Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 La Féerie Marocaine

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Paul CASIMIR




MessageSujet: La Féerie Marocaine   Sam 17 Aoû - 19:50


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page 101

 

... ses trois boules précieuses, la patine des ans et du soleil la dore;  l'aube, les midis, les soirs lui composent trois visages, en font, dans ses robes fauves, bleu sombre, ou rose tendre une reine d'un autre temps qui s'étonne du notre. Mais notre temps sûrement se vengera de son dédain. Un jour peut-être, quelque Kemal Pacha marocain obéissant  au mot d'ordre venu d'Orient  
chargera un haut parleur diffusant la prière de faire  oublier le chant du muezzin.
 Marrakech, ce matin, flambe comme  un brasier dans lequel anéantie, dissoute, elle s'effondre... Terrasses, minarets, murs opalins translucides, flottent dans cette buée bleuâtre qu'est la ville.
Là-bas, haut, très haut, les petites dents de glace de l'Atlas mordent le ciel.
Jamais je ne l'ai vu aussi net, aussi blanc... jusqu'ici, seulement ...
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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 18 Aoû - 10:15

PHOTO DES PAGES 100 et 101

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 18 Aoû - 10:20

page 102

 

 - Marché aux chevaux.

... ce nuage, cette fumée, comme suspendu entre ciel et terre, avec cette fluide consistance du mirage qui semble à la fois irréel et très proche. En ce moment, il est bien ce grand bonhomme de neige, couché entre Marrakech et le Sud, et qui, disent les Anciens, portait le monde...
Réplique créée par l'homme de ce mur de montagnes, la muraille crénelée, bosselée de ses bastions, s'allonge, s'effile, répétée par quelque invisible miroir, recule dans l'infini des siècles. Dématérialisée, lumière dans la lumière, elle n'est pas aujourd'hui d'une couleur, mais de toutes, bouquet de rosés dans un bouquet de palmes, qui glissent, s'effeuillent sous la lourde griffe des ombres qui l'étreignent, rampent comme des pieuvres sur sa face craquelée... ombre de ces palmiers, par groupes, qui de temps à autre, gerbes de fraîcheur, la coupent. En les regardant, penchés l'un vers l'autre, comme attirés par quelque force invincible, fatale, je comprends cette légende qui dit que les arbres s'aiment...

Couleur de l'ombre, ensevelies en elle, dans la rigide torpeur d'un sommeil perpétuel, des formes se devinent, hommes et bêtes baignant dans la détente... tandis que sur la piste aveuglante, blanc de feu, passent un homme, un petit âne, un autre homme, un autre ...


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 18 Aoû - 10:25

page 103


... âne, un troupeau de chèvres, ces chameaux, longues foulées, marche lente, qui miment l'éternel cheminement du nomade... Où vont-ils ? Je les suis. La terre écorchée, saigne, s'ouvre en crevasses, au fond desquelles parfois, on aperçoit des laveuses, et elles sont inquiétantes comme les djinns eux-mêmes, ces sibylles bronzées, penchées sur cette eau glauque, à qui elles ont l'air de voler son secret.
Par moments la muraille se fend d'une porte, dont les festons en cœur tuyautent l'ombre épaisse où ce cavalier s'inscrit en motif clair, fond sur moi, projeté d'on ne sait quelles ténèbres, pour redevenir, sur ce champ de soleil blanc comme neige, ce point noir...
Terre stérile, hostile, qui semble n'avoir jamais accepté la semence, où surprend ce bel arbre dans lequel tous les germes de vie se con­centrent, sur lequel, insouciants, ces oiseaux piaillent...
Non loin d'ici, fut jadis le quartier des lépreux, près de Doukkala, au gracieux abreuvoir. Et là-bas, dans la palmeraie aux quatre-vingt mille palmiers, oasis miniature dans la grande oasis, se cache ce paradis à la mode d'Afrique où les Majorelle, venus à Marrakech pour y passer quinze jours, vendent depuis quinze ans leurs merveilleux coussins.
De nouveau, la piste, les murs, l'Atlas, ces « étendues mortes où la pulsation du temps ne passe plus », des troupeaux qui se succèdent, se rapprochent, se mêlent... et puis cette enceinte...

