Ce Maroc bien aimé

Ce Maroc bien aimé

Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
AccueilAccueil  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 LES ARTS DECORATIFS AU MAROC

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8  Suivant
AuteurMessage
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mar 1 Oct - 10:39

 Veuillez patienter le temps du téléchargement des fichiers PHOTO   




Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 9:39





Dernière édition par Paul Casimir le Mer 16 Oct - 9:41, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 10:05



A MONSIEUR GEORGES HARDY

Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 11:03



BOIS GRAVE DE JEAN HAINAUT
SALE



AVANT-PROPOS


_________________  


C'est une étrange aventure que celle des arts marocains. Pendant des siècles ils ont vécu presque ignorés du monde, et l'Europe ne Les connaissait que par quelques objets de cuir et quelques tapis. Plus près de nous, les voyageurs qui explo­rèrent les premiers un Maroc encore fermé, ne purent entrevoir qu'une faible partie de ses richesses d'art. Elles semblaient à jamais à l'abri de la curiosité étrangère derrière les hautes murailles des villes, sous l étoffe fugitive des tentes, dans les villages et les qasbas accrochés au flanc de montagnes abruptes comme des forteresses.
La paix française a ouvert presque toutes les portes, levé bien des voiles, calmé bien des défiances. Avec rapidité, avec pléni­tude aussi, le Maroc reprenait contact avec le reste du monde moderne. Dans cette vie nouvelle qui commençait pour le pays, quelles seraient les destinées des arts marocains ?



Dernière édition par Paul Casimir le Mer 2 Oct - 15:02, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 11:08

VIII
AVANT-PROPOS

Bien des dangers s'accumulaient, dont plusieurs pouvaient être mortels et auxquels le Protectorat a voulu parer dès la première heure. L'attirance ou le bon marché des objets euro­péens, l'accession des indigènes à de nouveaux métiers d'un profit assuré, le changement des habitudes et du décor de la vie marocaine, risquaient de faire abandonner les anciens ate­liers d'art. Même si l'art marocain retrouvait dans les débou­chés européens une source de prospérité, l'indulgence excessive des touristes en matière d'art indigène ne risquait-elle pas de le faire sombrer dans la négligence, voire dans la laideur ?

Mais pour un art, vivre n'est pas seulement créer de nou­velles œuvres. Faite pour être admirée, une œuvre d'art n'est point morte tant que subsistent des hommes capables d'en jouir. Pour l'art marocain, cette seconde vie a pris d'un coup une ampleur sans égale : il se révélait au monde à une époque où l'humanité recherche avec passion, quelquefois avec piété, les traces des arts disparus, où le grand public se pique d'avoir le sens du beau, où le goût de l'exotisme enfin, sous des formes multiples, cesse d'être un caprice passager pour devenir peu à peu l'un des éléments de la culture générale. Vaste et belle carrière, mais qui n était pas sans dangers. Comment l'art marocain serait-il compris par ces esprits occidentaux, qui allaient maintenant exercer sur sa vie une décisive influence et qui, pour une part, allaient être responsables de son avenir ?

De nombreux artistes connurent le Maroc et s'éprirent de ce pays qui leur offrait, avec toutes les joies de la lumière, quelque chose du charme de l'Orient. L'art indigène leur plut, les éblouit parfois; ils en chantèrent les louanges avec un enthousiasme qui n'admettait que de rares et timides réserves.



Dernière édition par Paul Casimir le Jeu 3 Oct - 13:59, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 11:14

IX
AVANT-PROPOS
 

Cette admiration un peu sommaire, ces éloges souvent excessifs ne s'adressaient qu'aux œuvres qui furent immédiatement accessibles et qui demeurèrent les mieux connues. D'autres mo­numents, qui méritaient la célébrité, restèrent dans l'obscurité ou dans la pénombre. Exagérations et injustices n'avaient pas d'importance tant qu'elles étaient des opinions individuelles; mais la littérature touristique qui a fleuri avec exubérance sur le Maroc, a fait passer ces impressions premières à l'état de « clichés ». Il s'est même établi une hiérarchie des monuments marocains, qui règle le programme d'un voyage au Maroc. Elle se consolide chaque jour et elle aura bientôt l'autorité de la tradition.

