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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé trouvés à Fès et servant à mesurer l'aumône légale du fitr.

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Paul CASIMIR




MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé trouvés à Fès et servant à mesurer l'aumône légale du fitr.   Jeu 19 Sep - 19:03




NOTE SUR TROIS VASES DE CUIVRE GRAVE TROUVES A FES ET SERVANT A MESURER L'AUMONE LEGALE DU FITR

 
PAR

 


ALFRED BEL DIRECTEUR DE LA MEDERSA DE TLEMCEN




avec une dédicace de l'auteur à l'attention d'une parente du Professeur MOULIERAS.


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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Jeu 19 Sep - 21:27

 

Les trois vases qui font l'objet de cette notice sont un çâ ou mesure légale pour l'aumône obligatoire du Fitr et deux modd en-nebi "modd du Prophète", chacun de ces modd devant contenir le quart de la capacité du çâ selon les indications de la loi traditionnelle.
J'ai déjà publié en 1905  (1) une note sur un modd en-nebi de Tlemcen. Une photographie de ce modd (portant la date de 1049 H = 1689 de J.-C.) a paru dans l'Exposition d'art musulman d'Alger (2) , publié par G. Marçais (3).
L'inscription figurant sur le modd tlemcénien indiquait qu'il avait été calibré sur celui de la ville de Fès, lequel se trouvait entre les mains du chef de la corporation des fabricants de seaux de bois.

Il eût été intéressant de retrouver à Fès ce modèle, cet étalon-


(1)  Revue Africaine, n° 267, p, 231-235.
(2) Paris? Fontemoing, 1906, pi. XX, n° 5.
(3) Mon ami Ricard me signale qu'il croit avoir vu au "Musée d'art musulman d'Alger" un modd de cuivre rouge, avec décor à arcatures et inscription en caractères orientaux. Je ne crois pas que ce modd d'Alger ait été jamais signalé.


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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Jeu 19 Sep - 21:39



mesure des modd de l'aumône légale. Aussi bien, lorsque je vins à Fès pour un assez long séjour, la recherche du modd étalon était au nombre de celles que je me proposais de faire dans la capitale de Moulay Idrîs.
Je dois dire que si mes investigations tant au service des habous que chez l'amin des fabricants de seaux et auprès des uléma et lettrés, gardiens des traditions de l'Islam, ne m'ont pas permis de retrouver le modd désiré, ces recherches n'ont pas été vaines cepen­dant, car, ainsi qu'on va le voir, l'usage ancien du modd légal n'est pas aussi délaissé à Fès qu'en Algérie, et j'en ai trouvé plusieurs spécimens chez des particuliers (1).
La plupart de ceux que j'ai vus, bien qu'étant de cuivre, ne portent pas de décor ni d'inscriptions arabes, ou quand ils en ont, ce sont des formules sans intérêt artistique ou historique.
Trois seulement de ces mesures de capacité très spéciales ont, retenu mon attention ; ce sont celles dont je donne ci-dessous la description ainsi que le texte et la traduction des inscriptions qu'elles portent.

Pour rendre cette note plus claire et plus utile, tant pour la paléographie que pour l'histoire du décor du cuivre dans ce pays, j'ai tenu à y joindre des photographies, prises pour moi par M. le commandant Laribe, des troupes sénégalaises, ainsi que des repro­ductions du décor et de l'écriture d'après des estampages, faits spé­cialement pour moi par mon ami P. Ricard.
Les trois vases qui seront étudiés ci-dessous séparément et dans l'ordre chronologique sont datés : le premier, du règne du sultan

(1) On fabrique encore ici des modd en-nebi. Je connais un lettré, le fqih El-Gzâwi adel, à Fès, très versé dans les connaissances astronomiques, qui a fabri­qué trois modd en-nebi de cuivre, sur le type de notre n° 3 ci-dessous.
L'amîn actuel des fabricants de seaux de bois fait, lui aussi, des modd en-nebi de bois, sans inscription; il les calibre au moyen d'un modd de cuivre cylindrique, à fond plat en bois, de 0m095 de profondeur, de 0m105 de diamètre sans inscription, et d'un décor repoussé, à fleurs d'un type italien moderne, sans aucun intérêt pour nous. Ce modd étalon n'est pas habous, il est la propriété de l'amîn qui le tient de son père. Il a été calibré par les Uléma (?), m'a-t-il dit.
Je ne parlerai dans cette note que des modd dits fâsis ou marocains, ne m'oc­cupant pas du modd en-nebi oriental, rapporté par les pèlerins des villes saintes et qui est d'un type différent, en cuivre et d'un tout autre décor. Il s'en trouve peu d'ailleurs à Fès.


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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 22 Sep - 11:23


mérinide Aboul-Hasan, qui resta au pouvoir de 781 H. (1331 de J.-C.)à 749 H. (1348 de J.-C.), le second, de 1067 H. (1650 de J.-C.), le troisième de 1130 H. (1717 de J.-C.).
Il est intéressant de rappeler, d'après Ibn Khaldoun (1) que le sultan mérinide Abou Yâqoûb, qui régna de 685 (1286) à 706 (1307), abolit " l'usage de faire percevoir par des agents du fisc l'au­mône de la rupture du jeûne, impôt dont il laissa l'acquittement à la bonne foi de chaque individu "(2).
Je ne saurais dire quel souverain avait transformé cette aumône légale en un impôt perçu par les agents du fisc, mais il semble bien qu'à partir de la fin du XIII° siècle il fut laissé à la bonne foi de chacun, comme encore aujourd'hui, et voici ce qui se passe actuellement à Fès :
L'aumône légale du Fitr est donnée en blé par tous les musul­mans, même par ceux qui habituellement mangent du pain d'orge, parce que le pain de blé est ordinairement à Fès la base de la nour­riture du plus grand nombre.
Elle est donnée en volume, à raison d'un çâ ou de quatre modd en-nebi (ou modd nabawi, terme plus employé ici) par personne de la famille, y compris femmes et enfants (même ceux qui sont dans le sein de la mère), domestiques et esclaves habitant la maison,
Elle est distribuée aux pauvres ainsi que le prescrit la loi musul­mane et ne devrait — c'est le cas le plus général — être donnée qu'à ceux envers lesquels on n'a pas de dette de reconnaissance (pour un service par exemple) à acquitter, afin de conserver la valeur d'aumône à ce don. Elle ne saurait donc légalement être


