Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 LE MAROC (J. - L. Miège)

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 18:17

page 54



RUE SOUIKA. MOSQUÉE ILLUMINÉE POUR LA FETE DU MOULOUD.


... mètre le niveau du fleuve), acheva de se désagréger. Tels qu’ils demeurent, près du Bou Regreg, les vestiges de la mosquée : son minaret, ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Ven 9 Déc - 6:42

page 55



FONTAINE DANS LA MEDINA


... quelques colonnes et pans de murs ont grande allure et laissent deviner l’ampleur du monument primitif qui mesurait 180 mètres de long sur 140 de large, et dont le plan très original n’a jamais été imité.
Le minaret quadrangulaire élève sa forte poussée au-dessus des figuiers, au milieu des débris des quatre cents colonnes. En belle pierre taillée, rose foncé par la patine du temps, il se dresse à plus de 44 mètres. Les murs, d’un demi-mètre d ’épaisseur, enferment une rampe en pente douce montant en vrille autour de six pièces centrales superposées, couvertes de voûtes de facture différente. Bien qu’ inachevé, il demeure de proportions harmonieuses que souligne le décor sobre et varié : entrelacs larges et simples, ouvertures décorées d’arcatures polylobées.
Le soir, dominant la ville dans les brumes qui montent du fleuve, peut-être ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Ven 9 Déc - 6:49

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... y rôde l’ombre de son fondateur Yacoub el Mansour dont la légende veut qu’il ne soit point mort, mais ait continué son œuvre de guerre sainte.
Chellah est un des lieux les plus chargés d’histoire du Maroc, un des plus prenants et « le paysage le plus romantique du Maghreb ». Sous les ruines mérinides, les fouilles ont exhumé les restes de la colonie romaine de Sala. Bâtie au bord du fleuve dont les méandres divagants venaient alors jusqu’au pied de la colline, c’était sans doute un port fluvial et une forteresse aux limites du Maroc romain, dont le limes — un simple fossé et une levée de terre — se voit encore à quelques kilomètres au sud. Au vrai, les restes de Sala sont peu de chose : un tronçon de voie dallée, des bains, des inscriptions, mais chargent le lieu d’un poids de passé sans cesse rappelé par quelques débris.
Au XIIIe siècle, le Mérinide Abou Youssef y fit élever un sanctuaire où fut enterrée sa femme; Aboul Hassan, en 1339, construisit l’enceinte et transforma la petite mosquée en une vaste nécropole. Les murailles demeurent majestueuses, mais surtout la porte monumentale est une des plus belles du Maroc. Très ornée, flanquée de deux tours octogonales, elle conduit au vallon de Chellah. Le sentier descend en serpentant parmi les cactus et les oliviers, les micocouliers et les roseaux. Derrière le ribat et les marabouts cachés dans le feuillage s’ouvre le large paysage de la vallée du Bou Regreg, avec les lignes très pures et douces de ses coteaux dénudés.
Plongée pleine d’allégresse dans le soleil du printemps, parmi les fleurs où passent les porteuses d’eau. Lieu gonflé de mystère le soir, lorsque, dans les ruines de la zaouia (1), le minaret aux faïences multicolores se pare de teintes étranges. Les cultes s’y donnent rendez-vous : culte des saints, d’animaux et d’arbres sacrés. Haut lieu de la religion marocaine, toujours fréquenté. Au milieu des ruines veillent des génies, gardiens de fabuleux trésors. Une légende raconte que les gens de Chellah furent perdus pour avoir trop aimé les richesses. Ecoutant quelque alchimiste de qui ils avaient appris le secret de la fabrication de l’or, ils cessèrent de cultiver la terre et moururent d’inanition sur leurs richesses accumulées.
Les monuments marocains prennent toute leur valeur quand, ayant perdu leurs fonctions primitives, ils ne servent plus que de décor. De là l’extraordinaire beauté de Chellah. Un réseau ténu d’accords s’établit de l’œuvre humaine à la nature, du jeu de l’art et de la fantaisie de l’homme à l’impératif du paysage. Derrière un arc, se détache une branche sur le ciel bleu ; une colonne rose brun s’élève sur les collines brun rose; une échappée sur les champs laisse apparaître un vieux mur ocre, une tache blanche de burnous.

