Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 16 Déc - 7:26

page 127


- Impasse dans la kasbah de Tahourirt d'Ouarzazat.

... prend son élan dans la poussière pour escalader la petite colline : l'hôtel. Un corps de bâtiment en briques sèches, un toit de tôle, mais une vraie porte vitrée par où entrent, sortent les sergents de goums aux larges sérouals flottants, aux képis bleu ciel. Chaque fois qu'ils l'ouvrent, cette porte, on entend au milieu des éclats de rire sonores, la voix de la patronne qui gourmande les serveurs et, débitée par un puissant phono, la rengaine à la mode, plus spleenétique encore ici.
Le vent siffle, des tourbillons de poussière s'élèvent et s'étirent en colonnes, tournoient autour de la butte, s'enfoncent dans les ravineaux, avec la route, vers la kasbah invisible. Une théorie de mulets conduite par deux tringlots indigènes aux mines patibulaires remonte de l'oued en faisant brinqueballer les chaînes des bâts. Digne, fatigué, sur sa mule à la serija rouge, Si Hammdi l'homme pie, khalifat du pacha à ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 16 Déc - 7:27

page 128


- Kasbah d'Ouarzazat,

... Ouarzazat, gravit au petit trot le chemin du poste, soucieux de quelque requête à présenter au hakem. Je regarde sur le ciel qui verdit grossir un point noir, l'avion de liaison du nouveau poste de Zagora. Une femme de goumier passe, dévoilée, s'arrête, les talons joints et me salue militairement. Tout Ouarzazat !
J'ai dit : tout Ouarzazat. Ce Ouarzazat-là, c'est nous qui l'avons fait.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 16 Déc - 7:29

page 129


- Aspect du centre de Tahourirt d'Ouarzazat.

Sans souci d'esthétique mais avec quelque poésie encore, il exprime la « geste » de notre occupation du pays. Comme un guetteur sur la piste, il s'est tapi au sommet d'un rocher, au-dessus de la plaine. Il a été sentinelle; maintenant il commande à toutes les sentinelles détachées au loin, vers le sud et vers l'est, vers l'avant ! Cependant, nul voyageur n'ignore la célèbre kasbah berbère que l'image, d'ailleurs, a popularisée. Elle subsiste dans toute son originalité typique à proximité du camp. On peut l'approcher à loisir; on peut y pénétrer; aux visiteurs de marque il y est offert, sans gêne excessive, la possibilité d'y faire un repas arabe. J'avoue n'y être jamais entré. Manque d'occasions et, peut-être à tort, manque de curiosité.
Cependant rien que par son aspect extérieur, cette kasbah est déjà remarquable. C'est celui d'une véritable cité, d'une cité du désert. La surprise vient de ce que cette cité, au type si caractéristique qu'accuse l'uniformité même des constructions, donne par la diversité, le fouillis des détails qui la composent, l'impression de grandeur. Assez récente (les Glaoua ayant fait raser l'ancienne kasbah après une révolte des Ahl Ouarzazat), plusieurs détails de sa construction trahissent une influence urbaine. Mais la silhouette trapue, resserrée dans l'enceinte étroite propre à la défense, cette multitude de petites fenêtres pareilles à des meurtrières, la dentelle des créneaux qui bordent les terrasses, tout cela découpé, dressé à même la terre fauve, sur le rebord du plateau ...



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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 16 Déc - 7:30

page 130


- Kasbah de Si Hammdi, khalifat du pacha à Ouarzazat.

... rocheux et nu, projeté sur un ciel vide, inondé de lumière; la hâte lente des indigènes qui entrent, sortent, le silence, traversé de temps en temps par un cri, par un appel, un visage olivâtre de femme entr'aperçu derrière un moucharabieh de bois, un groupe d'hommes au coin d'une haute terrasse qui regardent vers le sud les dures montagnes d'acier, il n'en faut pas plus pour imprimer dans la mémoire une image, en somme synthétique, de ces bleds.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 16 Déc - 7:32

page 131


- Motif décoratif berbère.
- Palmiers de Skoura.

