Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: AU MAROC INCONNU    Mer 5 Déc - 13:09

page 30



... brume très blonde tournoyer lentement autour des arêtes étincelantes Enfin une piste réussit à s'accrocher à un flanc. Nous la gravissons. Une muraille nous domine, menaçante, nous côtoyons un précipice. Dans le fond, coule l'oued vert et argent. Parfois un éperon rocheux le cache et son bruissement familier tout à coup s'évanouit. Niché dans un creux de vallée, à la descente d'un torrent, un dchar (1), que de superbes noyers ombragent. Fraîche verdure, encore plus douce au milieu de ce paysage vertical dont les roches nues n'accrochent, si péniblement, que quelques genévriers rabougris. Au-dessous du village est un escalier cocasse, tout de guingois, formé par de petits champs que retiennent des murettes; il descend jusqu'à l'oued et des fellahs maigres, nerveux, bronzés par l'air vif de la montagne, s'emploient à en remonter dans des couffins les terres croulantes. Mais un vacarme, en l'air, me fait lever la tête. Ce sont des corneilles qui croassent en décrivant de grands cercles, tout là-haut, et dont le cri lugubre est répercuté par les falaises. On monte, on redescend, traversant des nappes de lumière dorée qui prêtent aux rochers des feux de pierres précieuses, tout à coup plongeant dans l'ombre où toutes ces gemmes ne sont plus que chaos grisâtre...
J'ai donc monté les pentes de l'Erdouz, celles de l'Igdet. Pour un instant encore la joie simple et animale de grimper, puis de marcher sur les crêtes, dans le vent, exclut tout autre plaisir. La rafale me jette littéralement le ciel bleu, cette lumière de cristal à la figure ; en plein silence le vent hurle. Mes pas s'enfoncent dans la neige qui crisse. A droite, à gauche, des abîmes s'ouvrent où déferle, en vagues transparentes, un azur pondérable. Tout à l'heure mon regard moins ébloui, plus calme et plus curieux, y distinguera, tout au fond, mille détails de formes et de couleurs, mais maintenant, ce que je vois, ce sont les sommets massifs, blancs d'une neige récemment tombée, où pointent les roches, où se dessinent les arêtes noires, et qui semblent flotter sur une brume qui a des tons fondus de pastel. Une lumière glacée, dure, aux feux de diamants, fait resplendir toute cette matière d'une beauté vierge et presque inhumaine. Quelque chose comme de l'exaltation me fait battre le cœur. J'ai le sentiment d'avoir atteint un but qui s'est refusé à beaucoup d'autres, ou que beaucoup d'autres n'ont pas su désirer. J'ai devant moi, pour moi, un monde dont la pureté, l'harmonie presque trop parfaites et idéales me font penser, bien qu'elles soient immuables, à la fragilité. Mais c'est à notre propre fragilité. Car nous ne saurions vivre trop longtemps ...

(1) Dchar : village berbère.



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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Mer 5 Déc - 13:13

page 31



... ici; pour vivre il nous faut beaucoup d'autres choses impures!...
Voici donc que je découvre l'ensemble du pays.
Regardons vers le sud-ouest, dans le contre-jour qui accuse et individualise les silhouettes : deux cents kilomètres de montagnes se présentent par leurs tranches, gigantesque enfilade que le regard tient ramassée dans un angle aigu. Tout l'Atlas occidental qui inscrit son geste, son mouvement. De Marrakech et de tout le Haouz, il se présentait comme une muraille, il était simple, tout droit-dressé sur la plaine, mais inexplicable. La muraille existe bien, c'est une haute vague dont la crête est au sud et qui déferle vers le nord parce que, sous elle, le sol s'est gonflé.
Sur cent kilomètres le long desquels, de l'un quelconque des sommets, vous saisissez un à un tous les détails du terrain dans cette atmosphère si transparente (six jours d'étape à dos de mulet), une crête nettement dessinée, aux formes aiguës, aux roches abruptes : couloirs, cheminées, quelques aiguilles même. Pour un cœur d'alpiniste, évocation sous un ciel étrange de souvenirs chers. Mais les géologues diraient : roches primaires, schisteuses ou granitiques, surgies des fonds marins à l'occasion d'un plissement tertiaire et que creusent, attaquent, modèlent, sur leurs flancs nord, des pluies relativement abondantes. Et tout le pays s'expliquerait pour peu que nous voulions les suivre.
Tout ce bloc de montagne, si fortement individualisé par la nature des roches qui lui imposent son accent, par l'altitude de ses plus hauts sommets qui dépassent 4.000 mètres, par sa faible épaisseur, se situe entre deux grandes voies de passage naturelles : à l'est, celle des cols de Telouet, à l'ouest celle du Tizi Machou. Mais une autre route le traverse qui correspond à l'abaissement de la chaîne nettement visible dans le profil général quand on la regarde de Marrakech, c'est la route du Tagontaft.
Le double pic de l'Aoulime termine à l'ouest la haute montagne. Mais au delà c'est un pays sans doute plus étalé, mais prodigieusement tourmenté, au moins dans sa partie méridionale. Pays de hauts plateaux calcaires où nous verrons sous nos pas s'ouvrir des avens inexplorés, où nous cheminerons dans la broussaille, parfois dans la forêt, où nous ferons connaissance avec l'arganier, ou parfois aussi, au creux d'une gorge profonde, chaotique, sinistre, s'attardera la caresse lumineuse d'une oasis de palmiers. Pays des Ida ou Tanant et des Haha... De hautes falaises par lesquelles, dans un relief confus, l'Atlas plonge dans l'Océan. Deux cents kilomètres de montagnes vers l'ouest.
Deux cents kilomètres de montagne vers l'est. L'altitude générale ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Mer 5 Déc - 13:16

