Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 LE MAROC, R. Thomasset.

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:15

page 51


- Les Marocains, instruits par les Espagnols, se révélèrent vite aussi habiles que leurs maîtres à travailler le bois comme la pierre et les métaux. Cette porte en bois du XVIème siècle appartenant au palais Dar Batha de Fès, donne un bel aperçu du travail fini des sculpteurs indigènes.


— Fais-le monter ici, ordonna le Chef.
Le guerrier se retira.
— El Motamid? Séville? Toi qui es instruit, les connais-tu? demanda Youssef à Slimane.
— Je sais seulement que Séville est une capitale musulmane, au-delà de la mer, et que l’Emir abasside est un de ces rois-chefs de bande comme il y en a beaucoup sur le territoire d’où Berbères et Arabes ont chassé les Roumis et imposé l’Islam.
Un moment plus tard, l’envoyé accédait à la plate-forme et venait baiser Youssef à l’épaule gauche. Il portait un volumineux turban au milieu duquel s’élevait une haute calotte pourpre. Une aigrette jaillie d’un bijou d’or ciselé frémissait au-dessus de cette coiffure. Sous un somptueux manteau blanc entr’ouvert, une courte veste brune, rehaussée de broderies, laissait apparaître une large ceinture soyeuse sous laquelle étaient passés deux poignards recourbés, aux gardes et aux fourreaux si enjolivés d’argent travaillé finement qu’ils semblaient être plutôt des ornements que des armes. Un pantalon bouffant aux plis nombreux, soutaché d’arabesques, se resserrait à mi- jambes sur des bottes souples garnies d’éperons cliquetants et ouvragés.
— Si tel est l’envoyé, que doit être le maître? plaisanta Youssef.
— Seigneur, dit l’étranger, le puissant Emir El Motamid, qui m’a envoyé vers toi, règne sur une contrée fertile et riche en beaux monuments. La gloire de tes armes est parvenue jusqu'à lui et l'a incité à ...


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:16

page 52


- Le palais de Dar Tazi à Fès date du XVIIIe siècle. Il a été toutefois construit selon la tradition des XVIe et XVIIe siècles. Il sert, actuellement, de résidence au général commandant la région militaire.


... demander ton alliance pour maintenir sa souveraineté et le prestige de l’Islam contre les attaques incessantes des Roumis. Au reste, il m’a chargé de remettre entre tes mains un message qu’il a écrit lui-même.
Tout en parlant, l’envoyé découvrait une riche sacoche de cuir dissimulée sous son manteau et il en extrayait un parchemin roulé qu’il tendait à Youssef. Ce dernier manifesta quelque embarras en le recevant. Il se tourna vers Slimane. Mais le lieutenant ne devait pas avoir une bien grande science des caractères manuscrits, car il proposa tout aussitôt :
— Veux-tu que j’aille chercher ton fils Ali?
— C’est cela, approuva Youssef. Va et ramène aussi son précepteur Ibn Yasine. Il peut être de bon conseil !
Comme Slimane se retirait, Youssef ben Tachfine crut bon de s’expliquer.
— En dehors du commandement des guerriers au combat, je ne fais rien sans consulter mon fils, qui a déjà acquis des connaissances étendues, et son vénérable professeur Ibn Yasine qui vécut longtemps à la Mecque.
— La sagesse consiste à s’entourer de conseils ! prononça l’envoyé.
Il y eut un silence. Mais le jeune Ali arrivait, suivi d’Ibn Yasine, septuagénaire encore alerte, et de Slimane.
Après avoir nommé les nouveaux venus, au représentant d’El Motamid, Youssef s’adressa à son fils.
— Tiens, lis cet écrit, lui dit-il en lui donnant le parchemin. Et toi, Ibn Yasine, écoute, car je compte sur ton avis pour ce qui découlera de cette lecture.


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:17

page 53


- Les trésors d'architecture ne sont pas l'apanage exclusif des palais. Les rues en ont leur part sous la forme de portes
monumentales et de fontaines, dont la magnificence ne le cède en rien à celle des plus beaux intérieurs.



Ali déroula une longue feuille.
— Loué soit Dieu seul ! commença-t-il. Nous, El Motamid ben Kaddour, Emir de Séville et représentant du Calife abasside en Espagne, au Très puissant Youssef ben Tachfine, Sultan du Maghrib et d’Ifrikya, salut!
Au nom de tous les rois musulmans d’Espagne, je te demande de mettre dans la guerre qui nous oppose aux rois chrétiens de Castille, de Léon et d’Aragon, la force invincible de tes armées à nos côtés.
En nous menaçant les Roumis menacent l’Islam. Nous sommes tous prêts à nous déclarer tes vassaux féaux et loyaux.
Assurés que le zélateur de l’intransigeant malékisme que tu as été ne saurait se refuser à secourir la cause musulmane, nous t'adressons nos souhaits de prompte venue et nous te saluons comme notre suzerain.
— C'est tout ?
— C'est tout, père ! Il y a bien ensuite un dessin compliqué. Ce doit être la signature de l'Emir.
— En effet, dit Youssef en jetant un coup d’œil connaisseur sur le document.
Puis, se rengorgeant, tourné vers l’envoyé :
— Tu vois ? mon fils n a pas encore ...


