Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 La Féerie Marocaine

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Paul CASIMIR




MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 12 Aoû - 11:04

page 77



JARDINS DE LA MAMOUNIA.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 12 Aoû - 11:09

page 78


haute laine que l'artisan berbère raie de noir ou d'ocré, ces coussins de cuir dur où nulle forme ne s'imprime, ces divans bas couverts d'étoffes dites Glaoua que je retrouve sur le dos des passants, cette lueur diffuse qui feutre d'ombre les salles, charme des intérieurs, ainsi que de l'âme mauresque où tout est accueillant, sensuel et secret.

La Mamounia est un palais des Mille et Une Nuits... où l'on rencontre tout Paris.

Créée tout récemment par la Transatlantique, elle offre aux voya­geurs, en plus de ce régal d'être arabe en tout point, les plus belles épaules et les plus beaux bijoux. On y croise Sem, Alain Gerbault et tant d'autres ! Sommes-nous au Maroc ou sur la côte d'Azur ?
La porte ouverte, l'Afrique reprend ses droits. Tout autour de l'hôtel, accourus semble-t-il de tous les oasis, des flores les plus somp­tueuses, de nos riches parterres, sous la garde de ces oliviers antiques et vénérables, tous les feuillages, toutes les fleurs, toutes les essences se mêlent, creusent de lourdes flaques d'ombre, s'enlacent, se multi­plient, s'enfoncent et se perdent dans les vasques carrées où l'eau vit de leur reflet... Verdure chaude où le violet épiscopal des bougainvillers est une améthyste dans un chaton d'émail; verdure opaque, qui coupe net l'allée rosé comme ces terrasses là-bas, soulignées d'un trait d'encre, sous la voûte flottante des palmiers. Un seul mot, en arabe, pour paradis et jardin... et celui-ci en est un, paradou marocain, jardin d'Allah où l'on ne se sent que paresse et langueur, sous ces parasols jaunes, dans ces fauteuils profonds où l'on voudrait, comme ces arbres, comme ce pays, comme ceux qui en sont nés, vivre un rêve immobile d'insouciance et d'oubli...

Pourtant, dans cet éden, ces oliviers seuls nous parlent du passé. Plantés probablement par Mamoun le Saadien ils ont donné leur ombre à bien des personnages et à bien des fêtes, au temps où Marra­kech s'appelait encore Maroc, où seul le quartier juif offrait asile aux chrétiens, où les « bois de justice » étaient la fosse aux lions, où la Mamounia — ses trois pavillons — servait de résidence aux ambassa­deurs.
Et il en vient de tout temps et de tous pays, tant que Marrakech

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 12 Aoû - 11:14

page 79

- Jardins de la Mamounia.

est la capitale, depuis ceux qui traitent le rachat des cap­tifs, jusqu'au comte de Breu­gnon, flanqué de M. de Chénier, consul de France, jus­qu'au ministre Ordega qui ob­tient le pre­mier la faveur de rester cou­vert devant le sultan... jus­qu'à Sir Kirby Green qui, peut-être pour avoir été assez fraîchement reçu, prend une congestion et meurt. En ce temps là, encore tenus d'attendre hors de la ville le bon plaisir de Sa Majesté Chérifienne, les diplomates étaient conduits à la Mamounia en grande pompe, escortés de cavaliers, de curieux, de troupeaux, à une Mamounia d'un luxe tout d'apparat où la salle précieuse offerte au ministre avait pour mobilier une table à tapis vert, une cuvette et une glace, au milieu de laquelle, attention délicate, trônait son étiquette,,.
Ce pavillon des Ministres existe encore, actuellement habité

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 12 Aoû - 11:19

page 80

- Jardin à Marrakech.

par le docteur Guichard, fondateur-directeur du dispendaire pour indigènes où l'on accourt de partout pour réclamer ses soins.