* * *
Le souk El Khemis, le souk du jeudi, où tout voyageur qui a vu  Marrakech  vous  recommande,  plus que partout, d'aller...

Si Djemaa El Fna est la place des places, le souk El Khemis est bien le souk des souks, le roi de tous ces marchés en plein air qui jalonnent certains jours la campagne et les pistes, brusque éclosion de vie qui couvre la terre pauvre, ville qui pousse soudain, aussi dense qu'éphémère, où toute l'âpreté des appétits bat son plein.
La voici cette spontanée végétation humaine contenue dans cette enceinte, dans cette grande flaque blanche, toute courants et sursauts, criailleries, marchandages, noblesse et pouillerie, tendue vers un même but, vibrante et âpre, dévorée par l'amour, la hantise de l'argent, tandis que la ronge, plus implacable encore, cet éternel Moloch des terres du Sud, le soleil...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 18 Aoû - 10:43

page 104
- Souk El Khemis. Le marché aux moutons.
 - Marché aux moutons.


Marché aux bêtes, denrée vivante hélas, pour la plupart, comes­tible, et qui, ainsi marquée pour la mort, impressionne. Par cercles, par campements, il se divise, chacun sa spécialité, chacun son pitto­resque... Ici, les chevaux, les plus nobles de tous, réservés aux plus nobles également, et qui eux, au hasard, ont tiré le meilleur lot : celui de vivre. Nerveux, piaffant, oreilles tendues, ils sont là qui attendent qu'on les enfourche, et puis, sous les genoux tyranniques qui les matent, trottent, galopent, paradent, fiers et racés, comme conscients du role qu'il leur faut jouer, cherchant à plaire...
Et n'ont-ils pas droit à leur part de gloire, ces petits chevaux barbes, moitié zèbres, le plus bel ornement ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 18 Aoû - 10:48

page 105
- Marché aux moutons.

... alors des jeux du cirque, qui promenèrent jadis les cavaliers numides d'un bout à l'autre du monde romain !
A côté d'eux, fils du désert, restes oubliés d'on ne sait quelle faune étrange, dignes et grotesques, avec ce rictus qui fait leur ombre monstrueuse, les chameaux. Egalement implantés par Rome au Maghreb, par Rome qui les a ramenés de Syrie, ils sont ici la person­nification, la revanche de la vie nomade sur la vie sédentaire, le sym­bole, le blason vivant de la caravane. N'est-ce pas derrière eux, en cas d'attaque, que le Bédouin retranche ses bagages et ses femmes ? Et s'ils n'ont pas eu, comme les éléphants leurs frères, l'honneur de porter les soldats d'Hamilcar, après Thapsus, dit Augustin Bernard, dans le butin fait sur l'armée de Juba, l'armée de César trouve vingt-deux chameaux. « En 363, d'après son historien, le général Romanus, pour ravitailler ses troupes, exige comme tribut quatre mille chameaux». Ils sont la richesse et l'ami du nomade qui chante, dit-on, pour les ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mer 11 Sep - 9:19

