Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 LE MAROC (J. - L. Miège)

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 8:14

page 29



TYPE DE CASBAH A SKOURA



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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 8:16

page 30



LE MINARET DE CHELLAH A RABAT.


Cet art hispano-mauresque apparaît, dès l’abord, remarquable par la simplicité de ses formes d’ensemble; la rectitude, l’absence de courbes dans l’architecture sont frappantes. Les monuments ne s’élèvent guère et le minaret qui les surmonte ne fuse pas comme un minaret oriental, mais robuste et solidement planté, il dresse lentement sa masse quadrangulaire. Rarement l’ornementation vient rompre cette calme montée; les décors ne s’écartent point des plans verticaux. Cette décoration (arcs polylobés entrecroisés, faïences polychromes, bandes verticales, ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 8:17

page 31



DÉTAIL D’ARCHITECTURE AU PALAIS DU PACHA A MARRAKECH.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 8:20

page 32  



MARABOUT A OUALIDIA.


... entrelacs, fenêtres simples ou géminées) ne fait qu’adoucir à peine son sévère aspect. Des merlons le surmontent et un lanternon quadrangulaire, comme un minaret plus petit, prolonge le premier et s’adorne de boules de cuivre. De l’accord des lignes droites naît une profonde impression de solidité, de paix et de calme.
A cette simplicité des ensembles, cet art joint sur les portes, dans ...



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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 8:22

page 33



... les cours et les salles, une profusion de décor. Ce sont surtout des plâtres ciselés dont la blancheur se renforce des couleurs (bleu, vert, brun) des zelliges (carreaux de faïence vernissée). Le décor utilise des motifs géométriques et use jusqu’à l’épuisement de toutes les possibilités des courbes et des entrelacs. Transcription dans la pierre et le plâtre du chapelet sans fin récité et de la prière mille fois répétée. Le caractère incantatoire du décor prend toute sa valeur par l’adjonction d’inscriptions sacrées, qui, stylisées à l’extrême de leurs possibilités décoratives, sont à la fois ornementation et appel religieux.
L’arc en stalactites est également caractéristique, comme l’emploi abondant du bois dans la décoration, que devait faciliter la richesse forestière du Maroc. Dans les corniches à console, l’usage du bois produit de remarquables effets.
Dans l’utilisation de ces différents éléments, chaque grande époque manifesta sa préférence. Cet art, essentiellement dynastique, suit toutes les fluctuations de l’histoire.
Un souverain puissant, une période de paix et les monuments s’élèvent nombreux. Une crise de succession : les luttes de tribus entraînent des périodes plus ou moins longues d’effacement artistique. Qu’une nouvelle dynastie surgisse, et elle voudra s’affirmer, fonder sa capitale, l’entourer de murailles, étendre son autorité en construisant des casbahs, proclamer sa foi en édifiant mosquées et « medersas », universités. Mais surtout surpasser en magnificence l’ancienne dynastie. Elle n’a pas l’impression d’en être l’héritière ; il lui fallut la vaincre pour s’emparer de l’État et toujours, elle craint quelque retour offensif. Le nouveau souverain abandonne les constructions anciennes, quand il ne les détruit pas, édifie les siennes qui doivent être plus magnifiques. Ainsi, à partir des mêmes données fondamentales de l’art hispano-mauresque s’individualisent des styles différents qui, bientôt, faute de pouvoir s’affirmer autrement, tomberont dans le grandiose et le compliqué. C’est par la richesse inégalée du décor et des matériaux (Saadiens), par le gigantisme (Moulay Ismaël), que les nouveaux monuments essaient de l’emporter sur les constructions antérieures.
Les Almoravides transportèrent au Maroc les formes architecturales et décoratives que leur transmettaient les musulmans d’Espagne. Avec les Almohades, ce n’est plus un emprunt, mais une transposition et un art nouveau. Ces rudes Berbères surent par leur énergie, leur foi intense et puritaine transformer leurs modèles. Art classique par l’harmonie des proportions, l’ornementation qui souligne sans envahir, la recherche de la beauté par la pureté des lignes. La palme est le décor préféré. L’abondance des arcs lobés, élégants et puissants, concourt à la grandeur et à l’équilibre des monuments. Les importantes ressources des Almohades leur permirent de vastes constructions : Koutoubia de Marrakech, casbah des Oudaïas de Rabat et tour Hassan.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 8:26

page 34



DANSEUSES.