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:18

page 54


- Celle vue intérieure du Palais Dar Jebina Jeloul, à Fès, montre la magnificence de l'art hispano-mauresque, dont l'application, au Maroc, fut, plus qu’ailleurs, à peu près exclusivement tournée vers la richesse des appartements.


... dix-sept ans et il est déjà un véritable lettré! L’a-t-il bien lu, ce message ?
— Je n’ai pas tout compris, père, interrompit l’adolescent.
— Et que n’as-tu pas compris?
— Deux termes : féaux et loyaux.
— Bah ! Ce sont deux mots sans importance !
— Tu as raison, Youssef, ô guerrier valeureux! intervint alors Ibn Yasine. La seule chose qui compte est l’appel des Musulmans attaqués par les Roumis. Ne fais-tu pas rassembler tes guerriers sur-le-champ? N’envoies-tu pas des rekkas (1) à Fès, à Ouezzan, chez les Masmouda du Maghrib central, chez les Doukkala, les Rehamna, les tribus du Gharb...
— Mais crois-tu donc que je vais intervenir dans un conflit où de petits souverains abassides se font battre parce qu’ils n’ont pas
su rester unis? Peut-être aussi parce qu’ils ont pris plus de goût au faste qu’au dur métier des armes?
— Youssef ben Tachfine! Ce ne sont pas les Rois-chefs- de-bande qui sont en cause! C’est l’Islam qui est en péril là-bas! Tu dois y aller et le défendre !
— Au fait, tu as raison, vénérable Ibn Yasine ! Je vais me battre. Ça me changera de faire bâtir les murs de pisé !... Slimane va préparer le rassemblement de la harka ! Et toi, mon hôte, repose-toi et fais reposer tes gens. Ali se chargera de vous loger et de vous faire restaurer... Nous partirons dès demain à l’aube !
L’heure de la « Reconquista » ...

1. Courriers.


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:19

page 55


- Très partisans de la vie contemplative, les Berbères et les Arabes s’y adonnent fréquemment. Leurs mosquées inspirent plus de quiétude béate que de recueillement, surtout quand le soleil joue avec les coins d'ombre au milieu des arcades et des entrelacs.


... si désirée des rois chrétiens d’Espagne n’avait pas encore sonné en 1085. Dans une première campagne, Youssef ben Tachfine les défit et arrêta net leur avance dangereuse à l’est de l’Andalousie. Dans une seconde expédition, il réussit à les contenir au nord de la province, en dépit des trahisons d’émirs qui, trouvant trop onéreuse la protection des bandes almoravides volontiers pillardes, lui préférèrent les alliances chrétiennes.
Youssef, rentrant à Fès, fit rendre par les jurisconsultes de ce centre intellectuel musulman une « fetoua », sorte de bulle d’anathème, qui déclara les émirs espagnols indignes de régner et traîtres à l’Islam. Slimane et les autres chefs sanhadja déposèrent les rebelles, qu’ils massacrèrent ou contraignirent à la fuite.
Toute l’Espagne musulmane tomba ainsi sous l’autorité directe de Youssef ben Tachfine, le premier souverain berbère d’un empire hispano-mauresque (1088).
Ali fit avec Slimane ses premières armes. Il fut vivement impressionné par les monuments andalous et lorsqu’il revint à Fès où se trouvait ...


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:20

page 56


- Tatouages, médaille frontale, collier et vêtements révèlent la Berbère. Mais qu'on les imagine remplacés par les peignes et les mantilles et que les marques bleuâtres disparues, ne subsiste plus que le teint mat. N'aurait-on point l'impression d'un sourire de cette Espagne du Sud qui fut si longtemps musulmane ?