(1) Histoire des Berbères, IV, p. 120 de la traduction.
(2) Même observation dans le Qirtâs, édit. de Fès, p. 28/1.
Il semble bien que ce souverain voulut faire du modd en-nebi une sorte de me­sure étalon commune à tout le pays, dans le but vraisemblablement d'unifier les mesures de capacité, à l'occasion d'une année de misère. On lit en effet, dans l'édition de Fès du Qirtâs (p. 292) :
«En cette année (698 qui fut une année de misère), l'Emir des musulmans Abou Yâqoûb ordonna de changer les mesures et de les faire concorder avec le modd en-nebi , et ce fut le fqîh Abou Fâres el-Melzoûzi el-Miknâsi qui fut chargé de l'exécution. »
Ces deux mesures prises par Abou Yâqoûb au sujet du modd en-nebi montrent assez que ce souverain portait au modd en-nebi un intérêt tout particulier.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 22 Sep - 11:37


attribuée en échange d'un service et avoir en quoi que ce soit l'al­lure d'un salaire plus ou moins direct. J'insiste sur ce point parce qu'il y a, même à Fès, des musulmans qui profitent de la fetra (1) pour en octroyer une partie aux personnes suivantes :
 Au neffâr qui, du haut du minaret de la mosquée, annonce avec sa longue trompette (nfer) l'heure des repas nocturnes;
 au deqqâq qui, dans chaque quartier, avec son bâton de fer va frapper à la porte de chacun des habitants, deux heures et demie avant l'aube ( fadjer), pour réveiller les domestiques qui doivent préparer le repas servi à l'aube;
au gayyât qui, pendant la nuit (2), à certaines heures, joue de sa musette (gâïta) au sommet des minarets;
 ou encore au derrâr ou maître de Qoran du quartier, à l'accou­cheuse (qâbla) de la famille, aux garçons du four à pain et à ceux du bain maure (3).
Donner l'aumône légale, même en partie, à ces gens-là est con­traire à la loi religieuse, parce qu'ils ont droit à un salaire pour leur travail ou à des dons spéciaux; et une telle distribution de la fetra est formellement réprouvée par les Ulémas et tous les lettrés de Fès.

C'est donc uniquement aux pauvres, et aux pauvres du quartier, du voisinage immédiat, s'il y en a. que l'on a coutume de donner ici l'aumône légale du fitr.
Tout musulman qui possède au moins la quantité de grain re­présentant l'aumône du Fitr, doit la donner aux pauvres. Dans la pratique donc, il n'y a ici que ceux qui sont dans la plus complète indigence qui ne donnent pas cette aumône légale (4).

(1) Fetra est le terme populaire universellement répandu en Berbérie pour indiquer l'aumône d'El-Fitr ou, comme on dit dans les textes, Zakât-el-Fitr. Ce terme fetra n'est pas admis dans ce sens dans la langue littéraire,
(2) Bien entendu, neffar, deqqâq et gayyat ne fonctionnent que pendant le mois de ramadan.
(3) La plupart des bourgeois aisés ont leur bain maure dans leur maison. Les bains publics ne sont guère fréquentés que par les gens du peuple.
(4) A Tlemcen, beaucoup de musulmans n'ayant pas le moyen, au jour voulu (le 1er du mois de chawwâl), de donner l'aumône légale, en mesurent la valeur avec du sable qu'ils mettent de côté pour en remplacer îe volume par du blé ou de l'orge et le distribuer aux pauvres dès qu'ils en ont le moyen. Cet usage existe également à Fès, chez les gens du peuple surtout. Il est  réprouvé par les Uléma, comme étant contraire à ia loi musulmane qui n'oblige à donner l'aumône du


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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 22 Sep - 17:08



Si l'on se reporte à ce que dit Perron dans sa traduction du Mokhtaçar de Khelil, quand il nous apprend que le Prophète, dès la seconde année de l'Hégire, envoya proclamer dans les rues de Médine : " l'aumône du jîtr est un devoir pour tout musulman", on voit que les Musulmans de ce pays s'en tiennent, à la lettre la plus stricte de la loi.

Bien mieux, il arrive parfois à Fès qu'une famille pauvre reçoit l'aumône du fitr de plusieurs voisins aisés et se trouve ainsi avoir en sa possession une certaine quantité de blé. Ce jour-là, cette pauvre famille a le devoir de donner à son tour l'aumône pieuse à de plus malheureux qu'elle et dans les mêmes conditions que les gens aisés. Les Uléma conseillent à ces pauvres de distribuer à leur tour l'aumône légale avec le blé qu'ils ont ainsi reçu de façon à ne garder pour eux, au minimum, que la valeur d'un çâ par personne de la famille.

Çâ et modd sont donc les mesures légales servant à évaluer dans chaque famille la quantité de blé de l'aumône du fitr. Mais comme beaucoup de musulmans, même à Fès, n'ont pas de ces mesures exactement calibrées, ils se servent de leurs mains, comme à Tlemcen, et conformément d'ailleurs à la recommandation des docteurs de l'Islam ; c'est la hafna (contenu des deux mains de dimension moyenne réunies pour former cuvette et ouvertes d'une façon moyenne) qui correspond au modd-en-nebi.

On admet aussi à Fès que le modd fâsi (mesure de capacité pour les grains) vaut huit çâ (1). Un modd fâsi représente donc l'aumône de huit personnes, et le huitième (tomni) du modd fâsi est celle d'un seul musulman.
Les trois vases de cuivre qui font l'objet de cette notice, compa­rés à celui de Tlemcen dont j'ai parlé ci-devant, ont sur lui l'avantage...


fitr que celui qui est en état de le faire au moment voulu. On pourrait faire d'autres constatations d'une interprétation de la loi poussée vers un rigorisme excessif chez les non lettrés musulmans de la Berbérie, comme par exemple le fait d'obliger à jeûner des enfants non pubères.

