Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 LE MAROC

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:23

page 179


- Sidi-Harazem.


... le mot plein d'accueil : Slama... la bénédiction d'Allah sur toi !
Une légende tenace se transmet dans la région. J'ai l'impression qu'elle est vraie. La voici :
Tout près de Sefrou, dans un val perdu, sauvage, fortifié par la nature, se dresse, ignoré, un petit village que les musulmans appellent Balhill, ce qui signifie pays des fous.
Pourquoi donc cette dénomination infamante? Tout simplement parce que les habitants de Balhill se disent descendants des esclaves chrétiens, parce que, de père en fils, on se transmet la tradition que le sultan donna à ses esclaves, ce coin de bled, en remerciement de leur loyauté.
Les fous?... Peut-être pas tant que cela. Regardez les figures ouvertes des vieillards, le sourire des femmes, vous y découvrirez des ressemblances frappantes avec des gens de nos campagnes. Les fous de Balhill sont peut-être les plus sages. A travers ...


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:26

page 180


- Sefrou. Oued Rahia.
- Sefrou. Bab Marbah.


... les siècles, ils ont gardé les distances entre les musulmans et eux, ne s'alliant qu'entre parents et formant, dans ce Maroc, une sorte de caste distincte.
Je songe à tout cela tandis que, dans les rues de Sefrou, un jeune officier de l'armée française m'accompagne. A chaque pas, dans chaque rue, devant chaque paysage, il évoque pour moi des histoires locales ...


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:27

page 181


- Sidi-Harazem. Le tombeau du saint.


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:29

page 182


- Une danse berbère.


... spirituelles ou palpitantes. Cet officier est sensible aux couleurs de la nature et aux légendes, il parle un français très pur, vous le diriez sorti depuis peu de Saint-Cyr. Ses yeux bleus disent la joie de porter l'uniforme et de servir dans une grande armée, c'est une nature délicate, formée à Paris ou dans une vieille province française... mais non, mon guide, est né à Balhill, c'est le fils du caïd qui accueillit les Français, il y a 15 ans à peine, avec des fleurs. A notre arrivée, le vieillard entendit peut-être une voix confuse murmurer à son oreille : « Ce ne sont pas des conquérants qui arrivent, ce sont des frères. »
Pour tout cela, j'aime Sefrou la charmante, Sefrou jardin de Fez.

Aux voyageurs se dirigeant vers Oran et quittant le Maroc après l'avoir parcouru dans toute sa longueur, une vive émotion est réservée.
Sur une colline rocheuse, on distingue de loin une masse de murs entassés, constructions cubiques resserrées entre de hauts remparts. Au fond d'une gorge, une ville d'un gris clair se détache à peine sur le fond gris foncé des Djebels voisins. A distance, l'aspect est lugubre tragique, mais bien plus lugubre, bien plus tragique à mesure qu'on ...


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:30

page 183


- Taza vue à travers les oliviers.


... l'approche. C'est une colline basse dans une gorge aux parois très hautes.
Le décor uniformément sombre fait contracter le cœur. Je ne connais pas de ville plus effrayante que Taza.
La vallée ne manque pas de richesse. L'eau y coule abondante, sous des figuiers, des oliviers, des orangers, donnant, après un parcours lassant dans un bled dénudé, l'impression d'une oasis. Au pied de la falaise où s'élève la ville ancienne, c'est un riant parterre, mais si vos yeux quittent le jardin fleuri pour s'élever vers la ville, le charme des couleurs est aussitôt rompu.
Au flanc du coteau, des grottes ouvrent des gueules profondes au seuil desquelles sèchent les vêtements des indigènes, car ces cavernes naturelles sont habitées par une tourbe grouillante arabo-berbère.
Couronnant ces ouvertures géantes, les portes en chicane accusent encore la barbarie du lieu. Les fortifications sont à demi tombées. En Islam, les remparts qui, sous d'autres cieux, défient les siècles, s'effritent vite... Par endroits, vous auriez de la peine à marquer où s'arrête la ...


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:32

page 184


- Taza.


... montagne et où commence le mur, tellement les siècles ont lavé la pierre pour en colorer la terre et donner à celle-ci le ton rougeâtre de celle-là.
Certaines de ces portes ne peuvent livrer passage qu'aux piétons, excluant les voitures. Leur aspect est particulièrement fruste, le rocher à pic est noyé, submergé dans la maçonnerie qui complète le précipice naturel. De chaque entrée, s'élève une plainte rauque, barbare, litanie incessante proférée par une légion de mendiants.
La voix des miséreux, sèche et rude, complète l'édifice et fait partie du décor. Ces gens ne demandent pas l'aumône, ils l'ordonnent et l'exigent.
Vous passez ainsi chaque porte, accueilli par une imprécation, par un cri de révolte, par un blasphème et votre cœur en est serré.
Dans les rues, le spectacle continue, aussi farouche. On n'a certes, aucune raison de craindre pour sa sécurité et cependant la peur vous enveloppe dans les impasses sordides, salement pauvres, devant les demeures hargneuses d'où l'on s'attend à voir sortir, quand la porte ...