page 106


faire mieux marcher... Ils se servent de lui pour en faire un proverbe... « Deux chameaux, disent -ils, ne peuvent pas vivre en paix dans le même troupeau de chamelles ». Jadis, quand un Arabe perdait la vie, on laissait mourir de faim sa chamelle près de lui, afin qu'en l'autre monde elle lui serve de monture...
A eux seuls, ils forment le coin le plus saharien... Ici, ces deux jumeaux, de forme et de posture, immobiles comme la pierre, couchés en lions... Effrayant, cet autre groupe dont on ne voit que cinq têtes, jaillissant d'un même tronc, comme l'hydre de la légende, et plus loin, ces deux cous, droits sur les genoux plies, serpents dressés vers moi comme celui du charmeur, tous pelés, galeux, puant le goudron et la sueur, portant leur gibbosité comme une honte, braquant sur moi, plus disgracieuse que tout, leur face hideuse... comme leur cri. Touchant par exemple, ce groupe familial, une mère fauve allaitant son petit, tout blanc. Mais déjà bondissant de ce rond de statues, le chamelier fond sur moi en hurlant... C'est encore, comme pour le nouveau-né de Rabat, le djoun de mon kodak qui va, si je m'en sers, porter malheur au petit chameau !
Voici maintenant l'endroit le plus captivant de tout le souk, le marché aux moutons. Ici, non seulement les animaux nous attirent, mais les gens... ces rudes Berbères descendus de leurs plateaux ont accompagné, pour la dernière sortie, ces petits compagnons, leur fortune à quatre pattes, qu'ils mènent à la boucherie. On dirait, à la manière dont ils les entourent qu'ils les ont aimés vraiment, pour eux-mêmes... les femmes surtout. Elles ont pour serrer un agneau dans leurs bras, des tendresses de mères, ou bien accroupies, résignées, devant cet autre, elles portent sur leurs traits fixes que rien ne trahit, une angoisse muette qui étreint le cœur. De jeunes hommes aussi, assis tête aux genoux, suivent avec amour les ébats de leurs élèves tandis qu'avec le geste éternel du pasteur, ce Bédouin barbu chasse ses brebis... Et au milieu de tout cela, les acheteurs vont et viennent, tâtent les toisons drues, pincent la chair, tirent les pattes, discutent le prix : cinquante francs, ce mouton. Cent trente ce bélier, morceau de choix. Ici deux pour trois cents francs. Et les pauvres boules de


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 15 Sep - 20:21

page 107

 


 - Fête de l'Aïd El Kébir. Le pacha de Marrakech El Glaoui allant recevoir les hommages des troupes, après le sacrifice.


laine s'en vont brinqueballant, cornes et pattes dépassant, dans ce panier collé au flanc du bourricot, sur les épaules de ce Berbère, au fond de l'auto, comme des colis, tandis qu'ignorants du sort qui les guette, leurs frères, en troupeau, bêlent timidement.
A quoi font-ils penser, ainsi massés, en ligne, assommés eux aussi par ce ciel de plomb ? Aux sphinx-béliers de l'avenue de Karnak, personnification d'Amon, dieu-soleil...
N'est-ce pas aussi quelque mythe solaire et agraire que perpétue cette fête de l'Aïd El Kébir pour laquelle autant de moutons vont être sacrifiés au Maroc que de sapins de nos forêts pour les Noëls alle­mands?
Vieille coutume berbère qui plonge ses racines dans la nuit des temps, comme tant d'autres, et veut que tous les ans, à cette fête du printemps, chaque famille musulmane sacrifie sa victime, un mouton, une chèvre, selon les moyens, et dans certaines tribus, un chameau. Symbole, selon les uns, de la résurrection de la terre, car la bête égorgée ne meurt pas réellement, mais va droit au ciel où elle fera entrer celui qui l'a tuée... Souvenir, d'après d'autres, du sacrifice


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 15 Sep - 20:27

page 108
 - Aïd El Kébir, la prière devant la Msalla, avant le sacrifice,

... d'Abraham, ou du bouc émissaire, ou de cette autre victime expiatoire, l'agneau pascal. Mais surtout offrande à la divinité, que selon l'idée primitive on apaise par le sang pour attirer la Baraka sur la terre et les gens... et l'année. Car suivant que la victime portée en cortège aux portes de la ville y arrive vivante ou meurt en route, il y aura, disent-ils « bon ou mauvais futur ». La sorcellerie, toujours reine au Maroc s'empare naturellement du rite... et de la bête. L'omoplate suspendue attirera l'abondance, l'os du fémur éloignera les djinns, la rate desséchée aidera les accouchements, enfin la peau deviendra un tapis de prière et le sang coagulé, le plus délicat des parfums. Et c'est aussi la date où l'on ramasse le miel, où l'on tond les brebis, fixe le prix du blé, où l'on allume dans les jardins des feux pour empêcher les guêpes et la chute des figues... Et c'est encore, comme dans toute fête religieuse qui se respecte, une occasion de ripaille, de cadeaux, de danses...  « Notre 14 juillet », me dit le guide.
D'autres événements que l'Aïd El Kébir appellent au Maroc le sacrifice du mouton : le lancement d'un bateau, l'achèvement d'une maison, la fête du Nom — circoncision — dix jours après la naissance d'un enfant mâle, un déplacement de Sa Majesté Chérifienne.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 15 Sep - 20:36

page 109

 





Le sultan, du reste, à l'Aïd El Kébir, doit sacrifier lui-même son mouton. Dans sa djellaba blanche, sous le parasol amarante, entouré de son Maghzen immaculé comme lui, il doit alors, plus que jamais, distant et digne, être l'emblème vivant de son pays, blanc et rouge.