De ce jaillissement dru les Mérinides, grands bâtisseurs aussi, allaient atténuer l’énergie. Leur art est déjà moins pur, d’une ligne moins belle où l’argument essentiel souvent est noyé sous le détail. Plus raffiné et compliqué, il fait appel aux grands panneaux de faïence, aux arabesques.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 17:22

page 35



DANSEURS CHLEUHS A AMIZMIZ.


Parfois l’œil sollicité par la profusion des ornements ne peut profiter de la ligne d’ensemble. Du décor somptueux, il faut isoler, pour les bien goûter, détails et morceaux. Alors apparaît la finesse de ces œuvres qui, lorsqu’elles ne tombent pas dans la virtuosité, possèdent un sens remarquable de la nuance (Chellah).
Elles marquent, toutefois, un vieillissement de la pensée artistique ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 17:30

page 36



... hispano-mauresque. La persistance d’une société conservant son organisation, ses croyances ne pouvait qu’entraîner le maintien d’une même forme d’art, illustration et idéal de cette société.
Ce qu’il faut bien appeler une décadence marquera cependant un temps d’arrêt à la fin du XVIe siècle; la victoire d’Alcazar-Kébir, les expéditions glorieuses au Soudan, les Morisques chassés d’Espagne rajeuniront cette société frappée d’ankylose.
L’art se charge d’éléments étrangers; plus exubérant et foisonnant, il semble parfois art de parvenu. Le mausolée des Saadiens à Marrakech, le plus célèbre de ces monuments, accumule les décors : stucs, bois sculpté, marbre, arabesques, motifs floraux, inscriptions.
La renaissance saadienne sera de courte durée. Le lent engourdissement de la civilisation marocaine se poursuit. Et la volonté du prince ne servira qu’à en souligner l’irrémédiable. Les efforts de Moulay Ismaël et son goût de la bâtisse le conduiront à faire élever à Meknès un ensemble confus de bâtiments sans originalité.
Et puis les contacts avec l’Europe n’apportent guère d’éléments valables. La différence était trop grande entre les deux mondes artistiques pour que l’art marocain pût y trouver un enrichissement. C’est le plus mauvais que le Maroc emprunte : glaces, panneaux de marbre, goût du rococo et tout un clinquant de fausse richesse qui noie le style.
L’histoire de cet art n’est point close. Un nouveau chapitre s’ouvre depuis le Protectorat dont les services ont entrepris une double action de conservation et de rénovation. Des œuvres néo-chérifiennes où s’unissent avec un rare bonheur tradition et modernisme, sont apparues. Un art neuf ne peut manquer de surgir de la nouvelle société marocaine en gestation; modifications des genres de vie, des mœurs, des idéals sociaux, l’annoncent sans que l’on puisse préjuger ce qu’il sera.
A cet art citadin et dynastique, s’ajoute l’art berbère. Il se manifeste dans les tapis, les poteries et surtout les casbahs, magnifiques édifices de boue, les seuls qui puissent être confrontés avec l’âpre nature du Sud marocain. Ces forteresses tirent une partie de leur beauté du paysage pour lequel elles sont faites et à la majesté duquel elles participent. Leur ampleur, leur force apparente et l’immense fragilité qu’elles masquent viennent renforcer l’impression du désert.
Au-dessus d’une construction rectangulaire, de vastes proportions, s’élèvent des tours dont les pans ne sont pas verticaux, mais obliques, ce qui les fait paraître plus hautes, cependant que l’affinement de leur sommet allège l’édifice sans lui ôter de sa solidité.
Cette impression de force n’est qu’un leurre. Le matériau est pauvre, de faible résistance. Orgueilleux monuments dont, l’achèvement à peine obtenu, déjà s’annonce la ruine.
L’art arabe est un produit de civilisation urbaine.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 17:37

page 37




PROSPECTION DU PÉTROLE A PETITJEAN.