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:34

page185


- Taza. Bab Rhier (porte du vent).
- Taza. Bab Zitouna.


... s'entre-bâille, au lieu de la tête curieuse d'un enfant, le canon d'un fusil. Les mosquées, même la plus célèbre qui contient le fameux lustre de bronze de trente-deux quintaux et de six cents godets, sont plus négligées que dans toute autre ville, leurs abords plus encombrés d'une foule plus primitive. Les minarets n'ont pas les couleurs joyeuses, vert et rouge qui font le charme de ceux de Fez... Ceux-ci ont l'air ...


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:35

page 186


- Gorges de Taza.


... de pleurer dans le ciel. Sur les places, la foule est dense autour des marabouts et des charmeurs de serpents; sa voix est plus troublante qu'en aucune autre partie d'Islam.
Ce pays joua, dans l'histoire du Maroc, le premier grand rôle tragique. La ville elle-même n'est pas particulièrement méchante; elle dut se défendre contre les habitants du bled, se trouvant, malgré elle, à la tête de toutes les insurrections. La région de Taza fut par excellence, la terre, la capitale des roghis. Les insurrections naissaient là à tout moment, favorisées par la montagne complice, par les insondables palmeraies du sud et par le caractère belliqueux des habitants.
Taza se devait de se dresser la première contre l'influence française. Avant même notre arrivée au Maroc, Abd-el-Kader, vaincu en Algérie, rejeté par ses compatriotes, trouva dans les environs de la ville berbère des contingents ardents qui nous auraient battus à Isly sans la vaillance de Bujeaud.
A Taza, les roghis comme Bou Hamara, tinrent tête pendant plus ...


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:37

page 187


- La campagne autour de Taza vue des abattoirs de la ville.


... de cinq ans à deux sultans. Les habitants montrent encore sa maison intacte, qui n'a rien d'un palais.
Après lui, Abd-el-Malek, petit-fils d'Abd-el-Kader et agent de l'Allemagne, puis, Abd-el-Krim, de triste mémoire et Si Raho, notre plus honnête mais plus irréductible adversaire, l'animateur de la tache de Taza, tous ces Berbères, les uns simplement ambitieux, les autres redoutables croyants fanatisés, prirent pour capitale ce nid d'aigle, commandant la route d'Algérie au Maroc.
Dans un paysage sévère, le repaire des insurgés n'a rien perdu de son austérité. Il résume une race pour laquelle comptent peu les palais et la civilisation. Il abrite des peuplades plus heureuses de faire parler la poudre que de pousser la charrue.
Taza, capitale de l'insurrection, Taza capitale berbère, Taza farouche, aujourd'hui conquise, ne vaut par aucun de ses monuments mais presque uniquement par l'impression de grandeur tragique qui s'exhale d'elle.


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:39

page 188


- Environs de Taza. El Kta.

On ne  connaît pas vraiment  le Maroc quand  on  ne l'a pas  visité.
En passant ces portes étroites, édifiées pour la guerre, en parcourant ses rues à peu près vides de souks, en coudoyant ses habitants pouilleux, il semble qu'on pénètre l'âme berbère faite du mépris des biens terrestres et de haine pour l'autorité. Quand, de la ville nouvelle sortant peu à peu de terre, au pied de Taza la berbère, on entend la voix des mueuzins, il semble que ce ne soit plus le doux appel à la prière que lancent les hommes des mosquées, mais un cri de guerre qui va faire surgir de chaque pierre de rempart, de chaque olivier tordu dans un geste de douloureux enfantement, un homme vêtu d'une Djelaba, armé d'un fusil incrusté d'argent... Il semble qu'une armée formidable va se lever à l'appel d'un nouveau roghi et déferler de la colline millénaire pour violer, piller et verser le sang.
Taza, sentinelle avancée du Moghreb, aux marches de l'Algérie, ville la plus marocaine du Maroc, la plus islamique d'Islam, accueille l'étranger au seuil du pays des sultans, hautaine et fière, superbement altière, farouchement indépendante, drapée dans ses haillons maculés de poudre et de sang.


