Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934

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Paul CASIMIR




MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 17:14

page 105



Fig. 71 - Caisson central d'un plafond au Caire.





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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 17:21

page 106

Les Mosquées de Kaït-bey et d’El Bordeïny ont de charmants plafonds décorés suivant ces données.
Dans celui de la Mosquée Bordeïny, les poutres apparentes sont biseautées et recouvertes d’arabesques peintes et dorées.
Les entrevous sont composés de caissons ornés de rosaces.
Toute cette décoration est peinte dans une harmonie bleue et or. Prisse d’Avennes donne d’intéressants détails sur ces plafonds : « Ils sont, dit-il, dessinés et coloriés avec un soin presque aussi minutieux que les beaux frontispices des manuscrits orientaux. Les arabesques curvilignes et fleuries sur fond d’or y forment contraste avec l’ornementation rectiligne et anguleuse des mosaïques murales. On est étonné qu’un pareil travail soit placé à une hauteur où l’œil ne peut en apercevoir toute la perfection, et où il lui est seulement permis de saisir les masses et les grands détails (1). »

En Tunisie, la Mosquée de Sidi Okba, de Kairouan, conservait encore, il y a quelque temps, de beaux fragments de plafonds peints qui seraient antérieurs au XII° siècle. Malheureusement, des restaurations maladroites ont écarté ces pièces rares et les ont fait remplacer par des imitations tout à fait quelconques.

D’après les descriptions des historiens, les palais algériens et tunisiens étaient, dans les plus anciennes époques de l’Art Arabe, très luxueusement décorés. Les plafonds étaient entièrement revêtus de compositions peintes et dorées. Malheureusement, il ne reste rien de ces splendeurs.

La Grande Mosquée de Tlemcen, qui, nous l’avons


(1) Prisse d’Avennes : L’Art Arabe d’après les monuments du Caire.



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 17:26

page 107

déjà vu, représente, en Algérie, un des monuments les plus remarquables du XII° siècle, est recouverte, en dehors des coupoles, par des charpentes apparentes d’un effet assez médiocre. La décoration se réduit à quelques ornements sculptés, sur les poutres et les consoles. Nous trouvons, à Tlemcen, des éléments décoratifs plus intéressants dans les plafonds de cèdre des Mosquées de Sidi Bel Hassen et de Sidi El Halwi.

Le système d’assemblage des solives et l’entrecroisement d'une multitude de petites baguettes se coupant à angle droit ou en diagonale, sont ici de curieux moyens décoratifs imaginés par les artisans arabes pour dissimuler les charpentes et créer ainsi un plafonnage où intervient le tracé géométrique des polygones.
Nous retrouvons, avec de multiples variantes, ce procédé décoratif dans les monuments du Maroc.

De la période des Sultans Almohades, nous ne connaissons pas, dans ce pays, de spécimens bien remarquables du travail du bois pour la décoration des plafonds. La Mosquée de la Casba qui a été construite à cette époque à Marrakech, a, comme la Grande Mosquée de Tlemcen, ses charpentes intérieures apparentes. Le même système est appliqué à la Grande Mosquée de Salé et dans les galeries intérieures de la Mosquée Karaouiyine.

Il est vrai que, comme les Européens ne peuvent pénétrer dans les mosquées au Maroc, nous devons nous borner aux observations que nous avons faites du seuil des baies entr’ouvertes, d’où évidemment une foule de détails très importants nous échappent (1).


(1) Cependant, M. Henri Terrasse ayant obtenu l’autorisation d’entrer dans les mosquées de Marrakech, a pu photographier de somptueux panneaux de bois sculpté décorant les « minbars » des mosquées de la Casba et de la Koutoubya.


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 17:32

page 108

Très heureusement, l’accès des medersas ayant été autorisé, nous pouvons admirer, à Fez, les beaux vestiges du travail du bois au XIV° siècle.
Il est bien regrettable, d’autre part, que l’insouciance traditionnelle des Arabes en ait laissé ruiner une grande partie.

