Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Plaisir de France spécial MAROC

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:26

page 31



Un jour entre les jours

CONTE ET  MINIATURES   DE   AHMED   SEFRIOUI,  
PRIX   LITTÉRAIRE DU MAROC 1947.

CELA se produisit un mercredi du mois de mai. Certes, ce n'était pas un quelconque mercredi de n'importe quel mois de mai. Pourtant, les hommes n'en parleront pas dans leurs annales et les chroniqueurs ne le gratifieront d'aucune mention dans leurs ouvrages. Ce qui se passe en dehors du monde matériel de l'homme, les hommes l'ignorent. Ainsi les hommes vivent les années parce que les années les rapprochent de la tombe, ils vivent parfois les saisons, c'est-à-dire prennent conscience de leur succession, constatent les variations de température, l'abondance ou la raréfaction de tel ou tel élément naturel parce que ces différents facteurs agissent sur leur vie de tous les jours. Mais garder le souvenir d'un mois de mai différent de tous les autres mois de mai et d'un mercredi parmi les mercredis, cela leur semble d'un intérêt si futile qu'ils abandonnent sans rancune ce soin à cette catégorie d'oisifs qui s'intitulent poètes. C'était donc un poète, l'oisif qui m'a conté cette aventure, car il était persuadé que ce mois de mai et ce mercredi n'avaient rien de commun avec tous les mois de mai et tous les mercredis passés et à venir. Or, voici ce qu'il me dit :
— J'ai toujours pensé (je ne sais si d'autres pensent de même) que les années, les saisons, les mois et même les jours ont une individualité
propre ; je me refuse à croire que le printemps de cette année soit celui de l'année précédente ressuscité et maquillé pour la circonstance. Tout meurt et, pour ne plus retraverser ce mode d'existence, ceux qui quittent la terre des hommes la quittent définitivement, sans espoir de retour.
Je reviens à mon mois de mai, un mois plein de soleil, de fleurs et de chants. Jamais la ville de Fès n'avait joui d'une telle profusion de lumière et surtout de cette qualité. Elle tombait en colonnes d'argent, éclaboussait les ruelles grises, miroitait dans les toiles d'araignée, jouait sur les turbans et les chéchias avec une joie gamine. Au sommet des murs, dans les fentes, sur les auvents, une flore variée, des graminées de toute sorte, des plantes grimpantes se disputaient le peu d'humus et d'humidité de l'endroit. L'air nourrissait les créatures. Bêtes et gens oublièrent leur douleur, renièrent leurs maladies, retrouvèrent dans les plis de leur cœur un brin d'amour. Les arbres se chargèrent de fleurs. Comme chaque année, me direz-vous ! Non ! non ! Mais pourquoi insister ? Tout paraissait merveilleusement neuf, exceptionnellement ravi de vivre, naturellement bon et beau.
Cette joie de la terre atteignit son paroxysme le dernier mercredi de ce mois béni. Un vent de paradis enivrait les esprits. Tard dans la journée, ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:27

page 32


- «... nous étions installés sous un pommier de mon jardin. »


... les fleurs gardaient encore au creux de leurs pétales, comme pour en aviver l'éclat, une goutte de rosée.
Ce matin-là, je fis une apparition dans mon échoppe. Aucune affaire ne m'y appelait. Je désirais simplement respirer l'arôme de mes épices, somnoler au milieu de mes couffins de fruits secs. Mais un immense bonheur m'y attendait : mon frère, issu de mon père et de ma mère, vint m'y trouver. Je ne l'avais pas vu depuis deux ans. Nous nous embrassâmes. Des larmes d'attendrissement nous mouillaient le visage. Je l'amenai à la maison, où ma femme le reçut avec les mots convenables et les démonstrations de sympathie. Le repas fut exquis, il se composait d'un couscous savoureux arrosé de grands bols de lait. Messouda débarrassa la table des miettes, nettoya de sa langue rose le fond des bols.
Messouda, notre chatte, avait besoin de beaucoup se nourrir. Depuis la veille au soir, elle goûtait les joies de la maternité. Elle était fière de sa progéniture, fière et inquiète comme une maman. Les moustaches encore blanches de lait, elle nous quitta pour rejoindre ses chatons.
Mon frère me parla de ses voyages, de son travail, de ses enfants et du désir qu'il avait soudain senti de venir me voir. Je le remerciai, lui parlai de mes occupations, de mes amis, et je l'invitai enfin à m'accompagner au petit verger, fruit de mes économies. Nous chaussâmes nos babouches et, moins d'une demi-heure après, nous étions à Bab-Lahdid, installés sous un pommier de mon jardin. Une neige odorante couvrait les arbres, tombait sur nos épaules, se répandait par terre. Des oiseaux passaient, rapides. Les uns avaient au bec des brins de laine, une touffe de paille, d'autres balançaient un monstrueux insecte qui agitait ses multiples tentacules. Au-dessus de nos têtes, un couple de mésanges s'affairait autour de son nid. Ce sont là spectacles banaux, sujets ordinaires de bien des chansons. Peut-être ! Mais il est important de noter cette atmosphère de confiance qui régnait sur la terre, cette paix qui enveloppait toutes choses.
La terre tournait rond. Comprenez bien ce que je veux dire. La vie se manifeste suivant un rythme ; lorsqu'elle atteint le parfait équilibre, les créatures retrouvent leur plénitude, elles goûtent au vrai bonheur. La tâche la plus ardue devient facile et chacun remplit sa fonction non comme un devoir, non comme une nécessité, mais uniquement pour participer à la joie de vivre. Seule l'omniprésence du Créateur peut réaliser dans la création une telle harmonie. En vérité, la création est une œuvre d'amour. Une parcelle de cet amour, une infime parcelle, plus petite qu'un grain de sénevé, gît dans le cœur des êtres, mais elle suffit à enchanter leur courte existence. Cette parcelle d'amour se trouve à l'origine de toutes ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:28

