Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:31


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page 152


- Village de petites kasbahs irrégulières dans la vallée de l'Imini.

... rigueurs du climat saharien. Pays de transition du point de vue géographique, il l'est aussi à l'impression du voyageur qui a déjà vécu,
sensible ou non à leurs terribles attraits, sur les étendues mortes du grand désert. J'excuse toutefois celui qui venant de parcourir l'Atlas, appellerait déjà le désert tels bleds que j'ai connus ici. Dans certains endroits, dans des régions entières, la désolation en est infinie, l'aridité presque absolue. C'est un morceau du squelette de la terre ; ses roches sont pareilles à des os blanchis, puis noircis par des millénaires et des millénaires au soleil; mais son attrait, à qui le découvre, et si sévère qu'il soit, n'en est pas moins puissant. La lumière, les couleurs y sont en quelque sorte sublimées et la matière elle-même, cette terre, ces roches, si pures qu'elles en refusent presque absolument la vie, y composent de telles harmonies ! Ardeurs, beautés de feu des midis, magies des nuits et des crépuscules, charmes où nulle pitié vivante, humaine, ne repose de l'effort, ne permet de lever à l'espoir de quelque douceur.
Au cours d'un premier voyage, voici quelques années, j'avais déjà contemplé ces bleds, soit du haut des grands sommets de l'Atlas, soit des plaines qui les bordent au sud, soit, mieux encore et tout à loisir, de la khéla d'Ouarzazat. Ce dernier poste n'est séparé des pentes du Tiffernine ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:33

page 153


- La kasbah de Tikirt.

... que par le cours sableux de la rivière qui va, un peu plus loin, s'unir au Dadès pour former le Dra et couper la montagne suivant une taghia (1) profonde. Plus curieux de ce Sud parce qu'il nous était interdit, je m'accoudais le soir sur la terrasse du Bureau des Affaires Indigènes. Toutes les magies de l'heure, bien entendu, m'enchantaient : les contre-jours qui creusent les ombres au bord desquelles naissent, éclatent, s'évanouissent des feux ardents, l'or liquide des plans d'eau, les rayons obliques à travers les palmes et ce vert plus éclatant, somptueux, qu'étaient alors sur les berges les plus pauvres champs d'orge. Mais je cherchais encore, et passionnément, à comprendre cette tumultueuse architecture.
Une action politique intelligente, persévérante, nous a ouvert par étapes bien définies, nettement délimitées, le Sud. Ce n'est que ces dernières années que nous avons connu, par là, les combats, parce que nous étions arrivés au contact des nomades Ait Atta déjà irrités par la perte de leur suzeraineté sur les ksouriens des vallées fertiles. Combats sanglants d'ailleurs, mais dont l'âpreté, les peines, sont couvertes aux yeux de la Métropole par une réserve bien voisine, aux yeux de beaucoup, de l'ingratitude.
Il n'est qu'équitable, toutefois, de reporter sur nos alliés Glaoua une partie du ...

(1) Gorge.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:35

page 154


... mérite de cette pénétration. Depuis le début du siècle le sultan avait accordé à ces caïds la suzeraineté des tribus du Dadès, du Dra, et celle de la grande confédération chleuh des Aït Ouaouzguit groupée autour du Siroua... Il profitait de cette jeune puissance qu'il s'était attachée pour se débarrasser du souci de tribus lointaines, foyers toujours prêts, l'Histoire l'avait montré, pour des agitateurs. Une souple politique d'influence, un petit nombre d'opérations habiles, réussirent d'abord, mais l'étendue des territoires à contrôler obligeant à disperser les forces, quelques échecs arrêtèrent la progression. Nous eûmes plus tard à appuyer cette progression en la conseillant. Mais alors, lorsque nous arrivions, le principe de l'aurorité makhzen était reconnu dans les vallées et chez les populations sédentaires. Nous pouvions, dès le début de notre effort, lancer, sans même toujours avoir à les appuyer sur de véritables postes, l'antenne si symbolique de notre pénétration, nos pistes.
Pistes modernes, sœurs des voies romaines, comme celles-ci palpitantes, bruyantes du passage alterné des peuples, ceux de l'ordre conquérant ou civilisateur, et les autres qui déjà acceptent sur elles de s'adapter. Pistes dont les minces rubans blancs de poussière semblent si fragiles comparés à l'antique via pavée de grès ou de granit, comme le cintre de béton paraît provisoire à côté de l'arc triomphal ! Pourtant une technique plus savante vous transforme, vous améliore, vous déplace parfois, vous ramifie à l'infini, pistes rapides, plus attentives à prévenir nos désirs plus divers.
Aux Aït ben Addou celle qui vient de Marrakech bifurque et, par un grand crochet vers le sud-ouest, nous conduit vers le cœur du Tifîernine.
C'est une vaste cuvette d'abord, très plate et parsemée de buttes, de rochers, dominée par les chutes de la khéla des Aït Imini et par les moignons noirâtres que forment, au sud, les hauteurs du bled Aït Douchène. L'assif Imini la traverse et son maigre filet d'eau s'en va vers la kasbah de Tikirt à peine visible, isolée, comme à l'écart au pied d'une sombre colline. Quelque chose d'aussi aride, d'aussi désolé que la khéla d'Ouarzazat, mais de plus triste encore que celle-ci qui prenait son élan sur les pentes mêmes de l'Atlas, participait un peu de la fraîcheur et de l'élégance de ses sommets et semblait, de si loin, dominer les funèbres hauteurs du sud. Ici l'horizon est plus restreint, les rocs brûlés sont tout proches, ils laissent entre eux, béants ou étroits, d'étranges défilés qui tous, également, vous invitent et vous inquiètent. La piste pourtant, miracle de la piste, sait où elle va ! Dans cette nature incertaine elle trace un trait précis, dans le soufre d'abord, dans un calcaire jaune si pur, au grain ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:38

