Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 La Féerie Marocaine

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Paul CASIMIR




MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 4 Aoû - 8:38

page 29

... d'Alarcos. Et Yacoub El Mansour aurait pu ajouter à ces regrets un quatrième : celui d'avoir fait bâtir la ville par ces captifs qui, dans l'espoir de les voir tomber un jour sur leurs vainqueurs, firent des constructions peu solides. Aussi après lui, la ville s'effondre, rentre dans le néant, n'est plus au temps des Mérinides qu'un verger et des vignes, la citadelle de Salé : Salé-la-Neuve.
C'est en réalité de l'arrivée des Andalous, chassés par Philippe III, en 1608, que date la ville actuelle. Et c'est à ce moment là que la Kasba, elle aussi, sort de l'ombre, pour loger le chef de ces Hornacheros, venus d'Es-tramadure, pillards, faux monnayeurs, renégats — le type le plus par­fait du brigand de l'époque, — et qui vont faire de la Kasba leur repaire.
De là partent, bien armés pour la « course », cette razzia sur mer, les fameux reïs, chefs des vaisseaux corsaires — qui approvisionnent le Maroc en marchandise humaine — jusqu'au jour où la Kasba, que la barre isole, devient cette caserne pour les troupes de réserve, le guich des Oudaïas.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 4 Aoû - 8:46

page 30

- Marché des Oudaïas.


Et puis de nouveau, la décadence, l'oubli... Quand, en 1912, les Français viennent tirer Rabat de sa torpeur pour en faire le siège du protectorat, les Oudaïas ne sont plus qu'un fondouk, un parc à bêtes de somme où les soldats du génie vont ranger leurs chevaux. Mais le général Lyautey s'indigne. Il faut que cette mosaïque brisée, pavé par pavé se restaure... Il faut qu'il y ait sur ces ruines un jardin... Et sur les plans tracés par Tranchant de Lunel, les artistes indigènes se mettent à l'œuvre... Et le nid de pirates devient ce nid de fleurs, ces parterres odorants, ces terrasses où, parce qu'en ce soir de vendredi les femmes sortant du cimetière viennent s'asseoir, des rosés blanches ont poussé...
*
*       *
Plus de pirates aujourd'hui dans la Kasba frondeuse dont les hauts murs fauves défient encore les siècles. Le chemin de ronde ne sert plus qu'aux flâneurs, l'école de pilotage est devenue un musée et ces vieux canons, sans affût, n'évoquent les temps guerriers que comme nos Invalides rappellent Napoléon. Plus rien que tout le long des remparts...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 5 Aoû - 10:29

page 31

 

 - Kasba des Oudaïas. Vieux canons.

..., les cigognes. Oiseau chéri d'Allah parce que, dit-on, du  bec et  du cri, à toute heure du jour, il loue Dieu...  et   vénéré de tous,  si bien  qu'ils ont à Marrakech leur hôpital pour infirmes, entretenu par des  dons pieux... Pas un douar, au Maroc, qui n'ait sa cigogne, comme nos clochers leur coq gaulois... Mais ici, aux Oudaïas, elles sont  reines...  Leur silhouette donquichottesque de très loin dans la ville  annonce la  Kasba, et quand l'ombre du soir a rongé les vieux murs,  ce sont encore  elles, sentinelles et dieux   qui du haut de la tour maintenant  déserte, veillent...  Et   à cette  heure où toute légende est vraie, je   pense,  en écoutant ce  bruit de   castagnettes  de leur bec, que la cigogne, après tout, fut  peut-être  cette servante qui, pour trop  bien  savonner l'escalier du cadi et  trop s'esclaffer des chutes de ses  clients, fut condamnée, par Allah, à  ce  perpétuel  ricanement...  A moins que ces formes noires qui se dressent contre le ciel ne  soient  que les fantômes des  corsaires  de jadis qui reprennent chaque nuit leur garde à la Kasba.

Le long des murailles de la Kasba jusqu'à la  mer dévale un pittoresque ...


Dernière édition par Paul Casimir le Mar 6 Aoû - 10:35, édité 1 fois
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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 5 Aoû - 10:38

page 32
 
 - Patio de la Médersa des Oudaïas.
 - Cigognes du jardin des Oudaïas.