Certes, les théories de l'art marocain sont nombreuses : bien des auteurs ont tenté, en quelques lignes ou en quelques pages, d'en fixer les traits essentiels et d'en esquisser l'évolution. A vrai dire, leurs essais, qui devraient avoir la fraîcheur de l'im­pression première, sont très monotones. Presque tous ont à la base ce postulat implicite, cette étrange conception métaphysi­que de l'art marocain : l'art indigène est un dans son existence et ses manifestations; depuis le XII° siècle, il n'a guère changé. Le génie artistique du Maroc, qui a trouvé son expression défi­nitive aux Tombeaux Saadiens, vit encore presque intact dans l'esprit et parfois dans les œuvres des artisans d'aujourd'hui.
Faut-il s'étonner de cette systématisation précoce ? L'histoire au Maroc s'est toujours fleurie de légendes ; il semble que les malins génies de l'histoire marocaine n'aient pas tous fui à l'arrivée des Européens.

Tandis que s'échafaudaient tant de synthèses improvisées, l'étude de l'art marocain et même l'exploration artistique du



Dernière édition par Paul Casimir le Jeu 3 Oct - 14:00, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 11:19

X
AVANT-PROPOS
Maroc se poursuivaient. Les premiers travaux montrent, ce qu'un regard attentif eût pu déjà faire voir, que les arts maro­cains n'ont pas été incorruptibles comme le cèdre et qu'ils n'ont pas la majestueuse et monotone unité qu'on leur prêtait. lis apparaissent plus variés et plus vivants : ils expriment, non pas un Orient de convention, mais quelque chose de l'âpre histoire du pays et de l'âme de son peuple.

Ce sont les premiers résultats de ces recherches que nous voudrions résumer dans ce livre. Mise au point toute provi­soire, est-il besoin de le dire, puisqu'elle doit s'appuyer le plus souvent sur des travaux en cours et puisque les villes et les campagnes marocaines réservent encore aux chercheurs les joies de la découverte.

Nous avons borné notre étude aux frontières présentes du Maroc. Il était impossible sans sortir du cadre de ce volume de parler de l'art hispano-mauresque d' Espagne et du vaste domaine que possèdent les arts berbères dans le reste de l'Afri­que du nord. Sur ces questions qui le débordent, le Maroc apporte une masse de documents nouveaux qu'il a semblé utile de résumer. Si dans toutes ses manifestations artistiques, le Maroc se lie étroitement à d'autres terres, il a pourtant son originalité. Particulier sans être isolé, il apparaît comme le seul pays où la tradition hispano-mauresque ait gardé jusqu'à nos jours une vie réelle, et les arts berbères y revêtent des formes des plus originales. Enfin, les arts décoratifs marocains aident pour leur part à mieux comprendre le visage à la fois rude et subtil de ce pays, dont les contradictions apparentes ont dérouté tant d'esprits.
Cette modeste initiation aux arts marocains devra faire une


Dernière édition par Paul Casimir le Jeu 3 Oct - 14:01, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 11:31

XI
AVANT-PROPOS
   

place assez large aux notions historiques et techniques qui parfois rebutent le lecteur, Moins encore que nos arts occiden­taux, les arts du Maghrib-Extrême ne peuvent se comprendre en dehors de l'histoire marocaine et de la vie indigène.

Ce livre étudiera d'assez près, au risque de paraître bien aride, un décor qui ignore toute forme vivante. Chaque art décoratif est une langue dont il faut connaître au moins les rudiments : celle que parlent les monuments de l'art marocain est d'une grande beauté, mais fort abstraite : elle a au sur­plus ses archaïsmes, ses idiotismes et aussi de singulières subtilités. Aussi nous excusera-t-on d'avoir souvent placé le commentaire à côté des œuvres.

Si cet ouvrage semble dépasser les limites d'un volume de vulgarisation, s'il apparaît comme une grammaire élémentaire de l'art marocain, c'est qu'en récrivant et en l'illustrant, nous avons pensé être utile aux décorateurs et leur donner, à défaut d'un corpus, une brève anthologie de l'art marocain. Nous n'avons pas voulu leur fournir ainsi un recueil de modèles ou de recettes de détail, mais seulement montrer que les arts marocains ont exprimé avec force, avec finesse aussi, quelques-uns de ces grands principes qui sont comme la syntaxe et la logique du décor.

