Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Evolution du Maroc en 1951.

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 6 Juin - 20:52


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Réalités Marocaines
EVOLUTION DU MAROC EN 1951


LES EDITIONS FONTANA remercient tout particulièrement :
Le CABINET CIVIL et  le SERVICE GENERAL  de  l'INFORMATION,
Les  DIRECTIONS  et  SERVICES de  la   RESIDENCE  GENERALE
Les CHAMBRES d'AGRICULTURE, de COMMERCE et d'INDUSTRIE,
L'OFFICHE  CHERIFIEN   des   PHOSPHATES,
La DIRECTION de la COMPAGNIE des CHEMINS de FER du MAROC,
L'OFFICE CHERIFIEN de CONTROLE et   D'EXPORTATION,
Le SERVICE des ARTS et METIERS MAROCAINS,
ainsi  que  les SOCIETES et  ENTREPRISES,
qui  ont  bien  voulu  participer à   la  préparation de cet ouvrage, en  leur fournissant la  documentation  nécessaire,  et en   les guidant de leurs conseils.
ELLES    EXPRIMENT   EGALEMENT   LEUR GRATITUDE AUX PERSONNALITES QUI ONT   ACCEPTE   DE   SIGNER   DES   ARTICLES   DANS   CETTE   PUBLICATION.

Les  illustrations photographiques ont été   fournies par  :
MM. BELIN DURAND, FLANDRIN FRANCOTTE GILLOT MADRAS, MARTI, PASCAL, RICHARD, ROUGET, VERBELKE, VERDY, LES STUDIOS DU SOUISSI, et LES SERVICES DE DOCUMENTATION DU BUREAU DE LA PRESSE.
Les photographies en couleur sont des  Studios  MARTI.
Les clichés sortent des ateliers LAGARDERE et FOISSAC, CORNEVIN-BRETON, et PHOTOGRAVURE FRANCO-MAROCAINE.
Les dessins et  réalisations publicitaires sont de MM. RAS et SEJOURNE. Présentation extérieure   :  RELIURE FARAIRRE.
Les traductions en anglais ont été réalisées par Mme HUTCHINSON-SEJOURNE, Bachelor of Arts.
La mise au point de la documentation rédactionnelle et photographique a été effectuée sous la direction de M. Albert MONNET, grâce à la collaboration de MM. Denis DELROISSE, Bruno LAVERGNE et Jacques JESSEL.

C'est à l'amabilité de M. Flandrin, l'un des plus anciens reporters-photographes du Maroc, que nous devons de pouvoir présenter à nos lecteurs les documents aériens du vieux Casablanca.
Les clichés en couleur illustrant l'article consacré à l'artisanat ont été gracieusement mis à notre disposition par l'Office Chérifien de Contrôle et d'Exportation.


L’EVOLUTION DU MAROC en 1951

Sommaire :
- Le   général   GUILLAUME.   Résident  Général   de  la République Française au Maroc.
- L'équipement du Maroc et son financement, par E. LAMY. Directeur des Finances.
- Les nouveaux courants de pensée du Maroc moderne, par  Charles  PENZ.
- Habitat — Instruction Publique — Santé.
- L'Economie marocaine se stabilise, par H. DUQUAIRE.

- Le Port et la Ville de Casablanca.
- Villes et Régions du Maroc.

- L'équipement  hôtelier  et  le  Tourisme.

- Les moyens de communication.

- La  terre  nourricière.
- Pêche  et   Conserve.
- Le problème de l'emballage.
- Industries diverses.

- Le Maroc construit.
- La Fonderie.
- Industries Chimiques.
- Les grandes Compagnies  pétrolières.

- Hydraulique -- Electricité.

- L'activité des mines marocaines.
- L'effort   de   modernisation   de   l'Office   Chérifien des Phosphates.

- Le commerce extérieur.
- Le Maroc présent sur les marchés étrangers : le Comptoir Suisse de Lausanne,



PUBLICITE - EDITION - FONTANA - MAROC
47,       rue      de      Provins CASABLANCA     (Maroc)
Tél.  :  411-46 — C.C.P. Rabat 39258


LIMINAIRE

Le   but   essentiel   de  ce   troisième   numéro   de « Réalités Marocaines » est de donner à nos lecteurs, un reflet de l'activité économique de ce pays, au cours de l'année écoulée.
Certaines généralités, mises en valeur dans nos éditions précédentes, ont été évoquées rapidement et nous nous sommes attachés, par contre, à mettre l'accent sur des points particuliers, des réalisations concrètes, voire des tentatives, parfois audacieuses.
Par ces études, le lecteur pourra apprécier de façon positive, la situation actuelle de l'économie marocaine, ses problèmes, son dynamisme. Il comprendra combien il est juste de dire que l'évolution du Maroc est l'une des plus rapides que le monde connaisse.
Cette évolution pose de graves problèmes sociaux et humains. Des solutions y ont été apportées, d'autres sont en projet, nous avons tenu à les évoquer.
Pour ouvrir cet immense chantier, la France a importé du matériel, amené des techniciens. Mais là ne s'est pas borné son idéal. Elle a fait venir aussi ses maîtres d'écoles, ses médecins, ses urbanistes, ses sociologues. Grâce à la présence et à l'action patiente des uns et des autres, elle a tiré ce pays de sa somnolence et de son anarchie médiévales.
A l'heure où son œuvre est mise en doute par certains, elle a le droit d'avoir bonne conscience.
Que l'ouvrage ne soit pas achevé, elle le sait mieux que quiconque — mais qui peut prétendre sincèrement faire mieux en moins de temps ?... Mieux que quiconque elle sait ce qui reste à faire.
Les pages qui vont suivre, montrent la tâche déjà accomplie ; celle-ci est un gage de sa réussite finale.




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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:22

Page 1




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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:23

page 2




- CI-DESSUS  : le Général d'Armée GUILLAUME, Commissaire Résident Général  de  la  République  Française  au  Maroc.
- CI-CONTRE : le 3 octobre 1951, le croiseur « Gloire » a fait son entrée dans le  port  de  Casablanca.  Le  nouveau Résident  Général s'apprête à descendre à terre.
- CI-DESSOUS : sa Majesté SIDI MOHAMMED BEN YOUSSEF, Sultan  du Maroc, est venue à Casablanca accueillir le Résident  Général.

LE GENERAL GUILLAUME
Résident  général  de la République au Maroc.
Le Général Juin ayant été appelé aux hautes fonctions de Commandant en chef des Forces Terrestres en Europe, c'est le Général d'Armée Guillaume qui a été chargé de lui succéder à la Résidence Générale de la République Française au Maroc.
Le Général Guillaume est certainement l'un de ceux qui, à l'heure actuelle, connaissent le mieux ce pays, puisqu'il en possède à fond la langue, et qu'il y a passé de nombreuses années, au cours de sa carrière d'officier des A.I.
C'est pourquoi tous ceux qui se passionnent sincèrement pour ce pays et son avenir, se félicitent de cette nomination, et sauront de toute leur bonne volonté seconder ce chef dans sa lourde tâche.

C'est en 1920 que le capitaine Guillaume prenait pour la première fois contact avec le Maroc. Tout de suite, il se passionne pour son métier d'Officier des Affaires Indigènes, et, après s'être distingué au cours de la pacification, il devient bientôt un grand spécialiste de la question berbère.
Avec seulement quelques brèves interruptions, sa carrière, jusqu'en 1943, se déroulera au Maroc, où il occupera notamment les fonctions de chef d'Etat-Major du Groupe Mobile, de commandant du Cercle d'Azilal, et enfin de Directeur des Affaires Politiques.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:25

page 3
- CI-DESSUS  :  le Colonel GUILLAUME en tournée dans le Bled.
- LA CAMPAGNE D'ITALIE : Après l'entrée à Sienne des troupes du Corps Expéditionnaire Français, une messe solennelle a lieu
dans la cathédrale. On reconnaît, de gauche à droite, les généraux de Larminat, de  Monsahert,  Guillaume  et  Duval.
- CI-DESSUS, à Büchelberg, sur la ligne Siegfried, le 24 mars 1945, le général de Lattre de Tassigny, chef de la 1ère Armée Française, ayant à ses côtés le général de Monsabert, commandant le Semi-Corps d'Armée, et le général Guillaume, commandant la 3e D.I.A.
- CI-DESSOUS : le général Guillaume, dès son arrivée au Maroc, a effectué une vaste tournée à travers tout le pays. A Marrakech on le voit serrant la main des petits écoliers ; à ses côtés, S. E. Si Thami El Glaoui, Pacha de la ville. — A Fès, il s'entretient avec des notables. — A Zellidja, il visite les mines de plomb, sous la conduite de M. Jacques Walter, que l'on aperçoit à sa gauche.
(Photo-reportage Belin)

Promu Général de Brigade le 2 juin 1943, il prend le commandement des Tabors Marocains qui se couvriront de gloire en Corse puis en Italie.
Le 1" septembre 1944, le Général Guillaume se voit confier le commandement de la 3e D.I.A. qu'il mènera au combat dans les Vosges, en Alsace, puis en Allemagne, jusqu'à Stuttgart.
En octobre 1947, le Général de Lattre de Tassigny, Inspecteur Général de l'Armée, l'appelle auprès de lui comme
adjoint.
En mars 1948, il succède au Général Sevez dans le Commandement Supérieur des T.O.A. Il est lui-même nommé Général Commandant en Chef' en Allemagne au moment de la réorganisation des zones alliées et succède ainsi au Général Kœnig.
Enfin, nommé Résident Général de la République Française au Maroc, il rejoint son poste le 3 octobre 1951.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:26

page 4


L'équipement du Maroc et son financement.
par E. LAMY Directeur   des   Finances du Protectorat de  la  République Française  au   Maroc.

Il paraît superflu de souligner l'influence des dépenses d'investissement réalisées au Maroc sur l'évolution économique, financière et sociale du pays. C'est grâce à l'effort fait dans ce domaine depuis quarante ans que s'est accomplie une transformation impressionnante qui ne peut manquer de frapper tout observateur de bonne foi. C'est en fonction de l'ampleur et de l'orientation des programmes en cours que s'accroîtront les ressources du Maroc et que s'élèvera le niveau d'existence de sa population.
La question présente deux aspects essentiels : le financement des programmes et leur orientation. Mais, quel que soit le point de vue auquel on se place, c'est toujours un problème d'équilibre qui se pose pour le Gouvernement :
— équilibre  entre  l'équipement  public   et  l'équipement privé,
— équilibre entre le revenu national, la productivité du pays et ses facultés contributives et le montant des investissements,
—   équilibre entre les investissements économiques et les investissements sociaux,
— équilibre   entre   l'équipement   de   base   à   rentabilité généralement éloignée, et ce qu'on appelle le « petit équipement » directement productif.

Investissements publics et investissements privés

Dans tous les pays qui ont à faire face à des tâches urgentes de restauration ou de modernisation de leur économie, on constate que l'importance exceptionnelle de l'effort d'investissement nécessaire excède les possibilités de l'épargne privée et met à la charge de l'Etat une grande partie du financement. Cette constatation générale est particulièrement valable pour le Maroc, bien que ce pays ait pu bénéficier, en particulier depuis la dernière guerre, d'un apport très important de capitaux privés français. Les moyens d'investigation dont nous disposons actuellement ne permettent pas de chiffrer, même approximativement, le montant des investissements de l'Etat et des collectivités publiques.
L'Etat chérifien a dû en effet créer de toutes pièces l'équipement indispensable au développement ultérieur de l'économie et il doit faire face à l'équipement culturel et social dont le secteur privé ne saurait prendre la charge.
Mais, du fait même de leur importance, les investissements publics posent des problèmes particuliers, en raison de la double pression qu'ils exercent sur les dépenses ordinaires de l'Etat et sur la monnaie.
D'une part la charge que représente l'entretien et le fonctionnement des ouvrages publics, des installations de toute nature et plus spécialement des établissements scolaires et hospitaliers, s'alourdit rapidement.
D'autre part, dans la mesure où le financement est assuré par l'emprunt, le poids de la dette s'accroît d'année en année. C'est ainsi que le service de la dette amortissable est passé de 1.250 millions en 1949 à 3.775 millions au projet de budget de 1952.
Par ailleurs, les investissements publics, dans la mesure où ils n'entraînent pas l'accroissement simultané de la production et où ils sont financés sans ponction sur la masse monétaire, comportent un risque d'inflation.
La politique du Gouvernement tend donc à rechercher un nouvel équilibre dans la répartition des dépenses entre l'Etat et le secteur privé et à favoriser dans la mesure du possible l'investissement des capitaux privés, qu'ils proviennent de l'épargne locale ou de l'extérieur. A cet égard on ne peut négliger l'intérêt que présente pour le développement du Maroc le maintien d'une fiscalité modérée.