... son père, il projeta d’embellir la ville avec le concours d’Espagnols qu’il avait ramenés.
Youssef accueillit son fils avec joie et orgueil. Comme il le complimentait sur ses prouesses guerrières, le jeune homme, qui venait d’atteindre sa vingtième année, lui dit :
— J’ai cru, Père, que tu me saurais gré de te donner de ma bravoure une preuve plus éclatante que celle des récits que tu pouvais croire inspirés par le désir de t’être agréables.
— Ha ! Et que comptes-tu me montrer?
— Je désire combattre devant toi.
— Crois-tu donc que je vais tolérer qu’un ennemi courre le risque de te mettre à mal ?
— Je ne veux me livrer devant toi qu’à un jeu fort en honneur chez les nobles guerriers maures en Espagne. C’est le combat du taureau.
— Et tu veux me montrer ta bravoure en abattant un taureau? Tu n’auras guère à t’employer!
— Avant d’en juger, attends de voir les bêtes que j’ai ramenées des environs de Séville. Elles sont d’une autre race que celles de notre bled, puissantes, fougueuses, ardentes au combat, nobles en un mot. De vrais adversaires dignes d’être affrontés. On n’en vient à bout qu’avec du du courage et de l'habileté.
Veux-tu me voir demain aux prises avec elles ?
— Soit ! Mais ne courras-tu pas un inutile danger ?


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:21

page 57


- Le barbier en plein air n’a qu'une installation très rudimentaire. Elle n'arrête pas ses clients. Il les traite avec une application marquée. Il rase les barbes et les crânes, indifféremment et, maintenant la tradition des Figaros espagnols, il pratique, en marge de son art, l'exercice d'une primitive médecine, (Phot Gueugnon)


Il me suffit de te voir décidé à t’y exposer pour être persuadé de ta valeur guerrière !
— Tu seras autrement convaincu demain, Père! Ne crains pas pour moi: je suis sûr de vaincre!
Le lendemain tous les notables de Fès se pressaient sur les échafaudages qui entouraient une aire circulaire de terre battue. Deux grandes caisses amenées au bord de l’arène improvisée attiraient les regards. Des esclaves, accroupis sur leur partie haute, se tenaient en attente.
Youssef ben Tachfine vint prendre place au premier rang des spectateurs, suivi de Slimane.
Tout aussitôt, Ali entra en lice sur un superbe coursier richement caparaçonné à la mode espagnole. Il portait un somptueux vêtement analogue à celui de l’envoyé de l’émir El Motamid, mais sans manteau. Armé d’une courte lance, il vint l’abaisser, pointe en terre, devant son ...


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:21

page 58


- L'entrée du fondouk et la fontaine N’Jarine marquent un carrefour de ruelles dans Fès l'ancienne. Enchâssées dans des constructions lépreuses et sans intérêt, ces deux rappels des magnificences passées ne manquent pas d'être émouvants.
(Cliché Gueugnon)



... son père en manière de salut. Un sabre courbe, dans son fourreau, battait au flanc de la monture.
Ali revint au centre de la piste. Il se raffermit sur sa selle et fit un signe. Aussitôt, les esclaves rabattirent l’un des pans d’une caisse et un énorme taureau parut. Sa sortie fut saluée de clameurs. Aveuglé par la lumière subite et étonné par le bruit, l’animal demeura un court instant immobile. Mais, ayant soudain aperçu le cavalier, il fonça.
Ali mit son cheval au petit galop. La masse du taureau semblait devoir bousculer le téméraire et sa monture. Déjà des cris de frayeur s’élevaient et Youssef lui-même ne songeait pas à dissimuler l’appréhension que lui causaient les cornes affilées qui menaçaient son fils. Mais, par une volte opportune, l’habile cavalier évitait la charge et décochait à son terrible adversaire un coup de pointe qui lui entamait le garrot.
Tant de maîtrise dissipa l’angoisse générale. Trois fois, quatre fois le taureau revint sur l’insaisissable groupe équestre. A chaque récidive ses cornes frappaient dans le vide tandis qu’inévitablement une blessure nouvelle venait l’affaiblir.
Enfin, las de foncer en vain, l’animal sauvage s’arrêta, grattant le sol de ses sabots antérieurs. Ali poussa sa monture vers lui. Au moment où, dans un sursaut, le taureau s’élançait encore, la lance du jeune homme lui plaça un coup d’arrêt précis entre les cornes, en plein cervelet.


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:22

page 59


- Celle Zaouia (lieu de retraite) de Sidi Yahia marque son ancienneté par le recours que ses bâtisseurs ont eu à la pierre de taille et la velléité d'ornementation de ses arceaux.