... cimetière dont le charme, comme celui des nécropoles musulmanes, est qu'aucun mur ne le sépare de la rue, n'exile définitivement les morts loin des vivants... Stèles boiteuses qui semblent poussées là au hasard, mais qu'une magnifique floraison habille d'or, autour des quelles, sans peur du grand mystère, des enfants jouent... Au loin, blanches sur champ d'azur, les koubbas des marabouts ont l'air de barques ou de voiles entrées, elles aussi dans la paix éternelle. Ce sont les tombeaux des patrons de la ville,  de ces Oualis ou saints de l'Islam, qui furent pendant leur vie en communication directe avec Allah, ce qui leur permit de marcher sur l'eau, de nager dans l'air, de commander aux bêtes et aux plantes, ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 5 Aoû - 10:41

page 33


TOUR DU JARDIN DES OUDAIAS

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 5 Aoû - 10:43

page 34


RABAT. RUE OUKASSA

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 5 Aoû - 10:47

page 35

... de guérir les malades, et de faire après leur mort de nombreux miracles, dont le plus étonnant est de dédoubler leur dépouille afin que deux tribus puissent se vanter de l'avoir. Ici, dans ce cimetière, El Alou — du même nom que le boulevard qui le borde — voici, face à l'Océan, Sidi El Gabouri, patron des barcassiers, que vénère spécialement la secte des Heddouas amis, dit-on, « du plaisir, du kif et des chats », ceux-ci bénéficiant des offrandes de poissons... et Sidi Tourki, cet ancien marchand de perles. Mais le plus curieux lieu de pèlerinage du cimetière est ce canon, Sidi Mimoun, le Seigneur des Génies, qui ayant prouvé sa sainteté en tirant tout seul, jadis, contre les navires ennemis, est maintenant encore visité par les femmes à qui il assure une délivrance facile, ou un mari. Et le plus beau miracle est que tout cela semble vrai, dans ce clair matin, où, du haut de cet Alhambra marocain, nos cigognes d'Alsace, vivant blason de l'Islam, nous toisent...

II.  — LA VILLE  DES  JUIFS

Entre la Kasba des Oudaïas et le Mellah, la rue des Consuls sert de pont.
Pont et fleuve en même temps, par où tout le flux vital de la ville indigène coule. Aspect tout de suite contraire à celui de nos villes où la femme, reine par sa démarche et sa toilette, donne le ton. Ici, dans la mêlée des djellabas aux riches teintes, elle n'est, la femme, que ce pa­quet de linge blanc qui ne vit et se devine que par un œil, un seul, et dont seuls les pieds (selon qu'ils sont chaussés de mules ou de sandales noires) disent le traditionnalisme ou l'émancipation. Parfois, au dos de ce sac ambulant, une tête ébouriffée, mouche dans du lait, ballotte... Et parce qu'elle redoute pour son rejeton les djouns blottis dans mon kodak, la mère, devenue mégère, m'invective et se sauve. Qu'importé ! A chaque pas je tourne une page du conte : ce magicien qui, plongeant les doigts dans cette crème, en sort un anneau digne de celui de Salomon ? Le marchand de beignets. Ces crinières aux tons vifs balancés à des cordes, qui font à ce coin de la rue une voûte d'arc-en-ciel ? le souk des teinturiers. Ce vampire aux doux yeux qui, de sa ventouse de zinc placée sous l'occiput, aspire lentement ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 6 Aoû - 9:52

page 36
- Rabat, rue Souika


... le sang de son client ? Le bar­bier. Et voici encore, dans l'échoppe exi­guë, au toit mobile, les tê­tes de mouton, plat de choix de l'Arabe, et la menthe, par­fum rituel de son thé, et les gargoulettes qui tiendront l'eau fraîche, et les paniers à couscous qui le garderont chaud. Voici le souk des grains, le souk du charbon, le souk des tan­neurs, particu­lièrement visé, me dit-on, par les djouns qui aiment les or­dures, la pour­riture, l'odeur fétide et dont on se débar­rasse en claquant les portes, en prouvant qu'on est fort et qu'on n'a pas peur d'eux. Partout aussi, précédés de l'inévitable « Balek » se frayant un passage dans cette marée humaine, des bourricots ployant sous les couffins ou les cruches, des bicyclettes, et ces aveugles qui, ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 6 Aoû - 10:01