Nous savons surtout que nul na jamais eu à se repentir d'un commerce plus intime avec l'art du Maghrib : aussi souhaitons-nous que le lecteur sache vite s'adresser aux œuvres elles-mêmes. Puisse-t-il alors feuilleter quelquefois ce livre, sans rancune pour ce qu'il eut d'aride, sans mépris pour ce qu'il eut de trop simple, parce qu'il lui saura gré d'avoir été à l'origine de joies nouvelles et de beaux souvenirs.


Dernière édition par Paul Casimir le Jeu 3 Oct - 14:02, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 11:36

XII  
AVANT-PROPOS


S'il est quelque bien dans ce livre, Le lecteur en sera redevable pour une très large part à notre ami M. Henri Basset. La plupart des œuvres qui figurent dans ce volume ont été étudiées au cours de nos voyages communs et nous lui devons en outre un grand nombre de renseignements et de judicieux conseils. Qu'il reçoive ici l'expression de notre amicale gratitude.
Nous disons aussi notre affectueuse reconnaissance au chef et au maître qui nous a soutenus dans tous nos travaux et qui a bien voulu nous permettre d'inscrire son nom au seuil de ce livre.

Rabat, novembre 1924.



BOIS GRAVE DE JEAN HAINAUT

UN DOUAR





Dernière édition par Paul Casimir le Mer 2 Oct - 15:01, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 11:44

1



BOIS GRAVE   DE   JEAN HAINAUT

FRONTAL BERBERE DU SUD MAROCAIN

LES ARTS DÉCORATIFS
AU MAROC

____________________________________________________________________


ARTS  BERBÈRES  ET TRADITION
HISPANO-MAURESQUE


Les arts décoratifs au Maroc dérivent d'une double source et suivent doux cours parallèles qui, sauf en de rares occasions, ne se rejoignent jamais.

En pays berbère et presque dans toutes les tribus arabisées, c'est-à-dire chez à peu près tous les campagnards marocains, vit un art familial limité à quelques techniques simples. Il a  une forte unité esthétique, puisqu'il emploie un décor géométrique rectiligne; mais a l'intérieur de ce cadre étroit, il connaît maintes variantes locales : il a ses provinces, voire ses traditions de tribu et de famille. Ses origines restent aussi obscures que celles de la race et de la langue berbères. Au Maroc comme dans toute

L'ART DECORATIF AU MAROC  
1



Dernière édition par Paul Casimir le Mer 2 Oct - 15:05, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 11:52

2
ARTS BERBÈRES ET TRADITION HISPANO-MAURESQUE


l'Afrique du nord, il est autochtone, au sens relatif qu'a pris ce terme. C'est donc par lui qu'il faut commencer l'étude des arts décoratifs marocains, puisqu'il exprime les traditions les plus anciennes et peut-être le génie profond du pays.

L'occupation par Rome de la Maurétanie Tingitane (le nord marocain de Tanger à Rabat et au Zerhoun), ne laissa pas de trace durable dans l'art. Sans doute les fouilles de Volubilis ont mis à jour, avec de beaux chapiteaux, quelques bronzes et quel­ques marbres qui sont parmi les joyaux de l'art impérial. Ces œuvres ont une saveur particulière avec de rares qualités de force et de vie. Mais ces fleurs extrêmes de la latinité ne purent pousser de racines profondes dans le sol du Maghrib. Les temps qui suivirent l'effondrement de la puissance romaine, le Moyen Age berbère du Maroc et les débuts de l'Islam, des siècles d'histoire obscure et heurtée, ne nous ont laissé aucun témoi­gnage de l'art marocain. Il resta ou redevint ce qu'il était.

Mais l'art musulman avec les Idrisites (IX° siècle) et les Beni-Ifren (X° siècle et commencement du XI°) va s'implanter au Maroc : débuts modestes mais qui sont suivis d'un rapide essor. Avec les Almoravides (fin du XI° siècle), et plus encore avec les Almohades (XII° siècle), le Maroc voit des dynasties qui ont grandi sur son sol, dominer l'Espagne et refaire un instant l'unité de l'Occident musulman. Berceau et centre de leur empire, le Maghrib se couvre de monuments : il reçoit d'Espagne l'art musulman de l'Occident extrême, dont il devient lui-même l'un des foyers.

