Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 LE MAROC (J. - L. Miège)

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 14 Déc - 12:02

page 79



AZEMMOUR. LA VILLE INDIGENE SURPLOMBANT L’OUM ER REBIA.

MOISSONNEUR.



LE MAROC ATLANTIQUE

Vastes plaines, ondulation des collines, climat tempéré, rien qui ne rappelle, dans le Maroc atlantique, les paysages modérés de l’Europe. C’est l’ancien « Maroc utile » de Lyautey, l’ancien bled el maghzen sur lequel s’étendait l’autorité du sultan, par opposition au bled es siba, le pays insoumis.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 14 Déc - 12:09

page 80



LA MOISSON DANS LE GHARB. CHOIX DES SEMENCES POUR L’ANNÉE SUIVANTE.



Au vrai, leurs limites n’étaient point nettes, les marges mal fixées et de statut variable. Au nord, les bords du Rif, au sud les régions voisines du Sous n’étaient ni bled el maghzen, ni bled es siba. Contrées semi- indépendantes liées au sultan par simple allégeance religieuse et n’acceptant guère de lui que sa protection vis-à-vis de l’étranger. Ailleurs la suzeraineté du sultan prenait des formes diverses et tous les degrés de ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 14 Déc - 12:12

page 81



PLANTATIONS D’ORANGERS.


... sujétion, vasselage ou indépendance politique depuis la tribu soumise jusqu’à celle reconnaissant l’autorité politique de Sidna sans payer ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 14 Déc - 12:14

page 82



PORT-LYAUTEY. PÊCHE AUX THONS.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 18 Déc - 7:40

page 83



... d’impôt ou n’acceptant que son autorité religieuse. A la fin du XIXsiècle l’autorité du sultan se limitait à la côte et au cours inférieur des fleuves, s’arrêtant à une faible altitude sans jamais s’asseoir plus haut, même après avoir quelquefois pu mordre sur les massifs. La zone de contact, mouvante, des deux mondes était le dir, le « poitrail », région de 200 à 400 mètres d’altitude en bordure des montagnes.
Ce bled el maghzen, quoi qu’il paraisse, était le Maroc de l’anarchie, à côté du Maroc ordonné de la montagne. « Triste régime, écrit de Foucauld, où le gouvernement fait payer au peuple une sécurité qu’il ne lui donne pas; où entre le voleur et le caïd, riches et pauvres n’ont point de répit; où l’autorité ne protège personne, menace les biens de tous; où l’Etat encaisse toujours sans jamais faire une dépense pour le bien du pays; où la justice se vend, où l’injustice s’achète, où le travail ne profite pas. Ajoutez à cela l’usure et la prison pour dettes; tel est ce bled el maghzen. »
Le Maroc atlantique est aussi celui où l’histoire a laissé sa marque; vestiges romains, œuvres des Portugais, monuments des grandes dynasties en font un monde connu, que mille souvenirs permettent de rattacher à notre mémoire d’Européen. Le Maroc berbère de la montagne, émergeant d’un passé vide, paraît vivre dans une atmosphère de légendes, comme resurgi d’un âge oublié. Vallons, plaines et collines, fleuves réguliers, abondance de la population française, fermes et relais des grandes villes modernes ne permettent qu’un dépaysement très relatif.
Pourtant, derrière cette unité que de variétés locales, du nord au sud, de la campagne aux villes. Et puis il y a la lumière marocaine. L’air est d’une transparence particulière, d’une pureté remarquable l’hiver et au début du printemps surtout, au beau temps sec. Les soirs à Rabat sont doux, enveloppés d’une ombre très légère; les crépuscules du sud, plus nets, élargissent le paysage. La lumière du nord tire du climat maritime une douceur, une limpidité étonnante. Les ombres s’y gonflent d’un bleu velouté, les couleurs se font valoir sans heurts.
Le Gharb offre, au nord, ses étendues plates, son aspect de Beauce. Au printemps, chargé de promesses de moissons, il alterne ses champs de blé et les grands pans bleu de lin, les taches sombres des orangeraies encloses de cyprès. Opulence et richesse. De grosses fermes entourées d’arbres. Puis un douar (1) où se mêlent la tente sombre, la noualla conique avec son enclos d’épines. Petit centre, plus ou moins fixé, de vie collective au milieu de la tache des labours sombres sur les pâturages voisins. Berbères? Arabes? En réalité, Arabes ou Berbères si arabisés qu’ayant adopté la langue, perméables à l’influence des villes et à celle de leur administration, ils se considèrent comme descendants authentiques des conquérants orientaux et prouvent leur origine par ...