(1) Sur ce point il y a désaccord, et plusieurs lettrés musulmans de Fès m'ont dit que le modd fâsi ne valait que sept ça plus deux modd en-nebi. En ne don­nant par personne qu'un tomni (un huitième) on ne donne qu'une quantité infé­rieure au çâ; il faut donc, me disaient-ils, y ajouter une poignée de b!é.  C'est à cause de ces divergences, ou plutôt parce que cette manière de mesurer ne se trouve pas dans les textes canoniques, que les Uléma la rejettent et lui préfèrent la hafna, Le tomni est îa «mesure d'un huitième ((tomun)).


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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 22 Sep - 18:01


de nous donner des inscriptions beaucoup plus longues et plus instructives.
Tous, en effet, portent l'énumération des modd successifs—jusqu'à l'origine, celui de Zaïd ben Tâbit — sur lesquels ils ont été calibrés. On conçoit aisément, pour des objets devant servir à mesu­rer une aumône obligatoire et d'essence uniquement religieuse, que les précautions les plus grandes soient prises pour assurer et justifier la capacité légale. La chaîne de transmission jusqu'au Pro­phète de la capacité exacte est donnée par la série successive des modd authentiques et réputés tels qui ont servi d'étalons officiels, ce qui est en quelque manière comparable à la chaîne des râwis ayant transmis un hadîts du Prophète.

Mais ce qui paraît curieux pour les mesures que j'ai entre les mains, c'est que l'une devant être quatre fois plus grande que les deux autres, elles aient toutes trois été copiées sur des modd de même capacité. Il faut dès lors entendre que le modd étant pris comme mesure étalon, la capacité du çâ (premier des vases étudiés ci-dessous) a été obtenue au moyen de quatre modd du type étalon qui est reproduit par les deux autres vases. On constatera en effet, d'après les légendes figurant sur nos trois vases, qu'à partir du modd initial de Zaïd ben Tâbit, le compagnon du Pro­phète, la succession des modd employés pour calibrer ces trois vases est identique, jusqu'au modd de El-Hasan ben Yahia el-Biskari (qui existait en 213 de l'hégire, comme l'indique l'inscrip­tion du troisième de ces vases), pour le troisième des vases, et jusqu'au modd du sultan mérinide Abou Yaqoûb, copié sur le précédent, pour le second (1).

Malgré cette recherche apparente de l'exactitude dans la mesure, du modd, malgré tout cet appareil d'"appui", sorte d'isnâd qu'on a bien voulu reproduire pour avoir le plus exactement possible la mesure légale établie, pour l'aumône du fitr par le Prophète, si l'on prend la peine de mesurer la contenance de nos vases, on trouve : pour le premier (çâ) : 2 l.75; pour le second (modd) : 0 l.73 (2); pour le troisième (modd) : 0 l.76.


(1) Cette coïncidence des noms propres des possesseurs de modd m'a d'ail­leurs permis de compléter certaines lacunes présentées par le premier de mes vases où des noms sont effacés par l'usure du temps, et de rectifier des ortho­graphes fautives sur les autres.
(2) 0 l.73 est aussi le volume du modd de i'amîn des Qabbâbîn, dont j'ai parlé...


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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 22 Sep - 18:14


Or le second et le troisième devraient avoir la même capacité, tandis que le premier devrait avoir une contenance quatre fois plus grande. Il est loin d'en être ainsi.
Dès lors, la rigueur avec laquelle est établi l'"appui" , l'isnâd, c'est-à-dire la série quasi authentique jusqu'au Prophète des modd pris comme étalons successifs pour donner à cette mesure la capa­cité légale qu'elle doit avoir, n'est qu'illusoire. Ces formules écrites qui aboutissent à une erreur mathématique ne sont donc qu'un trompe-l'œil dont la science musulmane se contente.
La simple constatation que je viens de faire pour la capacité  de ces vases nous montre, une fois de plus, le caractère uniquement théorique de la science musulmane, si bien mis en lumière par Snouck-Hurgronje dans son étude publiée par la Revue de l'Histoire des religions (1898).


... plus haut; tandis que j'ai mesuré 0 l.76 pour un autre modd en cuivre rouge, cerclé en haut de cuivre jaune, ayant la forme tronconique des numéros 2 et 3 décrits ci-dessous. Comme eux, ce dernier modd en-nebi porte sur le côté un an­neau pour le saisir ou l'accrocher.
On lit, sur le cercle supérieur, une inscription gravée à la pointe très gauche­ment et dont voici le texte, qui fait le tour du vase sur une seule ligne :

( ici voir le texte arabe sur la page scannée ci-desssus )

" Ceci est le modd du Prophète — qu'Allah répande sur lui Ses Grâces et lui accorde le Salut.
" Il a été fait par El-Hàdjj Mohammed El-Hâïk en l'an 1214."

L'an 1214 correspond à l'année 1799 de J.-C. Ce modd, malgré qu'il ait plus d'un siècle d'existence, est plus récent que ceux étudiés dans cette note. N'ayant aucune remarque à faire sur l'inscription qu'il porte ou sur son décor, je me bor­nerai à remarquer que lui aussi porte le nom de l'artisan qui l'a fait. Et ce nom ne nous apparaît nullement, de la part de l'artisan , avoir été gravé par celui-ci dans un but de renommée, niais bien plutôt comme une garantie d'authenticité de la valeur ou de la mesure du modd dont le fabricant gardait ainsi toute la respon­sabilité. Il en était souvent ainsi pour les astrolabes, les roboh et les cadrans solaires dont j'ai vu un certain nombre à Fès.

Enfin je dois dire, pour terminer ces remarques, que la famille des Haïk est complètement éteinte aujourd'hui et n'a plus de représentant à Fès. Elle portait un nom assez curieux et fort rare : c'est celui d'un vêtement sans couture, au sujet duquel E. Doutté a écrit des pages bien intéressantes dans son Marrakech, t. I, p. 248 à 262.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 22 Sep - 18:18


Premier vase.