Les plafonds et les voûtes, notamment, étaient dans un état lamentable lorsque le service des Beaux-Arts du Protectorat entreprit de restaurer les édifices historiques.
A la Medersa Bou Anania, par exemple, les dômes en bois étaient à moitié effondrés et les lattes des plafonds pendaient en partie brisées, laissant apercevoir les charpentes disloquées et les tuiles des toitures. Cependant, on réussit, avec beaucoup de patience et de précautions, à rassembler les principaux fragments de ces matériaux et à reconstituer les caractéristiques d’un style particulièrement brillant.

Ces plafonds en bois de cèdre sculpté étaient construits suivant les principes d’assemblages dérivant du tracé des polygones dont j’ai déjà parlé.
La Médersa Cherratine, à Fez, possède encore quelques plafonds en bois en assez bon état. On y retrouve les assemblages de petites baguettes composant des motifs géométriques, notamment un réseau d’étoiles à huit branches dans lesquelles s’inscrivent en creux des rosaces ou de minuscules stalactites.

Les plafonds ornés de peintures sur bois sont nombreux au Maroc, mais ils sont, en général,, d’une époque relativement récente.

Les couloirs du « Horm » (1), de la Mosquée de


(1) « Le Horm de Moulay Idris », par GABRIEL-ROUSSEAU. Revue France-Maroc, n° 21, janvier 1918, avec 5 dessins originaux de l’auteur.



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 17:37

page 109

Moulay Idriss, à Fez, forment un pittoresque agencement de portiques et de voûtes où le bois sculpté joue un rôle intéressant.

Le passage qui conduit au mur sacré qui protège le Tombeau de Sidi Hafid el Amrani, chambellan de Moulay Idriss, et personnage vénérable, est d’une somptuosité décorative un peu trop chargée. A cet endroit, le couloir est recouvert d’une voûte avec un plafond en bois de forme octogonale, décoré d’une grande rosace peinte, composée d’après les formules géométriques traditionnelles.

Ce genre de plafonds peints et dorés, à décor géométrique, se trouve dans de nombreuses maisons particulières et palais de Fez. Ils s’agrémentent souvent, à leur centre, d’une petite coupole à stalactites sculptées et pointues. Ces plafonds sont presque tous modernes.

A Marrakech, le Mausolée des Sultans Saadiens a conservé de magnifiques plafonds qui, dans la salle des Douze-Colonnes, surplombent les galeries latérales. Ils sont en bois peint et doré et se composent d’une répétition de motifs carrés dans lesquels se creusent des rosaces (fig. 72, page 110). Bien que ces motifs dérivent des traditionnels tracés polygonaux, l’ensemble de cette décoration évoque la Renaissance Italienne. Il n’y a pas lieu d’être surpris, d’ailleurs, de découvrir, dans le Mausolée des Saadiens, des réminiscences de ce style. Nous savons, en effet, par les historiens, que de nombreux artisans italiens furent appelés à Marrakech, par le Sultan El Mansour, pour la construction de ses palais.

Un des morceaux les plus admirables de cette salle des Tombeaux Saadiens, est la voûte centrale en bois sculpté et peint. Elle est de forme carrée, jusqu’au faîte, et se compose de panneaux de bois qui, placés



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 17:42

page 110

obliquement, se rapprochent de plus en plus en aboutissant, au sommet, à un carré horizontal orné d’une petite voussure centrale (fig, 73, page 111).
Ces panneaux de bois de cèdre se composent d’une première frise figurant de minuscules arcades, et au-dessus, d’une seconde frise d’inscriptions coraniques; au-dessus encore, les panneaux en oblique




Fig. 72. — Plafond latéral. Mausolée des Saadiens. Salle des Douze-Colonnes.
sont décorés d’une magnifique composition d’entrelacs ayant pour motifs principaux des étoiles à douze branches alternant avec des octogones.

Cette admirable ornementation est entièrement découpée à jour et revêtue de peintures rouges et grises et d’or fin.
Cette voûte est surmontée par un pavillon carré couvert de tuiles vertes, et décorée de frises en cèdre sculpté.
Enfin, il faut encore signaler, dans la deuxième



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 17:46

page 111

Koubba du Mausolée des Saadiens, le plafond de forme dite « carénée » en bois sculpté et peint, avec une note dominante rouge.



FIG. 73. Fragment du plafond central. Mausolée des Saadiens. Salle des Douze-Colonnes.
Il est consolidé par des poutres transversales d’un curieux effet.

