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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 LES ARTS DECORATIFS AU MAROC

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Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Sam 5 Oct - 20:41

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LES TAPIS BERBÈRES

c'est une grande variété: les motifs de détail et la couleur donnent à chaque tapis une physionomie particulière, en même temps qu'ils adoucissent la sécheresse des grands dessins rectilignes. L'intérieur de ces motifs peut se remplir lui aussi de combinaisons géométriques, quelquefois simples, plus souvent complexes. Dans tous les cas, l'effet obtenu est le même: des mouvements secondaires viennent s'opposer aux grandes lignes de la composition ou les répéter avec de moins en moins de fer­meté, en traits de plus en plus imprécis ou dentelés. La disposi­tion de ces remplissages préfère le rappel à la symétrie absolue.

Mais le charme des tapis berbères vient surtout de leur cou­leur. La gamme des teintes se réduit presque toujours à trois ou quatre tons. Nul bariolage: l'opposition de deux couleurs principales donne au tapis sa teinte générale. Les tonalités sont toujours soutenues et composent des gammes chaudes et sombres. Mais l'absence de teintes intermédiaires, très heureuse dans les tapis à fond blanc du nord du Moyen-Atlas (pi. V), risque­raient de conduire à la dureté. La division du ton, que permettent les motifs géométriques complexes, y remédie, mais plus souvent un dégradé aussi habile que contraire à nos habitudes d'Occi­dent. Il ne passe jamais d'un ton à l'autre par zones horizon­tales ou verticales, mais il procède toujours en oblique et sa marche n'est jamais régulière: tantôt il se ralentit, tantôt il s'affirme, parfois aussi il s'interrompt pour reprendre un peu plus loin. L'impression n'est point celle d'un modelé très doux et pourtant stable, mais celle d'ombres et de lumières chan­geantes que l'épaisseur de la laine rend plus veloutées et plus chatoyantes encore.
Tels sont les tapis de pure tradition berbère, harmonieux mélange de rudesse et de subtilité. Dans les plaines occiden­tales, les influences venues des villes ont modifié le fond primitif

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 9:11

Pl. XIII



BIJOUX BERBERES DU SUD MAROCAIN.

Collection GABRIEL-ROUSSEAU.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 9:18

Pl. XIV

BIJOUX ET ARMES DU SUD MAROCAIN.

Musée de RABAT.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 9:24

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LES ETOFFES BERBERES


Sans parler de certains tapis à motifs floraux, d'ailleurs très récents et qui appartiennent par leur origine aux arts urbains, on trouve quelquefois chez les Ouled Bou Sbâa (région de Mogador) et dans le Sous, des tapis fort curieux (pl. VI et VII). Ils sont d'une laine serrée et courte et d'une composition étrange: c'est parfois un grand losange, parfois un semis de motifs géo­métriques de tailles diverses sur un champ presque toujours uni. Si l'on trouve quelques thèmes urbains, les motifs restent en majorité berbères et se répartissent avec une légère asymétrie. L'harmonie colorée, presque toujours réduite à deux tons fonda­mentaux, est plus foncée encore que dans les autres tapis ruraux. Si ces provinces de l'art berbère ont, sur ce point comme sur tant d'autres, subi la contamination urbaine, l'esprit originel a pris le dessus jusqu'à en rendre les traces à peine visibles.


LES ETOFFES. — Nulle part l'esthétique berbère et les pro­cédés du décor géométrique ne se voient mieux que dans les étoffes de laine décorées. Comme pour les tapis, il s'agit d'une industrie familiale: c'est la femme qui file la laine des troupeaux, et qui, sur le même métier de haute lisse, fabrique ces étoffes. Elles servent à l'habillement ou, lorsqu'elles sont plus épaisses, de couvertures, de tapis de selle, de tentures. Le Moyen-Atlas connaît un manteau de femme d'une grande simplicité: la hendira (pi. XI), simple rectangle d'étoffe jeté sur les épaules et qui, attaché par deux cordons sur la poitrine, a la rigidité et la lourdeur d'une chape. La plupart de ces belles étoffes viennent d'ailleurs du Moyen-Atlas ou de ses abords.