Comme les deux autres, il est de cuivre jaune; sa forme apparaît suffisamment dans la photographie donnée ici (pi. XXVII). Il appar­tient au chérif Si Abd-el-Hayy el-Kittàni, professeur à l'Université d'EI-Qarouiyine et chef de la confrérie des Kittâniya du Maroc. Il m'a été prêté par lui, malgré qu'il y attache un grand prix, avec la même facilité que me sont confiés tous les manuscrits de sa bibliothèque assez bien pourvue. Je lui renouvelle pour ces témoignages de con­fiance l'expression de ma gratitude.

Les inscriptions que porte ce vase nous apprennent que c'est un çâ et non un modd en-nebi, et qu'il date de l'époque du sullan mérinide Abou l-Hasan, pour lequel il a été fait. Il a donc près de six cents ans d'existence et se trouve être ainsi la plus ancienne des mesures de ce genre que nous connaissions. Le grand âge de ce ça explique son usure, qui se manifeste sous forme de larges trous sur le pourtour de la base, supprimant ainsi une partie des inscrip­tions arabes.

A la partie supérieure se trouve un bandeau d'inscription surajouté et rivé au vase, surmonté lui-même d'un rebord épais. Au-dessous de ce bandeau, la panse est couverte d'inscriptions formant dans l'ensemble la disposition donnée par la figure 1, reproduite d'après un estampage.
Le bandeau épigraphique qui fait le tour du vase a une largeur de 0 m. 018, et la largeur du panneau décoré d'inscriptions ei de motifs floraux sur la panse est de 0 m. 083.
Les motifs décoratifs aussi bien que les inscriptions sont gravés au burin et s'enlèvent en léger relief uni sur un fond de hachures.
La décoration de la panse se compose de dix arcatures dont neuf sont de même dimension. La dixième est plus étroite; elle a dû être tracée la dernière; le manque de place a obligé l'artisan à lui donner moins d'ampleur, et l'arcature elle-même est dissymétrique: le premier échelon reposant sur la colonnade manque d'un côté. On pourrait d'ailleurs, dans l'ensemble, signaler quelques modifica­tions inattendues du décor général. La neuvième arcade est la seule qui soit surmontée d'un cercle et d'une palmette; l'ornement formé d'une double ligne en zigzag séparant les colonnettes de deux arcatures, commence, on ne sait pourquoi, par des palmes d'acanthe entre la première et la seconde arcature.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Dim 22 Sep - 18:34


VASE DE CUIVRE (çâ)
DE L'EPOQUE DU SULTAN MERINIDE ABOU L-HASAN ALI

Bulletin archéologique , 1917
PL. XXVII, p. 336


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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Mar 24 Sep - 17:55





Fig. 1. - Décor de vase de cuivre de l'époque du sultan mérinide Abou l-Hasan Ali, reproduit sur la planche XXVII, d'après un calque de M. RICARD.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Mar 24 Sep - 18:07


[368J
Le décor de ce vase se compose donc d'arcs reposant sur des colonnettes. Les arcs sont à trois lobes : les deux latéraux semi-cir­culaires et le lobe du milieu en ogive. Le raccord des lobes se fait par un ressaut à angle droit. Les colonnes, comme les arcs eux-mêmes, se réduisent à deux traits parallèles. Chaque arcade est séparée de la voisine par une ligne brisée.
Dans l'intervalle entre deux arcs est un ornement floral, composé d'un axe de part et d'autre duquel s'épanouissent des palmes. Ce motif, qui semble rare dans la décoration maghrébine, se retrouve pourtant encore aujourd'hui sur des bandes de tissus faits au métier à la grande tire, à Fès, et dites Qaçba d borgato, que portent les nou­velles mariées sur leurs épaules pendant leur exposition des sept jours suivant le mariage. Là aussi il sert à combler l'intervalle entre les arcs,
Les inscriptions occupent les arcades et comptent un nombre inégal de lignes d'écriture, six, sept ou huit. L'écriture cursive maghrébine a un beau relief. La forme des lettres est élégante et robuste, le désir de la rendre décorative, manifeste. Il se montre dans l'importance donnée à la tête des alif et, en général, des ini­tiales mîm et noun, dans la forme particulière du kèf.
La forme de certaines lettres qui caractérise l'écriture marocaine actuelle se trouve déjà dans celte inscription:
Les  (mîm) initiaux sont ouverts, les ha, jin, hha commencent par un trait vertical qui les ferme et leur donne la forme triangulaire si différente de la forme souple des lettres orientales.
Le fleuron ornemental a presque disparu; à peine le trouve-t-on une ou deux fois dans tout le décor et encore est-il déformé. Le motif "y", c'est-à-dire en queue d'aronde, y est sobrement employé. Les extrémités des branches de ce motif sont arrondies.
Deux ou trois fois, dans ces inscriptions, une feuille, gauche­ment dessinée, part du milieu d'une lettre, mais d'une façon aussi inattendue que maladroite (voir par exemple la figure ? dans la der­nière arcature à gauche, 3e ligne avant la fin pour le mot halaïi.

Tel qu'il est, avec ses gaucheries et ses maladresses, ce vase est un beau spécimen du travail du cuivre dans la ville de Fès. Il est précieux pour la paléographie, car il nous donne sur cuivre des inscriptions de l'époque du sultan mérinide Abou l-Hasan (second quart du XIV° siècle), qui fut peut-être l'époque du plus complet épanouissement des arts maghrébins. D'autre part, on peut penser

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Mar 24 Sep - 18:22


[369]
— 13 —

que ce vase, étant fabriqué sur l'ordre du sultan lui-même, devait avoir été particulièrement soigné comme travail, et que l'ouvrier choisi pour en tracer le décor était l'un des meilleurs du temps. On peut dès lors en inférer que la décoration du cuivre à Fès n'a pas atteint un développement ni une finesse aussi remarquables qu'en Orient. Il en est encore de même actuellement, et l'on peut ajouter qu'on ne saurait trouver aujourd'hui d'artisans en cuivre capables même de reproduire le décor du vase d'Abou l-Hasan. Je dois dire en passant que nous avons à Fès d'autres témoins de la décoration épigraphique et florale du cuivre et du bronze dans la première moitié du XIV° siècle, — notamment des lustres existant encore dans les Médersas de cette époque, et le placage des portes de quelques unes de ces Médersas. Mais il n'entre pas dans le cadre de cette notice d'aborder ce sujet, pour lequel d'ail­leurs les documents dont je dispose sont encore incomplets et im­parfaitement mis au point.