(1) Groupe de tentes.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 18 Déc - 7:43

page 84



OUALIDIA. LABOURAGE PRIMITIF


... des généalogies compliquées. A nouveau, des fermes à toit rouge ou vert et des champs réguliers. Impossible de retrouver les descriptions des voyageurs qui, à la fin du siècle dernier, parcouraient le Nord marocain le long de « la route des ambassades ». Les images plus récentes même ne sont qu’un fond de tableau; celui-ci parfois réapparaît fugitivement sous les détails neufs qui ont fini par transformer l’ancien ...



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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 18 Déc - 7:46

page 85



ROUTE D’OUALIDIA A SAFI. ARGANIERS COUCHÉS PAR LE VENT.


... paysage. « Ni village, ni route, ni arbres », dit le voyageur de 1880. Mais les arbres ont poussé avec les fermes dans la grande plaine nue où « en vain pendant des heures » on désirait « l’ombre d’un seul arbre ». La tente cède le pas à la noualla qui recule devant la maison. Autour des grands domaines, des villages naissent. A le revoir, d’année en année, ce paysage, on sent vraiment un nouvel ordre s’enraciner. Voici une ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 18 Déc - 7:51

page 86



... gare; l’an d’après quelques gourbis (1), un bureau de tabac-épicerie- réparations de vélos; une école foraine; le village apparaît.
Etrange dynamisme qui affecte un peuple traditionnellement peu pressé, pour qui la règle est : « Demain existe. »
La plaine où tout est signe de labeur et de richesse était autrefois de parcours dangereux. L’insécurité y régnait. Lorsqu’un envoyé européen eut effectué, au milieu du siècle dernier, le voyage de Rabat à Tanger escorté seulement de deux ou trois soldats, cela fut considéré « comme un acte de témérité impossible pour tout autre que lui ». Le fellah sent à son juste prix l’avantage de la paix et de l’ordre; mais seulement à son juste prix. Combien la vie a perdu en imprévu et joies violentes ce qu’elle gagnait en sûreté! Un jour d’octobre 1908 dans la Chaouïa, un Français était allé chasser chez un de ses protégés musulmans. Les chevaux furent laissés dehors, simplement attachés sans garde, car : « Maintenant que les Français sont là, plus n’est à craindre de vols; on peut se promener avec de l’or sur la tête. » Au soir, après la chasse, le retour se fit par un temps devenu menaçant; le vent d’ouest accumulait les nuages noirs. Voyant cette nuit sombre, sans lune, le Marocain ne put s’empêcher de s’écrier, le tempérament reprenant le dessus : « Ah! si ces Français n’étaient pas là, quelle belle nuit pour voler des juments ! » L’histoire n’est peut-être pas absolument authentique; mais psychologiquement elle répond tout à fait au double désir de paix et d’aventure du Marocain.
Le soleil dur du Maroc s’atténue ici des brouillards de la mer, s’épaissit de l’humidité des grands plans d’eau monotones des merdjas (2). Cette belle route bordée d’arbres qui se glisse entre les champs cultivés, parmi les fermes entourées de verdure, ce n’est guère le Maroc. Le paysage humanisé n’est pas le vrai paysage marocain.
Mais la vaste forêt de chênes-lièges de la Mamora est bien marocaine avec ses arbres espacés dont l’étendue se coupe de nombreuses clairières. Voici les méandres du Sebou, le seul fleuve « européen » du Maroc; jaune, boueux, entre deux berges abruptes, il se laisse remonter par la navigation. Port-Lyautey est à 17 kilomètres de la mer.

Jusqu’au delà de Casablanca, se retrouve ce paysage vallonné que coupe l’entaille profonde de quelque oued, avec parfois un bois d’eucalyptus aux feuilles lancéolées, dont le vert se noie dans des couleurs ...