La composition décorative dérive d'un même principe: l'al­ternance de bandes décorées transversales et parallèles entre elles (pl. VIII). Des registres lisses mais de couleurs variées séparent les zones de motifs tissés; rarement les bandes décorées

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 9:29

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LES ETOFFES BERBÈRES


se juxtaposent sans interruption. Très rares sont les motifs longi­tudinaux reliant les registres du décor (pl. IX). En général, on se contente d'équilibrer les grandes masses de la composition.

C'est sur ces larges bandes qu'il faut étudier, dans leur grande simplicité de principe, mais aussi dans toutes leurs nuances de détail, les procédés du décor rectiligne berbère. Les motifs peuvent se ranger sous trois types principaux: le losange, le chevron, les rectangles imbriqués (pl. X et fig. huit). Là comme partout, le décorateur se heurte aux deux mêmes écueils: mono­tonie et dureté, d'autant plus que des lignes plus claires dessinent toujours, sur une étoffe sombre, les linéaments des motifs. Quel­ques procédés simples, mais d'un effet certain, résolvent ce pro­blème. Au lieu de donner à une ligne une forme nette, on lui laisse quelque indécision, quelque flou: tantôt elle est coupée à intervalles rapprochés par de courtes lignes perpendiculaires; tantôt ces traits se retrouvent d'un seul côté. Toute ligne épaisse est évitée: on la compose de plusieurs lignes parallèles ou on lui impose un léger zig-zag. Quelquefois même l'axe disparaît, et des traits perpendiculaires, des séries de larges points ou de carreaux restent seuls à indiquer une direction. D'autres pro­cédés laissent la même impression d'indécision voulue: les pointes des motifs sont légèrement coupées par la bordure; les côtés d'un losange se prolongent puis s'arrêtent.

A côté de cet assouplissement des lignes, on use, dans cer­tains cas, de séparations tranchées. Le décor berbère admet moins dans ses étoffes que dans ses tapis le prolongement indé­fini des mêmes lignes: la juxtaposition des motifs est de règle. L'entrelacs, qui est si cher à l'art hispano-mauresque, ne se ren­contre pas. Il eût risqué d'ailleurs d'être médiocre, car il n'arrive à la souplesse que par la complexité et la technique fort simple de l'étoffe ne l'admet pas.


Dernière édition par Paul Casimir le Dim 6 Oct - 9:34, édité 1 fois
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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 9:33

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LES ETOFFES BERBERES

FIG. 8. - MOTIFS D'ETOFFES BERBERES.

LES ARTS DECORATIFS AU MAROC

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 9:39

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LES ÉTOFFES BERBÈRES


A l'indécision, à la discontinuité des mouvements, s'ajoutent les ressources de la dissymétrie. D'un côté à l'autre d'une même bande on varie les remplissages. Parfois même, dans certaines couvertures du Sud, on dispose dans un même registre plusieurs décors successifs. Mais c'est à la couleur plus encore qu'au des­sin qu'on demande la douceur et la variété. Les taches colorées sont très divisées dans les menus compartiments des remplissages. Un carré ou un losange est presque toujours écartelé pour éviter les bandes de couleur continue. D'autres motifs, sombre sur sombre, accompagnent les dessins de couleur claire, créant des zones d'ombre où les lignes restent vagues. Mais rien dans tout cela de systématique.

La couleur n'est pas seulement l'auxiliaire de la ligne elle vaut par elle-même.
Le Grand-Atlas, et surtout le pays Glaoua, tissent des couver­tures d'une splendide facture (pl. XII): la laine blanche du mou­ton, le poil noir de la chèvre y alternent en larges bandes. Les motifs de détail présentent la même opposition brutale du blanc et du noir. Nulle part le décor n'apparaît avec tant de vigueur. On a essayé d'introduire quelque variété dans cette bichromie: des fils rouges se retrouvent dans les motifs et quelquefois aussi des fils verts. Si quelques bandes de haute laine se détachent souvent, avec un fort relief et des couleurs vives, sur l'étoffe rase, c'est l'opposition du blanc et du noir qui donne à l'œuvre son caractère.

Les burnous du Grand-Atlas usent d'un pareil contraste de deux teintes: à l'arrière et en bas d'un long manteau noir large­ment évasé, se détache un énorme ovale rouge coupé d'une étroite bande de motifs de broderies polychromes. Cette ligne décorée et des losanges brodés qui garnissent le bas du manteau mettent à peine quelques nuances dans ce vêtement de farouche allure.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 9:41

Pl. XV


POIRES A POUDRE DU SUD MAROCAIN.