A côté de ce raffiné, le fruste, le spontané est fourni par l’art berbère. Non point qu’il imite la nature. Ses artistes lui sont trop soumis pour n’en point craindre les forces magiques. Le jeu de l’art arabe et sa stylisation sont remplacés par le symbole. Le décor en creux dont les éléments essentiels sont le damier, le chevron et le losange, le décor peint qui utilise des motifs géométriques très simples, le plus souvent dans une dissymétrie voulue, restent volontairement limités : ce n’est pas incapacité, mais volonté qui le fait s’en tenir à ces ornements rectilignes.
Cet art fuit la technique, se plaît dans l’ébauché. Il lui importe peu que soit représenté l’objet, l’exactitude de l’objet si en est emprisonnée la force. Il est tout l’opposé d’un art humaniste. Ainsi la variété artistique du Maroc rejoint la diversité des paysages, la multiplicité de ses populations et de ses genres de vie. En quelles combinaisons peuvent parfois jouer ces différents éléments ! De cette richesse artistique, géographique, sociologique, un court voyage ne saurait rendre compte.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 17:38

page 38



CASABLANCA. VUE D’UNE PARTIE DE LA VILLE NOUVELLE. DANS LE FOND, LA NOUVELLE MEDINA.
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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 17:41

page 39



CASABLANCA. LE PORT.

JUIF DANS LA MELLAH


CASABLANCA

L’arrivée par mer est assez décevante. Sur une côte plate, la ville n’apparaît ni belle, ni originale. Passé l’horizon de grues d’où émerge, massif, le silo du port, elle semble toute pareille à ces grandes cités de l’Europe que le voyageur vient de quitter. L’arrivée par avion offre un spectacle plus grandiose, avec les blanches maisons, glissant sans fin au bord de l’Océan.



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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 17:44

page 40



MOSQUEE SIDI MOHAMED. NOUVELLE MEDINA.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 17:48

PAGE 41



DANS LA NOUVELLE MEDINA.


Sorti des quartiers du centre, Casablanca n’est plus qu’un vaste chantier, une forêt d’échafaudages. Toujours les mêmes images reviennent sous la plume des voyageurs : « ville-champignon », « ville américaine ». On achète, vend, construit, abat, reconstruit, surélève, transforme, spécule. Qui reconnaîtrait la cité décrite au siècle dernier « entourée de jardins et d’un mur en ruine » et dont la population fixe « se compose d’une centaine de familles musulmanes ou juives »? En 1903 si elle s’était développée, elle n’avait guère changé d’aspect : « laide, sans caractère et sans monuments », et toute sa partie ouest « occupée par des nouallas (1), des terrains

(1) Huttes.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Mer 7 Déc - 17:51

PAGE 42



... vagues ». Le débarquement d’août 1907 allait changer le destin de la cité dont toujours, à travers l’histoire, les impulsions étaient venues de l’extérieur. Après la destruction du repaire de pirates d’Anfa par les Portugais à la fin du XVe siècle, ce n’est qu’au XVIIIe siècle, grâce au sultan Sidi Mohammed que la cité renaquit, appelée Dar el Beïda, Casablanca pour les commerçants espagnols, nom qu’elle devait à la maison du caïd, vaste bâtisse rectangulaire, blanchie à la chaux qui longtemps servit d’amer aux navigateurs.
L’histoire moderne de la ville ne commence qu’en 1830 lorsque le sultan Moulay Abder Rahmane ouvrit son port au commerce international. 1830, c’est l’année du débarquement en Algérie, c’est l’année de l’avènement au pouvoir en France de la bourgeoisie d’affaires, c’est aussi l’ouverture du chemin de fer Manchester-Liverpool. Symboliques rapprochements. La ville naît au moment où s’élèvent ces grandes forces qui s’imposeront à elle, infléchiront décisivement son destin : la révolution technicienne et le monde des affaires. Au long du XIXe siècle son développement, bien que lent, est régulier : quatrième port marocain en 1850, troisième en 1885, deuxième à la fin du siècle et en passe d’être le premier.
Port de nom encore, simple rade, mais qui n’était point pire que celles du reste de la côte. Au débouché de la riche plaine de la Chaouïa, à égale distance des deux capitales du vieux Maroc, Marrakech (240 km.), Fès (280), il offrait d’importants avantages. Sa croissance s’était accélérée de 1907 à 1912, mais le choix de Lyautey allait le placer hors de pair.
Le port a fait la ville, et l’homme a fait le port. Port artificiel, acte d’audace et de volonté qui demeure « une des plus belles réussites du génie français », et que seule une série de victoires sur la nature a pu mener à bonne fin. Ni les difficultés techniques, ni les échecs, ni les désastres des tempêtes ne réduisirent l’effort. Dès 1917, Lyautey pouvait écrire : « Casablanca, par la rapidité de son ascension détient, ou presque, le record de la vitesse. »
La Grande Jetée, longue de 2 km. 600, brise vers le large la houle de l’ouest et protège les bassins. Les vastes plans d’eau, la longueur des quais, l’importance de l’outillage, la spécialisation des môles (port de pêche de la vieille darse, môles de commerce, militaire, des phosphates) ne suffisent plus devant l’accroissement du trafic. Le port assure les trois quarts du commerce maritime du Maroc et son évolution marque l’essor du pays : 270.000 tonnes de trafic en 1913; 584.000 en 1922. Avec l’embarquement des phosphates de Khouribga, il fait un bond atteignant, en 1929, un premier chiffre record : plus de 3 millions de tonnes. En 1949, c’est 5.600.000 tonnes de marchandises qui y sont manipulées et son port apparaît trop petit. Les navires y font queue, comme dans les rues de la ville ne peuvent plus circuler les milliers de voitures.
La population s’est accrue avec le trafic portuaire, — la fonction ...