VIII

VERS LA KELAA DES MGOUNA



LA vallée du Dadès est un jardin dans un désert, son charme est dans le contraste entre la palmeraie — après Skoura la palmeraie fait place aux peupliers, aux saules, aux arbres de verger — et les grands espaces nus qui s'étendent jusqu'aux montagnes, au nord et au sud. Mais ce long jardin, les mille kasbahs qui s'y égrènent en chapelet serré, le voyageur qui suit la route ne l'aperçoit que de place en place. Il a fallu aller au plus pressé; la khéla offrait à la route un « tablier » exceptionnel. Dès qu'on se fut assuré, avec le concours des Glaouas, de la soumission des ksouriens du Dadès, on jeta vers l'est, en direction des ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 17 Déc - 8:39


Veuillez patienter le temps du téléchargement des fichiers photo

page 132


- Tour de guet dans la vallée du Dadès.

... oasis dissidentes du Ferkla et du Todra, l'instrument d'une conquête durable : la route. A droite, derrière les berges qu'entaillent de secs ravineaux, court la rivière ; on la suit à une ligne sombre de palmiers qui tremble dans l'air sec et surchauffé au ras du sol fauve. Seule distraction à la monotone succession des gour rougeâtres que l'on franchit ou contourne. Parfois il y a la rencontre d'un camion en panne, ou plutôt de deux camions, car jamais une voiture ne reste seule. Comme les moteurs fonctionnent remarquablement, les pannes sont provoquées par le mauvais état de la piste; elles se produisent aux seuls endroits où celle-ci, quittant la khéla et descendant au niveau des alluvions de l'oued, s'ensable et se rétrécit. Ce sont aussi les seuls lieux habités, ce qui est fort heureux pour la sécurité des chauffeurs.
En vérité les palmeraies du Dadès sont assez pauvres, excepté celle de Skoura qui profite de l'élargissement de la vallée à son confluent avec l'oued El Hajaj ; les arbres sont clairsemés, s'étirent en minces rideaux qui laissent jouer la lumière entre les troncs aux lignes souples, groupés ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 17 Déc - 8:41

page 133


- PALMERAIE DE SKOURA. FEMMES REVENANT DE LA SEGUIA.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 17 Déc - 8:41

page 134


- La palmeraie de Skoura.

... en gerbes, par trois ou quatre. Le sol, sableux, formé d'alluvions légères est divisé tout autour des ksour en multiples jardins que limitent de petites levées de terre ou des murs qui, par places, s'effritent. Les indigènes travaillent ce sol ingrat grâce à une eau abondante qu'apportent mille séguias. Orge, maïs, fèves, croissent à l'ombre parcimonieuse des palmiers, des figuiers, des frêles abricotiers. Ce n'est point qu'une apparence de richesse puisque des milliers d'hommes vivent là, pressés sur les bords de cette eau miraculeuse.
Le Maroc aux caractères extrêmes ! Nulle part ailleurs que dans ces régions pré-désertiques l'observation n'est plus juste. Après des heures et des heures d'un plateau pierreux, sec, nu, traversé à cheval, vient la descente d'une berge croulante, puis la caresse que fait à l'oreille le bruit des palmes balancées par le vent, la caresse faite au regard par cette symphonie de tous les verts : vert acide de la jeune orge, gris-vert des figuiers, ...



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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 17 Déc - 8:46

page 135


- Tighremt du Dadès.