page 33


- « ... un mendiant hurlait sa complainte... »


... les pitiés, de toutes les bontés, de toutes les charités. Cette parcelle d'amour est le ferment du monde. De cette source découlent les fidélités, les tendresses, les miracles de l'amour maternel.
Je vois que vous me prêtez attention, aussi je vais reprendre mon histoire.
Donc, par une journée de printemps, mon frère et moi reposions sous un pommier ; au-dessus de nos têtes deux mésanges donnaient la becquée à leurs petits. Nous étions silencieux comme deux amants au comble de la félicité.
L'air était si léger, si imprégné de parfums que la tête nous tournait.
Alors éclata le drame.
Il fut soudain et brutal. L'air se vicia, nous respirâmes avec peine ; une aile noire voila la lumière, les arbres frémirent, en proie à une indescriptible
angoisse. Sur l'herbe déjà flétrie gisaient des fleurs décolorées. Les deux oiseaux poussèrent des cris jamais entendus. Ces piaillements prolongés nous traversaient le corps comme des lames, nous brûlaient les entrailles, nous transformaient en une plaie vive, nous écorchaient cruellement l'âme. Nous nous crispions de douleur et d'impuissance. Cette souffrance paraissait collective. Écrasée sous le poids de la malédiction, la terre se mourait. Nous participions à cette gigantesque agonie. Nous étions dans le remous, et tout espoir semblait perdu.
Oui, cela se produisit un mercredi du mois de mai. Et les hommes n'en ont gardé aucun souvenir.
Rappelez-vous pourtant les paroles de Dieu : Lorsque la terre entrera dans sa dernière convulsion et mettra à nu ses entrailles, L'homme dira : « Qu'a-t-elle? »
Ce jour-là, elle racontera son histoire Pour obéir à l'ordre du Seigneur. Et ceci peut se produire un mercredi du mois de mai !
Le choc ! quel choc ! qui te donnera une idée du choc ! Le jour où il se produira, les hommes se presseront comme des phalènes autour d'une flamme, Les montagnes seront réduites en de légers flocons de laine.
Et ceci peut se produire un mercredi du mois de mai. Ce jour-là, ce jour entre les jours, toute chose vivante sombrait dans l'immensité de la colère de Dieu. Cette colère paraissait définitive, elle échappait à toutes les lois de la durée, à toute appréciation de quantité. La tempête gagna les âmes. Les deux mésanges, emportées par le vent de la folie, se jetèrent sur leur nid, le renversèrent, le déchirèrent, l'éparpillèrent au vent. A coups de bec, à coups de griffes elles réduisirent leurs petits en une boule de sang à peine agitée d'un mouvement convulsif. Mon frère me jeta un regard de haine. Je me sentis prêt à lui sauter à la ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:30

page 34


- « Ce soir-là, ma femme remporta le plat à peine entamé. »


