Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 LES ARTS DECORATIFS AU MAROC

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Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Lun 7 Oct - 7:05

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CARACTÈRES DE L'ART HISPANO-MAURESQUE AU MAROC

domination des Béni Ifren, une autre dynastie locale, ne semble avoir rien changé aux conditions de l'art : l'ère des grands mo­numents ne s'était pas encore ouverte.
Mais aux XI° et XII° siècles avec les Almoravides, puis avec les Almohades, des dynasties issues du Maroc refont l'unité de l'Oc­cident musulman et dominent l'Espagne. Le Maroc, berceau et centre de leur Empire se couvre de monuments: il devient même un des foyers de l'art hispano-mauresque.

Dès cette époque, l'art hispano-mauresque au Maroc apparaît comme un art dynastique et il gardera toujours ce caractère: les plus grands ensembles et les plus durables sont dus aux souve­rains. Autant et peut-être plus qu'en Occident, ce furent eux qui firent avancer l'art. Souvent l'impulsion, les goûts et même la fantaisie d'un souverain ont laissé des traces visibles. Mais si tous les souverains bâtisseurs ont repris le même programme monumental, s'ils ont édifié des fortifications et des ponts, des mosquées, des médersas et des palais, il s'en faut que tous aient attaché leur nom à quelques monuments. L'art au Maroc est étroitement lié aux événements historiques: dès qu'un souverain énergique sait imposer partout sa puissance, que par la force, et même par la terreur, il a fait régner dans le pays une paix relative, dès que les impôts ou les exactions lui ont procuré des ressources, les villes voient les monuments s'élever nombreux, quelquefois avec une hâte fébrile. Mais, l'une après l'autre, toutes les dynasties se sont effondrées dans l'anarchie. Les intri­gues de palais, les compétitions pour le trône, plus encore les rébellions et les luttes des tribus ont livré le pays au désordre, aux guerres, au pillage. En de telles périodes, les souverains sans cesse menacés n'ont rien bâti de durable. Les hommes se sont défendus derrière les murailles de leurs ancêtres, ont prié dans leurs mosquées, ont vécu dans leurs maisons. Dans un pays

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Lun 7 Oct - 7:11

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CARACTÈRES DE L'ART HISPANO-MAURESQUE AU MAROC

anarchique, l'art hispano-mauresque est resté spasmodique, dis­continu.

Cet art a toujours été, on le sait, un art urbain: il se retrouve dans les grandes villes des plaines et de la côte où l'autorité du sultan et surtout les habitudes de la civilisation musulmane s'im­plantèrent sans peine. A l'intérieur de ce domaine assez restreint, bien rares sont les véritables villes d'art. Seules sont riches en grands monuments les cités qui, à une époque de leur histoire, ont été des capitales. Aussi, en dehors de Fès, qui resta à toutes les époques un grand centre intellectuel et économique, bien peu de villes présentent des monuments de tous les âges. Dans toutes les cités l'art monumental a connu de longs sommeils et ce simple fait a contribué à donner aux villes marocaines des phy­sionomies différentes qui reflètent des histoires dissemblables.

Aux heures sombres, on ne se souciait pas même d'entretenir les monuments des époques de gloire. Jamais nouvelle dynastie ne continua les œuvres de ses prédécesseurs et adversaire; mais elle les démolit quelquefois. Nos cathédrales françaises sont souvent l'ouvrage de plusieurs siècles; si l'effort qui les produisit fut inégal, toujours il fut poursuivi ou repris. Lorsque nous les parcourons, nous sentons en elles l'œuvre d'une foule innombrable de morts, illustres ou obscurs, qui se sont unis dans une même pensée et comme tendus dans un même effort. Œuvres de tout un peuple, nous aimons en elles tout notre passé. Au Maroc, au-dessus d'une foule presque sans patrie, facile, à rassembler et difficile à maintenir, dure à la misère et incapable d'effort prolongé, se sont élevés de temps à autre de grands ambitieux. Le pays tout entier s'est agité pour réaliser leur rêve trop souvent égoïste, rarement issu d'une pensée profonde et vraiment humaine. Mais la mort du souverain abandonne à la ruine ses monuments, dans un pays où l'idée

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Lun 7 Oct - 7:14

Pl. XXIII


MARRAKECH. BOU AGNAOU :
Ecoinçon, XII° siècle.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Lun 7 Oct - 7:17

Pl. XXIV


MOSQUEE DE TINMAL : PALMETTE ET CHAPITEAUX.
XII° siècle.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Lun 7 Oct - 7:25

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CARACTÈRES DE L'ART HISPANO-MAURESQUE AU MAROC
de l'Etat ne discipline pas la poussée incohérente des énergies individuelles. Rarement les vivants ont eu souci de prolonger le geste des morts. Seuls les édifices religieux ont dû au service des biens de mainmorte (habous) (1) un entretien parcimonieux et intermittent.

