Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé trouvés à Fès et servant à mesurer l'aumône légale du fitr.

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Paul CASIMIR




MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 29 Sep - 14:36


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Paul CASIMIR




MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 29 Sep - 14:40


Fig. 3. — Portion de décor du vase de cuivre de l'an 1717 de J.-C.
reproduit sur la planche XXIX, d'après un calque de M. Ricard.


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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 29 Sep - 15:00


B.   Traduction de ces inscriptions.

Ceci est le modd nabawî béni — sur son auteur (le Prophète) soient la Grâce et le Salut — il a été mesuré exactement pour le Seigneur de noble origine, Abou Mohammed, notre Maître Abd Allâh, fils de l'Emir des Croyants, notre Maître Ismaïl, le descendant de Hasan, en l'an 1130H (1717-1718 J.-C.) d'après un modd qui avait été calibré pour le fqîh Sidi Mohammed ben Saïd El-Marghenni Es-Soûsi en l'an 1071, établi lui-même d'après un modd fait pour Abd el-Moumin ben Abd el Moûmin,
en l'an 998, d'après un modd établi pour le fqîh, le mufti, Abd el-Wâhid ben Ahmed el-Hasani, en l'an 990, d'après un modd établi pour le fqîh Abou Mohammed Abd Allâh ben Salem, en Fan 710, d'après un modd calibré pour le fqîh Abou Mohammed Abder-Razzâq, en l'an 692, d'après un modd établi pour le fqîh Abou l-Hasan Ali ben El-Hadjj, en l'an 213, d 'après le modd fait pour El-Hadjj el Hasan ben Yahya el-Biskari......................................................................................
.................................................................................................................................................................... (3)
tous deux établis d'après le modd du Compagnon (du Prophète) Zaïd ben Tâbît el-Ançâri, calibré lui-même sur le modd du Prophète (4) sur son au­teur soit la Grâce et le Salut.
Le présent modd a été éprouvé à l'aide du drachme, (mesure) de capacité légale et il correspond (au volume voulu représenté en drachmes)(5).
Louange à Allah ! A lui appartient la Grâce.
Le modd du Prophète. Ce modd est le quart du çâ, quantité que doit né­cessairement donner chaque personne pour l'aumône (spéciale du Fitr) (6).


les notes (1) et (2) concernent le texte en langue arabe (voir ci-dessus).

(1)  Le hamza final a été supprimé à cause de la mesure.
(2) bihi  a été ajouté pour avoir la mesure. La poésie est du mètre basît.
(3) A partir d'ici les noms des personnages successifs concordent exactement avec ceux des deux vases précédents jusqu'à celui de Zaïd ben Tâbit.
(4) Il apparaît que le premier modd nabaoûi fait l'an II de H. fut celui de Zaïd ben Tâbit, qui servit au Prophète et aux autres musulmans.
(5) D'après les textes canoniques, le drachme vaut 50 grains d'orge plus 2/5 de grain.
(6) Ce premier vers est l'affirmation du principe que nous avons énoncé ci-devant au sujet de la valeur du modd par rapport au çâ et de la part que cha­cun doit donner pour l'aumône du Fitr.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 29 Sep - 15:27


[383J
_ 27 _

(Est astreint) à (l'aumône pieuse ou) zakat (celui qui récolte) douze cents modd de grain, c'est-à-dire cinq wasq; car l'wasq vaut deux cent quarante modd, soit soixante çâ, d'après Hasân.
Le minimum (nécessaire, en eau)' pour l'ablution est d'un modd; de quatre modd pour le ghosl (ou lotion complète).
(L'abandon aux pauvres, en grain) de dix modd comme celui-ci est l'expiation (nécessaire) pour le serment (par Allah, que l'on n'a pas tenu).
Ce modd te servira pour suivre la Voie (de la Religion), prends-le tou­jours comme mesure, par désir de bénédiction, en secret et en public.
Ceci est l'œuvre d'El-Hadjj Abder-Rahman ben Ibrahim El-Marràkochi.


C. Observations.

La lecture de ces inscriptions suggère les observations suivantes. Après l'indication du nom du personnage pour lequel ce modd a été confectionné, et la succession des modd ayant servi de modèles, comme dans les modd précédents, il y a une pièce de vers qui a pour objet de résumer les principales règles relatives à l'utilisation du modd en-nebi. Ceci ne se trouve pas dans les autres modd étudiés ci-devant.