... gorge. Avec quelle joie féroce nous nous serions battus ! Nous aurions aimé nous entre-tuer, sauvagement, nous assassiner, nous dévorer l'un l'autre à grands coups de dents, sentir le sang nous dégouliner sur la poitrine. Mais nos nerfs, rompus, nous tenaient cloués au sol. Il n'y a pire abandon que celui de Dieu, et nous mesurâmes toute l'étendue de cet abandon.
Éloigne de nous, Seigneur, ceux qui ne veulent pas de toi dans leur maison ; leur maison restera vide, livrée à toutes les tempêtes ! Saisis dans le tourbillon, ils ne pourront s'attendre à aucun secours,
Ce jour-là, ce jour entre les jours, nous fûmes sauvés. Malgré la tempête, la lampe ne s'était pas éteinte. Nous débattant dans nos souffrances, nous n'avions pas douté une fraction de seconde de l'efficience de Son amour.
Soudain, un rayon de soleil traversa les nuages, transperça les branches du pommier, nous inonda de joie. Une main invisible déchira le rideau qui dérobait à nos yeux la féerie de la Manifestation. Le ciel se tendit de satin bleu et plus que jamais ce mercredi du mois de mai différait de tout autre mercredi de mois de mai. Nous quittâmes le jardin. Toute allusion au phénomène nous semblait inutile. S'était-il même produit un phénomène ? Dans les souks, les passants s'agitaient, un mendiant hurlait sa complainte à l'angle d'une mosquée. Quel étrange envoûtement avions-nous subi ?
Ma femme avait préparé le dîner. Autour de la table ronde, alors que la bouilloire sifflotait son air monotone, nous oubliâmes nos craintes. L'odeur du pain chaud nous remplissait d'un calme bonheur. Ma femme apporta le plat. Nous n'avions pas encore avalé deux ou trois bouchées quand je remarquai l'absence de Messouda, la petite chatte. J'étais habitué à la sentir autour de moi comme un petit génie discret. « Je l'ai tuée, nous dit ma femme sans l'ombre d'un regret. » Nous nous arrêtâmes, mon frère et moi, de mastiquer. Elle continua :
« Vers 5 heures, Messouda prise d'une sorte de rage se jeta sur ses chatons et les dévora. Oh ! je les entendais bien crier, leurs miaulements me faisaient si mal ! Mais des montagnes de fatigue s'étaient abattues sur mes épaules. Je me traînai jusqu'à la cuisine : la bête ignoble venait de croquer le dernier de ses petits ; je l'ai assommée avec mes pincettes. »
Ce soir-là ma femme remporta le plat à peine entamé.
La voix des poètes, me dirent mes amis, est mensongère. Mes amis, répondis-je, je préfère leurs mensonges à vos vérités. Je grave cette fable dans ma mémoire et me la répéterai souvent dans mes heures d'insomnie. Laissez-moi mes nobles mensonges et je vous abandonne toutes vos plates vérités.

Extrait du Chapelet d'ambre.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:31

page 35


- De la palmeraie au ski, l'Atlas... Contraste.

MARRAKECH

ou la grâce  terrestre

EST-CE   la   dernière   ville   du   monde méditerranéen     ou    la     première oasis     du     Sahara     ?     En     elle s'unissent   et   s'achèvent  le   monde   et le   désert.   C'est   une   île   humaine   et une    île    végétale    dans    un    paysage démesuré.   C'est  une  île   de  vie  et  de joie dans un univers stérilisé par le soleil. L'islam y a jeté ses derniers cavaliers et les caravanes du Soudan y ont vendu leurs dernières pépites et leur dernier esclave.
Tout conquérant, tout voyageur s'arrête là, à bout de souffle, et soupire. Il fait si bon ! C'est un lieu qui accueille et qui apaise. C'est la halte. Il y a de l'eau et de l'ombre,...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:32

page 36


- Le  quartier des   teinturiers.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:34

page 37



- S. Exe. El Glaoui, pacha de Marrakech, prend le départ sur son golf.
- Merveille d'irrigation, ce tapis vert est bordé, sur chacun de ses parcours, d'arbres d'essences différentes : eucalyptus, cyprès, orangers, etc. Au fond, les cimes neigeuses de l'Atlas.


... des jeux d'ombre et des jets d'eau et le ciel impassible, l'azur pariait du Sud. L'enchantement de Marrakech naît d'abord de sa lumière, de la fantastique richesse de ses éclairages, mais, plus que ses embrasements, c'est la pureté de son ciel et la profondeur des ombres bleues ou violettes dans les cours de ses riads ou sous les voûtes de briques rouges qui désaltèrent l'œil et apaisent l'âme.
Marrakech est, par vocation millénaire, la ville d'hiver la plus accueillante du monde. Si l'antique Marok qui a donné son nom à l'empire des Sultans n'est plus capitale politique, elle demeure la capitale du soleil. C'est une royauté sans faiblesses dans un continent où le soleil tue. Mais ici le souverain s'est tempéré. Marrakech est une oasis et un jardin — mille jardins ! Il y a des aguedals impériaux qui ont six cents ans et les jardins de l'Hôtel de Ville qui ont deux ans. Tous sont à la fois gracieux et splendides. C'est une ville qui a de la chance. La grâce est donnée à qui la mérite. Cette ville a trouvé un administrateur, un Français qui sait la vocation de sa ville parce qu'il l'aime et aime à la servir. Ce chef du territoire délégué aux Affaires urbaines sauve le passé et construit l'avenir. Il bâtit et il bâtit bien — il travaille avec sérieux et pense avec humour. Ce qu'il a créé a cet air d'élégante nonchalance et de raffinement qui est l'air même de cette civilisation où la grâce persane relève l'abandon aimable du Sud. C'est un homme pour qui la pensée de Lyautey est vivante. Les avenues sont bordées d'arbres choisis de telle sorte qu'ils fleurissent et parfument la ville d'hiver pendant huit mois. Ici, ce sont des bigaradiers sur deux kilomètres, chargés d'oranges de Noël à Pâques. A partir de février : l'ivresse de la floraison. Là, des oliviers, des mimosas. Il y en a sans doute de vingt espèces. Et cet arbre étrange — je crois qu'il s'appelle le jacaranda — qui, vers avril, sans feuilles, s'enveloppe dans une nuée de fleurs bleuâtres, mi-lilas, mi-pervenche, d'une légèreté de gaze, et si bleue que la reine Marie de Roumanie, au moment où le cortège s'engageait dans cette avenue, fit arrêter tout le monde pour demander des fleurs. Quant aux buissons de roses, il y en a partout et en fleur pendant tout l'hiver.
Voilà le sourire de Marrakech. L'air y est léger, sec et vif. Il reste frais en frôlant les neiges de l'Atlas qui flottent en plein ciel torride. Là, à portée de la main et à portée des lèvres, dans ce printemps déjà assoiffé, à 4.000 mètres d'altitude, Marrakech nous offre ce sorbet fabuleux, l'Atlas.
Ce n'est pas un mirage. Jusqu'en 1947, il fallait, pour atteindre les champs de neige — comparables à ceux de Superbagnères — une heure d'auto et six heures de mulet. Cette année, la nouvelle piste conduit en quatre heures de jeep à l'Oukaïmeden. L'hôtellerie est à 2.650 mètres. En ôtant ses skis à 16 heures on ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:35