Le Dr Gui­chard qui trou­ve le Musulman plus sympa­thique que le colon, le pre­mier le payant en saluts et en œufs, le Dr Gui­chard goûte peu le progrès... surtout depuis la guerre :
« Avant, dit-il, tout n'é­tait pas parfait, on mangeait du porc, il y avait des ivrognes, des femmes qui servaient chez l'Européen ou vivaient avec lui. Mais main­tenant, ils ont pris tous nos vices et (c'est pour lui le pire), ne suivent plus que leur pro­verbe : « On ouvre toutes les portes avec une clé d'or ».
Et le docteur me montre toutes les reliques de Mauchamp, ce héros obscur, dont le meurtre, autorisant le viol de la frontière, fut la cause directe de l'occupation d'Oudja... Drame qui rappelle

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 13 Aoû - 10:37

page 81

- Le hall de la Mamounîa.
- Dans le palais de la Bahia.


en horreur ceux de la Russie rouge, ou les annales de ce pays... Dénoncé comme espion sur l'instigation d'un Alle­mand, qui fait croire qu'il empoisonne lentement ceux qu'il soigne, accusé de receler une T. S. F. clandestine dont il se servirait pour faire de l'espionnage, il est lapidé, lardé, déchiré, sa maison mise à sac, ses papiers dispersés, ces pa­piers tachés de sang qui nous disent son œuvre, ces formules, ces recettes, ces se­crets des guérisseurs qui sont les féticheurs du Maroc, si patiemment, scrupu­leusement notés par lui...

Au pied de la terrasse, les oliviers du parc, sous la brise, frissonnent. « Olivier,

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 13 Aoû - 10:43

page 82

... arbre sacré », dit le Marocain, parce que le nom d'Allah est écrit sur ses feuilles! Mais le soleil, ce soir, les plombe de taches de sang... Sur les oliviers de la Mamounia, le nom que je lis, c'est en lettres d'or celui de Mauchamp.


* *  *

En plus de ce pavillon des Ambassadeurs, Marrakech possède aussi son Alhambra : la Bahia.

Bien andalous, ce palais aux sept cours, dont l'une rappelle tellement la Cour des Lions, sans lions, ces voûtes bombées comme le couvercle d'un coffret, ces plafonds peints des plus vives couleurs pour charmer les yeux du dormeur qui s'éveille  Ici, dans cette suite de patios et de chambres qui semblent s'engendrer, se créer l'une l'autre pour sombrer, s'évanouir après notre passage, le charme voluptueux n'est pas dans ces jardins qui ne sont pas faits pour s'y reposer, mais pour apparaître, s'encadrer dans ces portes, richement enluminées, comme un jeu miroitant de soleil et de fraîcheur... Ici, sous les sculptures en nid d'abeille des arcades, règne cette inspiratrice de tout l'art musulman l'arabesque... l'arabesque folle, sans rythme et sans but, qui s'élance, s'attarde, bifurque, semble hésiter, repart... comme le récit de Shéhérazade.
« L'arabesque, nous dit Alfred de Tarde, cette formule magique du sommeil, ce chloral »...
Alfred de Tarde a connu l'architecte de la Bahia, qui lui a longue­ment parlé de son art, cet art qu'enseignent les vieux palais, les vieilles portes, les fontaines, ce manuel de beauté que sont les villes du Maroc.
C'est à cet architecte qu'en 1912, Lyautey, qui veut en faire la Résidence, confie le soin de restaurer la Bahia et, d'après les seuls plans, c'est le maréchal qui nous le dit, qu'il portait inscrit dans son cerveau et ses yeux... Car ce palais féerique date à peine de trente ans. Mais tout n'est-il pas très vieux ici, d'avant notre ère, qui a mis des siècles entre aujourd'hui et hier ? Et ce palais est construit par le fameux Ba Ahmed, ce nègre omnipotent, ventripotent, fastueux et sanguinaire, qui connaît si bien l'art de diviser pour régner, qui s'entend aussi bien à promener le cadavre de Moulay Hassane, pendant trois jours, en faisant croire qu'il vit encore, qu'à organiser les plaisirs ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 13 Aoû - 10:45

page 83

- La Bahia. Le riad.