L’époque moderne de l’Art Marocain est brillamment représentée à Marrakech par le charmant Palais de la Bahia qui fut construit par Ba Ahmed, grand vizir



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 17:54

page 112

du Sultan Moulay Abdelaziz. Malgré íes influences étrangères que l’on y retrouve, et bien que le plan général manque d’unité et d’harmonie, cette conception de la demeure musulmane est un enchantement pour les yeux.

Suivant la tradition, de grandes salles se font vis- à-vis sur les deux côtés du patio principal. Les murs en sont revêtus de mosaïques. De luxueux plafonds de cèdre sont enrichis de peintures où dominent le rouge et l'or. Les motifs décoratifs qui ornent ces plafonds s’écartent malheureusement des formes traditionnelles, et des influences diverses, qui dénaturent le style, se découvrent dans la plupart des détails.

Le caractère essentiel du décor Hispano-Moresque, où la polygonie et les assemblages géométriques forment en général le fond, de l'ornementation, fait place à des tendances plus vivantes, où le décor floral intervient largement.

En Espagne, l’Alhambra conserve encore quelques belles voûtes en bois sculpté et quelques curieux plafonds, notamment celui qui recouvre la salle des Ambassadeurs, composé de caissons et de poutres apparentes, et ceux des cours et du Palais d’Hiver où les principes de la décoration polygonale sont appliqués au moyen d’assemblages de pièces de bois entrecroisées. Tous ces plafonds sont enrichis de peintures et de dorures. Nous reproduisons ici le dôme en bois sculpté de la salle de la Barca, qui offre une remarquable application du procédé des stalactites (fig. 74, page 113).

En Turquie, nous avons vu que la coupole est le mode de couverture presque exclusivement employé dans la construction des principaux édifices religieux. Aussi devons-nous rechercher, dans les palais et les maisons privées, les types caractéristiques des plafonds ottomans.



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 20:27

page 113

Le Vieux Sérail de Constantinople nous offre quelques exemples des fâcheuses influences étrangères dans la décoration des plafonds peints. Beaucoup de maisons des environs de Constantinople sont construites en bois et sont agrémentées d’attrayantes galeries abritées par de larges auvents et soutenues par des colonnettes. La plupart de ces maisons sont ornées de plafonds en bois sculpté et peint.



FIG. 74. — Dôme de bois sculpté. Salle de la Barca. Alhambra,

En Perse, les somptueux palais construits à Ispahan, sous le règne de Chah Abbas Ier, nous permettent d’apprécier les recherches des artistes de cette grande époque pour la décoration des plafonds.
Le luxueux pavillon de Tchehel-Soutoun possède



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 20:33

page 114

un des types de plafonds en marqueterie les plus remarquables.

L’assemblage d’innombrables petits fragments en forme d’étoiles et de rosaces, la finesse de l’ornementation des bordures et des encadrements sculptés, la délicatesse des peintures et des dorures qui en rehaussent l’éclat, font de ce plafond un charmant petit chef-d’œuvre d’art décoratif.

Le Palais d’Aïnéh-Khané, ou Pavillon des Miroirs, est également décoré de magnifiques plafonds en marqueterie de bois de cyprès et de platane. Ils sont formés de caissons plats, et la composition ornementale dérive des entrelacs géométriques. Le jeu naturel des deux essences de bois est enrichi de peintures et d’or.

En résumé, si nous repassons rapidement en revue les types principaux de colonnes et de chapiteaux des diverses régions islamiques, nous trouvons, en Espagne musulmane et dans l’Afrique du Nord, un type de fût cylindrique sans galbe, généralement lisse, parfois en torsade, et un chapiteau inspiré du style byzantin dont la partie supérieure est cubique et la partie inférieure cylindrique ornée de feuilles d’acanthe stylisées formant méandre. En Egypte, on trouve d’abord, dans les plus anciennes mosquées, des colonnes et des chapiteàux empruntés aux monuments Grecs ou Romains ; puis, plus tard, des piliers de forme octogonale et des chapiteaux de forme bulbeuse.

En Perse, certaines colonnes affectent la forme de grands cierges plantés dans leurs chandeliers; d’autres sont octogonales et revêtues de faïences émaillées. Les chapiteaux sont généralement ornés de stalactites rectilignes.