page 32



- Vallée de l'Amismateghrt.


... se maintient élevée, plus de 3.500 mètres, mais le relief général est plus complexe. Les géologues diraient : massifs calcaires plus profondément entaillés par les cours d'eau... Aux éventails de vallées normaux à la chaîne, caractéristique du massif précédent, succèdent ici d'importantes vallées longitudinales. L'ensemble est plus large, les formes plus massives. Les couleurs, qui sont plus variées aussi, s'opposent parfois de façon frappante entre les flancs exposés au nord, où domine une assez dense végétation et les khéla (1) désertiques dont les roches jaunâtres vibrent dans l'atmosphère lumineuse du Sud...
Tournons-nous donc enfin vers cet horizon du sud qui, plus encore que la montagne, peut-être,   nous   attire. Ici, l'œil doit perdre toute notion de la distance.  Si notre carte nous indiquait tout à   l'heure   cent,   deux   cents kilomètres, dans quel lointain reculé se  dessine  cette  ligne ...
(1) Plaines ou hauts plateaux désertiques (prononcez le kh comme un r très dur).


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 6 Déc - 8:31

page 33



- Flammes de pierre de l'Aoulime. Rochers du Haut-Atlas.


... capricieuse et si nette, tracée à même le ciel, dirait-on ? Mesurons donc. Cent kilomètres à peu près, pour le centre qui nous fait face, et la chaîne s'étend de la mer, que l'on devine confusément  dans   le   lointain,   au   djebel Saghro,   dans   l'est,   sur près de quatre cents kilomètres.
J'aime que ce massif, le plus ancien de l'Anti-Atlas, plus usé, plus brûlé par le  soleil  aussi,   que l'humain   Atlas    (j'allais dire   l'accueillant   Atlas, me souvenant du charme de certaines de ses vallées) nous apparaisse ainsi dématérialisé.    Adouci, peut-être, par une teinte de lapis, il a déjà tout le caractère que ses vastes plateaux stériles, ses crêtes noires patinées par une implacable lumière,   nous   présenteront   avec moins de pureté dans  l'ensemble, avec plus de surprises dans le détail, quand nous le parcourrons;  il est déjà désertique, saharien.
A mi-chemin, entre les deux chaînes, la silhouette caractéristique de la pointe du volcan Siroua, flot de lave jaillit là pour assurer la soudure entre deux pays de montagnes — ce qui facilite du même coup l'unité de leur peuplement. Cependant l'énorme Siroua a détourné de son cours le fleuve unique qui eût drainé vers l'Océan toutes les eaux du flanc sud de l'Atlas. Si le Dra va bien à l'Océan, ce n'est que sur les cartes et virtuellement, car ses eaux, bien avant de l'avoir atteint sont absorbées par le sable. Ce fleuve que nous pouvons d'ici deviner au creux de la cuvette qui s'étend à ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 6 Déc - 8:34

page 34



- Cheminement sur les crêtes.