page 37
- Rabat, rue Souika

... d'une voix na­sillarde, psal­modient leur appel : « Si ce n'est pas pour moi, que ce soit pour Allah ». Enfin, de porte en porte, quel­ques marches descendues, ces bazars, où déjà tout le Maroc s'offre à moi, s'annon­ce, dans ces articles, dont chacun me dé­signe une ville et un art, po­teries de Safi, bijoux de Mogador, coton­nades rayées dites Glaoua ou de Salé, broderies de Meknès, cuirs de Marrakech et de Fez, tapis de partout, mais dont cha­cun gardera pour moi dans sa couleur et sa forme, le décor, la lumière de l'endroit d'où il vient... bazars où se passera une partie du voyage, où mieux que nulle part j'étudierai l'âme maure, dans tout ce que son contact avec le Roumi livre d'elle.

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MessageSujet: Re: La Féerie Marocaine   Mar 6 Aoû - 10:05

photo d'ensemble des pages 36 et 37


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 6 Aoû - 11:00

page 38

Rue des Consuls, rue Souïka, Porte Bab El Had — porte du Dimanche — contre laquelle s'accote encore un autie souk, autour de drôles de petites tentes qui font penser à ces faisceaux de fusils de nos soldats, au repos... Bab El Had qui, il n'y a pas encore très longtemps, portait en frise ces têtes des rebelles que les sultans aimaient, après les avoir fait saler par les Juifs, envoyer en présent...
Mais quelle est donc tout contre la ville indigène cette petite ville, couloirs étroits où courent des matelots et des rires, avec, sur le pas de leur porte, ces femmes à visage découvert qui nettoient ou se fardent ? C'est le quartier des « Filles de la Douceur », ce qu'on appelle quartier réservé, en Afrique, Yoshiwara spécialement entretenu et gardé (spécialement à Casablanca) : la rue Oukassa.
Est-ce pour mieux marquer leur mépris pour les Juifs que les Rabati ont établi, tout près de ce quartier des filles, le Mellah ?
Non. Le Mellah, autrefois, était à la place même de cette rue des Consuls, ainsi nommée parce qu'effectivement les consulats s'y trouvaient — le quartier juif étant pour les étrangers, le plus sûr — ainsi qu'en témoigne, par de petits drapeaux, une curieuse gravure de 1768, ornant un « voyage » du consul danois Hôst.

On se fait, du reste, une idée assez fausse des rapports des Musul­mans et des Israélites au Maroc, ceux-ci vivant en bien meilleure intelligence qu'on ne peut ou ne veut le croire. On dit même que le Juif y précéda l'Arabe, les Juifs Pelischtim (de Phéniciens ou Philistins) les plus anciens, prétendant avoir émigré de Palestine au temps de David, ou de Salomon, ou de Titus — de Nabuchodonosor, selon le Talmud — en Afrique du Nord où, d'après un rabbin de Tibériade, ils furent bien avant les Carthaginois, chercheurs d'or. Dans cette sorte de palimpseste qu'est l'histoire du Maroc, où les surcharges ne restent même plus par endroits transparentes, on se demande si ces Juifs de première souche, venus au Maroc bien avant ceux d'Espagne, ne sont pas les descendants des anciens Lybiens, désignés dans la Chronique de Juda tomme « Loubim » et si les Berbères, au moins certains Berbères, ne furent pas à l'origine, Israélites. Ce qu'il y a de curieux, c'est que la Kahena, cette reine magicienne, la Jeanne d'Arc de l'épopée berbère, était juive... Ce qu'il y a également ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 6 Aoû - 12:15

page 39

 

Rabat. Intérieur de souk
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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 6 Aoû - 19:01

page 40

- Au marché de Rabat.
- Rabat, Types juifs.


... de certain, c'est que, d'un bout à l'autre des annales marocaines, on trouve des Juifs à côté des sultans, jouant le rôle non seulement de banquiers ou de médecins, mais de conseillers et d'intermédiaires, soit  avec les  marchands,  soit  avec les
puissances, soit, comme le raconte le  Père Busnot, dans le rachat des captifs... ce  qui n'était  pas sans leur rapporter, même en réputation. « Quand l'ambitieux roi don Sébastien,  écrit l'un d'eux  (i), poussa la noblesse portugaise à la guerre dans les sables d'Afrique  et  que  dans une seule bataille la fleur des guerriers fut faite prisonnière,  les  captifs  furent offerts au marché des esclaves aux petits ...