C'est désormais l'art hispano-mauresque qui restera, en face de l'art rural et familial des berbères, l'art officiel et urbain du Maroc. Lorsqu'en Espagne, après la prise de Grenade (1492), l'art andalou sous les rois chrétiens se modifie et disparaît à peu près, il connaît au Maroc une décadence aussi lente qu'irré­médiable.

Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 11:56

3
ARTS BERBÈRES ET TRADITION HISPANO-MAURESQUE  

Le Maghrib-Extrême nous offre donc le spectacle d'un pays où deux familles d'arts différents vivent côte à côte depuis des siècles. Il faut les définir et discerner leurs points de contact, dire aussi ce que leur parenté esthétique ou leurs différences nous révèlent de l'esprit des populations chez qui elles vivent.


BOIS GRAVE   DE   JEAN HAINAUT
PORTE DE CHELLA


Dernière édition par Paul Casimir le Ven 4 Oct - 7:41, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 15:19

4


BOIS GRAVE DE JEAN HAINAUT

MOTIF D'ETOFFE BERBERE DES OUZGUITA.

I

LES ARTS BERBÈRES

1. — L'art et la vie. Les artistes.

Chez les Berbères, comme dans toutes les sociétés peu évo­luées, où les formes de l'activité sociale ne sont pas encore différenciées, l'art n'apparaît pas comme une activité supérieure, où seule une élite est capable d'accéder. Il est le compagnon familier de la vie des hommes, si humble soit-elle. Entre l'utile et le beau, nulle opposition, mais une union constante. Dans un sentiment simple et à peine conscient, où se confondent sans doute le goût du luxe et le sens du beau, le Berbère cherche à parer les objets qui l'entourent. Par contre, en dehors des bijoux, et encore de quelques-uns seulement, toute œuvre d'art berbère répond, par son usage, à une nécessité de la vie. Pour énumérer les domaines de l'art, il suffit de passer en revue les formes de la vie berbère.

Souvent le Berbère ou l'arabisé est nomade : ses troupeaux constituent sa richesse et il les pousse devant lui dans des
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: Re: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 15:23

Pl. I


Cliché GILLOT

TIGHREMTS D'ANIMITER

(Haut-Atlas)



Dernière édition par Paul Casimir le Mar 15 Oct - 11:25, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 15:33

5
L'ART ET LA VIE CHEZ LES BERBERES
 

migrations saisonnières, lentes et rythmées. Parfois il s'arrête, tant que ne sont point épuisées les maigres pâtures des alentours. Il établit alors sa tente basse et longue, faite de bandes cousues, brunes ou noires, qui reposent sur un portique de bois parfois sculpté. Des nattes descendent de la toile au sol pour arrêter le vent, le soleil ou la pluie; d'autres séparent la tente en deux ou trois compartiments. Le luxe de la demeure mobile se mesure à sa taille : on l'exprime naïvement par le nombre des bandes qui la composent. Dans ce logis sans confort, un mobilier sommaire qui puisse, comme la tente elle-même, être chargé sur des bêtes de somme. Sur le sol ce sont des nattes, unies chez les pauvres, décorées de laine de couleur chez les riches. Le seul luxe de cet ameublement réside en ses tapis et ses étoffes; les tapis à très haute laine isolent de la fraîcheur du sol. D'épaisses étoffes de laine aux dessins géométriques, garnissent le bas des tentes les plus riches, servent de couvertures, de tapis de selle, se jettent même sur les épaules des femmes en guise de manteau. Pour préparer la nourriture de la famille, la femme a modelé quelques poteries grossières qui accompagnent la ferblanterie et les objets de cuivre achetés à la ville. Tel est le mobilier du nomade.

Chez les sédentaires, dans les maisons de roseaux du Nord, dans les huttes coniques, qui parsèment les plaines occidentales, dans les demeures de pierre sèche ou de pisé, la vie est aussi sommaire que sous la tente et le mobilier ne change pas. Mais dans les montagnes, où sévissent avec le froid les longues tour­mentes de pluie ou de neige, l'homme a besoin d'un logis qui lui soit un meilleur refuge. Dans les villages, souvent fixés depuis des siècles aux mêmes emplacements, les maisons sont encore bien pauvres, mais un essai de décor sur les murs, une porte de menuiserie grossière, manifestent un souci nouveau. Dans les pays de l'Atlas, au-dessus des demeures du commun,


Dernière édition par Paul Casimir le Ven 4 Oct - 7:42, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 15:36

Pl. II




POTERIES BERBERES DU NORD MAROCAIN.