On se demande comment, dans une vie si heurtée, l'art hispano-mauresque a pu connaître un développement continu: il aurait dû, semble-t-il, à chaque floraison nouvelle, apparaître renouvelé par des influences étrangères, ou tout au moins par les change­ments du goût qui, chez nous, semblent inévitables. Il n'en fut rien: l'art hispano-mauresque au Maroc resta étroitement lié à l'art d'Espagne où il puisa après les périodes de stérilité. L'Espagne musulmane disparue, il fut incapable d'innover et même de se maintenir.
La condition même des artistes, leurs habitudes d'esprit et de travail condamnaient l'art hispano-mauresque au Maroc à n'être qu'un art de traditions très étroites.
En apparence, nous sommes bien mal renseignés sur les artistes marocains du passé. Par exception, les historiens nous ont transmis le nom de tel architecte ou de tel artisan; de leur vie ou de leurs autres travaux nous ne savons rien. Dans toute la littérature de l'Islam occidental on n'a trouvé aucun ouvrage qui traitât des questions d'art, si l'on excepte quelques pages d'Ibn Khaldoun dans ses Prolégomènes (fin du XIV° siècle). Mais les artistes marocains d'aujourd'hui nous font comprendre ce que furent les maîtres d'autrefois. Sans doute leur habileté technique, leur sens artistique même sont en pleine décadence; mais dans ce pays qui a eu le don de conserver, engourdies et

(1) Ce service réorganisé et contrôlé par le Protectorat, assure aujourd'hui l'entre­tien des édifices religieux qui ne sont pas confiés aux Monuments Historiques, ainsi que la marche régulière d'institutions de bienfaisance.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Lun 7 Oct - 7:32

48
LES ARTISTES MAROCAINS
lentement défaillantes, des formes de civilisation et de pensée que des peuples plus actifs dépassaient, nous voyons dans les artisans de nos jours des reflets pâlis mais fidèles de leurs devanciers.
Aujourd'hui comme autrefois les artistes ne se distinguent pas du commun des artisans. Tout au plus Ibn Khaldoun classe-t-il architectes, sculpteurs, peintres et céramistes, parmi les ouvriers qui pratiquent des métiers de luxe. Pas un seul instant il ne se demande s'ils doivent avoir une autre activité spirituelle que des manœuvres (1).

Aussi n'existe-t-il aucune culture artistique générale; un peintre sur bois ignore tout de la sculpture. Nul indigène ne pourrait donner à la fois le dessin d'un motif de plâtre, le carton d'un tapis ou d'une étoile, le tracé d'un motif de zellij.
Devenir artiste n'est pas, au Maroc, obéir à une vocation impé­rieuse et faire naître en soi une force créatrice c'est plus sim­plement apprendre un métier, s'assimiler les secrets d'une tech­nique. L'artiste marocain apprend à la fois et de la même façon le répertoire décoratif dont il usera et les procédés manuels qui lui sont nécessaires: nulle distinction entre la forme et la matière, l'inspiration et l'exécution. Pareille conception de l'éducation artistique semble paradoxale, voire irréelle, elle traduit pourtant des faits constants et universels en ce pays.

Aussi les arts hispano-mauresques au Maroc en sont-ils arrivés à avoir une série de répertoires décoratifs parallèles et indé­pendants: aujourd'hui le décor floral n'est pas le même dans le plâtre, le cuivre ou le bois peint. Dans chacune de ces matières il a retenu les formes des époques où chaque technique a atteint son apogée.