A. Texte arabe des inscriptions de ce vase.

1° Dans les arcatures (dans le texte donné ici, j'ai marqué par un + la fin de chaque ligne d'écriture; par ++ la fin de la légende contenue dans une arcature; j'ai mis entre parenthèses les mots disparus, et que j'ai pu rétablir grâce aux inscriptions de deux autres vases ou aux données de l'Histoire:

voir le texte en écriture arabe ci-dessus

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Mar 24 Sep - 18:40


(370)
-14-
voir la suite du texte en langue arabe ci-dessus

B.   Traduction de ces inscriptions.
1° Celle des arcatures :
(Ceci est le) çâ du Prophète. Par bénédiction pour lui, que l'aumône légale du Fitr soit, grâce à cette (mesure) , raffermie par le triomphe et la puissance durable, aumône qu'a déterminé votre ancêtre, le Bien Dirigé sur lui soit le Salut !
Cette mesure a été renouvelée par le Sultan , notre Seigneur Mohammed (Abi Moarraf, fils d'Abou Yoûsof), fils d'Abd el-Haqq — qu'Allah l'assiste et le secoure — d'après le modd dont la capacité a été évaluée sur l'ordre de notre maître Abou Yâqoub (Yousof ben Yaqoûb ben Abd el-Haqq), (d'après le modd d'El Hasan ben Yahya el-Biskari, d'après celui) d'Ibrâhîm ben Abd er Rahmân el-Djekjaki, d'après celui d'Abou Ali ben Yoûsof El-Qawwâs , d'après celui du fqîh Abou Dja far Abmed ben Ali ben Ghazloûn), d'après celui du fqîh, le cadi Abou Dja far Ahmed (ben el-Akhtal), d'après celui de Khâiid ben ïsmâîi , d'après celui d'Abou Bekr Ahmed ben Hanbal, d'après ceux de Abou Ishâq ben Ibrahim ach-Chandzir et de
. Abou Djafar ben Mimoûn , qui tous deux avaient été calibrés sur le modd de Zaïd ben Tâbit, le compagnon de l'Envoyé d'Allah — qu'Allah lui accorde ses grâces et le Salut !
Le présent modd béni a été calibré, en bénédiction pour le Prophète et afin de vivifier la voie traditionnelle.


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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Mar 24 Sep - 19:15


(371)  
-15-

2° Inscription du bandeau supérieur :
Louange à Allah ! Ce modd béni a été calibré sur l'ordre de notre maître l'Émir des Musulmans Abou-l-Hasan, fils de notre maître l'Emir des Mu­sulmans Abou Saïd, fils de notre maître l'Émir des Musulmans Abou Yoûsof (Yâqoûb ben Abd el-Haqq).


C.  Observations.


La seconde de ces inscriptions ne laisse aucun doute sur l'époque à laquelle le modd ou ça (puisque les deux noms lui sont donnés) a été fait. C'est Abou l-Hasan, le grand souverain mérinide, qui le fit faire: il serait difficile de dire à quelle date exacte. Il est cer­tain, d'après cette formule qui l'appelle Amîr el-Moslimîn et non âmir simplement, que ce fut pendant son règne, et non à une époque antérieure (1). Or ce règne commença en 731 H. (1331)  et se ter­mina en fait par la proclamation anticipée d'Abou Inân, à Tlemeen, en 749 H, (1348), selon Ibn Khaldoun qui en donne les détails circonstanciés (2).

Cette mesure légale fut copiée sur un modd mérinide antérieur, dont le texte de nos inscriptions nous indique le propriétaire : " le Sultan, notre seigneur Mohammed ..... ben Abd el-Haqq, d'après le modd qu'avait fait faire notre maître Abou Yâqoûb ...".
C'est donc le modd du souverain mérinide Abou Yâqoûb qui régna de 685 H. (1286 J.-C.) à 706 H. (1306 J.-C.), qui a servi de modèle à celui de Mohammed. . . ben Abd el-Haqq, lequel a servi à son tour de modèle à celui-ci, à celui d'Abou 1-Hasan, neveu du précité Abou Yâqoûb.
Qu'était donc ce Mohammed, descendant d'Abd-el-Haqq, qui est appelé ici Es-Soltan et Saiyiduna, " souverain" et  "Notre seigneur"?
Ces titres auraient fait songer à un chef des premiers mérinides qui, à la tête de ces groupements mérinides, avant l'établissement du royaume, remplaça son frère Abou Saïd Otsmân Ier, en 638 H.



(1) On sait en effet qu'avant son avènement au pouvoir et sous le règne de son père Abou l-Saïd, AbouJ-Hasan fit construire à Fès, en 721, la Médersa aujour­d'hui appelée  [b]es sahrij [/b](cf. Qirtâs, éd. de Fès, in fine); mais, à cette époque, il n'avait que le titre d'âmir et non d'âmir el-Moslimîn, qui n'appartient qu'au souverain. Les légendes du vase suivant nous permettront de dater celui-ci assez approximativement entre l'an 781 H. et l'an 784 H.
(2) Hist. des Berbères, IV, p. 371-276 de la traduction.



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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Mer 25 Sep - 11:09


— 16 —
[372]

( 1240 de J.-C.), et mourut dans un combat contre les troupes almohades, en 642 H. (1244 de J.-C.).
Mais ce chef ne prit jamais le titre de Sultan, et les chroniqueurs ne lui donnent que celui d'émir. D'ailleurs il n'aurait pu faire co­pier son modd sur celui d'Abou Yâqoûb, qui ne commença à régner que 43 ans après la mort de ce Mohammed ben Abd-el-Haqq.
J'ai pensé qu'il s'agissait plutôt d'un frère d'Abou Yâqoûb, appelé Mohammed Abou Morraf, fils de Abou Yousof Yâqoûb. Nous ne sommes pas très renseignés sur ce prince mérinide, et il est bien difficile de dire pourquoi il est ici appelé Es-Soltan; car il ne régna jamais.
Il eut peut-être bien l'envie d'arriver au pouvoir, puisqu'il fit cause commune avec un de ses cousins, Mohammed ben Idrîs ben Abd el-Haqq, qui s'était mis en rébellion au nord de Fès, dans la région de l'Ouergha, contre le souverain Abou-Yâqoûb (1); mais il revint à de meilleurs sentiments vis-à-vis de son frère, rentra à la cour, et il lui fut pardonné.