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 7:33

page 43



... commerciale puis industrielle appelant émigrants et ruraux. Casablanca compte 25.000 habitants en 1905, 107.000 en 1925, 257.000 en 1936 et
551.000 en 1947. La ville dépasse maintenant 600.000 habitants et atteindra bientôt le million. Casablanca est la première ville musulmane, la première ville israélite et la première ville européenne du Maroc, la plus grande ville d’Afrique du Nord. Et une cité géante pour le Maroc, pays de traditions rurales.
La forme et le caractère de la ville se laissent mal définir; si changeante, déjouant les prévisions. La place administrative qui parut grande autrefois est écrasée déjà par les quartiers voisins et leurs immeubles.
Un building de huit ou douze étages domine une bicoque de planches; un autre émerge des cactus; les villas s’égaillent en bordure de la cité, au milieu des champs de blé. Ville complexe et instable, dans ses limites comme dans sa population, la plus diverse, la plus mobile du Maroc. Certains quartiers sont bien définis, leur physionomie arrêtée. Mais les zones de « remplissage » entre ces quartiers manquent. L’agglomération souffre d’une absence d’âme, de conscience collective. Elle vit trop vite, tournée vers le lendemain, coupée de ses attaches historiques par une brusque révolution. Séparée, semble-t-il, du reste du pays, n’ayant avec lui que des rapports économiques ; arrachée à son milieu naturel, elle ne vit pas dans le monde maghrébin, mais tournée vers l’extérieur. A première vue, c’est cela : une empreinte européenne en sol africain, comme étrangère.
En réalité, son caractère est beaucoup plus complexe. La rapidité de sa croissance, la diversité d’origine de sa population en font un grand corps composite, aux parties mal liées, avec tous les degrés d’urbanisation, la marque visible de tous les apports. Le disparate y triomphe. On y décèle les traces des épisodes successifs de la jeune histoire du nouveau Maroc depuis les « vieux » quartiers des premiers pionniers européens, jusqu’aux quartiers récents d’Anfa, marquant l’avènement de l' « aristocratie d’affaires ». Des quartiers différents se sont ainsi individualisés.
Et d’abord les villes indigènes. Près du port, la vieille medina (1), encore partiellement entourée de ses murailles de 1907, et le mellah (2) n’ont que peu de caractère. La ville européenne s’est développée en arc de cercle autour de ce premier noyau. L’ancienne ville indigène se trouva ceinturée de ces nouveaux quartiers et vite saturée (elle compte 150.000 habitants). Le logement des masses marocaines, appelées du bled par le développement urbain, amena l’édification, à partir de 1924, de la nouvelle medina qui compte actuellement plus de 200.000 habitants. Vaste ensemble installé sur le plateau de Mers Sultan, et qui dévale son versant sud, limité dans son développement à l’ouest par ...

