Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Fédala 1954

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Fédala 1954   Lun 2 Mai - 7:19



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Cette revue nous est gracieusement fournie par Mme G. DUPIRE
native de Fédala.


Page de couverture








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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Lun 2 Mai - 7:42

page 1




DIRECTEUR PAUL BORY                              Nouvelle série 13ÈME ANNÉE

PERSPECTIVES D'OUTRE MER


NOTRE   MAROC
REVUE     MENSUELLE     ILLUSTRÉE

FEDALA

CE NUMERO A ETE PUBLIE SOUS LA DIRECTION DE PAUL BORY ET MARCEL LAMIDEY ET SOUS LE HAUT PATRONAGE DE LA MUNICIPALITE DE FEDALA ET L'APPUI DE LA SOCIETE IMMOBILIERE DE FEDALA AINSI QUE DU SYNDICAT D'INITIATIVE DE LA VILLE. LA COUVERTURE A ETE DESSINEE ET PEINTE PAR ANDRE MARTIN D'APRES UNE IDEE ET UNE MISE EN PAGE DE MARCEL LAMIDEY, PHOTOGRAPHIES AGRICOLAVIA. BELIN. DURAND, FLANDRIN. ROUGET, SIXTA.

SOMMAIRE
* LIMINAIRE ........ 3
* FEDALA, par Michel YVON, Chef des Services Municipaux de Fédala ........ 7
* GEORGES HERSENT, DIALOGUE AVEC LE MARECHAL LYAUTEY, par Victor BERTI ........ 9
* HISTOIRE DE FEDALA, par Charles PENZ, Docteur ès-lettres ........ 12
* FEDALA, UNE STATION BALNEAIRE DU MAROC, par Marcel LAMIDEV ........ 14
* FEDALA VILLE DE PLAISANCE ET DE TOURISME, par Jacques SERVOZ ........ 17
* L'URBANISME   A   FEDALA,   par   Albert   PLANQUE,   Architecte   E.N.S.A.D., Expert assermenté et membre de la Commission d'Urbanisme de Fédala ........ 19
* LE NOUVEAU BOULEVARD BALNEAIRE ........ 20
* UN JOYAU TOUT PROCHE DE CASABLANCA, LE TERRAIN D'AVIATION DE CASA-TOURISME, ENTRE AIN-HARROUDA ET TIT-MELLIL ........ 21
* LE GOLF, par Marcel LAMIDEY ........ 22
* LE TERRAIN DE GOLF DE FEDALA ........ 23
* LE GOLF A FEDALA, LE PREMIER TOURNOI « OPEN INTERNATIONAL » ........ 24
* LE YACHT-CLUB DU MAROC, par  René CHALBET ........ 25
* LE SPORT HIPPIQUE A FEDALA ........ 27
* BOULE FEDALIENNE, par M. BRUTINEL, Ingénieur en chef des Travaux Municipaux de Fédala ........ 28
* LE TENNIS-CLUB DE FEDALA, par M. RICHARD, Président du Tennis-Club de Fédala  ........ 29
* L'EQUIPEMENT HOTELIER A FEDALA ........ 30
*      L'INDUSTRIE A FEDALA, par J. PERAIRE, Vice-Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Casablanca ........ 31
* LES INDUSTRIES DE FEDALA ........ 33
* LE PORT DE FEDALA ........ 34
* L'EQUIPEMENT SOCIAL MAROCAIN A FEDALA ........ 37

ÉDITIONS   PAUL   BORY
RUE DE VESOUL TELEPHONE : 212-45 CASABLANCA
NOUVELLE SERIE N° 3 PRIX : 300 FRANCS JUIN-JUILLET 1954



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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Lun 2 Mai - 7:44

Publicités 1ère partie




- GOURVENEC, Fédala.




- NORDON Frères MAROC, Casablanca.




- Strafor-Maroc, Fédala.
- SOCIETE IMMOBILIERE DE FEDALA, Fédala.




- CENTRE BALNEAIRE DE FEDALA.
- Sté BUTAGAZ MAROC, Fédala.




- Entreprise Jacques MAGRI, Fédala.
- HOTEL DE FRANCE ET DES AMBASSADEURS, Fédala.
- Entreprise M. COURTRIEU & Cie, Fédala.
- ENTREPRISE FRANCAISE DE TRANSIT, Ste. Maritime de Transports Commerciaux, Fédala.




- François ALCAZAR entrepreneurs, Fédala.
- MAB, Fédala.
- BRASSERIE DU PARC, Fédala.
- Wimpy's du MIRAMAR, Fédala.




- SOCIETE MAROCAINE DES COMPTEURS VINCENT, Fédala.
- ICOMA, Industrie Cotonnière du Maroc, Fédala.
- J. & H. TAIEB, Casablanca.




- l'Escale, Station Service SHELL, Fédala.
- S. I. B. E. C. A., Société d'Importation de Bois Exotiques, Coloniaux & Américains, Fédala.



_____________________________________________________________

page 2



(Photo   Belin)

- Si  Mohamed ben Ahmed  Boutarf   :  caïd des Zenatas,  pacha  de Fédala  après  avoir  fait  de   sérieuses  études  à  l'Université   Karaouine   à Fès,  fut  nommé  adel  à  la Mahakma   de  Fédala  puis   naïb   du   cadi   et enfin  caïd  des  Zenatas   en  1947.

Chevalier de la Légion d'honneur et officier du Ouissam Alaouiie, Si Mohamed ben Ahmed Boutarf est l'exemple même du chef marocain cultivé, pieux et sage, soucieux de réalisations dans le domaine économique et social qu'il poursuit en parfait harmonie avec les autorités françaises.

On reconnaît de gauche  à  droite :   M.  Berri,  interprète ;  M.  Gueirard.   Mme   Defranchi ;   M.   Ollegini,   Bégou,   S.E.   le   Caïd ;   MM.   Valozzo, de  Mouqon.   Senecault,  Tardy  et   Péraire.

Cette   photographie   a   été   prise   lors   de   l'entrée   officielle   du   général   Guillaume   dans  la ville  de Fédala.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Lun 2 Mai - 7:45

page 3


Liminaire


S'IL était possible de réaliser une carte vivante, du Maroc — de même qu'on fait des graphiques et des dessins animés — Fédala, après Casablanca, apparaîtrait, grâce à ce procédé, comme l'une des villes les plus actives du Protectorat.
Ses caractéristiques essentielles seraient d'une part des vocations différentes, mais non antinomiques grâce à l'application des solutions d'ordre urbanistique et aussi une collaboration franco-marocaine qui s'est affirmée sur le plan de l'habitat autant que sur celui de la commercialisation des primeurs.
Le numéro spécial que nous lui consacrons montre combien certains ont eu tort de croire en la seule vocation touristique de Fédala. Non. Fédala n'est pas seulement une charmante ville qui attire les touristes en toute saison par la clémence de son ciel et par l'étendue de sa plage. Fédala est aussi une ville industrielle et un port actifs. En vérité. Fédala possède plusieurs cordes à son arc, et il n'a pas fallu longtemps pour qu'on s'en aperçut.
On lira plus loin les lignes émouvantes par lesquelles M. Victor Berti. avec la sérénité de l'historien qui a été aussi un témoin, évoque la figure de Georges Hersent, créateur du port de Fédala. L'amitié qui l'unissait à Lyautey ne surprend pas : entre hommes d'initiative et d'action, on s'entend tout de suite. Heureux le pays où les chefs signent des villes au lieu de se contenter de signer des papiers !
L'activité du port de Fédala, qui complète celui de Casablanca, et qui possède sa physionomie particulière, son originalité propre, est précisée d'autre part, avec chiffres et dates à l'appui. Sous la direction de M. Hennique, puis de M. Albert Fort, le port de Fédala est en d'excellentes mains. Autrefois repaire de corsaires en déroute, ce port aujourd'hui sert de poumon supplémentaire au grand pays moderne qu'est devenu le Maroc. Là encore l'homme a imposé sa marque à la nature, et a transformé « l'isle de Fédala » en un havre apprécié et fréquenté, qui s'enorgueillit d'un « sea-line » dont il existe peu de semblables en Afrique et en Europe.
Nul égoïsme n'a présidé à l'organisation et au développement de la ville. Les contempteurs du Protectorat, s'ils sont de bonne foi, doivent rendre hommage aux créateurs de Fédala et Alia, cette blanche cité construite pour la population marocaine par des administrateurs avisés et humains. M. de Dianous, dont nous avons déploré la disparition l'an dernier, a présidé au premier tracé de Fédala. Son œuvre a été poursuivie par M. Marc de Mazières. par M. René Wattin. par M. Marcel Lamidey et elle continue sous la direction de l'actuel chef des Services Municipaux. M. Michel Yvon.
Comment a été résolu à Fédala le grave problème des bidonvilles (qui ne se pose pas seulement au Maroc, mais aussi en Europe et aux Etats-Unis, au voisinage de toutes les agglomérations importantes) nulle plume plus autorisée que celle de M. Marcel Lamidey ne pouvait l'exposer. Ce dernier prit ses fonctions de chef des Services Municipaux en 1945 et présida pendant huit ans aux destinées de la ville. C'est pendant sa magistrature que fut entreprise et menée à bien la réalisation de Fédala el Alia. A cette œuvre d'intérêt général collaborèrent, d'un même cœur, l'Administration et les initiatives privées. En agissant de la sorte, Fédala a donné au Maroc un exemple d'une haute portée morale et sociale. Il nous est agréable de le souligner, et de féliciter tous ceux des bâtisseurs de Pédala el Alya, dont les plans ont été dressés par le Service de l'Urbanisme, et par M. Planque, architecte, membre de la Commission de l'Urbanisme de Pédala.
Les nombreux promeneurs, les automobilistes qui le dimanche se rendent à Pont-Blondin traversent le quartier marocain d'El Alya. Ils en admirent l'ordonnance de l'architecture, le goût qui a présidé à l'exécution des moindres détails. Il est bon aussi qu'ils connaissent les noms de ceux qui. au lendemain de la guerre, ont su donner à la population marocaine de Fédala un habitat d'une telle importance et d'une telle qualité.
Au seuil de ce numéro spécial, nous avons le devoir de rendre hommage également aux pionniers disparus, à M. Doux qui dirigea jusqu'en 1941 la Compagnie Franco-Marocaine de Fédala, à M. Charles Duchemin, directeur de la Société Immobilière Franco-Marocaine, conseiller municipal, que la mort vient de saisir en pleine action, et dont les conseils et les encouragements nous ont été très précieux.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Lun 2 Mai - 7:46