page 155


- La feija et le jbel Bani.

... grain si fin, si exempt de la moindre souillure, qu'on a l'impression de rouler au milieu d'un paysage étrange fait de mottes égales en fleur de soufre. A droite, un village : petites kasbahs régulières, au dessin précieux, qu'entourent de très pâles peupliers. Fait avec cette terre, il est jaune comme elle. Sur la pente, aussi juste qu'une parabole et parfaitement nue, les ombres vertes de ses cubes s'infléchissent.
Après le pays jaune, le pays noir, le pays du manganèse. Dépassé le petit village d'Anzel endormi dans la torpeur d'une plaine nue, hérissée de rocs détritiques, couleur de poussière, la piste monte vers la ligne de hauteurs suspendue en feston au double pic de la khéla Bachkoun et du Taourirt Mqorn. Vue du nord toute cette chaotique surface brille comme un métal avec des ombres dures et opaques; si l'on regarde dans le sens opposé, elle a l'aspect terne d'un vieux bronze patiné, à cause d'une maigre végétation d'herbes qui s'accroche dans les replis de la pierre.
La route paraît vouloir monter à l'assaut du plus haut des pics. A droite, à gauche, tout le pays se découvre. Il est semblable à quelque gigantesque récif marin rongé par un flot qui se serait retiré à jamais, laissant nues ses formes invraisemblables. L'extrême vieillesse géologique, les vents du sud et la sécheresse ont imposé à ce sol le modelé même que lui aurait donné la mer.
Sous la lumière ardente, accablante, que rend plus dure encore le vent desséché qui vous frappe brutalement au visage, tout ce chaos de roches noires si triste et désolé, est miraculeusement adouci par la transparence ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:40

page 156


- Kasbah d'Alougoum sur la piste de Foum Zguid.
- Marabout du sud.

... vibrante de l'air. Les plus suaves, les plus pures couleurs, pareilles à des reflets de diamant, se composent sur de larges surfaces aux formes pleines et hardies, dans un ordre simplifié, harmonieux, qui remplit et fait chanter tout l'espace. Mais ce qui donne une unité ici à ce paysage presque abstrait, c'est la silhouette majestueuse, si caractéristique, du Siroua. Il est là, à trente kilomètres dans l'ouest, à faible portée du regard, avec, à ses pieds, quelques énormes tas de rocs, scories, montagnes de moindre importance. Un peu de neige brille encore au-dessous de son ultime piton. C'est l'époque où les bergers gagnent les hauts azibs. Pendant des mois et des mois ils vont vivre avec leurs bêtes, couchant la nuit avec elles au milieu de leur acre et lourde odeur, sous un ciel immuablement pur. Et j'imagine, regardant ces pentes, d'ici ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:42

page 157


- LE VILLAGE DE TAZENAKHT.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:44