Collection Jean HAINAUT et Musée de RABAT.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 9:44

Pl. XVI


HAMBIL DE SALE

Ecole professionnelle de fillettes musulmanes de Salé.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 9:49

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LES ÉTOFFES BERBÈRES


Dans les étoffes du Moyen-Atlas et surtout dans celles des Aït Ouaraïn, qui approchent par leur beauté des étoffes kabyles sans toutefois les égaler, règne une polychromie forte et sobre. Bien des traits sont communs avec les tapis à haute laine des mêmes régions: même goût pour les tons soutenus, bruns ou hennés, ocres, violets, rouges ou bleus sombres; môme souci de donner à l'œuvre par le choix de deux teintes dominantes, une tonalité particulière. Le blanc n'intervient ici que pour souligner les lignes essentielles du dessin: parfois même il manque tout à fait. Certains tissus, qui servent de tentures dans le bas et à l'intérieur des tentes, détachent sur un fond noir des motifs rouges, bruns et bleus. Le dégradé, qui est pratiqué avec une singulière finesse dans certaines bandes ne s'applique presque jamais comme dans les tapis, à l'ensemble de la composition.

Certes toutes les étoffes berbères, comme tous les tapis, sont loin d'avoir la même vigueur de composition et la même discrétion de coloris. Parfois — et comment en serait-il autre­ment dans un art familial ? — on trouve bien des gaucheries. Certains embellissements modernes sont d'un goût douteux et même d'une franche laideur. Des fils de soie aux couleurs vives font tache au milieu des motifs de laine ou masquent les dessins sous une multitude de longues franges.

Ces épais tissus méritent pourtant de prendre dans l'histoire des étoffes, une place qui ne sera pas la dernière. Ils nous rap­pellent un temps où le décor du tissu n'était pas encore tombé dans l'insignifiance par l'abus du menu détail inutile, la crainte maladive des grandes lignes et des fortes oppositions de cou­leur. Isolées, ces étoffes gardent toute leur grandeur et toute leur harmonie. Dans le pays même où elles naissent, elles restent ce que l'art produit de plus visible et de plus attachant. Elles mettent partout où elles se trouvent un peu de beauté, et le

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 9:51

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LES TECHNIQUES SECONDAIRES


FlG.- 9. — BOIS SCULPTÉS BERBÈRES.
(Marteaux à sucre et clefs.)
voyageur aime à découvrir, fût-ce sur un haillon ou sur un bât d'animal de charge, quelque ingénieuse combinaison de lignes, quelque alliance imprévue de couleurs.

LES TECHNIQUES SECONDAIRES — Tels sont les domaines principaux du décor géométrique. Mais il existe aussi, dans des objets plus humbles encore, sous des formes plus ou moins pures.

On trouve le bois sculpté en dehors de l'art monumental. Si les portiques de bois décoré des tentes du Moyen-Atlas peuvent encore se rattacher aux colonnes et aux chapiteaux des tighremts, les menus objets d'art mobilier, sculptés au couteau et souvent enluminés, sont nombreux. Ce sont des boîtes de miroirs, des cuillères de bois, des marteaux à sucre, des clefs (fig. 9). Le décor géométrique y est souvent très pur, habile et d'une



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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 10:05

Pl. XVII


UNE VILLE MAROCAINE : TAZA.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 10:10

Pl. XVIII


PLASTIQUE D'UN EDIFICE ANCIEN : UNE MOSQUEE MERINIDE A FES (XIV° siècle).

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 10:17

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ARMES ET BIJOUX BERBÈRES

exécution soignée. La diffusion des ustensiles urbains n'a pas fait abandonner aux Berbères toutes leurs industries fami­liales.

Souvent même ils rivalisent avec l'industrie citadine et essaient de produire eux-mêmes à meilleur compte des objets qui remplacent ceux qu'ils achètent à la ville. Les larges ceintures de Fès, parure indispensable de la mariée, ont été, en certaines tribus, remplacées par de longues et riches bandes d'étoffes de laine. Chez les Ouzguita (bordure du Grand-Atlas au sud de Marrakech) on a tissé d'admirables ceintures a décor géomé­trique. Chez les Jaïa ( vallée de l'Ouergha, au nord de Fès ) des motifs annulaires de batik s'ajoutent à l'alternance des bandes colorées. C'est peut-être pour remplacer des étoffes importées, que les Ait Ouaraïn ( sud de Taza ) font des voiles de tête pour les femmes également décorés de larges motifs de batik.
Mais dans les arts du métal, la contamination urbaine a trans­formé les procédés et les formes du décor.