(1) Ibn Khaldoun, Prolégomènes, traduction de Slane, tome II, p. 362 et suivantes.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Lun 7 Oct - 8:12

Pl. XXV


MOSQUEE DE TINMAL : ARCS LOBES DE L'ORATOIRE.
(XII° siècle)


Dernière édition par Paul Casimir le Jeu 10 Oct - 18:56, édité 1 fois
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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Lun 7 Oct - 8:16

Pl. XXVI


RABAT. BAB ROUAH. Façade.
(XII° siècle).


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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Lun 7 Oct - 8:22

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LES ARTISTES MAROCAINS

Certes autrefois l'esprit décoratif ne dut pas avoir cette étroitesse puisque des motifs émigrèrent d'une technique dans une autre. Y eut-il jamais, en ce temps-là au Maghrib des hommes comparables aux grands maîtres d'œuvre de nos cathédrales? Nous l'ignorons; mais à voir la magnifique unité de conception de certains monuments, on le croirait.

Cette formation artistique avait pourtant quelques avantages: tous ceux d'abord que vaut la longue fréquentation d'un atelier, la leçon directe et la constante surveillance du maître. Les artistes des anciens temps ont eu de rares qualités de facture: ils ne savaient qu'un métier, mais ils le savaient bien. Par ailleurs, aux époques d'activité de l'art, l'effort de création des artistes se trouva en quelque sorte canalisé; au lieu de s'égarer en surface, il se faisait en profondeur. Au rebours de tant d'artistes contemporains qui veulent faire œuvre originale à tout prix, qui pensent naïvement pouvoir se libérer de toute tradition, qui tentent l'immense effort de réaliser quelque esthétique nouvelle et de faire naître à foison des formes inédites, l'artisan hispano-mauresque acceptait toujours la plus large part des leçons du passé. Jamais on n'assiste, ni en Espagne ni au Maghrib, à une révolution ni même à un tournant brusque de l'art. Lorsque les formes de détail se modifient, elles ne le font que lentement; quand l'esthétique change, elle accepte, en les transformant, les formes et les procédés des époques antérieures. L'art hispano-mauresque, avant de se figer au Maroc, avait évolué sans hâte et sans heurt, mais dans le domaine limité où il s'efforçait, il avait parfois atteint à la perfection.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 8:53

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L'ESTHETIQUE HISPANO-MAURESQUE

2. — L'architecture et l'esthétique hispano-mauresques :
la place faite au décor.

A considérer ce qu'étaient, ce que sont encore les artistes au Maroc, on a l'impression d'entrer dans un autre monde artistique où nos notions occidentales ne valent pas. Pour peu qu'on soit sincère avec soi-même, on aura devant le décor hispano-mauresque la même impression de dépaysement, si enchanteur que puisse être ce premier contact. Aussi ne semble-t-il pas inutile de réfléchir un instant sur l'esthétique de cet art et sur la place qu'elle fait au décor.

Rien de plus simple, en son principe, que la silhouette d'un monument hispano-mauresque (pl. XVII, XVIII et XIX) : la masse principale de l'édifice déploie de larges horizontales qui se relaient ou s'étagent. Les verticales sont d'une netteté absolue : jamais la pente d'un contrefort, le ressaut d'un gradin ne viennent les adoucir; tout au plus une corniche fort simple, bandeau unique ou combinaison de bandeaux, les acheve. Sur la base solide de ces grandes lignes calmes, viennent se poser les pyramides quadrangulaires des toits qui couvrent les coupoles, et ceux à double pente des nefs. Ce sont des lignes d'un élan modéré qui jamais ne donnent, comme les toitures ou les flèches de nos églises gothiques, l'impression d'une montée infinie en plein ciel. Seuls les minarets dominent du front ces monuments étendus à leurs pieds; mais jamais ils ne fusent, nombreux et sveltes, comme ceux des mosquées orientales. Le minaret maghribin (pl. XX) est une tour carrée et large qui élève ses parois verticales sans hâte, d'une force sûre d'elle-même, qu'un bandeau décoré et une couronne de

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 8:56

Pl. XXVII


MARRAKECH. MINARET DE LA MOSQUEE BEN SALAH
(XIV° siècle).

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 8:58

Pl. XXVIII


PORTE DE CHELLA
( XIV° siècle ).