Couleur de sang ! C'est ainsi maintenant que m'apparaît le grand souk, comme si chaque bête déjà portait sa marque rouge... ce grand marché qui se vide dans ce désordre malpropre, navrant, de fin d'orgie, dans cet air opaque, cette poussière qui brûle...

* * *
 De l'ombre, de la verdure, de la douceur, après ce tableau de l'lslam farouche, cette fournaise où le cœur se dessèche comme le corps !
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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 15 Sep - 20:42

page 110

 


 - Ancien Dar Beïda. Hôpital Maisonnave.



Nous allons les trouver à l'autre bout de la ville, non loin de l'hôpital militaire Maisonnave, l'ancienne « Maison Blanche » et de plaisir des sultans.

Jardins de la Menara, jardins de l'Aguedal, noms qui chantent frais comme le vent dans les palmes, le rire perlé de l'eau, ces neiges dont le reflet dans les bassins se plisse... Vous n'êtes pourtant que des vergers quelconques, immense pépinière d'oliviers, de citronniers, hélas, trop symétriques, dont le charme n'est fait que de cette voûte d'ombre, bien le plus précieux, en Afrique, après l'eau.. Ombre sous laquelle l'herbe peut vivre, et mille insectes, et la nonchalance qui, ici, nous sollicite partout, et les souvenirs.

Après le contact du nomade et du bled, comme on les comprend mieux ces sultans hautains, voluptueux, despotes, venant oublier dans ces paradis bien terrestres les solitudes désertiques et l'odeur de la poudre ! Ici, Moulay Hassane mène sa voiture à mules ou fait la fantasia en l'honneur de ses femmes... Abd El Aziz, ce grand enfant prodigue, éclabousse sans pitié l'élégant Menhebbi en ramant tant bien que mal sur l'eau de ce bassin... Jeux de l'amour aussi... Ne nous chuchote-t-il pas, ce bassin aux


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 16 Sep - 9:01

page 111


eaux mortes, les noms chantants et rauques de ces désenchantées, Circassiennes, Génoises, Espagnoles ou Anglaises, otages préférées des corsaires et du roi, qui sous peine de se voir arracher tous les cheveux entrent bon gré mal gré dans le harem du maître... et qui cloîtrées, matées et parfois insoumises, ne respireront plus que pour lui plaire, comme cette Jeanne Lanternier femme aimée, dit-on, de Sidi Mohammed, qui, pour tromper cependant sa nostalgie de nos ciels, faisait planter dans ce parc des arbres de France... Fantômes charmants, souvent dans toute la gloire de leur radieuse nudité sortant du bain, ou paressant, vautrées à l'ombre des lauriers-rosés... et dont cette eau garde encore les reflets mêlés à ceux de ce kiosque aux tuiles vertes. Fantômes qui glissent encore en rayons sous les branches à l'heure où tout près d'ici, sur la place Folle, la fête bat son plein, les danseurs dansent, où le conteur conte, où acheteurs et marchands discutent et s'invectivent, où Y Atlas là-bas, dresse sa blancheur sereine... comme alors!



III. — MARRAKECH L'ANDALOUSE



A la Mamounia, les touristes disséminés tout le jour se retrouvent, échangent leurs impressions, disent leurs achats, que chacun se vante de faire à meilleur compte. Qui n'a pas, malgré son amour des palais et des souks, passé de longues heures chez le marchand de tapis !
« Le tapis », dit Odinot, « est au Maroc un meuble; c'est une chaise et un lit, c'est sur lui qu'on repose, qu'on s'assied pour causer, qu'on dort ».
Aussi croit-on rapporter le Maroc lui-même avec les Béni M'Guild si laineux qu'ils semblent poussés à même sur le dos des brebis, les Zaïan, fleuris comme les prairies de l'Aguedal, les Chechaoua qui ont la douceur des murs de pisé rosé, et ces Rabat, d'un rouge si vieilli, remparts des Oudaïas au coucher du soleil.