page 4


- Pose du premier « sea-Line » à Fédala, long de 2.700 mèires. (Photo aérienne Flandrin)


M. Péraire, membre de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Casablanca, délégué du Deuxième Collège au Conseil du Gouvernement, membre de la Commission Municipale, où il siège avec MM. Baelen et Hoffelé a bien voulu faire le point en ce qui concerne l'activité industrielle de Fédala. L'essor s'en est manifesté de façon remarquable au cours de ces dernières années. Une surprise attend les visiteurs venus de France: les usines de Fédala, comme celles de Casablanca, ont un visage clair, des façades étincelantes de blancheur. Rien ici qui rappelle les sombre usines, les murs noirs et tristes des faubourg industriels de la vielle Europe.
Le nouveau boulevard, en voie d'achèvement, permettra d'ailleurs aux automobilistes venant de Casablanca d'accéder directement au centre de Fédala. On trouvera plus loin des précisions sur cette importante réalisation qui parera le visage de la ville d'un attrait supplémentaire. Sur le plan touristique et hôtelier, d'autres actes sont enregistrés. Le vieil établissement, situé prés de la plage, qu'on appelait le Casino a disparu. Il sera remplacé par une superbe construction digne de Fédala et de sa réputation. L'hôtel Miramar. qui, depuis 1927, a joué un rôle important dans la vie de la cité, s'est lui aussi agrandi et modernisé, sans rien perdre de ce qui faisait son charme et son originalité.
Il n'eût pas été possible de composer un numéro spécial sur Fédala sans réserver une large place aux sports qui s'y pratiquent, comme dans toute station touristique bien équipée, boules, tennis, golf, yachting, courses hippiques. Les sportifs les plus exigeants y trouvent leur compte, et. pour ne citer qu'un exemple, les tournois de golf attirent à Fédala des visiteurs de classe et de marque.
La renommée de Fédala n'est donc ni surfaite, ni à faire. On peut même être tenté de dire que cette ville heureuse est sans histoire. Nulle part l'œuvre française au Maroc ne se présente dans un cadre plus harmonieux et plus agréable. Mais on devine que sous ces apparences authentiquement séduisantes, sous cette réussite sans bavures, se cache une somme d'efforts, de pensées raisonnables et persévérantes, une somme d'actes accomplis en vue d'un but bien conçu par une équipe d'hommes de bonne volonté, c'est-à-dire animés par la volonté du bien.
Le secret de leur réussite, c'est sans aucun doute le fait que. consciemment ou inconsciemment, ils se sont inspirés de l'exemple de Lyautey. Ce dernier savait ce dont les hommes sont capables, et c'est pourquoi, dans un discours prononcé à Casablanca le 2 avril 1916, devant la colonie française qui l'accueillait à son retour de France, il avait mis l'accent sur la nécessité de l'union :
« Le plus souvent, alors qu'on se croit divisé par des différences irrémédiables de situations sociales, d'intérêts, d'opinions, de croyances, on s'aperçoit qu'il n'y ...



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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Lun 2 Mai - 7:47

page 5


- La nouvelle médina, en bordure de la route qui conduit à Pont-Blondin. Les plans en ont été tracés par le Service de l'Urbanisme et par M. Planque, architecte. Sa réalisation tut financée par le Service de l'Habitat. (Photo B. Rouget)


... a là que des étiquettes factices, des malentendus, et qu'il suffit de causer, de s'entendre, en pleine lumière, pour s'apercevoir qu'on est d'accord sur les points essentiels. Je pense qu'il existe entre les hommes, bien plus souvent qu'on ne le croit, un dénominateur commun. C'est comme sur le tableau noir. Vous écrivez de gros nombres fractionnaires qui semblent inconciliables, et puis, par éliminations successives, on arrive à trouver ce dénominateur commun, petit chiffre bien simple que rien ne laissait prévoir sous ces complications touffues.
« Peut-être suis-je optimiste — concluait Lyautey, —-mais il me semble que dans toutes les circonstances qui divisent, il devrait toujours être possible de trouver ce dénominateur commun, surtout quand on se sait d'avance d'accord sur les points essentiels ».
Nous pouvons comme Lyautey nous montrer optimistes quand nous voyons l'œuvre réalisée à Fédala par des hommes d'action qui ont su trouver leur dénominateur commun, définir le but essentiel, et l'atteindre.
Perspectives d'Outre-Mer.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Lun 2 Mai - 7:49

page 6


- Les   Services   Municipaux   à   Fédala.   La   Place   Administrative. (Photo  B.   Rouget)
- La   perspective   des   jardins du   Casino. (Photo Belin)


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Lun 2 Mai - 7:50

page 7


- M. Michel Yvon, contrôleur civil, chef des Services Municipaux de Fèdala
Après un premier stage dans l'industrie de 1936 à 1938, M. Yvon se présentait au concours du Contrôle Civil en 1939. Reçu, il occupait des postes à Chemaïa, à l'Office des Beni-Amir puis à Azemmour. Nommé en 1952 à la tête des Services Municipaux et de la Circonscription da Fèdala, il préside depuis avec autorité et compétence au développement harmonieux de la ville.