4.   _  LES  ARTS MIXTES.

LES ARTS DU METAL. — C'est dans le Sud marocain que les arts du métal se sont le mieux conservés. Ils avaient sans doute des attaches profondes dans ce pays où des mines de fer et de cuivre étaient depuis longtemps exploitées; aussi la technique de la métallurgie est restée indigène et ne semble pas avoir connu, comme dans les villes du Nord, l'influence de l'Orient. Par contre, dans la technique décorative comme dans les formes mêmes du décor, c'est un mélange complexe de traditions locales et d'in­fluences étrangères. Les bijoux et les armes du Sud traduisent une

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 10:27

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ARMES ET BIJOUX BERBÈRES

longue histoire d'apports successifs, encore obscurs et en plus d'un point hypothétiques, qu'il n'est point possible d'exposer ici.

Les bijoux berbères ont une précieuse qualité: la force. On ne pouvait pas rechercher à tout prix la matière précieuse: la pauvreté même du pays a conservé la tradition du bijou de bronze, à côté du bijou d'argent; — l'or est à peu près inconnu. Ainsi le goût regrettable des formes grêles et des menus détails inutiles n'a pas, en ce rude pays, affadi l'art des bijoux. Avec moins de finesse, ils ont la même vigueur que les joyaux de l'Egypte ancienne: comme eux, ils sont somptueux et lourds; comme eux, ils se rattachent à une conception de la parure que nous avons longtemps oubliée, mais qui fut toujours celle de l'Orient et des peuples primitifs.

Ces bijoux pesants, qui opposent leur masse aux plis mobiles des draperies, doivent avoir une ligne très pure (pl. XIII et XIV); le plus souvent ils sont de forme géométrique. On ne recule pas devant la simplicité d'une large plaque carrée, ronde ou en losange; mais souvent aussi on évite la rigidité en composant les diadèmes, les grands colliers et les pendants d'oreilles d'un grand nombre de plaques et de pendeloques (pl. XIV). Dans ces ensembles, nulle fadeur : la composition reste claire avec des masses bien équilibrées et des gradations bien con­duites. Si la forme géométrique des bijoux reste dans la tradition berbère, les armes et surtout les poignards opposent des courbes très accentuées. Malgré quelques subtilités un peu vaines, leur ligne reste en général vigoureuse.

Chose étrange dans ce pays qui ignore depuis longtemps les ressources de la ronde-bosse, le métal emploie le haut-relief. Sur certains bracelets se détachent des pyramides lisses ou à gradins; ailleurs le décor comprend des tétraèdres, des étoiles

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 10:34

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ARMES ET BIJOUX BERBÈRES

ou des boules; sur le fourreau des poignards, le métal se bosselé en pyramides.
Au voisinage de ces reliefs, il faut éviter toute mièvrerie dans le modelé. Souvent la plaque de métal du bijou est creusée de défoncements verticaux et même complètement perforée. Dans les objets de cuivre on demande à des appliques de fournir des ombres et des grandes lignes nettement visibles. Les poires à poudre ont ainsi un décor à deux plans (pl. XV). De ce fait, la ciselure qui, comme dans les villes, effleure simplement le mé­tal, n'a plus qu'à modeler des détails secondaires. Le filigrane toujours épais dessine de larges motifs; souvent même il ne fait que cerner le champ des émaux.

Car les bijoux du Sud sont souvent riches en couleur. A la discrétion de l'argent niellé, ils ajoutent les teintes plus vives des émaux cloisonnés: nul bariolage d'ailleurs, mais parfois de dé­licates et difficiles harmonies de bleu, de vert et de jaune. Au centre des plus belles pièces, une pierre ou une verroterie cloi­sonnée met sa note éclatante. Ainsi de la nielle aux émaux et à la gemme, la couleur monte et s'exalte dans les bijoux ber­bères.