page 38


- En  mars,   la  féerie  des  arbres  fruitiers  en   fleurs.


... dîne à la Mamounia. La coupe de fraises du dessert a mûri dans le jardin cet après-midi pendant que vous glissiez sur la neige. Quel autre pays peut fouetter l'imagination et les sens de contrastes aussi délicieux ? La cité réserve le spectacle le plus neuf parce que le plus archaïque. Les caravanes de chameaux croisent sous les antiques portes crénelées les autocars les plus modernes. Plus de deux cent mille âmes vivent dans cette enceinte festonnée de tours et de créneaux recuits par le soleil et par le temps. Cette immense foule bout dans la cuve de terre sèche. Elle s'agite, prie, chante et joue comme au XIIIe siècle son jeu bariolé de ville africaine et orientale. Le grand cirque public, c'est la place Djemma-el-Fnà. Jadis, sur ses murs d'ocre, mûrissaient les têtes des décapités qu'on y exposait. Aujourd'hui, c'est la féria, la fête et la foire. Bateleurs, sorciers, charmeurs de serpents, mimes et conteurs, acrobates et danseurs. Chaque jour, depuis près de mille ans, la même fête recommence. Elle recommencera pour vous, pour moi, pour tous ce soir et demain. Le temps pour cette fête est sans limite.
A peine hors de cette foule biblique, un hôtel, le plus somptueux, le plus accueillant du monde, qui s'enferme dans un de ces mille jardins d'oliviers, d'orangers et de mosaïques, vous attend, l'hôtel de la Mamounia, dont le modernisme s'allie à un art exquis dans ses proportions comme dans ses ornements, au silence des patios et des galeries de cèdre et de marbre de l'architecture marocaine. M. Marchisio, qui l'a conçu, et ses propriétaires actuels, qui le gèrent avec une élégante maîtrise, font honneur à l'hôtellerie et au goût français.
Cette grandeur et ce goût raffiné, cette antiquité et ce modernisme, voilà ce qu'on trouve ici en toutes choses. La vieille capitale garde ses stigmates et ses ruines. Le plus surprenant est le palais d'El-Behdi dont l'armature cyclopéenne s'effrite depuis quatre siècles. Ni le temps ni le pillage n'ont pu ôter à ces lieux leurs proportions royales. De rares promeneurs en djellaba blanche ou verte ou brune traversent lentement ces immenses cours, accablés par le silence, la solitude, la majesté des murailles usées par le temps, les guerres ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:36

page 39


- L'hôtel de la Mamounia, vu des jardins sur lesquels s'ouvrent, au midi, les chambres à terrasse.   (H. Prost et A. Marchisio.  architectes.)


... et le soleil. Les tombeaux des sultans saadieus qui les ont construites sont miraculeusement conservés parmi cette dévastation. Ce minuscule Saint-Denis oriental est un bijou de marbre, de stuc et d'or ciselé avec la préciosité et la pureté où un art à son apogée, seul, peut atteindre. Au-dessus de ces ruines, de ces bijoux funèbres et de cette ville enfiévrée par la vie, la Koutoubia. le plus beau minaret de l'Islam, jaillit. Elle garde dans sa tunique rosé, argent et orange cet élan infaillible de la foi et de la beauté éternelle des chefs-d'œuvre. Elle a conservé sa grâce adolescente, et son architecte andalou l'a jetée vers le ciel il y a huit siècles. Royale encore est la palmeraie. Et les précieux Djebilets, légères montagnes plissées, sont peintes sur le ciel comme un velours italien. Royal, le golf de S. Exe. le pacha — oui, messieurs, un golf de dix-huit trous — un tapis vert, d'un vert islamique, un Chantilly exotique, parfumé et fleuri d'orangers, d'abricotiers et de buissons de roses. Et, toujours en face de vous, l'Atlas. Jouez bien ou jouez mal, le spectacle, l'air, la lumière vous seront une récompense. Quelle réussite ! Songez qu'autour de ce lambeau d'Ile-de-France la terre brûle; ce miracle de verdure et de fraîcheur est né sur une brique sortant du four.
Voilà les portes de l'avenir. Elles s'ouvrent sur une cité d'hivernage, sur un casino qui est prêt, sur des quartiers qu'on a plantés de jardins de palmes, de mimosas, d'amandiers, où les avenues d'un ample tracé attendent les corsos et les batailles de fleurs. C'est une ville de grand style qui naît sans rien perdre de sa patine et de son originalité africaine. On y sent, avec joie, l'empreinte d'un génie à la fois grandiose, harmonieux et aimable, c'est le style des résidences royales. Pourquoi nier l'évidence, c'est le style de Lyautey, c'est celui de la France des grandes époques. Sous ce ciel, sous ces palmes, c'est encore le nôtre.
Jean ORIEUX.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:38