Enfin, en Turquie, certaines colonnes ont leur décoration en cannelures à forme de zigzags ou de



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 20:36

page 115

losanges; d’autres sont cylindriques, en porphyre ou en marbre, avec des bases en bronze. Les chapiteaux ont une forme en « cristallisations ».

Si nous récapitulons les caractéristiques les plus marquantes des plafonds, nous voyons que, à cause de la rareté du bois, les procédés de charpente sont souvent médiocres et dissimulés par l’habileté des compositions décoratives qui les recouvrent.

Ces compositions, sculptées dans le bois ou peintes et rehaussées de dorures, dérivent, dans presque tous les pays musulmans, des principes de la polygonie et des entrelacs.




_________________________





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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 20:47

page 116

BIBLIOGRAPHIE DES II°, III° et IV° CHAPITRES


Bourgoin. — Les éléments de l'Art Arabe. Paris, 1879,
Id. — Précis de l'Art Arabe. Paris, 1889.

Coste (P.). — Les monuments du Caire. Paris, 1837.
Id. —Les monuments modernes de la Perse. 1867.

Prisse d’Avennes. — L'Art Arabe d'après les monuments du Caire.
Id. — La décoration Arabe. 1880.

Herz Bey. — La Mosquée d'Hassan, au Caire. 1900.

Gayet. — L'Art Arabe. Paris.
Id. — L'Art Persan. Paris.

Owen (Jones) et Goury. — Plans et détails de l'Alhambra. Londres, 1842.

Marçais (W. et G.). — Les monuments Arabes de Tlemcen. Paris, Fontemoing, 1903.

Saladin (H.). — Manuel d’Art Musulman. L'Architecture. Paris, Picard, 1902. (Nouvelle édition, par G. Marçais.)

Calvert (A.-F.)- L' Alhambra. Londres et New-York, 1907.

Girault de Prangey. — Monuments Arabes et Mauresques de Cordoue, Séville et Grenade. Paris, 1839.
Id. -  Choix d'ornements Mauresques de I'Alhambra.

Parvillée. — Architecture et décoration Turques au XVe siècle. 1874.

Fergusson. — Architecture at Beyapoor. Londres.

Hope et Fergusson. — Architecture of Ahmedabad. Londres.

Le Bon (G.). — La civilisation des Arabes. Paris, Firmin- Didot, 1884.
Id. — Les civilisations de l'Inde. Paris, Firmin-Didot» 1887.


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 21:02

page 117

CHAPITRE V

__________

L’Art décoratif architectural Berbère.

__________

Depuis les temps les plus anciens, des groupements d’indigènes indépendants s’installèrent dans les régions montagneuses de l’Algérie, comme dans celles du Maroc, et refusèrent toujours de se soumettre aux lois et aux coutumes qui régissaient les autres régions. C’est ce qui explique, dans le domaine qui nous intéresse, les caractéristiques si profondément originales de l’Architecture et de l’Art décoratif Berbères, si complètement différentes de celles de l’Art Hispano- Moresque.

Il n’entre pas dans le cadre de notre étude de discuter sur l’origine des Berbères. Cette question a fait l’objet de maintes controverses ; mais il semble que les historiens s’accordent à reconnaître l’impossibilité de découvrir la source primitive de ces races dont les types sont assez divers, et dont les plus singuliers sont blonds.

Au cours des voyages que j’ai eu l’occasion de faire, il y a déjà quelques années, dans le Haut-Atlas Marocain, j’ai pu observer et dessiner quelques-uns de ces types blonds dont la présence, au milieu des races


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 21:10

page 118

marocaines profondément brunes, surprend et déconcerte.

C’est principalement dans ce Haut-Atlas, qui dresse ses imposantes cimes neigeuses au sud de Marrakech, que l'on peut étudier les caractéristiques les plus remarquables de l’art architectural berbère au Maroc.

C’est dans ces massifs montagneux que l’on trouve, accrochés à des pics rocheux et surplombant des ravins sauvages, ces casbas ou châteaux-forts qui assuraient la protection des villages groupés aux alentours.
Ces forteresses, qui portent en langue Berbère le nom de « Tighremt », évoquent à plus d’un point de vue nos cités du Moyen-Age, dont celle de Carcassonne est un des plus admirables spécimens.

