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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

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Paul CASIMIR




MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Sam 4 Oct - 8:56

page 26
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Le fait qu’il y ait transition entre ces pièces soi-disant chelléennes très roulées et les pièces fraîches démontre simplement que l’utilisation du poudingue a duré pendant un temps assez long. En résumé, mon opinion, que je pense très fortement motivée, est que toutes ces pièces sont, en gros, contemporaines ; il n’y a là qu’une seule industrie et, en vertu du principe « qui peut le plus peut le moins », celle-ci est, contrairement à ma première détermination, acheuléenne inférieur.

Récemment M. l’Abbé BRETJIL est revenu sur la question (1951, p. 126) et, pour rendre compte de la présence de l’Acheuléen frais en profondeur, met en avant l’hypothèse suivante : « Sur la plage de galets (qui a remanié un vaste atelier à bifaces et à éclats clactoniens très différents de ceux de Sidi-Abd-er-Rhamane) l’homme acheuléen est venu à son tour tailler d’innombrables outils, n’hésitant pas à fouiller le gravier pour trouver du bon matériel et à laisser s’enfouir ses outils... Cette explication est à mon sens trop romancée pour qu’on puisse scientifiquement en tenir compte.


D - L' ACHEULEEN SUPERIEUR


La belle limande acheuléenne, caractéristique de cette industrie, est un objet facile à reconnaître. Elle est très rare, mais les pièces qui en approchent sont fréquentes et permettent d’affirmer que cet étage est bien représenté (en particulier aux environs de Casablanca) aussi bien en profondeur qu’en surface. Malheureusement, aucun gisement n’a encore été étudié. Nous signalerons les plus importants.

Station Halioua ou d’Aïn-Sebaa-Beaulieu (ANTOINE, Répertoire, n° 16). Le gisement est situé dans une lette interdunaire ; les objets, recueillis par LEQUEUX, ont été déposés au Musée de Casablanca.

Station des réservoirs à mazout (ANTOINE, Répertoire, N° 107). Sur les chistes verts d’Oukacha se trouvaient environ deux mètres de calcaires pulvérulents recouverts eux-mêmes par les limons rouges supérieurs. C’est vers la limite de séparation, très fortement ondulée, que gisaient les pièces, tantôt dans le calcaire blanc, tantôt dans les limons. Les séries recueillies soit par moi-même, soit surtout par le lieutenant CLÉMENT devaient être étudiées par ce dernier et publiées dans notre Bulletin. Muté en France, notre collègue n’a pas mis son projet à exécution et j’ignore ce que sont devenues les pièces, sauf une belle amande en ma possession.

Gisements de l’oued Bouskoura, mis récemment à jour par les travaux d’établissement des égouts dans le faubourg du Maarif à Casablanca. Partout où ces tranchées ont atteint les alluvions de l’oued j’ai trouvé des traces d’industrie. Un de ces gisements sera étudié prochainement ; je ne signalerai pour le moment que l’abondance des sphéroïdes en pierre (percuteurs ?) dont l’un, absolument hors de la norme, mesure 14 cm. de diamètre et pèse près dé quatre kilogrammes.

Dans le Maroc oriental nous citerons le gisement d’Aïn Fritissa dont FORRER et RUHLMANN ont étudié quelques pièces (1939). Postérieurement à cette publication, RUHLMANN a fouillé le gisement. Les caisses qui sont au Service des Antiquités contiennent un mélange d’Acheuléen splendide et de non moins bel Atérien. J’ignore s’il y avait une stratigraphie.

Acheuléen saharien. — Il remonte assez près du grand Atlas. Je l’ai reconnu à l’Hassi Chamba (moyenne Daoura), RUHLMANN l’a signalé entre Taouz et Zegdou. Le piton de Zegdou m’a fourni un emplacement intéressant en ce sens que le biface classique manque complètement et que seul existe le hachereau, pièce avant tout saharienne mais qui se présente cependant sporadiquement dans le Maroc atlantique.





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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Sam 4 Oct - 9:09

page 27
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

Citons encore le gisement de Ouarzazate (flanc sud du Grand Atlas central) en place dans un poudingue alluvionnal de l’oued Draa. Ici, pas de vrais hachereaux à tranchant perpendiculaire au grand axe, mais des « pseudo-amygdaloïdes, bifaces d’allure classique, obtenus en partant d’éclats détachés d’énormes nuclei. C’est en somme une réapparition de la méthode clacto-abbevillienne.

Stratigraphiquement l’Acheuléen casablancais se trouve soit dans les calcaires pulvérulents, soit inclus dans la croûte supérieure, soit, en cas d’altération des ces deux formations dans les limons rouges supérieurs. Il peut être considéré comme correspondant en gros à l’Ouljien de GIGOUT et serait, par suite, immédiatement antérieur à la régression wurmienne. Sa limite inférieure est inconnue.