(1) Ville arabe.
(2) Quartier juif.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 7:36

page 44



PLACE ADMINISTRATIVE.
A GAUCHE, PALAIS DE JUSTICE; A DROITE, HOTEL DE VILLE.


... les quartiers résidentiels européens, à l’est par les quartiers industriels.
Son aspect le plus étonnant est le mélange des caractères traditionnels et des influences modernes. La partie créée par l’administration forme un ensemble harmonieux, où sont utilisés avec bonheur tous les éléments de l’architecture marocaine. Mais les quartiers jaillis spontanément ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 7:38

page 45



PLACE DE FRANCE.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 11:20

page 46



... où traditions arabes, influences espagnoles et modernes jouent, sont plus composites. En dehors d’une bourgeoisie, venue surtout de Fès, dès longtemps parfois, la masse indigène est d’origine rurale. La ville vit encore au double rythme de l’usine et de la campagne avec laquelle les liaisons demeurent étroites. Et l’ouvrier interroge le ciel, attend la pluie qui fera la fortune du bled où parfois il a quelque lopin où demeure sa famille, que presque toujours il doit aider de son salaire.
Les vieilles croyances, les génies existent encore. Peut-être sont-ils en train de changer de nature et la faculté déificatrice des Marocains leur substitue des divinités et des mythes nouveaux. La magie se transpose du monde des champs à celui de la ville.
La nouvelle medina ne suffit point. On s’y entassa, — une famille par pièce, — on édifia sur les terrasses de véritables « bidonvilles d’altitudes » masquées par les murs de façades. Il fut impossible d’y loger tous les arrivants. Les bidonvilles, véritables fondrières l’hiver, proie des nuages de poussière l’été, subsistèrent, s’accrurent. Plus de 100.000 habitants y vivent dans des cabanes dont la tôle ondulée, les planches, les vieux bidons de pétrole et les débris les plus divers sont les matériaux essentiels. Les plus anciens datent d’une vingtaine d’années. Des plantes grimpantes recouvrent les cabanes et soulignent la durée de l’installation; autour du centre où s’élève le minaret en bois et en vieux bidons de la mosquée, s’étend toute une nébuleuse de nouvelles constructions dans lesquelles s’entassent les derniers arrivés. Marges mouvantes, déplacées par voie d’autorité ou après les pluies violentes qui noient les cahutes. Le déménagement amène le transport de tout l’habitat; la maison de tôle et de planches suit l’ouvrier comme la maison de laine le suivait quand il était encore paysan transhumant ou nomade.
Après ces quartiers qui font faire connaissance, dès les premières heures du séjour marocain, avec un des aspects peu connus du pays, celui du nouveau Maroc prolétaire, de plus en plus important, il faut aller visiter les constructions récentes de l'Office de l’Habitat. Pour résorber ces bidonvilles, fut édifiée une autre cité : Aïn Chok. Dans cette cité ouvrière modèle, le long de larges rues, des maisons propres, dont le plan sauvegarde les traditions indigènes, alignent leurs murs blancs. Une grande mosquée, le plus beau hammam du Maroc, des écoles s’y élèvent. Dans l’ombre d’un porche opèrent les écrivains publics. Ceux-ci restent fidèles à l’attirail ancestral, mais à côté un confrère tape avec ardeur sur une vieille machine à écrire dans un fracas de touches et de grelots. Tous les secrets de la medina confluent ici : lettres privées, amours et espoirs chuchotés de bouche à oreille; lettres administratives où se mêlent parfois savoureusement les formules de politesses européennes et les formules traditionnelles arabes : « Que béni soit ton nom « et » Recevez mes respectueuses salutations ».
Casablanca apparaît ainsi comme un échantillonnage de toutes ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 11:26