- Les palmiers de l'Hôtel Miramar. (Photo Bernard Rouget)

FEDALA

par Michel YVON Chef des Services Municipaux de Fèdala


FEDALA est une petite ville charmante. Une belle plage bordée de rochers, une vraie plage atlantique, un port actif et discret, de belles villas dans de beaux jardins, des bois de pins et des allées de palmiers : c'est un ensemble attrayant de formes et de couleurs où les usines même sont impeccables de modernisme et de netteté.
La caractéristique de Fèdala, c'est l'élégance. Cela tient autant à des dispositions naturelles qu'à l'effort d'aménagement poursuivi avec continuité depuis quarante ans.
Dans des pays comme la France, qui ont des siècles d'organisation derrière eux, la plupart des villes ont été dessinées et améliorées depuis si longtemps qu'on a tendance à oublier que tout cela s'est fait de la volonté d'un certain nombre d'hommes. C'est que le temps aussi a eu sa part.
Au Maroc, pays qui dans sa forme actuelle date d'une génération, on sait quel nom mettre derrière chaque ville, chaque rue, chaque immeuble, chaque arbre même.
Si l'on avait voulu Fèdala autrement, Fèdala eût été autrement. Cela fait penser à Rabat. Mais si Rabat est une capitale administrative, Fèdala est une ville balnéaire et une ville d'affaires.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Lun 2 Mai - 7:51

page 8


- Fédala : la plage. A droite, l'ancien casino qui sera remplacé prochainement par un casino moderne dont nous reproduisons la maquette page 30. (Photo Belin)


A Fédala, la nature avait donné la matière première, avec des ressources notables, mais il a fallu faire beaucoup pour la rendre agréable. La rivière aboutissait derrière les dunes dans une plaine trop basse où les fortes marées se battaient en duel avec les crues de l'Oued, étendant un vaste espace insalubre entre la plage et l'intérieur du pays.
Deux petites îles (aujourd'hui incorporées à la digue du port) donnaient aux barques carthaginoises ou berbères un abri, chose rare sur cette côte, mais un abri seulement et on ne saurait parler de port naturel. En 1910, trois cents Marocains vivaient là misérablement.
De cela on a fait une ville abritant, en 1954, 25.000 habitants, 20.000 Marocains, 5.000 Européens, brillante et prospère grâce à une concordance des intérêts privés et de l'intérêt général, grâce aussi à l'intérêt qui a porté vers ce point du monde des hommes comme M. G. Hersent disposés à mettre de gros moyens en oeuvre pour créer là quelque chose d'élégant, et à tous ceux qui surent mettre l'accent sur une préoccupation de distinction aussi communicative, en définitive, que le laisser-aller ou la négligence.
Dans ce cadre de volonté organisatrice ont pris place un port moderne, une station balnéaire où la possibilité de pratiquer tous les sports donne l'embarras du choix (golf, yachting, tennis, équitation, chasse, pêche), des quartiers de villas et des quartiers commerçants, deux quartiers industriels (conserves, filature, tissage, métallurgie...), des quartiers marocains en extension rapide (avec ce que cela représente d'effort social) : un ensemble très complet que la proximité et l'extension de Casablanca rendent particulièrement intéressant.
On a fait beaucoup, ai-je dit, et l'on fera beaucoup encore. Fédala a confiance dans l'avenir. Les dons que la nature lui a faits et la courbe de sa progression depuis quelques années sont les garanties de sa prospérité future.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:14

page 9


- Contrôleur civil des cadres tunisiens, Victor Berti est arrivé au Maroc en 1904, désigné par la Résidence générale de Tunis pour faire partie de la première mission française dirigée par l'ambassadeur Eugène Regnault. Entre 1904 et 1912, Victor Berti a été chargé de nombreuses missions, en particulier de l'installation en 1907 du contrôle des douanes dans les ports du Maroc. Comme directeur général du Contrôle de la Dette marocaine, Victor Berti a été détaché de 1912 à 1925 auprès du maréchal Lyautey, résident général, qui lui a confié plusieurs missions en France et au Maroc, en particulier le Commissariat général des expositions au Maroc et en France, et les fonctions de commissaire général adjoint auprès de lui, lorsqu'il a été nommé commissaire général de l'Exposition coloniale internationale de Paris de 1931. Berti est resté l'ami et le collaborateur bénévole du Maréchal jusqu'à sa mort. Il est actuellement délégué général de la Croix-Rouge française au Maroc.


Georges HERSENT

DIALOGUE AVEC LE MARECHAL LYAUTEY par VICTOR BERTI

Ma villa était située à Rabat dans le prolongement de la Résidence à environ 200 mètres et le Maréchal me faisait souvent la surprise de s'y arrêter en passant. Un jour de 1913, la sonnerie du téléphone retentit :
— Allô, c'est vous Berti ? — Oui, mon général (1). — Vous ne sortez pas ? — Non mon Général. — Bien, attendez-moi, je viens avec un vieil ami qui est aussi un vrai « quelqu'un » et que je désire vous faire connaître. — Comment s'appelle-t-il ? — Georges Hersent. — Mais je le connais mon Général et même, peut-être, depuis plus longtemps que vous. Je connais son frère Jean, son père, le grand et génial constructeur de ports, de réputation mondiale, qu'on appelait quand j'étais jeune, le « mètre cube d'or », et dont un autre grand constructeur, Louis Viriot, disait :
« Quand nous voyons arriver le père Hersent à une adjudication, nous n'avons plus qu'à nous en aller ».
Accompagné de Georges Hersent et du Prince de Beauveau, le Général, à peine entré, me dit :
Voilà : Vous vous rappelez les difficultés que j'ai rencontrées et les oppositions auxquelles je me suis heurté pour faire admettre le principe de la construction du port de Casablanca, l'énergie avec laquelle les adversaires luttaient pour qu'il ne fût pas là, mais ailleurs, les avis divergents des missions hydrographiques et les opinions contradictoires des marins que Déluré réduisait à néant avec son grand bon sens et son indomptable énergie (2). Et bien, je ne veux pas que cela recommence. J'ai besoin d'un port de rechange, d'une sorte d'exutoire qui me permettrait de pallier, le cas échéant, une insuffisance ou une carence momentanée de Casablanca. Je veux, quand Déluré et moi nous serons d'accord, que les travaux commencent sans délai et surtout, j'entends éviter les interminables palabres avec Paris auxquelles nous ne pourrions nous soustraire si nous étions obligés de recourir au crédit pour réaliser notre projet.

(1) Le maréchal n'était alors que général.
(2) Directeur général des Travaux publics du Maroc.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:25

page 10


- Georges Hersent, né en 1865, mort, en 1950, ingénieur de l'Ecole centrale, ancien président de la Société des Ingénieurs Civils et de l'Académie de Marine, prend la direction de l'affaire d'entreprises de travaux publics maritimes créée par son père en 1856. S'occupe des travaux effectués hors du territoire métropolitain, travaux qui le conduisirent en Pologne, en Grèce, au Portugal, en Amérique du Sud, en Afrique, etc. Technicien remarquable autant qu'économiste et sociologue, il avait le don du commandement, mais il savait aussi par sa souplesse, son tact et son cœur convaincre, conquérir et créer de solides amitiés dont il a fait bénéficier au plus haut point notre pays. Il fut le créateur de Fédala, qu'il considérait comme son «enfant chéri».


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:26

page 11


- Une visite du maréchal Lyautey à Fédala. Au cours de cette visite, le Maréchal était accompagné de plusieurs de ses collaborateurs. C'est ainsi que l'on reconnaît, de gauche à droite, M. Delpit, directeur des Travaux oublies; M. Laurent, contrôleur en chef de la Chaouïa ; M. Séguy ; M. de Saint-Quentin, secrétaire général du Protectorat ; M. Vatin-Pérignon, chef du Cabinet civil ; M. Littardi, directeur du port de Fédala ; M. de Dianous, contrôleur civil à Fédala ; M. Watin, contrôleur de Chaouia-Nord; M. Chardy, chef de l'Office Economique de Casablanca.