La bête s’écroula foudroyée. L’assemblée manifesta sa joie par des cris enthousiastes. Mais Ali faisait enlever le cadavre et reprenait le jeu avec l’animal de la seconde cage.
Il renouvela avec lui ses écarts à cheval et ses coups opportuns. Mais comme cet adversaire manifestait à la fin une tendance à la fuite, Ali galopa jusqu’à la barrière. Il se défit de sa lance et mit pied à terre, après avoir assujetti dans sa main le sabre qui pendait à la selle. Ainsi démonté et armé de sa seule lame courbe, il s’avança calmement, plein de tranquille audace, vers le taureau que sa témérité semblait méduser. Pourtant, comme s’il réalisait que son ennemi était devenu plus facile à atteindre, l’animal chargea de nouveau, cornes en avant. Ali, d’un léger saut de côté, évita l’attaque, en même temps que d’un revers de son arme il atteignait la région cervicale d’un coup sec et mortel.
— Qu’en penses-tu, Père ? demandait-il quelques instants plus tard.
— Je suis fier de toi, mon fils, c’est entendu ! Non seulement je suis assuré de ta bravoure, mais tous ceux qui t’ont vu aujourd’hui iront la clamer à tous les échos. Et ce sera fort bien ! Maintenant, ce ne sont pas là des jeux de princes ! J’imagine que tu n’as pas rapporté d’Espagne cet unique engouement?
— Non, Père ! J’ai d’autres desseins. Je voudrais construire ici des palais merveilleux comme il en est en Andalousie.


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:23

page 60


- Ce coffret du XVIe siècle fut envoyé par le calife de Bagdad au Sultan du Maroc. Il contenait un Coran. Accompagné d'une ambassade, le cadeau avait pour but de rappeler la suzeraineté de l'Orient.


... — Autre chose que nos tirremts, hé?
— Oui, autre chose. J’ai ramené des artisans de là-bas.
— Fort bien ! Il me paraît tout à fait convenable de marquer la gloire de notre époque par des monuments qui en perpétueront le souvenir. Qu’en penses-tu, Slimane?
— N’oublie pas de bâtir des mosquées, pour commencer, et fais-en des merveilles durables.
C’est ainsi qu’Ali ben Youssef entreprit la construction de la mosquée Quarayouine, qui ne devait être achevée qu’après la mort de Youssef le Conquérant.
Elle est demeurée à peu près intacte jusqu’à nos jours et elle peut être considérée comme la plus ancienne expression de l’art hispano-mauresque sur le territoire du Maghrib.



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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Ven 16 Oct - 7:24

page 61


- Immense et grouillante, la place Djemaa el Fna, à Marrakech, a toujours été depuis le règne de Youssef ben Tachfine, créateur de la ville, le grand marché du Sud. A l'exception de la Koutoubia qui se dresse au dernier plan, elle est restée telle quelle fut au moment de l'apostrophe du « Madhi ». (Cl. Gueugnon)

CHAPITRE VI


L’APOSTROPHE DU « MADHI »

ILS étaient cinq cavaliers qui se dirigeaient vers Marrakech, à l’amble de leurs montures, dans le Sud de l’immense plaine de Ben Guérir. Les entrelacs de terre battue de la piste se muaient en traînées creusées dans les dunes et encadrées de chapelets infinis de traces qui trouaient le sable.
Ibn Toumert venait d’abord, sur un grand barbe gris pommelé. Presqu’à sa hauteur, son disciple, Abdesslam, retenait un fougueux ...



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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Dim 18 Oct - 11:58

page 62


- Ce « riad », joyau enchâssé dans la somptueuse verdure des jardins de la Résidence générale à Fès, est très représentatif de cet art hispano-mauresque, qui, sous le règne d'Abd-El-Moumen, le premier calife berbère, devint très florissant au Maroc.


... étalon bai brun, presque noir, qui semblait s’accommoder malaisément de sa place en retrait. A quelque distance, trois guerriers masmouda, identiquement montés sur des chevaux blancs, avançaient sur un même rang. Tous les cinq étaient enveloppés dans des burnous bruns striés de raies noires, dont les capuchons relevés abritaient les visages des ardeurs du soleil parvenu au zénith.
La végétation se raréfiait aux alentours : quelques palmiers isolés ou rassemblés par groupes indigents et quelques touffes d’alfa rabougri piquaient çà et là l’étendue jaunâtre, qu’un vent léger semblait faire frissonner sous un envol continu de fine poussière.
Ibn Toumert s’écarta soudain de la piste en lançant son coursier dans un galop inattendu. Tout le groupe suivit bientôt à la même allure. Il arriva ainsi sur une éminence couronnée de dattiers empanachés.
A l’imitation d’Ibn Toumert, tout le monde mit pied à terre. Les guerriers prirent les rênes des montures et leurs deux chefs de file allèrent s’asseoir au pied des arbres élancés.
Sur la piste, en contre-bas, les caravanes et les petits groupes se succédaient en interminables processions qui se croisaient dans les deux sens.
Des dromadaires allaient, tantôt en longues théories, tantôt en pelotons irréguliers marchant à peu près de front. Des âniers s’intercalaient entre eux, les uns en éclaireurs de groupes, les autres en serre-files, ...