(1) Chaumières.
(2) Marais.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 18 Déc - 7:58

page 87



... rouges comme des larmes sanglantes. Sur les troncs, se desquament de grands lambeaux d’écorce aux teintes moirées. Comme il s’est incorporé au paysage bordant les routes, entourant les gares, s’étendant en forêts, cet étranger introduit il n’y a guère qu’une cinquantaine d’années!
Au creux des dayas (1) fleurissent des fleurs blanches. Aussi blanche, la koubba d’un marabout sur le sol brun vient rappeler la domination de l’Islam; mais d’un Islam marocain. Son particularisme a multiplié les saints, contrepartie de l’unité religieuse imposée par les conquérants. Pas de région qui n’ait le ou les siens, dont le culte perpétue parfois une antique dévotion païenne. Cette petite koubba signale un saint strictement local. Mais d’autres sont vénérés dans de vastes régions, voire dans tout le Maroc.
Leurs vies légendaires appartiennent au fonds commun d’histoires merveilleuses dont, sans cesse, s’est bercée l’humanité. Moulay Bouchta du Rif fait pleuvoir à volonté, et tel autre conserve les récoltes malgré l’humidité; celui-ci avait le don d’ubiquité et celui-là guérissait de tous les maux. Il est des saintes aussi. Voici Lalla Mimouna du Gharb. Son histoire commence comme un conte de fées : « Dans cette contrée, vivait autrefois une jeune femme renommée pour sa rare beauté et sa grande piété. Elle était sans cesse entourée de personnages pieux ou épris de ses charmes. Mais faible et tremblant pour sa vertu, Mimouna se décida résolument à faire le sacrifice de sa beauté et demanda à Dieu d’être changée en négresse. Le ciel exauça sa prière et, à partir de ce moment, elle fut vénérée comme une grande sainte. » Peut-être son culte a-t-il profité de ce que sa koubba se trouvait sur le chemin de cet autre grand saint, Moulay Bouselham, et que les pèlerins s’y réunissent pour affaires avant le grand pèlerinage. Mais négoce et religion ont toujours fait fort bon ménage au Maroc.

Dès avant Mazagan, le paysage lentement change. Aux lourdes plaines du Gharb, aux vallonnements verts de la Chaouïa succède un paysage plus pierreux, des asphodèles en champs répétés. Dans la plaine jaune et verte, un petit attelage : chameau et âne. L’un au pas chaloupant, l’autre minuscule, trottinant. Souvent, ils s’arrêtent comme pour réaccorder leur marche. Derrière eux, le fellah pèse sur l’araire : deux mancherons et un soc de bois. Il suit le mince sillon qui évite ici un palmier nain, là une pierre. Le sillon se fait par morceaux; le champ, pas à pas. Arrêts, où tout demeure immobile : homme et animaux en silhouettes sur le ciel. Toute l’acceptation du paysan et le fatalisme du musulman sont contenus dans ce lent cheminement ...

(1) Bas-fonds humides.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 18 Déc - 7:59

page 88



AZEMMOUR. CORPORATION DES MUSICIENS.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 18 Déc - 15:36

page 89



MARCHAND DE SEL.



... de l’attelage. Seule douceur dans ce paysage immense, le geste penché de l’enfant qui laisse tomber le grain dans le sillon entr’ouvert. Toute la vie de l’homme, soumis à « l’ordre éternel des champs », est régie par la loi de Dieu et la nature. La prière et la magie permettent de s’assurer leur bienveillance ou leur neutralité. Avant de préparer sa campagne de semailles, le fellah a fait du pain avec les produits qu’il allait semer. Entouré de sa famille, il a commencé le premier sillon, puis il s’est arrêté; le pain rompu sur les mancherons de l’araire, il en a donné des morceaux à ses proches. Il a repris ensuite ses travaux. Parfois les labours ne sauraient être entrepris sans qu’un homme du douar, ayant le bon œil, n’ait tracé le premier sillon.
Le fellah demeure ainsi attaché aux vieux rites agraires, du plus lointain passé du monde paysan. Il est difficile d’imaginer à quel point il vit à même la nature, dont il semble, littéralement, faire partie. Et d’une nature implacable et capricieuse.
Nos paysans ont leur maison, la ville- marché, les routes et le village - relais et toujours la proximité rassurante du bourg. Lui n’a que la tente ou la noualla, le souk rural et la piste de terre.
Au détour de la route, une charrue moderne attelée au tracteur ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 18 Déc - 15:41