... du jeune Abd El Aziz, qu'à orner de têtes coupées les murs de la ville, qu'à diriger les équipes qui décorent la Bahia, qu'agonisant il mène encore...
« Après sa mort, nous dit le vieux soldat qui nous guide, on a tout vendu, ses meubles, ses esclaves... et comme son successeur ne trouvait pas que cela faisait assez d'argent, on a vendu ses femmes. »
Les jets d'eau sont muets à la Bahia d'aujourd'hui et les salles vides...
Presqu'une paix monacale dans ce décor sensuel, palais de quelque belle sultane-fantôme que rien ne trouble plus que le bruissement des feuilles, un fruit qui tombe, les pas du temps... et ces ombres dorées, fouillées, sculptées, dans lesquelles tout d'un coup un motif s'éclaire, se ranime, quand un rayon s'y pose ou un regard, quand, réveillant en sursaut les pigeons et les rêves, au lieu du glissement des pieds nus, des babouches, le bruit de nos talons trop modernes sonne faux.

* * *
Constructions fragiles, puissances éphémères, murs qui s'effritent, ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 13 Aoû - 10:53

page 84

- Tombeaux saadiens.

... empires qui crou­lent: l'histoire du Maroc comme l'histoire de France est aussi celle de ses dy­nasties. Comme nous  avons nos Carolingiens, nos Capétiens, nos Valois, nos Bourbons, le Ma­roc a ses maîtres de l'heure qui durent quelque­fois plusieurs siècles, avec cette différence qu'ils sont Berbères ou Arabes, nomades ou sédentaires, qu'ils viennent du Sahara ou des plateaux de l'At­las, ou même de l'Arabie, comme ces Hilaliens, si ravageurs, qu'on les compare aux sauterelles... va­gues successives, violentes comme le désir, fugaces
comme lui, toutes portées par leur ardeur de guerre sainte qui dé­ferlent sur l'Espagne et s'y brisent. Et Marrakech les subit toutes: les fiers Almoravides, frères des Touaregs, les Almohades, qui eux, savent conquérir et créer, les Béni Merin qui s'installent à Fez, les ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 13 Aoû - 10:56



MARRAKECH - TOMBEAUX SAADIENS

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 13 Aoû - 11:03

page 85
- Les tombeaux saadiens (extérieur),
- Intérieur des tombeaux saadiens.


... Saadiens... Il y a loin de Youssef ben Tachfine, cet ascète, nourrit d'orge et de lait de cha­melle, même d'Ibn Toumert, le Mahdi almohade et d'Abd El Mou-men son disciple, aux Saadiens. Sûrement chaque dynastie s'impose par des massacres, la cruauté est le mot d'ordre des avènements. Mais huit sur douze des sultans saadiens périssent de mort violente. C'est cer­tainement à cause d'eux que Marra­kech s'appelle : la Rouge... Leur his­toire est une flaque de sang.

De sang et d'or. C'est un Saadien, ce fameux El Mansour le Doré, ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 15 Aoû - 10:30

page 86

- Extérieur des tombeaux saadiens.

... connu pour un de ceux qui embellissent Marrakech, connu surtout pour son expédition au Soudan. Faire main basse sur le sel du terri­toire de Gao pour ensuite l'échanger contre l'or du Soudan, tel est son rêve, ce rêve qu'il charge trente mille hommes d'exécuter sous la conduite de Djouder, cet Espagnol aux yeux bleus... Et l'or de Tombouctou — la fortune des notables — porté jusqu'à Marrakech par trente mules, lui permet d'édifier ce palais d'El Bedi dont les murs d'onyx sont cloutés de pierres précieuses... Mais El Mansour est jaloux, et, dit le roman, ayant surpris un jour une lettre de Djouder, et que sa favorite ne recevra jamais il livre celle-ci toute nue, aux scorpions...