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Dim 18 Oct - 11:59

page 63


- Sur la piste, en contre-bas, les caravanes et les petits groupes se succédaient en deux interminables processions dans les deux sens. Des dromadaires allaient, tantôt en théories, tantôt en pelotons irréguliers marchant à peu près de front. Des âniers s'intercalaient entre eux.(Phot. Flandrin)


... d’autres, encore, affairés en zigzags par le rassemblement des animaux enclins à se disperser.
De l’emplacement choisi pour la halte, la vue s’étendait sur l’ensemble des dune dont les croupes successives semblaient être les immenses vagues figées de quelque étendue marine frappée d’immobilité subite. Dans le fond, une longue ligne roussâtre se distinguait : les murailles de Marrakech-la-Rouge.
Un silence planait, que troublaient à peine les échos atténués des éclats de voix partis de la piste.
Ibn Toumert semblait réfléchir profondément. Abdesslam s’enhardit à le questionner.
— Crois-tu, ô maître vénéré, que le danger auquel tu vas t’exposer ne t’empêchera pas de réaliser ton dessein de prédication contre le malékisme avant même que tu l’aies esquissé?


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Dim 18 Oct - 12:00

page 64


- Marrakech-la-rouge, la capitale du Sud, est signalée de loin par les 66 mètres de la Koutoubia, tour carrée près de quatre fois centenaire.


— Bien au contraire ! répondit Ibn Toumert. Ce danger, que je suis assuré de vaincre, servira la cause que j’ai entreprise par le retentissement qu’aura mon éclat. Je suis sûr de persuader les Marrakchi qui m’entendront, à telle enseigne qu’ils ne tenteront rien contre moi, bien que j’ose lancer l’anathème sur Ali ben Youssef, leur prince, dans sa propre capitale du Sud.
— Mais le résultat le plus immédiat de ta diatribe ne sera-t-il pas de faire fuir, dès les premiers mots, tes auditeurs, soucieux de n’être pas
considérés comme tes complices?
— Sois sans crainte ! Je débuterai à la manière de ces conteurs qui ont coutume de se produire chaque jour sur ce souk, qu’ils dénomment Djemâa el Fna. Tu feras un appel de « der-boucka » (1) comme leurs accompagnateurs habituels et j’aurai tôt fait de rassembler, par l’attrait de mon récit, la moitié des flâneurs du marché. Lorsque leurs rangs seront assez compacts autour de moi, je changerai de sujet et tu surveilleras le rassemblement, pour que personne de suspect ne s’en éloigne avant que j’aie terminé.
— A quoi reconnaîtrai-je les gens inquiétants?
— A leur superbe, à la somptuosité de leurs vêtements, à leur escorte. Seuls peuvent être dangereux les gens susceptibles d’obtenir une audience immédiate d’Ali ben Youssef ou de son khalifat. Tu n’auras donc pas à t’inquiéter des ...

1. Instrument à percussion, sorte de tambourin oblong.


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Dim 18 Oct - 12:02

page 64 b


- Abdesslam dégagea ses bras secs et noueux en brandissant sa derbouckha.

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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Mer 21 Oct - 8:55

page 65


- La fête zaïane va débuter par un somptueux repas sous la tente. La jeunesse accourt dans ses plus beaux atours. La tente caïdale est très entourée. C'est quelle abrite les préparatifs de la "diffa" qui intéresse tout le monde et pour laquelle, en plein air, cuisent des moutons entiers. (Phot. Gueugnon)


... meskines (1) qui ne sauraient être introduits au palais. D’ailleurs, je compte bien les captiver assez pour qu’ils ne songent pas à me quitter avant que je me sois tu!
— J’agirai selon ton désir, ô mon maître ! Et quel sera le rôle de nos trois guerriers?
— Kaddour nous suivra sur le souk et tu l’instruiras pour qu’il te seconde dans ta surveillance. Les autres garderont les chevaux, prêts au départ à la porte de la ville. Maintenant, mangeons un peu, car tout à l’heure nous n’en aurons plus le loisir.
Abdesslam ramena devant lui une sacoche qu’il portait en sautoir. Il en sortit une poignée de dattes qu’il tendit à son maître. Puis, ayant crié à ses hommes qu’ils pouvaient se restaurer, il se mit à grignoter lui aussi un paquet de fruits gluants.

1. Pauvres diables.


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Mer 21 Oct - 8:56

page 66


- Cette cuve de marbre que l'on voit dans la médersa (collège) Ben Youssef, à Marrakech, donne une idée de la perfection qu'atteignaient, dans l'ornementation, les artisans revenus d'Espagne avec le Sultan Ali ben Youssef, le fils du fondateur de Marrakech.