Financement des investissements publics

Le volume des programmes d'équipement public est naturellement fonction des moyens de financement. Ceux-ci appartiennent aux deux grandes catégories traditionnelles, l'impôt et l'emprunt. L'appel à ces moyens doit répondre à des considérations divergentes :
— d'une part le souci de ne pas faire subir au pays une charge supérieur à ses facultés contributives : vouloir équiper le Maroc à un rythme accéléré grâce à des prélèvements massifs sur les revenus annuels, conduirait à réduire pour une longue période le niveau de vie général de la population, ce qui est à l'opposé du but recherché.
— d'autre part la nécessité d'adapter le moyen de financement à la dépense : demander à l'emprunt la couverture de dépenses qui ne sont pas financièrement et économiquement rentables conduirait à hypothéquer dangereusement l'avenir, puisque le moyen d'assurer l'amortissement des sommes empruntées ne pourrait être trouvé dans l'accroissement de la productivité du pays.
Il est difficile pour le Maroc de trouver à cet égard un juste point d'équilibre, étant donné la disproportion entre ses besoins et ses capacités de financement propres. Aussi bien la politique suivie est-elle plus commandée par les faits que ...


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:28

page 5

... par des considérations théoriques. Pour le moment le pays voit s'offrir à lui, grâce à l'aide généreuse de la France, des possibilités d'emprunt assez abondantes. Les avances du Fonds français de Modernisation et d'Equipement permettent d'assurer, à des conditions particulièrement avantageuses, le financement de la moitié environ des dépenses d'équipement public. Les collectivités locales trouvent également des ressources importantes auprès des grands établissements français spécialisés : Crédit Foncier de France et Caisse des dépôts et consignations.
Le Gouvernement se préoccupe, par ailleurs, de faire appel au marché financier étranger ; mais certaines conditions mises jusqu'à présent à l'octroi des prêts n'ont pas encore permis d'obtenir de ce côté des résultats très appréciables.
Par contre, l'aide américaine pour le développement des territoires d'outre-mer, accordée pour la première fois au Maroc en 1951, contribue au financement de divers projets d'intérêt public sous la seule condition d'un apport équivalent de ressources locales.
Enfin, depuis 1948, le Gouvernement fait appel à l'épargne su Maroc sous la forme d'émissions de bons d'équipement à échéance de 2 à 4 ans.
Actuellement l'Etat et les collectivités publiques financent donc par l'emprunt la plus grosse partie de leurs investissements.
Mais on peut craindre que cette situation ne se renverse, peut-être à bref délai. Rien ne permet d'affirmer en effet, étant donné l'aggravation des charges militaires de la France, que les dotations du F. M. E. pourront être maintenues au même niveau, en valeur réelle, au cours des années qui viennent.
La disparition prochaine du plan Marshall laisse également peser une grande incertitude sur l'avenir de l'aide américaine, quelles qu'en soient les modalités.
Enfin, les perspectives actuelles du marché financier français ne permettent pas d'espérer que le Maroc puisse y trouver des ressources importantes avant longtemps.
L'hypothèse dans laquelle le Maroc se trouverait amené à financer des investissements pour la plus grande part sur ses ressources propres ne peut donc être exclue. Elle rend d'autant plus nécessaire la limitation des dépenses de fonctionnement de l'Etat à l'indispensable, et le maintien d'un équilibre réel dans l'exploitation des services publics.

Orientation des programmes


Les problèmes que pose l'orientation des programmes dans un pays jeune comme le Maroc sont évidemment très différents de ceux que soulève par exemple la modernisation de l'équipement français.
Ici les questions s'ordonnent autour de quelques faits dominants :
— d'une part la croissance démographique exceptionnellement forte et qui s'accélère d'année en année,
— d'autre part le retard qui existe par rapport aux pays possédant déjà tout l'essentiel de leur équipement économique et social,
— enfin, la balance commerciale largement déficitaire et le caractère forcément assez instable d'une économie en plein développement.
Une évolution très nette dans la nature des investissements réalisés se manifeste en fonction de ces données.
En premier lieu, le Gouvernement a dû s'attacher à la création de l'équipement de base indispensable à toute mise en valeur et à tout progrès social. Jusqu'à la deuxième guerre mondiale, ces travaux ont absorbé les trois quarts des ressources consacrées aux investissements. Les réalisations sont considérables, mais beaucoup reste encore à faire en raison même de la rapidité de l'essor économique du Maroc.
Cependant la nécessité d'accroître les facultés contributives du pays par des investissements directement productifs, et d'assurer la subsistance d'une population croissante, ont entraîné un changement d'orientation très net au cours des dernières années. Les dépenses tendant à l'extension des surfaces cultivées et à l'augmentation des rendements de l'agriculture ont pris une place de plus en plus large dans les programmes : l'évolution des crédits affectés à l'hydraulique agricole, à la défense et restauration des sols, à la modernisation des méthodes de production du fellah en est le témoignage. En contrepartie les travaux de grande hydraulique dont la rentabilité est plus éloignée ont dû être limités à la poursuite des ouvrages en cours.
D'autre part, les investissements ont été orientés en vue de l'amélioration de la balance commerciale. C'est l'un des principaux objectifs du programme d'équipement 1949-1952. Les investissements prévus doivent avoir pour effet, à la fois d'augmenter le volume et la valeur des exportations, et de réduire la valeur des importations grâce au développement de la production des biens de consommation, à la création et à la modernisation des industries de transformation, à l'exploitation plus poussée des richesses minières. L'effort accompli pour développer l'utilisation sur place des produits du sol et du sous-sol répond en outre à la volonté d'assurer du travail à une main-d'œuvre excédentaire et d'éviter à l'économie marocaine la vulnérabilité d'une économie purement agricole.
Enfin, l'essor économique du pays a permis au Gouvernement d'accélérer considérablement l'œuvre de progrès social entreprise depuis le début du Protectorat.
La part faite à l'enseignement, à la Santé Publique et à l'habitat marocain s'accroît d'année en année. Le pays se couvre d'écoles au rythme d'une classe nouvelle par jour, le nombre des lits de malades, qui était de 4.900 en 1939, se trouve porté à 6.745 en 1949. Un immense effort a été entrepris pour améliorer, assainir, puis faire disparaître les bidonvilles, — plaie de tous les pays en voie d'industrialisation — qui enlaidissent les banlieues des grandes villes marocaines.
Le budget, dit-on, est l'acte politique par excellence. Les considérations qui précèdent montrent combien cette formule est exacte si on l'applique au budget d'équipement. C'est la politique des investissements qui conditionne en grande partie l'avenir du pays.
Le Maroc, avec l'aide de la France, peut avoir foi en cet avenir.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:29

page 6


Les nouveaux courants de pensée du Maroc moderne

Par Charles PENZ.
Docteur es Lettres, Maître de Conférences à l'Institut des Hautes Etudes Marocaines.

Faire l'étude économique  d'un pays neuf, retracer  son histoire, montrer son évolution, mesurer l'ampleur des résultats  obtenus  en peu  de temps,  sont des  lâches passionnantes et relativement faciles. Les statistiques, les graphiques et les photographies résument clairement les vérités qu'on a découvertes et qu'on expose, sans discussion possible, sans hésitation.
Il n'en va pas de même quand on s'intéresse à un autre aspect du problème marocain. Ce pays aussi grand que la France, ce pays en pleine transformation matérielle, que pense-t-il ? Quelles sont les attitudes mentales, les craintes, les espoirs ou les indifférences des hommes qui l'habitent, qui participent ou qui assistent à cette transformation ?
Dès qu'on a posé ces questions, on comprend qu'il est nécessaire et difficile d'y répondre. Beaucoup de Français vivent et travaillent au Maroc comme s'ils travaillaient et vivaient à Carcassonne ou à Lunéville. Mais les problèmes ne disparaissent pas pour la seule raison qu'on les ignore et qu'on les oublie. Tôt ou tard, il faudra les résoudre. Mieux vaut donc les regarder en face et essayer de dégager les principaux courants de pensée du Maroc moderne.
Il n'est pas facile de rassembler les données du problème moral ou mental que pose l'actuelle   évolution   de   l'Empire   Chérifien. Les enquêtes et les questionnaires que Gallup  a  mises à la  mode dans certains pays ne sont pas encore utilisés au Maroc. D'autre  part, la  séparation  des  villes  nouvelles et   des   médinas  permet  aux   deux  groupes de citadins de s'ignorer mutuellement.. Combien de Français ne connaissent  les Marocains que sous les traits d'Ahmed le chaouch et de Zohra la femme de ménage ! Combien de Marocains ne connaissent les Français que sous les traits de l'agent de police ou du facteur !
Lorsque les relations prennent une forme plus amicale, au cours d'une diffa, les préjugés réciproques ne disparaissent pas pour autant. Au contraire ; le Français, surtout s'il arrive de la métropole, se croit transporté au pays des Mille et Une Nuits. Le décor gastronomique et pittoresque où il se trouve lui cache l'autre Maroc, Quant à l'hôte marocain, il n'a prononcé que des paroles courtoises et banales. Son opinion sur les Français (que nous ne connaissons pas) n'a pu être modifiée parce que quelques invités ont mangé ses tajines et siroté son thé. II faut toute l'expérience, la sagacité et les connaissances linguistiques d'un homme comme le « tajer Paulo » (un type de Français tiré à trop peu d'exemplaires) pour donner un autre tour et un autre sens aux repas franco-marocains.

Celui qui veut connaître la pensée des Marocains de 1951 doit se contenter d'enregistrer quelques faits, et aussi d'effectuer quelques distinguos. Le passage suivant que j'emprunte au dernier ouvrage de François Bonjean éclairera ma pensée mieux que ne le ferait un long discours. Son livre « Au Maroc en roulotte » (1) se termine par un tableau qui pourrait s'intituler « Le gardien du garage ».
« ...Celui-ci, accroupi dans le coin le plus obscur sur un bout de natte, est en grande discussion avec son fils. C'est un vieil enfant du Tafilalet. Il a connu le temps où les « seigneurs » genre Bel Kacem tyrannisaient les paisibles ksour de Haratines et de Juifs. La douceur actuelle de sa vie lui arrache encore des douzaines de « Dieu soit loué » par jour. A ses yeux, les Français ont été chargés par Dieu d'opérer la délivrance des anciens serfs. Tel n'est déjà plus l'avis de son négrillon de fils, garçon de quatorze à quinze ans, si j'en juge par les bribes du début qui me parviennent. Le Maroc est entré dans la même phase que l'Egypte d'il y a trente ans. Accusant les pères, naguère écoutés comme autant d'oracles, de s'être trompés, d'avoir mené le pays à sa ruine, on voit garçonnets et fillettes, dûment catéchisés et enrégimentés, prétendre donner le ton au foyer, à la villa, pousser à la roue de la « libération », refuser de se plier aux règles de vie traditionnelle. Le mot « ouatani » (patriote) revient à tout moment sur les lèvres du négrillon, accompagné du mot français « comité ». Les « patriotes » font ceci, ne font pas cela. Le Comité a ordonné que. .. Chez les « patriotes » il n'y a plus de rivalités entre gens des oasis et montagnards, entre fellahs et bergers ; le fils du caïd est l'ami du fils du fermier, du journalier. Même si son père est un Haratine, un « patriote » peut espérer obtenir une place d'ambassadeur ou de consul dans le Maroc de demain...»
François  Bonjean,  qui connaît  son  Orient   et   son   Islam mieux que personne, ajouta :
« La formation de ce mouvement rappelle, à plus d'un égard celle des grandes sectes, donatisme, kharéjisme, plus récemment oua-habisme. De tout temps ces propagandes ont flatté  l'instinct  pédagogique et  égalitaire  si vif en Orient. Le père du fougueux patriote n'en   donne   pas   moins   des   signes   d'impatience. Il en a assez d'être endoctriné par celui auquel il pense avoir tout à apprendre et qui fait fi de l'héritage.
— Patriote, patriote ! grommela-t-il. Ecoute, mon fils. Tu me  reproches  de ne  savoir  ni  lire  ni écrire.  Tu  écoutes  les « gens du journal ». Tu discutes tout, tu nies tout ce qui ne te  plaît pas. Même  si  ce  que tu prétends  être une  chèvre a un bec et des ailes, tu continuas à soutenir que c'est une chèvre. Ne l'imagine pas que je sois embarrassé pour te répondre. Ma réponse, c'est ton grand-père qui l'a gravée dans mon foie et au-dessus de mes yeux. Elle explique tout, elle guérit tout ».
D'une voix solennelle, il psalmodie, un doigt levé vers le ciel, d'accord, sans le savoir, avec la plus haute spéculation orientale :
— Il n'est de puissance, de vérité, de réalité qu'en Dieu. Rien que Dieu, rien que Dieu ! Et tout ce qui n'est pas Dieu est mensonge ! »
François Bonjean conclut :
« Entre un passéisme et un futurisme également naïfs, le jeune Maroc est à la recherche de sa voie, recherche qui est également celle de notre vieux monde en gésine. Pour le Maroc aussi bien que pour la planète, s'il est un passé mort et un passé vivant, il est un avenir mort et un avenir vivant. L'avenir vivant du monde enfonce ses racines dans ses passés vivants ».