... l'est du volcan, n'en reste pas moins le principal de la région et de lui naissent les palmeraies et les jardins où plus tard, nous irons flâner.
A l'est, vallée du Dra, miracle de l'eau dans un désert. A l'ouest, filant droit vers l'Océan, vallée du Sous, étroit jardin dans une pauvre plaine. Est-ce trop vite dit ? Je ne le crois pas, ni exagéré non plus car je ne parle pas des choses de l'économique.
La vallée du Dra, celle du Dadès, son affluent, nous offrent l'ombre des palmiers, leurs chemins bordés de rosés et les hautes terrasses des ksours où rêver la nuit sous la lune.
Cependant pour animer ces perspectives, il ne faudrait qu'un petit effort à l'imagination. Nous en savons assez pour cela sur les hommes de ce pays, grâce à ceux qui se sont penchés sur eux, sur leur histoire d'hier, sur leur sauvagerie de toujours. Mais si nous nous laissons parfois gagner, en face d'un berbère, par une réelle sympathie, il serait vain d'en chercher ici les raisons dans d'hypothétiques affinités de races. D'où venaient les ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 6 Déc - 8:36

page 35



... primitives hordes berbères ? S'il en est venu de l'Orient, le berbère actuel en accuse peu le caractère en dépit de l'islamisation arabe. Plus fruste, mais non moins sensible que l'arabe — de ceci, sa poésie, sa musique font foi — avec quelque chose de madré qui rappelle le paysan de chez nous, il sait souvent nous retenir. Mais dans le même moment l'archaïsme de ses coutumes, le tour volontiers mythique de sa pensée, éveillent notre attention passionnée. Que des linguistes trouvent, dans le vocabulaire berbère la trace certaine de mots phéniciens, de mots grecs, de mots latins et les images dorées de notre propre antiquité prennent vie sous nos yeux.
Les grands rythmes de l'histoire de cette race oscillent entre le désert, refuge inviolable cher à son esprit d'indépendance, les plateaux et les plaines fertiles du nord où elle se heurtait puisqu'elle répugnait à s'y soumettre à l'état, disons plutôt au makhzen arabe. Mais la montagne et ses pâturages, ses vallées faciles à défendre où le particularisme des tribus s'inscrit dans des alvéoles naturelles, surent aussi la fixer. Tout cet horizon que notre regard embrasse, c'est à peu de chose près, en plus ou moins, l'habitat des berbères sédentaires, ceux, peut-être dont nous connaissons le mieux l'histoire, ceux qui ont laissé dans la Grande Histoire le plus de souvenirs glorieux. C'est au pied même de la montagne d'où nous dominons leur pays qu'est née la dynastie almohade, qui, en moins d'un siècle d'existence, devait conquérir et le Maroc et l'Espagne, laisser en témoignage de sa grandeur des monuments comme les koutoubia, les giralda et la plus émouvante encore et l'une des plus anciennes de ses ruines, celle qui est ici, au creux d'une de ces vallées où nous irons la voir, la mosquée de Tin-Mel.
Vagues de conquérants, de pillards aussi, venus du sud et ardents comme ce désert, leur imprécise patrie, aux époques où le makhzen marocain était faible; harkas des sultans descendant, sous la protection des tribus chleuhs des cols, rétablir une instable autorité sur les marches extrêmes de l'empire aux époques où celui-ci était fort; des unes et des autres nous retrouverons traces, vestiges, sur le sol et chez les hommes, principalement dans les plaines et le long des grandes voies de passage en montagne. Mais loin de ces voies, dans les replis des plus hautes vallées, autour des cimes, subsistent les formes les moins évoluées du clan primitif. Cet homme paraît très loin de nous. Là, à l'entrée de quelque grotte, au bord d'une source où il est venu sacrifier à un génie qui peut bien porter un nom d'Islam, c'est à la magie que, sous des gestes musulmans, il est venu ici demander, quoi donc ? Peut-être le retour de l'ami infidèle.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 6 Déc - 8:38

page 36



- Champs en escaliers.


Et sur l'abrupt sentier qui le ramène à son village le voilà qui se met à chanter une complainte étrange, nostalgique et douloureuse. Que peuvent signifier les paroles de son barbare tachelhaït. L'homme chante :

« L'espoir que j'avais mis en toi, ô mon ami était pareil
A celui qu'on met dans la pluie qui vient du ciel
Mais j'ai vu que de moi tu n'avais pas souci ».

Est-il si loin de nous ?


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 6 Déc - 8:43

page 37



- Tahanaout.