Un couloir étroit, une cour abandonnée, sur laquelle s'inclinent deux toits de tuiles vertes (ces toits qui désignent les demeures des chérifs)... les tombeaux des Saadiens. Ils passent, à juste titre, pour la merveille de Marrakech et de tout le Maroc, dans cette petite mosquée-chapelle, plus haute que large, synthèse de tout l'orgueil et de tout l'art musulman... Là, dans une atmosphère aussi luxueuse ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 15 Aoû - 10:35

page 87

... qu'intime, dans cette lumière d'alcôve qui a des clartés d'aube, se groupent tous les chefs-d'œuvre de cet art subtil, géométrique et froid, bien plus cérébral encore que sensuel, parce qu'il ne sort pas du cœur, mais de la tête...
Mohammed Abdallah, assassiné par un Turc de sa garde après avoir massacré les derniers Mérinides.
Mohammed ben Abdallah, tué à la bataille des Trois Rois, six ans après la Saint-Barthélemy...
Ahmed-El-Mansour (El Dehbi) mort de la peste, ou disent d'autres, de la piqûre d'une figue-fleur à l'instigation d'une femme de son harem...
Moulay Abd-El-Melek, tué par un Portugais qu'il voulait faire eunuque après avoir livré les chrétiens aux lions...
Moulay-Oualid le tyran, assassiné par son frère...
Moulay Cheik...
Meurtre, inceste, viol, ivrognerie, piraterie, toutes les cupidités, toutes les débauches : la dynastie saadienne...
Et c'est pour célébrer, pour commémorer cela que furent érigés ces palais de la mort, ces marbres rares, ces colonnes pures comme des corps de vierge, sœurs de celles de l'Alcazar de Séville, ces voûtes toutes brodées de ciselures et de textes, ces mosaïques qui, dans la pénombre, mettent des étoiles...
Dans la petite cour où l'herbe est rare, un palmier solitaire, impérial, se penche... Plus loin, un petit tertre : le tombeau, dit-on, de ce chérif plus modeste qui ne demanda, lui, que sa place au soleil...
Plus que cette chapelle ostentatoire, cette pierre émeut...
Je pense comme Paul de Saint-Victor, qui préférait aux splendeurs des hypogées thébaines les humbles dalles de nos cimetières.

II.  —  MARRAKECH  LA  SAHARIENNE
Qu'est-ce que je connais déjà de Marrakech ?
Des palais, des tombeaux, quelques pages d'histoire, quelques profils aigus de conquérants et de despotes ?
Mais Marrakech n'est pas que cette orgueilleuse sultane qui rêve indolente sur ses divans de soie... C'est une fille du Sud, hâlée, aux gestes rudes, qui aime le travail le plaisir, et la vie.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 15 Aoû - 10:37

page 89


INTERIEUR DES TOMBEAUX SAADIENS

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 15 Aoû - 10:42

page 88

- Medersa Ben Youssef
- Intérieur des tombeaux saadiens.


Ville qui marche, au ralenti sans doute, comme tout ce qui est d'Afrique où les hommes vêtus de blanc ont l'air de pierres qui bougent, mais courant perpétuel, continu, qui laisse peu d'espaces vides entre ces lentes files de passants et de bêtes, le long des ruelles, au pied des murs.
Où la chercher? Dans ses souks, près de ses portes, au bord de ses fontaines... et plus que partout, sur sa place.
« Toute cité marocaine est avant tout un marché », a dit je ne sais plus qui. La place Djemaa El Fna, à elle seule, est une ville. Et c'est bien là, vraiment que se condense Marrakech, comme dans la nébuleuse ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 15 Aoû - 10:47

page 90

- La place Djemaa El Fna, le soir.