Si j'osais ajouter au mot de l'interprète, je dirais qu'il y a aussi un présent vivant, singulièrement angoissant et douloureux ...

(1)    Un vol. 320 pages, Hachette éditeur.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:30

page 7

...  pour certains jeunes Marocains. Deux témoignages m'ont été apportés récemment par des Français qui s'intéressent, de par leurs fonctions, à la jeunesse de ce pays, et qui n'ignorent aucun de ses éléments. L'un d'eux qui est un homme d'Eglise, m'a dit que beaucoup de jeunes Marocains — Musulmans et Israélites — sont tourmentés par le problème religieux. En quoi ils ressemblent aux jeunes chrétiens que j'ai connus et dont j'ai fait partie quand j'avais leur âge. Il n'y a peut-être là rien d'exceptionnel, rien d'actuel. Sauf le fait que jamais jusqu'à présent, à ma connaissance, cette angoissa métaphysique de l'adolescence marocaine n'a été signalée. Et je crois que mon informateur dit la vérité lorsqu'il ajoute que de nombreuses conversions seraient possibles pour peu qu'il s'y prêtât.
Un autre fait, qui est, celui-là, fils du demi-siècle, est ce que le professeur Jean-Louis Miège appelle le « métissage intellectuel ». Pendant la journée, les jeunes musulmans vivent au lycée, de plus en plus nombreux. Ils étudient, ils écoutent ou ils baillent, exactement comme de jeunes Français. Les stances du Cid, la Question d'Orient, la statue de Condillac, le Roman de la Rose, on ne leur fait grâce de rien. On les considère, sans doute avec raison, comme de jeunes êtres capables de recevoir la même formation universitaire, à base de rationalisme et d'humanisme chrétien, que leurs condisciples « européens ». Puis les portes du lycée s'ouvrent, les jeunes musulmans reprennent le chemin de la médina. Rentrés chez eux, ils se retrouvent en face des concepts et des rites de la société islamique. Quel dépaysement, quelle difficile réadaptation ! Et les jours succèdent aux jours. Ballottés, tiraillés entre deux vérités, entre deux systèmes de vie et de pensée également organisés, rigoureux et séduisants, quelle peut être la vie de ces métis intellectuels, et faut-il s'étonner du suicide récent d'un lycéen musulman de Casablanca ?

Les étudiants marocains qui sont inscrits dans les Facultés ou les grandes écoles de la métropole ne sont pas toujours dans un climat favorable. En principe, ils se trouvent placés dans d'excellentes conditions pour poursuivre leurs études el acquérir la double culture franco-marocaine. En fait, ils vivent le plus souvent les uns près des autres, avec d'autres étudiants musulmans, tunisiens, égyptiens ou pakistanais. La France qui pourrait leur faire tant de bien — je l'écris comme je le pense — ils ne la voient que sous ses aspects las moins flatteurs ou les moins représentatifs : le conducteur de taxi, le buraliste, la fille de la rue, le garçon d'hôtel. S'ils étaient reçus dans des familles françaises, s'ils pouvaient passer leur week-ends dans un « home » qui leur montrerat la France amicale et cultivée, s'ils participaient à des visites de châteaux et de musées, les choses — et les idées — iraient tout autrement Il y a deux ans une initiative de ce genre a été prise à Paris. Des érudits qui aiment le Maroc voulaient montrer Versailles à des étudiants marocains, en dehors de toute propagande ou intention politique. Il a suffi d'un moi d'ordre de l'Istiqlal pour qu'aucun jeune musulman ne réponde à cette invitation désintéressée. Mais il n'y a pas que des ombres au tableau : l'œuvre créée par le Centre de Formation internationale a justement pour but de placer dans un climat français les étudiants marocains qui travaillent en France ; d'autre part quelques-uns des animateurs de l'Office du Maroc font aussi de la bonne besogne, qui n'est pas assez connue.
Les jeunes Marocains qui fréquentent à Casablanca, à Meknès et ailleurs, les écoles professionnelles sont peut-être moins inquiets, parce que moins intellectualisés. Il est certain que le développement de l'enseignement technique rendra au Maroc un immense service, tant au point de vue matériel que moral.

Quant aux gens du bled, des vallées ou des montagnes, il est très difficile de savoir ce qu'ils pensent. Rares sont les auteurs qui s'intéressent à eux. Les distances au Maroc sont grandes, et la paresse d'esprit aussi. Il est facile, au bout de quelque temps, de croire que le pays et ses habitants se trouveni suffisamment représentés par le boulevard de la Gare ou par l'avenue Dar el Maghzen. Le dernier livre de Jean Orieux montre pourtant le contraire. Lorsqu'on visite avec lui les « Kasbahs en plein ciel » (1), on comprend qu'il y a des Marocains vivants et même pensants, ailleurs que dans les villes. En attendant d'aller, comme ce romancier, camper dans les hautes vallées des Seksaoua, écoutons son témoignage, qui vaut à la fois pour le pays berbère et pour les hommes qui l'administrent :
« . . .Nous parlons autour des méchouis et des thés, du sujet qui nous tient à cœur, du Maroc, de son avenir, du rôle de la France dans cet avenir. Dommage que ces conversations, tenues librement, ne soient pas connues. Tous ces administrateurs français, jeunes, ont de leur métier, de leur mission, une idée si humaine, si juste et si désintéressée, qu'il fait bon être Français parmi ces Français de bonne qualité. En toute loyauté, je me demande entre quelles mains la sort de ce pays pourrait être mieux placé. Qui saurait mieux l'aimer et le respecter ? Oui, l'aimer pour lui-même, le conduire avec plus de compréhension et de fraternité dans les voies de son avenir ? Car il faut l'aider à trouver sa voie avec toute la hardiesse que peuvent souhaiter les « progressistes », et avec toute la souplesse de notre vieille expérience politique, avec notre bienveillant et large humanisme. Nous sommes assez clairvoyants, en France, envers nos défauts, pour avoir le droit de l'être parfois envers nos qualités. Par surcroît, ces grandes tâches peuvent encore s'accomplir pour le profit du Maroc et de la France dans une atmosphère détendue et heureuse. Il me semble que tous les espoirs sont encore permis. Autour de nous chantent et dansent ces tribus rieuses et libres. Quel témoignage, et quel meilleur gage de confiance pour l'avenir ? Vraiment notre présence n'a abâtardi, n'a aigri et n'a appauvri personne par ici. Le contraire serait bien plus facile à montrer. Les mauvais sentiments à notre égard ne se trouvent pas dans ces tribus. On les trouve dans les villes, où leur semence vient aussi d'ailleurs. On l'y jette par dessus les frontières. L'immense majorité de ce peuple n'est pas défavorable à la France.
— Mais peu importe, me dit B. . . Les choses sont ainsi faites qu'une masse qui nous est attachée a, politiquement, moins d'importance qu'un bourgeois des villes faisant de l'éloquence centre nous et cultivant héréditairement l'intrigue internationale. Il suffit d'une échauffourée de cent boutiquiers, pour qu'aux yeux d'une certaine opinion, nous passions pour « tenir ce peuple dans l'esclavage » et soyons des « occupants ».
« Hélas ! on ne peut que s'étonner. Mais la technique des « révolutions spontanées » a fini par ouvrir les yeux. « Les masses se sont soulevées, etc... » cela ne peu! tromper aujourd'hui. Nous savons que des soulèvements et des révolutions peuvent être imposés à des peuples passifs par une poignée de techniciens de l'émeute, au profit de maîtres cachés. Comment faire pour éviter à ce pays cette aventure ? Il est certain que nous sommes à la veille de réformes ei de changements dans ce pays. C'est à nous que revient la lourde fâche de les diriger. Notre devoir est de l'endosser. Le Maroc doit évoluer, qu'il évolue avec nous, qu'il évolue grâce à nous. Il évoluera fatalement, car il n'est pas concevable que ce pittoresque moyen-âge se perpétue... Aller contre l'Histoire, c'est perdre à coup sûr. Nous avons une chance heureuse à courir : construire l'inévitable. Entrons dans la vie moderne avec les Marocains, la main dans la main...»

Construire l'inévitable, je connais cette formule, que Jean Orieux a reprise justement. Je l'ai entendue il y a quatre ans ...

(1) Un vol. 184 pages, Flammarion éditeur.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:31

page 8
- LE MAROC D'AUJOURD'HUI : Une route à grande circulation franchit l'Oum-er-Rebia en une courbe gracieuse; sur le tablier du pont, un pylône électrique profile son ombre. Non loin, la vieille cité sertie de murailles, rêve au bord de l'eau.

... dans la bouche d'un des fondateurs du Groupe de Recherches Sociologiques. Le grand fait du Maroc moderne est que des Français œuvrent dans ce pays à côté des Marocains, et que les uns ne peuvent rien sans les autres. Le problème franco-marocain existe, car la vie est génératrice de problèmes. Mais il faut repousser les deux solutions extrêmes qui toutes deux nient un des termes du problème : les colonialistes nient les Marocains, et les nationalistes xénophobes nient la France et son œuvre. Le dialogue raisonnable qui devrait s'instituer est le suivant. Au Marocain qui dit :
— Vous avez fait quelque chose dans ce pays.
Le Français répondra :
— Nous n'avons pas encore assez fait. Aidez-nous à poursuivre notre œuvre, pour le Maroc et pour la France ».
Le jour où tous les Français, et les jeunes, pour commencer, auront compris la nécessité de ce dialogue, il y aura quelque chose de changé sous le soleil du Moghreb, et tous, Français et Marocains, nous pourrons regarder avec confiance le présent, l'avenir et leurs problèmes.
Charles  PENZ.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:32

page 9
- Ci-contre,   une   partie   de  la   médina   de   Port-Lyautey.   De   gros engins s'emploient à la finition d'une rue.
- Ci-dessous, la nouvelle médina  de Fédala, pour laquelle on a eu recours à l'emploi généralisé de la fusée céramique.
- Ci-dessus,  à  Casablanca,  le  hammam  de  la  cité  marocaine   d'Aïn-Chock.
- Ci-contre,   une   initiative  privée.   La  nouvelle  cité  marocaine  des mines  de Zellidja ;  une vue  de  la kissaria. (Photo-reportage   BELIN.)