E - LES INDUSTRIES A ECLATS


Dans toutes nos industries préwurmiennes on trouve, associés aux bifaces, des éclats utilisés, soit débités intentionnellement, soit simples déchets de la taille des bifaces. Mais aucun gisement, aucune station ne présente l’éclat seul, à l’exclusion du coup de poing, sauf peut-être la couche J de Sidi Abd-er-Rhamane.

a) Le Clactonien. — Il n’y a pas de Clactonien au Maroc. L’éclat clactonien fait partie intégrante du Chelléen dans le Clacto-abbevillien de Sidi-Abd-er-Rhamane et de l’Acheuléen inférieur à la carrière Martin (30).

b) Le Tayacien dit « archaïque. — MM. NEUVILLE et RUHLMANN ont recueilli à Sidi-Ab-er-Rhamane deux petits ensembles sur lesquels ils ont posé l’étiquette Tayacien. J’ai déjà expliqué (1948) que cette détermination m’apparaissait comme ayant le maximum de chances d’être inexacte. Cette opinion a été exprimée dans une revue peu répandue chez les préhistoriens, au surplus elle a été attaquée depuis, aussi pensé-je qu’il n’est pas superflu d’exposer à nouveau en détail mes raisons, d’autant que la question est assez importante pour qu’on s’y attarde quelque peu.

Reportons-nous aux textes des auteurs (1941 b.) ; (je soulignerai les passages importants).

A propos du Clactoabbevillien : « C’est à la surface de ce cordon littoral, la couche M, que se trouvaient les outils taillés, recouverts toutefois par un faible lit de galets allogènes. Nettement en place, ils étaient à la fois cimentés au poudingue et pris dans le gravier » (p. 50, lin. 10).

A propos du Tayacien archaïque (p. 76) : « A part les éclats de grand format précédemment passés en revue (il s’agit des éclats clactoabbevilliens), ce même niveau nous a également fourni quelques autres de dimensions moyennes et petites. Celles-ci sont en effet comprises entre 3 et 8 cm. avec une moyenne de 5 cm. Séparés des premiers par le cailloutis qui recouvre et enrobe l’industrie clactoabbevillienne proprement dite, les éléments constituant ce petit lot (48 ex.) ont été recueillis soit à la surface soit dans la masse de ce faible dépot.



________

(30) Dans ce dernier gisement, M. l’abbé Breuil signale (v. plus haut) que les éclats clactoniens sont très différents de ceux de Sidi Abd er Rhamane. Malheureusement, et ç’eut été le plus intéressant, il ne dit pas en quoi. J’ai écrit moi-même (1948) que je ne les voyais pas « franchement clactoniens ». Une précision de la part d’un homme qui a vu tant de choses eût été des plus utiles.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Sam 4 Oct - 9:19

page 28
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

Ces éclats... ont été taillés non sur enclume mais au percuteur manuel de pierre... Ces pièces se différencient du reste de Voutillage clactoabbevillien non seulement par leurs dimensions mais aussi par une légère usure de leurs arêtes qui leur donne un air bien à part ». Ce sont ces éclats que les auteurs déterminent : Tayacien archaïque.

Etud!ons maintenant les trois aspects du problème en fonction des données fournies par ces deux textes en fait plutôt obscurs (31).

1° aspect stratigraphique. — Les deux industries y apparaissent nettement en mélange. Le cailloutis fluviatile est très mince, c’est un « faible lit »; à la page 43 il n’est même pas distingué du poudingue M, lequel est simplement dit présenter « dans sa partie supérieure quelques éléments allogènes et petits galets d’origine fluviatile ». Or, d’une part, les outils clactoabbevilliens sont « enrobés » ou « pris dans le gravier » et, d’autre part, les éclats tayaciens « ont été recueillis soit à la surface soit dans la masse de ce faible dépôt ». Au reste les auteurs ont bien écrit : « Ce même niveau nous a également fourni ». La juxtaposition apparaît donc nettement ; les mots « séparés des premiers » qui indiquent une superposition sont absolument incompatibles avec le reste du texte, ils expriment une idée qui est, comme je l’ai déjà dit, plus dans l’esprit des auteurs que dans la réalité.

2° Aspect archéologique. — Pour justifier leur séparation, ils se sont d’abord adressés aux dimensions : « A part les éclats de grand format... » Les Clactoabbevilliens sont donc supposés a priori n’avoir pas employé d’éclats au-dessous d’un certain gabarit ; cette exclusive apparaît difficilement justifiable. Puis à la technique : « Ces éclats ont été taillés non sur enclume mais au percuteur de pierre... ». Ce caractère n’a pas plus de valeur puisque, à la page 60, ils nous informent que « le percuteur manuel de pierre... est intervenu... dans la retouche des faces... » des coups de poing Clactoabbevilliens de type classique. Quant à la morphologie même, ils n’en parlent pas puisque, précisément, le caractère essentiel du Tayacien est de ne pas présenter de pièces bien définies. Reste donc « la légère usure qui leur donne un air bien à part ». C’est peu, et, au surplus, s’ils sont plus usés que le Clactoabbevillien ils seraient plutôt antérieurs que postéireurs, comme le prétendent les auteurs.