Si nous examinons la première série des inscriptions nous con­statons que le Sultan régnant, père du prince pour lequel ce modd a été fait, est gratifié du titre éminent de Amir el-Mûminin, ce qui est d'ailleurs conforme au protocole chez les Cherifs marocains.
Nous remarquons aussi qu'en remontant à partir du modd de Zaïd ben Tâbit, il y a concordance de filiation pour la série des modd modèles, jusqu'à celui de El Hasan ben Yahya el-Biskari, pour les trois vases que nous examinons ici.

Mais à partir du modd de ce personnage, les " chaînes d'appui " ne concordent plus, et, tandis que ce modd d'El Hasan ben Yahya el-Biskari servait de modèle en 213 de l'H. (828 de J. C.) au modd d'Abou l-Hasan Ali ben El-Hadjj, pour arriver à notre 3° vase, il servait également de modèle, entre 685 et 706 (fin du XIII° et commencement du XIV° siècle de J.-C.), à celui du souverain mérinide Abou Yâqoûb Yoûsof, ainsi que l'indiquent les chaînes d'appui des deux premiers de ces trois vases.

Bien que rien ne nous permette d'affirmer que ces trois vases aient été faits à Fès, il y aurait une présomption en faveur de

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 29 Sep - 15:38


_ 28 _
[384]

cette opinion. On pense volontiers que le modd de El-Hasan ben Yahya el-Biskari était à Fès, faisant peut-être l'objet d'une fon­dation pieuse, quand le souverain mérinide Yâqoûb le fît prendre pour modèle-étalon de son modd. Y était-il également déjà à l'époque lointaine où , en 213 H. , une vingtaine d'années après la fon­dation de Fès, il servait de modèle au modd de Ali ben El-Hadjj ?

Après avoir donné " l'appui " jusqu'au modd du Prophète, l'au­teur de la mesure qui nous occupe a ajouté qu'elle a été non seu­lement calibrée sur la série des modd servant d'étalons, mais mesurée encore à l'aide du drachme. Or chaque drachme représente en volume 50 grains d'orge plus 2/5. Cette manière de mesurer est extrêmement vague, puisqu'elle dépend de la grosseur variable du grain d'orge.

C'est précisément pour cette raison que les docteurs ont admis qu'on pourrait remplacer le modd par les mains ouvertes, ni trop, ni trop peu : (voir la citation en langue arabe ci-dessus).
Car ce moyen offre moins de variations que le volume très variable du grain d'orge, d'après les docteurs.
Les inscriptions que porte le vase qui nous occupe auraient pu s'arrêter là. Elles déterminaient assez la nature et l'usage de ce vase et les garanties qu'il offrait comme mesure légale de l'aumône du Fitr.
L'auteur a cru devoir ajouter la poésie occupant la troisième case d'inscription et à la fin de laquelle il a inscrit son nom , comme cela est fréquent sur les objets de ce genre.
Cette poésie, en dehors du nom de l'auteur de ce vase, nous donne des indications d'ordre juridique sur les quatre sujets sui­vants :
1° Le premier vers détermine que quatre modd comme celui-là équivalent au çâ, et que l'aumône d'un çâ doit être faite par cha­cun, le jour de la rupture du jeûne de Ramadan.

2° Les deux vers suivants n'ont pas de rapport avec cette aumône communément appelée fetra dans ce pays, mais bien avec l'aumône ordinaire, la dîme purificatrice des biens, appelée zakât, qui est l'impôt légal d'institution divine.
Pour comprendre ces deux vers, il est nécessaire de donner ici quelques explications.



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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 29 Sep - 15:51


[385]
— 29 —

La dîme (qui n'est pas toujours le 10° du capital) ou zakât n'est due, en droit musulman, que par ceux qui possèdent une quantité minima comme capital ; cette quantité nommée niçâb est telle, que quiconque ne la possède pas au moins n'est pas tenu à l'impôt.
Les deux vers examinés ici indiquent le nicâb légal pour les grains; il est de cinq wasq, un wasq valant 240 modd nabawi ou 60 çâ.
C'est-à-dire que tout musulman possédant au moins soixante ça de grain doit la zakât, qui dans ce cas est le dixième de la quan­tité possédée.
Les docteurs se sont efforcés de déterminer le niçâb et la zakât pour les diverses denrées et même pour l'argent et l'or, créant ainsi un véritable impôt sur l'argent.

Pour le capital monnayé, le niçâb est de 200 dirhem d'argent, ou de 20 dinar d'or ; et la zakât est du 1/40°, et non du 1/10°. La zakât est calculée sur le même taux pour les marchandises du com­merce, telles qu'étoffes, tissus, produits fabriqués, etc.