Les cités marocaines se multiplient


L'ESSOR INDUSTRIEL DE CE PAYS, EN ATTIRANT VERS LES VILLES LES POPULATIONS RURALES, A POSE AU GOUVERNEMENT ET AUX INDUSTRIELS UN PROBLÈME IMPORTANT QU'ILS S'APPLIQUENT A RÉSOUDRE

Les afflux de population, particulièrement intenses à Casablanca, mais qui se manifestent aussi dans la plupart des agglomérations, ont fait éclore en bien des cas les abominables bidonvilles.
Un double effort, gouvernemental et privé, se poursuit pour résoudre cette crise. D'importants travaux, et des investissement considérables seront nécessaires pour la juguler.
Mais dès maintenant on peut déjà citer, dans toutes les villes du Maroc, de nombreuses et remarquables réalisations.
Des Sociétés privées se sont également préoccupées de loger leur personnel, et certaines de leurs cités sont des modèles du genre. Mentionnons par exemple les réalisations de l'O.C.P., des mimes de Zellidja, des Charbonnages Nord-Africains, de la Compagnie Sucrière, etc...


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:33

page 10
- Jusque  dans  les  bleds  les  plus  reculés,  se   créent   des   écoles   franco-musulmanes.   Ainsi  celle   de    Bou-Isakarn,  que représente notre cliché.
- Ci-contre, une classe d'arabe   au  Collège Moulay Idrïss,   de   Fès


Pour Préparer, l'avenir : Ouvrir   des   écoles


DEPUIS 1945 un plan de réforme de l'Instruction    Publique   a   été  mis en œuvre.  L'année  1950  a  permis d'en   dresser   le   bilan.   Nous   aimerions, dans la place restreinte qui nous est impartie, donner à nos lecteurs une idée de l'effort accompli et des résultats obtenus.
Quelques chiffres d'abord, pour fixer les idées. L'extension de la scolarisation des Marocains musulmans a dépassé les prévisions. De 32.900 élèves fréquentant les écoles franco-musulmanes en novembre 1944, on est passé au chiffre de 116.188 élèves au 16 octobre 1950, soit 83.288 élèves nouveaux.
Le nombre des élèves des écoles fran-co-israélites et des écoles de l'Alliance Israélite Universelle passait de novembre 1944 à octobre 1950 de 16.162 à 26.764, soit 10.602 élèves scolarisés de plus.
Enfin si, dans les établissements publics de divers ordres d'enseignement au Maroc, il y avait en novembre 1944 un ...


The public educational service
THE number of pupils attending Franco-Moslem schools in  novsmbes   1944  was  32.900.  This  figure passed  to 116.188 on octcber 1950, showing the presence of 83.288 addiiiormal pupils.
The figures for pupil attendance in Franco-israelile schools and those o* the Alliance Israelite Universelle passed from 16,162 in november 1944 to 26.764 in October 1950,
Finally, in november 1944, the iolal number of pupils in the different sorls of leaching establishments reached 95.721, but in oclober 1950, 205.805 pupils could be counled.
Thus ihe gross totals have more than doubled, and Ihe number of Moroccan pupils has almost increased fourfold.
To me'3l the needs of such numbers classrooms, schools, houses and work-shops have had lo be built. A total of 2.288 classrooms, 1.225 houses, 102 workshops, 48 boarding schools represent an outlay of 8 milliard francs.
A condition essential for the development of a country on modern lines, is ihe placing of a rational system of training at the disposal of as many children as possible. This system should include a general educational foundation and professional training.
Town and rural schools prepare pupils as far as the « bre-vel elemenlaire » (or firsl grade certificate), ihe « brevet d'eiudes primaires superieures » (higher grade elementary certificate), ihe « brevei d'etudes complementaires musulmanes » (Moslem complementary certificate), Ihe « ceriificat d'eiudes primaires musulmanes » (Moslem elementary certificate).
Next come ihe secondary schools, six in number, for Moslem boys, and two colleges for Moslem girls, in Rabat and in Fes.
In addition, young Moroccans have access lo French secondary schools in ihe same conditions as their European friends and follow advanced literary, scientific, legal or Arab studies in the lycees of Rabal and Casablanca, ihe « Institut des Hauies Etudes Marocaines » and ihe « Centre d'Eiudes Superieures Scienlifiques ».


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:35

page 11
- Ci-dessus, l'intérieur d'une « m'sid » ou école primitive arabe; armé d'une baguette, le fquih apprend à lire aux enfants assis sur des nattes.
- Ci-contre, travaux pratiques de chimie au  Collège Moulay   Youssef   de   Rabat.
- Une  classe  de  l'école  franco-musulmane  de Bou-Izakarn.

... total de 95.721 élèves, on en comptait, en octobre 1950, 205.805. Ainsi les chiffres globaux ont plus que doublé et le nombre des élèves marocains a presque quadruplé durant cette période.
Pour parvenir à ce résultat, il a fallu construire des classes, des écoles, des logements, des ateliers. Au total : 2.288 classes, 1.225 logements, 102 ateliers, 48 internats, représentant huit milliards de francs.
Cet effort matériel serait vain si un même effort n'avait pas été accompli dans le domaine des méthodes et des programmes d'enseignement. Les milieux influents marocains souhaitent que les jeunes enfants de ce pays soient instruits en langue arabe. Ce voeu, malgré les difficultés qu'il représente, est parfaitement légitime, et M. R. Thabault, Directeur de l'Instruction Publique au Maroc l'a fait sien. Le principe étant admis, il s'agit de le mettre en application, et pour cela il faut créer des Ecoles Normales régionales afin de recruter le personnel enseignant nécessaire, celui-ci faisant gravement défaut. On a augmenté d'abord la section des élèves-mouderrès (les mouderrès étant les professeurs d'arabe des écoles primaires) du Collège de Rabat et on a créé une section d'élèves-mouderrès au Collège Sidi Mohammed de Marrakech, et à l'Ecole Normale d'Oujda, ouverte cette année.
Parallèlement on s'est efforcé d'amener les élèves français de l'enseignement secondaire à mieux connaître le pays où ils vivent, et à favoriser des possibilités de contact, et si possible d'amitié, entre eux et les jeunes Marocains issus des établissements scolaires où ils sont de plus en plus nombreux. Les programmes d'études ont donc été adaptés aux réalités marocaines.
A ce sujet, il est bon de signaler la semaine pédagogique consacrée en 1950 aux problèmes d'adaptation de l'enseignement au milieu, l'admission de l'arabe dialectal moghrébin comme seconde langue au baccalauréat, la réorganisation et l'extension de l'arabe dans les écoles françaises, et enfin, l'enseignement de la politesse française dans les écoles musulmanes et celui de la politesse musulmane dans les écoles françaises.
« La condition essentielle du développement moderne d'un pays étant l'accession d'un nombre aussi grand que possible de ses enfants à un enseignement rationnel » l'enseignement moderne doit dispenser une éducation de base et une qualification professionnelle. Pour assurer cet enseignement, destiné aux jeunes Marocains, il existe des écoles d'apprentissage, des écoles urbaines et des écoles rurales préparant au brevet élémentaire, au brevet d'études primaires supérieures, au brevet d'études complémentaires musulmanes et au certificat d'études primaires musulmanes, des établissements secondaires, au nombre de six, destinés aux garçons musulmans, et deux collèges de jeunes filles musulmanes (à Rabat et à Fès).
En outre les jeunes Marocains peuvent accéder aux établissements secondaires français dans les mêmes conditions que leurs camarades européens et pratiquer des études supérieures littéraires, scientifiques, juridiques ou arabes auprès des lycées de Rabat et de Casablanca, de l'Institut des Hautes Etudes Marocaines et du Centre d'Etudes Supérieures Scientifiques.

L'enseignement musulman. — Sept cent quatre-vingt-dix-huit écoles fréquentées par 116.188 élèves, tels sont les chiffres officiels relevés en octobre 1950. Les statistiques de l'Instruction Publique démontrent que près de 15.000 enfants sont scolarisés chaque année. Alors qu'en 1945 l'effectif des Marocains musulmans fréquentant les différentes écoles représentait 40,2 % de l'effectif total des élèves de ces écoles, en 1950 il atteint 55,6 % ce qui prouve une progression en valeur relative, phénomène important qui mérite d'être souligné.

L'enseignement Israélite. — Les Israélites disposent soit des écoles de l'Alliance Israélite Universelle, soit des écoles franco-israélites, créées sur le modèle des écoles franco-musulmanes. Des écoles franco-israélites existaient dans dix localités en 1945. Si aucune nouvelle école n'a été créée depuis, du moins le nombre des classes est-il passé de 58 à 70, et celui des élèves de 2.470 à 2.830. Quant à l'A.LU. qui avait 46 écoles en 1945, elle en compte aujourd'hui 67, ce qui démontre un bel effort accompli aussi bien dans les centres urbains que dans les bleds ayant des communautés Israélites. Les élèves des écoles de l'A.I.U. qui étaient 16.970 en 1945, atteignent en 1950 le chiffre de 23.400.

L'enseignement   primaire   européen.  — La population non marocaine s'étant considérablement accrue depuis 1945, les effectifs de l'enseignement primaire européen ont passé de 32.346 à 46.805. En cinq ans, les élèves ont donc augmenté de 44 %. Il fallut construire de nouvelles écoles, augmenter le nombre des classes. En cinq ans, 158 classes ont été créées. Chaque année on compte à Casablanca de 1.100 à 1.200 élèves de plus. Cet accroissement du nombre des élèves des écoles primaires pose un problème du personnel enseignant. Une véritable Ecole Normale a été créée à Rabat, ouverte aux seuls élèves bacheliers, et comportant des cours de culture professionnelle théorique et pratique, de culture marocaine et d'éducation physique, de travaux manuels, etc... Cette école sera prochainement dédoublée, une Ecole Normale d'Instituteurs devant être construite à Aïn-Sebaa, Rabat ne formant plus alors que des institutrices.
Nous ne pouvons malheureusement nous étendre davantage sur ce sujet. Une conclusion s'impose cependant : l'instruction publique au Maroc est en progression continue, en évolution permanente au rythme même du développement économique du pays. Il est le fruit d'un effort collectif entre Français et Marocains qui ainsi font un acte de foi dans les destinées du Maroc et préparent son avenir.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:36

page 12
- A l'Ecole Professionnelle musulmane de Rabat, un coin de l'atelier du fer.

L'enseignement secondaire, dit européen, est donné dans quatorze lycées ou collèges. Alors que ces établissements recevaient en 1945, 11.000 élèves, ils en ont accueilli 13.000 en 1950. Ils sont ouverts à tous, européens ou marocains, aux mêmes conditions d'âge et de scolarité. Alors que le nombre des élèves français de ces lycées et collèges s'est augmenté de 3 %, celui des élèves marocains a grandi de 50 %. Il atteint en 1950 plus du septième de l'effectif total. D'autre part, fait intéressant à signaler, si en 1947 1.508 élèves français choisissaient la langue arabe comme langue vivante à étudier, en 1950 il y en avait plus de 2.780.
Ajoutons que 53 % des candidats au baccalauréat ont été admis en 1950 et que 12.607 élèves ont fréquenté les lycées et collèges du Maroc au cours de la même année.

L'enseignement technique. — Les besoins croissants du pays en main-d'œuvre qualifiée font de l'enseignement technique une nécessité vitale. Il existe actuellement au Maroc 46 écoles professionnelles de garçons, dont 7 européennes, 7 collèges techniques ou sections de collège techniques préparant au brevet d'enseignement industriel en vue de la formation des cadres moyens et subalternes, enfin une Ecole Industrielle, celle de Casablanca, qui comporte une section chargée de former des techniciens dans les différentes spécialités : électricité, froid, fonderie, mécanique automobile, meunerie, travaux publics, etc... L'enseignement commercial est donné par les cours complémentaires commerciaux et les collèges techniques.
Quant à l'enseignement agricole il occupe une place importante dans toutes les écoles rurales, des sections de formation agricole fonctionnant dans les centres importants. Plusieurs collèges techniques ont des sections agricoles, et à Meknès a été créée une Ecole Marocaine d'Agriculture, placée sous le contrôle de la Direction de l'Agriculture.