page 90



... laisse la marque de ses sillons profonds qui vont se planter là-bas, droit dans le ciel. Allure puissante et régulière de la mécanique ; netteté du métal. Vraiment l’image épuisée, il faut la reprendre, parce que c’est bien cela : le tableau biblique à côté du paysage du Manitoba.
Deux époques de l’histoire se définissent côte à côte par deux gestes humains. De là vient leur beauté. Ils expriment deux mondes complets où tout s’harmonise. L’attelage, avec ce fellah et sa djellaba et l’enfant qui le suit parmi le doum et les pierres, s’accorde avec la tente, vaisseau renversé au creux du terrain. Le tracteur et la machine sont faits pour cette grande ferme, ses silos et les ouvriers en bleu. Les économistes fondront, fondent déjà ces deux tableaux. Mais c’est un instant émouvant que leur rencontre et cette menace du progrès sur une société rurale modelée par tout un passé, par une empreinte magico-religieuse que sans cesse vient nous rappeler la silhouette de quelque marabout sur le ciel bleu, ce ciel d’où le fellah attend en vain une pluie capricieuse. Combien facilement cette paysannerie a dû accepter le fatalisme musulman et comprendre la parole du Coran : « Quand vous vous inclinerez en priant au point que votre corps devienne courbe comme une selle, et quand vous jeûnerez jusqu’à devenir sec comme la corde d’un arc, Dieu n’agréera point ces actions tant que vous n’y joindrez pas l’humilité. »
A ce monde rural de la nature et du sensible s’opposait l’étranger, l’intellectuel des villes. Plus qu’ailleurs, ruraux et citadins forment deux sociétés différentes. La ville apparaît surimposée, plaquée sur le monde campagnard, vaguement hostile.
La ville marocaine n’est pas une création spontanée, l’aboutissement d’une évolution économique et sociale. Elle ne connut pas les lentes croissances. C’est le fait du prince, — chaque dynastie fondant sa capitale : Fès idrisside, Meknès alaouite, Marrakech almoravide, Rabat almohade. Ce sont là grandes cités royales, symbole de la puissance et espoir d’une brillante destinée.
D’autres, en bordure du bloc montagnard, naquirent d’une casbah créée pour contenir les Berbères turbulents, ou furent étapes sur les grandes routes du sud. Mais villes militaires toujours, où les murailles jouent le rôle le plus important. L’enceinte est vaste et abrite aussi bien que les maisons les jardins et les espaces nus. Les cités de la côte s’élevèrent comme places fortes ou bases de départ pour les rêves impériaux des Portugais. Aussi la ville est étrangère et peuplée d’étrangers : autrefois Orientaux venus de Damas ou Bagdad, du Caire ou de Kairouan, Andalous et Juifs, Européens enfin. Pour important que fût son artisanat ou son commerce, la ville n’était que petite chose au milieu de la masse rurale. Elle formait un monde à part. C’est peut-être pourquoi les villes d’origine portugaise ne paraissaient pas si différentes des villes purement marocaines. Elles n’étaient guère plus étrangères que ces cités arabes menacées par le monde inquiétant du bled.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 18 Déc - 15:48