Collection Jean Hainaut.

Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 15:45

6
L'ART ET LA VIE CHEZ LES BERBERES


FIG. I - UNE TIGHREMT.


le château fort pose sa masse puissante et semble hisser vers le ciel ses épaisses murailles obliques (fig. 1). Parfois c'est un agadir qui sert de magasin au village tout entier : on y entasse les récoltes à l'abri des intempéries et des vols et l'on s'y réfugiait en cas d'attaque, comme le faisaient nos ancêtres dans les oppida gaulois et les premiers châteaux forts. Souvent aussi, la tighremt est l'habitation du seigneur; chef d'une fraction de tribu, d'une tribu tout entière ou d'une confédération, il est ici le véritable seigneur féodal, à la fois redouté et respecté. La demeure de ces « seigneurs de l'Atlas » a, malgré sa silhouette farouche, mainte parure : les murs eux-mêmes s'ornent d'un décor peint, et quelquefois de motifs en creux. Dans les cours et dans les salles, piliers, portes et fenêtres sont sculptés et peints, sur­tout dans la pièce la plus somptueuse du logis, la salle des hôtes, où le maître de la maison accueille ses visiteurs, où ceux-ci ...



Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 15:52

7
L'ART ET LA VIE CHEZ LES BERBERES
 


FIG. 2. — Costumes drapés Berbères.

...  habitent pendant leur séjour à la tighremt. Là, le luxe des étoffes et des tapis est à la mesure de la richesse et de la puis­sance du seigneur. Mais la nudité des murs ne choque point dans cet ameublement tout utilitaire.

Le décor architectural et le décor mobilier sont donc réduits, chez les Berbères, à quelques techniques simples. Il semble que dans une vie aussi rudimentaire, l'art ait moins d'occasions de se déployer que dans la complexité croissante de notre vie maté­rielle. Rien n'est moins sûr : nous avons fini, dans la plupart des objets avant tout utiles, à renoncer à tout souci esthétique. Le Berbère ne l'a pas fait : son costume lui-même, dans sa sim­plicité antique, arrive parfois au grand art.

Les hommes ont comme principal vêtement une tunique de laine qui tombe jusqu'au genou et qu'une ceinture serre et relève à la taille. Par-dessus ce vêtement se mettent des manteaux de formes diverses : le burnous largement évasé, au capuchon


Dernière édition par Paul Casimir le Ven 4 Oct - 7:43, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 15:58

8
L'ART ET LA VIE CHEZ LES BERBÈRES

pointu qui vaut par la simplicité et la raideur de sa silhouette; la djellaba manteau moins large à capuchon et à demi-manches qui, lorsqu'il est fait de lourdes étoffes rayées, conserve encore quelque caractère.

Mais les femmes ne portent point de vêtements cousus et se drapent dans deux longues pièces d'étoffe : l'une forme la jupe; l'autre forme le corsage et s'attache en avant des épaules par deux fibules (fîg. 2) : c'est le chiton grec sous sa forme la plus simple, un de ses pans peut se ramener sur la tête; il se com­plique aussi jusqu'à former une jupe à triple volant.

Dans certaines régions les hommes ont conservé un vêtement drapé, le haïk. Comme celui que les femmes portent dans les villes c'est une pièce d'étoffe rectangulaire. Bien que différente de forme, elle se rapproche, par ses divers drapés, de la toge dont elle a la variété de mouvements et la fermeté de plis.

Ces costumes qui gardent quelque beauté dans la pire mi­sère, sont un des charmes du pays berbère. Lorsque le soir, au fond de quelque vallée, pâlissent des champs d'orge et des oliviers et qu'au village rentrent les troupeaux conduits par quelque pâtre à la simple tunique, tous les souvenirs de la Bible et de l'Antiquité remontent en foule. Ils ne sont plus alors pâles et livresques, à demi abstraits : ils s'animent de cette vie actuelle et se confondent avec elle. De même, lorsque sur les pentes des monts, descendent vers la ville quelques Ber­bères enveloppés de grands haïks blancs et chaussés de sandales, de loin leur silhouette est celle de quelque Romain en toge (fîg. 2) ; lorsqu'ils approchent et que se révèlent la marche puissante et un peu lourde et les gestes lents du campagnard, comment ne pas évoquer cette robuste paysannerie italienne qui fit la force de Rome et qui sut conquérir l'Empire.