page 158


... désertes, qu'elles retentissent des chants alternés des petits pâtres, ces complaintes chleuhs aiguës et nostalgiques que j'aime tant. Dressé au sein de la musicale lumière, le Siroua, montagne chantante, prend part à sa symphonie !
Le rebord du plateau est atteint. Deux roches, véritables propylées, sur le bord de la route, annoncent la descente et brusquement apparaît dans toute son étendue la cuvette de Tazenakht...
Tazenakht ! Au pied de la kasbah où des traces de moulures achèvent de s'effriter sur les tours jadis élégantes, dans un petit vallonnement rocheux, le pauvre village s'étend. Mais le soir y coule de l'ombre, efface la misère de ses ruines qui se dessinent avec la belle vigueur d'une eau-forte.
Village qu'habitent surtout des Juifs. J'en croise quelques-uns dont la mise relativement propre et soignée contraste avec l'abandon du pays. Mais d'autres, crasseux, m'emmènent à leurs échoppes où ils veulent me vendre un khenif. Je retrouve là deux ou trois vieux colporteurs déjà rencontrés sur les pistes du Sud et je débats avec eux un prix à la lueur de quinquets à acétylène faits de vieilles boîtes de conserve. J'emporte le khenif et me dirige vers la kasbah lorsque tout à coup le faisceau d'un phare éclaire celle-ci violemment, la dresse sur l'obscurité accrue comme un fantomatique château de rêve. Des moteurs ronflent et j'aperçois sur la piste les deux autos blindées de sécurité qui reviennent du Zguid.
Avec une rafale de vent glacé nous nous sommes engouffrés sous le porche de la kasbah. Si Hamed prévenu par ses sahabs m'attendait, balançant à bout de bras une grande lanterne de fer blanc. L'ombre du vaste passage en chicane nous absorbe aussitôt et j'ai grand'peine à ne pas glisser avec mes souliers cloutés sur ces grosses pierres rondes qui luisent sinistrement comme autant de crânes.
... Dès le lendemain, le morne sombre de l'Achoufchit dressé sur la plaine est dépassé. J'atteins le col, le Tizi n'Timouchinden ouvert sur un cirque sablonneux et désert : le Tagragra.
De la vallée de l'oued Kaabia où je vais m'engager les pentes se resserrent. Chaque mouvement de terrain présente une surface géométrique parfaite, les courbes des sections étant idéalement tracées par les bancs de roches plus dures. La palmeraie s'y insère, éclatante de verdure, dense, touffue, telle que d'instinct on la désire dans un cadre si dangereusement logique.

On rencontre, accroupis au pied des murs ou isolés sur la route, ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:48

page 159


- Enfants hartani d'un village de l'oued Kaabia.

... poussant un âne trop chargé ou des chameaux faméliques, des hommes dont beaucoup sont vêtus de toile bleue. Le type saharien est déjà accusé, plus exactement le type hartani, métis de nègre et de berbère. Les individus sont grands et maigres souvent au point de paraître desséchés comme de véritables momies ce qu'accuse encore leur peau tannée, noire, grise même sur les jambes nues couvertes de poussière écaillée.
L'espace s'ouvre, la vallée se fait plaine, où tremble la lumière sur une grande surface déserte et blanche de sable. Cet espace, un mur le ferme au sud, à vingt kilomètres, mur vertical de cinq cents mètres de haut. Son ombre, idéalement bleue se tient suspendue entre deux ors, celui du ciel, celui de la terre : le jbel Bani. Une cassure étroite en son centre laisse deviner le passage par où le Zguid s'échappe vers le désert. C'est cette cassure que, nécessairement, emprunte la route pour atteindre le poste situé à son débouché, au foum (1), au pied de la pente du jbel. Il y a lieu de prendre quelques précautions pour traverser cette grande plaine sablonneuse. La feija (2) qui la prolonge vers l'est et vers l'ouest est souvent parcourue par des djiouch (3) et je sais que des Aït Sfoul, ...

(1) Bouche.
(2) Col, passage plat dans une montagne.
(3) Au singulier djich, expédition guerrière, menée par un petit nombre d'hommes et ayant généralement pour but la rapine.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:51

page 160


- Vallée de l'oued Kaabia.

... dont le loyalisme est douteux, y campent présentement. Au bas de l'éperon rocheux que nous venons de gravir je m'arrête devant le ksar d'Alougoum, demeure du cheikh qui commande à la vallée. On vérifie les bougies qui tout à l'heure donnaient mal, puis le fonctionnement général du moteur.
Je décroche enfin, à tout hasard, le mousqueton du dossier où il était fixé.
Les enfants d'abord, puis les hommes du village nous ont entourés. Il n'y a guère qu'un mois que le pays est occupé et je jouis encore d'un certain attrait de curiosité, mais qui me semble peu enclin à la sympathie. Comme un grand diable de hartani me refuse de l'eau pour mon radiateur, je lui fourre le seau de toile dans le capuchon de son burnous et le prends ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:56

page 161


... par le bras : « Tu en trouveras bessif (1) ». La bourrade a son effet, mais elle est accueillie par un silence désobligeant de l'assistance et par des regards sournois. Cependant les enfants donnent une raison, au moins passagère, de détente. Je leur offre du pain et surtout quelques boîtes de conserves vides qu'ils emportent avec de grands cris de joie. Mais qui m'amuse beaucoup, c'est mon chauffeur. C'est un excellent garçon, très habile de son métier, qui n'avait jamais dépassé jusqu'ici la zone des circuits d'autocars. J'ai beau lui expliquer que nous n'avons rien à craindre de la part de ces ksouriens responsables, il n'en met pas moins une hâte fébrile à terminer l'inspection de son moteur. Il brûle d'atteindre le poste où, croit-il, il sera, dans l'enceinte des murettes et du barbelé de la Compagnie de Légion, plus en sécurité qu'ici.
Foum Zguid ! Cette gigantesque écaille de rocher qui court, dressée d'une extrémité à l'autre de l'horizon, sur laquelle le jeune poste a accroché ses tentes blanches, ses réseaux bleutés de barbelés, épaulé ses murettes, usé déjà ses innombrables pistes de fine poussière qui le relient à d'humbles points vitaux, c'est le Bani, la muraille de Chine du pays marocain. Au delà, c'est le désert, pas tout à fait le désert, me fait remarquer l'ancien méhariste que l'on a jugé nécessaire, tout de même, pour ce poste des confins. Pas tout à fait le désert !
Nous tournons le dos au sombre Bani, ardent de la chaleur dont l'accable, perpendiculaire, le soleil. Le va-et-vient du poste : légionnaires, goumiers, grimpent et descendent les petits escaliers des murettes, vont au « Foyer », à leurs corvées, vont porter des ordres. Derrière nous, nous dominant, les guitounes de la Compagnie de pionniers, au-dessous, celles des Affaires Indigènes. La pente poussiéreuse où s'accrochent les lacets de la piste-auto descend jusqu'au premier village, El Mhanch, et à la palmeraie qui s'étale après le foum en un long triangle de deux ou trois kilomètres, tache sombre et ondoyante sur l'immense plaine bronzée au noir de guerre. Sur un horizon parfait comme celui de l'Océan se profilent des silhouettes caractéristiques pour qui connaît les formations sahariennes : deux, trois gour allongés, une dizaine de rochers alignés formant la suite parfaitement régulière des dents d'une énorme scie, enfin la courbe pure d'un long dôme, accident le plus remarquable de ce paysage mort. Je dis paysage mort, mais mon compagnon ...

(1) Expression qui, littéralement signifie : avec le sabre, mais qui est employée dans le sens de : de gré ou de force.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 17:58

page 162


- Femme de Foum Zguid.

... met sous mes yeux, et à l'aide de ses jumelles encore pour me convaincre mieux, une forêt au pied du grand dôme. Une forêt ! Je ne ris pas, je suis déjà habitué à l'usage très particulier de ce terme dans certaines régions arides du Maroc. La distance, le terrain idéalement plat, rassemblent si bien ces éthels que j'ai, en effet l'illusion de hauts fourrés touffus.
Le Dra passe au delà de ces mouvements de terrain, ou plutôt ce qui y passe, c'est le lit sableux que le Dra suivrait s'il coulait régulièrement jusqu'ici. Mais il a certainement un cours souterrain en quoi il est bien, tout de même, un oued saharien. Au delà, il y a la ligne de collines de la Bétana, au delà, le kreb, enfin, de la hamada, le désert.
— Si vous le voulez bien, mon cher camarade, nous ferons demain la moitié de la distance, en somme assez courte, qui nous sépare du vrai désert. Je vous demande d'aller jusqu'à ce grand dôme, l'Hamsaïlikh, d'où l'on doit avoir un aperçu à peu près central de la région, d'où, peut-être, j'identifierai cette zaouia Mrimina où fut, voici cinquante ans, Foucauld.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 18:03

page 163


— Nous irons à l'Hamsaïlikh, mais seulement après-demain. J'ai su que des Aït Hammou, refoulés du Tafilelt, avaient installé leurs tentes sur ses pentes ouest. Il est prudent d'envoyer garder les abords au moins une nuit avant notre venue, même si nous devons prendre le goum entier pour nous escorter. Or il est bien tard, aujourd'hui, pour lever les partisans de la palmeraie ! Quant à ceux-ci, je suis enchanté de cette occasion de les faire sortir, mais j'aime autant vous dire que l'ordre sera mal accueilli, car ces ksouriens tremblent déjà à l'idée que des Aït Hammou sont campés à quarante kilomètres du poste !
Je suis resté seul. Le lieutenant s'est excusé, rappelé par ses multiples devoirs de Chef de Bureau en installation et de Commandant de goum. Ma petite tente dressée à côté de celle du Commandant de la Compagnie et pendant que celui-ci et son adjoint surveillent les travaux d'aménagement du poste, je suis allé jusqu'au Bureau dont les murs sortent à peine de terre.
Les ouvriers, harratins de la palmeraie, s'affairent avec lenteur. Trente mètres plus bas, au bord de l'oued, des goumiers abreuvent leurs chevaux. Un peu en amont, au débouché de la gorge, à l'extrême limite autorisée, je pense, trois ou quatre légionnaires torses nus ou entièrement nus, font leurs ablutions. J'en vois un autre à l'écart de ses camarades, arrêté devant une forme bleue, quelque femme indigène. Dans quelle langue peut-il bien parler à cette pauvre caabah (1) qu'il entraînera cependant sans peine ?
Le poste s'estompe derrière un voile léger de poussière. J'entends un bruit heurté, lourd et régulier puis, en même temps, voici qu'apparaît au ras de la piste, entre des chevaux de frise et une grosse touque à eau, un balancement de têtes coiffées du képi blanc. De là-haut le Capitaine surveille la bonne tenue de ses hommes. L'adjudant leur a commandé.: halte, à droite, et les légionnaires, pelles et pioches sur l'épaule, fusil en bandoulière ont manœuvré comme à l'exercice. « Rompez vos rangs ». Ce n'est pas le « rompez » définitif, mais il est impossible de pénétrer en rangs dans un pareil camp et tous se précipitent par les sentiers en zigzags qui courent entre les tentes, les baraques, les murettes, jusqu'au terre-plein aménagé devant la tente du Capitaine. Nouveau rassemblement sur deux rangs. Les légionnaires déposent leurs outils qu'un garde-magasin ...

(1) Prostituée.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 18:06

page 164


- FOUM ZGUID.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 18:13

page 165


... compte. Puis le lieutenant de la compagnie, qui vient de rectifier sa tenue naturellement un peu négligée pendant la journée, fait exécuter quelques mouvements de maniement d'armes. Le soleil très bas accroche des feux rouges aux pointes des baïonnettes et peint avec une vigueur extraordinaire sur l'améthyste de l'horizon la fresque en ronde-bosse des durs visages alignés. Pendant un court instant j'ai là, rassemblé sous mon regard, un spectacle silencieux qui est un poignant symbole. Nouveau commandement, les faisceaux sont formés et le sous-officier de semaine désigne la garde de nuit. Puis le « rompez » est lancé. Claquements secs des fusils sur les paumes, frémissement des baïonnettes, et les hommes se dispersent, d'un pas soudain plus traînant, soudain fatigué et lourd.
Quelques filles étaient là, sur les murettes à guetter l'instant. Elles ont rejoint leurs habitués ou cherchent de nouveaux clients. Fahtima, Zohra, Aïcha, savez-vous ce que vous serez, ce soir pour certains de ces hommes dont le mystère, bien sûr, vous échappe ?

Nous nous promenons en attendant que Müller, l'ordonnance, nous appelle au repas.
Le lieutenant de la compagnie, jeune et brillant, conte ses exploits de pêcheur. « Pensez, me dit-il, pêcher à Foum-Zguid ! Ah ! je n'aurais jamais crû cela quand j'ai vu ce sacré bled. La grande séguia dans le foum est pleine de barbeaux. Vous allez en manger ce soir, mais il ne faudra pas faire le difficile s'ils ont un peut le goût de vase, hein ! » Puis, sans transition, il me pose des questions sur les régions du Maroc qu'il ne connaît pas. « C'est que, vous comprenez, je prépare l'Ecole de Guerre ». Le capitaine m'expose lui, les efforts qu'il soutient pour réorganiser la compagnie mise à mal par de récentes relèves. Mais le Saharien parle peu. J'examine à la dérobée son visage maigre et anguleux, ses yeux bleu pâle au regard si énergique et secret. Je lui avais écrit avant de venir ici, pour savoir si je ne le dérangeais pas. Nous nous étions croisés, jadis, sans nous voir, vers Gourrama, ou vers Erfoud et l'on m'avait, depuis, beaucoup parlé de lui. Je suis heureux aujourd'hui que, dès l'abord, nous ayons sympathisé avec une réciprocité évidente. Je ressens cela, tout en regardant maintenant vers les lointains sombres qui, si plats, découpent d'innombrables détails sur le ciel mordoré, puis vers le Bani dont la perspective fuit à l'infini derrière l'horizon, vers l'ouest. Vers l'ouest ! Foum-Zguid, Tatta, Aqqa, les trois postes extrêmes en limite du Maroc ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 17 Jan - 18:18

page 166


- Plafond en roseaux peints à Tazenakht.

... sédentaire, face au désert ici ennemi, du grand nomadisme ! Un radio nous a appris, tantôt que Tatta venait de repousser l'attaque de douze cents Aït Oussa et Rguibat. Mais les mouvements de tribus actuels exposent au moins autant Foum-Zguid.
Soudain l'éclat vibrant du clairon sonnant « Au Drapeau » nous immobilise. Le pavillon descend lentement le long de sa hampe. La garde présente les armes. Là-bas, tout autour des murettes, les sentinelles aussi présentent les armes. Derrière l'appel du clairon, le grand silence du bled. « Au Drapeau », tout le poste est dressé dans le même salut!


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 18 Jan - 7:08

page 167


- La Haouach.
- Collier berbère.

XI

L'OUED DRA ET LE DÉSERT


L'ARRIVEE dans cette sombre et lumineuse cuvette des Mezguita où se dresse, rosé sur un ciel d'or  vert, l'étrange Kissane, après l'accueil de la palmeraie où brille  l'argent des amandiers en fleurs (succédant aux déserts que j'avais ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 18 Jan - 7:10

page 168


- LES MEZGUITA. LA VALLEE DU DRA ET LE JBEL KISSANE.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 18 Jan - 7:12

page 169


... traversés), c'est aujourd'hui la rencontre plus intime et plus riche peut-être encore en surprises, du caïd Si Ali, fils de Si Mohammed ould Abderrahman el Mezguiti lequel rallia, dès 1907, le Mezguita à la cause Glaoua, donc, indirectement, au makhzen.
Tamnougalt des Mezguita ! Qu'il me soit permis d'évoquer devant ce nom celui du premier Français qui pénétra ici : Foucauld, le plus juste emblème d'énergie et de valeur morale pour tous ceux qui œuvrent dans ces pays de l'avant. Il n'est aucun de nos efforts actuels, si méritoire qu'il soit, qui passe la haute signification du sien.
Nous entrons aujourd'hui à Tamnougalt en invités. La population (je veux bien encore que celle-ci soit loin d'être la plus farouche ni la plus guerrière de celles du sud), nous y accueille avec des marques de respect apparent que nous pourrions aller jusqu'à trouver serviles. Si à quelques kilomètres d'ici notre vie est menacée, nous sommes en parfaite sécurité chez ces gens que le prestige de la France, celui de sa force, l'habileté de ses officiers protègent de leurs ennemis et de leur propre versatilité. Cependant le cadre de cette vallée aux montagnes sombres qui brillent sous la dure lumière, l'aspect de cette kasbah où chaque ruelle ténébreuse, où chaque passage peut être un coupe-gorge, rehausse notre surprise, notre émotion, d'un vague malaise. Émotion qui n'est que de l'ordre esthétique ; que devait-elle être pour Foucauld ? La moindre imprudence qui eût révélé sa race pouvait le faire massacrer. Et nous nous demandons comment il est possible de cacher sa race à des hommes dont chaque geste, si simple soit-il, est différent des nôtres ?
Après le désordre joyeux d'une course à cheval à travers la palmeraie, franchissant les séguias sur de minuscules ponts de terre que supportent des troncs de palmiers, traversant le Dra à gué, parmi les éclaboussures tout irisées de soleil que font jaillir les chevaux, c'est l'arrivée devant la porte du ksar. Des groupes nombreux vêtus de blanc (les plus pauvres ont des vêtements immaculés, parce que c'est l'Aïd Sghir), sont réunis au pied des hautes murailles de pisé. Toute cette blancheur éclate sur l'ocre terreux, sur l'ocre doré des murs que coupent de grands pans d'ombre. Par-dessus les tours crénelées le Kissane (1) rosé, tout proche à la vue et cependant aérien, magnifique, dresse ses coupes renversées.
Le caïd, ses proches parents et les notables s'avancent à notre rencontre. On échange les compliments de bienvenue, les marhababikoum, et nous sommes à peine descendus de cheval que deux femmes dont les ...

(1) Kissane, pluriel de Keis qui veut dire verre, ou coupe.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 18 Jan - 7:14

page 170


- Intérieur draoua.

... lourds et riches caftans sont recouverts de dfins soyeux qui chatoient au soleil nous présentent sur deux plats d'argent, l'une la coupe de lait, l'autre les dattes. Joli; geste rituel qui me fait évoquer l'antiquité grecque, symbole qui ne s'est pas encore abstrait en de simples mots de politesse. Le caïd me prend par la main ; à sa suite nous franchissons l'entrée du ksar, vaste passage formé, pour la défense, de deux parties à angle droit, et pénétrons dans les cours. Ces cours, pour la plupart sont en pente, raboteuses et inégales, simplement ce qui reste du sol naturel entre les constructions. Il y a là de nombreux chevaux attachés à des piquets ou entravés; quelques-uns sont harnachés et les hautes selles en filali (1) font des taches rouges et jaunes éclatantes dans la grisaille poussiéreuse, lourde de soleil. Les encolures des bêtes ploient sous la pression cruelle du mors arabe. Des gens vont et viennent, clients, serviteurs, habitants du ksar, et nous saluent au passage; quelques-uns sont accroupis à l'ombre d'un mur et somnolent. Une odeur forte, animale, à laquelle se mêle la poussière soulevée prend ...

(1) Peau de mouton travaillée et tanée au Tafilelt.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 18 Jan - 7:15

page 171


- Rue du Tinzoulin.

... à la gorge. Nous nous baissons pour passer sous une porte derrière laquelle attend un homme muni d'une lanterne et nous commençons l'ascension d'une grande tour carrée. Dans l'étroit espace aveugle d'un escalier sans fenêtres les pieds heurtent des marches inégales. Nous nous appelons d'un tournant à l'autre, car les derniers d'entre nous ne peuvent profiter du fanal. Tout en me hissant maladroitement j'entends les pas souples des indigènes et leurs belghas qui glissent, le froissement des amples jellabas...
Ce repas a été un des plus copieux qui me furent jamais servis. La cuisine arabe qui comporte d'ailleurs des plats exquis, est peu variée, mais le nombre des plats offerts est un signe de la richesse de l'hôte et le caïd d'une vallée parmi les plus fertiles du sud ne saurait faillir à ce luxe ostentatoire. Un peu blasé sur les méchouis et les poulets farcis, j'appréciai la pastilla plus rare et surtout le doux lait d'amandes.
Par une petite fenêtre basse ornée des habituels motifs en fer forgé et qui s'ouvrait au ras des tapis, je dominais une vaste cour au fond de laquelle courait un mur décoré de motifs réguliers moulés à même le pisé. Au delà : toute la perspective des bâtiments du ksar, tours pyramidales, terrasses plates avec, sur quelques-unes d'entre elles, ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 18 Jan - 7:17


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page 172


... des petits réduits en roseaux qui sont les cuisines; dominant le tout, toujours le Kissane rosé, éclatant de lumière, empilait ses gigantesques assises de roche nue.
Avec mes compagnons nous échangions nos souvenirs, causant à voix haute en dépit de la quaïda et Si Ali nous répétait que chez lui tout était à nous. Mais de ses richesses, c'était surtout celles qui séduisaient notre regard et notre curiosité que je retenais.
Après le repas Si Ali nous fit visiter Tamnougalt. En dépit du désordre apparent des constructions entassées autour du ksar de commandement, des ruines éparses un peu partout et qu'on ne relève pas, j'étais étonné de trouver des ruelles rectilignes se coupant à angles droits.
Tout à coup la ruelle s'enfonce sous terre. Quelques poutres frêles de palmiers et, je l'espère, une arcade de pierre invisible sous le pisé soutiennent les hautes maisons sous lesquelles nous continuons d'avancer à tâtons. Nous sommes à l'entrée d'une zaouia. Le caïd nous fait signe de nous arrêter et donne l'ordre à un de ses sahabs d'apporter une bougie. Malgré cette tremblante lumière on n'y voit plus rien; on bute sur des poutres, sur des blocs de roche. Dans cette ombre, s'inscrit pourtant l'ombre plus noire encore d'une porte ; un murmure précipité et nasillard de prières sort de ce trou sans fond.
Après de multiples détours nous débouchons enfin dans une étroite ruelle toute semblable à celle par laquelle nous étions entrés. Son jour parcimonieux nous délivre de l'accablante oppression des rues couvertes de la zaouia.
Pendant que nous parcourions ces étranges quartiers — que l'on ne soupçonnerait guère lorsque, des pentes ensoleillées d'une montagne on domine les terrasses rougeoyantes de lumières serrées contre la palmeraie — la haouach se préparait.
Ce fut une belle haouach de caïd, mais une haouach de jour. Malgré l'éclat, sous le soleil, des robes bariolées des femmes, elle n'eut pas, pour moi, l'attrait sauvage de ces haouach de nuit où les danseuses évoluent, hiératiques, animées seulement de mouvements saccadés, au milieu des brasiers fuligineux qui trouent la nuit de grandes flammes rouges. Si Ali, pour nous permettre de jouir agréablement du spectacle, avait fait disposer des tapis dans un coin frais de la cour. Les femmes se rangèrent contre le mur opposé. Autant pour s'abriter de l'ardeur du soleil que par un geste qui leur est familier, elles avaient toutes porté la main devant leur visage, protégeant leurs yeux. Cependant elles regardaient les étrangers ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 18 Jan - 7:18

page 173


- TAMNOUGALT DES MEZGUITA DU DRA.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 18 Jan - 7:20

page 174


... et des réflexions parcouraient leur rang pressé. Toutes elles avaient revêtu leurs plus belles robes aux plus vives couleurs, qui se gonflaient comme des calices renversés avec la mdamma (1) dorée serrée à la taille. Les plus riches, des parentes du caïd, portaient des dfins (2) de khaï de soie. Les chevelures noires, huilées et fortement tressées, étaient prises dans des sebnya (3) jaunes, rouges, brunes, rosés.
Les Aït Haouach s'accroupirent au centre de la cour, chacun tenant son grand tambourin, la tseloumt, dont les peaux venaient d'être tendues à la chaleur d'un petit feu et essayèrent la sonorité de quelques coups de doigts. Si Ali était auprès de nous, drapé dans une jellaba de laine fine et blanche, son cheich roulé en rezza lui enveloppait le bas du visage jusqu'au nez. Il nous regardait en souriant, la haouach est sa distraction favorite et je savais qu'il lui arrive d'y participer directement, de faire sonner la tseloumt.
Enfin un des Aït haouach lance la première note du chant. Je l'ai devant moi, il me tourne le dos aux trois quarts, la tête rejetée en arrière, les veines et les muscles du cou gonflés comme des cordes sous l'effort; il pousse à bout de souffle le cri le plus aigu. Brusque, il baisse la tête, sa tête rase et noire de hartani, et le chant, sans transition, se continue dans le bas de la voix, avec des modulations étranges et très libres, ou qui me paraissent telles. Une, deux tseloumt, commencent à rythmer le chant, à petits coups de paumes et de doigts, puis, soudain, toutes attaquent le martèlement sourd avec d'imprévisibles contre-temps et syncopes auxquelles excelle un grand diable au visage diabolique accroupi au centre qui se contorsionne la tête tout en révulsant ses yeux. Tous les tambourineurs ont repris le chant que les femmes scandent en claquant des mains. Puis les hommes se taisent et, claquant des mains toujours, les femmes reprennent le chant à leur tour se balançant en une lente ondulation qui court d'un bout à l'autre de leur rang...

Voie triomphale — pour le triomphe de quelque légendaire souverain du désert tel qu'aimaient à se les représenter les imaginations romantiques — ainsi apparaît, composée comme une avenue naturelle, aux architectures qui se répondent et se balancent, la haute vallée du Dra.
J'ai parlé d'Agdz des Mezguita, de Tamnougalt et de la coupe magnifique où coule l'oued et sa palmeraie. La magnificence des couleurs, l'âpre et comme altière nudité des roches opposées et, dans cet écrin, ...

(1) Ceinture de femme.
(2) Robe très légère.
(3) Foulard.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 18 Jan - 7:26

page 175


- Aït Hamouh ou Saïd. Kasbah du Dra.

... le parterre de palmiers lascifs au-dessus de l'argent des amandiers, ondulant aux souffles descendus des pentes, tant de douceur sauvage au milieu d'une telle beauté sévère, m'avait frappé par sa grandeur. La piste court le long de la palmeraie mais la domine et à aucun moment le coup d'œil de l'ensemble n'est perdu.
Quelque vingt ou trente kilomètres plus bas la vallée s ' élargit considérablement. A droite, à gauche, hauteurs des ouled Yahia et mur crénelé du Bou Zéroual s'écartent, la palmeraie s'étale. Le pays qui garde toujours les mêmes caractéristiques, change de ton. C'est l'entrée ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 18 Jan - 7:28

page 176


... de l'immense cirque à fond plat qu'enserre le Bani, presque un reg saharien déjà. La plaine de cailloux est jaune ou grise à gauche, noire à droite. Je suivais de peu les troupes d'occupation qui travaillaient encore à aménager et à pousser vers l'avant la piste automobile, aussi celle-ci était-elle animée de leurs allées et venues. Près du ksar de Rbat du Tinzoulin, je trouvais un vaste camp. Les cônes alignés, tout blancs, de ses tentes apparurent de loin, puis les longues cordées de chevaux et la murette défensive, enfin le grouillement des hommes et parmi eux les taches plus éclatantes des uniformes des officiers.
J'arrivai. Le moteur stoppé, je plongeai dans le brouhaha du camp : appels dans toutes les langues, arabe, berbère et l'allemand, l'italien, le russe des légionnaires; c'était les gradés et officiers français qu'on entendait le moins ; piétinements sourds de centaines de chevaux et de mulets ; bourdonnements et pétarades des moteurs et les carillons argentins des forges de campagne aux rythmes alertes. Tout cela montait au milieu d'une poussière fine et dorée arrachée à la croûte noire du sol.
Je fus accueilli comme on l'est toujours dans les camps en opérations, de la façon la plus cordiale. D'ailleurs je trouvai là, et leur absence m'eût étonné, trois ou quatre officiers amis, de ceux que l'on rencontre immanquablement dans les bleds nouveaux. Le soukier grec avait une bière délicieuse et fraîche, et j'avisai, suspendu à un mât de sa tente, un splendide jambon fumé encore intact; à la grande joie de mes amis je l'étrennai pour refaire mes forces épuisées par la course du matin. Les gibernes allèrent leur train, j'en profitai pour m'instruire de la situation politique et militaire. Au reste tout était au mieux. Un seul petit nuage : Bel Kacem, le chef fuyard du Tafilelt venait de s'installer au Ktaoua, oasis du Dra qui commande le débouché de cet oued à sa sortie du Bani et qui était l'objectif indiqué après la soumission du Fezouata surveillé par notre tout récent poste de Zagora. Mais un jeune lieutenant d'Affaires Indigènes, naturellement optimiste, m'affirma que Bel Kacem était « pékin de prestige », une partie de ses guerriers venait même de se rendre, ils étaient ici en attendant que le Commandement eût décidé de leur sort. L'avenir devait donner raison au lieutenant; Bel Kacem, après nous avoir tendu quelques embuscades, devait fuir toujours plus loin vers le sud-ouest.
Je serrai des mains amies, remontai dans ma voiture et m'entourai soigneusement le visage de mon long cheich. Nous démarrâmes sur la piste fraîche en direction de Zagora. Il restait à faire cinquante kilomètres, il y fallait environ une heure.


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