page 47



... les formes urbaines que le voyageur trouvera au Maroc : vieille medina, mellah, nouvelle medina spontanée, bidonvilles, cité modèle.
La même variété se retrouve dans la ville européenne. Au premier abord, simple dans sa confusion et son désordre, vite jugée, inorganisée et uniquement tournée vers les affaires qui l’ont fait naître, elle semble ne pouvoir sortir de son âge ingrat. Elle offre pourtant, à la mieux connaître, une diversité étonnante.
Le quartier des Roches-Noires et le quartier du Maarif possèdent une vibration populaire à laquelle n’atteint au même degré aucune autre ville du Maroc. On y respire cette atmosphère particulière des grandes villes d’Algérie à forte population espagnole ou italienne. Le Maarif, c’est tout un aspect de Casablanca et de l’Afrique du Nord. Là s’élaborent une race nouvelle et une véritable civilisation. Le gosse maarifien se reconnaît partout entre cent, avec son « air dur », son code spécial de l’honneur, et surtout son langage : français à tournures espagnoles, relevé d’un argot particulier à l’Afrique du Nord et truffé d’expressions imagées et fortes.
Les quartiers résidentiels des collines de Mers Sultan et surtout d’Anfa égaillent au milieu des jardins leurs villas, souvent remarquables types d’architecture moderne.
Au centre, le quartier des affaires avec, côte à côte, les premiers immeubles rococo, les bâtisses « modern-style » et les buildings récents. Autour, de nouveaux quartiers surgissent. Il faut voir ces bourgeons de la ville, de la terrasse d’un des immeubles neufs, dont le dernier lance, provisoire record, dix-sept étages. La ville ronge la campagne, pousse des avant-postes dans les champs : et ces îlots, des rues, d’autres maisons les relieront, en font déjà des quartiers intégrés à la cité.
La place Lyautey, place administrative, offre les seuls monuments de quelque valeur. Le palais de justice et l’hôtel de ville soulignent l’heureuse réussite de l’art néo-chérifien et font à la statue du maréchal Lyautey, due au sculpteur Cogné, un cadre digne d’elle. Sur cette même place, sont réunis les principaux souvenirs du passé, récent, de la ville. La baraque en tôle qui fut le premier P.C. des troupes françaises débarquées; une plaque sur le mur des bâtiments de la Région marquant l’endroit où tomba le premier soldat musulman algérien en 1907.
Mais ce passé qui n’est que d’hier prend pour la ville figure de lointain préhistorique. Elle est toute tournée vers l’avenir. Un monde y naît, une nouvelle forme de vie. Le voyageur y ressent le double rythme de la vie marocaine, en passant, des rues encombrées d’automobiles, aux ruelles de la medina.
Tout cela fait une ville protée. Pendant de Fès et, quoi qu’il y paraisse, non moins mystérieuse. Immense creuset où bouillonnent les influences de mondes contraires, voisins, ennemis, mais ne pouvant plus ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 11:29

page 48



CONTRASTE A CASABLANCA. SIDI BELYOUT.


... vivre séparés. S’y affrontent passé, avenir, rêves, espoirs et rancœurs, le tout engraissé, nourri du flot d’affaires. Ces forces en gestation sont celles qui s’imposeront au Maroc de demain. Des grues et des docks à l’humble mosquée de bidonville, que de symboles à cueillir dans la ville ! Le vieux marabout de Sidi Belyout, au milieu des agaves, coincé entre le port et les immeubles, est la facile, mais éloquente image de l’étreinte de la vie moderne sur le monde traditionnel.
La nuit, la lueur de la ville apparaît sur l’horizon de la plaine ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 17:58

page 49



STATUE ÉQUESTRE DU MARÉCHAL LYAUTEY.


... agricole longtemps avant que les premières lumières ne se voient. Pour combien de fellahs n’est-elle pas un appel ? Et pour d’autres plus loin et jusqu’aux lisières du désert, pour qui elle est la ville par excellence. Elle n’est pas belle, mais grandiose, émouvante comme un des plus remarquables triomphes de l’homme sur la nature. On l’aime ou on la déteste, mais on subit son dynamisme, sa charge d’avenir. Elle est populaire, c’est-à-dire inquiétante. On la quitte pour y revenir; une vieille légende ne dit-elle pas que l’eau de la Koubba de Sidi Belyout, patron de Casablanca, ramène fatalement à elle celui qui en boit?
Le quartier industriel des Roches-Noires s’allonge, étend ses bras, étreint les terrains vagues, glisse le long de la côte, absorbe Ain Sebaa, rejoint Fedhala, pousse jusqu’à Skrirat où s’installent forges et aciéries, tend au delà de Témara à se prolonger dans le quartier ouest de Rabat, à l’annexer et à en faire, hors de la capitale engourdie, comme une dépendance de Casablanca.