Ce costume n'a guère pour ornement que la draperie

Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 16:00

Pl. III


POTERIES BERBERES DU NORD MAROCAIN

Collection Jean Hainaut


Dernière édition par Paul Casimir le Ven 4 Oct - 7:44, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 16:06

9
L'ART ET LA VIE CHEZ LES BERBÈRES
 

elle-même avec les lignes à la fois mobiles et constantes de l'étoffe de laine que la lumière semble dorer. Quelques rares vêtements s'ornent toutefois de motifs colorés. Mais sur la simplicité lumineuse du costume, les bijoux viennent, nombreux et lourds, poser leurs reflets métalliques et le chatoiement de leurs couleurs.

Le bijou est moins un complément qu'une partie du costume féminin : si la femme est pauvre, ses bijoux seront de cuivre, de verroterie et même de bois. Elle a la simplicité des primitifs et des enfants qui aiment la parure pour elle-même et peut-être aussi la forme et la couleur en elles-mêmes, sans se soucier de la matière et de sa valeur.

Les bijoux de l'homme sont ses armes : on sait avec quelle passion le Berbère se livre à la guerre. Le fusil et ses poires à poudre, le poignard sont richement ornés. Dans presque tout le Maroc, il n'est pas d'homme qui ne porte en sautoir le poignard à la lame courbe, au fourreau et au pommeau ciselés, couteau, autant qu'arme de défense.

L'art qui accompagne pas à pas la vie matérielle traduit aussi l'existence spirituelle et sociale de l'homme : la vie collective.
Chez tous les peuples peu évolués, les sentiments et les idées collectives tiennent une place qui nous étonne. L'individua­lisme a beau éclater en des poussées d'égoïsme farouche, dans toutes les manifestations de son activité spirituelle, l'homme n'en appartient pas moins à un groupe social. Il a les croyances, les sentiments, les préjugés, les idées de sa tribu. Si notre histoire de l'art moderne se présente avant tout comme une suite d'artistes, l'histoire de l'art berbère devrait s'écrire par tribus et par groupes ethniques : d'une tribu à l'autre, la technique peut varier et plus encore les procédés de composition et les partis pris esthétiques. Le costume ainsi que les tatouages


Dernière édition par Paul Casimir le Ven 4 Oct - 7:45, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 16:09

Pl. IV



TAPIS A HAUTE LAINE DU MOYEN-ATLAS.

Collection René BOUDIN.

Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Mer 2 Oct - 16:14

10
L'ART ET LA VIE CHEZ LES BERBÈRES


diffèrent de groupe à groupe et un œil exercé peut lire sur eux l'origine de l'individu. Les arts berbères qui conservent tant d'unité dans leur esprit, ont ainsi une prodigieuse variété. Cette richesse n'est point due au libre jeu de la fantaisie et de la recherche individuelles : elle reflète une géographie compliquée de tribus et une longue histoire obscure : luttes, migrations, voisinages ont laissé leurs traces dans l'art. Mais tous les docu­ments nécessaires pour caractériser l'art d'une tribu seront-ils rassemblés avant que les objets européens n'aient détruit les métiers familiaux, avant que n'aient disparu les derniers artistes ?

De même que l'art ne se sépare pas de la vie, les artistes ne se distinguent pas du commun des hommes. Chez eux, nulle pensée supérieure, nul idéalisme particulier, nul détachement des contingences.

L'artiste berbère est parfois un artisan qui travaille dans quelque pauvre bourgade ou quelque village; sa condition, ses habitudes de travail, le rapprochent des artistes urbains dont il sera parlé plus tard. Très souvent, car les grands centres manquent en pays berbère et la clientèle y est singulièrement dispersée, il se déplace pour exécuter ses œuvres. Certains métiers sont essentiellement nomades : comme les architectes ou les maîtres maçons — les deux métiers ne font qu'un — qui font exécuter et décorer les tighremts, les menuisiers qui en travaillent les bois. De même les bijoux et les armes du Sud sont l'apanage de certaines tribus dont les membres sont volontiers nomades.