Le frugal repas ne dura guère. Les deux hommes se relevèrent. Déjà Kaddour attentif se précipitait en emmenant leurs chevaux. La randonnée reprit dans le même ordre et à la même allure sans hâte.
Marrakech apparaissait et disparaissait suivant les croupes et les creux. Bientôt, murailles et palmeraie se montrèrent, grandies, en haut d’un glacis à peu près plan. Le groupe se dirigea vers une grande porte en plein cintre, encadrée de tours carrées sur lesquelles veillaient les guetteurs d’Ali ben Youssef.
Dès l’entrée, tous descendirent. Deux guerriers, ayant pris les rênes en mains, s’accroupirent sous les têtes des chevaux tandis que trois autres se dirigeaient calmement vers le centre de l’esplanade Djemâa el Fna, à travers les éventaires des marchandises, les rassemblements de badauds attirés par les charmeurs de serpents, les conteurs, les baladins du Sous et les acrobates du Tafilalet. Les groupes se formaient, puis se désagrégeaient pour se reconstituer plus loin. Des cavaliers se faufilaient entre eux; des nègres en haillons agitaient leurs clochettes pour attirer l’attention sur les peaux de boucs pleines d’eau fraîche qu’ils débitaient dans des timbales de cuivre; des bourricots chargés de volumineux fardeaux de poteries, de légumes ou de sacs se frayaient des passages à grand renfort de bousculades, tandis que leurs propriétaires marchaient dans leur sillage en lançant régulièrement des « balek ! » glapissants mais sans conviction...



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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Mer 21 Oct - 8:57

page 67


- Tin’Mel, nid d'aigle d'où fondirent Ibn Toumert, le "Madhi" et ses partisans, ébranlant les Almoravides et annonçant les Almohades, n'est plus de nos jours qu'un tout petit village berbère abritant de rudes pasteurs montagnards.


Ibn Toumert s’arrêta vers le milieu de la place. Il rabattit son capuchon sur ses épaules. Son beau visage mat aux traits fins et son regard ardent intriguèrent des passants, qui s’arrêtèrent lorsqu’ils virent Abdesslam dégager ses bras secs et noueux en brandissant sa derbouckha.
Tout aussitôt, alternant avec les rythmes sourds de son instrument à percussion, le fidèle disciple lança son appel.
— 0 ! mes frères ! Venez écouter le conteur le plus étonnant ! Ibn Toumert revenu des medersas (1) d’Arabie, Ibn Toumert le savant, le théologien, le voyageur qui connaît les contes les plus merveilleux, les légendes les plus attachantes, les histoires les plus belles! Venez, mes frères! Venez et écoutez !
Au bout d’un instant, plusieurs cercles de curieux étaient formés et, ...

1. Collèges sacrés.


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Mer 21 Oct - 8:58

page 68


- C'est le lieu de la prière. Dès l'entrée de cette mosquée, le plan d’eau calme, immobile et frais, prédispose au recueillement. (Phot. Gueugnon)




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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Mer 21 Oct - 8:59

page 69



... déjà, les premiers rangs d’entre eux s’accroupissaient sans plus attendre.
Ibn Toumert fit un signe. Abdesslam cessa ses appels et sa tambourinade, et il se glissa hors du rassemblement.
Bientôt la voix du lettré s’éleva et les conversations s’éteignirent rapidement dès qu’on l’entendit. Ibn Toumert débitait un de ces contes dont on ne sait jamais exactement qui les conçut ni d’où ils vinrent, car on les retrouve à quelques variantes près, à des endroits bien différents. Il y avait des génies, ou djennoûns (pl. de djîn) tantôt bons et secourables, tantôt malicieux et taquins. Le conteur improvisé mimait les situations de ses héros pour la plus grande joie de son auditoire, dont les rires bruyants avaient attiré de nouveaux curieux.
Le conte prit fin, mais tout aussitôt, Ibn Toumert, sans procéder à la moindre quête en usage dans de telles circonstances, prévint qu’il y avait une suite plus attrayante encore.
— Je pourrais, ô mes frères, vous intéresser aux contes les plus beaux qu’ait inventés l’Orient. Mais je veux, aujourd’hui, vous dire une histoire plus belle encore que la plus merveilleuse fiction! Une histoire vraie pleine d’émotion, une histoire qui est tellement de nos jours que son dénouement n’est pas encore venu. Mais ce dénouement, je vous le dirai aussi, car j’ai assez étudié le passé pour tirer des conclusions que le présent entraîne inévitablement !
La voix grave et bien timbrée portait au loin sur la multitude attentive. Un seigneur imposant, juché sur une mule, entendit la tirade et arrêta sa monture. Abdesslam le remarqua et le signala par un regard expressif à l’attention de Kaddour.
— Après que les guerriers de Youssef ben Tachfine eurent fait flotter sur l’Espagne l’étendard du Prophète (qu’il soit loué!) auréolé d’une gloire nouvelle, ils se laissèrent séduire par la langueur andalouse et par le charme impur des arts espagnols, d’où l’idée religieuse était bannie ! Certes, le chef Sanhadja avait l’excuse de son origine fruste de pillard du Sud. Si, avec le Maghrib tout entier, vous avez accepté son commandement, vous l’avez aidé dans une entreprise dont je ne veux pas diminuer la grandeur, qui fut d’unir dans une même foi tous les Musulmans de Berbérie et d’arrêter aux frontières de Castille les Chrétiens ennemis de l’Islam. Mais ne voyez-vous pas la revanche des Roumis qui se dessine? Déjà Fès est remplie de monuments d’où l’esprit musulman est exclu.
Et ici même, à Marrakech, où donc est le tirremt berbère que Youssef ...


