Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 La Féerie Marocaine

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Paul CASIMIR




MessageSujet: La Féerie Marocaine   Ven 26 Juil - 17:59



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page de couverture


LA FEERIE MAROCAINE

par Marie-Thérèse GADALA
Gouaches de SI MAMMERI

La table des matières figure en bas de la page 10 de ce sujet et en haut de la page 11



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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Ven 26 Juil - 18:30

page 4


RABAT - LE CHELLAH.


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 28 Juil - 15:43

page 5


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 28 Juil - 15:48

page 8

Au Maréchal LYAUTEY
créateur et animateur
du Maroc Français

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 28 Juil - 15:57

page 9

- Tétouan. Cortège du Khalife.

CHAPITRE PREMIER

L'ARRIVÉE  AU MAROC
Ville blanche qui recule, diminue, s'efface, n'est plus qu'une ligne claire au pied des montagnes sombres, gardée par ce rocher, ce cap...
Ligne claire qui s'approche, grandit, devient une ville, gardée par un même rocher, un même cap... Entre les deux, les vagues...
Effet de glaces, mirages, hallucination, ces deux côtes identiques, répliques l'une de l'autre, qui s'appliquent l'une à l'autre comme la main à la main ?


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 28 Juil - 16:05

page 10


Non. Deux continents qui s'affrontent et s'aimantent. L'Europe, l'Afrique. Algésiras, Ceuta.
Le « Primo de Rivera » crève à coups d'étrave le miroir lisse de l'eau. Pas une mer, un lac. Pas une traversée, une promenade. Impos­sible de passer plus facilement et aussi vite d'un monde à un autre si différent ! Cosmopolis flottante, comme les transatlantiques ses grands frères, ce « transméditerranéen » groupe des voyageurs de toutes races. Le voyageur Tant Pis qui ne verra dans les souks que la vermine et les immondices, dans l'indigène qu'un voleur et trouvera que les seules choses qui ont de l'intérêt au Maroc sont justement celles que l'on ne peut pas voir. Le voyageur Tant Mieux, qui bourre vos poches des adresses les plus chères, des recommandations les plus inutiles et vous vante tellement tout ce qu'il admire qu'il vous enlève presque le désir de le voir. Le voyageur par snobisme qui craint les changements de lits et ne contemple avec volupté sur son itinéraire que le chemin du retour. Enfin le voyageur pour affaires qui ne vous donne sur le pays où vous allez que ses impressions de concours régional ou de Foire de Paris... Racontars qu'on écoute, parce qu'ils sont le prologue, la préface véritable, nécessaire du voyage, l'unité de mesure — hélas souvent bien fausse ! — de nos sensations et de nos souvenirs.
Combien plus d'enseignements dans ce visage de femme, prunelles chocolat, teint café au lait, bouche tomate... dans cette forme blanche aux yeux d'aigle, aux gestes félins : l'Andalousie, le Maroc.
Alors ce sont là ces deux colonnes d'Hercule, pôle ouest jadis de l'univers navigable et qui ont tant fait parler les anciens ! Ces deux montagnes postées en sentinelles sur la passe, à qui Hercule lui-même— ou quelque tremblement de terre — a si nettement donné, en les séparant, une nationalité différente... au temps où elles s'appelaient Calpéet Abyla, l'Atlantique, Mer environnante, le Maroc, la Tingitane où l'on y trouvait encore (au Maroc) des éléphants, des crocodiles, des belettes grosses comme des chats, des vignes dignes de la Terre Promise, le tombeau d'Antée, la Grotte de Calypso, enfin toutes ces jolies fables que racontent Homère, Strabon, Pline l'Ancien, et Platon qui  —  pour symboliser  bien  avant   Pierre  Benoît  l'attirance  de l'Afrique — place son Atlantide à l'endroit du Maroc.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 28 Juil - 16:24