Or, voici ce qu'offre Hersent : Il propose de constituer une Société qui s'appellerait « Compagnie Franco-Marocaine de Fédala » et d'entreprendre, à ses frais, la construction du port dont les premiers travaux consisteraient à relier par une digue la terre au promontoire rocheux prolongée par mer par des îlots et à construire un quai pour le chargement et le déchargement des navires. Au point de vue financier nous sommes en principe d'accord pour qu'après le remboursement de toutes les dépenses et charges, le Gouvernement participe aux bénéfices d'exploitation dans une proportion qui pourra varier de 50 à 80%. Qu'en pensez-vous ? — Mais c'est tout simplement magnifique, mon Général.
Le port était ouvert au commerce le 1er mars 1914 avec naturellement de petits moyens de fortune mais il était très rapidement complété et outillé. Fin 1915, un nouveau programme de travaux comprenant des dragages, des postes d'accostage, une nouvelle jetée de protection, un nouvel épi et le renforcement de la grande digue, était mis sur pied et réalisé en un temps record.
Je ne m'étendrai pas sur les inestimables services que cette belle réalisation privée a rendus au commerce et la part qu'y a eue Georges Hersent. Je voudrais toutefois marquer que ce distingué technicien n'était pas qu'un ingénieur de grande classe mais qu'il était plus sinon mieux.
Infiniment courtois et d'une grande finesse, Georges Hersent forçait l'attention de ses interlocuteurs et, son autorité, si souple et nuancée, s'imposait sans contrainte. Il avait les idées très larges et voyait très loin, qualité rare qui explique qu'il s'entendit si bien avec un seigneur de la classe de Lyautey qui voyait, lui, extraordinairement loin.
Bon et généreux, il avait à un très haut degré le sens du social. Je n'énumèrerai pas ici toutes les œuvres qu'il a largement dotées, je ne parlerai que du beau Centre d'Accueil qu'il avait mis à la disposition de la Croix-Rouge pendant la guerre et où nos soldats et sous-officiers convalescents pouvaient pendant un mois venir se reposer et achever leur guérison.
Mais ce « Fédalien » convaincu ne pensait pas qu'à sa création. Rien ne l'indifférait. Il suivait pas à pas le développement du Maroc, défendait nos projets à Paris auprès de ses nombreux et puissants amis, encourageait les initiatives, donnait des conseils, prenait des participations pour affirmer
sa confiance. En 1916, se rendant compte de l'importance que la question du sucre avait pour le Maroc, il m'avait demandé de me joindre à lui pour faire agréer par la Résidence un projet de raffinerie qu'un économiste mal avisé combattît alors en raison de la répercussion que cette création pouvait avoir sur les recettes douanières. Que de démarches n'avons-nous faites conjointement pour faire aboutir des projets qui traînaient : organisation du service de la pêche, constitution de la Manutention Marocaine, mise en train de l'Usine de Superphosphates, etc., etc...
Admirateur et ami de Lyautey, Georges Hersent qui était Vice-Président de la Fondation Lyautey, était venu à Marseille au moment du transfert des cendres de notre prestigieux Maréchal au Maroc. C'est là que je devais voir ce cher ami pour la dernière fois.
Je n'ai esquissé ici, et à traits très rapides, que la silhouette marocaine de cet homme exceptionnel mais je souhaite qu'une autre plume le présente un jour sous ses autres aspects, sous son aspect quasi-universel. On comprendra mieux alors pourquoi le Maréchal Lyautey disait de lui que c'était un « grand Monsieur ».


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:27

page 12


- On voit sur notre photographie M. Fort qui est président du Rotary Club de Casablanca, en compagnie d'un de ses « camarades » rotariens, notre collaborateur M. Charles Penz, maître de conférences à l'Institut des Hautes Etudes Marocaines. (Photo  B.  Rouget)

Histoire de Fédala

par Charles PENZ Docteur ès-lettres
ALORS que des villes comme Tanger, Larache, Mogador, présentent des actes de naissance qui remontent à l'antiquité carthaginoise et romaine. Fédala, située, elle aussi, sur la côte atlantique du Maroc, ne peut exhiber des papiers de famille aussi lointains. Peut-être un jour, réussira-t-on à interpréter sans hésitation le document qui relate le Périple d'Hannon et inscrira-t-on le nom de Fédala, ou du moins le site de cette ville, parmi les comptoirs puniques du très vieux Maroc. Mais, s'il faut en croire les spécialistes, ce jour n'est pas proche.
Contentons-nous de répéter, après M. Prosper Ricard, pour qui rien de ce qui est marocain n'était étranger, que des pêcheurs et des marchands espagnols, génois et vénitiens commerçaient déjà à Fédala au XIVe et au XVe siècles. Les archives italiennes qui se trouvent à la section historique du Maroc à Paris, rassemblées par les soins du comte Henry de Castries et de son équipe, n'ont pas encore été examinées. Quand M. Philippe de Cossé-Brissac aura achevé la préparation du sixième tome des Sources françaises de l'Histoire du Maroc (série filalienne ), sans doute un de ses premiers actes sera d'examiner ces documents recopiés à Gênes, à Florence, à Venise et à Rome. Les Sources italiennes, nous apprendront peut-être (l'Histoire est faite d'espoirs et de recherches) ce qu'était Fédala à la fin du Moyen-Age et pendant la Renaissance.
Au XVIIe siècle, le nom de Fédale, ou plutôt de « l'isle de Fédala », est bien mentionné plusieurs fois dans les rapports des consuls et dans les récits des navigateurs. Ce port, qui ne faisait pas grand trafic, servait surtout de refuge momentané aux légers bâtiments des corsaires de Salé, poursuivies par les frégates du roi de France.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:28

page 13



Nous sommes mieux renseignés sur le destin de Fédala au XVIIIe siècle, car le consul Louis Chénier consacre à cette ville les lignes suivantes dans son livre « Recherches historiques sur l'Empire des Maures », où il rectifie une erreur commise par ses prédécesseurs :
En suivant la côte, on trouve à quatre lieues de Mensouria la rade de Fédala : c'est mal à propos qu'on a donné le nom d'île à une petite pointe de terre qui avance en mer, qui forme une anse, et qui peut à peine servir d'abri à des petits bateaux. L'empereur régnant (1), ayant permis en 1773 l'extraction d'un amas considérable de blé rassemblé dans les matamores (2) des ennvirons de cette rade, profita de cette occasion pour y faire construire une ville, et obligea les commerçants, qui voudraient jouir de cette extraction, d'y faire bâtir des maisons. En conséquence, la ville de Fédala fut commencée dans un emplacement très gracieux, et fut abandonnée dès que le blé fut enlevé. Telle est en raccourci l'histoire de Fédala, ville ruinée avant d'être achevée, et telle est à peu près l'histoire de tout le pays.
« Comme cette rade est un peu abritée par la côte qui, dans la partie méridionale, se prolonge sensiblement à l'Ouest, on peut y tenir en hiver : mais en été, pour peu que les vents fraîchissent dans la partie du Nord Nord-Ouest, on est incommodé par la grosse mer. »
Si l'on accepte ce texte à la lettre, on est tenté d'y voir l'acte de naissance de Fédala, en même temps qu'un provisoire acte de décès. Mais si le port était fréquenté par des Européens au XIVe et au XVe siècles, il faut admettre qu'une ville embryonnaire existait déjà avant la « création » de Fédala, par le sultan Sidi Mohammed bon Abdallah.
Deux pièces du « Journal du Consulat de France au Maroc» (3), où se trouve résumée l'activité du consul Chénier, concernant Fédala. L'une est datée du 8 mars 1774 :
« L'Empereur du Maroc ayant permis depuis le mois de janvier dernier à la ville de Salé de commercer, Sa Majesté y a fait venir les négociants qui étaient à Fédala et a ordonné que les bâtiments qui seront dans cette rade ou rivière de Salé pourront embarquer chaque jour, libres de droit, les provisions suivantes. Savoir : quatre pains, une livre de viande, une livre de couscous par personne, deux livres d'huile pour tout l'équipage, quatre poules pour le capitaine et les officiers du bord, trois douzaines d'œufs, une charge de bois ou charbon chaque deux jours ».
Sept ans plus tard, Chénier écrit aux négociants français établis à Fédala et à Mogador pour leur annoncer son départ. Sa lettre, datée du 9 juillet 1781, est ainsi conçue :
« J'ai l'honneur de joindre ici, messieurs, une expédition de l'arrêt du Conseil d'Etat du 3 mars 1781, concernant le commerce des sujets du Roi au Maroc pour que vous puissiez vous y conformer. Après avoir pris connaissance de cette pièce en assemblée nationale, vous la ferez enregistrer ou déposer dans vos archives selon vos usages. Cette disposition de Sa Majesté a été pour moi, messieurs, un motif de satisfaction, puisqu'elle doit procurer l'extension du commerce national sur cette côte, et donner à nos établissements plus de moyens et plus de considération.
« Si je n'ai pas été assez heureux que de pouvoir améliorer votre situation pendant une résidence bien longue, j'ai du moins la consolation, messieurs de vous annoncer une disposition qui ne peut que vous être agréable, avant d'obtenir ma retraite que je sollicite depuis longtemps ».
Il semble donc que tous les négociants français n'avaient pas quitté Fédala en 1774, lorsque le port de Salé avait été de nouveau ouvert au commerce. La tapisserie de l'Histoire qui, vue de loin, présente une fresque imposante, contient, vue de près, beaucoup de trous et de déchirures.
Nous devons maintenant franchir tout le XIXe siècle pour arriver en 1908, et inscrire une nouvelle date dans l'histoire de Fédala. Cette ville en effet, fut occupée par le général d'Amade, un an après les incidents de Casablanca. Une garnison française y fut installée, afin de protéger les communications entre Casablanca et Rabat.
A partir de cette date, l'on peut consulter la précieuse collection de la « Vigie Marocaine » (dont le premier numéro parut en 1908). Les érudits qui voudront écrire une monographie complète de Fédala y trouveront de nombreux renseignements.
Voici, pour terminer ce bref historique, comment la ville apparut en 1916 aux yeux du comte de la Revelière, chargé de mission au Maroc.
« Fédala, écrit cet auteur (4). est un joli coin de la rive d'une belle plage, au fond d'une légère dépression, dans une anse tranquille où nous avons toujours vu la mer calme. Actuellement, en dehors de la Kasbah, des bâtiments de la Compagnie du Port, et d'une briqueterie, on n'y trouve que de rares habitations.
« Quel est l'avenir de cette station, qui peut devenir intéressante, lorsqu'on y aura procédé à des aménagements sommaires, planté quelques arbres, et que les projets de lotissement auront reçut une exécution ? Nul, croyons-nous, ne le sait, mais tout va si vite.
« En cas d'encombrement, dit-on, elle servira de décharge obligée au port de Casablanca dont elle évitera l'embouteillage : c'est dans cette perspective qu'une société est en voie de construire un bel abri à ses frais, sans garantie aucune et sous certaines conditions d'exploitation : c'est déjà une bonne note...
« Fédala, qui conservera dans tous les cas une importance relative en tant que station de pêche où trois sardineries sont déjà prospères, a été ouverte au commerce international le 14 mai 1914. La Compagnie Franco-Marocaine et la Compagnie du Port, qui se sont chargées de l'aménagement en même temps que de l'outillage de la baie, étudient la création d'une ville européenne appelée à devenir une station balnéaire indiquée pour les habitants de Casablanca. »
Le comte de la Revelière n'était pas un grand écrivain, mais il s'est montré bon prophète. Il a eu raison d'approuver les efforts des pionniers de la ville moderne de Fédala et d'en escompter les heureux résultats. Un instant endormie pendant la dernière guerre, puis réveillée brusquement le 8 novembre 1942, Fédala a vu arriver les commandos américains et fuir les officiers allemands de la Commission d'Armistice. Mais ce jour historique n'est plus qu'un souvenir : Fédala s'avance à grands pas vers un destin que le présent déjà montre multiforme et réconfortant.