3° Aspect chronologique. — Le Tayacien européen se place dans l’interglaciaire Riss-Wurm. Quelle que soit la place que l’on accorde au poudingue M (elle va du Milazzien ou Calabrien), sa postériorité, par rapport au Tayacien archaïque, est telle que cet écart suffirait presque à lui seul pour interdire toute assimilation.

En résumé, ma conviction absolue est que ces 48 éclats représentent simplement un outillage secondaire des Clactoabbevilliens. Au reste, les auteurs sont-ils eux-mêmes tellement convaincus du bien fondé de leur discrimination ? On peut en douter quand on voit le scripteur du paragraphe consacré à cette pseudo-industrie écrire (p. 76) que ces éclats diffèrent « du reste » de l’outillage ou. de l’industrie clactoabbevillienne « proprement dite ». L’idée de l’unité de l’ensemble y transparaît nettement, enfouie dans le subconscient mais cependant, présente.

Parlant ici de Préhistoire marocaine je me suis étendu assez longuement sur un sujet que jë considère important.


________

(31) Cette obscurité devient un véritable écueil pour un étranger. Quand M. Zeuner (1946, p. 179) écrit « Sicilian beach with rolled Abbevillian in the marine deposit. On the beach, Clactonian », doit-on le tenir pour responsable ? Textes confus d’un côté, faits incorrectement rapportés de l’autre (v. notes infrapaginales), il n’en faut pas plus pour voir s’implanter les conceptions les plus contraires à la vérité.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Sam 4 Oct - 17:00

page 29
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

Proposée par un historien comme Neuville, acceptée par un maître comme ¡’abbé BREUIL, la notion d’un Tayacien marocain archaïque risque de s’implanter et finira par être impossible à déraciner. Or je la crois fausse. Certains auteurs sont probablement de mon avis car, ayant à parler du Maroc et de Sidi Abd-er- Rhamane, ils passent cette industrie complètement sous silence. C’est une autre façon de faire ; ce n’est pas la mienne. J’estime qu’un savant dont on n’accepte pas les idées a droit à des explications. La recherche de la vérité passe avant une soi-disant courtoisie le plus souvent d’ailleurs de mauvais aloi.

c) Le Tayacien dit typique, de NEUVILLE et RUHLMANN. — Localisé à la base de la couche J, il se place, d’après les auteurs, au début de la transgression milazzienne (début du Pluvial II dans leur tableau de la page 137).

Quoique moins affirmativement, on me permettra de penser que la pauvreté du matériel recueilli : 1 nucléus, 8 éclats et 8 divers, est telle qu’il apparaît imprudent d’en faire état, et je ne suis pas seul de mon avis (BORDES et BOURDON, 1951, p. 2, en note). Ce Tayacien est au Tayacien périgourdin ce que serait une vertèbre coccygienne d’anthropoïde à un squelette entier d’Horao sapiens. Au reste, si réellement des Tayaciens ont existé au Maroc on retrouvera bien leurs traces un jour ou l’autre.

d) Le Levalloisien. — Un Levalloisien, qualifié très précisément de « moyen» (sur quels critères ?) par RUHLMANN (1945) aurait été découvert dans les calcaires pulvérulents, sous les espèces de trois ou quatre éclats de quartzite. Aucun ensemble Acheuléen supérieur — dont c’est précisément la place — n’ayant encore été étudié, il est possible (voire probable) qu’ils fassent partie de l’outillage secondaire de ce dernier.

Le Levalloisien, qui paraît en fait absent du Maroc atlantique littoral en tant qu’industrie autonome préwurmienne, existe peut-être dans l’intérieur : région de Marrakech. Il convient d’attendre la publication des recherches de M. BERTHÉLÉMY. Pour ma part, le seul emplacement véritablement levalloisien que je connaisse n’est pas strictement marocain ; il est situé aux environs de Goulimine sur le flanc sud de l’Anti-Atlas occidental. C’est un ensemble à grands éclats et à grandes lames qui mériterait une étude détaillée (32).


CHAPITRE II

LE WURMIEN

La question des limons rouges supérieurs

Le Wurmien étant une période régressive, les sédiments sont uniquement continentaux. Dans mon essai de 1948, le paragraphe consacré à cette époque était un des plus positifs et les données exposées pouvaient paraître acquises de façon définitive. Du point de vue géologique j’admettais, avec ARAMBOURG, que le sédiment wurmien était constitué par les limons rouges supérieurs ; du point de vue archéologique j’acceptais intégralement les conclusions de NEUVILLE et RUHLMANN (1941 b.), à savoir que l’industrie de ces limons était « du haut en bas micoquienne ».

Depuis cette date des observations nouvelles ont été faites qui remettent tout en question. Le problème se présente sous trois aspects.


________

(32) J’ai rapporté de Goulimine une caissette de matériaux déposés au Service dés Antiquités. Pour une étude vraiment scientifique il conviendrait de retourner sur le terrain et de vider la station qui, quoique assez riche, n’est cependant pas considérable.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Sam 4 Oct - 17:05

page 30  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


A - Aspect géologique.