page 11

Et puis un jour, pour la première fois, les burnous blancs et les petits chevaux barbes, passent le détroit... les troupes de Tarik, lieutenant de Mouça, que le comte Julien, gouverneur de Ceuta, pour venger l'honneur de sa fille Florinde, jette sur l'Espagne.
Et toute la ruée des Ommeyades, Almoravides, Almohades dont les yeux brûlés par les sables du désert viennent se rafraîchir aux verdeurs andalouses... jusqu'au jour où les Maures, expulsés de Gre­nade, emportant, optimistes, la clé de leurs jardins, prennent nostal-giquement le chemin du retour...
Et tous les voyageurs de commerce, Pisans, Génois, Vénitiens, les Marseillais qui ont un entrepôt à Ceuta, les Portugais que les Maugrabins appellent Bortogal et les Français qui sont les Afrendja...
Et les écumeurs de mer, les célèbres pirates qui font à leur manière la police du détroit... et tous ceux qui traversent pour racheter les captifs, les Pères de la Merci, les Trinitaires...
Et tous nos petits soldats qui sont allés là-bas pour faire du Maroc un frère de la France...
Film admirable, tourné dans ce tout petit espace, que cette si courte traversée joue pour moi...

Pas la faute des Arabes ni des Espagnols, mais bien celle d'Allah si l'Espagne et le Maroc si longtemps n'ont fait qu'un !
Un isthme, croit-on, unissait l'une à l'autre, au temps de l'homme des cavernes ou bien avant. Et puis cet isthme, sous le règne du crois­sant, prend la forme d'une civilisation, malgré toutes les dissensions, toutes les rivalités, toutes les révoltes qui dressent l'un contre l'autre, tout au cours des siècles, les rois vassaux de Maroc ou de Fez, contre leur chef, l'Emir des Croyants à Cordoue. Mais, encore aujourd'hui, une membrane secrète lie ces Espagnols et ces Maures qui se détestent et fait circuler entre eux le même sang... comme ces deux terres sé­parées l'une de l'autre restent une. Algésiras, Ceuta, villes espagnoles ou marocaines ? On ne sait pas. Mêmes types, même accent rauque même allure, sauf qu'ici la cape s'appelle un burnous, le campanile un minaret, la sierra, un djebel... Mais sur cette route, maintenant, de Ceuta à Tanger l'étrange illusion de la traversée continue... Même désert ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 28 Juil - 16:33

page 12


- A  Tanger.

... vert, montagnes pareilles en forme de tentes... Et voici Tétouan qui ne sera pour moi, comme Ceuta, que des murs, ces murailles cré­nelées qui cachent à l'étranger les villes maures, aussi fermées sur elles qu'un voile sur un visage... Un arrêt : passeports. Coup d'œil dans l'auto. La zone internationale : Tanger.
Six heures du matin...
Chant du muezzin, chant du rossignol, chant du coq qui ressemble ici au chant du muezzin. Un âne qui brait, une ruelle ombragée où glissent des formes blanches. Sur les toits en terrasses des minarets s'enlèvent. La mer au loin brille entre les palmes... L'air sent la douceur de vivre : c'est l'Afrique.
Maghreb, mot blanc, torpeur, mystère, passé qui est toujours, hier qui sera demain...
Maroc, nom courbe comme le croissant, tranchant comme une lame et qui sonne rouge...

Entre les deux, ce mince fil bleu : la France.


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MessageSujet: Re: La Féerie Marocaine   Lun 29 Juil - 15:29

page 13
 
- Ouezzane.
- Juives d'Ouezzane.

CHAPITRE II
OUEZZANE-LA-SAINTE

C'est sur la route de Tanger à Ouezzane que je rencontre pour la première fois les sauterelles.
Sur les champs, subitement, ce voile jaune, d'abord à fleur de terre, puis vertical, rideau qui barre la route, dont chaque atome est un projectile qui s'écrase contre les vitres de Fauto, ou, à demi broyé par la violence du choc, vient nous gifler en plein visage.


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Lun 29 Juil - 17:16

page 14

-  Poste d'Arbaoua.
-  L'arrêt de l'autobus.