(1) Sorte de couvent, de lieu de retraite et d’asile, servant de gîte d’étape aux voyageurs et aux pèlerins.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Ven 9 Déc - 6:51

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PORTE DE CHELLAH.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Ven 9 Déc - 6:57

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CHELLAH. TOMBEAU DE L’ÉMIR ABOUL HASSAN.


Là, aucune trace du gigantisme auquel trop souvent l’art marocain est enclin. Un frêle jet d’eau au bruit léger avec la ténuité du dessin des stalactites. C’est une impression de fragilité qui joue avec la brise. Les courbes dentelées des feuilles légères dessinent de fines arabesques mouvantes sur le sol comme un reflet de celles des murs.
La décadence de Chellah, de Rabat, accompagna l’arrêt de l’offensive musulmane en Espagne. Au XVIIe siècle, les Morisques de la ville de Hornachos, petite cité d’Estramadure, lui redonneront vie et fonderont, à côté de la vieille citadelle, Salé-le - Neuf. Ces réfugiés, remplis de haine pour ceux qui les avaient chassés, vont armer en course. Les exploits de pirates salétins occuperont tout le siècle. La route des galions d’Amérique fournissait de bonnes prises et permettait, par une heureuse coïncidence, de faire d’excellentes ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Ven 9 Déc - 8:00

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CHELLAH, FEMMES ARABES AU PIED DE LA MOSQUEE.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Ven 9 Déc - 8:02

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CHELLAH. LE MINARET.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 11 Déc - 6:10

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... affaires tout en luttant pour la foi. Ce flot d’or et d’esclaves fait la prospérité de la ville qui attire bientôt de nombreux renégats, marins et constructeurs. Raïs et équipages des chebecs, pinques ou palacres comprennent autant de renégats que de « barbaresques ». La ville « andalouse » s’entoure de murailles qui, partant de l’enceinte almohade, rejoignent le Bou Regreg au bordj Sidi Maklouf qui porte le nom d’un saint, patron du fleuve, des pêcheurs et des barcassiers. Cette muraille, qui enferme encore l’actuelle medina et le mellah, n’est qu’une réplique réduite et sans caractère de l’enceinte almohade.
Rabat commandait les communications entre le Maroc de Fès et celui de Marrakech, c’était le « pont du Maroc », l’insoumission des tribus rendant impossible le passage par l’intérieur. Elle devint ville maghzen, ville capitale, lorsqu’en 1745 le sultan y installa son fils aîné pour l’y représenter. A la fin du XVIIIe siècle la construction du palais impérial souligna cette promotion.
Le palais, enfermé dans une vaste enceinte (transformée par la construction de nouvelles portes et du collège impérial), manque d’homogénéité et de style. Mais l’ampleur des édifices, leur masse blanche aux toits verts sont en harmonie avec le cadre magnifique, l’Océan, au delà des maisons blanches de la ville. C’est au mechouar que se déroulent les grandes fêtes musulmanes.
L’Aïd Sghïr est la fête qui suit le jeûne du Ramadan dont la fin entraîne joie et ripailles. A l’Aïd Kébir, la grande fête, il n’est guère de famille qui n’immole un mouton. Le sultan lui-même se plie au rite du sacrifice. L’animal égorgé par ses soins, chargé sur une mule, est transporté le plus rapidement possible du palais jusqu’à la casbah des Oudaïas. S’il y parvient avant d’avoir expiré, c’est bon présage et l’année sera faste. La fête religieuse s’accompagne de cérémonies politiques : la hedya, ou hommage des tribus. Le souverain, à cheval, protégé par le parasol, reçoit les délégations des tribus. Des serviteurs agitent des chasse-mouches en mousseline. Des mules défilent, portant les cadeaux. Sous le ciel bleu, parmi la blancheur des burnous, éclatent les uniformes rouges de la garde noire. La fantasia termine la fête.
Le Mouloud, ou fête de la nativité du Prophète, est devenue depuis l’avènement des dynasties chérifiennes, descendant de Mahomet, une véritable fête nationale. Les préparatifs commencent plusieurs jours avant sa célébration. La nuit qui précède la fête, les mosquées sont illuminées et restent ouvertes.