On parle aussi beaucoup de phosphates et de fer, de ces richesses cachées de la vieille Tingitane que signalaient déjà Ibn Khaldoun et d'autres, espoir ou illusion des modernes chercheurs d'or qui rééditent au moyen de sondages, le rêve de Moulay Hassane penché sur ses grimoires. Et l'on parle encore, surtout, du Glaoui,

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 16 Sep - 9:08

page 112
- Bassin et pavillon de la Menara.
- Bab Aguenaou. La porte Portugaise.

Le Glaoui, appelé ici le Pacha, domine la Mamounia, comme la Koutoubia, Marrakech. C'est que le Glaoui a aussi ses deux faces :
la parisienne, la maure N'est-ce pas lui qui, dansant en smoking à Vichy, reprend à son retour la djellaba et ses femmes ? qui joue au golf et fait couper des têtes et peut se montrer si dur avec ses concubines ?... Est-ce que la doctoresse Legey ne raconte pas ? Est-ce que cette jolie anglaise ? Est-ce que...
Et le rêve de chacun est d'être chez lui, par lui, ce qui implique déjà deux catégories bien distinctes : ceux qui ont une recommandation, et de qui. Et chacun pour y parvenir, se découvre, subitement, une âme de courtisan.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 16 Sep - 9:12

 

Remparts de Marrakech

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 16 Sep - 9:16

page 113
 - Marrakech. La Cour des  Sultanes  au Dar Beîda.  (Modèle du Pavillon du Maroc à l'Exposition Coloniale).
- Marrakech. Une fontaine.  

Un autre personnage qui est constamment à la Mamounia, c'est Ben Ghabrit, chef du Protocole du Sultan, chef des Habous (société qui s'occupe des biens religieux) aussi le plus fin des lettrés, le plus adroit des diplomates, et le plus parisien des Parisiens. Et sa djellaba ample, toujours de fin tissu, est chaque soir le centre de tout un essaim de jolies femmes qui se disputent un mot de lui.
C'est grâce à l'amitié de Si Kaddour Ben Ghabrit que je dois de dîner ce soir chez le GlaouL
Est-ce pour mieux le dissimuler aux appétits des pillards ou pour symboliser sa souveraineté occulte ? C'est par un couloir étroit, obscur, que j'accède ce soir au palais du Pacha. Et le voici, lui-même, venant à ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 16 Sep - 20:53

page 114

- Une fête chez le Pacha.

... nous d'un pas si ouaté, qu'il me semble voir surgir de cette demi pénombre, de quelque brousse magique, l'un de ces grands félins dont la nuit est le royaume. Et il y a en effet du félin dans ses gestes, que sa djellaba grise, tissée par sa tribu, amplifie, ennoblit, du félin, du fauve, du sloughi et du moine. Et plus nous pénétrons dans ces salles somptueuses où chaque détail atteint le comble du raffinement, où le luxe dépasse tous les luxes de l'Orient, où tout a été créé par lui et pour lui, plus il s'affirme grand et noble dans sa robe simple, sous le capuchon qui sertit sa tête brune, avec ses yeux d'aigle et ses mains de duchesse, ce grand féodal, marquis de Carabas de tout le pays Glaoua, seigneur de l'Atlas.
Il parle peu, d'une voix basse, peu timbrée, avec ce roulement d'r qui veloute les voix arabes, et qu'il scande, ce Berbère, d'un rvthrne nerveux. Il m'explique justement : « Berbère et Chleuh, ce n'est pas la même chose : II y a les Berbères de la montagne et de la plaine. Les Chleuhs, eux, n'habitent que la montagne ».
Nous passons maintenant à la salle à manger qui n'est qu'un autre salon décoré comme les autres, meublé comme les autres, c'est-à-dire une salle haute et longue, aux mosaïques rutilantes, aux stucs finement ciselés, aux divans bas gainés de velours, avec, au fond, l'indispensable phono, et la photo en couleurs du maître de maison où (malgré la Légion d'Honneur qui fleurit sa poitrine) emmailloté dans son haïk aux finesses de mousseline, il a l'air d'une mariée.
Autour de la table en marqueterie de Salé où tous les convives se sont répartis, il me met à sa droite, m'ins­talle deux coussins dont l'un, droit, me servira de dossier ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 17 Sep - 11:20

page 115


- Le palais du pacha.