(1 Cet « Empereur » était Sidi Mohamed ben Abdallah, petit-fils de Moulay Ismail.
(2) « Les Matamores sont des puits creusés en terre, où l'on conserve le blé pendant longtemps » (note de Chénier).
(3) Ce « Journal » dont l'original se trouve aux Archives du Protectorat à Rabat a été publié par nos soins en 1943.
(4) « Les énergies françaises au Maroc éditeur », p. 83 (Plon, éditeur).



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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:29

page 14


- M. Marcel Lamidey, contrôleur civil honoraire, président du Syndicat d'Initiative (section de Fédala). Apres un stage à la Résidence en 1933 puis aux Béni-Amir, M. Lamidey était nomme à la tête des Services Municipaux en 1945. Il assuma ses fonctions jusqu'en 1952. Pendant cette période, il présida au développement de la ville. On lui doit entre autres la réussite de Fédala-el-Alia, du boulevard Balnéaire. Il fut également à l'origine de la création de l'école d'orientation professionnelle ainsi que des plans d'équipement sportif, touristique et balnéaire de la ville.

FEDALA
Une station balnéaire du Maroc

par Marcel LAMIDEY
« Voyez du côté de Fédala, il y a là deux îlots qui pourraient être facilement joints entre eux et la terre. La digue les reliant formerait l'amorce d'un port dont j'ai grand besoin pour le débarquement de la troupe et de son matériel ». C'est dans ces termes — qu'aux origines du Protectorat — le Général Lyautey s'adressait aux frères Jean et Georges Hersent pour leur demander d'établir au plus vite une base de débarquement en attendant que soit construit le port de Casablanca dont le choix, déjà, avait été arrêté.
Ainsi naquit Fédala. Ce n'était alors qu'une Kasbah assurant un relais le long de la côte. L'emplacement de la ville actuelle était un immense marécage dû à la conjonction des crues de l'oued Mellah et des fortes marées de l'océan. Véritable conquête de l'homme sur la nature, Fédala, création purement française, est maintenant une ville de 25.000 âmes.
Le visiteur attentif ne manquera pas d'être surpris par le soin et le goût qui ont présidé au développement de la cité. Rien n'a été compromis. Il fallait en effet spécialiser les quartiers de la ville, éviter les laideurs, proscrire ou dissimuler tout ce qui n'était pas compatible avec le standing d'une cité balnéaire. C'est ainsi que les industries — et non des moindres — désirant s'installer à Fédala pour permettre notamment à leur personnel de pouvoir jouir des avantages de la station acceptèrent d'implanter leur usine sur les arrières de la ville. Une nouvelle route balnéaire en cours de construction ignorera, à l'abri d'un écran de frondaison, ce nouveau quartier et, longeant les bords de l'oued Mellah, accédera directement à l'esplanade du casino permettant ainsi aux Casablancais de gagner la cité verte en un quart d'heure.
L'habitat posait un autre problème. Une commission municipale de l'urbanisme imposait des servitudes et veillait à l'esthétique des constructions. Il fallait aussi abriter les Marocains, supprimer les bidonvilles et enrayer leur prolifération. Cette œuvre entreprise par le Protectorat et la Municipalité et le Groupe Hersent, est en cours de réalisation.
Ainsi, la ville européenne, Fédala el Alia et la Nouvelle Médina, présentent le témoignage le plus éloquent de ce qu'a fait la France, tant pour ses ressortissants que pour les Marocains.
Quant au quartier balnéaire, il épouse la courbe de la plage. Il est tracé par de larges avenues bordées de palmiers. La Riviera, la Floride, Estoril ou Fédala c'est la même végétation, le même climat, la même douceur de vivre. Les jardins descendent dans la rue par des clôtures basses et fleuries doublées de haies vives, et les villas abritent leur blancheur au milieu des pinèdes.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:30

page 15


- Maquette  du  nouveau  Casino  de Fédala


Restait à prévoir sur cette trame ainsi dessinée et colorée un équipement balnéaire sportif et touristique. Certes, le choix ne manquera pas. Déjà les travaux de remblai du futur stade municipal sont commencés. Il se situera en bordure de l'avenue balnéaire. Sur l'autre rive est prévu l'aménagement d'un club de tennis avec neuf courts et piscine. Lui faisant vis-à-vis se trouve le club du golf. Entièrement irrigués, les links de Fédala peuvent se comparer aux meilleurs d'Europe avec cependant cet avantage qu'on y peut jouer toute l'année, des greens pitchant et roulant, un fairway constamment entretenu, des frondaisons qui délimitent nettement les parcours et les échappées sur l'océan en sont les particuliers.
Un Open marocain international a réuni, courant janvier, les meilleurs professionnels de golf d'Europe et les amateurs d'Afrique du Nord. Cet événement a été la consécration de l'attrait touristique de Fédala.
Mais d'autres projets sont en cours de réalisation : un hippodrome, un terrain de polo, un manège d'équitation ainsi qu'une carrière pour concours hippique, doivent être aménagés dans les boucles de l'oued Mellah, alors qu'à proximité le service des Eaux et Forêts entreprend de complanter 250 hectares en espèces arbustives. Sillonné d'allées cavalières, ce bois complétera fort heureusement cet ensemble de réalisations qui se placeront ainsi sous le signe du cheval.
Faut-il ajouter que Fédala possède déjà le premier yachting Club d'Afrique du Nord avec ses 28 stars qui évoluent dans la baie, que la plage, une des plus sûres de la côte, étend son tapis de sable sur trois kilomètres de long et qu'enfin des projets d'équipement hôtelier sont en cours d'exécution. L'hôtel Miramar qui est construit au milieu d'un jardin parfaitement dessiné doit être très prochainement agrandi et surélevé pour dominer l'océan.
Le nouveau Casino est à l'étude, face à la plage, il aura vue en arrière sur une piscine abritée dans un immense parc dessiné à la française, prolongé par la perspective des jardins fleuris et ombragés de la principale avenue de la ville.
Fédala, station balnéaire et d'hivernage, affirme donc sa vocation. Création française elle pourra prétendre offrir aux touristes et aux estivants un ensemble de distractions et des joies de plein air dans un cadre de beauté, harmonieux et unique en Afrique du Nord.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:31

page 16


- Le clocher de l'église qui domine les jardins. (Photo Bernard Rouget)