page 91



Dressée blanche dans ses remparts ocre-beige au-dessus de l’Oum er Rbia, apparaît Azemmour. Le fleuve balance ses eaux calmes de méandre en méandre. Sur la rive rocheuse, entourée de basses murailles, la citadelle élève lentement ses tours rondes où se rouille la gueule d’un vieux canon. Des pêcheurs d’alose ramènent leurs filets avec de brusques reflets dans le soleil comme d’une épée oubliée. Mais les embrasures de la vieille citadelle désertée par les combats ne servent plus que d’accoudoir aux visiteurs, les meurtrières de supports aux pots de fleurs.
Le rouleau de vagues qui se brise barre d’un trait blanc l’embouchure entre le bleu du fleuve et le ciel plus pâle. La ville s’assoupit au milieu des jardins et des vergers, au rythme régulier de la barre. Mais dans la medina quelques souvenirs rappellent l’épopée portugaise. En 1513, le duc de Bragance avec 500 vaisseaux, 2.000 cavaliers, 13.000 fantassins et de l’artillerie, vint à bout de la ville. Près de trente ans, elle fut portugaise. Il ne reste plus de l’occupation que de rares vestiges; ici une porte de maison, là une fenêtre de style gothique et l’enceinte à mâchicoulis. Mais le soir, Azemmour prend des aspects fantastiques quand l’eau noire, le ciel sombre et les ombres agrandissent sa citadelle, la déforment, l’enflent à la mesure des rêves des Conquistadores.
Et les mille bruits du silence et de la nuit semblent libérer les voix tues depuis des siècles, exhaler toutes les rumeurs des anciens combats, retenues dans la pierre et que l’ombre abandonne.
Changeante Azemmour, guerrière encore quand souffle le vent d’ouest, que le fleuve se fendille et roule rouge au grondement rauque du ressac proche; toute douceur au printemps, au milieu de la calme campagne aux molles collines, paumes doucement offertes. Un marabout n’est là que pour souligner par son éclat inattendu la sérénité du paysage. Et pour rappeler Allah et l’Islam. Quelle impression d’encerclement, d’isolement devait ressentir la garnison portugaise avec devant elle le pays hostile, derrière les rouleaux de l’Océan dont le bruit sourd s’entend nuit et jour. Barrière blanche, barrière verte, et la courbe du fleuve, lien mystérieux entre elles deux.
Quelques femmes vont parmi les dunes couvertes de genêts jusqu’aux marabouts qui entourent la ville. Partout le regard rencontre leur blanche coupole. Bastions de l’Islam encerclant la citadelle. Leur siège dure après la victoire. Ils sont là, plantés, comme au lendemain du combat. C’est le maraboutisme qui vint à bout des entreprises portugaises. Dieu était haut, le sultan faible, le marabout proche. Voici Sidi Ouadoud qui a le pouvoir de guérir; les femmes accrochent au passage quelques morceaux de chiffons, comme des morceaux d’espoir. Mais surtout Moulay Bouchaïb, le grand patron que l’on vient prier de fort loin au septième jour du mouloud ou de l’aïd Kébir.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 18 Déc - 15:51

page 92



MAZAGAN. LA " CITERNE PORTUGAISE".

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 19 Déc - 11:12

page93



Azemmour demeure peu changée par le contact des Européens. Pour les Marocains, elle reste el Medina, « la ville musulmane, l’ancienne », alors que Mazagan est « el Djedida », la nouvelle.
Etrange ville que Mazagan, où côte à côte dans la vieille citadelle s’élèvent l’église, le minaret et la synagogue, le tout enfermé dans les murs portugais sur lesquels, au-dessus des portes, se déchiffre encore quelque écusson. Installés en 1502, les Portugais mirent près de quarante ans à élever et fortifier la cité. Mazagan devint leur principal établissement marocain et leur dernier point d’appui évacué seulement en 1769. Bien qu’ils aient, en la quittant, voulu détruire la ville, on la retrouve sous les apports israélites, car elle a conservé les anciens noms de ses rues et ses principaux monuments.
Les bastions reliés par un chemin de ronde et qui portent encore de vieux canons rappellent la croisade plus que le négoce : bastion Saint-Antoine, du Saint-Esprit. Le plus curieux de ces édifices est la « citerne » du XVIe siècle dont les piliers et colonnes trapus soutiennent de larges nefs se réfléchissant sur le sol humide. Tombant d’une ouverture circulaire, une lumière étrange la baigne.
En dehors des vestiges portugais de Castillo Real, la ville est le type de ces gros bourgs modernes, nés depuis un siècle à peine, en Afrique du Nord. Non sans caractère, mais d’une personnalité composite, provenant du mélange de races, de styles, comme ces métis chez qui tel ou tel trait rappelle des ascendants différents.
C’est la ville la plus anciennement peuplée d’Européens. Dès le milieu du siècle dernier, y vivaient nombreux Gibraltariens, émigrants des Baléares, Israélites, Portugais, Français et Anglais enfermés dans l’ancienne cité portugaise transformée en mellah. Les pavillons de toutes les nations flottaient sur les terrasses. La population musulmane, ne voulant pas se mêler aux infidèles, avait installé aux portes de la ville ses nouallas, groupées autour du marabout de Sidi Daoui « comme des meules de paille ». Un dicton avait cours parmi les indigènes commerçants traduisant la variété de la population européenne : « Les Français parlent bien et ne paient guère; les Anglais paient bien et ne parlent guère; les Espagnols ne parlent ni ne paient. » Mais pour divers que fussent les membres de cette colonie, et souvent en rivalité commerciale, il régnait parmi eux une entente étroite née de leur situation d’exilés en territoire hostile.
L’absence de médecin avait conduit à un système collectif. Certaines familles se chargeaient d’en faire venir un d’Espagne ou de France, recueillant à cet effet des fonds parmi la population, — 300 à 400 francs. Le médecin ainsi recruté, soignait gratuitement les souscripteurs durant tout son séjour, mais faisait payer aux autres ses consultations. Il demeurait quelques mois, parfois quelques années puis s’en retournait. On faisait de nouveau appel à quelque audacieux que la vie recluse, au bord ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 19 Déc - 11:13