Le Quaternaire marocain se termine généralement, en particulier à Casablanca, par les trois horizons suivants qui sont de bas en haut :

a) les calcaires pulvérulents,
b) la croûte supérieure,
c) les limons rouges superficiels.

Ce sont trois roches d’origine chimique dont la formation, en relation à peu près certaine avec le climat, a suscité pas mal de controverses. Le fait qu’il y a plusieurs croûtes principales montre que les circonstances qui leur ont donné naissance revêtent, quelles qu’elles soient, une certaine périodicité d’ailleurs démontrée par M. GIGOUT (1951 a.).

Les limons rouges superficiels ou supérieurs — par opposition aux limons rouges inférieurs de Temara — couvrent d’un manteau plus ou moins épais (0,30 à 2,50 m. environ) toutes les formations antérieures, sauf là où le ruissellement ou les actions éoliennes ont dénudé celles-ci et mis la croûte à nu.

Ils ont été considérés le plus souvent, et nous sommes d’accord, comme résultant de la décalcification d’une roche mère calcaire. M. GIGOUT (1851 a, p. 202) semble ne pas adhérer intégralement à cette opinion ; d’autre part il écrit (ibid. ligne 35) que ces limons « sont postérieurs à la croûte ». Nous serions plutôt partisan d’une chronologie inverse, Mais voyons les faits.




Fig. 3 : Coupe vieille route de Mazagan. — Limons rouges supérieurs autochtones, croûte et calcaire pulvérulents. (Longueur de la tranchée ; une trentaine de mètres).


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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Dim 5 Oct - 9:06

page 31
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


J’ai donné récemment (1951) une coupe présentée par un talus de la nouvelle route de Mazagan. Elle montre, entre les calcaires pulvérulents et les limons rouges, une surface de séparation ondulée et fossilisée par la croûte. Un cordon de galets rectiligne mais légèrement incliné sur l’horizontale est inclus dans les calcaires au Sud et passe vers le Nord, sans modification, dans les limons. Plusieurs observations analogues ont été faites ces derniers temps par mon jeune disciple, M. BIARD. Je reproduis ici avec son autorisation la coupe la plus démonstrative. Elle a été relevée vieille route de Mazagan en un point qui, sur la carte au 50/oooème (feuille Casablanca), se place exactement au Sud de l’agglomération d’Anfa Supérieur, au-dessus du « Dar » de Dar Brahim. Comme dans le cas précédent on y voit les limons rouges, plus épais à droite de la figure, reposer sur les calcaires pulvérulents, suivant une ligne très irrégulièrement ondulée et formant même sur la gauche une espèce de seuil. Ici il y a deux cordons de galets qui passent, sans modification, des calcaires aux limons. Des noyaux calcaires isolés (encroûtant parfois les galets) s’observent dans les limons aux approches du seuil ; ils disparaissent complètement vers l’autre extrémité.

Ces deux coupes m’apparaissent comme très explicites. Elles démontrent que les limons rouges résultent bien de la décalcification des calcaires auxquels ils se sont partiellement substitués. Cette décalcification, due aux eaux d’infiltration, correspond évidemment à une période de précipitations abondantes pendant laquelle les sels dissous, entraînés vers le bas, ont surcalcifié la roche mère primitive (ici, probablement, la dune consolidée), la transformant en calcaire pulvérulent ; le phénomène se poursuit tant que persiste le climat qui le conditionne. Dès que celui-ci cède la place à une période sèche, un phénomène inverse se produit, les sels remontent par capillarité et fossilisent par une croûte les irrégularités de la surface de contact (33).

En résumé, la formation des limons rouges supérieurs date du Wurmien et la croûte supérieure aurait commencé à se former dès la fin de la période pluviale.

La destinée de ces limons une fois formés est variable. Dans les deux coupes dont nous venons de parler ils n’ont pas bougé, ils sont encore en place, nous dirons qu’ils sont autochtones. Mais, essentiellement meubles , ils pourront être entraînés par les eaux de ruissellement ou même par le vent pour aller se déposer ailleurs, donnant ce que nous appellerons des limons allochtones.

Et ceci nous amène à notre second paragraphe.



________

(33) Pour beaucoup d’auteurs, la croûte résulte de la précipitation vers le bas des sels dissous et elle s’accroît par sa face supérieure. Telle était également mon opinion jusqu’à ces derniers temps. Mais il paraît (Bourcart 1938, cité par Neuville et Ruhlmann 1941, p. 115) que la croûte est imperméable. Dans ce cas, l’enrichissement en calcaire des couches sous croûte par un apport venu d’en haut devient inexplicable. Difficilement explicables également sont alors les ondulations de la surface de contact. Il faudrait admettre que cette surface correspond au lieu géométrique (si l’on peut dire) des points où les premières eaux de décalcification ont atteint leur maximum de concentration. Là aurait pris naissance la première pellicule crustacée. Celle-ci serait donc apparue très tôt, à un moment où la roche mère était encore à peu près homogène au-dessus et au-dessous. En temps de pluie, il se serait alors formé une sorte de nappe aquifère sur croûte et, dans ce cas, il me semble que la décalcification aurait été inégale. Or, les limons rouges sont une roche absolument identique à elle-même sur toute leur hauteur. Je m’excuse si je commets ici une quelconque hérésie ; je déteste ne pas comprendre et je n’éprouve aucune honte à le dire.