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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:32

page 17


(Photo Bernard Rouget)


FEDALA VILLE DE PLAISANCE ET DE TOURISME

par Jacques SERVOZ
IL y a dans les trois syllabes de Fédala une douceur telle que le nom de cette ville s'associe en notre esprit à des images agréables de week-end et de repos. De même qu'il est des noms comme Voulzie « faits pour la poésie », il est des villes, sous le ciel marocain, qui attirent et séduisent la première fois qu'on les voit sur un carte ou sur une affiche.
Je me souviens d'un dépliant que j'ai conservé longtemps et que j'aimais à regarder lorsque l'hiver parisien m'entourait de brouillard, de neige et de froid. Des palmiers se dressaient sur la couverture au bord d'une avenue : le bleu du ciel et le bleu de la mer, le vert des arbres et les couleurs des jardins fleuris, tout invitait au voyage. Le nom de Fédala est resté pour moi inséparable de cette heureuse image et, lorsque j'ai vu la ville pour la première fois, j'ai compris que l'un de mes rêves se réalisait : le dépliant prometteur ne m'avait pas trompé.
Déjà le consul Louis Chénier, père du poète guillotiné (auquel il faut se référer quand on veut projeter quelques lueurs sur le Maroc des anciens sultans) avait noté le charme de Fédala. Mais il n'avait pas prévu, et pour cause, la brillante destinée touristique de la ville. De son temps, Fédala n'était qu'un port soumis aux caprices du dirigisme sultanien, et la ville n'était faite que de quelques maisons, autour de la mosquée construite sur l'ordre de Sidi Mohammed ben Abdallah.
L'essor touristique de Fédala ne commença qu'après l'armistice de 1918. Un album, fort bien imprimé, copieusement illustré, publié par la Résidence générale vers 1929, ne mentionne pourtant nulle part le nom de la ville, et n'en publie aucune photographie. L'auteur conduit le voyageur de Casablanca à Rabat sans s'arrêter en chemin. On est surpris de constater une pareille lacune, car en 1929 Pédala existait déjà, je veux dire Fédala avec ses palmiers, sa plage, son casino, ses avenues, son hôtel Miramar, telle que le dépliant me l'avait montrée.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:34

page 18


- Le jardin municipal et les cygnes de Fédala. (Photo Maroc-Islam Sixta. éd.)


Aujourd'hui il n'est plus possible d'ignorer Fédala. Son nom s'inscrit parmi les premières villes touristiques du Maroc, qui en compte de fort belles et de fort attrayantes. Mais le charme de Fédala lui est propre : la ville ne se confond avec aucune autre, et le voyageur, rentré chez lui, garde de son séjour à Fédala un souvenir particulier.
Qu'on arrive à Fédala par l'une des trois routes qui, de Casablanca, vous y conduisent en un quart d'heure à peine, ou qu'on emprunte le train, on est accueilli par de belles avenues bordées de palmiers.
Suivant le mot du poète, on n'a, semble-t-il, qu'à se laisser glisser sur la plus douce pente de sa durée pour atteindre la ville et la plage, bordée d'arbres et de jardins. Le calme, l'air pur, le ciel bleu créent autour du visiteur une atmosphère à nulle autre pareille.
S'il est des villes qui déçoivent, ou dont il faut découvrir patiemment les attraits, Fédala n'est pas de celles-là. Avec grâce, elle se montre à vous tout de suite et telle que les hommes et la nature l'ont faite : harmonieuse et accueillante en un décor digne d'un grand peintre.
La ville elle-même offre au visiteur d'agréables promenades. Il peut par exemple emprunter le boulevard des Zenata qui passe près du terrain de sports et du champ de courses. Le golf de Fédala, célèbre dans tout le Maroc et hors du Maroc, est situé non loin du port. On y accède par le même boulevard. Un chemin touristique conduit à l'estuaire. On peut imaginer les fantômes de corsaires qui autrefois se réfugiaient dans ce havre, maintenant devenu un port pétrolier actif.
La plage s'étend sur plusieurs kilomètres devant la ville européenne, ornée de jardins public, selon les meilleures règles de l'urbanisme et de l'hospitalité. Tout près de la mer, au milieu d'arbres denses et variés, l'hôtel Miramar est un véritable palace par l'élégance, un véritable « home » par le confort. Sa table et sa cave sont justement réputées, et les gourmets qui composent avec soin leurs itinéraires gastro-touristiques le savent bien.
De coquettes villas (ici l'adjectif prend tout son sens) s'élèvent et se multiplient entre la plage et la casbah. A l'abri des remparts d'une enceinte carrée, on se promène par des ruelles pittoresques et l'on éprouve la joie d'un réel dépaysement. Un autre aspect, non moins pittoresque, est offert par les quartiers modernes de la ville marocaine.
Le sociologue ou l'homme d'affaires se réveille en l'esprit du touriste quand il voit les réalisations effectuées en si peu d'années : maisons blanches de la nouvelle médina, vastes usines qui donnent à la ville un essor industriel et une activité économique sans affaiblir en rien ses mérites touristiques. Les urbanistes ont vu grand, et Fédala peut avoir plusieurs visages qui en font une ville aussi attrayante qu'originale.
Les environs sont pleins de charmes. En été surtout une animation intense borde la mer jusqu'au Pont-Blondin. Chaque samedi, chaque dimanche, c'est par centaines que les citadins de Casablanca fuient la grande ville pour passer à Fédala des heures tout entières consacrées au repos et aux plaisirs balnéaires. Ils retrouvent là les habitants des villes de l'intérieur, qui, loin des chaleurs torrides du Maroc continental, vivent, respirent, se promènent au frais, et passent de vraies vacances.
Pédala compte en 1954 plus de vingt-cinq mille habitants. Sa situation, aux portes de Casablanca, fait d'elle le plus beau joyau de la couronne touristique de la grande métropole industrielle et commerciale du Maroc. Mais sa réputation a dépassé depuis longtemps les frontières de ce pays. Le nombre des touristes qui chaque année découvrent à Fédala la douceur de vivre augmente sans cesse.
Souriante et fleurie, Fédala mérite d'avoir été appelée « un jardin sur la mer ». Un beau jardin en vérité, réalisé à la française, et dont la renommée n'est pas surfaite. Si vous ne le connaissez pas encore, une joie inédite vous attend : venez la goûter à Fédala.



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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:35

page 19


- Une luxueuse villa à Fédala, construite d'après les plans de M. Albert Planque. Ce dernier, diplômé E.N.S.A.D., arrivé au Maroc en 1929, devient très rapidement un des architectes les plus réputés de ce pays. Son art est très varié, il compte déjà plus de sept cents réalisations au Maroc, tant en villas qu'en bâtiments administratifs ou industriels, immeubles, hôtels et cinémas.
- Villa de M. L..., très harmonieuse, logique, elle est très caractéristique, de l'art de M. Planque.

L'URBANISME  A   FEDALA

par Albert PLANQUE, Architecte  E.N.S.A.D. Expert assermenté  et Membre de la Commission d'Urbanisme de Fédala.
FEDALA, STATION BALNEAIRE AUX LARGES AVENUES BORDEES DE PALMIERS CLOTURES BASSES ET FLEURIES DOUBLEES DE HAIES VIVES MERITAIT QUE LA MUNICIPALITE S'INTERESSAT A LA CONTINUITE DE CETTE ESTHETIQUE URBAINE.
C'EST POURQUOI FUT CREE A LA MUNICIPALITE UNE COMMISSION DE L'URBANISME CHARGEE D'ASSISTER PAR SES CONSEILS ET SES AVIS LES AUTORITES MUNICIPALES.
SON BUT ESSENTIEL ETAIT DE MAINTENIR UNE CERTAINE UNITE DANS L'ESTHETIQUE DES CONSTRUCTIONS ET D'IMPOSER LE MAINTIEN D'ESPACES VERTS SOUS FORME DE JARDINS PUBLICS OU PRIVES ET DE FRONDAISONS. FONDRE EN SOMME LES CONSTRUCTIONS DANS LE CADRE DE LA VILLE, CREER UNE ARCHITECTURE CALME AUX LIGNES SOBRES OU SEULES LES PROPORTIONS ET LES JEUX D'OMBRES CREENT UNE HARMONIE QUI SE MARIE AVEC LE DECOR NATUREL.
DANS CETTE VILLE PARTICULIEREMENT TEMPEREE, ARBRES, FLEURS ET GAZON POUSSENT AVEC UNE RAPIDITE TELLE QUE LE DECOR NATUREL SEDUIT D'EMBLEE LE TOURISTE. QUEL CONTRASTE AVEC LE CENTRE DES AFFAIRES AU TRAFIC INTENSE ET A LA VIE TUMULTUEUSE, ET LA DETENTE QU'ON EPROUVE DES QU'ON SEJOURNE A FEDALA. BIEN DES GENS POUR CES RAISONS ONT CHOISI CETTE VILLE COMME RESIDENCE OU COMME BUT DE PROMENADE.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:36