Non que la sauterelle soit une spécialité du Maroc, au même titre que le maroquin ou les pirates... Mais dans l'Egypte des Dix Plaies je n'ai pas vu une sauterelle, tandis que dans les annales marocaines, les vraies, on trouve signalées, entre autres calamités, au même titre que la peste, les éclipses, un massacre de Juifs, une victoire des chré­tiens, les sauterelles.
— « 679 (1301, ère chrétienne) — Les sauterelles envahi­rent le Maghreb et dé­truisirent les champs jusqu'au dernier brin d'herbe. Siège de Gre­nade par Alphonse (Rouqh El Quirtas) ». Même chose en...


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 30 Juil - 16:08

page 15
- Gourmets arabes, amateurs de sauterelles grillées.

1847 : « Les habitants de Safi et de Mogador sont mobilisés pour les combattre ».
La sauterelle est non pas d'un pays, mais d'une année... 1930 est une année à sauterelles.
On ne sait pas très bien où elles vont ni d'où elles viennent, comme tous les nomades. Les uns disent de l'Inde, les autres, du Soudan. Tous les dix ans, après avoir tenu leur conseil de guerre dans le Tchad, elles se rendraient en deux armées en Algérie et au Maroc, où l'Atlas les arrête. Faufilées peut-être par le couloir de Taza, elles se sont abat­tues ce printemps par légions, ruinent les blés, les vignes, font patiner les trains, déraper les autos et souillent tout ce qu'elles n'ont pas dé­truit. Le plus effroyable, c'est leur prolixité : « Si je pondais seulement cent œufs au lieu de quatre-vingt-dix-neuf, dit la sauterelle, je détrui­rais l'univers et tout ce qu'il contient ». (Prov. arabe.) Ce n'est pas à tort qu'on l'appelle « la multiple » puisque celle que je vois, la « cri-quette pèlerine » pond onze fois en quinze jours et chaque fois six cents œufs. Et pour ce travail, le ménage s'entend : le mâle jaune vole pour protéger la pondeuse noire qui trotte à ras de terre. Pauvres colons !


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Mar 30 Juil - 16:16

page 16
- Marché dans le bled, près d'Ouezzane.

Qu'ont-ils donc fait à Jéhovah-Allah pour mériter pareille punition ! Mais le Marocain, devant son impuissance à empêcher le fléau, malgré les primes promises et le son empoisonné, l'utilise. Décapitée, amputée de ses pattes et bouillie, la sauterelle guérit Thydropisie ; en amulette, les furoncles. Si vous rêvez que vous en entassez dans un vase, vous gagnerez beaucoup d'argent. Si dans votre rêve elles " pleuvent comme de l'or "... vous rattraperez celui que vous aurez perdu... En attendant, c'est tout ce que je vois du paysage, cette marée poisseuse, aveuglante, infecte, cette route qui marche.

Après les sauterelles, les ibis. Décidément, je suis en Egypte ! Non, car voici la diligence toute semblable, moteur en plus, à celle qui transportait Manon et Boule de Suif et d'où sort un essaim d'Arabes ou de Berbères (je ne sais pas encore faire la distinction). Et ils hument ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 1 Aoû - 19:47

page 17

Intérieur d'artisan à Ouezzane

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 1 Aoû - 19:56

page 18

- Ouezzane. La porte de fer.

... l'air longuement, comme pour se purifier de ce moyen profane, comme si l'at­mosphère de cette tente en tôle était viciée, fleurait moins bon que celle de leurs gourbis... Eux aussi doivent faire viser leurs passe­ports. Poste d'Ar-baoua. Et l'on nous surcharge d'un nouveau co­lis. Un jeune Ra-bati(?) qu'il faut rapatrier et qui, pour payer son transport, nous guidera. Pas la piste, trop mau­vaise. Nous enfi­lerons la route... Une de ces belles routes, une route de chez nous, dont le « maréchal » a doté le Maroc. Au tournant, tout autour d'un cercle de tentes, des chiens glapissent... C'est un douar, comme j'en verrai souvent, village qui se déplace quand les bêtes ne trouvent plus leur ration nécessaire, village complet, dont la tente centrale sert à la fois de mosquée et d'école, avec ses murs de bourre de palmier nain et de laine, où rien n'est oublié pourtant de l'indispensable, puisqu'une couverture, tendue verticalement, sépare, dans chaque tente, le côté : hommes, et celui : femmes... Longtemps j'entendrai ces aboiements ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 1 Aoû - 20:09