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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 18:00

page 50



RABAT. VUE AÉRIENNE DU QUARTIER DES OUDAIAS.
AU FOND, AU DELA DU BOU REGREG, LES REMPARTS DE SALE.


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 18:03

page 51



RABAT. LA VILLE VUE DES OUDAIAS.

RABAT. PORTE-DRAPEAU DE LA GARDE CHÉRIFIENNE


RABAT

Dès l’avenue de la Victoire, par où on l’aborde venant de Casablanca, Rabat apparaît calme, majestueuse et légèrement assoupie : ville souveraine, résidence du Sultan, du Résident général, capitale administrative et lourde aussi d’une longue histoire.
Ville charmante, ordonnée, où la netteté ...


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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 18:07

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REMPARTS ET PORTE DES OUDAIAS.

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MessageSujet: Re: LE MAROC (J. - L. Miège)   Jeu 8 Déc - 18:14

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... s’allie à la grâce, la clarté au mystère. Et tout d’abord celui qui naît de la juxtaposition des trois cités, medina, mellah, ville européenne, de leur accord subtil et de leur parfaite adaptation au paysage. De cette réussite, le site a sa part. Il offre l’ondulation de collines entre lesquelles s’étend un vallon, point assez creux pour que la ville soit encaissée, mais suffisant pour lui donner cette intimité et cette diversité sans quoi une cité ne peut échapper à la monotonie.
Tout à Rabat souligne la joie de vivre et l’accord, nulle part si bien réalisé, entre l’est et l’ouest. Le ciel méditerranéen y fait chanter les couleurs que la brume de l’Océan parfois estompe, adoucit. Ville indigène et ville européenne se font valoir, et le style néo-chérifien des bâtiments publics sert de lien entre le style hispano-mauresque du vieux Rabat et l’architecture moderne des quartiers neufs.
Rabat, où l’ardeur apparaît comme malséante, et qui n’est qu’appels à la flânerie, trouve son origine dans la guerre qui nourrit tout son passé. Elle naquit d’un ancien ribat, camp de « moines-soldats » s’entraînant à la guerre sainte contre l’infidèle d’Espagne ou le schismatique du Sud; elle renaquit comme repaire de pirates salétins, car Rabat fut d’abord Salé-le-Neuf en face de l’actuelle Salé. De sa longue histoire militaire, la ville conserve de nombreux vestiges.
Le premier Rabat, la casbah des Oudaïas, fut élevé par Abd el Moumen au milieu du XIIe siècle. Mais le véritable fondateur de la ville est Abou Yacoub Youssef, Youssef el Mansour, qui décida les travaux du Ribat-el-Fath, le camp de la Victoire. Agrandie, la ville s’enferma dans une vaste enceinte de plus de cinq kilomètres de long qui forme un remarquable ensemble d’art almohade. Partant de l’actuel phare, les murailles ceinturent encore la ville. Elles produisent une impression de force avec leurs chemins de ronde, leur parapet couronné de merlons à pyramidions, leurs tours de plan rectangulaire. Leurs portes sont un des principaux éléments décoratifs de Rabat. Bab el Alou près de la mer, Bab el Had près du marché, Bab Zaer enfin, près de Chellah. La plus belle, la mieux mise en valeur, est Bab er Rouah, la porte des Vents, à côté des trois portes récentes percées dans la muraille. Elle déploie entre deux tours en forte saillie une ample façade de pierre sculptée; abondamment décorée, ses grandes lignes restent simples.
A l’intérieur de ces murailles, Youssef el Mansour voulut faire élever la plus grande mosquée de l’Occident musulman, telle que toute son armée y pût prier. Mais ce projet grandiose fut interrompu par sa mort en 1199 et la mosquée inachevée, abandonnée par ses successeurs. Envahie par la végétation, tombant en ruine, elle demeura comme le témoignage des projets irréalisés des grands sultans dont la force tendue dans l’action ne parvint jamais à s’épanouir dans les œuvres de paix. L’ensemble, délaissé, pillé par les habitants qui venaient y chercher de la pierre, ravagé sans doute par le tremblement de terre de 1755 (qui abaissa de près d’un ...


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