...,la planète. Djemaa El Fna, la place des Merveilles, la place du Trépas, la place Folle, chacun la baptise, veut lui donner un nom. Mais elle est elle, tout simplement, unique en son genre sur le marché d'Afrique avec son allure, sa gaieté de grande foire, son air de se distraire non pour nous mais pour elle, et cela depuis des siècles et des siècles.
Côté commerce, côté plaisirs, chaque chose a son quartier: travail au centre, attractions tout autour; la place, je le disais, résume la ville.
De grands cercles, comme ceux que fait une pierre dans l'eau, mais qui durent, se pétrifient dans la même attitude, cette passivité dédaigneuse et bestiale qu'ont les filles de joie sur leur seuil en Afrique. Au milieu de ces cercles de formes tassées, d'yeux braqués, ce chanteur, ce conteur, ces acrobates des Ouled Moussa, qui forment et déforment leur pyramide en A, ces danseurs chleuhs, équivoques enfants de chœur ou Chinois de paravent, et l'éternel charmeur, ce fakir très hindou, qui fait aussi partie du bric à brac africain. Mais j'aime mieux voir encore la bête couleur de vase darder sa tête hideuse et agressive, ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 15 Aoû - 10:51

page 91

- La place Djemaa El Fna vue de la terrasse des Services Municipaux.
- Place Djemaa El Fna.

que se trémousser dans leur robe de femme, ces éphèbes aux yeux peints.
Cette première barrière franchie, c'est le marché. Toujours les petites îles, les petits tas bruns, verts, gris, rosés, herbes, graines,
poudres, bonbons, vieille ferraille, coquillages magiques, comme tout ce qui vient de la mer, où la « di­seuse » lit l'ave­nir, éventaires minables, morceaux de natte ou peaux de bête, à l'ombre des petites tentes sommaires en forme de voile

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 15 Aoû - 10:55

page 92


- Le marché aux fourrages,
- Place Djemaa El Fna.

qui semblent devoir voguer au moindre vent, ce vent du désert, l'infini terrain vague, qui encerclé la ville... Tous les métiers, tous les costumes, tous les types, toutes les musiques, depuis la raïta, flûte aiguë du Charmeur, jusqu'à la derbouka, ce tambour, un son grêle de guitare, une voix nasillarde qui semble chanter la messe, ces cris de la foule arabe où toujours les voix d'enfants dominent et, passant par­tout, scandant tout, dominant tout au-dessus de l'outre noire qu'un robinet dégonfle, la son­nette très « cri de Paris », du porteur d'eau.
D'autres mar­chandises firent

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Sam 17 Aoû - 11:23

page 93

- Marrakech. Le coin des « bourricots ».
- Place Djemaa El Fna.

fureur, jadis, sur cette même place... Les belles filles du Sous, butin de luxe des razzias, qui se vendirent, dit-on,  jusqu'à mille dinars pièce... Place du marché, aussi place de Grève, arrosée plus d'une fois par le sang de nos martyrs, où la foule s'écrasait pour voir tom­ber les têtes, brûler les téméraires Franciscains, Trinitaires et promener en cage, un siècle plus tard, victime de cet autre tortionnaire Ba Ahmed, le chef des rebelles d'une tribu voisine... Mais on ne parle plus  guère  de tout cela, ni des feux    d'artifice chers à Abd El Aziz, ni du caïd Mac Lean, inten­dant de ses plaisirs...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Sam 17 Aoû - 11:27

page 94

- Porteurs d'eau.


si beau avec son turban blanc et ses bottes, tel qu'il apparut à M. Saint-René Taillandier, à la tête de ses fantassins rouge vêtus... de Mac Lean, dont le palais, devenu celui des Services Municipaux nous offre aujourd'hui sa terrasse et sa vue, cet étonnant spectacle de la place à cinq heures, comme remontée par quelque invisible ressort qui ferait tourner, danser, tourbillonner, chanter cette fourmilière humaine, ces atomes noirs et blancs, tandis que Marrakech, déjà prise par le soir, n'est déjà plus qu'une flamme vacillante qui s'éteint.

