux sont formés soit d’éléments floraux où l'on remarque principalement la feuille et la fleur d’acanthe stylisées, soit de dispositions géométriques où les étoiles polygonales dominent. De larges frises d’inscriptions en caractères koufiques, rectangulaires ou cursifs, complètent ces compositions. Le Mausolée des Saadiens, à Marrakech, possède aussi, outre les beaux plafonds dont nous avons déjà parlé, de remarquables linteaux à décor floral (fig. 101, page 139).

Les auvents en bois sculpté sont une des caractéristiques les plus typiques des constructions marocaines. On en trouve d’admirables spécimens ornant les portails des mosquées et des médersas de Fez, et surmontant les fontaines de Bab Doukkala et de « Chrob ou Chouf », à Marrakech; quelques-uns encadrent les entrées des fondouks.
A signaler enfin la décoration en bois sculpté de la plupart des façades des écoles coraniques du Maroc, où les panneaux de moucharabieh jouent un rôle très pittoresque.

En Algérie, c’est à Tlemcen que l’on trouve les spécimens de bois sculpté les plus intéressants, mais ils sont loin d’être comparables à ceux des médersas marocaines.
MM. Marçais donnent de minutieux détails, dans leur ouvrage sur les monuments arabes de Tlemcen, sur les boiseries qui décorent la mosquée de Sidi l’Halwi.



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 16 Fév - 9:41

page 151

LES MEUBLES ET LA MARQUETTERIE

C’est aux XIV° et XV° siècles que les artisans ébénistes de l’Egypte musulmane entreprirent ces merm¬veilleux travaux de marqueterie, en utilisant l’ivoire et les bois précieux de différentes teintes.

Quelques beaux modèles de ces ouvrages peuvent être étudiés au Musée du Caire, où nous trouvons notamment le magnifique « Koursi » de la Mosquée du Sultan Châban, sorte de haute table de forme hexagonale sur laquelle se plaçait le Coran. Les panneaux sont ornés d’incrustations d'ivoire et de bois de couleurs différentes, formant des émotifs étoilés d’une finesse extrême.
Ces panneaux sont encadrés en haut et en bas d’une frise très originale figurant des portiques.

De la même époque, il faut citer les coffrets et les boîtes à Coran où les marqueteurs ont atteint la perfection dans l'art de la décoration polygonale.
Signalons encore le « Koursi » de la Mosquée de Kaït-bey qui figure aussi au Musée Arabe du Caire, et dont le décor est formé de polygones et de rosaces enrichies d’une marqueterie d’ivoire et d’ébène. Citons enfin le Koursi de la Mosquée du Sultan Barkouk, qui date du XIV°e siècle (fig. 102, page 152).

Les « Minbars » ou chaires à prêcher sont parmi les objets mobiliers les plus caractéristiques des mosquées.
Celui de la Mosquée de Sidi Okba, de Kairouan, est sans doute un des plus anciens que l’on connaisse. IÎ date de la fin du IX° siècle. Ce n’est pas, évidemment, un des plus parfaits, ni un des plus complets, et il n’a pas l’allure ni l’élégante silhouette architecturale



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 16 Fév - 9:46

page 152

de celui de la Mosquée de Kaït-bey. Mais il se compose d’une multitude de panneaux en Moucharabieh dont les détails sont admirables.



Fig. 102. — Koursi de la Mosquée du Sultan Barkouk, Le Caire.

Parmi les Minbars des plus anciennes époques, il faut citer celui de la Mosquée Cathédrale de Qous, orné de panneaux décoratifs d’une préciosité admirable (fig. 103); celui de la Mosquée d’Ala Eddin, à Konich, qui est construit en bois d’ébène, et dont les remarquables rampes sont décorées de grandes étoiles ajourées de fort relief. Le Minbar de la Grande Mosquée d’Alger est aussi à signaler. Il date du XI° siècle.



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 16 Fév - 9:50

page 153

L’un des plus beaux spécimens de Minbars des mosquées d’Egypte figure au Kensington Museum de Londres. Il provient de la Mosquée de Kaït-bey et date, par conséquent, du XV° siècle. C’est un document très rare, d’une merveilleuse élégance de lignes et de proportions parfaitement harmonieuses.



Fig. 103. — Détail d’un panneau du minbar de la Mosquée de Qous.

Il tient surtout son originalité du gracieux minaret ajouré, orné de stalactites et surmonté d’une petite coupole (fig. 104, page 154).

Le Maroc est assez pauvre en objets mobiliers anciens. Cependant, un très beau spécimen de Minbar existe encore à Fez, dans la médersa Bou Anania (1).
Les panneaux en bois sculpté et en marqueterie sont






(1) Nous avons signalé, dans un précédent chapitre, les somptueux Minbars des mosquées de la Koutoubya et de la Casba à Marrakech.
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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Dim 16 Fév - 9:59

page 154

très remarquables. Ils se composent de larges entrelacs rectilignes entre lesquels sont brodés de délicats motifs floraux inspirés de l’acanthe.



Fig. 104 - Minbar de la mosquée de Kaït-bey, Le Caire.

Examinons, pour terminer, les objets mobiliers modernes du Maroc. Les plus curieux sont les « fauteuils de barbier », dont on voit deux intéressants échantillons au Musée de Rabat (fig, 105, page 155 et 106, page 156). Ils sont en bois sculpté et peint. L’un provient de la région de Rabat et l’autre de celle de Marrakech. Le dossier de celui de Rabat est orné de deux rosaces à seize pointes légèrement sculptées en creux et rehaussées de peintures et de dorures (fig. 107, page 157 ).
Il faut dire aussi quelques mots des étagères en bois peint et formèes de petites arcades à jour supportées par de minces colonnettes..
Le Musée de Rabat en possède quelques bons spécimens. Enfin, la réputation est depuis longtemps établie au Maroc de ces charmantes petites tables de Mogador, en bois d'arar, de forme polygonale, à colonnettes et à pans découpés, et de ces coffrets ou cassettes où le marqueteur emploie avec habileté, pour


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L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934
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