page 40


Faste et courtoisie



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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:39

page 41


- Le caïd Si Brahim reçoit ses invités dans  un des salons de son palais.
- Plus   tard, au cours de la diffa servie suivant les rites.
- Dans l'appartement privé du caïd ; à droite : M. Bolnot, délégué aux Affaires urbaines de Marrakech.


HEUKEUX celui   qui   connaît   et   sait   apprécier,  une seule fois peut-être dans sa vie pressée d'Occidental, le calme et le luxe du silence dans une demeure marocaine !... Les   bruits   de   la   médina   s'en   viennent expirer sur son seuil ; au delà de ses murs rosis de soleil, l'oasis à sa fin découvre le désert sans limites... L'hôte est là, immuable dans sa douceur et sa modestie, l'hôte vêtu de blanc qui, de peu de mots - - la parfaite courtoisie se passe de paroles - - d'un beau geste de seigneur, nous convie à la diffa qui nous attend.
Les tables, rondes et basses, ont été placées et voici la pastilla aux pigeons : immense, dorée, parfumée, couvrant en ses flancs aux mille feuillures un mystérieux trésor de chair hachée, épicée, pimentée ; nous l'attaquons, après le bismillah traditionnel, de trois doigts rendus adroits par la gourmandise.
Un plateau circule avec des verres fins remplis d'eau fraîche. Nous échappons aujourd'hui au petit lait, boisson habituelle des diffas, et qui, aigrelet et suspect, déconcerte toujours nos palais d'Européens. Pour le couscous, notre hôte a la délicate attention de faire distribuer des cuillères. Truffé de raisins, onctueux de beurre, chargé d'épices et d'aromates compliqués, délicieux couscous dont on ne peut se rassasier !
Les tentures sont levées sur la nuit. Pleine lune brillante qui promène un rayon de nacre sur le balcon. Au dehors, un chanteur chante sans se lasser. Il célèbre peut-être, sur ce ton lyrique, le plat de poulets, lardé, farci de citrons, nageant dans une sauce de velours doré dont le fumet arrive jusqu'à lui. Surprenante au premier goût, salée, sucrée, acidulée et très grasse, la sauce connaît à son tour la grande faveur. Mais déjà un autre plat suscite notre attention. C'est un ragoût de viande salée, certes agréable, mais qui occupe peu de temps notre appétit déjà bien apaisé. Qu'il est tentateur le verre d'eau fraîche !
Notre geste devient plus élégant pour émietter la pastilla aux amandes. On rêve volontiers entre deux bouchées, écoutant le bruit de perles de la fontaine, la mélopée du chanteur intarissable. Les friandises du dessert sont si délectables que l'on se sent vaguement coupable d'un péché mal défini. La pastèque en tranches fines craque sous la dent comme de la neige durcie.
Notre hôte, avec des gestes d'officiant, prépare le thé à la menthe et l'esclave le sert, versé de haut dans les grands verres, pendant qu'un autre s'active, enlevant les tables, les remplaçant par des plateaux de cuivre montés sur pied et chargés de gâteaux aux amandes... En face, c'est la vie mystérieuse des femmes qui se devine...

Juliène DECHAMPS.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:41

page 42



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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:43

page 43


- Dans le Moiyen-Atlas, femmes berbères parées pour le chant et la danse.

Le Versant au Soleil

La pacification totale de l'extrême Sud-Marocain ne remonte qu'à 1934 et la dernière guerre en interrompit presque complètement la pénétration économique ; si l'on ajoute à cela que le versant méridional du Haut-Atlas et les régions présahariennes recèlent des sites merveilleux et rares, on imagine aisément quel caractère pur conservent ces régions demeurées si extraordinairement préservées de toute influence extérieure. Si l'on peut prendre un fin plaisir à parcourir le Maroc connu, à suivre les itinéraires préparés, à visiter les villes impériales et les sites classés, que dire de l'attrait exceptionnel qu'offre l'aventure d'une randonnée dans le pays au delà de l'Atlas : Maroc inconnu tout imprégné de mystères. Là, le voyageur évolue dans un cadre et au milieu d'une société où les aspects de la vie sont demeurés inchangés depuis des siècles ?
Les hautes cimes de l'Atlas franchies, l'expression du paysage change profondément. C'est le versant du soleil. Tout y est différent; les hommes eux-mêmes, qui nomment « tribus de l'ombre » leurs voisins des pentes septentrionales. De larges espaces déserts se développent, émaillés d'îlots où une végétation inattendue permet l'existence de groupes humains nettement caractérisés.
Au-dessous de l'Atlas central, on ne rencontre guère l'oasis au sens habituel du mot. Il s'agit plutôt de chapelets de cultures s'étageant tout au long des oueds qui descendent des cimes, alimentés par les sources, la fonte des neiges et les orages de printemps.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:45