* * *
Le parc aux petits ânes chargés de fourrage qui, tout à l'heure, vont nous barrer cette porte, un long ruban de citrons, d'oranges, de fèves vertes, de carottes, qui ne sont que des radis rosés géants : nous sommes aux souks.

« L'El Caisseria est un quartier séparé où l'on vend les belles étoffes et toutes les marchandises précieuses. Les boutiques où on les voit sont pratiquées dans le mur qui fait face à la rue. Un homme assis, ayant les jambes croisées, atteint sans se déranger les choses

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Sam 17 Aoû - 11:32

page 95

- Aveugles à Marrakech.

qu'on lui demande, toutes ses marchandises étant à sa portée, tandis que l'acheteur reste debout dans la rue ».

Tels Lemprière vit les souks en l'an IX, tels je les découvre aujour­d'hui. Au fond de sa niche, chaque marchand, en Bouddha, me dévisage d'un air méfiant. Au-dessus de lui, toutes ses richesses, pendues à une ficelle ou bien pliées sur une planche, et qu'il semblera toujours déranger à regret... Et la file s'allonge, se perd dans les lointains, plongée dans on ne sait quel inextricable labyrinthe, sous les claies de roseau qui rayent le sol, tissent un filet d'ombre dans lequel chaque silhouette de passant semble se prendre... Et il en passe, il en passe... Chapes noires des montagnards du Haut-Atlas brodées d'orange, robes bleues du Sous, tuniques rayées de noir et de gris, beaux burnous blancs comme neige, et ces momies aux bandelettes fendues en plein visage : les femmes, tous débouchant d'un étroit couloir, grossissant à vue d'oeil pour fondre sur nous, immenses, et diminuer, diminuer disparaître... Noirs, blancs, briques. Je pense à la légende que conte Segonzac :

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Sam 17 Aoû - 11:43

page 96

- Dans les Souks.
- Dans une rue de Marrakech

« Allah, pour créer le premier homme, fit une pâte qu'il mit au four. Quand au bout d'un jour, il la retira, l'homme était blanc et mou. Allah pensa : « Je ne l'ai pas assez cuit ». Il le remit au four pendant une semaine. Au bout de ce temps, la pâte était noire. Allah pensa : « Je l'ai trop cuit ». Alors, il fit une nouvelle pâte et la laissa cuire trois jours seulement. L'homme était brun doré. Et Allah dit : « II est parfait ».

Les souks, comme la place, ont aussi leur heure de vie intense, de tapage et de foule : la criée. Cohue telle, qu'on est porté comme par une mer, bousculé, acculé contre les niches, pro­jeté sur les paniers à cous­cous en vannerie, les files
.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Sam 17 Aoû - 11:45

page 97

SOUKS A MARRAKECH

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Sam 17 Aoû - 12:07

page 98

de babouches jaunes dégringolées de l'étalage, les djellabas, les caftans havane, vert pois, rouge œillet, mimosa, les poignards cise­lés, les sacoches de cuir rouge, les bracelets d'argent gravés par les Berbères que les rabatteurs proposent... et imposent. Ah! Il y a de tout dans les souks de Marrakech, de belles mousselines brodées et d'humbles cotonnades, des socques grossiers et des mules brodées d'or, des coussins de filali et de vulgaires peaux de mouton, et de la vermine, et de la misère, et des mendiants, même des lépreux — si l'on en croit la gazette du jour — surtout des aveugles, ces aveugles qui s'en vont par bandes de cinq, les yeux fixes, quêtant au nom de Sidi Bel Abbas leur patron. Ce Sidi Bel Abbas, grand saint de Marra­kech est, de tout l'Islam l'un des plus riches en légendes. Non seule­ment il s'entend à donner du lait aux nourrices, du travail aux fileuses, à changer les pierres en pierreries, et quand il le faut, à arrêter le soleil... mais il réussit même à se faire prier des Juifs et des Chrétiens qui, dit-on, le confondent avec saint Augustin... Et près de sa zaouïa (1) gîtent des centaines d'aveugles... Pauvres aveugles dont les yeux sans regard, cherchent encore le ciel d'un air si inspiré : « C'est toi qui n'y vois pas ! » disent-ils à qui les plaint. Et j'aime plus que toutes les légendes du saint, ce sixième sens qui permet, paraît-il, à l'aveugle de reconnaître un ami rien qu'en touchant sa main.