... vert tendre des saules et des peupliers, vert sombre, métallique et brillant des palmes et ces caresses vous sont si douces, récompensent si bien votre fatigue, comblant votre dénuement de tant de promesses de repos, vous annonçant une si calme retraite enchantée par le murmure de l'eau et des feuilles légères, parfumées par le thé, que l'on oublie allègrement tout souci de dénombrer, de jauger, de mesurer. On chemine entre les murettes et, comme on est à cheval, le regard plonge à droite, à gauche, dans les enclos où parfois un homme, penché vers le sol s'est redressé au bruit de la course. Quelque mokhazeni de la petite avant-garde, en deux mots, vous a présenté, l'homme salue ou bien murmure, comme détaché, indifférent : slama. Le long de l'étroit sentier, des femmes vêtues de bleu, la cruche sur l'épaule — je suis toujours heureux de retrouver la grâce de cette pose antique — se serrent contre le mur, et, de ce mur, leurs visages, leurs bras, ont la patine. Des ponts minuscules, un peu de terre retenue par trois branches, franchissent les séguias, les chevaux habiles n'en font pas crouler une seule motte. Si parfois l'on s'égare parmi les cent détours de ces petits chemins encaissés, si ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 17 Déc - 8:47

page 136


- Rue de kasbah à Imassine du Dadès.

... l'on hésite à un carrefour, deux cavaliers se détachent, partent en reconnaissance et le paisible murmure des jardins est troublé, s'anime un instant du bruit de leur galop. On ne s'impatiente pas de la lenteur de la marche. Le soir vient. Ce n'est pas la féerie des couleurs fastueuses qui se déploient depuis le ciel jusqu'aux montagnes, s'étalant en larges nappes sur la plaine, mais une ombre très douce qui flotte, hésite autour des arbustes, se charge du parfum des fleurs, s'élève lentement le long des palmiers dont les touffes, tout là-haut, impriment en noir sur un reflet rutilant de vieux cuivre leurs dessins aigus. Les crapauds s'éveillent, traversent la piste en hâte avec des bonds maladroits et terrifiés. Les pas des chevaux résonnent plus sourdement sur le sol, les bruits s'égarent, et puis, pareillement, l'attention quitte les choses définies pour mieux goûter le calme un peu inquiet, très doucement musical du crépuscule.
A l'orée de l'ombre chaude, des murs terreux, des branches fleuries ...




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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 17 Déc - 8:49

page 137


- KASBAH DE LA KELAA DES MGOUNA.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 17 Déc - 8:50

page 138


... et des palmiers, dresse, sur un amas confus de rochers, la silhouette géométrique, assyrienne, dirait-on presque, de la haute tighremt.
Ces tighremts du Dadès sont, à mon avis, les plus originales du Maroc. Elles ne s'imposent pas sans doute par leur masse confuse comme les grandes kasbahs célèbres. De dimensions plus restreintes, faites pour abriter une famille et ses clients, elles ont plus d'individualité, le type architectural en est mieux mis en valeur. Ce type est très simple, et on ne peut pas le rapprocher de celui des constructions soudanaises. Par delà les quinze cents kilomètres de désert qui les séparent comme le ferait une mer, le Soudan et le Maroc ont, de tout temps, été en rapport et les confins sud de ce dernier pays étaient certainement plus aptes à se laisser toucher par ce qui venait du Soudan que par ce qui subsistait au nord de l'Atlas d'influence méditerranéenne et orientale. Atavisme de race peut-être aussi, puisque beaucoup de sang noir s'est mêlé aux sangs arabes et berbères. La tighremt du Dadès a cependant une élégance de ligne incontestable que ne connaissent pas les étranges mais lourdes constructions de l'Afrique tropicale. Nous y retrouvons la disposition habituelle du rectangle flanqué de tours carrées; plus étroites, celles-ci gagnent par la fuite de leurs lignes vers le haut un élan inhabituel qu'accentuent encore les cornes d'angle qui relèvent leurs pignons. Un dessin très simple décore ces tours et parfois les murs, c'est une sorte de frise géométrique formée d'une combinaison de petits angles droits moulés en creux dans le pisé; ce motif se retrouve inchangé partout, seule sa disposition peut varier. Ce qui donne son cachet d'originalité à chaque village, c'est sa silhouette, la façon dont le hasard beaucoup plus certainement qu'un plan réfléchi, et la disposition du sol, le site, ont permis aux différentes constructions de se grouper ; sa couleur aussi, celle de la terre sur laquelle il s'élève et dont son pisé est fait; son éclairage qui dépend du lieu et de l'heure. La surprise n'est pas d'un monument insolite, de quelque très belle construction et elle est offerte bien plus par la nature que par le travail des hommes. L'indigène construit son ksar suivant le vieux type traditionnel et les plus récentes de ces maisons-forteresses (aucune n'est très vieille, car elles ne résistent guère plus d'un siècle aux intempéries), vite érodées par les écarts de température, par les vents violents du sud, semblent avoir de tous temps fait partie du paysage. Ksour de Skoura, d'Imassine, de La Kélaa, ceux qui s'accrochent aux berges déjà plus élevées de l'oued vers Bou Main, ceux que cache la montagne aux creux d'une vallée resserrée entre deux gorges, ce sont plus de mille ksour qui s'échelonnent ainsi le long de l'étroit sillon du Dadès.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 17 Déc - 8:52