L'enseignement supérieur. — Bien qu'il y ait à l'heure actuelle 3.200 étudiants marocains ou originaires du Maroc répartis en France ou sur l'ensemble du territoire marocain, il n'existe pas encore d'université marocaine. La raison en est simple : on a estimé fort sagement qu'un enseignement supérieur moderne ne pouvait être que le couronnement de l'œuvre d'éducation entreprise par le Protectorat français, enseignement qui devait d'abord s'adresser aux masses où l'on trouverait cette élite intellectuelle dont le pays aura besoin lorsqu'il sera suffisamment évolué dans le sens de la civilisation moderne. Cependant dès maintenant s'impose la nécessité d'organiser les études supérieures. Alors qu'en 1945, 78 étudiants marocains musulmans poursuivaient leurs études de Droit, de Sciences, de Lettres ou de Préparation aux Grandes Ecoles, on en comptait 330 en 1949.
Les Français sont encore les plus nombreux (un millier environ en 1950) mais ils appartiennent le plus souvent à des familles enracinées au Maroc et qui considèrent ce pays comme leur seconde patrie. Dans quelques années, les Marocains constitueront cette majorité. Aux uns comme aux autres, il faudra bien quelque chose d'équivalent à une Université. En attendant, les étudiants, qui ne peuvent ou ne veulent pas s'inscrire dans des Universités de France, trouvent au Maroc des facilités pour se préparer à l'obtention de diplômes français. Il existe ainsi à Rabat une véritable Ecole de Droit. Le Centre d'Etudes Supérieures Scientifiques, qui a une valeur capitale pour la mise en valeur du Maroc, disposera sous peu de locaux, actuellement en construction et comprenant un bloc physique, un bloc chimie, un bloc biologie et une salle de conférences capable de recevoir 500 auditeurs.
Signalons enfin que le cours des Hautes Etudes Marocaines de Casablanca, à l'Ecole du Centre, constitue une sorte d'embryon de Faculté. Des cours de Droit, des cours de langue arabe, d'Histoire et de Géographie y sont donnés en vue de l'obtention du Brevet de Culture Marocaine.

La recherche scientifique. — L'Institut des Hautes Etudes Marocaines, créé dès 1920, a vu d'importantes constructions entreprises à partir de 1949, destinées à lui assurer des salles spéciales pour la géographie, ses collections ethnographiques et ses bureaux des recherches. A l'Institut Scientifique certains services ont été dédoublés. Une station d'étude de la houle a été construite au Service de Physique du Globe et un poste de géographie physique a été créé. De nombreuses publications prouvent que l'Institut Scientifique Chérifien remplit son rôle qui consiste essentiellement à mieux faire connaître le Maroc.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:37

page 13
- Ci dessus, la façade du nouvel hôpital  de Mers-Sultan,  à   Casablanca. (Photo  BELIN.)
- Ci-contre,   au    cours    de   la   récente   campagne intituberculeuse,    une    infirmière    ausculte    un enfant  marocain.


L'EQUIPEMENT SANITAIRE


LA première œuvre de la France au Maroc, en matière de santé publique, fut de juguler les épidémies. En participant à cette tâche, trente médecins et infirmiers ont trouvé la mort.
L'équipement sanitaire du pays était entrepris en même temps et l'on compte actuellement 111 hôpitaux et infirmeries, 232 petites infirmeries et salles de visite, une vingtaine de groupes mobiles sanitaires, trois hôpitaux ophtalmologiques, un hôpital neuro-psychiatrique, des centres anti-cancéreux, des maternités, etc...
La Direction de la Santé Publique dispose de plus de 200 médecins auxquels on doit ajouter 120 médecins liés par contrat à la dite Direction.
Une assistance médicale gratuite a été créée en faveur des Marocains ainsi qu'une assistance sociale en faveur des orphelins, des vieillards et des aveugles.
Cependant, étant donné les préjugés ancestraux qui règnent dans le bled, les groupes mobiles spécialisés devront, longtemps encore, poursuivre leur action. Dans les villes, la surveillance médico-sociale est plus grande encore, en raison des dangers courus par ce nouveau prolétariat. Le médecin ne trouve de clientèle qu'au sein de la bourgeoisie, encore faut-il que l'action sociale se fasse sentir même dans ce milieu.
Dans les quartiers populaires, les dispensaires sont largement ouverts aux consultants. Ce sont des organismes de soins mais aussi de prévention. Les hôpitaux, au contraire, disposent de tout le nécessaire pour assurer les diagnostics les plus difficiles et les soins les plus coûteux. Ils sont ouverts à tous ceux qui acceptent de se plier aux règlements intérieurs, quelles que soient leur origine ou leur situation sociale.

LES NOUVEAUX HÔPITAUX
Dans les grands centres on a créé des hôpitaux réservés aux Marocains. Il en est ainsi à Casablanca, à Fès et à Marrakech. Dans les centres où la population musulmane ne dépasse par 150.000 âmes, on a été amené à créer des hôpitaux mixtes, assurant les mêmes conditions d'hébergement et de soins pour les Marocains et pour les Européens.
Dans tous les cas les services généraux sont communs (blocs opératoires, radiologie, pharmacie, laboratoires, etc...) seules les cuisines étant distinctes.


PUBLIC    HEALT
THE first work of France in Morocco, as far as health concerned, was to out down epidemics. Thirty doctors died in this task.
At the same lime health installations were started upon. At present exist 111 hospitals and infirmaries, 232 small infirmaries and clinics, about 20 mobile sanitary units, three ophtal-mologic hospitals, one neuro psychiatric hospital, anti-cancer centres, maternity homes, etc...
The « Direction de la Sante Publique » has, at its disposal more than 200 doctors to which may be added 120 more under contract with this management.
Regional hospital exist in all towns, and every year, eight lo ten infirmaries have been opened as wall as thirty to fourly clinics.
Free medical assistance has been created for Moroccans as

well as a social service for blinds, orphans, etc... so as to struggle against difficulties rising from sickness, unemployment or simply from births in families without means of support.
In rural districts, on account of the firmly-rooted prejudice still in existence, the service rendered by dispersed medical posts cannot equal that of specialised mobile units which will be obliged for along time to come, to continue their work against endemic epidemics, such as malaria, eye infection, tuberculosis and infant mortality. In towns medico-social supervision is still greater on account of the risks run by the new proletariat. The doctor finds clients only in the middle-classes, and 'effective action must be taken even in this class. It is evident that the task is immense.
In lower-class districts, medical dispensaries are wide open for consultation. Treatment including prevention, is assured. The hospitals on the contrary, have at their disposal all apparatus necessary for the most difficult diagnoses and the most cosily treatment. They are open to all wish to submit lo hospital rules, whatever their origin or standing may be.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:38

page 14
- Cl-dessus, à la maiernilé marocaine de l'hôpital Auvert, à Fès : huil naissances dans la nuii.
- Ci-contre, la consultation à l'hôpital Mers-Sultan.
- Dans le bled aussi, les installations sanitaires se multiplient. A droite, le patio de l'infirmerie-hôpital de Goulimine. A gauche, un coin de l'infirmerie des A.I. à Aoulous dans le Tafilalet : un infirmier marocain procède au nettoyage des yeux des enfants.

Rabat, Meknès et Oujda seront dotés bientôt d'hôpitaux du type bloc, tandis que Casablanca dispose d'un hôpital musulman du type semi-bloc.
La capacité hospitalière de ces établissements est la suivante : Casablanca, 600 lits ; Rabat, 600 lits ; Meknès, 518 lits ; Oujda, 510 lits.
Le programme d'équipement sanitaire comporte encore la construction de sanatoriums à Ben Smin et à Ben Ahmed, la construction d'hôpitaux de 180 à 200 lits à Ouezzane, Ouarzazate et Safi.

L'ACTION MEDICO-SOCIALE
Le service médico-social en milieu musulman a été créé en 1946. Depuis lors, des centres sociaux s'ouvraient à Meknés, puis à Fès, à Oujda, à Rabat, à Casablanca, à Marrakech, à Agadir, etc...
Un service social scolaire délivre un carnet de santé à tout enfant fréquentant une école et assure la protection de celui-ci à l'école, ouvrant la possibilité de relations suivies avec sa famille. En outre ont été créés des Centres d'éducation familiale et de puériculture pour filles de notables, dont tout le personnel est féminin ; ainsi la femme musulmane trouve la possibilité, sans contrevenir aux préceptes religieux et aux traditions, de s'adapter peu à peu aux conditions de vie moderne. Ces centres d'éducation familiale et de puériculture obtiennent partout un très grand succès.
Parallèlement ont été créés des centres populaires d'éducation sanitaire, ou écoles des mères. Ces centres sont annexés aux dispensaires les plus importants des médinas.
Il existe enfin des centres ruraux et des groupes mobiles de protection maternelle et infantile qui assurent les consultations prénatales et de nourrissons, en même temps que la formation des sages-femmes marocaines.
Ces quelques lignes suffiront-elles à donner une idée du rôle considérable que les assistantes sociales sont appelées à jouer dans l'évolution sociale du Maroc ?

LA CAMPAGNE ANTI-TUBERCULEUSE
Une vaste campagne anti-tuberculeuse a été entreprise d'avril 1949 à mars 1951. L'ampleur de cette campagne fut telle que plus de 2 millions de personnes ont pu être examinées et près d'un million ont été vaccinées. Elle n'a été possible que grâce à l'aide de l'UNICEF, ou Fonds International de Secours à l'Enfance, à la Direction Générale de la Campagne Internationale contre la Tuberculose et à l'Institut Pasteur de Paris.
Pour l'utilisation du vaccin, il fallut créer une chaîne du froid, entre Casablanca, Marrakech et Ouarzazate d'une part, Casablanca, Meknès et Ksar-es-Souk d'autre part.
On attend le plus grand bien de cette campagne, la protection d'un sujet vacciné étant estimée à 80 %. Enfin, du point de vue de la recherche médicale, cette vaste opération a permis des études statistiques sur une échelle beaucoup plus étendue que tous ce qui avait été fait dans ce domaine auparavant.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:39

page 15


L'économie Marocaine se stabilise par Henri Duquaire
JE ne sais plus qui disait que le Maroc était un pays torrentiel  : comme les oueds se gonflaient brutalement et s'asséchaient  aussi vite,  son  économie connaissait des périodes de prospérité coupées de dépressions.
Ce caractère semblait inscrit dans son climat et dans le caractère des hommes qui le peuplaient. Dépourvu d'arbres, les pluies et le soleil n'y rencontraient aucun obstacle susceptible de les apaiser : tour à tour le déluge emportait la terre végétale, remplissait les rivières, noyait les troupeaux ; le soleil durcissait le sol, vidait les oueds, brûlait les épis. Ces deux fléaux condamnaient à la misère des hommes qui, entièrement occupés de la vie quotidienne, ne songeaient pas à planter pour le lendemain.
La colonisation française, dès le début du Protectorat, s'est efforcée de régulariser l'économie marocaine, non seulement en reboisant, en captant et dirigeant les eaux, en instaurant des méthodes de culture profonde, mais aussi en agissant sur les hommes qui peu à peu apprirent que l'on peut domestiquer l'avenir. Plus encore que l'école, l'exemple des colons fut pour eux un enseignement.
Pendant de longues années l'économie marocaine, aussi bien européenne qu'autochtone, — mais à des degrés divers — demeura instable. Sur cette terre pratiquement inculte, il fallait chercher les cultures convenables et les races susceptibles de s'adapter. Ce fut la période des inventeurs, et si l'on connaît les noms de ceux qui s'enrichirent, on ignore le nom de ceux qui disparurent, laissant toutefois sur la terre un patrimoine dont ils ne pouvaient profiter mais qui avait sa valeur : leurs expériences.
Comme il fallait vivre et faire vivre le pays, la plupart des colons s'étaient spécialisés dans la culture des céréales, richesse naturelle du pays, et l'on peut dire que jusqu'à 1930 le Maroc fut un pays de monoculture.
Aussi lorsque les cours des céréales sur le marché mondial, à la suite de récoltes pléthoriques, s'effondrèrent, le Maroc qui vivait de ses exportations, connut une des dépressions dont nous parlions plus haut : tout le pays, aussi bien européen qu'autochtone, souffrit d'une crise très grave qui ne s'atténua qu'à la veille de la guerre mondiale, lorsque les denrées se raréfièrent et que les cours se relevèrent.
Mais la leçon avait porté. Des colons s'étaient mis aux cultures maraîchères et l'on commençait d'exporter des primeurs. On créait des orangeraies. On creusait le sol pour en découvrir les possibilités minières. Les premières usines destinées à transformer les produits de la terre et de la mer étaient nées. Le Maroc demeurait agricole mais variait ses productions, cherchait à multiplier ses débouchés et à créer une industrie qui, du reste, avait ses détracteurs.
A vrai dire bien peu d'économistes et d'hommes d'affaires croyaient en l'avenir de l'industrie marocaine. La plupart estimaient raisonnable de maintenir le pays dans sa tradition agricole : il aurait fourni les marchés extérieurs en produits ...