* * *
Le Maroc qui a presque autant de saints que la Bretagne, l'imite aussi dans ses pèlerinages, celui par exemple des Sept Saints de Marra­kech : les Sebatou Ridjal dont, du reste, fait partie Sidi Bel Abbas, et qu'un vieux barde arabe chante ainsi :
« A Marrakech a paru des étoiles élevées, des montagnes imposantes ou plutôt des glaives tranchants.
Ce sont Abou Yacoub Youssef, l'homme à la caverne, point de mire de tous les regards.
Ayad dont la science est universellement connue.
Abou El Abbas, océan dans lequel aucun autre que lui ne peut plonger, si généreux soit-il, car ses abords sont inaccessibles.


(1) Couvent qui sert d'asile.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Sam 17 Aoû - 15:33

page 99

 
 - Marrakech. La Koutoubia.

Ben Sliman El Djazouli, célèbre  par ses mérites, il accourt à l'appel de ceux qui l'invoquent. A leur suite Tebba, mer de générosité  de droiture, et El Ghezouani à l'aurore éclatante.
Abou El Kassem El Shili. Vaste est la mer de ses  connaissances.
En toutes circonstances, visitez les tombes de ces saints en tenant  compte  de Tordre indiqué ci-dessus ».
Chacun a sa spécialité et son mérite, l'un, la théologie, cet autre,  les  lépreux, cet  autre encore le pouvoir de distinguer   les  tombes  des bons  de celles des méchants, c'est-à-dire des  renégats  et des bons pratiquants ... au temps ou pour venger le meurtre des cinq martyrs, le ciel ayant envoyé cinq années de famine, le sultan permit  à   Marrakech cinq églises, à condition que l'évêque serait Franciscain.
 C'est encore un saint, Sidi Rahal qui, dit la légende, l'ayant touchée de son pied en s'élevant dans les airs, priva la Koutoubia d'un tiers de sa hauteur. On la voit de partout, surplombant tout, plantée, au-dessus des plates maisons roses, comme une tige, l'un de  ces cris d'orgueil par lequel, des obélisques à la Tour Eiffel, l'homme ..

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Sam 17 Aoû - 19:35

page 100

 
 - Le marché aux moutons.

... jette son  défi au  temps.  Œuvre d'Abd El Moumen ou d'El Mansour, ou des deux, car il y en eût,  dit-on, une première  épreuve,  ou des Génies qui veillent encore sur  ses  trois boules d'or, dont la richesse, disent les Marrakchis, sauverait leur ville. Longtemps la Koutoubia fut entourée d'une  mosquée. Comme   El Mansour s'indignait qu'on   y   ait  fait sept portes — comme  il y a sept portes à l'enfer — l'architecte répondit :  «  Sept ! Et celle par laquelle l'Emir est entré  est  la huitième  ».  Mais il ne reste   plus  rien maintenant de cette  mosquée,  détruite en punition, dit-on, d'un sacrilège,des réfugiés ayant été massacrés dans le saint lieu, ni des deux cents libraires qui tout contre, ici même, au temps de Léon l'Africain, tenaient boutique...
Dans son petit enclos que barrent des cyprès, la Koutoubia a presque l'air hors de la ville, hors du siècle... et bien plus encore que ...

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La Féerie Marocaine
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