... tandis que l'autre me cale. Et le repas commence. L'ablution d'abord, avec la fine aiguière, au-dessus du bassin qu'on se passe à la ronde, ainsi que la serviette. Précaution bien utile, puisque rompant sans doute ses habitudes en notre honneur, le pacha nous fait manger à l'Arabe, sans fourchettes... et que, la serviette dépliée sur nos genoux ne servant que pour la bouche, force nous sera de nous lécher les doigts. Et c'est le défilé des esclaves qu'on appelle encore ici ainsi les domestiques) et des plats, portés sur la tête de ces beaux gail­lards souples, à l'antique. J'en compte dix (des plats) parmi lesquels seuls le potage et le couscous autorisent l'usage d'une cuillère de bois. Mais ces pigeons fourrés de riz à la cannelle, et ces poulets qui baignent dans la sauce... Dire qu'il faut poser les petits os sur cette table, aux fines incrustations... et obéir au rite; prendre tou­jours dans le plat de la main droite (la gauche porte malheur) et dans le même endroit, le coin du voisin ne devant pas être violé; faire de ses doigts une cuiller pour saisir les petits pois, et d'un coup de pouce, les pousser dans la bouche. Pour le couscous... mais c'est là que le Pacha se montre magicien, avec son art à lui, de pétrir la
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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 17 Sep - 16:25

page 116

- El Glaoui, pacha de Marrakech.

semoule, presque sans y toucher, d'un rythme du poignet, de la mo­deler, comme le potier la glaise, d'en faire cette fine boulette que d'un autre coup de main, il projette dans sa bouche... Et elles sont bien à ce moment le symbole de sa race, ces mains agiles, nerveuses patri­ciennes et fuyantes, ces mains qui dansent...
De nouveau, l'aiguière, le bassin pour tous, et le savon, puis on jette les serviettes et l'on emporte la table avec la nappe qui se trouve, non pas dessus, mais dessous. Et la lente promenade à travers les patios, sur les marbres qui luisent, sous l'ombre fuselée, inquiétante des cyprès, qui ont l'air de tisser quelque rayon de dont la brisure dans les vasques, s'argente...
Une autre vaste salle, aux divans feuille morte. Après le café,les cigares, voici les musiciens. Musique et danses, l'habituel ré­gal, le complément né­cessaire de tout dîner musulman, de toute réception chez ceux qui possèdent, au même titre qu'un ha­rem et des esclaves, leur orchestre et leurs danseuses.

Danse marocaine d'abord, assez sem­blable à celle des Ouled Naïl Algérien­nes, soubresauts lents du ventre et de la croupe, avec ce roulis de grand voilier, tan­dis que les pieds, d'un rythme plus nerveux,


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 17 Sep - 16:34

page 117

- Fête chez le pacha de Marrakech. Le mur de tapis.


comme ceux des Gitanes dans la Flamenca, piaffent... Puis rappe­lant, elle, les Saëta sévillanes, cette mélopée grêle, aiguë, perçante, ce chant sauvage qui exaspère et déchire. Ben Ghabrit m'explique : « Chant de guerre, d'amour... — En chleuh, il n'y a qu'un mot pour poésie et amour — Celui-ci : le cavalier qui aime l'aventure : « Si tu veux savoir mes malheurs, dit-il, interroge mon cheval ». Et cet autre : « Tes yeux sont fermés mais ton regard est sur moi. Tu me possèdes, je suis à toi ». Maintenant, ce sont les danseuses berbères qui se dan­dinent, des filles trapues, engoncées dans leurs robes, les cheveux serrés dans le foulard de soie... un type étrange qui tient du mongol et de l'indien, front bombé, pommettes saillantes, nez épaté, avec cette bouche qu'ont seuls les Pharaons et le Sphinx... Danse plus noble, plus fière, balancement de tête d'avant en arrière, exactement celui des Bicharis à Assouan, et puis au rythme des castagnettes d'ar­gent, ces saccades brèves comme celles du tambourin, spasmes ou frissons, tandis que le masque, comme coulé dans du bronze, reste impassible, impénétrable, hautain.