page 20


- Photo Bernard Rouget

Le nouveau boulevard balnéaire

COMBIEN de fois les Fédaliens ont-ils entendu dire que l'accès à leur ville et à la plage était gâché par la traversée du quartier industriel ? Ce reproche fondé posait en fait l'antinomie des vocations balnéaire et industrielle de la ville. La résoudre par une solution d'ordre urbanistique fut dû à l'initiative de M. Lamidey qui, dès janvier 1946, présentait aux services de l'urbanisme un nouveau plan tendant à desservir directement la plage. Ce plan n'était en fait qu'une idée représentés sur le papier. Du rond-point des Oulad-Hammimoun, le Chef des Services Municipaux de l'époque avait dessiné une route qui rejoignait directement l'esplanade du Casino, voulant ignorer ainsi la droite, siège des usines, et la gauche où se trouvait le Port.
Le soin fut laissé à M. Ecochard, alors Chef du Service de l'Urbanisme, de trouver le tracé adéquat tout en respectant l'idée maîtresse.
Et c'est ainsi que naquit le nouveau boulevard balnéaire de même que le nouveau pont qui enjambe l'oued Mellah à 150 mètres en aval du pont de la briqueterie.
La longueur de ce nouveau boulevard est de 2.500 mètres, d'une largeur de 30 mètres. Cette voie comportera deux chaussées de 7 mètres chacune séparée par un refuge axial de 2 mètres. Sur les trottoirs seront plantés des palmiers Phénix et sur la droite du boulevard, en venant de Casablanca, des frondaisons pour masquer les usines.
L'importance des travaux entrepris apparaît lorsqu'il sera précisé que 125.000 m3 de remblai, 12.500 m3 de pierres et 10 km. de bordures de trottoirs seront nécessaires pour l'aménagement de cette nouvelle voie.
Quant au pont construit par la Direction des Travaux Publics, il a 25 mètres d'ouverture et est raccordé avec la route 107 par une route d'un kilomètre environ.
Le boulevard vient d'être ouvert à la circulation en mai 1954. Un second pont de même dimension, c'est-à-dire de 7 mètres, sera accolé au premier pont actuellement en service, lorsque la nécessité s'en fera sentir.
Le nouveau boulevard balnéaire n'est donc plus un mythe, sa mise en circulation transforme radicalement l'aspect de Fédala.
Il conditionne l'essor balnéaire d'une station qui bientôt, par son équipement sportif, touristique et hôtelier, sera unique en Afrique du Nord.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Mar 3 Mai - 7:37

page 21


- Aérodrome de Tit-Mellil : le Club-House et la tour de contrôle. (Photo aérienne Flandrin)


UN JOYAU TOUT PROCHE DE CASABLANCA ...

Le terrain d'aviation de Casatourisme entre Aïn-Harrouda et Tit-Mellil

A peu de distance de la coquette cité de Fédala, il est aisé de trouver un lieu de promenade qui est en même temps un gros foyer d'activité aérienne et un centre technique important; le terrain et les installations réservées à l'aviation de tourisme casablancaise.
Ce terrain, situé à 13 kilomètres du centre du grand port marocain, a été choisi par le Directeur des Travaux publics sur la proposition de Fourny, alors président de l' Aéro-Club du Maroc, club qui est le plus grand, à la fois du Maroc, de la France et du reste de l'Union française.
Grâce à la Direction des Travaux publics, toutes les commodités s'y trouvent réunies : bâtiments administratifs, Club-house, tour de contrôle, hangars, manche à air. C'est à elles qu'on doit en grande partie les magnifiques résultats obtenus par l' Aéro-Club du Maroc.
L'autre facteur de succès, décisif lui aussi, a été l'extraordinaire activité des membres du Comité de Direction actuel qui, depuis 1948, après un bouleversement intérieur sans précédent, ont si magnifiquement œuvré pour l'aviation de tourisme et par contrecoup pour l'aviation, nationale, car les clubs sont à la base du recrutement de nos vaillants et modestes aviateurs militaires.
Nous ne citerons que deux chiffres pour synthétiser l'activité de l'Aéro-Club du Maroc : l'année 1953 vient de se terminer par sa victoire éclatante sur tous les autres clubs existants : il a en effet mené au Brevet de pilote 1er degré 96 jeunes, au lieu que son suivant immédiat, l'Aéro-club « Paul Tissandier », de Montesson, près de Paris, n'en formait que 72.
Dix appareils ont servi à la formation de ces pilotes nouveaux : ce sont pour la plupart des « Piper-Cub » et des « Vagabond », avions biplace, soit en tandem, soit côte à côte, munis du moteur américain « Continental » de 65 CV.
Ces appareils très sûrs sont étroitement surveillés, pour leur bien et celui des usagers, par le « Bureau Veritas » et parfaitement entretenus par le mécanicien du Club, très connu dans toute la région, nous avons nommé Carton.
C'est un plaisir, surtout le samedi et le dimanche, de les voir décoller sans arrêt du vaste terrain, s'enfuir au-dessus de la campagne, de la mer et aussi de Fédala même, pour revenir se poser impeccablement, refaire le plein d'essence et repartir pour ne rentrer qu'au soir dans les vastes hangars dont le dernier construit vient d'être octroyé aux propriétaires d'avions car rien n'est plus facile maintenant que d'avoir son avion et s'en servir au gré de son caprice.
Une manière originale d'avoir son avion est de le construire soi-même : c'est ce qu'ont fait notamment M. Estivals, M. Milceni, le Docteur Sondag et ses deux fidèles collaborateurs : MM. Pavia et Domecq.
Et ces avions construits par des particuliers ne sont pas les derniers à gravir les pentes du ciel.
On a dit inexactement que l'Aéro-Club du Maroc était un jeune Club. C'est une erreur. C'est un vieux Club puisqu'il a été fondé en 1921 par le Prince Murat, mais c'est un Club de jeunes, enthousiasmés par leur magnifique tâche. Le Président en est René MATTEl, aidé par trois vice-présidents, deux secrétaires, deux trésoriers, deux techniciens placés à la tête de la section de vol et enfin une équipe de moniteurs bénévoles tout à fait remarquable.
Amis lecteurs, faites cette expérience : Mettez-vous en rapport avec le terrain de Casatourisme et faites un tour en avion de tourisme au-dessus de Fédala et de ses environs. Vous en reviendrez émerveillés. Le passage au-dessus des plages, de l'Océan et de Fédala même, en même temps qu'une agréable et reposante promenade, est un enchantement pour les yeux.
La coquette cité fédalienne apparaît de la haut, avec ses villas, ses quartiers géométriques, ses belles voies, ses jardins et même ses piscines particulières, sous un aspect qui ne lasse jamais le voyageur aérien, heureux de contempler les beaux paysages sous une incidence inhabituelle.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Jeu 5 Mai - 6:52

page 22


- Départ  du  trou n° 1  au  Golf  de Fédala. (Photo  Bernard   Rouget)