page 139


- KASBAH RUINÉE.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 17 Déc - 8:53

page 140


- Tighremt du Haut-Dadès.

La Kélaa, petit poste militaire, jalonne la grande rocade du Dadès-Tafilelt. Le bordj occupé par la compagnie d'infanterie commande la plaine vers le sud du haut d'une médiocre colline. Mais l'organisme vivant, actif, c'est le Bureau d'Affaires Indigènes établi au pied de ce bordj, sur la piste même, devant ce ksar de La Kélaa, si curieux ksar bâti au milieu de la vallée, sur une roche énorme en surplomb. Il n'est pas très beau ce Bureau ; construit avec des crédits de misère, certains de ses bâtiments tombent déjà en ruines, d'autres ne sont pas achevés. Un lacis de sentiers poussiéreux grimpe au flanc du rocher parmi les réseaux de barbelés et le relie au bordj. Sans doute est-il provisoire. Actuellement, il fait le guet au carrefour de la route et de l'une des pistes de transhumance qu'em-empruntent les tribus de pasteurs qui vont du Mgoun au Saghro.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 17 Déc - 8:55

page 141


- Kasbah du Mgoun.

IX

LE MGOUN ET LA HAUTE VALLÉE DU DADÈS


Me voici seul au milieu de vingt chleuhs, ma protection. Trois mille mètres d'altitude et la grande chaîne, l'ighil (1), comme disent les indigènes, haute de quatre mille mètres qui me domine. Je crois bien être le premier Européen à fouler ces pentes. C'est hier matin que j'ai quitté La Kelaa.
A peine égayée par la maigre oliveraie de la Zaouia Aïfer où je fis halte, ma route, lentement, péniblement s'allongeait dans un paysage ...

(1) Bras, en berbère; ce terme est employé pour désigner les montagnes de forme allongée.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 9:18

page 142


- Berbères de la Protection.

... grandiose, abrupt et sauvage. En pleine montagne déjà, le soleil avait sur les pentes qui lui étaient opposées les mêmes ardeurs encore, le même éclat dur, que dans la plaine. Mais tout à coup, la taghia de l'assif Mgoun nous absorba dans son long couloir d'ombre.
Cette taghia est une des plus belles que je connaisse dans la montagne marocaine.    Deux   murailles   verticales,    hautes   de   plusieurs centaines de   mètres  par endroits enserrent le cours sinueux du torrent.    On   avance passant de l'une  à l'autre de ces gigantesques    chicanes    et chaque  fois  on  croit  que   l'on  va entrer dans le cœur même de la roche,  qui derrière soi, se referme. Dans  le  lit, les galets et les sables  arrachés   à   la   montagne depuis son faîte, en rassemblent, plus  vives et plus pures, lavées, polies par les eaux, toutes les couleurs...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 9:20