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 9:03

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LA PLACE FAITE AU DÉCOR

merlons dentelés achèvent sans raideur. Mais de cette plate-forme surgit un lanternon plus frêle aux parois ajourées par de hautes baies, qui reprend et achève, d'un mouvement plus léger, l'élan mesuré de la tour. Sauf sur ces minarets, bien peu de décor extérieur, bien peu de lignes saillantes. Seules les portes, jettent en avant leurs massifs épais; souvent aussi leur tympan s'orne de sculptures et une haute corniche décorée met à leur front des ombres légères ( Pl. XXXIV ). Elles annoncent aux passants, que pourraient décevoir la sobriété extérieure de l'édifice, les richesses décoratives qu'il recèle. En effet, le décor hispano-mauresque s'applique surtout aux intérieurs : il orne des cours et des salles.

Il est aussi un décor presque libre de toute nécessité architectonique. Les Andalous et leurs élèves furent des architectes de plus en plus médiocres: de propos délibéré, ils abandonnèrent à peu près la voûte et ses difficultés; la coupole elle-même fut souvent chez eux un simple dôme de charpente apparente ou déguisée qu'un mur de moyenne épaisseur suffisait à contrebuter. La charpente en architraves ou en fermes très simples devint le mode de couverture habituel. Ainsi ils évitèrent tous les efforts que fit l'Occident chrétien et surtout la France pour couvrir de voûtes des édifices vastes, élevés et bien éclairés. Ils ignorèrent aussi les beautés multiples qui naquirent de tous ces essais, de toutes ces luttes contre la matière: ils se vouèrent à cette plastique très simple, grande quelquefois, mais monotone. Tout l'effort des artistes porta sur le décor. Dans ce domaine même, nulle difficulté, nul besoin de faire une beauté d'un membre d'architecture utile: les surfaces à décorer étaient de grands murs plans, des linteaux ou des piliers, des arcades et des coupoles assez simples.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 9:22

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L'ABSENCE DE LA VIE

A ses débuts, l'art hispano-mauresque sculpta dans la pierre et aima bâtir en pierre de taille. Mais de plus en plus, l'usage oriental de la brique et au XII° siècle celui du béton rendirent général l'emploi de l'enduit épais que Ton appliquait déjà sur le moellon dégrossi. Enduit et revêtements do bois et de faïence devinrent la règle. Dans toutes ces matières, il était facile de produire vite et à peu de frais un décor abondant. Il devint même nécessaire d'avoir un décor couvrant pour masquer la médiocrité de plus en plus accusée de l'appareil. Par ce divorce de l'architectonique et du décor, l'art hispano-mauresque prolonge, en la dépassant, la tradition de l'Orient.
Ce décor, qui opposait sa richesse à la nudité des extérieurs, régnait en maître dans son domaine, hors de toute gêne, libre de se développer pour lui-même plus que partout ailleurs. Mais une immense restriction s'imposait à lui: il devait ignorer les joies et les ressources infinies des formes vivantes.

3. — Les procédés et les éléments du décor.


L'ABSENCE DE LA VIE — Déjà les arts de l'Orient hellénistique, et, à leur suite, les arts de tout le monde méditerranéen, avaient vu à partir du IV° siècle de notre ère décliner le sens de la vie en même temps que la statuaire et la ronde-bosse. Les bas-reliefs du temps de Constantin alignent des files monotones de lourds personnages d'un modelé sommaire : c'était vraiment le crépuscule d'un peu de la beauté grecque. Un décor floral ou géométrique, incisé plutôt que sculpté, qui unissait de vieux thèmes orientaux aux formes hellénistiques, venait prendre au front des monuments la place des dieux et des hommes.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 9:27

Pl. XXIX


CHELLA. TOMBEAU D'ABOUL ' HASSAN
( XIV° siècle ).

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 9:30

Pl. XXX


FES. MEDERSA ATTARINE
( XIV° siècle ).

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 9:37

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L'ABSENCE DE LA VIE

L'Islam vint achever un mouvement que le déclin d'une technique avait amorcé. De vieilles craintes d'origine magique, des textes obscurs interprétés dans un sens de plus en plus étroit, finirent par bannir pratiquement les représentations d'êtres animés. La Perse et l'Inde cependant nous ont laissé le trésor de leurs miniatures. Mais en dehors de ces pays et de cette technique, les exceptions, assez nombreuses aux premiers siècles de l'Hégire, se firent de plus en plus rares. Les derniers rois maures de Grenade cependant ne purent résister à la tentation des images à laquelle les exposait, avec l'exemple de l'Orient, le voisinage du monde chrétien : les lions et les célèbres peintures de l'Alhambra, semblent présager en Occident le recul du vieil esprit iconoclastique. Au Maroc pourtant, l'interdiction isla­mique fut entendue en son sens le plus absolu. L'art berbère, qui ignorait les images, ne put exercer d'influence contraire.