page 19
- Ouezzane

... sinistres de chiens qui hurlent à la lune en plein jour... Sauterelles, ibis, chiens à voix de chacal... C'est par ce contact avec le règne animal que j'entre aujourd'hui dans Ouezzane-la-Sainte.

C'est une jolie petite ville qui descend doucement la montagne en cascade, assise, dans un parc d'oliviers. Assise ? Non, elle trône, comme sa sœur religieuse Moulay-Idriss, encore fanatique et un peu hostile, malgré le charme paisible de ses ruelles montantes en forme de marches d'autel... Passé cette porte — dite de Fer, par les uns, des « Forgerons » par les autres — d'une dentelle si ténue qu'elle semble en papier, toutes les ruelles se ressemblent avec ces murs sans fenêtres, derrière lesquels, pourtant des yeux nous épient, et ces trous d'ombre, où chaque forme humaine se sculpte en statue, qui sont les portes. Des petits ânes grimpent, des enfants jouent... Des femmes ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 1 Aoû - 20:14

page 20

- Ouezzane.

... chamarrées de bijoux et de couleurs vives, des hommes en longue robe noire passent en file, bras dessus, bras dessous, rient et chantent... Des ruisseaux d'immondices creusent la pierre sous nos pas. C'est le Mellah. Nom des ghettos, au Maroc, assez pareils à tous les ghettos, sauf que c'est pour protéger les Juifs, plutôt que par mépris, qu'ils sont ainsi parqués entr'eux. Par contraste, l'intérieur des maisons est propre et accueillant et je peux accepter sans arrière-pensée le thé à la menthe que m'offrent ces gens hospitaliers, qui peut-être m'ont prise pour l'une des leurs. Mais leur propreté — m'apprend-on — - s'arrête aux murs et aux ob­jets... Ils ne changent ja­mais de tuni­que, comme les Lapons (qui ont, eux, com­me excuse, que la crasse leur tient chaud) et vont pieds nus, pour ne pas salir leurs ba­bouches. La co­lonie juive, ici, est importante. C'est qu'Ouezzane est un but de pèlerinage fameux aussi bien pour les Israélites que pour les Musul­mans et la tom­be de Moulay ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Jeu 1 Aoû - 20:23

page 21

- Ouezzane. Le Mellah.

... Abdallah, le saint  chérif, peut presqu'envier,au moins pour le nombre, les pèlerins de celle d'Amran Bendiouan, le rabbi. De tous les coins du monde, d'Amérique, de Palestine, pleuvent les visiteurs et les offrandes. Et c'est aussi en Palestine que retour­ne, tous les trois ans, cueillie par un Chalihim venu exprès, le montant de ces offrandes dont la petite communauté d'Ouezzane ne touche, pour  ainsi dire, que l'usufruit. Les Juifs n'ont pas été toujours à Ouezzane des plus heu­reux, comme un peu partout d'ailleurs en terre d'Islam, où, tout en se servant d'eux, on les déteste.
Ils se vengeaient parfois, si l'histoire dit vrai :
Un Musulman, paraît-il, avait cédé aux supplications d'un Juif qui voulait faire le voyage de Fez sous sa protection. Le long du chemin, le caïd surveilla le Juif qui se montra, du reste fort correct...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Ven 2 Aoû - 11:11

page 22

- Rue d'Ouezzane,


A la porte de Fez, comme le caïd se van­tait au Juif qu'il n'avait pu lui jouer de tour à sa façon : - C'est vrai, lui dit le Juif, tu t'es tenu sur tes gardes, pourtant jt suis arrivé à mes fins. Mais  com­ment ?  — Jure-moi que je suis pardonné  d'a­vance et je parle. Par  Allah, tu ne crains rien.
— Eh bien, pen­dant  toute la longueur du che­min je t'ai foulé aux  pieds, en piétinant cons­tamment l'om­bre que faisait ta tête ».