Dominant la mer et l’embouchure du Bou Regreg, la casbah des Oudaïas, édifiée au XIIe siècle, se dresse sur les roches sombres qui bordent le fleuve. La citadelle ocre-brun s’élève, entourée de maisons blanches, ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 11 Déc - 6:17

page 62


...baignée dans les bleus-verts du ciel, du fleuve et de l’Océan. L’abord en est majestueux, un peu austère; l’intérieur plein de douceur. La grande porte domine de sa masse l’ensemble des murailles. Son décor est sobre, sans froideur. Postée au sommet d’un tertre dénudé, cinq séries de larges marches espacées forment son piédestal ; ses abords dégagés laissent la teinte rousse de la pierre se détacher sur le ciel.
A travers les ruelles, on rejoint le sémaphore qui surplombe une skala, ou batterie, construite au XVIIIe siècle par un renégat anglais et qui domine l’embouchure du Bou Regreg, la tache blanche de Salé et l’Océan bleu, renfermant l’essence de tous les bleus, bleu-vert foncé là- bas, et ici face au soleil, bleu d’argent.
Des ruelles dégringolent vers les jardins. Les Oudaïas, ce sont surtout les jardins et la paix de leur café maure. On y pénètre par une porte dont l’arc outrepassé s’encadre dans un décor rectangulaire qu’une frise d’arcs à stalactites allège. Et aussitôt éclate le miracle du jardin. Avec ses pergolas, son bassin et sa noria, ses murailles où nichent les cigognes, aucun lieu n’est plus propice à la rêverie. Tout semble concourir au même chant : les murailles et les fleurs, le ciel et la mer. Les plans et couleurs ne se heurtent pas, mais s’exaltent, se mélangent sans se fondre, dans ce cadre enfermés. A travers l’arc d’une porte, apparaît l’argent du fleuve. Les teintes violentes des fleurs éclatent cernées de l’ombre d’un cyprès. Un oiseau boit dans la vasque.
Au café maure, le touriste fait connaissance avec le thé à la menthe qui le suivra dans tout son périple marocain et avec la musique arabe et les nuances « aussi indiscernables que celles du cou de la colombe » de sa monodie. Dans le calme du lieu, traversé du vol lourd des mouettes et du craquètement des cigognes, il sentira s’y transformer la notion du temps. Impression indicible qui fait comprendre, en une brusque et apaisante révélation, que le Marocain ne peut pas lui accorder la même valeur que nous.
La medersa des Oudaïas est très simple. Une tour austère émerge des fleurs et des arbres avec, pour seul ornement dans la pierre rougeâtre, l’encadrement en grès de sa fenêtre à meneau. Ses bâtiments servent de musée. On y retrouve toutes les caractéristiques de la maison musulmane marocaine : cour centrale avec la vasque où l’eau s’écoule, pièces s’ouvrant sur le patio que surplombe, au premier, une galerie. Avec un soin scrupuleux, toutes les pièces ont été reconstituées avec les objets les plus authentiques de l’art marocain : lits de parade, tapis et coussins, broderie de soie, bois sculptés et peints.
La medina dévale des Oudaïas jusqu’aux murs andalous. Ruelles fuyant la ligne droite, pleines de recoins d’ombre, d’impasses et de voûtes. De rares ouvertures, petites et haut perchées, une seule porte, massive et cloutée, ce sont les seuls contacts de la maison avec la rue. La maison, domaine familial, est refermée sur elle-même. Chaque ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 11 Déc - 6:19

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LA TOUR HASSAN.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 11 Déc - 6:21

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JARDIN DES OUDAÏAS

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Dim 11 Déc - 6:23

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AUX OUDAIAS. LE CAFÉ MAURE.


... demeure est un monde à part. De la rue, ne peuvent venir que bruit, poussière, chaleur et importuns. Et puis quel besoin en a-t-on, puisqu’il y a la terrasse qui permet, tout à la fois, d’être chez soi, en plein air, et de plonger chez le voisin ?
De là, vient l’aspect si mystérieux des rues qui longent tous ces petits mondes pleins de secrets. Au hasard d’une porte entrouverte, ...