Moroccan  economic conditions become steadier
IT has been said thai Morocco was a « torrential » country :  just as the oueds   suddenly   filled   with water then  dried up, so Moroccan economic conditions  underwent the same sudden changes, periods of prosperity being followed by periods of depression.
This characteristic seemed to belong also to the climate and to the people. Almost treeless, rain and sun met no obstacle : floods washed away the soil, filled the rivers and drowned the flocks ; then came the sunshine to bake the earth, dry up the oueds, and burn the wheat. These two scourges condemned the inhabitants to continual poverty, and pressing daily needs never allowed them to think of planting for the future.
French colonisers, from 'early Protectorate days, set out to bring some order to economic conditions not only by re-affo-resiaiion, by draining and directing water sources, by using deep cultivation methods, but also by giving men the idea that future conditions may be influenced beforehand. Even more effective than schooling was the example given by the work of the farmers.
For many years, Moroccan economic conditions, european as well as indigenous remained unstable but to different extents.
On this practically untillable earth, convenient soils and adaptable peoples had to be found. This was the period of invention and if the names of those who grew rich are known, the names of many are unknown. Although they disappeared, they left a heritage, which they could not enjoy, but which was of value, namely their experiences.
As it was necessary to provide food for themselves and the rest of the country, the greater part of the colonists specialised in the growing of cereals, one of the country's richest resources and Morocco may be called a onecrop country until 1930.
When after superabundant harvests, the cost of cereals on the world market dropped, Morocco, dependent on its export trade, went through one of those critical periods spoken of earlier. The whole country, European as well as native, suffered from a serious crisis. Conditions improved only before the second World War when food grew scarce and prices roses.
The lesson however bore fruits. Farmers began market-gardening and the export of early fruits and vegetables was started. Orange groves were planted. The earth was dug for possible minerals. The first factories for the transformation of land and sea food were set up. Morocco remained and agricultural country but varied its products, and sought to increase the number of ils outlets. Naturally there were detractors.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:40

page 16

... du sol, au besoin en minerais, et aurait acheté à l'Europe les produits manufacturés dont il avait besoin.
D'autres, au contraire, estimaient que l'industrie fournirait du travail aux bras quand l'agriculture ne pourrait leur en donner, qu'elle absorberait les produits du sol aux périodes où ces produits ne se vendraient pas, contribuant ainsi à régulariser le cours de l'économie marocaine.
C'est alors que la guerre, après bien des hésitations, se décida à fondre sur le monde pour le bouleverser.
Le Maroc fut coupé de la Métropole et manqua de tout, spécialement de produits industriels : on vit de ce fait naître une multitude d'ateliers qui fabriquaient des pièces mécaniques avec de la ferraille, des verres dans des tessons de bouteille, de grossières casseroles en aluminium, filaient et tissaient de la laine sur des métiers qui rappelaient le Moyen-Age, faisaient tant bien que mal des draps avec du coton poussé dans le pays, séchaient ou conservaient les sardines, confectionnaient des chemises et des pyjamas. Bref, poussé par la nécessité, aidé par l'esprit d'adaptation des immigrants, le Maroc créa de toutes pièces une industrie artisanale qui devait être la source de son prodigieux essor d'après la guerre.
Sans doute le retour à des conditions normales fit disparaître un certain nombre d'affaires qui avaient vu le jour dans des circonstances anormales. Mais cette crise, qui fut réelle, ne ressembla en rien à la précédente. Ce ne fut pas une crise générale, mais une crise particulière qui n'affecta pas la santé du pays.
C'est que l'économie du pays s'était diversifiée, divisant ainsi les risques. Le textile pouvait souffrir sans que souffrissent les conserves, les conserves tomber malades sans que l'agriculture fut obligée d'appeler le médecin. Que dis-je ! La guerre avait révélé des possibilités inconnues qui, au retour de la paix, furent confirmées.
Naturellement le développement de la production, qui en résultait, obligeait le Maroc à chercher des débouchés dans tous les pays du monde et, de ce fait, multipliait ses chances, les crises ne frappant pas nécessairement en même temps tous les marchés. Parallèlement à cet effort de production et de vente, et provoqué par lui, on assistait à un accroissement très net du standing de vie des populations autochtones. Tandis que les progrès de l'hygiène augmentaient leur nombre, que l'exemple de la vie européenne et l'enseignement donné dans les écoles affinaient leurs goûts et développaient leurs besoins, l'activité productrice du pays et l'activité commerciale qui en était la conséquence, leur donnaient les moyens de satisfaire leurs appétits.
Ainsi en même temps que le marché mondial était sondé avec soin, le marché local prenait une importance économique dépassant les prévisions les plus optimistes. Par exemple les céréales, bien que produites en plus grandes quantités qu'avant la guerre, ne peuvent plus donner lieu à une exportation sensible et sont consommées sur place. Une crise générale provenant de la baisse des céréales sur le marché mondial, est aujourd'hui impensable.
L'intérêt de l'ouvrage que l'on édite aujourd'hui est justement de montrer le développement de la production marocaine, la variété de ses débouchés et la stabilité qu'elle a su, de ce fait, acquérir,
Le caractère torrentiel de l'économie marocaine est en train de disparaître. Le fleuve a été endigué et canalisé. S'il est loin encore d'avoir subi jusqu'à la fin de son cours le lent dressage qui lui est nécessaire, il s'en va paisible, vers ses débouchés naturels. Il n'est qu'à persévérer dans l'effort et l'on est certain que tout au long de ses berges, usines et champs continueront de pousser sans craindre les inondations dévastatrices ou les assèchements mortels.



... Indeed, very few economists and businessmen believed in an industrial future for Morocco. Most of them dearned it prudent to leave the country in its traditional state, as an agricultural country supplying world markets, with soil products, and if necessary minerals, and buying manufactured goods from Europe.
Others, on the contrary, esteemed that industry would provide labour for those no longer required in agriculture, that it would use up agricultural produce during slack sale periods and would thus help to steady Moroccan economic conditions.
Such was the position whan Ihe Second World War, after many hesitations, finally broke out.
Morocco was cut off from the metropolis and lacked everything, especially industrial articles. Then many workshops came into being making mechanical parts out of scrap metals, glasses out of broken bottles and clumsy aluminium cooking pans. In these workshops wool was spun and woven on looms recalling the Middle-Ages, so-called sheets were made out of home-grown cotton, sardines were dried and preserved, shirts and pyjamas sewn.
In short, necessity and the adaptability of the immigrants created in Morocco a complete workshop industry which was to form the basis of an amazing post-war industrial development.
Doubtless the return to normal conditions made a certain number of business affairs disappear, those which grew out of the abnormal state of affairs.
This crisis, though real, in no way resembled the first. It was not a general slump, but a limited one, which did not affect the country as a whole.
Economic interests were varied, thus decreasing the number of risks. The textile trade could suffer without any effect on the canning irado, the latter could meet with hard times without touching agriculture. Better to say thai war had revealed unsuspected possibilities, which were confirmed later, under peace conditions.
Increased production naturally obliged Morocco to seek outlets in all countries, and this fact increased its chances of survival, for the crises did not strike all the markets at the same time.
Parallel with these efforts in production and sale, and provoked by them, an extraordinary rise in the standard of living of the native populations was evident. Better hygienic conditions increased their number, the example of the European way of living and the teaching given in the schools refined their tastes and developed their needs, while these latter were, in turn, supplied by the developing commercial output of the country.
While openings on the world markets were being probed, the increase of the local market outstripped the most optimistic hopes. Cereals, for example, although produced in greater quantities than before the war, cannot provid a serious export item and are consumed within the country.
A general crisis, originating in a cereal slump on the world market, is nowadays unthinkable.
The aim of this present work is to show the development of Moroccan production, the variety of its outlets and from this the stability that has been achieved.
The « torrential » element in Moroccan economy is disappearing. The economic flow has been dammed and canalised. If it is still far from having submitted throughout the whole of its course to the gentle control necessary, at least it flows peacably to its normal outlets. Perseverance is the watchword and it is certain thai factories and filds will go on rising without fear of devastating flood and mortal drought.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:42

page 16a
- Bons d'Equipement du MAROC.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:44

page 16b
- SOCIÉTÉ DES CHAUX, CIMENTS ET MATÉRIAUX de CONSTRUCTION au MAROC


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Jeu 4 Juil - 8:45

page 16c



Le Port de Casablanca



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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Ven 5 Juil - 11:49

page 17



Le Port de Casablanca

LE trafic  du port de Casablanca a plus  que doublé de 1939 à 1950, alors que ses installations ne se sont pas développées parallèlement. Les travaux d'extension du port qui devaient commencer à la fin de 1939, n'ont pu être entrepris en raison des événements et l'outillage a dû accomplir pendant quatre ans un effort considérable. A la fin de la guerre, il fallut d'abord panser les blessures, remplacer le matériel détruit, réviser tout l'outillage...
Puis on assista à un encombrement grandissant des terre-pleins, jugés naguère trop vastes, provoquant une attente inadmissible des navires.
On s'efforça de surmonter toutes ces difficultés, mais la plupart des remèdes essayés s'avérèrent peu efficaces. L'aggravation des tarifs de magasinage, les primes à l'enlèvement rapide, le renforcement du personnel douanier, les interventions auprès des réceptionnaires, le travail de nuit, toutes ces mesures ne pouvaient qu'apporter des solutions momentanées. Le port était devenu trop petit, il était urgent de l'agrandir.
La première construction réalisée fut, en avril 1949, le luai de rive adjacent au quai Delpit, qui a pris le nom de quai Les Enfants, puis l'établissement d'un vaste terre-plein au sud du bassin Delpit où furent établis deux magasins. Le môle Chaix, au cœur du bassin Delande, prenait forme avec son quai du tableau livré à la pêche et la construction d'un quai de 200 mètres, achevé l'an dernier.
L'administration faisait en même temps l'acquisition d'une grue « Titan » de 110 tonnes qui, montée sur la jetée Déluré, allait permettre de procéder aux travaux de son extension.
Enfin un entrepôt frigorifique provisoire était créé.
Il ne s'agissait là que de travaux relativement restreints. Un plan beaucoup plus vaste était prêt. Il fut définitivement adopté en décembre 1949 et les travaux commencèrent quelques mois plus tard.
Ces travaux comprennent essentiellement la construction d'une forme de radoub et d'un môle intermédiaire.
Mais avant de parler de ces travaux qui se poursuivent actuellement, nous croyons bon de donner ici une description sommaire du port de Casablanca tel qu'il se présente aujourd'hui.
Peu abrité naturellement, comme chacun sait, l'ouvrage essentiel qui assure la protection des navires est constitué par la jetée Déluré, longue de 2.600 mètres, enracinée aux récifs de la ville. Elle s'avance en direction nord - nord-est pour ensuite s'incurver vers le p.k. 1.000 en direction nord-est, parallèlement à la côte, à 1.900 mètres de celle-ci.
Une deuxième jetée, dite « jetée transversale » délimite le port à l'est, dirigée perpendiculairement à la première à la hauteur du p.k. 1.650. et laissant entre celle-ci et son musoir une passe d'entrée de 210 mètres de large.
La surface de l'eau abritée par ces deux jetées est d'environs ...