Leur facture est donc riche et complexe. Les formes du décor trahissent aussi des sources d'inspiration différentes. Le décor géométrique reste le plus fréquent, mais, à des combinaisons simples de droites il mêle le cercle et ses dérivés. Enfin le décor floral n'est pas rare : tantôt il se compose de rinceaux épais qui détachent de courtes palmes d'allure très archaïque (pl. XV), tantôt il est un jeu de courbes presque abstrait (pi. XIV) ; tan­tôt enfin il montre, sous des types plus nets, la palme hispano-mauresque, l'entrelacs, l'arc lobé et ses dérivés, et le pseudo-koufique: l'inspiration de l'art islamique est ici très visible.

Ces bijoux et ces armes ont pourtant une réelle unité esthétique

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 16:46

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LES ARTS MIXTES

ils n'apparaissent pas comme des étrangers dans la grande famille des arts berbères. S'ils ont adopté quelques modes venues d'ailleurs, le visage est resté le même.

INFLUENCE DE L'ART BERBERE SUR L'ART DES VILLES. — Si la civi­lisation urbaine a su imposer ses formes jusqu'en de lointaines campagnes, les techniques berbères ont, à leur tour, en de rares circonstances, pénétré jusqu'au cœur des villes.
Dans un des plus anciens ports de la côte, à Salé (1), où mainte famille s'enorgueillit de son origine andalouse, on tisse des étoffes à dessins géométriques de pure tradition berbère (pl. XVI). Même technique, — plus grossière seulement, — même alternance de bandes lisses et de bandes décorées, mêmes motifs. Parfois une bande de haute laine interrompt à l'envers l'étoffe rase: ce procédé est lui-même d'origine rurale. Les couvertures du pays Glaoua ont de grands motifs de haute laine; le fait a été constaté mais semble plus rare dans les étoffes du Moyen-Atlas: dans ces régions on préfère aux motifs de tapis les longues franges de laine ou de soie, mais le prin­cipe aussi bien que la technique restent les mêmes.

*
**

Au premier contact avec l'art berbère on éprouve une double impression de force et de fraîcheur; si l'on sait négliger les mille imperfections techniques, on est de plus en plus charmé. Lorsqu'on est fatigué du chaos fécond de l'art moderne, lorsqu'au

(1). Dans la même ville on fabrique des nattes de jonc dont les motifs nécessaire­ment rectilignes sont parfois assez proches des dessins berbères mais s'inspirent souvent aussi des arts urbains.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 16:50

Pl. XIX


PLASTIQUE D'UN EDIFICE MODERNE : SANCTUAIRE DE MOULAY-IDRISS DU ZERHOUN ( XVIII° et XIX° siècles )

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 16:54

Pl. XX


MINARET DE LA MOSQUEE MANSOURIA A MARRAKECH ( Fin du XII° siècle ).

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 17:00

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LES ARTS BERBÈRES. CONCLUSION

Maroc même on s'est rassasié des subtilités et de la richesse facile de art hispano-mauresque, on est heureux d'entrer dans un monde plus simple où la variété frappe moins que l'unité. Ce décor géométrique aux lignes si nettes, où les intentions déco­ratives se saisissent sans effort, semble un repos pour l'œil. Ce calme paraît issu d'une force sereine et sûre d'elle-même; les grands mouvements rectilignes des motifs ont une réelle majesté : rien qui rappelle l'inquiétude ou la mollesse énervante des courbes.

Le décor berbère a bien pour qualité propre la grandeur: il la doit à la vertu de son décor rectiligne et plus encore à la sûreté de sa composition. Même lorsqu'il recherche le dégradé et la dissymétrie, il ne donne jamais l'impression du déséquilibre; il possède deux qualités qui semblent contradictoires et qui sont complémentaires: le sens des masses et la souplesse de la com­position.

Dans son domaine étroit, il a acquis une véritable science: le décor géométrique se découvre à l'examen riche en combinai­sons de détail et peut-être en enseignements. Son sens de la couleur est lui aussi original; il a l'horreur du bariolage et, dans les gammes un peu sombres où il se complaît, il ne manque ni d'audace ni de finesse. Partout il montre cette rare qualité: le dédain des effets faciles.
Sa grandeur sévère, son archaïsme un peu étrange ont valu à l'art berbère peu d'admirateurs enthousiastes. Trop souvent, on l'a présenté en peu de mots, à la suite de l'art hispano-mauresque et sous le nom d'art rural, comme un parent pauvre ou comme un béotien C'était pure injustice. Ses œuvres, issues d'une tradi­tion si lointaine et qui ont gardé une saveur d'humanité primi­tive, ont des qualités toutes classiques qui peuvent nous être chères. Mieux souvent que des œuvres urbaines, elles peuvent