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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 12 Déc - 10:32

page 66



ATELIER DE FABRICATION DE TAPIS AUX ARTS MAROCAINS (OUDAIAS).


... on aperçoit un départ d’escalier, parfois une cour-jardin aux angles arrondis avec une jarre, une bougainvillée, quelques pots de basilics.
Brèves visions qui font rêver des mille vies encloses dans ces alvéoles. Les rues paraissent toutes se ressembler entre les façades habillées de blanc, ce blanc qui envahit parfois le trottoir et sur lequel se fonce le ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 12 Déc - 10:34

page 67



ATELIER DE TEINTURE DES LAINES AUX OUDAÏAS.
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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 12 Déc - 10:36

page 68



JARDINS DE LA RESIDENCE.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 12 Déc - 10:40

page 69



MAUSOLÉE DU MARÉCHAL LYAUTEY.


... bleu outre-mer des persiennes. Mais toutes sont chargées d’un subtil mystère, dansant dans la lumière, s’agglutinant dans l’ombre d’un porche ou d’une arcade, traînant derrière les longs plis d’une femme voilée.
Toutes les rues pourtant, au delà de cette uniformité, possèdent leur physionomie particulière. Elles sont un peu comme l’art marocain, d’infinies variations sur un même thème. Voici la rue des Boisseaux avec sa succession d’arcades coupant le ciel, la rue Souikka bordée de koubbas (1) à coupole ou couvertes de tuiles vertes et sa mosquée au ...

(1) Petit monument, tombeau d’un saint.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 12 Déc - 10:41

page 70



QUARTIER ADMINISTRATIF PRÈS DE LA RÉSIDENCE GÉNÉRALE.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 12 Déc - 10:47

page 71



... lanternon curieusement chapeauté; la rue Sidi Fatah et son minaret octogonal ; la rue des Consuls chargée du souvenir des premiers établissements européens.
Parfois une fontaine pose sur un mur son décor : arcades, chapiteaux, frise et surtout grands panneaux de zelliges dont les couleurs brillent. Un fondouk, à la fois hôtellerie et bazar, s’aperçoit au fond d’un large couloir. Sa vaste cour, entourée de portiques sous lesquels s’ouvrent des chambres, grouille de gens et de bêtes.
Mais, dans ce décor, la foule n’est déjà plus la même. Le veston gagne et la chaussure. On ne voit plus guère de ces femmes arabes aux jambes entortillées d’étoffes qui recouvraient une herbe destinée à faire grossir les chevilles, vêtues d’énormes haïks, lentes et traînant les babouches. Chaussures à talons, sacs et gants, souvent lunettes noires marquent le triomphe de l’élégance influencée par la ville européenne.
Dans le grand espace vide entre la muraille des Andalous et celle des Almohades, Lyautey et l’architecte Prost firent une cité officielle, où le terrain fut largement utilisé en multipliant jardins, avenues, squares. La construction en fut dirigée, de loin, les architectes restant les maîtres dans le détail. L’application de ces grands principes ne produisit ni un plan trop régulier, ni cet aspect guindé des ensembles trop cohérents qui sentent l’apprêté et où l’admiration reste prisonnière de lignes rigides. De cette libre création dans un cadre préparé naît la beauté : liberté et ordre, voulu et spontané, collaborent. Toutes les possibilités du site furent exploitées par de larges perspectives et des rues courbes. L’ensemble forme la plus belle réussite urbaine de l’Afrique du Nord.
L’enceinte almohade et ses portes, les vestiges des murailles du XVIIIe siècle, viennent rompre l’ordonnance de la cité moderne. Rappels d’histoire, éléments d’un autre art par lesquels la ville neuve se charge de passé, s’intègre au vieux Rabat. L’architecture moderne, de lignes droites et de traits nets, s’harmonise parfaitement avec ces monuments simples; et l’art marocain employa toujours largement l’accord des ocres et du blanc qu’a su conserver la ville nouvelle.
Les bâtiments publics, remarquables de variété, utilisent avec goût les éléments d’art marocain. C’est une des plus belles créations artistiques françaises que ce style qui est comme l’image du nouveau Maroc, l’expression de sa nouvelle civilisation. L’art touche à la perfection, atteignant le beau à partir de l’utile, et, au delà de la technique, exprimant l’esprit d’un monde nouveau.
C’est aussi à ses jardins que Rabat doit une part de son charme; jardins des villas de l’Aguedal ou de la Résidence; jardins de la ville : Jardin d’essais et Belvédère, Triangle de Vue où s’élève une petite mosquée construite en partie avec des pierres provenant de la mosquée de Hassan. Le sanctuaire est en ruine et des grenadiers fleurissent dans ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Lun 12 Déc - 10:54