C'est par groupes de trois, maintenant qu'elles se trémoussent, d'un rythme qui s'accélère, devient convulsif, tragique, touche au

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 17 Sep - 16:40

page 118

délire. Les têtes s'abandonnent, les foulards glissent, les cheveux se dénouent, flottent en crinières. Délire sacré qui touche à l'extase, don suprême du mouvement et du corps, anéantissement sensuel et mystique qui rappelle sans doute les rites dyonisiaques et surtout la danse des derviches. Et on se l'imagine, cette sauvage saturnale, exécutée par trois cents figurants, scandée par trois cents derboukas, là-haut, à deux mille mètres dans cette Kasba de Telouet, dont le Pacha est roi.

Assis à la turque, pieds nus, énigmatique, les yeux seulement plus noirs et plus brillants, buvant comme un alcool ces airs de sa montagne, le Glaoui porte en ce moment sur sa face de Berbère tout le fatalisme musulman.
Flamenca, Saëta, castagnettes ? Tout cet arsenal de la danse marocaine, vient-il donc de l'Espagne ?
« C'est eux qui nous ont pris notre musique et nos danses, et notre art. Et tout ce qu'il y a de beau chez eux vient de nous... », me dit, après l'excellent repas qu'il vient de nous offrir, le Chérif Abd El Hakim, notre hôte.

Ce grand Marrakchi, fils d'une Tunisienne, qui a fait ses études à Janson de Sailly, puis au Caire, ancien conseiller d'Abd El Aziz, et pas toujours très en odeur de sainteté, parle français comme un pur Tourangeau en restant le plus musulman des Arabes. Beau vieillard, moins distant, plus affable que le Pacha et d'une rare élégance dans son haïk de gaze souple... Et nous devisons longuement sur le sofa de soie bleue, portes ouvertes sur le riad (i), tandis que la fraîcheur de la nuit nous évente, que, collés au grillage, yeux écarquillés, deux petits négrillons nous épient.
« Ce sont les femmes, reprend notre hôte, qui ont fait perdre l'Espagne aux Maures. Oui, les femmes. Ils ne pensaient d'abord qu'à Dieu. Pour eux, conquérir, c'était d'abord : convertir. Et puis ils ont commencé à s'occuper des femmes... Alors, ils n'ont plus songé qu'au luxe et aux plaisirs. Et la décadence est venue. »
Nous parlons de leurs femmes.
Le Chérif s'indigne :

(i) Jardin entre deux pavillons.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 17 Sep - 16:43


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page 119

- Les porteurs d'eau


« Quelles idées fausses vous vous fai­tes sur elles ! Si elles ne s'ac­cordent pas avec leur mari, elles divorcent. Sur leur de­mande, on va devant le cadi, et en cinq mi­nutes cela est fait. Seule­ment, en ce cas, elles perdent leur douaire, car la jeune fille au Maroc, n'a pas de dot, seulement celle que lui consti­tue son mari. Elle apporte seulement les étoffes : tentu­res, coussins, matelas, tapis. Si au contraire, c'est le mari qui demande le divorce, il doit tout lui abandonner ; sa maison, ses meubles, ses bibelots, tout. L'adultère ? Mais pour que la femme soit reconnue coupable, il faut qu'il y ait eu quatre témoins oculaires, tous d'une parfaite honorabilité... ce qui revient à dire que la recherche de l'adultère n'existe pas. A côté de cela, toute parente qui se trouve sans abri est, de droit, recueillie et entretenue par le chef de famille, ...
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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 17 Sep - 16:47

page 120

- Palais du chérif Abd El Hakim.
- L'arrosage chez le pacha.

comme en Espagne. Elles ne sortent pas le jour, mais le soir, en voiture, elles vont chez leurs amies, ou les reçoivent. Alors, les amies laissent leurs babouches à la porte de la chambre pour que le mari sache qu'il ne peut pas entrer. Mais ne croyez pas que leur réclusion les prive. Elles ne tiennent pas à voir des hommes, elles en ont peur... »

— « Pourtant ne me disiez-vous pas que vous aviez plaisir à causer avec moi ? Et moi j'ai aussi plaisir à causer avec vous. Vos femmes, alors, sont privées de ce plaisir ?