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 17:04

42
LES ARTS BERBÈRES. CONCLUSION

être pour des yeux occidentaux, des compagnons dont une longue familiarité n'épuise point le charme. Celui qui n'a pu encore se libérer de ses habitudes ou de ses préjugés pour goûter, comme il le mérite, cet art qui est si loin de nous, doit au moins l'étudier en premier lieu, puisque la terre où émigra jadis l'art hispano-mauresque ne s'est point montrée stérile en dehors de l'Islam.

BOIS GRAVE DE JEAN HAINAUT
FIBULE BERBERE.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 17:17

43

BOIS GRAVÉ DE JEAN HAINAUT.
LA GRANDE MOSQUÉE DE SALÉ.

II
LA TRADITION HISPANO-MAURESQUE
LE  DÉCOR MONUMENTAL

1. —   Origines  et caractères  de  l'art  hispano-mauresque au Maroc.

L'histoire de l'art marocain au Pré-Moyen Age reste en pleine obscurité: le pays que la paix romaine avait seulement effleuré, retourna au chaos des luttes de tribus. Le même jeu de forces sociales aussi permanentes en leur essence qu'anarchiques en leurs effets, agita le pays, sans profit pour la civilisation.

L'Islam lui-même fut lent à introduire un art nouveau sur la rude terre du Maghrib. La première invasion musulmane qui entraîna les Berbères à la conquête de l'Afrique, passa comme une trombe, et si, après bien des luttes et des hérésies, le Maroc reçut la foi islamique, ce fut d'abord sans y gagner en unité politique ni même en ordre. Les premiers monuments de l'Is­lam furent sans doute humbles et précaires. Il a fallu que l'art musulman d'Occident se constituât en d'autres terres et que des

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 17:26

44
ORIGINES DE L'ART HISPANO-MAURESQUE AU MAROC

dynasties fussent assez puissantes pour l'implanter au Maroc. L'art islamique du Maroc a ses origines dans une émigration et une longue suite d'emprunts.
L'art musulman fleurit très tôt en Tunisie, où les influences orientales l'emportèrent peu à peu sur les souvenirs de la Carthage Romaine. Si les influences venues d'Afrique furent long­temps fortes au Maghrib, c'est d'Espagne qu'est venu, dans ses éléments essentiels comme dans son esprit, l'art musulman du Maroc.
Des traditions wisigothiques, venues elles-mêmes en grande partie de la Chrétienté hellénistique, d'éléments amenés de l'O­rient méditerranéen, se constitua en Espagne un art islamique d'Occident, en même temps que se fondait un nouveau califat omeyyade. Tous ces apports furent dès le début harmonisés: dans la mosquée de Cordoue (IX° et X° siècles), nulle discordance et nulle imitation servile. Dès cette époque, se posent tous les pro­blèmes et apparaissent toutes les tendances de l'art mauresque qui a désormais sa personnalité et son évolution propre. Cet art se développa vigoureux dans les siècles qui suivirent, au double contact de l'art chrétien d'Espagne et de l'art de l'Islam oriental. A la faveur des circonstances politiques, il s'étendit sur le Maghrib.

A l'aube du IX° siècle, le Maroc sort pour un temps de l'anar­chie où il vivait. Une dynastie chérifîenne (1) s'appuie sur la foi islamique pour réaliser l'unité du pays. Idris Ier et Idris II imposent leur domination. Ce que nous savons de leur art nous le montre comme venu d'ailleurs: il ne produisit que des monuments mo­destes. Mais la souveraineté idrisite ne put se maintenir. La

(1) Les Chérifs constituent dans le monde musulman une sorte de noblesse reli­gieuse. Ce sont des descendants, vrais ou prétendus, du Prophète Mohammed par sa fille Fatma.

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 17:29

Pl. XXI


MINRAB DE LA MOSQUEE DE TINMAL.
(XII° siècle)

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MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Dim 6 Oct - 17:34

Pl. XXII


MARRAKECH. BAB BOU AGNAOU.

( XII° siècle ). Vue d'ensemble.

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