page 94



... d’un pays fermé n’effrayait point. Il fallait deux mois pour recevoir une réponse à une lettre écrite en France. L’arrivée du courrier était annoncée par des drapeaux hissés sur la terrasse des consulats. Dès qu’apparaissait la flamme avec rond rouge, annonçant le courrier du nord, on se précipitait à la douane où les lettres étaient lues à haute voix et commentées.

Après Mazagan, le paysage devient plus âpre. Les pierres sont partout : élevées en murettes, dressées en tas, étayant les buttes où tournent les dromadaires attelés aux norias. Voici le Maroc : cailloux et quête de l’eau.
La mer se brise en rouleaux, bordant de blanc le vert doré des champs. Entre l’éclat des vagues et les replis du terrain, immense houle pétrifiée, la route comme un sillage brille. La silhouette d’un chameau se détache sur l’eau. Aucune subtilité de tons, mais sous le soleil, le jaune ardent des champs de marguerites, le bleu vif du ciel, l’or rouge du sable, la frange d’écume blanche forment de grands pans de franche couleur que la lumière du sud exalte.
Un puits et le geste de l’amphore levée où se brise un rayon de soleil, un palmier, seul au milieu des champs. Brusquement, on tombe de cet infini sur la baie de Safi : hangars, usines, vue de cheminées derrière un marabout; le nouveau Maroc réapparaît.
La ville présente les mêmes caractères composites que toutes les villes de la côte : pareille activité industrielle, passé semblable où se mêlent l’occupation portugaise, le souvenir des ambassades ou des relations européennes. Le vaste cadre de sa baie, le site vallonné donnent à la vieille cité beaucoup de caractère. De la Kechla, la citadelle dressée au-dessus de la rade et de la plaine, les maisons de la medina dévalent vers l’Océan, serrées entre les murailles grises et bastionnées. Elles s’écrasent sur le Dar el Bahar, le Château de la Mer. La plate-forme construite par les Portugais dont on retrouve l’emblème au-dessus de la porte d’entrée, flanquée de tours rondes massives et d’un donjon quadrangulaire, porte encore d’anciens canons, espagnols, portugais et hollandais qui surveillent le large d’où ne viennent plus que les sardiniers.
Safi leur doit son essor. Au vrai, c’est l’exploitation du gisement phosphatier de Louis-Gentil qui allait transformer l’ancien port jusqu’alors simple rade exposée aux vents. Toutefois, la ville n’avait pas 30.000 habitants en 1940; elle en compte aujourd’hui plus de 65.000, appelés par le développement de l’industrie sardinière. Et le quartier industriel qui naissait à peine il y a dix ans, submerge l’ancienne ville, s’étend sur cinq kilomètres de long entre la mer d’où lui vient la matière première et la voie ferrée qui évacue le produit traité. On croit ...



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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 19 Déc - 11:21

page 95



MAZAGAN. LE MELLAH ET LA PORTE DE LA MER.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 19 Déc - 11:23

page 96



SAFI. QUARTIER DES POTIERS.


Mais les vieux quartiers de la ville, la medina, R’bat, Trabsim, le quartier des potiers, conservent leur originalité. La ville possède ...

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 19 Déc - 11:24

page 97



UNE RUE A MOGADOR.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 19 Déc - 11:27

page 98



MOGADOR.