Mais leurs origines sont probablement pourtant très antérieures à l’ère chrétienne et sont peut-être issues des civilisations orientales primitives. Il est intéressant de remarquer, à ce sujet, combien la forme des tours et des bastions des casbas berbères évoque puissamment l’architecture chaldéenne et assyrienne.

L’une des plus importantes est la Casba de Telouet, située sur le versant sud du Grand-Atlas, dans le pays des Glaoua, qui est le fief du Caïd Hadj Thami Glaoui, pacha de Marrakech (fig. 75, page 119).

Cet imposant château-fort se dresse sur un plateau aride et dénudé, à 1900 mètres d’altitude. Il se-compose de deux enceintes fortifiées au milieu desquelles domine le château du caïd, tout hérissé de tours crénelées qui forment, avec leurs fenêtres étroites et grillagées (fig. 77, page 122) et leurs encorbellements, un ensemble vraiment saisissant.
Les tours, dont on retrouve la forme dans de nombreuses casbas berbères, sont construites sur un plan carré et beaucoup plus étroites au sommet qu’à la base,



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Lun 10 Fév - 21:13

page 119



Fig. 75 - La casba de Telouet ( Haut-Atlas)
(dessin d'après une aquarelle de l'auteur)


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mer 12 Fév - 8:51

page 120

ce qui, comme je le signalais plus haut, rappelle très singulièrement le caractère des palais babyloniens.

Celles de Telouet sont en pisé, de la couleur rougeâtre de la terre jusqu’à la partie supérieure, laquelle est parfois peinte en blanc, à la chaux (fig. 76, page 121).
Des dessins géométriques très rudimentaires, composés de carrés et de triangles, sont tracés en creux dans les murs.

Le docteur Paris, qui a eu, il y a quelques années, le privilège d’accomplir de longues randonnées à travers l’Atlas marocain, a décrit et a dessiné avec beaucoup de netteté et de précision les nombreux aspects de Tighremt, et en a relevé minutieusement les principaux motifs décoratifs, qu’il a réunis dans un ouvrage qui constitue actuellement une des documentations les plus remarquables sur ce sujet (1).

Nous donnons ici quelques croquis de chapiteaux d’après les dessins du docteur Paris.

A Tagoulast, chez les Ait Mgoun, un type de fenêtre assez original est orné d’un balcon en bois, sans garde-fou, qui fait penser aux pont-levis du Moyen Age.
Dans certaines maisons de la tribu des Mtougga Kahisa, la forme des fenêtres est trapézoïdale, Quelques-unes sont décorées de bandeaux de bois sculpté.
Chez les Mesfioua, il faut remarquer les fenêtres en forme de rectangle en largeur, très basses et décorées de motifs géométriques (fig. 79, page 124).

Enfin, un type d’ouverturë assez usité dans les maisons berbères se compose de deux encadrements rectangulaires superposés, constitués par des poutrelles



(1) Docteur Paris : Documents d'Architecture berbère (collection Hespéris). Larose, éditeur.



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mer 12 Fév - 8:54

page 121



Fig. 76 - Une tour dans la casba de Telouet.
(d'après une aquarelle de l'auteur)


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mer 12 Fév - 16:09

page 122

grossièrement décorées de motifs triangulaires. Examinons maintenant les colonnes et les chapiteaux.

Nous avons vu que les maisons berbères sont construites en pisé. Ce système de construction est complété par des planches posées sur des rondins non équarris.
Souvent, cependant, cette formule si pauvre est agrémentée de portiques et de galeries ornées de colonnes et de chapiteaux en bois sculpté.
Dans le Riad de la Zaouïa d’Aghbalou, chez les Ida ou Bouzia, le docteur Paris a relevé des

« colonnes et des chapiteaux en bois d’arar, paraissant de fabrication ancienne, remarquables par la complexité et l’élégance des dessins. Les colonnes, formées de troncs d’arbres, appuient sur le sol par leur extrémité la plus effilée. Elles sont soit de section carrée en haut et à pans coupés dans le bas, soit carrée dans le haut et cylindrique en bas (fig. 80, page 125).
Les dessins sont plus ou moins compliqués, mais toujours géométriques (lignes droites ou cercles). Ils ont été gravés dans le bois au moyen d’un instrument pointu. Ils sont en creux (1). »



(1) Docteur Paris : Documents d’Architecture Berbère.