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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Dim 5 Oct - 9:16

page 32
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


B - Aspect archéologique.


En 1948, j’ai admis avec NEUVILLE et RUHLMANN que les limons rouges supérieurs contenaient, « du haut en bas », une industrie micoquienne, laquelle était par suite wurmienne. Actuellement ces notions sont à reconsidérer.

Soit un limon rouge autochtone fertile. Les outils (et les fossiles) qu’il contient sont ceux qui étaient déjà en place dans la roche mère. Leur âge est celui de cette roche, il est obligatoirement antewurmien. C’est ainsi que le cordon de galets de la nouvelle route de Mazagan m’a livré, dans sa partie incluse dans les limons, un coup de poing certainement antérieur au Micoquien. Il y a plus net. Notre collègue, M. LUQUET, a recueilli dans les fondations d’un immeuble, rue Coli à Rabat, une belle série de pièces indubitablement chelléennes, enfouies scus environ deux mètres de limons rouges, très homogènes et certainement autochtones (inédit).

Par contre, si le limon dans lequel se trouvent les pièces est allochtone, celles-ci dateront de l’époque du transport. Cette époque peut être wurmienne, elle peut être aussi postwurmienne. Les choses peuvent d’ailleurs se compliquer par la superposition de deux limons rouges d’origine différente : allochtone sur autochtone, ou même de deux limons allochtones d’âge différent. Enfin il ne faut pas oublier que quand un limon autochtone fertile est dispersé par le vent ou le ruissellement, les pièces qu’il contenait descendent par gravité jusque sur la croûte. Le fait, pour une industrie, d’être sur croûte ne saurait être tenu pour une preuve indubitable de son âge postwurmien. Et ceci explique la présence fréquente dans les stations superficielles casablancaises de pièces chelléo-acheuléennes sur croûte.

En résumé, on peut trouver, théoriquement, dans les limons rouges, toutes les industries, du Chelléen au Néolithique.

Nonobstant toutes ces incertitudes je pense que NEUVILLE et RUHLMANN sont tombés juste quand ils ont considéré que le Micoquien était l’industrie du Wurmien. La preuve nous en est fournie par les grottes de la falaise tyrrhénienne récemment mises au jour à Sidi Abd-er-Rhamane. Les remplissages de ces grottes sont, j’en suis convaincu, des limons rouges supérieurs amenés là au fur et à mesure de leur formation sur le plateau, à travers les orifices supérieurs. Ils sont le type même du limon allochtone. Or, les nombreuses pièces qui y ont été recueillies sur toute leur hauteur par MM. BIARD, BIBERSON, PLESSIS et moi-même sont incontestablement de même technique et facture que celles rapportées par NEUVILLE et RUHLMANN à leur Micoquien. Leur fraîcheur est remarquable ; on peut admettre qu’elles sont l’œuvre de l’habitant de ces grottes qui y a laissé également, sous forme d’os brisés et de dents (bovidés, équidés) les reliefs de ses repas.

Donc, en place dans des limons allochtones le Micoquien ne saurait être antérieur à l’époque de formation de ces limons. Admettre qu’il soit postwurmien est également difficile, ce serait exagérer jusqu’à l’invraisemblable la persistance, déjà considérable des industries du coup de poing au Maroc.

D’autre part, pour certains géologues marocains, les remplissages de Sidi Abd-er-Rhamane seraient à rattacher non aux limons rouges supérieurs, mais à la formation de Temara, c’est-à-dire aux limons rouges inférieurs rissiens. Si par là il faut sous-entendre que le Micoquien marocain est rissien, il m’est impossible de me rallier à cette opinion, car elle nous obligerait à admettre l’antériorité du petit biface cordiforme sur le grand biface allongé de l’acheuléen supérieur.







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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Dim 5 Oct - 9:26

page 33
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Tout en reconnaissant que la Préhistoire marocaine ne manque pas d’originalité, cette inversion dans l'évolution normale des industries me paraît impossible à envisager (34).


C - Aspect paléontologique.


Nous n’en dirons que peu de mots car, du fait que les strates limoneuses rouges sont d’âge très divers, il nous apparaît que la question doit être, elle aussi, reconsidérée et elle sort de notre compétence.

Pour ARAMBOURG (1952) la faune wurmienne est caractérisée en Afrique du Nord par l’apparition de formes eurasiatiques : Megaceroïdes algericus, Cervus elaphus, Rhinocéros Mercki, le Mouflon, des Ours.