... aussi un long passé. Empreinte portugaise avec la « chapelle portugaise », chœur de l’ancienne cathédrale, remarquable par sa voûte décorée aux armes du Portugal, du blason du Saint-Siège. Souvenirs français aussi : la cité accueillit, en 1577, le Marseillais G. Bérard, premier consul ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 19 Déc - 11:28

page 99



MOGADOR. LE PALAIS ENSABLÉ.


... de France au Maroc. Là fut signé le premier traité d’amitié entre les deux pays en 1631. Et le consul Chénier, le père du poète, y résida en 1767.
Les bois de mimosa plantés pour fixer les dunes entourent Mogador.




Dernière édition par Pierre AUBREE le Lun 19 Déc - 11:31, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 19 Déc - 11:30

page 100



CHEVRES DANS LES ARGANIERS.


Le vent de la mer les a tordus, plaqués au sol, et ils étendent à hauteur des yeux leur masse jaune. La ville apparaît, brusquement, blanche au ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 19 Déc - 11:34

page 101



ENTRE MOGADOR ET AGADIR. CARAVANE AU BORD DE L’EAU.


... bord de l’eau, comme née d’un mirage, suspendue entre ciel et grève. Rues droites, hautes maisons, vaste marché central : c’est la plus ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Ven 23 Déc - 18:20

page 102



AGADIR. LE VIEUX FOUNTI. AU FOND, LA CASBAH.


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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Ven 23 Déc - 18:27

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... régulière des villes marocaines. Un ingénieur français, Cornut, la construisit au XVIIIe siècle pour le sultan Sidi Mohammed ben Abdallah. Il y travailla, dit-on, plus de dix ans. Les bastions portent aussi la marque de l’Europe: la skala du port reliée à la ville par un pont aux piles trapues, aux parapets crénelés, la skala de la casbah protégée par de larges merlons et une tour massive.
Créée pour ruiner les gens d’Agadir et contrôler le commerce européen, ce fut, longtemps, le dernier port vers le sud et le principal centre commercial du Maroc, dont il assurait jusqu’à 40 % du commerce maritime. Une importante colonie juive y était en relation avec l’Europe et tous les mellahs de Mazagan au Sous, de l’Anti-Atlas à Marrakech, ou Demnat. Les bateaux apportaient sucre, bougies et cotonnades. Les caravanes de 500 à 600 chameaux venaient de Tombouctou chargées d’ivoire, de poudre d’or ou d’esclaves. L’arrière-pays fournissait ses ressources agricoles. C’est peut-être à ces rencontres que Mogador doit son charme. Fonctionnaires du maghzen, commerçants européens, ruraux berbères et montagnards de l’arrière-pays, caravaniers du désert et esclaves d’Afrique noire, liens commerciaux du monde israélite, noués de mellah à mellah, tout semble y avoir laissé quelque marque, quelque reflet, pour composer l’actuelle Mogador, assoupie au bord de sa plage, dans son éternel printemps.
Le port languit. A la fin du siècle dernier, le choléra à plusieurs reprises avait enlevé une bonne partie de sa population. Mais surtout la baie envahie par les sables devint de plus en plus difficile d’accès. L’essor des ports de Casablanca, Safi, l’absence de voie ferrée finirent par ruiner le trafic. Mogador n’est plus qu’un petit port de pêche qui a su conserver son pittoresque, grâce à son bassin à barcasses protégé de remparts.

Après Mogador, commence la grande forêt d’arganiers que précède la curieuse forêt de sisals élevant, pendant des kilomètres, ses hampes désespérées.
De loin, le port de l’arganier rappelle l’olivier. Epineux, le tronc ocellé, parfois d’une fort belle venue, tantôt il s’étend en véritables forêts, tantôt piquette de sa masse vert sombre les croupes jaunes ou rouges des montagnes. Dressées sur leurs pattes arrière, au fin bout d’un rameau par miracle d’équilibre et défi à la pesanteur, les chèvres le broutent. L’arganier est le trésor du fellah : pâturages, bois, charbon, fruit, l’arbre lui donne tout. Un trésor fort peu ménagé par l’homme ou la chèvre, la « sauterelle noire », disent les forestiers. Mais elle joue son rôle dans la préparation de l’huile. C’est derrière elle que le paysan recueille le noyau de l’argan dont elle a mangé la pulpe.


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