page 72



... la nef. Des squares, des ronds-points fleuris, des parterres accompagnent les rues. La bougainvillée, violet chaud ou rouge, fait tellement partie du décor quotidien qu’on ne la remarque plus. Liane aurore, bégonias, antigonum, daturas, et tant d’autres aux noms étranges, aux couleurs éclatantes, parent la ville. On ne peut se représenter Rabat sans elles et sans ses vastes plans de pelouse, rêche mais d’un vert frais sous le soleil.
Certes la ville a ses verrues. Ne serait-ce que le port par lequel, avec acharnement, on s’efforça de détruire la beauté de l’embouchure du Bou Regreg, si remarquable entre la casbah des Oudaïas, la tour Hassan et la grève de Salé. Depuis longtemps, le fleuve n’était plus accessible qu’aux bateaux de très faible tonnage : l’entrée d’un navire de 96 tonnes en 1882 était citée comme un exploit extraordinaire.
On essaya pourtant d’y créer un grand port et pendant des années, la « drague » y dressa sa carcasse inesthétique. Magnifique entêtement, absence stupéfiante de sens artistique dont il reste des quais, des grues, des hangars et des bureaux déserts. Mais qui n’étaient point parvenus, malgré tous les efforts, à triompher complètement de la beauté du site. Détruit le bac qui assurait les relations avec Salé, le fleuve redevint le domaine exclusif des barcassiers. Le sable envahit presque complètement son estuaire. Mais l’utile a repris sa revanche sous la forme d’un pont de bateaux récent, commode et laid.
L’extension de la ville a fait naître aussi des quartiers industriels et ces marges de bidonvilles dont s’entourent toutes les grandes cités marocaines. Et puis, capitale par le cadre, elle est un peu sous-préfecture par l’esprit. A l’habiter, on retrouve 1’ « esprit province » et le contraste apparaît complet avec la vie casablancaise.
Mais que la ville demeure belle! Au milieu de cette cité-jardin qu’il avait voulu créer, est enterré le maréchal Lyautey. Il reste une présence tutélaire et familière. Sa koubba à tuiles vertes s’élève sur la colline de la Résidence. A l’intérieur, une dalle porte l’épitaphe qu’il composa lui-même :

ICI REPOSE LOUIS, HUBERT, GONZALVE
LYAUTEY
QUI FUT LE PREMIER RÉSIDENT GÉNÉRAL
DE FRANCE AU MAROC,
DÉCÉDÉ DANS LA RELIGION CATHOLIQUE,
PROFONDÉMENT RESPECTUEUX DES TRADITIONS
ANCESTRALES DE LA RELIGION MUSULMANE
GARDÉES ET PRATIQUÉES PAR LES HABITANTS DU MAGHREB
AU MILIEU DESQUELS IL VOULUT REPOSER
EN CETTE TERRE QU’lL A TANT AIMÉE.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 14 Déc - 6:20

page 73



RABAT. PALAIS DU SULTAN.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 14 Déc - 6:27