page 143


Ma petite tente est dressée au-dessus d'une source minuscule et herbue où s'abreuvent mes six mulets. Nous sommes sur le flanc même du Mgoun, gigantesque éboulis en pente assez douce de cailloux noirâtres que perce ça et là le rocher. De grandes plaques de neige le couvrent et dans ses replis se font plus épaisses. Le soleil s'est couché, toute la basse montagne et les vallées sont noyées par la nuit qui s'élève. Une brume épaisse, violette, opaque, cache l'horizon sud et les chaînes du Tiffernine et du Saghro. Mais ici le ciel sombre brille encore et la neige paraît phosphorescente, elle répand une lumière de rêve, irréelle, la seule qui convienne à ce calme absolu, à ce silence si pur, lourd du poids des choses éternelles. Silence profond sous mille petits bruits discrets : le tintement de la chaîne qu'un mulet traîne à son cou, le crissement d'un insecte qui se gorge, avant la nuit de l'ultime chaleur d'une pierre tantôt ensoleillée, le murmure de la source et, par instants, le sifflement léger d'un coup de vent descendu de la cime et qui se déchire aux rochers. Heure paisible où tout effort est arrêté, suspendu, où la fatigue se fond en une agréable lassitude, où les impressions, les sensations, sont épurées, sublimées par cet air ardent et froid, où l'harmonie des formes simplifiées et agrandies qui s'offrent à la vue impose aux sentiments un rythme intérieur si majestueux d'allure.
Parti en pleine nuit. C'est à l'aube que j'ai atteint avec les trois plus énergiques de mes hommes, le sommet du Mgoun. Ascension sans histoire : patient effort, trois heures durant, le long de la pente tour à tour caillouteuse ou enneigée. Un vent peu violent mais glacé, soufflait. La lune à peu près pleine était très basse sur l'horizon et la montagne, bien vite, l'avait cachée. Dans une espèce de clair-obscur qui troublait la vue plus que ne l'eût fait la nuit franche, les silhouettes se perdaient très vite et il fallait continuellement appeler pour ne pas s'égarer. Lorsque nous eûmes atteint le rebord de la falaise qui tombe au nord et marque la ligne de crête, le ciel déjà blanchissait et les formes connues des montagnes des Bou-Guemmez, de l'Azourki, toutes celles des bleds de Demnat, émergeaient de l'ombre.
Une dernière pente, raide et glissante, et c'est le sommet. J'ai l'impression d'émerger dans une lumière plus vive. Ce n'est pas celle que j'attendais. Je me retourne; le soleil vient d'émerger lui aussi au-dessus de l'horizon, mais un horizon tout chargé de brumes, à travers lesquelles il apparaît rouge, sanglant et déformé. Le vent redouble de violence. Encapuchonnant déjà les plus lointains sommets au nord, de gros nuages blancs déferlent vers nous. Peut-être vais-je avoir mauvais temps, peut-être ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 9:22