page 44


- L'eau, richesse et vie de la palmeraie. (Phot. J. Besancenot)
- Sous le voile relevé, un regard curieux jeté au passant. (Phot. J. Belin)


L'eau de ces torrents est adroitement captée par les paysans en une multitude de petits ruisseaux artificiels, les « séguias », destinés à arroser les terres à féconder.
En altitude moyenne, il n'est que minuscules lopins de terres cultivables, organisés en terrasses comme autant de petits jardins suspendus où poussent l'orge et le maïs. Mais, plus bas, l'étendue cultivable augmente et la chaleur du climat permet la croissance du palmier. C'est alors un ruban de fraîche verdure qui serpente entre les flancs de la montagne et c'est aussi, parfois, lorsqu'un oued abondant débouche sur un terrain propice, l'épanouissement d'une palmeraie à la généreuse luxuriance. Les noms des jolies palmeraies du Sud-Marocain chantent comme une musique pleine de sortilèges : vallées du Ziz, du Uhéris, du Todra, palmeraies aux gracieux villages de pisé qui s'égrainent de Tinerhir à Ouarzazate, long ruban pittoresque de l'oued Dra aux mille séguias, oasis des ports sahariens du Bani.
Depuis Léon l'Africain, bien des explorateurs ont dépeint les charmes des palmeraies marocaines et Charles de Foucauld lui-même, observateur pondéré peu enclin aux enthousiasmes faciles, a décrit avec émotion l'étonnant attrait de ces havres d'heureuse abondance où règne une pérennité séculaire. Aujourd'hui encore, le voyageur moderne y peut respirer cette même atmosphère de quiétude heureuse.
Mais, en pittoresque aigu, les monts de l'Anti-Atlas, au-dessous de la plaine du Sous, l'emportent probablement sur tous les autres sites. Il faut avoir vu
au cœur du massif, dans la fraîcheur du printemps, la lumineuse vallée des Ammeln toute brillante de ses amandiers en fleur sur le fond rouge et violet des roches du Lekest évoquant la majesté des Cordillères des Andes, pour savoir à quel point peut jouer la merveilleuse magie des couleurs.
Plus  au  sud,  le  long  des  monts  du  Bani,  s'étire ce chapelet des dernières palmeraies auxquelles va si bien le joli nom de ports sahariens. Au delà, il n'est plus rien, en effet, plus rien que l'immense mer de sable du Sahara, précédée  par le  désert  de  la  hammada   d'où  toute vie sédentaire   est bannie.   Mais,  si   les   sites   sont   remarquables,  il est peut-être un aspect de ce curieux pays plus  attachant  encore  :  l'étonnante  variété  des  populations   qui    l'habitent.    C'est   avec   l'expérience   d'un artiste   ayant   longuement   étudié   les   divers   groupes ethniques   du   Maroc   que  je   signale   aux   amateurs  de folklore   pur  ces   régions   qui   ont   échappé   comme  par miracle, jusqu'à nos jours, à toute influence du dehors. « Le pays des femmes bleues », dit-on. Les femmes du Sud portent, en effet, le drapé de cotonnade bleu indigo, l'ancienne « guinée » chère aux grands nomades, et cette étoffe,  à  la   couleur  volontairement  mal   fixée,   déteint sur  la   peau   des   femmes  qui   éprouvent   une  véritable coquetterie à s'en trouver toutes bleuies. De nombreuses montagnardes  restent  pourtant   fidèles  à  leurs  tissages de   laine ;   elles   trament   encore   pour   elles-mêmes   de magnifiques « haïks » rebrodés de points savants, pièces folkloriques  de  haute  valeur.  C'est  dans  les  vallées et les  palmeraies  que  toutes  les  femmes  sont  «  bleues », mais leurs savants drapés,  qui  nécessitent  parfois  plus de 30 mètres de cotonnade, varient dans chaque tribu. Les femmes de la population harratin, groupe fortement métissé de sang noir, ne sont pas les moins coquettes ; l'harmonie   parfaite   de   leurs   gestes   de   porteuses   de cruches évoque à tout instant la pureté de la statuaire antique. Mais comment décrire en quelques lignes l'étonnante diversité des cultures extraordinaires qui changent d'une fraction à l'autre, l'abondance des bijoux d'argent rehaussés   d'émaux   et   de   nielle,   agrémentés   d'ambre et de pierres aux pouvoirs bénéfiques,  tous les joyaux qui scintillent au cours des grandes réjouissances populaires ?
Heureux les privilégiés qui peuvent, au hasard du voyage, jouir de tant de découvertes; mais cette joie rare, jusqu'alors si mesurée, devient chaque jour un peu plus accessible. Des auberges s'ouvrent dans la montagne, des gîtes d'étape offrent un abri confortable aux grands touristes à Tinerhir, à Ouarzazate, à Tafraout-des-Ammeln. D'autres ouvriront demain et l'extrême Sud-Marocain, hier encore à peine exploré, se livrera doucement à la curiosité de ceux qui demandent au voyage mieux qu'une évasion organisée dans un confort sans surprise : une part d'imprévu et une pointe d'aventure.