Cette faune, écrit-il, accompagne toujours les industries Levalloiso-atériennes. Je ne suis pas tout à fait d’accord, pour ce qui est du Maroc, naturellement. A Tit-Mellil Megaceroïdes algériens, associé à Elephas atlanticus et à Hippopotamus amphïbius, se trouvait dans les boues rouges de la base du cône de résurgence en présence d’une industrie à coups de poing de quartzite. A El Khenzira, il est signalé dans la couche atérienne inférieure, mais la fouille a été faite à l’ancienne mode, et au surplus rien ne prouve que cette espèce soit apparue à ce moment précis et pas plus tôt. Enfin à Dar es Soltane les couches atériennes ont fourni une faune de caractère nettement subactuel (RUHLMANN 1951, p. 29).


Extension géographique.

Il est curieux de constater qu’à ce jour les industries de type Micoquien n’ont encore été signalées que des environs de Casablanca. En dehors des grottes de Sidi Abd-er-Rhamane j’ai trouvé un beau gisement de ce type dans les alluvions de l’oued Bouskoura (quartier de l’Oasis à Casablanca), et M. PLESSIS vient d’en découvrir un autre, encore plus riche et plus pur au kilomètre 13 de la route de Marrakech.



________

(34) Nous n’avons cependant pas le droit de refuser crédit à l’opinion des géologues. Deux hypothèses de conciliation peuvent être envisagées :
... 1° Certaines grottes, et en particulier celle que j’ai suivie (3ème en allant du S au N) se sont effondrées et n’ont communiqué par le haut avec l’extérieur que postérieurement aux autres) ;
... 2° Les remplissages (sauf toujours pour la grotte 3) ne sont pas homogènes et correspondent aux deux pluviaux).




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Dim 5 Oct - 9:38

page 34
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


CHAPITRE III



LE POSTWURMIEN

Si la période postwurmienne est de beaucoup la moins longue (un quarantième au plus des temps préhistoriques), elle est, par contre, de beaucoup la plus vivante, par le plus grand nombre de civilisations qui s’y succèdent et surtout par la variété et la richesse croissante du matériel utilisé dans chacune d’elles et qui, de progrès en progrès, va nous mener aux portes de l’Histoire.

La fin du Wurmien coïncide au Maroc avec la disparition des civilisations du coup de poing qui s’y sont maintenues, avec notre Micoquien, beaucoup plus tardivement qu’en Europe.

La chronologie des industries, en dehors de quelques rares renseignements livrés par les basses terrasses fluviátiles, va maintenant être basée avant tout sur l’état d’évolution des ensembles. Toutefois, un élément de contrôle de première importance est constitué par les sédiments des grottes. A Dar es Soltane, près Rabat, par exemple, nous n’avons pas moins de sept mètres de dépôts, alternativement stériles et fertiles, allant du Wurmien à l’actuel. Ce site est réellement, comme je l’ai écrit récemment, un véritable livre ; « écrites ou blanches, toutes les pages comptent et celles-ci (nous en aurons la preuve plus loin) ne sont pas moins importantes que celles- là ». Aussi avons-nous jugé indispensable de reproduire ici la coupe relevée par RUHLMANN ; nous aurons à nous y reporter fréquemment (figure 4).

D’autres cavités ont également fourni leur apport de documents : Khifan bel Rhomari près Taza (Campardou 1917), El Khenzira près Mazagan (RUHLMANN, 1936). Bientôt viendra s’y ajouter la grotte de Taforalt près Berkane (Maroc oriental), dont la fouille, commencée par Ruhlmann et le Père BIENVENU, se poursuit actuellement sous la direction de M. l’Abbé ROCHE.


LA PERIODE ATERIENNE

J’ai consacré entièrement une de mes dernières notes (1950 b.) à l’exposé de mes conceptions sur l’Atérien marocain, lesquelles sont nettement en contradiction avec celles de RUHLMANN (1945) et de Miss CATON-THOMPSON (1947). Aussi serai-je le plus bref possible. On remarquera cependant que la publication intégrale du mémoire de RUHLMANN sur Dar es Soltane (1951) et l’étude de la station d’Aïn Djemaa m’ont amené à modifier légèrement mon précédent exposé.

DÉFINITION : L’Atérien est une industrie de technique moustérienne caractérisée avant tout par la présence d’un objet pédonculé à retouches (quand elles existent) unifaciales dit « pointe atérienne ». A cette pièce s’associe, au Maroc, une pointe genre feuille de saule, à retouches bifaciales étendues à toute la surface de la pièce ; c’est la pointe dite « tenuifoliée », plus rare d’ailleurs que la précédente. Elles furent un moment considérées, la première comme néolithique (néolithique berbéresquè de PALLARY), la seconde comme solutréenne, mais elles montrent l’une et l’autre une infériorité manifeste dans la technique d’obtention qui les fait reconnaître au premier coup d’œil. La pointe atérienne est évidemment une pointe de jet emmanchée. Un fait est hors de doute : dans la fabrication de cette pièce, c’est le pédoncule qui est travaillé le premier aux dépens de la base de l’éclat (35).