II

LE TOUBKAL, GÉANT DE L'AFRIQUE DU NORD

L'ALTITUDE de l'Atlas a beaucoup baissé depuis Hérodote, lequel rapporte qu'on ne pouvait apercevoir la cime de cette chaîne tant elle était haute. Pline l'Ancien précisait aussi que cette cime était voisine du cercle lunaire. Images du merveilleux que notre connaissance plus exacte, et plus sèche, du globe nous interdit. Nous ne commettons plus de ces fautes, seulement encore des erreurs. Récemment — il y a à peine quelques lustres — on attribuait quatre mille cinq cents mètres à des sommets qui n'atteignent pas trois mille huit cents et le véritable sommet de l'Afrique du Nord était ignoré qui se trouve droit au sud de Marrakech.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 6 Déc - 8:45

page 38



Le  Toubkal culmine  à  quatre  mille   cent   soixante-sept   mètres.
Quatre mille mètres, altitude alpine. Cimes alpestres. Dans cette chaîne où nous pouvons plus aisément trouver des analogies de formes et de paysages avec nos Pyrénées et notre Massif Central, le bloc du Toubkal-Likoumt est celui qui évoquerait le mieux les Alpes. Mais il faut rester dans ce que cette comparaison peut avoir de plus général : l'allure des cimes pareillement déchiquetées vues sous les neiges d'hiver. Il est des alpinistes intrépides qui, sur ces plus hauts sommets, en décembre ou janvier, ont retrouvé des images, des sensations aimées qu'ils ont connues dans les Alpes. Quant à moi, il m'a toujours semblé que l'ambiance — quelque chose d'indéfinissable à quoi participent tous les sens et toutes les réactions à demi conscientes — y était très différente de ce qu'elle est là-haut. Sur les plus hauts sommets on ne peut oublier le pays qu'on domine, et d'ailleurs tout est particulier, la transparence de l'air, la vibration du rayon de soleil, l'accent insolite du chant du pâtre et quelque subtile odeur même que porte le vent. A ceux qui viendront ici je ne dis pas : vous y retrouverez les Alpes, mais : vous y trouverez l'Atlas dont il vous appartiendra de vous définir le charme personnel. Vous pourrez y trouver aussi des images, des images rappelant les Alpes et moi-même il m'arrive souvent d'y rêver à un Thibet que je ne connais pas !
On entre en montagne dès Tahanaout (Chaque langue a, si j'ose hasarder une telle expression, sa poésie phonétique laquelle est surtout sensible dans les noms propres.) Je songe à des noms de villages anglais, à des noms de villages français que je connais, mais il faut entendre prononcer Tahanaout par un Chleuh du Réraia (1). Tahanaout, humble village de pisé qui s'étage sur le flanc de la colline terreuse, où déjà le rocher ménage des creux d'ombre, où les arbres s'agrippent au-dessus du torrent encaissé. Tahanaout est entrée dans notre littérature théâtrale avec Atlas-Hôtel de Salacrou. Tahanaout que les nombreuses voitures qui parcourent la nouvelle route de Marrakech au Sous par le Gountafa réveillent seules de sa torpeur, est sur le Réraia la porte de la montagne. Il faut, pour atteindre le reposoir d'Asni, franchir sur une corniche impressionnante les gorges de Moulay Brahim. Le voyageur qui, il y a quelques années, devait emprunter le fond de la gorge aux flancs abrupts et noirs — la roche est un schiste violacé — devait éprouver l'excitante mais angoissante sensation de fermer derrière lui une porte monumentale. Nous sommes mal dédommagés de ne plus connaître cette sensation, — ...
(1) Nom commun à l'oued descendu du Toubkal et à sa vallée.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Jeu 6 Déc - 8:47

page 39



- Village de Moulay-Brahim.


... mais nous la trouverons maintes fois dans d'autres bleds moins accessibles, — en conservant presque tout le temps un panorama étendu sur la plaine qui s'estompe en contre-bas vers le nord. De vieilles tours de garde dominent l'étroit défilé sur la rive gauche. Nous prenons d'inquiétants virages au ras du vide derrière lesquels peuvent toujours apparaître des groupes de chameaux débandés. Des échos, fréquents dans de pareils sites, traversent l'ombre fraîche.
Hélas, cette nouvelle route ne permet d'apercevoir que de loin le sanctuaire qui donne son nom au défilé, ce tombeau sur lequel le chleuh vient, suivant l'expression indigène, boire l'inspiration poétique. Car ce sont les mânes de Moulay Brahim qui lui dictent les vers naïfs empreints si souvent d'une grâce triste, que nous lui entendrons chanter sur des airs étroitement adaptés à leur caractère lorsqu'il nous accompagnera sur les hauts tichka (i) ou bien qu'il lancera d'une voix incroyablement aiguë, les soirs de haouach (2), où chacun les reprendra, inlassablement, au rythme monotone, hypnotique de la danse.
La  gorge  s'ouvre;  un  val  accueillant,   relativement  accueillant, ...