L'art islamique gardait pourtant un moyen d'être un art riche de sens et vraiment humain. L'Egypte et l'ancien Orient, l'art chrétien lui-même, avaient parfois préféré à l'image le symbole qui semble parler au cœur une voix plus secrète et par là plus émouvante. Mais l'art islamique avait sans doute bien peu de choses à dire, car il négligea les signes de la pensée comme la vie elle-même. Il reste un pur décor, vide d'idées; toujours semblable à lui-même il s'appliqua au palais comme à la mosquée et il ne fut à toutes choses qu'un uniforme et splendide vêtement de luxe. Bien rarement on saisit en lui quelque chose de la pensée profonde d'une époque: il ne traduit que des idées et des sentiments esthétiques, Il est un poème de lignes abstraites qui n'exprime que sa propre beauté.

Mais l'Islam a aimé de plus en plus couvrir ses monuments des longs alignements des inscriptions. Tandis que l'Occident chré­tien faisait de ses églises des livres du peuple, des Bibles aux

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 9:42

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LE DÉCOR GÉOMÉTRIQUE

images de pierre ou de lumière, il aurait pu faire de ses monuments de beaux livres aux amples marges décorées. Cette conception, qui n'eût pas manqué de grandeur, ne se réalisa point. Abondante, l'épigraphie musulmane est monotone; rare­ment une inscription historique, un poème à la louange de l'édi­fice se lisent sur les murs. Partout ailleurs ce sont les mêmes passages coraniques, les mêmes banales eulogies. Dans l'art, où se reflète la monotonie d'une liturgie rudimentaire, on ne saisit nulle trace d'une pensée religieuse active. Les sanctuaires de l'Islam citent le Coran et égrènent des litanies comme des musulmans lettrés.
De quelles imaginations abstraites le décor hispano-mauresque va-t-il composer son décor étranger à la vie ?


LE DECOR GEOMETRIQUE. — En premier lieu il a employé le décor géométrique sous toutes ses formes. Sans cesse il use de l'opposition des lignes: comme l'art berbère, il sait associer, opposer, croiser les mouvements des droites. Mais le plus souvent il dédaigne ces combinaisons d'une vigueur un peu raide pour unir aux courbes des éléments rectilignes : les entre­lacs architecturaux ont à la fois de la souplesse et de l'accent (fig. 21). Mais il est avant tout amoureux de la courbe: jusque dans son décor géométrique, il ménage, avec une admi­rable sûreté, leur harmonie ou leur opposition. Très tôt il a compris quelle valeur avait l'opposition de la courbe et de la contre-courbe: les grands arcs lobés des portes almohades restent les témoignages les plus parfaits de ces tendances (pl. XXII, XXIII).
A ce perpétuel jeu des lignes géométriques, l'art andalou ajoute, à la; suite du Pré-Moyen Age en Orient et en Occident la continuité déconcertante de l'entrelacs (fig. 10). Il évite de

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 9:45

Pl. XXXI


FES. MEDERSA ATTARINE. PANNEAUX LATERAUX
( XIV° siècle ).

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 9:47

Pl. XXXII


FES. MEDERSA ATTARINE. PORTE DE L'ORATOIRE
( XIV° siècle ).