(1) Histoire  des Israélites, Moïse Schwab. 1866.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 6 Aoû - 19:03


CHARMEUR DE SERPENTS

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 6 Aoû - 19:08

page 41

- Rabat. Souk aux grains.
- Rabat. Porte Bad El Had.

... fils des Juifs expulsés de Portugal. Les chevaliers alors se trouvèrent bien heureux d'être rachetés par ces Juifs dont ils connaissaient les senti­ments humains. Ils furent effectivement traités par ces descendants des réfu­giés de leur pays avec beaucoup de douceur. Voilà comment Israël se vengea ».
Ce qui n'empêche pas que la plus effroyable des malédictions atten­drait le Juif qui se ferait musulman, et ce proverbe arabe: « Le Juif ne devient bon musulman qu'à la quarantième génération».

Aujourd'hui, troisième jour des fêtes de la Pâque, le Mellah est en liesse. Beaucoup de jeu­nesse, avec cet air affairé et joyeux qu'a la nôtre, les matins de Nouvel An, bouche les ruelles étroites, ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 6 Aoû - 19:12


Veuillez patienter le temps du téléchargement des fichiers photo

page 42
- A Rabat.


... s'attarde sur les seuils avec, ça et là, quelques barbes blanches, plus blanches encore sous la calotte noire. Et bousculant tout le monde, portés par des servantes, ces grands plats de cuivre où, sous le foulard de soie aux tons vifs, des cadeaux s'offrent. D'un œil satisfait, des matrones les suivent, des matrones alourdies par l'âge et les jupons et couvertes de bijoux. Costumes et broderies d'une richesse inouïe, comme il s'en fabrique derrière ces murs lépreux, pour les grands harems, même celui du Sultan... bijoux la plupart d'or massif. « L'Is­raélite, me dit mon guide qui est Juif, aime mieux se passer de nourri­ture que de bijoux. Un jour, on amena devant le Sultan un homme nu : Que veux-tu que je te donne ? lui dit le sultan. L'homme répon­dit : des bijoux ».

Bien que le Juif,  malgré la porte toujours ouverte, ne passe pour hospitalier que vis-à-vis des siens, partout les étran­gers que nous sommes sont bien reçus. Intérieurs tous pareils, pe­tites chambres qui s'ouvrent sur la cour. Aux murs : « Napoléon à Austerlitz », sur la table, des fleurs, des gâ­teaux, des figues confites, le rituel poisson qui procure...
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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mer 7 Aoû - 10:39

page 43
- Rabat. Rue des Consuls.


... l'abondance, l' eau-de-vie, faite à la maison, et ce pain azyme qui vient de Jérusa­lem, de Jérusa­lem, dont le nom revient dans tou­tes les prières, de Jérusalem où le bon Juif part encore en voyage, comme le Musul­man pour La Mecque, avec l'es­poir, dit-on, de n'en pas revenir, puisque cette terre sacrée est plus légère aux morts, et que les corps, pour la Résurrection, s'y gardent intacts. Non seulement, nous devons goû­ter de tout, re­prendre de tout, au risque de con­trarier et de bles­ser ces braves gens, mais on me montre même dans la Synagogue, sous ces lampes allumées qui brûlent pour les morts, richement habillés de velours brodé d'or, les rouleaux de la Tora... Et tout l'orgueil de la race est en celui qui me les montre, de cette race qui, de par le monde, où elle essaime toujours, est leur patrie...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mer 7 Aoû - 10:43

page 44

- Salé. La porte des Pirates,
- Salé. Conteur arabe.

Nous aiment-ils ? Oui et non. Ne sommes-nous pas venus troubler un peu leur règne, leur règne occulte : « Ah ! On nous a changé notre Maroc », disent quelques-uns, alors que d'autres adoptent délibérément le veston.
Pourtant... C'est grâce à Mardochée, ce fils de bijoutier, rabbin, puis voyageur de commerce entre Tombouctou et le Maroc, puis envoyé par la Société Géographique en mission, grâce à Mardochée, à ses parents, à ses amis, que le lieutenant de Foucauld, por­tant, lui aussi la livrée mépri­sable, et ces taleth à franges que je vois ce matin sur ...