Fig. 77 - Une fenêtre grillagée.
Casba de Telouet.


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mer 12 Fév - 16:17

page 123

J’ai eu l'occasion, dans mon voyage à Telouet, de faire une halte à Zerekten, dans la maison du Cheikh ou Tourza, frère du Caïd des Glaoua.
La terrasse couverte est supportée par des colonnes de bois sculpté d’un style très particulier et d’une forme très bizarre. Leur fût est notamment composé alternativement de portions rondes et de portions carrées, agrémentées d’encoches rudimentaires.



FIG. 78. - Type de Tighremt (Haut-Atlas). Décors peints.

Quant aux chapiteaux, les plus curieux sont ceux dont les extrémités recourbées sont une évocation primitive des volutes de l’ordre ionique (fig. 81, page 126).

Dans la région des Mesfioua, à Assloun, la Maison du Cheikh a ses plafonds supportés par des colonnes de forme cylindro-conique. « Les chapiteaux sont soit en forme de hennin, soit découpés à leur face inférieure. Quelques-uns sont ornés de dessins géométriques gravés dans le bois, ou même incisés, et aussi peints en rouge. » (Fig. 82, page 127.)

Une des plus étonnantes casbas du Sud Marocain est celle d’Animiter dont le bon peintre Majorelle a tiré



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mer 12 Fév - 16:23

page 124

des compositions d’un caractère profondément original.

Ce type de Tighremt est formé d’une masse centrale flanquée de quatre tours d’angle, toujours plus étroites au sommet qu’à la base. La partie inférieure est en pisé et le haut peint en blanc, à la chaux, comme à Telouet.



FIG. 79. — Une fenêtre du type « Mesfioua » (Haut-Atlas).

Mais les détails d’ornementations sont beaucoup plus nombreux que dans la plupart des autres casbas. Le sommet des tours est orné de merlons de forme allongée et pointue, que nous retrouverons du reste sur les minarets du Sud algérien. Les fenêtres étroites sont encadrées d’arcades aveugles d’une forme aiguë, creusées dans le pisé.
Dans le même caractère est la Gasba d’Ounila (fig. 83, page 128) (1).



(1) Depuis que ce chapitre a été rédigé, j’ai pu faire un voyage dans les territoires du Sud marocain récemment pacifiés. J’ai admiré, dans les régions du Dadès et du Todra, de nombreuses Casbas de types très variés, et dont le décor mural, composé de motifs géométriques rectilignes, est remarquable. On en trouvera une impression par le dessin reproduit dans cet ouvrage (fig. 84, page 129).


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mer 12 Fév - 16:28

page 125

Un type assez curieux se rencontre dans le Moyen- Atlas qui rappelle, par sa forme extérieure, celles du Sud marocain; mais la qualité de la terre employée pour le pisé des constructions étant parfois très différente, selon les régions, il en résulte un aspect très spécial, dû aux colorations. Je citerai en exemple les châ teaux-forts d’Engil, que j’ai eu la chance de visiter lors des dernières opérations militaires dirigées par le regretté général Poeymirau.

La forme des tours est un peu différente de celles du Sud. Elles sont construites sur un plan carré, mais les murs restent régulièrement verticaux jusqu’à une bonne moitié de leur hauteur et ne se rapprochent que dans leur partie supérieure. Le sommet est parfois crénelé, mais la plupart des tours étant en mauvais état, il est difficile de préciser la forme régulière de ces créneaux (fig. 85, page 130).




Fig. 80 - Colonne et chapiteau.
Style berbère du Haut-Atlas.


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mer 12 Fév - 16:37

page 126

Mais, ce qui est particulièrement curieux à Engil, c’est, à certaines heures, la teinte gris bleu étrangement pâle qui, recouvrant l’assemblage chaotique de bastions, de tours et de terrasses, de niveaux très divers, groupés comme au hasard, dans un paysage dénudé, évoque des contes fantastiques de Wells.

Une région berbère fort intéressante, qui fut longuement étudiée par mon si regretté ami, l’éminent écrivain Edmond Doutté, est celle des « Haha », près de Mogadbr.