page 144


... les quelques observations que je désirais faire en seront-elles gênées, mais   le   spectacle   est magnifique et je refuse à une impatience vaine et stérile de m'empêcher d'en jouir. Au nord, c'est depuis    l'horizon,    une succession   de   chaînes qui   s'étagent   jusqu'ici, tout  le pays,   qu'en   un mois je viens de parcourir. Le  soleil    monte,   éclaire   ces chaînes d'une  lumière  argentée, pâle,   largement    répandue,    mais les vallées restent sombres, par endroits le vent rassemble au fond de quelques-unes d'entre elles les vapeurs de la nuit, et, peu à peu, semblant sortir du creux de la terre, de petits nuages se forment, avant-garde à la masse inquiétante qui roule au loin sur les hauteurs du bled Ntifa. Des lambeaux déchiquetés grimpent déjà
verticalement aux flancs du Mgoun, aspirés par les rafales ils précipitent leur allure, se déforment, s'étirent, passent en sifflant dans le vent sur le rebord aigu de la crête, puis s'évanouissent. Tout à l'heure, en un point qui semblera mystérieusement choisi de l'espace, ils vont renaître, se reformer spontanément. Sur ces nuées, à travers elles, sur les longues pentes verdoyantes ou aux flancs escarpés où la roche a des éclats de métal et des pâleurs mates de squelette, des jeux mouvants de lumière s'établissent : tout un paysage changeant de féerie flotte au-dessus de l'ombre bleue, très profonde, vertigineuse, des vallées. Il suffit de se retourner, appuyé sur le vent, de rouler sur lui, d'offrir l'autre face à sa morsure ; du nord au sud tout a changé. C'est dans une vapeur rougeâtre que baignent les contreforts de la chaîne et, là-bas, tout le lointain pays du Dadès. Vapeurs, ou poussières calcinées à travers lesquelles les formes indécises tremblent. Plus d'ombre ni de jeux de lumières, mais de longues écharpes mauves, violettes, pourpres, qui flottent, parallèles, parfois se joignent, se confondent. Le grand vent de la khéla doit souffler là-bas, ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 9:24

page 145



... raboter les vastes surfaces nues, soulever ces colonnes de poussières qui restent suspendues en l'air; souffles tantôt brûlants,
tantôt glacés qui m'ont si souvent enveloppé. Arc-bouté pour résister au vent, les pieds solidement plantés sur la pierre glacée de mon sommet, le visage protégé par un lainage épais, je fouille du regard l'horizon, je cherche, encore une fois, la joie de découvrir l'ossature d'une vaste étendue du pays que je domine. Mais c'est en vain; les nuages, plus épais, en masses pressées, accourent ; des vallées entières en sont remplies à déborder; ils couvrent déjà des hauts sommets qui, plus sombres et tout tragiques sous eux, écrasent les pentes légères et lumineuses.

Les Aït Arbi forment un des premiers ksour de la haute vallée du Dadès ; ils sont situés à l'endroit même où l'oued — descendu sous le nom d'assif Imdras des terres élevées qui font suite vers l'est à l'Azourki — heurte la barre rocheuse dressée en falaise au-dessus du seuil de Bou-Maln Imidr. Après les Ait Arbi, le Dadès s'infléchit en un double coude assez brusque, coule en torrent sur un lit rocheux et sort enfin de la montagne.
J'étais arrivé dans ce village tard dans la journée avec un officier de mes amis. Nous y attendions pour le lendemain matin le goum entier de Bou-Maln chargé d'assurer notre sécurité dans le bled Aït Seddrat ...


- Seuil de Bou Main Imidr.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 9:25