________

35) La pièce représentée par Ruhlmann à la page 138, fig. 21, N° 8, de son travail sur Dar es Soltane, avec le plan de frappe opposé au soi-disant pédoncule, est une grossière erreur de détermination.


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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Dim 5 Oct - 9:43

page 35
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

Tous les chercheurs ont trouvé des pointes à limbe vierge (36) ; l’apex est toujours aigu et les bords ont conservé intact le fil d’éclatement ; c’est à cet état que la pièce présente le maximum de puissance de pénétration et qu’elle a dû être d’abord employée, soit pour la chasse, soit pour la pêche.





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(36) A l’oued Djouf el Djemel (Algérie), M. Le Du (1934) en a même recueilli 60 sur un total de 134 peintes.


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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Dim 5 Oct - 17:51

page 36
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

On peut en déduire que toutes les pièces retouchées, et c’est l’immense majorité, doivent être considérées comme réparées après accident. Quand, malgré cette réparation elles ne peuvent plus être utilisées comme pointes de jet, rien ne s’oppose à ce qu’elles le soient comme grattoirs ou racloirs, A ce stade d’utilisation sont-elles encore emmanchées ? Nul ne saurait l’affirmer.

A ces deux pièces s’ajoutent : la pointe à main moustérienne typique, triangulaire ou ogivale, le racloir, simple ou double, rectiligne, convexe ou concave, quelques grattoirs (très rares), quelques lames et des nuclei préparés et, en principe discoïdes ; les éclats tirés de ces derniers ont un plan de frappe facetté et perpendiculaire sur le plan de la face d’éclatement dont le bulbe est toujours bien développé (37). Tout cela, qui constitue le fond, l’essentiel, de l’outillage atérien est, il faut bien le reconnaître, typiquement moustérien.

Si, sur les stations ou gisements étudiés, on cherche le rapport numérique entre les pointes atériennes et les pointes ténuifoliées d’une part, et les pièces constituant le reste de l’outillage ,d’autre part (nuclei compris), on s’aperçoit que le pourcentage des premières est très faible, surtout au début de la période (38). Et ceci nous amène à la question de l’existence réelle ou supposée du Moustérien au Maroc, étiquette qui ne peut être logiquement appliquée qu’à des ensembles indubitablement dépourvus des deux pièces en question. Or, dans le domaine que j’ai exploré et en particulier dans la zone atlantique littorale, toutes les stations que j’ai cru pouvoir à un moment donné qualifier de moustériennes, ou bien m’ont fourni ultérieurement du pédonculé, ou bien sont en fait trop pauvres pour qu’on en puisse rien conclure. Les remplissages inférieurs de la grotte de Kifan bel Rhomari à Taza ont livré un matériel déterminé comme Moustérien typique ; la chose est possible, mais les objets recueillis étaient-ils en nombre suffisant pour justifier cette conclusion ? C’est un point à vérifier.

En résumé, ma conviction très nette est que chez nous l’Atérien a succédé sans interruption au Micoquien et que le Moustérien n’y existe pas. Au reste, même en admettant que certaines hordes ou tribus n’aient pas connu (ou pas utilisé) la pointe pédonculée, jusqu’à quel point est-il justifié de les isoler des autres ? Qui sait si les Atériens, industriellement vrais ou faux, très éloignés dans le temps (et dans l’espace) des Moustériens européens ne s’en écartent pas également par leurs caractères raciaux ?

EVOLUTION. — L’Atérien marocain est loin d’être une industrie figée. La morphologie et la stratigraphie m’ont permis d’y distinguer cinq stades évolutifs auxquels on peut même aujourd’hui ajouter un ou deux stades de transition.



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(37) Je me suis livré dans mon étude sur le cône de résurgence de Tit-Mellil à une dissection assez poussée de cet outillage. Ceux que la morphologie intéresse pourront s’y reporter.

(38) Voici quelques-uns de ces pourcentages : Atérien I d’El Hank : 0,6 ; oued Gorea : 1,3 ; Aguelmane Sidi Ali (ma collection) : 4,5 ; Tit Mellil (couches A et A1) : 5,7 ; Atérien inférieur de Dar es Soltane : 13 ; Atérien supérieur de Dar es Soltane : 18. Sur les plateaux du Maroc central, la proportion est encore plus faible ; les stations occupant parfois des hectares, le calcul du pourcentage est irréalisable ; j’estime qu’à Kouribga il ne doit même pas atteindre 1 pour 1.000. II doit en être de même dans la région de Marrakech. Remarquons toutefois que ces chiffres n’expriment pas une réalité absolue, car bon nombre de ces pointes ont dû être perdues sur le terrain de chasse ou emportées au loin par le gibier blessé.





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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Dim 5 Oct - 18:03

page 37
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Atérien I. — Type : station superficielle du plateau de la carrière Martin à El Hank (ANTOINE 1932).