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mer 7 Aoû - 10:49

page 45
- L'embouchure du Bou Reghreb. La Tour Hassane et la Kasba des Oudaïas,

... l'épaule de chacun, que le lieutenant de Foucauld peut tracer pour la France le chemin de la conquête... Quel mobile étrange poussa ce Juif à se faire le complice de cette simulation ? On dit que le père de Mardochée ne lui pardonna jamais d'avoir permis"au Français cette comédie sacrilège... Mais on dit aussi que les franges du taleth, portées par le faux Juif n'étaient pas non plus, nouées selon le rite...
III.   —  LA  VILLE   DES  PIRATES

Passé l'oued Bou Regreg, ce pont de ciment qui aujourd'hui l'enjambe, c'est Salé.
Elle n'a pas, comme Rabat, cette figure de terre cuite, ce teint hâlé que donnent encore à son ex-dépendance, le mur des Almohades, ce serpent rouge, et la Kasba... elle s'ouvre comme une fleur, blanc camélia dont ces jardins d'un vert tendre sont les feuilles, jusqu'au sable encore moiré, à cette heure, d'eau et de brume, jusqu'à la mer...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mer 7 Aoû - 10:55

page 46

Plus calme, plus secrète, plus vierge encore de la sujétion civili­satrice que Rabat, toute fermée aujourd'hui sur sa gloire de jadis, elle sommeille... Petite ville de province à la mode d'Afrique... son cimetière, ses saints, sa médersa aux stucs finement sculptés, dont le toit de tuiles vertes paraît blanc sous le ciel, ses marchands de nattes, de tables octogonales pareilles à celles d'Alep ou de Damas, moins la nacre, son marché où les vendeurs d'oranges font une longue coulée d'or, et sur la petite place, toute craquante au soleil, ce conteur... En cercle, autour de lui, comme les tentes d'un douar, ses auditeurs figés ont l'air d'un tas de pierres... pas un geste, pas un muscle du visage qui bouge ! Un fil magique lie leurs yeux à cette bouche qui les charme, les y rive.,. Et lui, assis en tailleur, les mains sur sa potiche, qu'il fait tour à tour tambour ou sébile, parle... Que leur dit-il ? Quelles belles histoires pour ces enfants de toujours... Les mêmes contes, sans doute, habillés à la maure, que radotent, dans les veillées d'hiver en Bretagne, nos fileuses: histoires où la guerre, où l'amour, où la mer jouent un rôle, et qui leur sont venues justement par la mer, par ceux de chez nous qui furent leurs esclaves, au temps mainte­nant légendaire des corsaires...

Légendaire, aujourd'hui, presque tombée au fond des oubliettes de l'histoire, la vieille haine qui dresse l'une contre l'autre ces sœurs jalouses : Rabat, Salé. Royaume des Deux-Rives... surtout des deux rivales... rivalité qu'émousse la venue des Français, que n'évoque plus guère aujourd'hui que ce proverbe :

Quand même l'eau de l'oued  (Bou Regreg)  deviendrait-elle du  lait
Le sable de la plage se changerait-il en raisins,
Jamais le Rabati ne sera l'ami du Salétin.

Légendaire aussi, démodée comme les romans qui s'en inspirent, l'histoire de ces pirates qui firent rêver Voltaire et Byron, et pendant des siècles, trembler les mers.
Pourtant, sans les captifs,  qu'aurions-nous su du Maroc ?
Il y a bien les notes des consuls, les traités de commerce par ...


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mer 7 Aoû - 10:59

page 47

- Salé. La Médersa.

... lesquels les rois très chrétiens et le Miramolin (1) entrent en rapport... et le marché de Beaucaire que suivent les marchands maures, et les vaisseaux de Jacques Cœur et tant d'autres, qui font voile vers l'Afri­que pour échanger nos draps, nos vins et nos épices, contre les laines, la cire, les plumes d'autruche, la poudre d'or... Mais mieux que les traités, la traite nous renseigne, toute cette correspondance qui touche au trafic des captifs, les impressions et récits des Pères qui les rachètent. Le Maure a donné à l'Espagne son art... Les Andalous lui appren­dront l'art d'être pirates, ces Andalous pour qui « la course » n'est d'abord qu'une sorte de représailles, une autre forme de la « guerre sainte », La piraterie est, du reste, une mode de l'époque, les galions espagnols, venant de Guinée ou des Indes, étant guettés sur l'Atlan­tique par les Normands, Bretons, Hollandais, autant que par les ...
(1) L'Emir-al-Moumin, Emir des Croyants.