A part ce titre de Es-Soltan figurant sur nos inscriptions, ainsi que celui de Saiyid qui l'accompagne et qui diffère de mawla, con­stamment employé pour les mérinides sur toutes ces inscriptions, je ne vois rien à signaler de remarquable dans les titres royaux des personnages mentionnés. On sait que les quatre souverains méri­nides mentionnés dans nos deux inscriptions de ce vase n'ont eu que le titre de Amir-el-Moslimm (2) qui leur est donné ici, et jamais celui de Amir-el-Mûminin que prit le successeur et fils d'Abou l-Hasan, le fameux Abou Inân Fâris, et à propos de qui et de quoi M. Max van Berchem a donné de bien intéressants détails dans son article sur Les titres califiens d'Occident (3).
Nos inscriptions confirment encore cette constatation de M. Van


(1) Cf. Qirtâs, éd. de Fès, 286; trad. Beaumier, p. 583; Hist. des Berbères ,t. IV, 121.
(2) Le titre de âmir el-Mûminîn décerné au mérinide Abou Saïd à la page 301 in fine du Qirtas (éd. de Fès) est une faute de copiste, selon moi, car dans le titre même du chapitre (p. 299) du règne d'Abou Saïd, ce souverain est nommé amîr el Moslimîn, et pourtant c'est sous son règne, en 726 H., que l'auteur du Qirtas écrivait sa chronique de Fès, tout entière à la louange des premiers mérinides, et en particulier d'Abou Saïd. On sait qu'à part Abou Inân, le mérinide Soleïman s'est vu attribuer le titre d'Amir el-Mûminin sur des monnaies ( cf. van Berchem, Journ. asiat., 10° série, t. IX, p. 297 et suiv.).
(3) Journal asiatique, 10° série, t. IX, 1907.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Mer 25 Sep - 11:14

Bulletin archéologique, 1917
Pl. XXVIII, p. 373.


( Cliché du Commandant Laribe. )


VASE DE CUIVRE ( MODD EN-NEBI )
DE L'AN 1656 DE J.C.
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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Mer 25 Sep - 11:27


[373]
— 17 —

Berchem , que le premier mérinide qui prit le nom d'amir-el-Muslimin fut Abou Yousof Yàqoûb, et que Je nom du père de ce dernier, Abd et-Haqq, n'est accompagné d'aucun titre.
Quant à la succession des autres noms de personnages déten­teurs d'un modd-étalon, jusqu'au Compagnon du Prophète, Zaïd ben Tâbit, quelques-uns sont ceux de célébrités de l'Islam, beau­coup sont ceux de musulmans peu connus. Il ne m'appartient pas ici, dans cette courte notice, d'aborder l'étude de ces personnages pour faire la critique serrée de l'isnâd ou " appui " de ce modd ou çâ.


SECOND VASE.

La forme tronconique de ce vase est indiquée par la photo­graphie (pi. XXVIII). A la partie inférieure, le fond a dû être consolidé par des soudures ; la partie supérieure et ouverte est renforcée par un bandeau, sans décor ni inscription, d'une largeur de deux centimètres. Toute la surface extérieure de la partie tronconique est, à part cela, couverte d'un décor et d'inscriptions dont nous

Fig. 2. — Détail du décor du vase de cuivre de l'an 1656 de J.-C. reproduit sur la planche XXV11I, d'après un calque de M. Ricard.
( voir ci-dessus la copie du détail du décor)
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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Jeu 26 Sep - 8:15


_ 18 _
[374]

allons parler. Ce vase, qui appartenait à la famille Aqeshi, a été vendu en 1916, par l'intermédiaire d'un marchand du Mareqtân de Fès, à M. le capitaine G. Mellier, chef des Services municipaux de Fès-ville.
Le diamètre du cercle de petite base est de 0 m. 084, celui du cercle de grande base est de 0 m. 11 ; la hauteur intérieure du vase est de 0 m. 095 sur les bords. Le fond est légèrement bombé extérieurement. Une anse en cuivre sert à saisir ce vase, comme l'indique la figure.
La décoration est formée par six arcatures à peu près égales, du type de celle reproduite par notre figure 2, d'après estampage sur le vase (plein cintre outrepassé).
Les légendes sont uniquement renfermées par cinq des arcatures, la sixième ne contenant que les mots el hamdu lillah , «Louange à Allah ».
Dans l'ensemble, ces arcatures apparaissent comme les baies d'un panneau de décor plein, sur lequel des motifs géométriques et floraux sur un fond de hachures constituent un arrangement décoratif, rappelant assez par sa composition le décor du vase précédent. Mais ici les arcs ne sont pas lobés comme dans le pré­cédent.
Deux traits parallèles très voisins constituent également ici la colonne de support de l'arc, formé, lui aussi, d'un double trait gravé.
Chaque arcade est séparée de la voisine par deux lignes brisées, formées chacune d'un double trait, s'entrecroisant pour former une succession de losanges jusqu'à la naissance des arcs.
Au-dessus de cette colonnette de losanges successifs, un motif floral s'épanouit pour remplir l'intervalle entre les arcs, comme dans le décor du vase précédent. C'est également une stylisation de palmettes d'acanthe; mais, par leur groupement, l'artiste semble avoir voulu évoquer la forme d'un objet, peut-être d'un candélabre.
Les inscriptions dans les arcatures comptent 12 ou 13 lignes d'écriture pour les quatre premières arcades, et 8 lignes seulement pour la cinquième.
L'écriture maghrébine de ces inscriptions est gravée au burin, d'un trait unique et maladroit. On sent que le graveur qui a tracé cette inscription était peu habile dans son art.
Au surplus, ce modd du Prophète était destiné à un simple qaïd.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Jeu 26 Sep - 8:20


[375]
— 19 —

non à un sultan comme le précédent et le suivant. Remarquons que ce modd est de 18 ans postérieur à celui de Tlemcen dont j'ai parlé ci-devant.