Mais le temps n'est plus où les Israélites d'Ouezzane n'avaient le droit de porter comme bâton qu'un roseau, ne pouvaient monter sur aucun animal, où la joie maligne de l'Arabe était de leur faire tourner la meule, comme autrefois les Philistins à Samson... Seulement ils n'enterrent pas leurs morts dans la ville : « Veux-tu donc, disait le chérif, à qui insistait, que les Juifs entrent dans le Paradis ? Tu ne sais donc pas que tout homme enterré dans l'enceinte d'Ouezzane est ga­ranti de l'enfer ? »


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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Ven 2 Aoû - 11:18

page 23

Cette Kairouan marocaine, dont la situation rappelle un peu Bethléem, a longtemps formé un petit royaume à part, dont le roi, le chérif, se croyait l'égal ou tout au moins le rival du sultan et ne se reconnaissait pas en tout cas, son vassal. « Pas de sultan sans nous, pas de sultan chez nous », telle était sa devise. Et elle se justifiait, puisque, depuis le jour où le saint Moulay Abdallah a transformé ce village de « La montagne des Myrtes » en l'une des confréries les plus fréquentées du Maroc, les chérifs, maintenant par leur puissance spiri­tuelle et terrestre les tribus très belliqueuses du voisinage, s'étaient rendus indispensables.

Les chérifs sont les descendants de Mahomet par sa fille Fathma. Tous les marabouts ne sont pas chérifs, niais tous les chérifs sont des marabouts. « On devient marabout», dit Augustin Bernard (i), «parl la  science, les bonnes œuvres, la réputation d'équité, l'ascétisme, les pratiques mystiques, la folie et même l'imbécilité. Une fois acquise, cette qualité est héréditaire ». Les chérifs sont des marabouts de naissance, détenteurs de la Baraka, cette bénédiction divine qui montre que Ton est spécialement favorisé de la grâce, et qui en attire souvent de nombreuses, sous forme d'offrandes, les chérifs d'Ouezzane ne vivant que de cela. Cette vénération des chérifs d'Ouezzane, qui passent pour guérir la lèpre, le ver solitaire, et la rage touchait à la folie, presque à l'idolâtrie. Un domestique, bâtonné pour une maladresse qu'il n'avait pas commise, disait (quel exemple !) : « Je ne me souviens pas de l'avoir commise mais ce doit être puisque le chérif, qui sait tout par Allah, ne peut se tromper ». On s'écrasait jadis pour toucher leur burnous, pour baiser la trace de leurs pas... Même loin d'Ouezzane, puisque l'un d'eux faillit être tué par les Béni m'Guild qui voulaient l'enterrer sur leur territoire (un Musulman est toujours enterré là où il meurt) pour que la tombe d'un saint porte bonheur à leur tribu !

Les temps sont changés. Cet Abd Es Slam, à qui arriva cette aventure, en est peut-être aussi un peu la cause, lui qui, vers 1883, implorait le premier la protection française, sous prétexte d'entretenir ...
(i) Le Maroc,

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Ven 2 Aoû - 11:23

page 24

- A Ouezzane.