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 8 Oct - 9:54

LE DÉCOR GÉOMÉTRIQUE
55

FIG. 10. - ENCADREMENT ET ARC LOBE A ENTRELACS.
terminer une ligne de façon nette et il la prolonge dans une autre. Les baguettes d'un encadrement, les mailles d'un jeu de fond s'entrelacent sans fin; souvent le cadre et plusieurs motifs dissemblables font partie d'un même et subtil entrelacs à plusieurs branches. Bien rarement l'œil peut se reposer, s'arrêter à quelque limite précise. On a l'impression très vive et presque l'inquiétude de l'indéfini: on se sent un peu égaré dans ce monde où rien ne s'achève. Maintes fois on a voulu voir, dans cette passion de l'entrelacs, l'expression de rêves infinis. Pure fantaisie: chaque système d'entrelacs est refermé sur lui-même. L'art hispano-mauresque ne s'égare pas dans les hautes régions où règne le vertige métaphysique, il se con­tente de tourner en rond et de se répéter indéfiniment.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 9 Oct - 10:49

56


Fig. 11. — ÉCRITURES KOUFIQUES.
- A. Koufique du XII° siècle, Marrakech. Bab Agnaou (pierre}. — B. Koufique du XIV°siècle. Chella (marbre).

Il a reçu aussi d'Orient les polygones étoilés qui projettent en tous sens les prolongements de leurs côtés (pl. XLVI). Toutes ces lignes se raccordent entre elles et l'ensemble forme un réseau d'une incroyable complication. Ces belles étoiles d'où semble jaillir sans trêve tout un monde de lignes ne sont pas le signe d'une imagination inépuisable et diffluente. Pour les construire il suffit d'un tracé géométrique fort simple et d'une grande patience.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 9 Oct - 10:56

57
LE DÉCOR ÉPIGRAPHIQUE


FlG. 11.  —  ECRITURES KOUFIQUES.
- C. Koufique tressé du XIV° siècle. Chella (pierre), — D. Koufique tressé sur rinceaux floraux du XIV° siècle. Chella (pierre). Extrait de « Hespéris ».

LE DECOR EPIGRAPHIQUE. — Le décor épigraphique se rat­tache, par son esthétique, au décor géométrique, surtout dans l'écriture monumentale par excellence : le koufique (fig. 11). Les hampes se dressent verticales et épaisses, mais elles s'élargissent vers le haut puis se terminent par un biseau concave. Sur la ligne elle-même, les corps et les attaches des lettres s'arrondissent en courbes grasses. Les écritures cursives (fig. 12), au contraire, n'emploient que les courbes,

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 9 Oct - 11:01

58
LE DECOR FLORAL

mais elles les unissent avec une infime variété et une souplesse d'invention déconcertante. Nul désordre pourtant dans ce monde de lignes capricieuses: aux belles époques, les hampes se redressent et les attaches s'arrondissent suivant des mouvements d'ensemble faciles à percevoir. Tandis que le koufique est tracé avec une épaisseur presque uniforme, le cursif use toujours des pleins et des déliés.

A vrai dire on se console aisément que l'épigraphie hispano-mauresque soit peu expressive. Les Andalous et à leur suite les artisans marocains ont su utiliser, mieux encore que l'Orient, toutes les ressources plastiques des caractères arabes. Ils ont réalisé sans conteste la plus belle écriture du monde. Pour s'en convaincre, il suffît de suivre les jeux du cursif qui sait tantôt garder de la majesté, tantôt imiter le caprice, et surtout de regarder le koufique défiler lentement de sa grande allure triom­phale.

LE DECOR FLORAL. — Mais le décor hispano-mauresque est avant tout un décor floral. Ce ne sont partout, au premier coup d'œil, que feuilles aux mouvements souples et com­plexes, enroulements de tiges: les monuments semblent tapissés d'une végétation à la fois profuse et disciplinée. L'Islam qui passe pour avoir tant aimé les jardins, n'a-t-il pas voulu con­templer dans ses demeures les mêmes fleurs qui s'épanouis­saient dans les parterres et les vergers enclos de hauts murs ? N'a-t-il pas essayé de poursuivre dans la fraîcheur et la pénombre des salles closes les rêves commencés au grand soleil ou à l'ombre claire des arbres ? Vaine hypothèse. Le décor floral de l'Occident musulman a, dès ses origines, rompu tous liens avec la nature: toutes ses formes, qui furent, à certaines époques, assez riches, se réduisent à un petit nombre de

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 9 Oct - 11:06

59


FIG. 12 - ECRITURES CURSIVES.

A. Cursif simple du XIV° siècle, CHELLA ( marbre ).
B. Cursif andalou sur rinceaux floraux du XIV° siècle. CHELLA 'pierre ). Extrait de "Hespéris".
C. Cursif sur rinceaux floraux du XIV° siècle. Médersa de Salé ( bois ).

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