IT is well-known  that the   port   of   Casablanca  is far from being: a natural harbour Shelter for incoming shipping is provided mainly by the Delure pier, at present 2.600 metres long.
The Eastern limit of the port is fixed by a second pier, known as the « jetee transversale » which runs perpendicularly to the first at a kilometric point 1650. This leaves a 210 metre fairway between the first pier and the head of the second.
The water surface enclosed by these two piers is approximately 125 hectares in area, not including the surface area of the inner works already carried out.
At present, the port of Casablanca possesses 3,710 metre of deepwater quay. This figure will shortly be doubled, thanks to the work recently begun there, some details of which follow.
During: the year 1950 and the early months of 1951 work Was carried out in connection with the Delure pier and the two docks, the Delande and the Delpit. The Delure pier was, in fact, thoroughly re-conditioned with a view to lengthening it, a new pier was built in the Delande dock and an intermediate one was begun in the centre of the Delpit dock.
The most spectacular of these operations aimed at perfecting and enlarging the port, is the construction of a graving dock, long considered necessary.
THE GRAVING DOCK
For the repair and overhauling of heavy tonnage shipping, the port of Casablanca until now, had only a 5,500 ton floating dock at its disposal, moored at the South-Eastern end of the Delpit dock.
Entrusted to the « Entreprises Schneider » the construction of the graving dock has involved the disappearance of the Portuguese tidal basin — the ancient port of Casablanca is now only a memory. From 1950 onwards, dredging operations have been carried out in the fishing port to permit the laying of a coffer dam, in the shelter of which the graving dock -was to be excavated, as only part of the Portuguese tidalbasin has been used.
The graving dock, when completed, will have the following specifications : length 140 metres ; width 23 m. 50 ; width at head 26 m. 50. Equipment dock : western quay 140 m. ; eastern quay 125 m. ; southern quay 65 m. ; width at entrance 42 m.
These measurements will allow the entry of vessels such as Liberty ships into the graving dock. The maximum draft allowed will be 7 m. 50 in average high seas at neap tide.
Filling and drainage plant will be grouped in the Southern part of the equipment basin, and will consist of three bailing and two pumping sets.
Finally the machinery of the graving dock and equipment basin will consist of : 5 ten ton electric capstans, 2 electric cranes, 15 tons in weight an 18 m. 50 span, 1 electric crane, 6 tons in weight with a 23 m. span, 1 electric sub-station of 1000 kVA, 1.150 horse-power ...


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Ven 5 Juil - 11:51

page 18
- Le môle du Commerce. Comme on le voit, pas un poste n'est inoccupé. A gauche, le bassin Delpit, à droite le bassin Delande et le môle Chaix.
A l'arrière-plan la ville dresse ses immeubles en rangs serrés. (Photo FLANDRIN.)

...  125 hectares,  déduction faite  des surfaces  des  ouvrages intérieurs déjà réalisés.
A l'heure actuelle le port de Casablanca comprend 3.710 mètres de quais en eau profonde. Ce chiffre sera prochainement doublé grâce aux travaux entrepris récemment et sur lesquels nous allons donner quelques précisions. Auparavant rappelons brièvement comment se présentent les aménagements du port.
Celui-ci est divisé en deux régions par le môle du Commerce dont l'axe est parallèle à la jetée transversale : à l'est le bassin Delpit et à l'ouest le bassin Delande. Les quais de ces deux bassins sont actuellement en exploitation et comprennent :
1° les quais de la jetée Déluré (800 m.) réservés en principe à la Marine Nationale ;
2° les quais du môle de Commerce (1.620 m.), destinés au trafic général, soit le quai Delpit (820 m.), le quai Delande (570 m.), le quai de tableau (230 m.) ;
3° les quais de la jetée transversale (890 m.) comprenant le quai à charbon et à minerais et le quai des Phosphates ;
4° le quai Les Enfants (200 m.) au fond du bassin Delpit, et le quai de rive Est du dit bassin (200 m.).
Les travaux exécutés au cours de l'année 1950 et des premiers mois de l'année 1951 ont intéressé la jetée Déluré, le bassin Delande, et le bassin Delpit. En effet la jetée Déluré fut complètement restaurée en vue de son prolongement, un nouveau quai fut construit dans le bassin Delande et au cœur du bassin Delpit fut entreprise la construction du môle intermédiaire.
Mais parmi ces travaux d'aménagement et d'extension du port, la construction d'une forme de radoub, souhaitée depuis longtemps, est certainement la plus spectaculaire.

LA FORME DE RADOUB
Pour l'entretien et les réparations des navires de gros tonnage, le port de Casablanca ne disposait jusqu'à ce jour que d'un dock flottant de 5.500 tonnes, mouillé au sud-est du bassin Delpit. D'une longueur utile de 120 mètres et d'une largeur intérieure de 18 m. 50, le doc immergé a une hauteur d'eau de 5 m. 30. Son appareillage consiste en une grue électrique de 5 tonnes et de 12 m. de portée, quatre pompes centrifuges de 44 kW chacune, deux pompes à incendie de 12,5 kW, deux compresseurs d'air à 7 kilogs par cm2 et un groupe convertisseur de courant de 20 kW.
Son éloignement des installations et ateliers des chantiers navals, groupés au fond de la partie la plus ancienne du port, ...


... compressor set and a water, electricity and compressed air distributing system.
THE INTERMEDIATE MOLE
The construction of the Intermediate Mole formed part of the plans for enlarging the port drawn up in 1942. A start was made in 1950 after which the contract for this big undertaking was given to the Entreprises Schneider.
The work in question is the construction of a mole 200 metres wide by 495 metres axial length, with quays respectively 430 metres in length on the western side and 560 metres on the eastern side. The time allowed for construction is very limited, since the whole must be completed in 18 months.
THE CHAIX MOLE
The equipment of the Delande dock was completed while the building of the intermediate mole was taking place, plans for enlarging the port including the completion of the quays along the Chaix mole.
All these works, in addition to the lengthening of the Delure pier, enable us to state that in a year or two from now, the port of Casablanca will be in a position to cater for all shipping requirements. It will then provide docks for the various goods in transit half as long again as those at present in existence. From the end of 1951, 400 metres of dock along the intermediate breakwater will be available for shipping traffic.
THE DELURE PIER
The lengthening of the Delure pier will bring the head of the latter from p.k. 2.600 to p.k. 3.500. It is well known that for a long time a submarine core is being laid, composed of the natural riprap extracted from the Sidi Abderrahman quarry and discharged into the sea by clapper lighters.
This is a lengthy task in which the sea has its say. The erection of a submarine hill is no small matter. When the summit is flush with the surface of the sea, 110 ton cement blocks known as footing blocks will be laid end to end, to lengthen the existing pier, while the floor will be laid on these foundations.


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Ven 5 Juil - 11:52

page 19
- A gauche : On vient d'achever le baiardeau, isolant ainsi la darse des Portugais. Sur la gauche de la darse, on aperçoit les bâtiments des divers chantiers navals et ateliers. Sur la cale de hâlage ont pris place plusieurs bateaux de pêche.
- Ci-dessus : La darse des Portugais en cours d'assèchement. Sur le couronnement du baiardeau, un train de wagonnets qui assureront l'évacuation des déblais. Au second plan, la halle aux poissons, sur le môle Chaix.

... le long du boulevard Ballande, complique singulièrement son utilisation,
Malgré ces inconvénients, le dock flottant a rendu de grands services, notamment au moment du débarquement allié en 1942, et dernièrement lorsque fut ramené à Casablanca le cargo de 6.000 tonnes « Eastern City » qui s'était échoué devant Mogador.
Confiée aux Entreprises Schneider, la construction de la forme de radoub a entraîné la disparition de la darse des Portugais : l'ancien port de Casablanca n'est plus qu'un souvenir... Dès 1950 des dragages étaient entrepris au port de pêche afin de permettre la pose d'un batardeau à l'abri duquel la forme de radoub allait être creusée, car elle n'utilise qu'en partie la darse des Portugais.
En effet l'axe de la forme de radoub traverse l'ancienne darse en diagonale, orienté sensiblement nord-sud. Ses dimensions, une fois achevée, seront de 140 m. sur 30 m., tandis que le bassin d'armement, creusé sur son côté est, mesurera 65 m. sur 45 m.
Voici en quoi ont consisté les travaux et dans quel ordre ils ont été exécutés :
1° Démolition de toutes les superstructures se trouvant sur les terre-pleins et comprenant magasins et ateliers appartenant soit aux chantiers navals, soit aux pêcheurs, soit à l'administration des Douanes, etc... ;
2° Construction d'un batardeau de 135 m. de développement constitué par 180 blocs de béton de 50 tonnes et complété par un remblais d'argile de 70 cm. d'épaisseur où sont foncées des palplanches afin de former un rideau d'étanchéité ;
3° Pompage des eaux de la darse des Portugais ;
4° Creusement de la forme de radoub et du bassin d'armement.
Le batardeau a été construit avec une première assise de blocs de 5,40 x 2,60 m., d'une hauteur de 2 mètres, sur laquelle furent entassés deux à trois rangs de blocs de 4 x 2,50 m., d'une hauteur de 2 à 2,30 m.
Les blocs, fabriqués au chantier Schneider, à l'ouest de l'amorce de la jetée Déluré, étaient amenés par voie ferrée sur la dite jetée où la grue Titan de 110 tonnes les chargeait sur des chalands. Remorqués jusqu'à pied-d'œuvre, les chalands étaient délestés de leurs blocs par le ponton-mâture « Cachalot », des Travaux Publics, qui les empilait les uns sur les autres. Lorsque le batardeau fut achevé, une voie métrique, raccordée à celle de la carrière de Sidi Abderrahman, fut installée sur son couronnement, afin d'assurer le transport des remblais du voile d'étanchéité et l'évacuation des déblais de la forme de radoub et du bassin d'armement.
La forme de radoub une fois achevée aura les caractéristiques suivantes :
Longueur, 140 m. ; largeur, 23 m. 50 ; largeur au sommet, 26 m. 50. Bassin d'armement : quai ouest, 140 m. ; quai est, 125 m. ; quai sud, 65 m. ; largeur à l'entrée, 42 m.
Ces caractéristiques permettront l'admission dans la forme de radoub de navires du type « Liberty ». Le tirant d'eau maximum admissible sera de 7 m. 50 aux hautes mers moyennes de morte-eau.
Les installations de remplissage et de vidage seront groupées dans un local situé au sud du bassin d'armement. Elles comprendront trois groupes d'épuisement et deux groupes d'assèchement.
L'outillage enfin de la forme de radoub et du bassin d'armement comprendra : cinq cabestans électriques de 10 tonnes ; deux grues électriques de 15 tonnes à 18 m. 50 de portée ; une grue électrique de 6 tonnes à 23 m. de portée ; une sous-station électrique de 1.000 kVA ; un groupe moto-compresseur de 150 CV et un système de distribution d'eau, d'électricité et d'air comprimé.
Ces quelques indications suffisent à indiquer l'amélioration considérable que ces installations apporteront au port de Casablanca. Malgré 1'exiguité relative du port et malgré le fait que Casablanca ne soit pas le port d'attache de nombreux navires, la construction d'une forme de radoub et d'un bassin d'armement s'imposait. Ces nouvelles installations suffiront vraisemblablement aux besoins du port, du moins provisoirement, car lorsque seront achevés les travaux de l'avant-port, il faudra bien envisager la création de véritables chantiers de construction navale, avec cales de construction et cales de lancement. Ce sera là la dernière étape du développement du port de Casablanca.