JEAN BESANCENOT.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:47

page 45


- Au début de la guédra, la danseuse est complètement voilée.

LA GUEDRA



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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:48

page 46


A   Madame   et   au   capitaine  Salvy.

LA   guedra  se   danse sur  les   confins  du Maroc, aux frontières   de   Mauritanie,   chez   les  nomades.   Les femmes   y   sont   belles   et   de   grande   race  ;   les cotonnades dont elles se drapent, chargées d'une couleur intense, donnent à leur peau une patine bleuâtre ; leur profil   se   dérobe   derrière  un  rideau   de nattes serrées. C'était   dans  un  poste  du  Sud ; après  le  dîner,  on nous   fit   passer   sur   la   terrasse,   de   l'autre   côté   des lumières.   Ici la flamme des bougies révélait au hasard un   drapé,   un   bracelet,   le   geste   d'un   bras   sinueux.
Un cercle d'hommes se forma. Au milieu du cercle, accroupie, la danseuse hermétiquement voilée, inquiétante pyramide d'étoffes.
Le rythme ne vient pas tout de suite, une femme se saisit du tambour, injuriant entre ses dents serrées les hommes incapables ; il y a des arrêts, des reprises, puis, tout à coup, tout se déclenche en même temps, au milieu des clameurs monotones.
La femme avance et recule, glissant sur les genoux, sans sortir du cercle. Elle reçoit sur elle, comme une cataracte, les voix, le claquement des grandes mains brunes. Elle plie en avant, en arrière, agitée de ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:49

page 47



- Quelquefois la guedra se danse à deux ; les mouvements forment alors  une sorte de contrepoint.
- Peu à peu, le voile glisse et découvre un petit visage couleur d'or aux yeux  toujours   clos.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:51

page 48


- Une danseuse noire esquisse une guedra debout : cette  position  est assez  rare.
- Comme dans la danse aux sept voiles de Sahmé, quand la guedra s'achève le buste de la danseuse émerge de ses voiles détachés. (Texte et croquis de A. DELFAU)


... soubresauts et ses doigts flexibles, pointus, dessinent en même temps une écriture raffinée et obscure. L'étoffe glisse peu à peu : on voit apparaître un petit visage couleur d'or, aux yeux fermés, endormi par le sifflement de ses nattes.
C'est la violence des premiers âges, l'agitation d'un sac plein de vipères, la Vénus primitive ; et soudain la grâce, la faiblesse. Ses voiles la suivent avec des ondulations marines, loin d'elle, encore parcourus par les frémissements de la danse.
Nous avons vu la Douceur, l'Expérience, la Noblesse. C'était autant de danseuses aux noms étranges: Rhaddouj, Zeïna, Moucha.
Danse après danse, chacun s'enfonçait plus avant dans quelque chose d'élémentaire. Et, quand, vers le matin, on nous rendit à l'Europe et à nos conventions, nous ne les reconnûmes pas tout de suite.
ANDRE DELFAU.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:52

page 49


- La propriété de M.  Majorelle, à Marrakech.
- Dans le  parc de la  demeure du  baron L. de la  Fontaine.