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Mer 21 Oct - 9:01

page 70


- ... Ils s engageaient à sa suite dans une rue étroite. La voie était déserte. Des le premier tournant, il n'y eut plus qu’un animal démonté, errant à l'aventure.


... fit construire pour lui? Ses murs de pisé ont été abattus et un palais s’élève à sa place, le palais d’Ali ben Youssef, dont le seul titre à nous commander est d’être né après un conquérant ! Il a pourtant étudié la loi coranique avec Ibn Yasine ! Mais Ibn Yasine est mort et le pauvre tirremt berbère que nulle sourate (1) du Coran ne condamnait a été jeté bas ! Le Prince almoravide a jugé que sa gloire devait être proclamée par les colonnades, les arcades et la pierre travaillée des Roumis ! Il eût pu édifier une mosquée pour la prière, des médersas pour l’enseignement de la vraie religion ! Non ! Il a mieux aimé faire un palais ! La grandeur, à ses yeux, passe avant la piété ! Or, je vous le dis, mes frères, Ali ben Youssef trahit l’Islam! Il est indigne du pouvoir! Bientôt les Masmouda descendront de leurs montagnes et, véritables tenants de la foi musulmane, ils chasseront l'Almoravide ...
Le personnage à la mule en avait assez entendu. Il remit brusquement sa monture en marche et se dirigea vers le palais du Souverain. Ibn Toumert parlait toujours, tenant sous le magnétisme de son regard et de sa voix la multitude subjuguée.
Sur les pas de la mule, deux burnous bruns rayés de noir se hâtaient à longues enjambées souples et s’engageaient à sa suite dans une rue étroite. La voie était déserte. Dès le premier tournant, il n’y eut plus qu’un animal démonté errant à l’aventure, tandis que son cavalier, étendu à terre, râlait déjà avec un poignard enfoncé dans le cœur.
Abdesslam et Kaddour étaient accourus aussitôt sur la place. La foule demeurait muette de stupeur après l’audacieuse ...

1. Verset.


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Mer 21 Oct - 9:07

page 71


- Une exposition de blanc à même le sol a été vite organisée. Les vendeuses, placides, laissent leurs clientes palper l'étoffe. Elles attendent patiemment sa décision. Alors, seulement commencera la « chikaïa » ou chicane autour du prix. (Phot. Gueugnon)


... péroraison de l’orateur. Ibn Toumert aperçut son disciple et il le rejoignit sans hâte, tandis que Kaddour se précipitait pour faire avancer les chevaux. Les cinq cavaliers furent en selle avant que personne eût songé à les appréhender. Sur un seul rang, botte à botte, ils se lancèrent en plein galop vers la grande porte, que la frayeur causée par leur charge dégarnit en un clin d’œil.
Une rumeur monta sur la place Djemâa el Fna et lorsque l’écho de l’incident parvint aux oreilles des familiers d’Ali ben Youssef, Ibn Toumert et ses cavaliers étaient déjà loin sur le chemin de la montagne Masmouda, où ils devaient trouver un asile assuré.
Le révolté s’installa chez les Almohades, à Tinmel sur l’oued N’Fis, dans un cirque entouré de hautes vallées, dans lesquelles les guerriers almoravides se gardaient de s’engager.
Bien au contraire, comme l’avait prévu Ibn Toumert, des disciples nombreux accoururent de tous les coins du pays Masmouda pour ...


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Mer 21 Oct - 9:09

page 72


- Ce minaret de Debdou s'apparente, par sa construction à l'armature primitive de bois demeurée saillante, avec les tours du pays noir, dont le pisé se hérisse de la même manière de poutres échappées à l'équarrissage et au calibrage.