LE GOLF


par Marcel  LAMIDEY

II n'est pas de sport plus méconnu. Il n'en est pas non plus qui soit autant critiqué.
Oui, bien sûr ! un agréable passe-temps pour gentlemen oisifs et fortunés ! pour snobs soucieux de se montrer là où on se doit de paraître ! ou encore pour gens du monde avertis de l'utilité d'un exercice de plein air amusant et pas trop fatigant ! Telle est l'opinion généralement répandue.
Et pourtant, on joue en Angleterre et aux U. S. A. comme on joue aux boules dans le sud le la France. Ne serait-ce pas la preuve que ce jeu peut être pratiqué sans distinction de classe sociale et aussi peut-être qu'il offre à ses pratiquants un attrait sportif indiscutable ?
Il n'est pas en effet de sport plus difficile et aussi plus passionnant. Contrairement à ce qu'on croit, il faut le commencer très jeune. Sa pratique requiert un parfait équilibre physique et moral, un entraînement constant et une parfaite maîtrise de son corps. Le mouvement de golf « le swing » pour l'appeler par son nom doit être exécuté par un ensemble de gestes et de rythme qui représentent des attitudes absolument anti-naturelles. Tous ces gestes doivent se fondre en un seul mouvement parfaitement compact et harmonisé dans l'espace et le temps. De là, sa caractéristique qui est d'être une sensation.
« On sent ou on ne sent pas son swing ».
Sa perfection sera un état d'équilibre, par définition souvent instable et fugitif, les progrès seront lents selon une courbe en dents de scie. Tout ceci explique que ce sport est attachant dans la mesure même où il faut constamment lutter pour le maîtriser.
C'est aussi la raison de cette sorte de religion à laquelle adhère tous les golfeurs. Ils poursuivent un idéal : un swing parfait, et la performance : le minimum de coups. Ils ont leur mystique particulière, leur vocabulaire spécial — on ne peut les juger du dehors. Du dedans on les comprend quand on est soi-même golfeurs. Ils tendent vers une perfection rarement atteinte, mais toujours ardemment désirée.
Devrait-on choisir certains sports formateurs, au risque d'en éliminer certains pour contribuer par exemple sur le plan de l'éducation nationale au développement harmonieux des jeunes gens que je choisirais : le football où chacun doit se sacrifier au bénéfice de l'équipe, la boxe, où il s'agit de vaincre un adversaire qui vous fait souffrir et le golf, où il faut se vaincre soi-même. Et si j'ajoute que la pratique du golf demande une parfaite connaissance des règles de jeu et un respect scrupuleux de leur application, alors le golf apparaît bien ce qu'il est : à la fois un sport, un jeu et une morale.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Jeu 5 Mai - 6:53

page 23


- (Photo Bernard Rouget)

LE TERRAIN DE GOLF DE FEDALA

L'initiative de la création de ce golf revient à M. Georges Hersent.
Très épris de ce sport, qu'il pratiquait assidûment, M. Georges Hersent, qui s'intéressait au développement de Fédala. dont il est d'ailleurs le fondateur, réservait, dès 1920, une cinquantaine d'hectares pour l'implantation d'un golf de 18 trous.
Ce n'est qu'en 1927 que cette idée pris corps. Elle fut réalisée par un tracé sur le papier, matérialisée ensuite par un parcours de 9 trous. Les plans furent exécutés par le professeur Gustave Goliaz et l'exécution fut confiée à M. de Mougon qui devait, d'ailleurs, devenir Président du Club qui fut créé à cette même date sous la raison sociale de « Société du Golf de Fédala ».
C'est en effet un Club privé. Jusqu'à la guerre de 1939, le Club eut une activité assez réduite, 70 membres seulement en faisaient partie. Après la guerre, M. de Mougon reprenait ses fonctions de Président et allait insuffler au Club un esprit nouveau.
En 1947, Pierre Hirigoyen, ancien champion de France, quittait Chantilly pour venir professer à Fédala. Il était chargé, par la direction, de tracer le parcours complet de 18 trous tout en permettant aux joueurs de pratiquer leur sport favori sur 9 trous laissés à leur disposition. C'est ainsi que le Golf de Fédala prit son aspect classique et définitif. C'est un parcours qui est situé entre les méandres de l'Oued Mellah et l'Océan. Il est constitué par un ensemble de dunes qui ont été fixées par du chiendent lequel constitue un fairway idéal, borné de frondaisons dont les arbres ont été plantés, dès l'origine, en fonction des différents parcours. Les eucalyptus, pins d'Alep, genêts et mimosas donnent une note de verdure à ce golf qui, sous le ciel marocain, revêt l'aspect d'un golf de la côte basque. Situé au bord de l'Océan, il est toujours pris sous les vents dominants, lesquels changeant constamment, contribuent à rendre ce parcours très difficile.
Actuellement 250 joueurs sont inscrits au Club. Le nouveau professeur, récemment recruté, est Roger Changart. Un club-house, en cours d'agrandissement, abrite un grand salon-bar et un restaurant, ainsi que des vestiaires pour joueurs et joueuses.
Carte maîtresse dans l'équipement balnéaire de Fédala, ce golf est le plus beau d'Afrique du Nord et il peut supporter la comparaison avec les meilleurs links d'Europe, avec cet avantage appréciable d'être praticable toute l'année.


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MessageSujet: Re: Fédala 1954   Jeu 5 Mai - 6:54

page 24


- La   Club-House   du   Golf   de  Fédala. (Photo   Rouget)


La pratique du golf est, au Maroc, toute récente. Rien d'étonnant d'ailleurs dans un pays neuf où les sports se sont développés parallèlement à l'essor du pays.
Depuis 1945, les joueurs affluaient à Fédala. Des rencontres fréquentes entre Marrakech et Fédala créaient des liens d'amitié sportive. Ces joueurs se rendaient pour leurs vacances, en France, en Europe, nouant des relations, améliorant leur jeu ; de là l'idée d'organiser au Maroc un tournoi ouvert aux professionnels et aux joueurs du Maroc. C'est ainsi que je proposais à Son Excellence le Pacha de Marrakech, Si El Hadj Hamed Thami El Glaoui et à M. Gilbert Hersent, de Fédala, le principe de l'organisation d'un tournoi « open », à faire disputer successivement à Fédala, puis à Marrakech.
L'accueil le plus favorable m'attendait ; les fonds nécessaires m'étaient accordés et, en accord avec les membres d'un Comité dont on me donnait la présidence et au sein duquel siégeaient Si Hamed El Glaoui, M. de Mougon, Si Omar et Si Hussan el Hajjoui, MM. Clausse et Rodrigue, je lançais des invitations aux meilleurs professionnels de France et d'Europe.
Les François Ado, Saubaber ; les Italiens Grappasoni et Casera ; les Anglais Erick Brown et Bill Forester ; l'Espagnol de Cespedes et le Belge Van Donck, acceptèrent de participer au tournoi. A eux se joignirent quelques professionnels exerçant en Afrique du Nord, dont Rober Loth, Pujo, Robert Lasserre, Golias et le professionnel marocain Boudchaïb Stito. Parmi les amateurs s'inscrivirent d'excellents joueurs américains de la Base de Port-Lyautey, Peek, Anderson, Bollig et Leuth. Enfin quelques joueurs du Country Club d'Alger, dont Borgeaul, Menet, Guyon ainsi que les meilleurs amateurs de Fédala et de Marrakech.
Le tournoi eut lieu du 12 au 18 janvier 1953. Il se déroula dans une atmosphère exaltante pour les fervents de ce sport, étant donné la qualité du jeu qui fut pratiqué. Ce fut finalement l'Italien Grappasoni, un des meilleurs européens qui remporta l'open, devant l'Anglais Erick Brown et le Belge Van Donck, qui se classèrent, tous les deux ex aequo. Le Français Pujo et l'Italien Casera se classèrent ensuite, alors que le joueur Américain Peck enlevait la première place des amateurs en se classant 6ème au classement général, devançant de nombreux professionnels, ainsi que Si Hamed El Glaoui, lequel se classait premier amateur des joueurs nord-africains.
En janvier 1954 eut lieu le second Tournoi open marocaine à l'occasion de la Semaine du Golf au Maroc. En plus des professionnels qui étaient venus l'année précédente, participèrent aux épreuves : Faulkner, vainqueur de l'Open britannique, et Angelini, champion d'Italie. Le champion de France amateur, Henri de Lamaze, vint également disputer cet Open-1953.
Ce fut l'Italien Casera qui remporta le titre devant Van Donck, Brown, Faulkner, Angelini et de Lamaze.
Les joueurs étrangers furent véritablement surpris par la qualité des terrains irrigués toute l'année. Ils avaient quitté leurs clubs respectifs où la pratique du golf est impossible pendant les mois d'hiver, pour arriver au Maroc, où ils trouvèrent un soleil radieux et des parcours en parfait état. Enthousiasmés par leur séjour, ils quittèrent à regret la terre marocaine.
La preuve était faite. Le golf peut prétendre s'inscrire parmi les attraits touristiques du Maroc, et Fédala en particulier, peut s'enorgueillir de posséder des links — praticables toute l'année — qui peuvent rivaliser avec les meilleurs d'Europe.


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