(1) Pâturages de haute montagne.
(2) Fête berbère comportant des chants et des danses.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 8:43

page 40



... apparaît entouré de hauteurs où la roche fauve alterne avec les bois sombres. Sur le fond plat de la cuvette l'oued serpente au milieu de son lit de galets blancs; à droite l'oliveraie toute frisée de soleil où flotte le minuscule drapeau : c'est Asni. Mais tout l'horizon sud est barré par la haute montagne dont les sommets sont déjà ceints de neige — des plateaux de l'Ouenkrime, aux arêtes du Likoumt en passant par le dôme du Toubkal — et au delà de la cuvette d'Asni à quelques kilomètres de nous, déjà les pentes se relèvent, des massifs se dessinent, âpres et sombres, lourds piliers de cette crête aérienne toute bleue dans le lointain.
J'ai dit du Val d'Asni qu'il était relativement accueillant. Quel concert de protestations ne risque-je pas de soulever de la part de beaucoup de braves Marocains-Français pour qui l'éloge qu'ils voudraient de ce pays ne devrait être que dithyrambique. Pourtant ce que j'ai voulu laisser entendre c'est qu'ici comme partout ailleurs dans ce Maroc de la montagne et plus loin vers l'extrême sud, aucune douceur qui nous retient ne peut faire oublier ce quelque chose de sauvage, de rude, d'âpre dans la nature et qui reste bien pour nous le charme le plus puissant.
Néanmoins, tendre et puérile conquête de la pacification, Asni et son auberge connaissent tout comme les sylvestres abris de la forêt de Fontainebleau, les idylles bourgeoises des dimanches et des jours de fête. Là j'ai vu des couples s'attendrir sous les faunesques oliviers et les moufflons apprivoisés de l'hôtelier Bosio caresser des doigts encore lourds de caresses et de parfums. Assis au pied des arbres ou appuyés aux chouaris des mulets de location, des chleuhs ironiques regardaient les hommes nouveaux. Miracle de la route et de l'automobile !
Mais ici on quitte les voitures pour les joies plus lentes de l'étape à mule. Nous allons goûter autrement les multiples détails de l'itinéraire. Qu'importe s'il en coûte un peu plus de peine. Si peu en vérité, juste assez pour abandonner cette nonchalance qui s'était satisfaite d'une rapide vue d'ensemble et prêter, par nécessité, attention aux humbles choses que l'on contourne, que l'on touche mieux du regard et qui vous rendent en échange mille beautés insoupçonnées.
Comme toute course en montagne celle-ci débute dans la douceur d'un sentier où les derniers représentants d'une flore familière nous semblent plus aimables. Les pentes sont encore humaines, l'ombre des oliviers alterne avec les taches de soleil sur la terre jaunâtre, encore meuble, et les mules nous emportent bon train vers la kasbah du cheikh (1) Ahmed ...
(1) Se prononce chir avec l'r dur.



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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 8:45

page 41



-Village d'Asni.


... d'Asni, portier de la haute vallée du Réraia. Au pied des contreforts qui encadrent la vallée, construite avec le limon terreux de l'oued qui lui donne sa couleur rouge, la kasbah élève sa silhouette caractéristique, silhouette que nous nous habituerons à retrouver souvent en montagne, architecture du cube, du parallélépipède et du tronc de pyramide. Un haut corps de logis flanqué de tours carrées dont l'une est blanchie à la chaux domine le village indigène. C'est ici la situation plus que la hardiesse de la construction elle-même qui frappe, mais pour qui ne connaît pas encore les grandes kasbahs du Sud, celle d'Asni dans sa simplicité a grand air.
On grimpe des ruelles tortueuses aux dalles glissantes. Des indigènes, groupés près des portes basses des maisons vous regardent passer. On admire une fois de plus combien le drapé d'une jellaba, d'un burnous, si crasseux soit-il, revêt la pire misère d'une dignité apparente.
Et la piste continue entre les berges maintenant plus resserrées. Le ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 8:47

page 42



- Une ruelle d'Asni.