Pour les troupeaux, le niçâb pour les chameaux sera de 5, pour les bovins de 30, pour les ovins de 40, etc. Quant au calcul de la zakât, il est ici un peu plus compliqué et n'est pas forcément pris en ani­maux de même nature que le troupeau imposé; par exemple, de 5 à 20 chameaux la zakât est payée avec des brebis d'un an à rai­son d'une pour cinq chameaux. A partir de 25 chameaux, c'est un chamelon d'un an qui est le prix de la zakât. Le taux de la zakât varie enfin d'après le nombre des animaux de même nature possédés par le même individu; il suit une certaine progression.

Mais ce n'est point le lieu d'étudier ces détails et les compli­cations qui en découlent. Là-dessus les Uléma de Fès ont écrit des livres et disputent encore dans leur Université, sans se pré­occuper d'ailleurs que la réalité pratique s'éloigne depuis longtemps de leurs théories.

3° Dans le vers suivant, l'auteur indique le rôle que peut jouer le modd nabawi dans l'ablution rituelle ou la lotion (el-wudû et el-gosl).
Le minimum d'eau indispensable à l'ablution ordinaire est d'un modd; il en faut quatre pour la lotion. Ceci est conforme à la tradition. On lit, par exemple, dans le recueil d'El-Bokhâri : Anas a dit : «Le Prophète lavait (son corps) ou se lavait avec un çâ

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 29 Sep - 16:02


— 30 —
[386]

d'eau, et allait jusqu'à cinq modd; il faisait ses ablutions avec un seul modd (1).
D'autres hadîts confirment qu'un çâ suffit pour la lotion (2).

4° La fin de ce même vers et le vers suivant nous apprennent que ce modd peut servir à mesurer aussi l'aumône due aux pauvres par celui qui n'a pas tenu un serment qu'il avait fait, afin que cette faute lui soit pardonnée.


En résumé, il est acquis, d'après les documents étudiés ci-dessus, ainsi que d'après les données de l'histoire, de la loi tradi­tionnelle musulmane et des coutumes actuelles en vigueur à Fès, que :

1° L'usage du modd en-nebi est courant à Fès dans bien des familles, pour mesurer l'aumône légale traditionnelle du jour de la rupture du jeûne de Ramadan. Il existe dans cette ville un certain nombre de modd en-nebï soit de bois, soit de cuivre, appartenant à des particuliers.

2° Les modd en nebbi du type marocain et de cuivre ont la forme cylindrique ou cylindro-conique et une capacité variable (de 0 l. 73 à 0 L 76 environ). Ils sont avec ou sans inscription, et l'on en fa­brique encore aujourd'hui comme on fait aussi des astrolabes et des cadrans solaires pour savoir les heures des prières.

3° Les règles du droit musulman sont assez exactement suivies à Fès, en ce qui concerne l'aumône du Fitr. Des gens du peuple en
exagèrent la limite légale, — ainsi que je l'ai remarqué clans une note antérieure sur un modd tlemcénien — même quand ils sont clans des conditions d'indigence qui les en dispensent. Ici les lettrés ne vont pas jusque-là.

4° Les trois vases étudiés dans cette notice ne sont pas seu­lement dignes de retenir l'attention en raison de leur caractère religieux et des usages qui s'y rattachent, mais aussi par les décors et inscriptions qu'ils portent.
L'un de ces vases, de la première moitié de notre XIV° siècle, nous donne un spécimen extrêmement rare d'un objet de cuivre daté de cette époque.

5° Les décors à arcatures des deux premiers vases étudiés



(1) Traduction Houdas et W. Marcais, t. L p. 86.
(2) Voir, par exemple, ibid., p. 99.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 29 Sep - 16:07


[387]
— 31  —

ci-dessus ainsi que leurs motifs floraux rentrent dans les spécimens courants du décor hispano-moresque, tels que les monuments de l'époque en donnent tant d'exemples à Fès, à Tlemcen et en Es­pagne, dans les bois, plâtres, marbres, faïences entaillées.
Le décor à médaillons très simples du troisième de nos vases ferait plutôt songer à une inspiration orientale.

6° Les caractères maghrébins des inscriptions de ces trois vases sont également intéressants à étudier pour la paléographie, puisque ces pièces sont toutes datées et qu'elles nous offrent des spécimens de l'épigraphie arabe maghrébine sur cuivre, à des époques di­verses et anciennes.


FIN DE CE SUJET


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Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé trouvés à Fès et servant à mesurer l'aumône légale du fitr.
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