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 17 Sep - 16:49



REMPARTS DE MARRAKECH.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mer 18 Sep - 8:45

page 122

_ Oui, mais c'est que vous, vous êtes mon égale »,
Nous parlons de leur religion.
« L'islamisme, m'explique le chérif, est la religion du Dieu unique qui est venue sauver l'Arabe de l'idolâtrie. Au moment où Mahomet a écrit le Coran, personne n'était instruit et c'est pour cela qu'on a dit qu'il était inspiré. Il ne renie pas Jésus, il le considère comme le dernier des prophètes, l'appelle son frère et dit que plus tard, une place lui sera réservée à côté de lui au Paradis.
— Mais ce Paradis ?
⦁ Ne croyez pas que ce n'est pour nous qu'un paradis de plaisirs. Le Coran dit que la plus grande joie du paradis sera d'écouter Dieu ».
- Quelle idée le Musulman se fait-il de Dieu ?
• « Pour nous, Dieu est avant tout un créateur, mais qui s'occupe de sa créature. L'on pense beaucoup à Dieu. Quand on voit une jolie fleur, un beau jour... Quand on se porte bien, on se dit : « Je pourrais être malade », et Ton remercie Dieu de nous avoir donné la santé. La mort ? Quand on y pense, on considère la vie comme peu de chose. Le poète a dit : « Le passé, tu ne l'as plus. L'avenir, mystère. Prends le moment qui s'offre... » C'est-à-dire : tu travailles dans ton jardin, tu cultives tes rosés... Un ami vient. Laisse ton travail. Ne perds pas cette occasion de bonheur, jouis de l'heure... »
Rien dans ce philosophe, de livresque :
« La pensée ? Je trouve que penser soi-même est plus que penser à travers d'autres. Il y en a qui ne trouvent pas les mots. Pourtant, ils comprennent, puisque quand vous leur expliquez leur pensée, ils disent : c'est cela... »
Et l'amour ?
« Non, pas seulement l'amour sensuel, mais aimer aussi avec son cœur. Par désir on peut avoir envie de tromper sa femme, mais alors le cœur veut qu'on ne lui fasse pas de peine... Celui-là seul qui est le maître de son désir est un homme... »
Et le vieux Chérif, soudain pensif, ajoute :
« Aux jeunes, la folie est permise, mais le vieillard doit être sage. Il faut que la tête marche toujours avec le reste, sans cela, on n'est qu'une bête ».

Sur les dalles du patio, maintenant la pluie clapote, tue les sen­teurs chaudes, met sur les glaces dorées de la salle une buée... Le

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mer 18 Sep - 8:50

page 123

- L'Oued Reghaïa avant Asni. Sur la colline, kasba en ruines.

vieux Chérif, d'une main distraite, caresse le petit chat de Siam pelo­tonné sur ses genoux... L'amour, la femme, l'Espagne !... Il soupire : « J'aime l'Espagne ! Tous les ans, il faut que j'y retourne... Ah !

Grenade, Cordoue, surtout Cordoue, la Mezquita ! La Mezquita ! » Avec quel sentiment de possession, il a dit cela... Un étrange sourire maintenant erre sur ses lèvres... Vieille rancune contre ceux qui lui ont pris son Espagne... Peut-être qu'en ce moment, plus que tout autre image, il voit en rêve son fils, cet ennemi implacable de tout ce qu'il peut haïr, et qui, pendant un an, passant chaque semaine clandestinement la frontière, tuait son Espagnol, à la chasse, comme un lièvre.
A Asni par la pluie, à Demnat par la pluie... Il paraît qu'on la désire et qu'on la prie, cette déesse, que les Chinois représentent comme une hydre à mille langues, et qui rend à son gré le Maroc riche ou pauvre.
La pluie pour les Marocains vient d'une mer qui est au ciel, et

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