... bruit du torrent nous accompagne et semble grossir, répercuté par tous les échos de la vallée. Nous longeons pendant quelque temps encore des  champs et des jardins que labourent des groupes de fellahs, jambes  nues   (ces jambes   nerveuses,   maigres   et   brunes comme des pièces de bois).
Pendant   des   heures   c'est  la   remontée de   l'austère,  mais   belle vallée du Réraia,  avec  ses pentes abruptes auxquelles le sentier s'accroche, laissant    parfois sous lui de véritables précipices  qui,  à bon     droit émeuvent le voyageur novice. Sur ces pentes   chaotiques pousse une maigre végétation de genévriers.   Cet   arbre, tout   comme   le chleuh, est étroitement adapté à ce sol    ingrat.    Tous deux ne retirent de celui-ci   qu'une pauvre subsistance, et   cette   pauvreté même développe en eux des qualités qui leur permettent de se maintenir là où il semble si difficile de vivre.
La vallée se fait plus profonde et l'ombre, sur les pentes, gagne de la hauteur; mais cette ombre flotte dans une atmosphère lumineuse qui semble délayer de l'argent. Le bruit du torrent rebondit de roche en ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 8:49

page 43



... roche et saute par-dessus des trous de silence. On traverse des villages obliques, en équilibre sur le sentier; tout y est couleur du sol, usé, patiné. Tout y a l'odeur acre de cette terre extrême, tantôt brûlante, tantôt glacée, et de l'arbre dur. L'horizon monte, masses déchiquetées, roches dressées vers le ciel, desquelles se détachent d'énormes contreforts qui délimitent les affluents de la vallée principale. Arround apparaît, sur sa moraine noire, tassé au fond d'un cirque sombre.
Il est dans nos Alpes de pauvres villages qui ont réussi à survivre dans les sites les plus sévères. Le promeneur qui les aperçoit, au hasard de ses courses, quelque amour qu'il ait pour la montagne et pour ses solitudes, pour les retraites qu'elle offre, de calme et de grandeur, aux plus humbles, aux plus silencieux poètes, ne peut se défendre devant eux de penser aux hommes qui les habitent, à l'inconfort de leur existence, à l'emprise écrasante que la nature exerce là sur leur esprit. Mais il existe cependant dans chacun de ces villages quelque chose d'humain, quelque chose du patrimoine commun, qui vient rencontrer la sympathie de l'habitant des villes et lui fait souvenir de ce qu'il est le frère de ces rudes montagnards. Mais ici ? Ici, tout doit être oublié de ce qui fait la douceur de vivre pour admirer et comprendre ce noir paysage, pour se faire à l'idée que ces tristes cubes de terre rabotés par les vents glacés, érodés par les pluies et les neiges d'hiver, desséchés, fendus par les soleils d'été, abritent des hommes. Paysages inhumains dont la beauté même vous serre le cœur.
La joie de l'alpiniste est sportive ou mystique; souvent l'une et l'autre. L'alpiniste se détourne du foisonnement impur de la vie. Il aime, prenant conscience de l'effort de vivre, côtoyer la possibilité d'en périr. Comme sa montagne, il est dur, abrupt. Aussi à ses chants d'allégresse un peu forcés, comme tout ce qui s'adresse à ce qui est au delà des sources généreuses, répond un écho pur, froid, qui exalte son âme et l'inquiète.
Pour la facilité du sport, un Syndicat d'Initiative prévenant a édifié à Arround un refuge. Ce refuge est fort convenable. Il a devant le paysage, la discrétion habituelle à ces sortes de constructions. J'y passai trois jours bloqué par la tempête et si l'on croyait devoir m'en plaindre, ce serait à tort.
Trois jours de solitude. Au dehors, les pentes de l'Aguelzime, du Taghat, luisaient, blafardes, sous l'averse. J'apercevais sous les nuages descendus des cimes les premières neiges tassées aux creux des rochers. Au-dedans, le seul confort que j'aime en vérité : quelques objets simples ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 8:52

page 44



- Cirque d'Arround.


... adaptés à mes besoins immédiats. Aucune gêne, mais la proximité excitante de la tempête, tout de même menaçante.
Le premier jour, je le passai à lire, à vaquer, dans mon étroit domaine, à tous les humbles soins de mon ascension prochaine (une tâche assez dure m'imposait cette course). Parfois on frappait à ma porte, j'entendais les coups sourds dans la rafale et j'allais m'installer sous la terrasse. Trois, quatre khidous (1) terreux étaient là avec des provisions. On discutait les prix, je payais, ils partaient, l'eau dégouttant de leurs barbes courtes et les jambes nues trempées, luisantes comme des bronzes. Bientôt ils disparaissaient dans la pluie et le vent.
Le troisième jour, la tempête s'apaisa. La vallée était encore pleine ...

(1) Burnous des montagnards, faits de laine grossière et généralement noirs.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 8:54

page 45



- Arround.  L'entrée.