Le plus souvent l'artiste est la femme berbère elle-même. Les poteries façonnées à la main sans l'aide du tour, décorées au pinceau et légèrement cuites, sont l'œuvre des femmes. Elles tissent aussi les tapis à haute laine et les couvertures à

Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Jeu 3 Oct - 7:39

11
CARACTERES ET ORIGINES DU DÉCOR BERBERE
 

dessins qui sont parmi les plus beaux produits de l'art berbère; elles se sont transmis d'âge en âge la technique simple et les motifs parfois compliqués de ces étoffes. Aujourd'hui encore elles se montrent capables d'introduire quelques variantes dans l'ordonnance ancienne.

2.  —  Caractères  et origines du  décor berbère.

Quel homme vit plus près de la nature que le Berbère ? Entre lui et la majesté des forces naturelles, le monde plus familier et plus accessible des animaux et des plantes, aucune des barrières que semble dresser à plaisir la civilisation moderne. Il parle une langue qui, sauf chez les Touaregs, n'a pas d'écriture propre et que pratiquement on n'écrit jamais. Nul ne doit être plus éloigné que lui de l'abstraction si familière aux esprits d'Occident. Face à face avec le ciel, la montagne ou la plaine, l'esprit libre des souvenirs littéraires qui semblent parfois gâter notre fraîcheur de pensée, libre de toute discipline déformante, comment, si l'on en croit une esthétique aussi classique qu'arbitraire, n'irait-il pas chercher ses modèles dans la nature qui le baigne de toutes parts? Comment ne créerait-il pas un art qui rende les mille attitudes des êtres vivants, qui ait un parfum de vie primitive, qui soit aussi éloigné que possible de toute abstraction ?

Or l'art berbère ignore la vie : il use d'un décor tout abstrait et géométrique.

La représentation humaine, l'animal, la plante même sous ses formes les plus stylisées sont absents des arts berbères. Sur les murailles obliques des tighremts, dans la laine épaisse comme une toison des tapis, sur le tissu serré des couvertures,


Dernière édition par Paul Casimir le Ven 4 Oct - 7:46, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Paul CASIMIR




MessageSujet: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   Jeu 3 Oct - 7:44

12
CARACTÈRES ET ORIGINES DU DÉCOR BERBÈRE

dans le bois sculpté, on ne voit que le plus simple des décors-géométriques: le décor rectiligne.

Quelques thèmes simples comme le losange et le chevron s'unissent ou s'opposent en de multiples combinaisons. Parfois une courbe sur une poterie accompagne le galbe de son flanc, mais très simple et quelquefois très gauche. Au contact perma­nent de l'art hispano-mauresque qui a connu toutes les subti­lités de la courbe, les Berbères sont restés obstinément fidèles à la droite.

A cette iconoclastie farouche, à cette manie de la ligne droite, la plus absente de la nature, il est pourtant quelques exceptions. Nous possédons des poupées d'envoûtement berbères: taillées dans le bois, habillées avec une minutieuse exactitude, elles sont d'un modelé sommaire et vigoureux, semblable à celui de cer­taines statues soudanaises et, comme elles, d'un réalisme sai­sissant. Les types ethniques sont aussi facilement reconnaissables que dans les œuvres des noirs: on a parfois l'impression d'être en face de véritables portraits. Si rares que soient ces essais, ils suffisent à prouver que ce n'est point par inaptitude native à créer des formes vivantes, que les Berbères se contentent d'un décor de lignes droites. Force est donc, pour expliquer ce fait, de faire appel à d'autres motifs.

La nature même de l'exception précitée nous fait comprendre la défiance des campagnards marocains pour l'image. Ces pou­pées sont faites pour envoûter un être vivant, inaccessible par lui-même. Son image sera pour lui un double, un autre lui-même au sort duquel il sera lié. Pour les Berbères, encore tout péné­trés de paganisme, le monde extérieur, que nous concevons comme un ensemble de forces matérielles et mesurables, est un tissu mystérieux d'influences magiques à chaque pas l'homme rencontre un génie et il n'est pas un de ses gestes, s'il n'y prend

Revenir en haut Aller en bas
http://arabebilingue.unblog.fr/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: LES ARTS DECORATIFS AU MAROC   

Revenir en haut Aller en bas
 
LES ARTS DECORATIFS AU MAROC
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 8Aller à la page : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8  Suivant

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Ce Maroc bien aimé :: BIBLIOTHÈQUE :: Revues et Livres : -1- "MAROC Traditionnel" :: Les Arts Décoratifs au MAROC-
Sauter vers: