Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:09


 
Suite de la première partie

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page 53



- Motif décoratif à Tin Mel.
- Chapiteaux de Tin Mel.

III

NAISSANCE D'UNE DYNASTIE — TIN MEL LE TAGONTAFT
« Quand tu cherches à acquérir de la gloire, ne te contente pas de ce qui est en deçà des étoiles du ciel ». Ibn TOUMERT.


LE vent, chassant  la neige, soufflait en  violentes rafales,   le  froid  engourdissait    mes    membres,   me   tirait des larmes; arc-bouté dans la tempête, j'avais de la peine à me tenir debout. Tout à coup, par une trouée dans la masse sombre des nuages, un rayon de soleil fusa et,   en   bas,   dans   la   direction   de   l'est, apparut,   nimbée   d'or,   verte   et   mauve, ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:12

page 54



... jeune, fraîche, reposoir dans l'austère montagne, la vallée du Tagontaft.
Ce même Igdet dont je faisais l'ascension il y a deux ans, je le revois aujourd'hui qui silhouette un ciel d'argent lumineux. J'arrive du pays Réraia par la piste qui franchit les contreforts du Takerrort. L'étape a été longue et dure, mais elle m'a offert de beaux spectacles. C'est dans la paix d'un jour qui meurt que je reviens à ce pays. Le soleil, bas sur les crêtes de l'Aghbar, illumine les nappes onduleuses des maïs, verdoie au faîte des oliviers. Dans les repos d'une ombre douce s'élève une tremblante vapeur.
Tandis que mon mulet s'attarde aux passages difficiles et veut éprouver chaque pierre où poser son étroit sabot, j'évoque le souvenir de ce Mohammed ben Abdallah, Ibn Toumert qui, il y a huit cents ans, cheminait sur ce même sentier peut-être.
... Malgré l'heure tardive je ne veux pas presser ma prudente monture et c'est avec une sorte de reconnaissance que je me laisse aller à cette impression de paisible harmonie qui monte de la vallée. Dans l'ombre, les voix alternées des mouddens appellent à la prière du soir. Leur chant, qui s'élève jusqu'aux cimes vertes et jusqu'au ciel, a un curieux accent de certitude résignée, ou d'espoir. Les vallons s'enfoncent, déjà pleins du mystère de la nuit, dans les flancs des montagnes qui rougeoient. J'aime cette belle teinte rouge uniforme, adoucie par la brume du soir. En bas le Nfis brille, éclair d'acier, et s'écoule avec un bruit discret. Des appels de bergers répondent à la voix du moudden. Au couchant, l'Igdet et l'Erdouz se consument dans un brasier féerique tandis qu'à l'est les plus hautes cimes s'enveloppent d'ombre et, qu'une à une les étoiles apparaissent.
Il fait nuit, je mets pied à terre. Près d'un agadir, (1) des indigènes m'adressent un salam indifférent. Sur ces hautes tours des agadirs où les chefs s'assemblent et se font part des nouvelles en surveillant l'ombre qui peut cacher un ennemi, sur les pauvres terrasses de pisé, ou bien sous la fraîcheur d'un noyer, en plein midi, pendant la pause d'une longue étape, ces hommes s'entretenaient jadis des pieuses vertus du mahdi. Un souffle d'enthousiasme vers quelque impossible idéal les soulevait. Ibn Toumert, d'Orient, avait ramené le flambeau de la science, on l'appelait asafou, Une jemaa (2) le nommait l'amghar des imgharen, le chef des ...

(1) Construction fortifiée bâtie sur une  éminence  à   proximité  des  villages
berbères et où les indigènes déposent leurs récoltes et se réfugient en cas d'attaque.
(2) Assemblée des notables d'un village ou d'une tribu.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:14

page 55



- La vallée du Tagontaft.


... chefs. Et le sultan almoravide, à Marrakech, manifestait son inquiétude :
« Mets-lui les fers aux pieds, ou bien un jour il te fera entendre un tambour ».
lui chantait son conseiller. Une harka soussia était envoyée contre le perturbateur, elle était battue. Alors Ibn Toumert comprit que la Taouhid, la pure doctrine de l'unité de Dieu, devait être imposée par la force aux tribus de la montagne et à celles de la plaine et qu'il fallait chasser du pouvoir les descendants de Tachfine. Le luxe, les plaisirs profanes auxquels s'adonnaient les fils égarés du Prophète allaient disparaître de la terre d'Islam. Les moahiddoun imposeraient à tous une règle de piété et d'austérité que Mahomet lui-même n'avait osé pratiquer !


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:18

page 56



Rêve impossible d'ascète qui ne pouvait être réalisé dans ce qu'il comportait de temporel que grâce à la prudence et à l'énergie d'un disciple comme Abd El Moumen. Mais qu'importe l'impossible du rêve, qu'importe que cette austérité fût due en partie à une infirmité physiologique ? Il n'y a jamais eu de puissance, aussi solidement établie fût-elle sur la raison et les intérêts matériels, qui ne pût être emportée par les forces que déchaîne un enthousiasme vraiment grand. L'ordre qu'imposa Abd El Moumen sur le vieux Moghreb en reprise continuelle d'anarchie, les monuments comme les koutoubia, la mosquée de Tin Mel, des villes nouvelles, un cadastre même, tout cela ne fut possible que parce-qu'un obscur berbère du petit douar d'Igliz, en pèlerinage à La Mecque, s'était exalté au delà de toute raison sur la doctrine de Ghazali, avait désiré plus que ce qui est en deçà des étoiles du ciel !

Sba oua lillahi el hamd. (Chant du moudden)
Volontiers, je loue Dieu pour avoir ramené un matin aussi pur.

Dès le réveil, c'est le bruit sourd qui m'est familier du piétinement des mulets et des chevaux, le tintement clair de leurs chaînes, puis leurs hennissements de faim, les jurons des conducteurs. L'humidité a tendu l'étoffe de ma tente et les gouttes qui tombent des arbres y font un bruit mat.
Mon camp est installé sur une petite grève que forme un coude du Nfis tout près de l'Agadir n'Gouj qui se dresse, vieille forteresse désaffectée, et projette un long cône d'ombre. Les montagnes découpent sur le ciel clair un dessin net. Des fuseaux de soleil traversent le voile de brume très léger qui flotte dans les vallées. Je m'amuse à suivre pendant un moment la course ascendante de ces aiguilles d'un gigantesque cadran.
J'irai voir Tin Mel aujourd'hui, ou plutôt ce qu'il en reste, car la vieille cité masmoudienne a été détruite par le temps et par les hommes. Est-elle exacte la légende qui veut qu'une reine du pays ait rasé la ville dans une crise de fureur jalouse contre la splendeur de Marrakech ?
Tin Mel, la Médine de Toumert, était, sur la route du Sous, la forteresse des Masmouda. Bâtie à un coude de la vallée, elle surveille le Nfis sur plusieurs lieues et commande en même temps le débouché de l'Ogdempt; deux bastions le flanquent, le Taourirt n'Tidaf et l'Ichraoualen et resserrent le passage. Mais de la retraite du mahdi infirme il ne reste plus rien. Il faut oublier même cette mosquée en partie conservée pour ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:21

page 57



- Tin Mel. Entrée de la mosquée.


... évoquer la simplicité, le dénuement de ces lieux, quand Ibn Toumert y prêchait sa sévère doctrine et lançait ses fidèles à la conquête du Moghreb.
Il n'est que de regarder ici autour de soi aujourd'hui ces berbères qui n'ont changé ni d'aspect ni, sans doute, de fanatisme, pour les imaginer, en masses silencieuses, pressés autour de leur marabout. Corps loqueteux, visages recuits, couleur du sol, mais les yeux ardents de foi tournés vers cette parole qui leur dicte la volonté divine. Les dangers, les menaces n'effraient plus le mahdi, il ennoblit devant l'idée de la mort le fatalisme traditionnel : « Que ce soit pour une cause infime ou pour une cause grave ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:25

page 58



- L'agadir et son village.


... que tu meurs, le goût de la mort est le même !... » Dans l'ombre du saint cependant, ses deux disciples préparaient les cadres d'une autorité temporelle. Merveilleuse rencontre d'Ibn Toumert et d'Abd el Moumen ! Avec El Bachir celui-ci assiège Marrakech, les guerriers fanatisés bousculent l'armée du Sultan. A Tin Mel, Ibn Toumert reçoit l'hommage de ses conseillers.
Quatre murs de pisé auxquels s'adossent des petits réduits sordides, une cour largement ouverte sur le ciel, c'est le ribat (1) du mahdi. Il a voulu ce dénuement pour que sa prière monte, plus libre, vers Dieu. Car il a connu les splendeurs des mosquées Hammadides et celles de Cordoue et celles de Baghdad, il a vu que les hommes qui venaient y prier étaient plus vains de leurs richesses qu'humbles devant les commandements de Dieu. Il s'est dépouillé de ses souvenirs même pour que rien des joies profanes ne le retienne.
Le saint a interrompu ses prières. Il reste immobile, accroupi sur le ...

(1) Lieu de retraite, sorte de couvent.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:27

page 59



... sol. Le jour décline, l'ombre, peu à peu, se mêle à la poussière du sahn (i), le silence est dans la vallée. Un à un les dix compagnons d'Ibn Toumert entrent, pieds nus, sans bruit. Une sorte d'onction dévote accompagne le froissement des jellabas, le souffle retenu des rudes poitrines. Un à un, ils baisent le mahdi à l'épaule, puis s'accroupissent à sa droite et à sa gauche. Ce sont dix hommes dans la force de l'âge; visages maigres, barbes rares; dans l'ombre des orbites se fixent des regards durs. L'un d'eux se penche vers le mahdi et lui conte à voix basse les péripéties du combat où, sur les plateaux du Kik, El Bachir et Abd el Moumen ont forcé les harkas de l'Almoravide. Sa voix se hausse un peu lorsqu'il annonce que les deux hommes sont maintenant aux portes de la Ville. Un regard élevé vers le ciel, un geste de la main, concluent le court récit. Les hommes restent un long moment silencieux, absorbés dans leur rêve de piété et de domination. Puis, un à un, ils se lèvent, baisent le saint à l'épaule et s'en vont. Le murmure de la rivière étouffe le bruit léger de leurs pas. Le mahdi reste seul, il se recueille. Il songe à ces événements qui disent prochaine la gloire de la Taouhid (2), mais il sait qu'il ne verra pas cette gloire car il est écrit dans le Livre qu'il mourra dans ce lieu et y sera enseveli...
Ainsi, Dieu lui aura permis de voir les beautés du monde, d'en deviner les voluptés et il lui aura défendu d'en prendre sa part. Il l'aura choisi pour ramener les musulmans à la vérité, mais cette vérité, il ne lui aura pas permis d'en contempler l'image mortelle. Que lui reste-t-il sur cette terre ?... « Loué soit le Très Haut et que sa volonté s'accomplisse ».
Je me suis laissé aller au plaisir profane de faire revivre un saint dont la foi m'est difficilement accessible. Mais peut-être devrais je douter de mes imaginations ?
On m'ouvre l'une des lourdes portes qui donnent accès dans la mosquée. L'épais mur d'enceinte est encore en assez bon état, mais l'intérieur du monument, plus fragile, a beaucoup souffert du temps. De même que la mémoire du mahdi almohade n'a pu survivre à la ruine de sa dynastie et n'a pas eu la fortune que connaît encore celle d'un Moulay Idriss, de même, cette mosquée, pieux hommage élevé par Abd el Moumen au saint berbère, a rapidement été abandonnée par ses fidèles. Il est possible, après tout, que ces musulmans soient indifférents à la beauté d'un édifice si cette beauté n'est plus animée par l'idée religieuse qui l'a inspirée.

(1) Cour intérieure d'un ribat ou d'une mosquée.
(2) Doctrine religieuse des Almohades.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:29

page 60



- Mirhab de Tin Mel.


Quant à nous, il nous suffit de mieux connaître l'histoire des hommes pour aimer leurs œuvres mortes. Mais si les œuvres mortes nous émeuvent, c'est, qu'en retour, nous avons appris à déchiffrer en elles les images passagères d'un drame toujours actuel.
Il est heureux que la partie la mieux conservée de la mosquée soit encore le mirhab.  Sobre de décoration, il est précieux par l'équilibre
parfait de ses lignes. Plus que les détails des frises, des colonnes, j'apprécie l'harmonie discrète du jeu des deux arcs de la niche, l'enveloppé et l'enveloppant, les proportions des trois petits arcs en plein cintre du sommet et les portes de côté. Il faut rétablir par la
pensée les piliers détruits et les voûtes, achever la perspective de ces  neuf travées diversement   décorées, celle du centre qui
aboutissait au mirhab et les  deux extrêmes se raccordant à la nef par de fines coupoles ornées de stalactites.    Je remarque l'importance de l'oratoire par rapport au sahn.
Enfin par un escalier qui passe derrière le mirhab, j'accède à la terrasse du minaret. Ce minaret rectangulaire ...




Porte de Taroudant


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:33

page 61



- GALERIE DE LA MOSQUEE DE TIN MEL.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:49

page 62



- Tagadirt el Bour.


... sans lanternon est de proportions un peu lourdes et manque de grâce. Seul l'appareillage des briques dont il est construit lui faisait jadis une discrète décoration. Abd el Moumen a-t-il voulu que cette mosquée, contemporaine cependant de la Koutoubia et de la mosquée de Taza, symbolise ici par son aspect extérieur très sobre l'austérité du saint ?
J'ai quitté Tin Mel par les jardins d'oliviers qui descendent jusqu'au Nfis et, la rivière traversée, je me suis retourné pour voir encore une fois dans son cadre la vieille mosquée almohade. Elle m'est apparue au-dessus des oliviers, toute lumineuse sur le fond rouge sombre de la montagne. Le Nfis enserrait l'étroit plateau d'un mince trait d'argent.
Tin Mel évoque le passé, glorieux dans l'histoire musulmane, de la vallée du Tagontaft. A quelques kilomètres en amont, à quelques kilomètres en aval sont les témoins de la fortune récente des Gontafi.
Agadir Tagontaft, d'abord, perché sur un piton au flanc de l'Ouiche-den domine la route actuelle du Tizi n'Test de plus de cent mètres.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:50

page 63



- LA   KASBAH   DE   TALAAT   N'YAKOUB   ET   LE   NFIS.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:52

page 64



- KASBAH DU TAGONTAFT.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:54

page 65



Première forteresse, celle que construisit vers 1865 l'amghar Si Mohammed dès qu'il eut allumé la guerre dans la vallée pour se soustraire à la dépendance du caïd makhzen. Elle est imposante par sa situation et, comme toutes les constructions berbères, par un aspect ancien qu'elle doit aux matériaux dont elle est faite. D'ailleurs, elle offre un curieux mélange de traditionnelle architecture berbère, tours carrées à créneaux, corps de bâtiments massifs, aux toits plats en terrasse, et d'influence urbaine apparue lorsque l'amghar victorieux se fut rallié à la cause du sultan. On y voit une porte monumentale décorée dans le style almohade, avec arcs lobés et palmettes. A Agadir Tagontaft vivent aujourd'hui quelques parents du caïd, leurs femmes, au nombre d'une centaine environ, et de nombreux esclaves adonnés à la culture. Dans l'ombre de la forteresse dort et s'effrite parmi les noyers son aînée modeste, la maison de Si Ahmed Lhassen, le père du premier caïd Gontafi.
Lorsque Si Mohammed eut battu son caïd et étendu son commandement sur la vallée, il descendit de son nid d'aigle, brûla et rasa les villages ennemis et, n'ayant plus d'adversaire sur place,  construisit au bord même de l'oued une maison vaste, confortable et facile d'accès. C'est la kasbah de Talaat n'Yakoub. Vue de la route, elle apparaît entre les arbres des vergers comme un long corps de bâtiments peu élevés qui rappelle assez certaines grandes fermes de chez  nous.   Seule  la petite  pyramide   de  tuiles vertes de sa mosquée l'égaie un peu et la situe. Si on la regarde du côté de l'oued, son aspect est tout autre. Les murailles qui plongent de toute la hauteur des berges dans le courant du Nfis s'y reflètent et l'effet d'élévation en est accru. Extérieurement Talaat n'Yakoub n'a pas l'originalité des kasbahs que nous trouverons dans  le  Dadès  par   exemple.   Elle   est fermée, austère. Le dessin de ses lignes rigides est sévère et froid. Cependant la lumière et l'ombre qui jouent sur les grands pans de murs avec les reflets du courant y composent à certaines heures des harmonies de teintes d'une délicatesse extrême.
Vers 1875 une harka makhzen tente encore une fois de réduire l'ambitieux Si Mohammed. Elle s'empare de Talaat n'Yakoub, mais le fils de l'amghar, Si Tayeb négocie avec les caïds du sultan, provoque adroitement des défections dans leurs troupes qui ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:55

page 66




- Berbère de la vallée du Nfis.

... sont obligées de se retirer. Si Mohammed traite alors avec le souverain, se rallie au makhzen et reçoit le titre de caïd de toute la vallée.
C'est au début de ce siècle, pendant les années troublées du règne d'Abd El Aziz que Si Tayeb, qui a succédé en 1885 à son père, étend sur les deux versants de l'Atlas jusqu'à ses limites actuelles, le domaine des Gontafi. Il fortifie Tagadirt el Bour, sentinelle avancée à l'entrée des défilés du Nfis, construit au-dessus de Talaat n'Yakoub pour protéger celui-ci ainsi que toute la cuvette de Tagontaft, la forteresse d'Agadir n'Gouj.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Dim 9 Déc - 17:57

page 67



- Tapis Chechaoua.
- Anneau et bracelets berbères.  

IV

JOURS DE REPOS EN SEKSAOUA

EN dépit d'une description peut-être trop austère, il est dans l'Atlas des sites doucement accueillants. J'ai souvenir d'avoir paresseusement profité d'une indisposition qui m'interdisait trop de hâte dans ma course. C'était sous un noyer splendide, au milieu d'autres noyers, sur une grève de galets et de sable lisse au bord d'un torrent. Le lieu s'appelle Aguersaffen, en pays Seksaoua. Mais il est mille autres lieux semblables. Ils se nichent au creux d'un rocher, au détour d'un assif bondissant. Ils sont secrets, ils sont silencieux. Parfois, ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 10 Déc - 16:36

page 68



- Halte au bord de l'oued.


... si quelque sentier de caravane passe à proximité, les berbères ou même les juifs, ces colporteurs de la montagne, les connaissent et y font halte. Les bêtes, bourriquots ou chameaux, sont mis à l'entrave devant une maigre pitance de paille d'orge, les hommes s'endorment dans l'ombre, appuyés sur les chouans ou confectionnent dans ces petites bouilloires de métal blanc qui les accompagnent partout, l'inévitable thé.
A Aguersaffen je restais deux jours. Je m'étais établi assez loin du village pour ne pas en subir les désagréments, cependant les hommes venaient me voir et m'apportaient des provisions avec beaucoup d'empressement. Le vieux cheikh qui m'avait accueilli par de retentissants marhababikoum, me comblait des fruits de son jardin, et peut-être de ceux des jardins de ses administrés avec plus de libéralité encore. Face à la rivière, l'assif El Mal, je tournais délibérément le dos à la haute barrière des montagnes, crête hérissée de sommets de 3.000 mètres dont j'étais peut-être fatigué par plus d'un mois d'ascensions, de passages de cols, avec tout ce que cela comporte de peines, de soucis, de chutes de mulets ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 10 Déc - 16:38

page 69



- AGUERSAFFEN. VILLAGE SEKSAOUA.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 10 Déc - 16:39

page 70



... et de bris de matériel. La rivière coulait à la porte de ma tente et y apportait la fraîcheur, mais l'ombre s'y trouvait gaiement éclairée par les mille facettes de soleil qui rebondissaient sur les petites vagues. Le long de l'autre rive, derrière les champs étroits où la moisson avait été faite et qui s'étageaient en traits d'or blond, dormait, comme un rucher au soleil, le village de Targa. Le Jbel Ikkis pointu relevait l'horizon à ma droite, le massif du Tabgourt le relevait à ma gauche. Entre les deux montagnes, le Seksaoua creusait une étroite gorge et bondissait vers la lointaine plaine du Haouz. Ikkis et Tabgourt en dépit de la raideur de leurs pentes, de l'âpreté de leurs rochers m'apparaissaient, à cause de l'aimable disposition de mon esprit, débonnaires. Je n'avais pas présentement à les escalader, je jouissais seulement des teintes très pures dont le soleil d'automne parait leurs flancs.
C'était l'époque de la cueillette des noix et Miloud vint me chercher pour y assister. Mais il faut que je dise qui était Miloud. La veille de mon arrivée à Aguersaffen j'avais rencontré sur les hauts plateaux herbeux où le Nfis prend sa source, une caravane de marchands qui se rendaient dans l'Aghbar. Un gamin d'une douzaine d'années qui suivait cette caravane était venu me trouver et dans un mauvais français mélangé d'arabe et de chleuh m'avait demandé de se joindre à mon petit détachement pour retourner dans son pays. Il était Ida ou Tanan et un de mes muletiers avait dû lui dire que nous allions par là. Je l'adoptai. Il me suivit quinze jours durant pendant lesquels il seconda intelligemment et avec un dévouement puéril l'homme qui s'occupait de mes bagages et de ma cuisine. Grâce à lui, un quart d'heure après mon installation, les chleuhs des villages, qu'il était allé quérir, venaient m'offrir lait, poules, œufs et fruits. Il débattait les prix et s'en tirait plus adroitement que mon arabe qui n'était pas du pays. J'avais plaisir à le voir dérider, par ses propos et ses gamineries astucieuses, ces hommes un peu réticents devant moi. Il établissait entre nous une cordialité de rapports qui n'allait pas sans inconvénients car, mis en confiance, les chleuhs me demandaient toutes sortes de choses et principalement des remèdes. Je faisais le docteur. On m'amenait des femmes et des enfants qui, presque tous, souffraient des yeux et si je n'avais mis le holà au zèle de Miloud ma caisse de pharmacie eût été vidée en un instant. Je rétribuais les services du gamin en lui donnant un douro par jour, ce qui était pour lui un traitement de caïd. Mais sa plus grande joie fut quand je le photographiai. A notre arrivée au poste de Bigoudine je pus développer et tirer mes rlichés. Miloud n'avait jamais dû se voir dans une glace, car il examina ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 10 Déc - 16:40

page 71



- Miloud. Jeune berbère.


... son effigie avec des yeux ébahis. Je l'observai du coin de l'œil et fus surpris qu'il ne la regardât pas à l'envers.
J'allai donc avec Miloud assister à la cueillette des noix. Promenade peu fatigante. Les noyers, les plus gros isolés, les autres, groupés, sont plantés au plus près de l'oued dont nous n'avions qu'à suivre les berges. Cette disposition favorise ici un procédé original de récolte. Les chleuhs établissent avec de grosses claies de branchages un barrage en aval du groupe d'arbres. Puis des gamins armés de gaules grimpent dans ceux-ci et font tomber les fruits que le courant emporte et qui viennent se rassembler contre le barrage. Miloud retroussa sa jellaba (il n'eut pas à enlever son seroual qu'il portait généralement sur la tête en guise de tarbouch) et se mit à l'eau pour aider au ramassage. Mais il fit autant de pitreries que de travail. Il était d'une volubilité extraordinaire et ses propos, sa mimique faisaient rire aux éclats les hommes. Il parlait chleuh et je ne pouvais malheureusement le comprendre, mais il me semblait que ce qu'il disait se présentait sous forme de strophes très courtes et parfois rimées, je devinais dans mon jeune compagnon un futur reis inspiré de poésie et je m'expliquais ainsi la sympathie et l'espèce de considération que lui marquaient les gens du pays. Dans quelques années le reis Miloud, accompagné de sa petite troupe de joueurs de tseloumt et de gambri, danseurs et musiciens, ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 10 Déc - 16:41

page 72



- La vallée du Seksaoua.


... s'en ira par le jbel, de dchar en dchar, chanter les louanges de quelque puissant caïd, souffler doucement dans les cœurs des durs montagnards le regret des batailles passées ou le feu de la passion ; il sera le magicien de l'amarg (1).
Je quittai Aguersaffen pour me rendre à Tassa où j'avais rendez-vous avec un ami, officier des Affaires indigènes, chez le caïd Ahmed ou Moulid n'ait el Baz. Tout en remontant la vallée ensoleillée du Seksaoua je pus me rendre compte de sa richesse relative. Les champs bien entretenus, chargés d'une terre de belle apparence, s'encadraient d'arbres fruitiers, amandiers, figuiers, noyers. Les séguias que nous franchissions sur des petits ponts de pierre allaient prendre l'eau en amont et la répartissaient judicieusement avec le minimum de perte. Cette modeste fortune dans une telle aridité me semblait suffisante pour le développement d'un petit fief de montagne. J'attendais de mon ami qu'il animât pour moi, dans le cadre même où elle s'était déroulée, l'histoire ...

(1) Terme chleuh dont la signification est complexe et qui se rapporte aussi bien à la musique, à la poésie, à l'amour qu'aux sentiments spleenétiques qu'ils font naître.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 10 Déc - 16:43

page 73



- Dans le village d'Aguersaffen.


... de ce clan des Aït Haddious. Je connaissais sa science vivante des populations de la montagne. Il avait étudié celles-ci pendant plusieurs années, préparant les futures enquêtes à mener sur place, en consultant les tolbas de tribus, les informateurs, puis en parcourant les pays en tous sens dès leur soumission et complétant, redressant ses informations précédentes, grâce à une connaissance parfaite des dialectes et à un sens sociologique remarquable.
Déjà à Rabat je l'avais souvent entendu parler sur ces  sujets   et  fréquemment redresser des   erreurs grossières  d'appréciation.   J'avais été séduit par la finesse d'un jugement qui savait relier  entre eux  les   éléments si disparates, si complexes, de notre connaissance des populations berbères ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 10 Déc - 16:44

page 74



- Village de Tassa.


... et les rattacher aux grandes lois naturelles, plus pressenties que formulées, qui commandent à tous les peuples. Il y avait chez lui une passion enthousiaste mais lucide à laquelle mon intérêt plus limité saurait encore répondre.
Tassa est construit sur le flanc gauche d'un petit ravin qui descend du jbel Tabgourt. La pente est raide et les maisons s'étagent les unes au-dessus des autres. En plein jour le village n'offre pas un caractère bien particulier.  Sans doute quelques maisons sont-elles mieux construites que dans les dchour environnants mais ce sont toujours les mêmes cubes ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 10 Déc - 16:45