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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mer 7 Aoû - 11:02

page 48

RUE A SALE

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 8 Aoû - 10:06

page 49
- Les bateliers de Salé.
- Salé, Entrée de la Médersa.


... Maures. Mais le commerce de chair humaine, sous la direction des reïs le plus souvent renégats, et qui se servent sans scrupules du pavillon espagnol, devient vite, dans ce port de Salé le plus accessible de tous, l'industrie nationale du Maroc. Tout le monde y gagne : les galères, ainsi pourvues de rameurs, les harems, d'esclaves, les Juifs qui  touchent à la fois sur l'achat et la vente, le  caïd des douanes, les gardiens des prisons, qu'on fléchit à prix d'or et même le sultan qui sur chaque prise des pirates prélève la dîme... sans compter le roi d'Espagne qui touche le privilège de la « bulle des croisades », droit qu'achètent ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 8 Aoû - 10:12

page 50

... tous ceux qui combattent l'infidèle, de faire usage des œufs et de la viande en carême. Le prix d'un esclave varie suivant son âge, sa force, selon l'époque, selon le sultan qui règne, selon le pays. En 1698, nous dit un voyageur, un Hollandais s'échange contre huit cents écus et un Maure; un Français vaut deux Maures; un Espagnol invalide, deux Maures valides. Et c'est pour les sultans une source de cadeaux. Et n'est-ce-pas à cause de ses prétentions excessives et des magnifiques présents qu'il sait obtenir de Louis XIV, que Moulay-Ismaël, l'un des plus sanguinaires parmi les sultans du Maroc, devint également le plus riche...
Est-ce l'une de ces histoires d'or et de sang qui firent la puissance, le renom de Salé, que conte de sa voix rauque ce conteur aux doux yeux sur cette petite place... la même peut-être où, jetés comme un bétail hors des cachots fétides, nus sous ce même soleil qui ronge, quelques-uns des nôtres furent vendus à l'encan ?


J'ai vu dans son palais, l'un des plus beaux de Rabat, un descen­dant de ces fameux Andalous, dont les familles sont encore l'aristo­cratie de la ville. C'est de Malaga, la reine des raisins et des fleurs, que Si Abd-Er-Rhaman Bargach, pacha de Rabat, tire son origine et sa fierté. Drapé dans sa djellaba de laine blanche, dont seule la finesse le distingue du commun, son beau visage grave, attentif, suit la conversation que nous tient son neveu, tandis que nous prenons, sur les divans bas, les cornes de gazelle et le thé à la menthe. Et comme, sous le burnous ou sous le veston, les sentiments humains sont les mêmes, la grande préoccupation du neveu du Pacha est de savoir si nous trouvons le palais de Si Omar Tazi plus luxueux que le sien... ce palais du Tazi où trop de glaces à dorures et de vases de Sèvres gâtent, à mon avis, d'un luxe nouveau riche le mystère des grandes salles aux arcades dentelées, aux velours éteints et dans ce patio, bien andalou celui-là, la plainte nostalgique du jet d'eau.
Plus sobre, plus patricien, plus « vieux Maroc » ce palais du pacha Bargach... comme son maître, dont le fils appelé à visiter les trésors d'art de Bruxelles demande à voir avant tout : le cardinal Mercier, « ce marabout » et qui, mollement accoudé sur ses coussins...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 8 Aoû - 10:16

page 51


- Salé. Intérieur de la Médersa.

... de mousseline, impénétrable comme son pays et sa race, du fond des siècles vécus par tous ses aïeux, nous observe...

Les ancê­tres du Pacha Bargach !.. Peut-être fu­rent-ils parmi ces cavaliers fringants qui, montant à che­val au haut de la tour Has-sane — alors qu'elle servait de phare à tonte la côte — firent le guet ? Peut-être surveil­lèrent-ils ce chantier de construction dans lequel les chênes de la Mamora travaillés sous le fouet des captifs, devenaient frégates ?
C'est du haut de la tour Hassane que je vois Salé pour la dernière fois. Minaret Almohade, inachevé, symbole d'une dynastie dont le temps coupe l'essor, créée par Yacoub El Mansour avec l'or de l'Espagne, elle n'a pas, comme sa sœur, la Giralda de Séville, le voisinage d'une église pour la sauver de l'oubli... Rien que ces ...

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