... de nuages, mais qui étaient tout lumineux, traversés par le soleil vainqueur. Un grand calme succédait aux bourrasques, adouci par le murmure de mille petits torrents qui ruisselaient sur les pentes. Des groupes d'indigènes sortaient des sombres tanières du village et se répandaient dans leurs champs. Je m'installai dehors dans l'ombre tiède. L'air était lourd des parfums de toutes les petites plantes invisibles cachées sous les pierres. A midi, l'indigène chargé du courrier et du ravitaillement à Asni se présenta avec son mulet. Puis il fallut mettre la dernière main aux préparatifs d'ascension de mon lourd matériel.
La voie la plus simple, celle qu'il me fallait prendre, est le sentier qui remonte avec des détours capricieux la vallée de l'assif Ait Mizane au ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 8:56

page 46



-Le marabout de Sidi Chamharouch.


... nom chantant. A Arround on est à 2.000 mètres d'altitude mais la vallée se fait de plus en plus déserte, presque plus du tout de végétation sur les pentes où la roche est à nu. Toutefois une circulation, assez rare il est vrai, a lieu par là en dépit de la difficulté de ce chemin qui réunit le Réraia au Tifnout sur le flanc sud de la grande chaîne. Est-ce souvenir d'anciennes luttes, les gens du Réraia n'aiment pas ceux du Tifnout et les croient capables de tous les méfaits. Je fus prévenu que tout vol à mon préjudice ne pouvait qu'être commis par un homme du Tifnout. Je n'en surveillai pas moins mes porteurs Réraia.
C'est aux abords de ce sentier que se découvre l'humble marabout de Sidi Chamharouch, là où bifurque   la   piste,    si   raide    qu'elle semble    impraticable,     du    Tizi n'Taghat, le col de la Chèvre. Un simple   enclos  de  pierres   sèches recouvert  d'un  grossier  toit  de branchages   et   de   terre, c'est tout le marabout. Les gens frustes de la montagne ne    construisent    que rarement ces élégantes petites     bâtisses blanches    à   coupoles dont  sont   parsemées les   plaines  du  bas Maroc. Mais le lieu n'en est pas  moins   saint, encore que ce ne soit pas de façon très orthodoxe.     Sidi Chamharouch     a jadis été un vilain génie de la terre qui, la nuit, rendait folles les chèvres et les enlevait. Un sanctuaire, ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 8:58

page 47



... de fréquentes offrandes et les prières que chaque passant ne manque pas de lui faire l'ont, semble-t-il, apaisé. Je ne laissai pas à mes porteurs le temps de l'honorer à la montée, mais au retour ils lui sacrifièrent un mouton que j'avais ajouté, en fabor, à leur rétribution.
La haute vallée de l'assif Ait Mizane est une des plus élevées du Maroc; écrirai-je qu'elle en est une des plus belles ? Long couloir absolument aride — deux ou trois plaques d'une herbe rare au bord du torrent — immense solitude de pierre où l'écho, indéfiniment, se répond à lui-même d'une muraille à l'autre. Ces murailles, elles découpent leurs silhouettes noires aux formes étranges, à mille mètres au-dessus du torrent, quatre mille mètres absolus. La neige, peu abondante, dessine les couloirs aux flancs abrupts, souligne les pentes les plus hardies, les clochers de l'Ouenkrime et ceux de l'Aksoual. Lieu désespérément triste et beau où rien ne sourit sinon, peut-être, la pureté délicieuse d'un ciel plus bleu. J'allais écrire : lieu où rien ne vit. Et c'eût été inexact. J'entends, venu je ne sais d'où, les bêlements d'innombrables chèvres. Découvrir les agiles petites bêtes brunes et noires sur ces flancs tourmentés n'est pas chose facile. Avec de l'attention on y parvient. Le troupeau s'égaille sur le champ de pierres presque vertical, mais son gardien, accroupi quelque part, plus semblable au rocher encore que ses chèvres, est invisible. Que peuvent trouver là à brouter ces bêtes intelligentes et capricieuses ? J'écoute ce tremblement mièvre de leur cri qui a quelque chose d'émouvant dans le sombre décor.
Nous dépassons justement les derniers azibs, lesquels sont des refuges où sont parquées les chèvres pendant la nuit (ceux-là mêmes d'où l'adroit Sidi Chamharouch faisait fuir les bêtes affolées). Un azib est constitué par un enclos de pierres sèches le plus petit possible étant donné le nombre d'animaux qu'il doit contenir afin que ceux-ci soient pressés et obligés de se coucher les uns sur les autres, ce qui les maintient naturellement au chaud. Pour l'homme, une excavation sous un gros rocher, à moitié fermée par une ou deux dalles dressées. Il m'est arrivé de coucher dans quelques-uns de ces abris. Il faut y entrer à plat ventre et, au premier abord, l'odeur y est suffocante. Mais on s'habitue vite à celle-ci. Et il fait si bon détendre ses membres rompus de fatigue sur un lit d'herbes qui paraît vraiment très doux ! Puis on regarde par l'étroite ouverture le soir monter, comme un flot silencieux, des vallées lointaines, on rêve naïvement, on se sent très seul, très libre et très fort.
L'attaque des dernières pentes ! Je sais des alpinistes qui me reprocheraient d'avoir suivi tel long couloir paisible et de l'avoir préféré au ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 9:00