page 74



A côté de Rabat, sur l’autre rive du fleuve, Salé est demeurée toute musulmane. Enfermée dans ses remparts, elle a conservé sa vie lente, ses rues calmes et ses souks laborieux. Bien déchue de ses fastes passés, du temps où elle était le principal port du « royaume de Fez », et que ses pirates rivalisaient d’audace avec ceux de Rabat. Les habitants des deux villes se haïssaient très cordialement et, assurait un dicton local :
Dût le sable de Salé se changer en raisins secs, Jamais le Rbati ne sera l'ami du Slaoui.
Du débat qui durant des siècles les opposa, Salé fut la perdante et elle n’est plus aujourd’hui qu’une petite cité bourgeoise.
Mais, de ce brillant passé, elle conserve de beaux monuments et des portes monumentales : Bab Fez et surtout Bab el Mouissa surmontant le canal qui rejoignait autrefois le Bou Regreg. La medersa mérinide, élevée par Aboul Hassan en 1333, présente le plan général de ces établissements, à la fois lieu de culte et d’enseignement, école théologique, de droit et d’exégèse coranique qui fournissent lettrés et fonctionnaires. Le même enseignement traditionnel continue de s’y donner : étude du Coran et de la Souna (la tradition), commentaire des livres saints.
Elle comprend toujours, autour d’une cour centrale, d’étroites cellules pour les étudiants pauvres ou étrangers à la ville. Une salle de prière fait suite à la cour, un mihrab (1) indique la direction de La Mecque et sert aux exercices religieux. Toujours semblables dans leurs grandes lignes, les medersas diffèrent par leur ornementation. Celle de Salé possède toutes les qualités de finesse de l’art mérinide.
Assez exiguë, elle est charmante avec son auvent décoré, sa cour étroite, la délicatesse de ses plâtres et de ses bois sculptés.
Plusieurs fois l’an la petite cite endormie se réveille, lors de la fête des saints, Sidi ben Achir et surtout Sidi Moussa. Le tombeau de celui- ci, à quelque trois kilomètres de la ville, est un des plus vénérés du Maroc.
Salé est aussi un des principaux centres de pèlerinage israélite avec Ouezzan. Les Israélites vivent encore pour la plupart au mellah. Mellah signifie littéralement saloir, de la spécialité qu’avaient les Juifs de saler les têtes des rebelles avant qu’elles ne soient exposées sur les portes des villes pour servir d’exemple aux turbulents éventuels.
Monde étrange depuis peu émancipé, puisqu’il fallut attendre 1864 pour que, à la suite d’incidents violents et de l’intervention anglaise, un décret du sultan leur accordât, du moins théoriquement, l’égalité avec les Musulmans et mît fin à l’impôt de la capitation. Ils conservent leurs traditions, leur genre de vie, malgré une extraordinaire facilité d’adaptation qui faisait d’eux, dès avant le Protectorat, les intermédiaires fréquents entre Marocains et Européens.

(1) Niche orientée vers l’est devant laquelle se fait la prière.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 14 Déc - 6:32

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SALÉ. LA GRANDE MOSQUÉE.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 14 Déc - 6:35

page 76



SALÉ. UNE RUE PRÈS DE LA GRANDE MOSQUÉE.


Toutefois l’influence des Musulmans a marqué de nombreux aspects de leur existence quotidienne. Peut-être explique-t-elle aussi que le culte des saints ait gagné leur religion. Certains pèlerinages sont communs aux Musulmans et aux Israélites. Purement juif est celui qui, chaque année, lors de l’Haliloula, la Toussaint juive, a lieu au cimetière de Salé. Les tombes éparses, de couleur claire, gravées de caractères hébraïques, prolongent au delà de la mort la profonde union de la communauté.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 14 Déc - 11:42

page 77



SALÉ. PROCESSION DES CIRES LA VEILLE DU MOULOUD.


Là est enterré Rebbi Raphaël Encaoua, ancien président du Haut Tribunal rabbinique, mort voici une dizaine d’années. Sa grande piété, sa très forte culture, l’illustration de sa famille, les vertus de sa vie privée firent de sa mort une perte irremplaçable pour la colonie israélite de Rabat-Salé.
Rapidement son tombeau devint un lieu de pèlerinage dont la renommée s’étendit à la suite des guérisons et des mariages qu’il fit réaliser, des affaires qu’il permit de conclure. Des milliers de personnes, riches, pauvres, campent dans le cimetière où le fait de passer la nuit attire les faveurs du saint. Une foule étrange s’y presse sous des tentes, des abris faits de linge ou de branchages. L’intérêt ne perd pas ses droits et tous les petits métiers fleurissent : vente de bougies, location de places, etc.
Rien de plus gai que cette foule parmi les tombes qui servent de table au jeu de cartes, de banc ou d’accoudoir à de vieux Juifs barbus et doctes.



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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 14 Déc - 11:44

page 78



SAFI, LES RAMPARTS.

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