« Les Haha écrivait-il dans son remarquable ouvrage (1) intitulé En tribu, bâtissent souvent de belles demeures : un grand nombre de maisons, celles surtout où le propriétaire est ou a été « Cheikh », sont ornées d’une ou plusieurs tours ou borJ : ce sont des « Agadir ».



Fig. 81. — Chapiteau.
Style Berbère du Haut-Atlas.

Quant au mot arabe Borj, il est curieux d’y retrouver le grec Burgos et l’allemand Burg. Il y a des tours carrées et d’autres rondes. Ces dernières sont souvent ornées de jolis créneaux. Elles servent de magasins, mais elles sont construites avant tout pour le guet et la défense; quelques-unes peuvent, nous dit-on, contenir trois étages de tireurs.» (Fig.86, page 131)

M. Masqueray, à ce propos, avait signalé que, dans l’Aurès, autrefois, les villages étant en état de guerre



(1) Edmond Doutté : En tribu. 1914.


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mer 12 Fév - 16:43

page 127

perpétuel ; « chacun d’eux avait ses tours d’observation, tours carrées » isolées, du haut desquelles les vedettes observaient la plaine et les défilés. Ces tours frappaient vivement les yeux, entre Menaa et Nara, autour de Bouzina, à Tar’it, du côté du col de Tiranimine » (1).



FIG. 82. — Chapiteau. Style berbère du Haut-Atlas.

Puisque nous parlons de l' Algérie, c’est le moment de noter les caractères principaux de ses monuments berbères du Sud, et tout particulièrement de ceux de la région du Mzab, " plateau rocheux et isolé placé au seuil du Sahara ".

C’est un étonnant pays où, dressés dans une lumière ardente, les minarets bizarres qui dominent les maisons basses des villages font penser à certains aspects soudanais.
Ces impressions s’expliquent du reste fort justement par le fait que les anciennes tribus berbères de cette



(1) MASQUËRAY.



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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Mer 12 Fév - 16:49

page 128

région étaient en relations régulières avec le Soudan.

Un des spécimens les plus anciens, celui de la Mosquée de Ghardaïa, qui daterait du XI° siècle, a été minutieusement décrit par M. Marcel Mercier dans son intéressante étude sur « La civilisation urbaine au Mzab » (fig. 87, page 132).



Fig. 83 - La Casba d’Ounila (Haut-Atlas). Décors en creux.

« Sa forme est celle d’un tronc de pyramide se terminant à son faîte par un ornement typique : quatre doigts dressés vers le ciel... Il est construit entièrement en calcaire aggloméré et revêtu de « Tichemt » ; aussi, possède-t-il une teinte d’un violet rose qui devient rouge vif au soleil couchant. Ses parois ont plus d’un mètre à la base, pour ne plus compter au faite que trente centimètres. Sa hauteur est de vingt mètres. Un lourd pilier de blocage occupe la partie centrale intérieure ; entre ce pilier et les flancs de la tour, gironne un escalier de 122 marches qui permet d’accéder au sommet... En coupe, cet escalier donne juste passage à un homme ; des archères trop rares donnent une lumière incertaine lors de l’ascension...
« Un autre minaret, de dimensions beaucoup plus


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MessageSujet: L'art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934   Ven 14 Fév - 8:11

page 129

modestes, a été bâti avant celui-là : on l’aperçoit à côté du premier, il est du même type que lui. Tous les minarets des villes du Mzab sont d’ailleurs construits dans ce style ; il n’est pas jusqu’à Metlili qui n’ait son minaret pyramidal, mais le sien est blanchi à la chaux, à la différence de ceux des villes Abadhites.



FIG. 84. — Une casba à Aït-Aissi (Dadès).

Les ornements dressés du minaret de Melika portent des boules de faïence blanche sur leur sommet : ces boules sont une réminiscence des œufs d’autruche qui devaient jadis orner le faîte des minarets Mzabites (1). »

Ces minarets servaient, non seulement pour l’appel de la prière, mais aussi et surtout comme tour de guet. M. Mercier signale à ce propos que les habitants du Mzab appellent ces minarets « Assas », nom arabe



(1) Mercier (M.) : La civilisation urbaine du Mzab. Alger, 1922.



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L'Art décoratif musulman, Gabriel-Rousseau, 1934
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