... recevoir l’enseignement de celui qui avait osé braver le prince dans sa capitale sans mosquée.
Le séjour de Tinmel devint un « ribat », sorte de couvent d’allure belliqueuse où l’excitation à l’envahissement des plaines almoravides tint bientôt une place aussi importante que l’étude de la loi orthodoxe.
Ibn Toumert prit le titre de «Madhi» ou réformateur, et les hostilités s’engagèrent.
Mais l’agitateur n’avait pas les qualités d’un chef de guerre. Ali ben Youssef parvint à contenir la révolte, sans toutefois réussir à la réduire. Son successeur fit preuve de la même impuissance, qui atteignit son prestige au même titre qu’un échec. Aussi lorsque le Madhi mourut et que les Masmouda eurent élu à leur tête un jeune berbère des environs de Tlemcen, Abd el Moumen, la situation changea brusquement.
Abd el Moumen joignait à une bravoure à toute épreuve un ascendant de chef et une habileté d’homme d’Etat. Au lieu de descendre sur Marrakech qu’il jugeait encore susceptible d’une résistance dure à vaincre, il mena les Masmouda à la conquête du moyen Atlas et du Nord marocain. Lorsqu’il eut sous son autorité les deux tiers du pays, il se ...


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Mer 21 Oct - 9:10

page 73


- Bien qu'ayant de fréquents recours à la polychromie, la faïencerie marocaine marque, comme celle d'Extrème-Orient,
celle d Extrême-Orient, une prédilection particulière pour les bleus. Ils sont en majeure paetie dans cet ensemble du palais Dar Batha à Fès.



... rabattit brusquement sur la capitale du Sud. En 1147, Marrakech tomba entre ses mains, marquant par sa chute la fin des Almoravides.
Abd el Moumen inaugurait la dynastie nouvelle des Almohades, dont la grandeur devait être sans exemple dans toute l’histoire marocaine.

L’Espagne musulmane avait subi le contre-coup de la défaite almoravide. Morcelée à nouveau, elle suscita les attaques des chrétiens acharnés à reconquérir leur pays à la faveur des divisions des chefs maures. Tout comme l’avait été Youssef ben Tachfine, Abd el Moumen fut sollicité d’intervenir. Mais il ne se pressa point. Il préféra tenir d’abord solidement la Berbérie sous son empire.
Il fut victorieux jusqu’en Ifrikya où nul de ses prédécesseurs n’avait pu totalement s’imposer.
Seule, une place, Mahdia, près de l’embouchure de l’Oued Sebou, ne subissait pas la loi almohade. Des Normands l’occupaient depuis près d’un siècle et leur réputation d’invincibilité les avait gardés de toute attaque.
Abd el Moumen vint en force et entreprit de les chasser. Le premier choc fut terrible. Bien qu’ils fussent accablés par le nombre, les hommes du nord se défendaient avec âpreté et la pression berbère ne s’effectuait qu’au prix de lourdes pertes.
Le chef Almohade ...


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MessageSujet: LE MAROC, Thomasset.   Mer 21 Oct - 9:15

page 74


- Cette porte à colonne est du genre de celles édifiées en Andalousie par les Omeyades. Son chapiteau a une grande originalité et son état de conservation permet de l'admirer dans ses détails.


... interrompit le combat malgré son avantage certain et il offrit au chef normand, Othon, une entrevue que celui-ci accepta.
— Nul plus que moi n’apprécie la valeur guerrière, dit-il au géant blond. Aussi, bien que toi et les tiens soyez réduits fatalement à vous incliner ou à périr sous le nombre, je veux te faire une proposition.
— Ne prends pas cette peine ! répondit Othon. Nous sommes d’une race qui ne capitule pas !
— Je ne te parle point de capitulation mais d’entente honorable, repartit Abd el Moumen. Il serait vraiment dommage que de beaux et braves guerriers disparussent pour une cause perdue d’avance. Défends- tu ton pays? Moi, je reprends le mien ! Mes armées sont innombrables. Elles pourraient détruire jusqu’aux fuyards, s’il s’en trouvait, qui voudraient porter la nouvelle de votre mort aux rivages d’où vous êtes venus ! Tu peux, sans déchoir, devenir mon ami et mon frère d’armes et t’associer à ma fortune. Il te suffira de déclarer avec nous qu’Allah est grand et que Mahomet son Prophète ! Dès ce moment, dans tout mon empire, tu seras considéré comme mon allié!
« Réfléchis ! Porte ma proposition à tes frères. Ceux qui la repousseront seront libres de reprendre la mer sans être inquiétés. Ceux qui l’accepteront seront traités à l’égal des meilleurs des nôtres et je les accueillerai volontiers dans les rangs de mes soldats. Va! Demain à la même heure je recevrai ta réponse et, jusque-là, je ne tenterai rien contre Mahdia. »
Le lendemain, trois vaisseaux-franchissaient l’estuaire du Sebou et se dirigeaient vers le Nord. Othon était ...


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