page 48



- Le refuge d'Arround.


... sport des escalades possibles. Qu'importe ! Encore une arête assez glissante et j'atteins ce sommet culminant de l'Atlas. O Pline, nous voici au delà de ton cercle lunaire !
Tout cela est vite dit qui me prit des heures d'une marche lente. Tous mes sommets amis sont là. J'éprouve la joie puérile de les trouver où je les attendais. Dans cette vallée grandiose, d'une lugubre beauté, les lointains pays m'étaient restés cachés. J'étais très haut, retiré du monde. Je ne voyais rien que ces roches aux formes étranges qui me dominaient et qui eussent pu m'être inaccessibles et me garder. Je les nomme, cherchant ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 9:03

page 49




- DENTS DU DJEBEL AKSOUAL. ASPECT DE LA HAUTE MONTAGNE MAROCAINE DANS L'ATLAS CENTRAL.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 9:05

page 50



- Haute vallée de l'assif Aït Mizane.


...  d'instinct les plus éloignés, les plus désirables, avec leurs vallées et les plaines qu'ils enserrent. A l'ouest, au delà des clochers de l'Aksoual, les pentes descendent vers le Tagontaft où j'irai visiter Tin Mel. Plus loin, derrière les silhouettes connues de l'Erdouz, de l'Idoudane et de l'Igdet, ...


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 9:07

page 51



- Mechouar et chandelier.


... est le Seksaoua, fief du vieil Ahmed ou Moulid, ce berbère qui a manqué son heure et n'a pas su devenir un grand chef de la montagne. Au delà, les pays des Ait Breher, des Ait Tounert, des Ida ou Zal, étroites et sauvages vallées que je connais bien. Les souvenirs que j'ai de chacune d'elles s'évoquent, comme mes successifs campements, à l'ombre d'un noyer, sur les terrasses croulantes des feddaden (1), ou sur le terre-plein de quelque dchar. Vers l'est le massif est plus empâté : de très hauts sommets enserrent les vallées sauvages du proche pays Glaoua. Mais, brillant de neige rosé, j'aperçois, au loin, le Mgoun promis à ma future ascension. Vers le nord les Jebilets, bleu ardoise, découpent leur fin profil sur la plaine; Marrakech, ville morte, rougeoit à peine au milieu de la tache sombre de sa palmeraie. Tout le pays brûlé, le pays fauve et noir est, au sud, dominé par la pyramide du Siroua. Sous le regard, rien ne bouge, rien ne vit, rien ne respire, pas même le vent glacé qui passe comme un sillage et, comme lui, s'évanouit dans l'air trop bleu.

(1) Petits champs en terrasses, à flanc de montagne.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 9:10

page 52



AGADIR N'GOUJ.


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MessageSujet: AU MAROC INCONNU dans le Haut-Atlas et le Sud Marocain   Ven 7 Déc - 9:14

page 53



- Motif décoratif à Tin Mel.
- Chapiteaux de Tin Mel.

III

NAISSANCE D'UNE DYNASTIE — TIN MEL LE TAGONTAFT
« Quand tu cherches à acquérir de la gloire, ne te contente pas de ce qui est en deçà des étoiles du ciel ». Ibn TOUMERT.


LE vent, chassant  la neige, soufflait en  violentes rafales,   le  froid  engourdissait    mes    membres,   me   tirait des larmes; arc-bouté dans la tempête, j'avais de la peine à me tenir debout. Tout à coup, par une trouée dans la masse sombre des nuages, un rayon de soleil fusa et,   en   bas,   dans   la   direction   de   l'est, apparut,   nimbée   d'or,   verte   et   mauve, ...


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