page 75




... de pisé, percés de rares ouvertures et aux toits plats. Les terrasses des feddaden entourent le village et s'élèvent assez haut sur les pentes. Dans la vallée, le Seksaoua brille entre les touffes de gros noyers. Mais le massif du Tichka est un magnifique fond de tableau. Mur de plus de 3.000 mètres, il dresse son ombre violette dans le contre-jour. Par contraste les pentes dorées du Tabgourt semblent plus riantes.
Sur la piste, à l'entrée du village, un moghrazni m'attend pour me conduire à la maison du caïd. Il faut grimper une ruelle où la roche à nu est rendue plus glissante pour avoir été usée par les pas. Rien ne distingue bien nettement cette maison et sa disposition intérieure est très simple. On entre de plain-pied dans une cour centrale assez propre, puis un escalier étroit, blanchi à la chaux conduit à l'étage supérieur où se trouvent deux ou trois grandes pièces oblongues qui prennent jour par d'étroites fenêtres grillagées. J'y trouve mon ami entouré des notables de l'endroit dont le vieux caïd.
La cordialité de Si Ahmed est sans doute affectée car je le sais assez xénophobe. (Mais comment ne le serait-il pas, au fond ? Cet homme en effet, a pu espérer atteindre à la puissance et à la renommée de ses puissants rivaux, le Gontafi, le Mtougi. Seule notre arrivée a interrompu, en la régularisant, sa main-mise sur le pays ). Quoi qu'il en soit, sa courtoisie est parfaite. Il vient au devant de moi, me tend la main, puis la porte aussitôt à ses lèvres. C'est un homme assez grand et fort. Son visage, encadré d'une barbe rare presque blanche, est sillonné de rides entre des méplats fortement marqués, le regard est clair et dur. Il m'offre sa maison en parole et, en fait, un thé délicieusement parfumé. Nous buvons, accroupis sur des tapis et échangeons quelques mots sur un ton mesuré. Un jeune garçon vêtu d'une jellaba brune distribue les verres de cristal colorié avec un empressement silencieux, puis il s'en va souffler les braises dans le mejmar (1) de cuivre. Ses pieds nus vont et viennent, sans bruit. Par les petites fenêtres le soleil entre de biais et pose des taches aveuglantes sur la blancheur des burnous. Je m'escrime à grands gestes désordonnés contre une abeille et cela fait rire Si Ahmed qui me tend une branche de figuier qu'il balançait doucement devant son visage.
Mais je m'excuse auprès de mon ami et le laisse renouer le fil de quelque discussion où toute sa connaissance des complexes de l'âme berbère doit lui être nécessaire. En attendant le repas du soir qui nous réunira je vais m'occuper de mon installation.

(1) Réchaud à charbon de bois, généralement en cuivre et monté sur pieds.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 10 Déc - 16:46

page 76



- Rue de Tassa.


Si Ahmed m'a réservé une petite pièce qui ouvre sur la terrasse de la maison. C'est un réduit aux murs de pisé nus, blanchis sur la moitié de leur hauteur. Il me semble propre. Quand j'y entre, Miloud achève de disposer sur une caisse de bât mes objets de toilette; de l'eau fraîche emplit ma cuvette de toile. Mais le gamin est serviable sans obséquiosité et s'éclipse dès que j'arrive. Surprise! Miloud avait-il donc remarqué que je lisais. Il a ouvert ma sacoche — sans autorisation —  et en a retiré un volume. « Kim », ouvert au signet, est à la tête de mon lit. Kim, Miloud ! Il faudra que je raconte l'histoire de Kim à Miloud, ce sera un excellent exercice d'arabe !


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Lun 10 Déc - 16:48

page 77



- Le repas est prêt.


Je suis allé me promener hors du village dans les jardins et le long de l'oued. Près d'une séguia, j'ai rencontré deux hommes qui soutenaient une violente discussion. Deux types parfaits de paysans de la montagne. Ils ont retroussé très haut leurs jellabas serrées à la taille par une corde en poil de chèvre. Elles sont sales, ces jellabas, mais la lumière frisante dessine en traits d'argent leur drapé rigide. Les jambes nues, maigres, paraissent taillées dans du vieux chêne dont elles ont la couleur et le grain. Les crânes rasés reluisent, tout bleus, un poil noir et dru encadre les visages desséchés, brûlés par l'air vif. Ces hommes doivent se disputer pour une question de distribution d'eau. L'ouverture, la fermeture des séguias, le partage de l'eau, sont à l'origine de presque toutes les discussions en montagne, discussions qui tournent parfois au meurtre, ou à la guerre de clan à clan. Mes deux chleuhs gesticulent en hurlant, l'avant-bras levé et la main horizontale, la paume en l'air, qui va et qui vient avec des mouvements brusques. Parfois ils s'empoignent par le haut de ...


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