LE MOLE INTERMÉDIAIRE
La construction du môle intermédiaire fait partie des projets d'extension du port élaborés en 1942. Elle a reçu un commencement d'exécution en 1950, après que les Entreprises Schneider se soient vu adjuger cet important travail.
Il s'agit en effet de construire un môle de 220 mètres de large sur 495 mètres de longueur axiale, ses quais mesurant ...


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Ven 5 Juil - 11:53

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- L'« Eastern-City » en réparation sur le dock flottant de 5.500 tonnes utilisé au maximum de sa capacité. (Photo DURAND.)
- Remise en état de la jetée Delure. Sur le radier refait à neuf, le « Tilan » poursuit sa lâche. Face à l'océan les « blocs à la mer » s'amoncellent. (Photo VERDY.)

... respectivement 430 mètres sur le côté ouest, et 560 mètres sur le côté est. Les délais de construction sont extrêmement restreints, puisque l'ensemble doit en être achevé en dix-huit mois.
Les travaux se poursuivent donc activement. Après un dragage préalable afin d'obtenir une profondeur constante et une base uniforme pour la construction des quais, les premières fondations furent établies, consistant en moellons et en blocs ferrailles de 110 tonnes, mesurant 10 m. x 3 m. et 1,20 m. de hauteur. Entre ces quais sont déversées chaque jour des tonnes de remblais qui, peu à peu, forment un promontoire qui s'avance vers le centre du bassin Delpit.
On évalue à 600.000 m3 le volume des déblais et à 90.000 m3 celui du betonnage.

LE MOLE CHAIX
Tandis qu'était entreprise la construction du môle intermédiaire, on achevait l'aménagement du bassin Delande, les projets d'extension du port comprenant également la finition des quais du môle Chaix.
L'an dernier était achevée la construction de 165 mètres de quais à la cote —10, permettant l'accostage de navires calant à 10 mètres. Cette année un quai provisoire, prolongeant le quai précédent, fut établi sur une longueur de 52 mètres et dénommé quai des allèges.
Tous ces travaux ainsi que le prolongement de la jetée Déluré, permettent d'affirmer que d'ici un an ou deux le port de Casablanca pourra satisfaire aux besoins du trafic, car il disposera alors d'une longueur de quais 50 % plus importante que celle dont il dispose actuellement pour les marchandises diverses. Dès la fin de l'année 1951, 400 mètres de quais du môle intermédiaire pourront être mis à sa disposition.

LA JETEE DELURE
Le prolongement de la jetée Déluré portera le musoir de celle-ci du p.k. 2.600 au p.k. 3.500. Chacun sait que depuis longtemps on procède à l'exécution du noyau sous-marin, constitué par des enrochements naturels extraits de la carrière de Sidi Abderrahman et lâchés en mer par des chalands à clapets. Travail de longue haleine où l'océan a son mot à dire. Il ne s'agit pas moins pour les hommes d'édifier une colline sous-marine. Lorsque la ligne de crête sera prête d'affleurer le ni-'veau de la mer, des blocs de béton de 110 tonnes, dits blocs-semelles, seront posés l'un après l'autre dans le prolongement de la jetée actuelle, tandis que l'on établira le radier sur ces fondations.
Peu spectaculaires mais extrêmement importants furent d'abord les travaux exécutés par la CITRA pour remettre en état la jetée Déluré, remise en état rendue nécessaire non seulement en raison de sa vétusté (un ouvrage à la mer vieillit vite, car il est « travaillé » sans interruption par les flots), mais aussi par les exigences prochaines de son prolongement.
Ces travaux exécutés au cours de l'année 1950 ont consisté en la réfection complète des radiers sur deux kilomètres, réfection comportant un important betonnage et la pose de trois voies métriques pour permettre la circulation des grues « Titan » et le mouvement des trains.
L'arrachage des voies existantes, devenues inutilisables en raison des tassements et des détériorations de la jetée, a demandé à lui seul près d'un an. Par contre, trois mois ont suffi pour le betonnage et la pose des nouvelles voies, soit 10.000 m3 de béton, 5 à 6 kilomètres de voie ferrée et 15 aiguillages, une véritable gare de triage étant nécessaire pour assurer la circulation normale lorsque le chantier du prolongement de la jetée sera en plein fonctionnement.
Actuellement à l'entrée de la jetée Déluré, deux grues de 15 tonnes chargent sur les chalands à clapets les enrochements provenant de Sidi Abderrahman. Nous avons écrit plus haut qu'il s'agissait d'édifier une colline sous-marine. Qu'on en juge : le soubassement de la jetée doit mesurer 18 mètres de 'haut et avoir eni crête une largeur de 20 mètres. C'est assez dire que la base d'un tel amoncellement doit être considérable et qu'il a fallu des années avant d'en arriver à l'époque actuelle où un navire imprudent, qui franchit cette crête en dépit des avertissements reçus, risque d'ouvrir sa coque sur un enrochement...
Au-delà de la seconde grue « Titan », mise en service l'an dernier, du poids respectable de 850 tonnes, d'une portée de 35 mètres et destinée aux travaux d'avancement de la jetée, une station de betonnage, entièrement métallique et démontable, a été installée. Elle comprend deux bétonnières de 20 m3-heure. Cette station a été installée sur une plateforme ...


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MessageSujet: Evolution du Maroc en 1951.   Ven 5 Juil - 11:54

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- Le quai Est du môle intermédiaire en cours de construction. Le « Cachalot » procède à la pose des blocs, amenés par des chalands depuis la jetée Delure. (Photo VERDY.)

... construite spécialement et pour laquelle 18.000 tonnes de béton ont été nécessaires.
Les bennes circulent sur la voie métrique dont les rails extérieurs (il y a trois voies parallèles) servent au déplacement de la grue « Titan ».
Le premier travail va consister maintenant à prolonger le parapet de la jetée à la cote 12/13 jusqu'au p.k. 2.600. Il est en effet imprudent de mettre un chantier en action sans assurer au préalable sa protection contre la mer. On prévoit deux campagnes d'été de bétonnage, soit 15.000 m3. L'avancement pourra alors se faire sans difficultés.
Parallèlement à ces travaux, la jetée est continuellement renforcée par l'immersion de blocs au fur et à mesure des besoins.

L'OUTILLAGE
Les magasins' affectés au dépôt des marchandises générales couvrent actuellement plus de 100.000 m2, tandis que la surface des terre-pleins affectés à l'entrepôt des marchandises atteint 250.000 m2.
Les silos d'embarquement des céréales, concédés à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Casablanca, couvrent une surface de 1.800 m2 et renferment 105 cellules de stockage d'une capacité totale de 30.000 tonnes environ. Les installations comprennent une tour de chargement de 51 m. de haut contenant élévateurs, bascules automatiques, appareils de nettoyage, sous-station électrique, etc... Une fosse de déchargement de 57 m. de long, avec transporteurs souterrains pour le grain arrivant en vrac, est située en bordure du bâtiment principal, côté quai. Le débit d'embarquement peut atteindre 400 tonnes à l'heure.
Le parc à charbon et à minerai a une superficie totale de 500 m, x 50 m. Il est géré par la « Manutention Marocaine », et doté d'un important outillage comprenant deux portiques électriques, d'une longueur de poutre de 126 m., complétés par deux petits portiques à trémies qu'ils enjambent, ces derniers enjambant à leur tour les trois voies ferrées qui desservent le quai. Les manipulations du minerai sont assurées par deux grues électriques de 12 t. 5 pour l'embarquement et une grue Diesel de 15 tonnes sur portique pour les mouvements intérieurs du parc. Le débit d'embarquement est de 400 tonnes par heure, et le débit de débarquement de 300 tonnes.
Un troisième portique, affecté à la manipulation du charbon, est en cours de montage sur le même chemin de roulement que les deux autres. Il a été fourni par la maison Apple-vage, son transport ayant été assuré par la Sogema.
Les installations d'embarquement des phosphates (Office Chérifien des Phosphates), couvrent plus de 20.000 m2 du terre-plein de la jetée transversale attenant au parc à charbon. Elles comprennent un hall de stockage desservi par transporteurs et quatre portiques d'embarquement. Le débit d'embarquement peut atteindre 600 tonnes-heure par portique.
Il existe en outre un parc pour la réception des goudrons en vrac, comprenant trois réservoirs de 900 m3 alimentés par pipe-line aboutissant au quai, et un parc pour la réception des bitumes en vrac avec un réservoir de 900 m3 doté de l'appareillage pour le réchauffage et la reprise du bitume.
Pour la manipulation des produits en vrac, plusieurs pipelines desservent les quais : l'un est affecté au débarquement d'huiles végétales, deux autres au débarquement et à l'embarquement des produits pétroliers noirs, desservant des réservoirs d'une capacité totale de 500.000 m3. situés à l'intérieur de la jetée transversale, le quatrième, destiné au débarquement des produits pétroliers blancs aboutit à un pipe-line flottant, disposé à l'extérieur du port, vers l'extrémité de la jetée transversale.
Le développement du port pétrolier de Casablanca, consécutif aux installations de la Compagnie Marocaine des Raffineries de Berre à Oukacha, puis aux dépôts de la Société Shell, de la Socony Vacuum, etc... impose une amélioration de l'équipement existant et il est prévu, dans un proche avenir, de doubler les installations actuelles.

ENGINS DE LEVAGE
Des engins de levage et de manutention sont répartis sur les différents quais, en dehors des installations spécialisées que nous venons de mentionner. Les quais du môle de Commerce sont ainsi équipés de 28 grues électriques de 5 tonnes à chariot mobile sur portiques couvrant trois voies, d'une portée maxima, au-delà de l'arête du quai, de 13 m., et d'une hauteur libre sous crochet de 18 m. 75. et 5 grues électriques de 5 tonnes sur portique à une seule voie.
Le môle Chaix et les quais de rive du bassin Delpit se répartissent une trentaine de grues de 1,5 à 6 tonnes, dont 16, provenant des surplus ont été mises en service dans le courant de l'année écoulée, le parc à colis lourds disposant d'un portique roulant électrique de 25 tonnes de 40 m. de portée.
Les terre-pleins divers ont à leur disposition une grue sur chenilles de 28 tonnes, une autre de 10 tonnes. 13 grues automobiles de 3 à 6 tonnes et 25 élévateurs de 2/3 tonnes.
Pour le service de ces terre-pleins, un parc automobile comprend 51 tracteurs automobiles et un nombre considérable de remorques et de semi-remorques, d'une charge utile allant de 2 tonnes à 20 tonnes.
Enfin les engins de levage flottants comportent le ponton mâture « Cachalot », dont nous avons déjà parlé, de 150 tonnes de puissance à 7 m. de portée et 95 tonnes à 13 m., hauteur du crochet 18 m., deux grues flottantes Diesel électriques de 30 tonnes et une grue flottante à vapeur de 15 tonnes.

LES REMORQUEURS
Les remorqueurs assurant les mouvements d'entrée, de sortie et d'évitage des navires dans le port, appartiennent à une société privée, la « Société Chérifienne de Remorquage et d'Assistance » (S.C.R.A.).
Fondée en 1925 par l'Office Chérifien des Phosphates, la S.C.R.A. disposait, jusqu'en 1945, de cinq remorqueurs, dont trois remorqueurs de haute mer (« Phosphate II », « Phosphate III » et « Phosphate IV »).
Après la guerre, la S.C.R.A. songea à moderniser son matériel et à augmenter sa flotte en raison de l'accroissement continuel du mouvement du port de Casablanca.
C'est ainsi qu'entrèrent successivement en service le remorqueur « El Baraka » (1946) de 1.300 CV, chauffé au mazout ; le « Capitaine Frioux » (1947) de 900 CV : « l'Ifrane » (1948) de 1.100 CV ; le « Sidi Belyout » (1949) de 1.100 CV, capable d'une autonomie de dix-huit jours, autonomie qui le rend particulièrement apte à des missions de sauvetage ; enfin le « Sidi Moussa » (1951), de 800 CV à moteur au gasoil.
Les trois remorqueurs de haute mer, « El Baraka », « Ifrane » et « Sidi Belyout » possèdent la radio à bord. Tous sont équipés de pompes à incendie et à épuisement pour le renflouement des navires sinistrés.


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