A.   Texte arabe des inscriptions.

(Les mots entre parenthèses sont ceux qui étaient illisibles ou manquants dans l'inscription du modd et que j'ai pu rétablir. — Comme dans l'inscription précédente, une croix + marque la fin d'une ligne d'écriture sur !e modd, deux croix -++ indiquent le pas­sage d'une arcade à la suivante.)

voir le texte en langue arabe le scan de la page 19 ci-dessus,
et pour les deux dernières lignes le post suivant ( scan de la page 20 ) .



Dernière édition par Paul Casimir le Jeu 26 Sep - 8:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Jeu 26 Sep - 8:31


B.   Traduction de cette inscription.

Louange à Allah! (La capacité de) ce modd béni a été vérifiée sur le modd de notre maître Ahmed, fils de notre maître Ali El-Idrîsi, mesuré lui-même sur celui de l'Émir des Croyants Abou l-Hasan (petit-fils) de (1) l'Emir des Croyants Abou Yoûsof ben el-Haqq, copié sur celui de notre maître Abou Yâqoub ben Abi Yoûsof ben Abd el-Haqq, copié sur celui d'El-Hasan ben Yahyâ El-Biskari, etc. (2) ......... '. ......... ......

Ces deux modd ont été copiés sur celui de notre Seigneur, notre béné­diction, notre intercesseur auprès de notre Maître, le Compagnon de l'En­voyé d'Allah — qu'Allah lui donne ses grâces et lui accorde le Salut! — Zaïd ben Tâbit — qu'Allah en soit satisfait! — lequel modd est daté de l'an II (de l'hégire). C'est (donc) sur ce modd que fut mesuré celui ( de Ahmed ben Ali el-Idrîsi qui nous a servi de modèle) qui porte la date de 734 H. (1333 J.-C.). Celui-ci a été fait en l'an 1067 H. ( 1656 J.-C.). Il a pour auteur le maître-( graveur) versé dans la littérature, qui a besoin de la miséricorde de son Dieu, dont il espère le pardon au jour de sa morl, Abdesseîâm Jelloun ben el-Ghazwâni, qu'Allah lui donne ses grâces dans l'autre Monde ! qu'il lui ouvre les portes de son Paradis, grâce à sa bonté et à sa générosité !

Ce modd a été commandé par le qaïd Mancour ben Ez-Zâhi, le pacha. Ce modd béni a été fait en bénédiction pour la voie traditionnelle tracée par notre Prophète Mobammed — qu'Allah lui donne ses grâces et lui accorde le Salut!
Louange à Allah !


(1)  II y a une lacune ici dans la filiation, il faut ajouter le nom du sultan Abou Saïd Otsman, qui a été omis dans cette inscription.

(2) Il est inutile de répéter ici la série des noms propres des possesseurs de modd copiés les uns sur ies autres jusqu'au modd de Zaïd ben Tâbit ; elle est exactement la même que pour le vase précédent. Si je l'ai donnée dans le teste arabe, c'est pour en marquer les légères variantes, non dans les noms propres, mais dans les autres mots, et aussi les fautes commises par le graveur qui coupe souvent un mot en deux pour en rejeter une partie au début de la ligne sui­vante.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Jeu 26 Sep - 8:59


[377]
— 21 —


G. Observations.

Les remarques que l'on peut faire à propos de ces légendes sont les suivantes :
Le modd qui vient d'être décrit a eu pour modèle un modd copié en 734 H. (1333 J.-C.) sur celui d'Ahou-l-Hasan, le souverain mérinide, — c'est-à-dire notre n° 1 décrit ci-dessus vraisemblable­ment. C'est donc des toutes premières années du règne d'Ahou-l-Hasan qu'il faut dater le modd décrit sous le n° 1 ci-devant, puisqu'il existait en 734 et qu'il fut fait sous le règne d'Abou-l-Hasan; il peut être daté de 731 à 734.
On peut penser que ce modd-étalon que faisaient faire les souve­rains n'existait pas en nombreux exemplaires pour un même sou­verain ; chacun se contentait d'en faire faire un ou deux, comme il faisait faire également une ou deux coudées royales servant d'étalon pour les mesures de longueur.
Ce second vase nous permet donc de donner très approxima­tivement— à trois années près — la date du premier.
On remarquera aussi que tous les souverains mérinides men­tionnés dans l'inscription ci-dessus sont gratifiés du titre éminent d'amîr el-Mûminin.

C'est là une erreur de l'ouvrier graveur qui ignorait la valeur des titres califiens. Les légendes qui figurent sur le vase n° 1, décrit le premier, concordent avec les opinions très judicieuses — et que j'aurai bien d'autres fois l'occasion d'appuyer sur de nouveaux documents épigraphiques de Fès — soutenues par M. Max Van Berchem, dans l'article que j'ai cité plus haut.
La date de l'an II de l'hégire figurant, nous apprend ce texte, sur le modd de Zaïd ben Tâbit confirme bien - ce que nous savions - que l'aumône légale du Fitr avait été instituée par le Prophète dès la deuxième année de l'hégire (1).