Interférences...
CRITIQUE  DÉCORATIVE

L'ARCHITECTURE a été bien servie au Maroc et continue de l'être. Les grands édifices publics : palais de justice, hôtels des postes, hôpitaux, écoles, administrations, ont été conçus dans un style à la fois noble et sobre dont nous trouvons bien peu d'exemples en France. Les grands immeubles blancs de Rabat et de Casablanca, divisés en appartements, avec leurs balcons avancés, leurs terrasses fleuries, leurs larges baies vitrées, sont d'un modernisme de bon aloi, sans excès, et concilient le confort et l'harmonie des lignes.
Les villas d'Anfa, qui dominent Casablanca, celles de Marrakech, que l'on construit, nombreuses, dans la Palmeraie, ont généralement une belle apparence, soit qu'elles s'inspirent, par les colonnades et les patios, de l'architecture locale, soit que, plus simplement, elles aient l'aspect de modernes habitations pour les régions méditerranéennes.
Quand on pénètre dans ces maisons de « colons » ou d'industriels, on est, par contre, fâcheusement surpris de constater, bien souvent, que le goût est resté à la porte et que le contenu ne répond pas au contenant. Ici, c'est un mobilier disparate et vétuste où le macramé des coussins voisine avec les franges des rideaux ; là — et le plus fréquemment -- c'est un mobilier que l'on croirait fourni par tel fabricant en grande série, accompagné de rampes d'escalier médiocres et de motifs en bronze sans qualité. Trop de salons, de salles à manger et de vestibules sentent le style Exposition Coloniale ou celui des hôtels meublés.
Il y a, d'ailleurs, même à la Résidence Générale, un salon qui évoque fâcheusement le hall d'un « palace ».
Et pourquoi ne pas dire aussi que dans certains somptueux palais de notables marocains, à côté d'admirables mosaïques ou de ferronneries précieuses, on voit des banquettes et des coussins revêtus de tissus dont les dessins et les teintes sont indignes du décor ?
Si de bons architectes français ont travaillé et continuent de travailler au Maroc, il semble que l'on ait cru pouvoir se passer de décorateurs. Il est temps -- il est grand temps — que des spécialistes de chez nous soient appelés en consultation, et nous signalons à nos amis la vaste mission qu'ils ont à remplir là-bas.
Ils diront aux propriétaires de ces magnifiques villas, de ces charmantes habitations ce qu'il faut faire et ne pas faire. A chacun son métier. Ils leur diront que les couleurs du Maroc - - en dehors de ce rouge, ressassé - c'est surtout le parme, le blanc bleu et le tango ; et les tons des murs et des tentures s'inspireront de cette gamme. Ils leur diront aussi comment on peut se meubler au Maroc.
Certes, les meubles d'époque amenés de France, le rustique Louis XV ou Louis XVI, ou les styles Restauration ou Louis-Philippe, sont admissibles dans un cadre moderne ; mais, dans ce pays neuf, c'est bien plutôt vers un moderne frais et gai qu'il conviendrait de s'orienter. Et ces villas toutes récentes s'accommoderaient bien mieux de rabane ou de chintz que de soieries, de fer forgé que de bronze, de poteries et de céramiques que de moulures en plâtre et de biscuits de Saxe.
Belle perspective pour nos artistes : y ont-ils pensé ? Combien d'ensembles et d'objets exposés dans les salons et les vitrines de Paris trouveraient là-bas leur place ! Toute une clientèle de mécènes persuasibles attend ces créateurs de notre art contemporain.
P.  DE  F.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:54

page 50


- La porte de la casbah des Oudaïas, à  Rabat.
- Vue extérieure de la maison du côté sud.

Dans la casbah des Oudaïas
Une maison française

UNE intéressante osmose se réalise au Maroc en matière d'habitation : tandis que les Européens créent pour leur vie quotidienne un cadre inspiré de l'art marocain et que certains viennent même s'installer au sein des villes indigènes, les Marocains demandent à profiter du confort européen. Et c'est, de nos jours, l'idée maîtresse de notre urbanisme au Maroc que d'améliorer l'habitat indigène, excellent programme qui ne doit pas cependant faire négliger les constructions de maisons pour Européens, ni surtout celles de nouveaux hôtels, indispensables à l'essor et même à la simple reprise du tourisme.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 16:08

page 51


- La   porte   du   pavillon   des   hôtes,    sur    le jardin, et l'escalier conduisant à la terrasse. (Phot. J. Belin)
- La  chambre  gris  pâle  de  Mme   Liouville.   Tapis  ancien  de Rabat,  gris et  bleu, poteries anciennes  de Fès,  bleu et  blanc. (Phot. J. Belin)


De cette interpénétration, dont nous parlions pluss haut, nous allons donner ici quelques exemples : voici d'abord une maison que deux Français habitent, à Rabat, au cœur même de la casbah des Oudaïas. Le docteur et Mme Liouville la firent construire eux-mêmes par des ouvriers marocains. Toutes les zelliges, ainsi que de vieilles portes, furent achetées à Fès, tandis que les fers forgés et les colonnes étaient exécutés à Salé. La variété des plans et des étages contribue au charme de cette habitation, dont les terrasses offrent une admirable vue sur Rabat et Salé que sépare le cours du Bou-Regreg et sur la mer.




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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 16:10

page 52


- Le living-room. Au fond, la porte donnant sur le jardin.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 16:13

page 53


- Dans le patio, le vieux figuier autour duquel a été reconstruite la maison. L'encadrement de la fontaine est fait d'une pierre datant de l'époque des Almoades.
- Une terrasse fleurie avec la vue de Salé.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 16:15

page 54


- Vue de la chambre de Mme Liouville sur le Bou-Regreg et la tour Hassan.
- La porte d'entrée de la maison est   une   boiserie   ancienne.
- La loggia du riad en été.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 16:16

page 55


- La villa du vicomte de Breteuil, où M. W. Churchill fit   un   séjour   de   convalescence   pendant    la guerre.
- A gauche, la bibliothèque contient les dernières éditions de livres et de revues parisiennes. Au fond, la chambre et la salle de bains. (Phot. Pigneux)

à Marrakech :
la  villa   d'un Français
le salon d'un Caïd



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Plaisir de France spécial MAROC
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