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:41

page 189



CONCLUSION

A vol d'oiseau, voilà parcourues les villes marocaines.
De ce rapide voyage, deux impressions se dégagent : le Maroc est un pays unique où l'on peut admirer, comme dans un vaste musée animé, la vie moyenâgeuse de l'Islam conservée  dans son archaïque pureté.
D'autre part, le Maroc est un pays d'avenir, ouvrant ses yeux étonnés et rapidement dessillés sur le monde moderne, un pays qui ne court pas à une révolution sanglante et improductive de ses méthodes mais qui, sans rien abdiquer des mœurs, des vêtements, des croyances qui nous charment, évolue d'un pas égal et ferme vers le progrès.
Tous ceux qui passent sur la terre maghrebinne admirent cette nouvelle France qui se lève, confiante, sous un ciel très pur.
Mais avant de quitter le Maroc, mon devoir est de vous amener à un point culminant, sur une haute montagne d'où la vue embrasse une multitude de djebels moutonnants, une immensité de terres. Je n'ai que l'embarras du choix, aux quatre points cardinaux de l'Empire.
De ce haut plateau, de ce piton rocheux, de cette arête vive aujourd'hui déserts et muets, vous comprendrez mieux ce que je veux vous exposer.
Vous ayant conduit au milieu de petits murs écroulés, sur le seuil d'une casbah de terre, envahie de broussailles, je vous dirai :
Ici, quatre Français et cinquante tirailleurs sénégalais ont, pendant plus de quarante jours, tenu en échec 3.000 riffains... c'est le Bibane.
Là, un jeune sous-lieutenant de vingt ans lutta, pendant deux mois, ayant quarante hommes sous ses ordres, avec lesquels, submergé par le flot barbare, il se fit sauter... c'est Béni Derkoul.
Dans ce vallon un officier trahi par ses hommes tomba frappé à mort... c'est Médiouna.


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:43

page 190



Près de cette source, des riffains consumèrent à petit feu un lieutenant et quatre hommes qui leur avait résisté... c'est...
Tout le long de ce fleuve, des groupes mobiles accomplirent des prouesses pour ravitailler au péril de leur vie, leurs camarades encerclés... C'est l'Ouergha !
Sur les hauteurs dénudées, tandis que vous penserez aux soldats français, marocains, sénégalais, aux légionnaires allemands, aux aviateurs de vingt ans tombés dans ce bled, obscurs et sublimes, vous apprendrez qu'elle est grande la Nation qui, après cinq ans d'une guerre où un million et demi de ses enfants sont morts, a su par son tact gagner l'amitié d'un pays fanatique, par le génie de ses chefs éveiller des peuplades primitives, par l'héroïsme de ses soldats pacifier définitivement cet immense pays.
Sur les hauteurs de l'Ouergha, devant les postes historiques dont la terre a bu le sang des nôtres, vous comprendrez l'œuvre française au Maroc, vous enverrez une pensée émue aux conquérants, aux pacificateurs, et vous vous agenouillerez devant ceux qui furent les vaillants, les immortels artisans de la conquête.


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MessageSujet: LE MAROC   Lun 9 Juil - 18:45

pages 191 - 192



TABLE DES MATIERES

INTRODUCTION. — Trois guides ... 9
I. — Tanger l'Internationale ... 17
II. — La rue marocaine. La foule arabe ... 25
III. — Ouezzan la Sainte ... 39
IV. — Rabat. La douceur de vivre.   Salé ... 47
V. — Casablanca, école d'énergie ... 65
VI. -- Marrakech, capitale du Sud ... 71
VII. — Mazagan la Portugaise. San, capitale de l'art. Mogador
la tempérée. Agadir et Taroudant ... 95
VIII. -- Mecknès,   Versailles marocain.   Les Aïssaouas  passent.
Volubilis la romaine. Le pèlerinage de Moulay Idriss ... 107
IX. -- Fez, capitale d'Islam. Fez qui prie. Fez qui chante. Les
environs de Fez. Taza la berbère. Les conquérants ... 137
CONCLUSION ... 189




Les photographies reproduites dans cet ouvrage ont été faîtes spécialement par
M. CHAMBON, de Fez
sauf les suivantes :
M. FLANDRIN, de Casablanca (Photos des pages 21, 39, 40, 42, 43. 76, 94, 99, loi, 102, 103)
M. SERVANT, de Tanger (Photos des pages 17, 18, 19, 20]
M. CAZALE, de Taza (Photos des pages 183, 184, 185, 186, 187, 188)
M. MANARANCHE, à Ouezzan (Photos des pages 39, 41, 42, 43, 44, 45)
M. FELIX, à Marrakech (Photo de la page 93)





**********************************

FIN du Livre :
LE MAROC
de Pierre DUMAS
édité en 1928

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