La date de 1067 de ce modd n° 2 est gravée en caractères spéciaux à Fès, il y a deux ou trois siècles, comme l'indique le texte lithographiè à Fès de Si Ahmed Sokeïrej (2).
Cette date de 1067 ( 1656 de J.-C. ) correspond à la période de


(1) Cf. mes Trouvailles archéologiques, loc. cit., p. 234.
(2) Cf. Si Ahmed ben el Hàdjj el-Ayyâcchi-Sokeiredj, [i]Irchâd el-muta allim wu-enr-nâsî fî çifati Achkâl il-qalam il-fâsi/i], p. 6, éd. lithogr. de Fès, 1316.
Ce petit traité, expliquant la valeur numérique des chiffres en écriture de Fès, est un commentaire de la poésie sur ce sujet de Sidi Abd el-Qâder el-Fâsi.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Jeu 26 Sep - 9:09


— 22 —
[378]

troubles et d'anarchie dont le Maroc fut le théâtre ; les chérifs saadiens ont terminé leur règne. Les marabouts les ont renversés. C'est le moment où la nouvelle dynastie des Filaliens ou Alaouites, avec son fondateur Moulay Ali Ech-Chérif (mort à Sidjilmassâ en 1069) commence à faire parler d'elle.
Les Marabouts de la Zaoûya dilâiya disputent le pouvoir aux Sultans-chérifs. A Fès même, ils sont les maîtres de la situation. Moulay Mohammed, fils de Moulay Ali, est cependant appelé en 1060 par les Fasis et se fait proclamer dans cette capitale. Mais il n'y demeure que quelques mois, car les Dilâïtes envoient contre lui des troupes ; il est battu et s'enfuit au Tafilalet. Ce fut son frère Moulay Er-Rachid qui s'empara de Fès en 1077 (1666-1667) et fonda en fait la dynastie des chérifs alaouites, encore au pouvoir.
Le pacha ou qaïd mentionné sur ce modd — qui fut vraisembla­blement fait à Fès —- était donc à cette date au service des Dilâïtes. Je ne trouve pas mention de ce personnage dans les textes, et je me demande s'il ne conviendrait pas de lire son nom Mançoûr ben Er-Râmi, — ce qui est très possible étant données les négligences du graveur, —- car on trouve un qaïd de ce nom signalé comme étant le chef d'importantes troupes au nom du sultan Moulay Ismaïl, en l'an-1090-1091 (1).

Troisième vase.

La reproduction photographique très nette donnée ici (pi. XXIX) indique bien la forme tronc-conique de ce vase. Extérieurement, sur le pourtour des deux bases, un cercle d'argent de 0 m. 006 ren­force et consolide ces parties. Un anneau d'argent est fixé au milieu du vase au moyen d'une applique élégante en argent également et d'un gracieux décor de palmes d'acanthe stylisées, comme l'indique la figure 3 estampée sur l'original. Le vase appartient à Si Moham­med ben el-Hajj Mohammed Bennâni, qui était khalifa du Mohtaseb de Fès, il y a encore environ trois ans.

Le diamètre du cercle de petite base est de 0 m. 091 ; celui du cercle de la grande base est de 0 m. 12. Le fond est plat.
A part l'applique de l'anneau d'argent servant à porter ce vase, la décoration est uniquement obtenue par les inscriptions encadrées dans trois médaillons à peu près égaux. Ce type de décor semble


(1) Ci. Kitâbu-l'istiqça, trad. Fumey, I, p. 83.

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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Jeu 26 Sep - 9:13

( Cliché du Commandant Laribe )
Bulletin Archéologique, 1917    
Pl.XXIX, p. 378


VASE DE CUIVRE (MODD EN-NEBI ) FABRIQUE L'AN 1717 DE J.C.
POUR LE PRINCE ABD ALLAH
FILS DU SULTAN MOULAY ISMAIL.


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MessageSujet: Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé   Jeu 26 Sep - 9:33


[379]
- 23 -

très rare dans les cuivres marocains. Le médaillon qui enferme les inscriptions reproduit, en plus écrasé, le contour extérieur de l'ap­plique d'argent de l'anse. La décoration maghrébine nous offre des exemples dont on est tenté de rapprocher les éléments de ce médaillon, comme par exemple l'entrelacs curviligne qui décore les murs de la mosquée de Sidi Bel-Hassen (1). Faut-il rappeler en passant que l'emploi des médaillons n'était pas inconnu dans l'Espagne musulmane. On en retrouve sur nombre de coffrets et de boîtes en ivoire des X° et XI° siècles (2). Mais ces médaillons ont tous la forme de cercles réguliers ou à six lobes, et ils ne se déta­chent pas sur un fond uni comme dans notre modd. Les intervalles sont remplis par des motifs décoratifs, arbres, animaux ou per­sonnages, aussi importants que ceux de l'intérieur des médaillons. J'inclinerais à penser que ce genre de médaillons de notre modd aurait été inspiré plutôt par des cuivres mésopotamiens ou persans où les médaillons s'enlèvent souvent sur fond uni  ou sur un fond neutre de décors en T (4). Ceci serait d'autant plus vraisemblable que l'influence de la décoration persane est assez marquée dans les arts marocains, et c'est sans doute aux objets rapportés par les pèlerins marocains qu'il faut l'attribuer. Quoi d'étonnant qu'un décor imité d'un modèle venant des Lieux Saints soit reporté sur un objet aussi sacré que l'est un modd en-nebi ?
La planche XXIX et la figure 3 donnent une idée de ce décor. Le cadre et les inscriptions sont gravés au burin en un trait unique
fort simple, mais dénotant une certaine sûreté de main de la part de l'ouvrier. .
Les caractères maghrébins de l'inscription sont beaucoup plus soignés que ceux du vase précédent. Il est vrai que ce modd a été fabriqué par ordre du fils d'un grand sultan, qui devait régner lui-même quelques années plus tard.
Ce fut en effet sous le règne fameux de Moulay Ismaïl que le fils de ce dernier, en 1180 (1717-1718 J.-C.), Moulay Abd Allah, fit faire ce modd-étalon. Ce ne fut que neuf années plus tard (en 1139 H., 1726 J.-C.) que mourut Moulay Ismaïl, et en 1141i (1728 J.-C.) que Moulay Abd' Allâh fut proclamé roi.


(1) Cf. W. et G. Marçais, Monuments de Tlemcen, fig. 27, p. 174.
(2) Cf. Migeon, Manuel d'art musulman, p. 128 et suiv.
(3) Cf. Migeon, loc. cit., p. 166, fig. 142; p. 168, fig. 144.
(4) Fig. 146, p. 170, fig. 155, p. 180.

N.D.L.R. : le "Manuel d'art musulman" de G. MIGEON et SALADIN a été scanné par les Canadiens et est consultable,




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Alfred BEL : Note sur trois anciens vases de cuivre gravé trouvés à Fès et servant à mesurer l'aumône légale du fitr.
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