... des rapports plus étroits avec l'Algérie, notre colonie, où sa confrérie avait des filiales. Il faut dire que ce chérif était détesté d'Abd Ul Aziz qui, sans notre intervention, n'aurait peut-être pas hésité à se débarrasser de lui. Et puis, il avait épousé une Anglaise, ce qui contribua plus à le rapprocher de nous qu'à sa renommée locale, bien que cette épouse « infidèle » (en religion) soit l'introductrice, au Maroc, de la vaccination. Une vieille prophétie de je ne sais plus quel saint annon­çait : « Les Espagnols entreront à Tétouan. Ils attacheront leurs chevaux dans les mosquées. Le Frendji (Français) habitera Ouezzane et El Ksor El Kébir... ». Or :
« Le 2 octobre 1920, les troupes du général Poeymirau, après avoir soumis les Béni Mesguilda et les Béni Messara, entrent à Ouezzane et traversent la ville au milieu d'une grande affluence. Le chérif Moulay Tayeb, le caïd Allai, et les délégations des confréries diverses étaient venues au-devant d'elles en grand cérémonial, faire acte d'hommage... »
Désormais, pour contenir les pillards du voisinage, nos soldats sont là. Le règne absolu des chérifs est fini !



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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Ven 2 Aoû - 11:25


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Fête marocaine

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Ven 2 Aoû - 11:31

page 25

- Rabat. Le jardin des Oudaïas.

CHAPITRE III
- - -
RABAT — SALÉ - CHELLA

I. — LA VILLE DES CIGOGNES
Bruit de houle qui me réveille, houle vivante, à deux pieds, à quatre pattes, chèvres, chameaux, petits ânes classiques, taches claires où luisent des ovales bronzés, bambins tondus qui n'ont sur la tête qu'une natte, marchands, mendiants, curieux, mêlés, tassés au pied de ce long mur qui barre en biais le ciel...
Là-haut, cette porte en fer à cheval, serrure géante qui s'ouvre sur du mystère...
Où ai-je déjà vu la jumelle de cette porte ?
Qu'y a-t-il donc derrière ce mur ?

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 4 Aoû - 8:16

page 26
- Rabat. La porte des Oudaïas.


C'est un jardin paisible, accueillant, souriant, un jardin de cloître, un jardin d'Espagne, avec sa pergola, ses bassins, ses cyprès, blotti frileusement dans ce nid de remparts, à l'abri du tumulte et du vent... et dont on ne voit d'abord que cet aspect charmeur, les jeux d'ombre et de soleil, les lourdes grappes de rosés qui coulent sur la pierre blanche, ce café maure aux bancs bleus, face à la mer...

Les jardins d'Afrique ne se donnent que lentement. Il faut les deviner, les conquérir, les attendre. C'est le soir quand, par delà la Tour Hassan d'or brut, Salé s'étale comme un grand burnous blanc, que le jardin des Oudaïas dit son secret. En bas, les sultanes-fleurs s'évanouissent dans l'ombre, le présent s'efface avec les verdures... Plus rien que ce chemin de ronde, ces murs de sang... Le jardin enchanté n'est plus qu'une forteresse, le palais de Klingsor redevient la Kasba.

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 4 Aoû - 8:21

page 27
- Porte de Chella (intérieur).


Elle est tellement mêlée à l'histoire de Rabat que c'est elle, encore, qui nous la dit le mieux. Rabat n'a d'abord été que cela, un ribat, un monastère où s'arment les faiseurs de guerre sainte, un camp à la fois militaire et sacré. On ne sait pas au juste quand fut fondée Rabat, ni par qui. Par quelque Almoravide, comme ses frères Touaregs, « homme au voile »... ou bien par Abd El Moumen, l'Almohade qui
en l'honneur de son maître, le Mahdi, baptise la ville naissante : Mahdia.

Son petit-fils, El Mansour, la dote d'un aque­duc, de mosquées, de collèges, la peuple, — rap­porte Léon l'Afri­cain — de mar­chands, d'arti­sans, de gens de lettres. On dit que, pour cette ville,  il ruina le trésor et que la construction de Rabat fut l'un des regrets de son règne, avec l'in­troduction des Arabes au Maroc et le relâchement des prisonniers ...

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MessageSujet: La Féerie Marocaine   Dim 4 Aoû - 8:24

page 28

RABAT

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