page 146


... qui n'avait point encore été parcouru. Par prudence nous n'avions pas monté nos tentes à l'extérieur du ksar, mais l'amghar nous ayant offert l'hospitalité, nous avions préféré, à cause du beau soir prometteur d'une nuit douce et calme, nous installer avec notre modeste bagage sur une étroite terrasse, au sommet de l'une des tours.
Nous attendions le thé et le repas en devisant, allongés sur des tapis berbères que les serviteurs avaient disposés à même la terre battue. Nos têtes étaient au niveau des créneaux triangulaires. Lorsque nous nous laissions aller, adossés aux murs qui se délitaient, nous avions devant nous, au sud, les protubérances de grès rouge du jbel Imlil d'une splendide couleur violette sous la lumière du couchant. Plus près, à gauche, la muraille verticale qui domine le prochain ksar des Aït Ouglifi semblait vraiment flamber. Mais les longues pentes qui s'élèvent à l'ouest vers les contreforts du Mgoun, presque parallèles aux derniers rayons, avaient des reflets d'ardoise et prenaient dans le contre-jour des perspectives et des proportions fantastiques. Sur tout cela le dôme du ciel, couleur d'améthyste à l'orient, vert jade, vieil or, à l'occident, répandait une clarté étrange, douce et ardente, où le regard se perdait avec une volupté sensuelle. Si nous nous retournions pour regarder par-dessus les créneaux c'est notre ksar que nous voyions, mais dans ses parties hautes. Les tours étroites, en tronc de pyramide, ramassées en faisceaux, confondues dans le demi-jour, découpaient leurs pignons d'angles, dont quelques-uns arrondis en boules par les vieilles poteries qui les surmontent, sur le ciel ou sur quelque lointaine pente encore verte. Dans la silhouette sombre de l'ensemble limitée par des montées rigides, les façades orientées à l'ouest inscrivaient des rectangles, des trapèzes, des triangles d'une lumière orangée, chaude, profonde, qui retenait le regard comme un éblouissement très doux. Nous percevions sous la terrasse si légère qu'elle en était flexible le bruit étouffé des allées et venues des indigènes occupés à préparer notre repas; des cours profondes montaient les beuglements, les bêlements des animaux repus de soleil et d'air plus que de leur maigre pâture, et qui s'entassaient pour la nuit, puis aussi les appels des bergers, les cris aigus des femmes et le bruit de branches cassées des lourds tas de bois qu'elles déchargeaient. Un vol de sauterelles passa, nuage rosé sur le ciel métallique. Peu à peu la nuit gagnait; au ciel le secteur d'ombre lentement se referma et la discussion que j'avais avec mon ami s'interrompit sur le seul coassement d'un crapaud, déchirure émouvante dans la pesante trame du silence. La vallée aux échos nombreux renvoya l'appel. Bientôt ce fut un concert général, répercuté d'une rive à l'autre, ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 9:27

page 147


- Village du Haut-Dadés en montagne.

... porté par la brise fraîche, un peu molle et lourde du soir. Nous nous taisions, nous écoutions cela monter, emplir l'espace, monter du fond obscur de la vallée jusqu'aux étoiles. Chant familier que ce chant des crapauds, chant partout entendu mais qui nous restituait sur ce ksar avancé, dans ce pays incertain, comme une sorte d'intimité calme, paisible.
Pauvre chant qui s'accordait en mélancolie avec le charme du soir et lui empruntait une certaine magie. Nous en reconnaissions, nous en suivions les parties; chaque bestiole donnait sa note. Bientôt, une à une, beaucoup se turent; ne chantèrent plus que les passionnées !
Alors, bien qu'il n'y eût pas de lune, ni de baraque sur les monts et qu'aucun truand ici n'eût appris à chanter aux crapauds, mon ami se prit à dire le « Vieux Truand » de Richepin.
J'écoutais les beaux vers au lyrisme un peu facile ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 9:28

page 148


- LES AÏT ARBI SUR LES TOURS.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 9:30

page 149


- LES KASBAHS DES AÏT ARBI.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 9:32

page 150


- Crête du Jbel Mgoun.

... mais toujours émouvant et la musique d'une voix volontairement retenue, chaude et souple qui leur donnait une vie toute palpitante de pitié.

.........................................................................................................................

Et l'on veut avec rancune
Lui laisser pour tout repos
La chanson du clair de lune
Qu'il apprenait aux crapauds.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 9:34

page 151


- Tenture des Mezguila du Dra.
- Frontal berbère.


X

LA DÉSOLATION DE L'ANTI-ATLAS

UN géologue de mes amis appelait le pays de l'Anti-Atlas le pays le plus vieux du monde. Il entendait par là que les roches de son sol sont parmi les plus anciennes connues. Anti-Atlas, Tiffernine, Saghro, Ougnat, constituent au fond, une seule et même chaîne, mais interrompue par une série de phénomènes géologiques complexes et à laquelle sont venues sans doute se surajouter les puissantes coulées de lave du Siroua. C'est l'écran formé par ce pays difficile en contact direct avec les grandes hammadas du sud qui recule à quelques deux cents kilomètres de l'Atlas les ...


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MessageSujet: Re: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   

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AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain
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