Outillage mixte avec forte prédominance des quartzites ; les silex, très fortement cacholonnés, ne comportent que des nuclei sans formes précises, des éclats utilisés en racloirs et quelques mauvaises pointes à main. Parmi les quartzites il y a de fort belles pièces et une abondance de grandes lames qui donnent à l’ensemble un faciès levalloisien incontestable, mais il y a aussi un éclat pédonculé et deux ou trois pointes ténuifoliées ; l’étiquette Atérien s’impose (39).

Les objets se trouvent en surface ou plus ou moins inclus dans une mince couche sableuse fortement humique et noirâtre (hamri) reposant sur la croûte supérieure et que je tiens comme représentant un limon rouge allochtone altéré. RUHLMANN considère que les pièces reposaient sur cette croûte et ont été ramenées en surface par la charrue ; la charrue enterre aussi bien qu’elle déterre. En tout cas, l’absence totale de patine ocreuse me fait tenir cet ensemble comme postérieur à la formation des limons rouges et datant tout au plus de l’extrême fin du Wurmien.
Le centre de dispersion de l’Atérien I me paraît être la région Sud- Ouest de Casablanca ; seule la station d’El Hank a fourni un ensemble étudiable.

Atérien I'. — Type : la station d’Aïn Djemaa (ANTOINE, Répertoire, station n° 92).

La station est plus signalée que décrite. Elle est extrêmement intéressante en ce sens que, présentant comme El Hank des pièces en quartzite et en silex, ce sont ces derniers qui constituent l’outillage principal (pointes à main, pointes pédonculées, etc.), (pas de pointe ténuifoliée), et les quartzites l’outillage secondaire. Aïn Djemaa est certainement postérieure à El Hank (40).

Je rapporterai à cet Atérien I’ la couche atérienne inférieure de Dar es Soltane (RUHLMANN 1951). Il suffit de feuilleter les planches consacrées à cette industrie pour constater ses caractères archaïques : assez forte proportion de quartzites et rusticité des pièces qui à l’exception de quelques pointes pédonculées plus soignées, ont un aspect plutôt fruste. Il n’y a pas de pointe ténuifoliée. RUHLMANN assimile cette couche au niveau suivant ; je la considère comme nettement antérieure et probablement contemporaine d’Aïn Djemaa.

Atérien II. — Type : Niveau inférieur atérien d’El Khenzira (RUHLMANN 1936) ;

Atérien III. — Type : Niveau supérieur atérien d’El Khenzira (ibid.).

J’ai déjà expliqué en détail ailleurs (1950 b.) que les différences existant entre ces deux horizons ont été manifestement exagérées. L’intercalation stérile (1,50 m. environ) qui sépare les deux foyers suffisait à elle seule pour justifier la séparation, sans y ajouter des artifices de présentation soit dans le texte (1936) soit dans l’iconographie (1945). Il est à souhaiter que l’étude des matériaux déposés au Service des Antiquités de Rabat soit reprise quelque jour afin d’arriver à une appréciation plus exacte du degré d’évolution manifesté par la couche supérieure (41).



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(39) Je rappelle que Ruhlmann (1945, pp. 36 et seq.) a posé sur cette industrie l’étiquette : Levalloisien supérieur. Pour justifier cet étiquetage, l’auteur se débarrasse purement et simplement des pièces qui s’y opposent. J’ai protesté en 1946 contre le caractère antiscientifique du procédé.

(40) Une étude sur l’Aïn Djemaa a été publiée par M. de la Roche (1943), mais l’auteur n’a pas vu les quartzites. Une étude complète sera publiée prochainement,

(41) Etant donné la nature de mes relations avec l’auteur après 1945, une telle étude m’était manifestement interdite.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Dim 5 Oct - 18:13

page 38  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Atérien IV. — Type : calotte supérieure du cône de résurgence de Tit- Mellil (ANTOINE, 1938).

L’Atérien du Maroc atlantique montre sur la fin un perfectionnement remarquable. La technique de débitage reste de type moustérien ; tout le progrès est dans la retouche. Jusqu’ici courte et écailleuse elle devient longue et plate (retouche par pression) et ne se limite plus au dos de l’éclat mais empiète souvent sur le plat ; la pointe ténuifoliée devient plus abondante et la pointe pédonculée classique s’accompagne de formes plus évoluées : la pointe marocaine (la première apparue) et la pointe pseudosaharienne. Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises on a l’impression nette d’un passage vers le Néolithique.

La réalité de cet horizon remarquable n’a pas été admise par RUHLMANN (42) et malheureusement son opinion a influencé Miss CATON-THOMPSON (1947), ce qui m’a obligé à une mise au point que l’on trouvera exposée dans ma note sur l’Atérien marocain (op. cit.).

C’est à cet Atérien IV que se rapporte la couche atérienne supérieure de Dar es Soltane. Bien que le mobilier soit pauvre, l’examen attentif des planches montre que la retouche plate et longue a été utilisée (fig. 33, n° 4 et 6, fig. 34, n° 2), la pointe ténuifoliée, étroite ou large, est proportionnellement assez abondante ; enfin il s’y trouve également une pointe marocaine (assez peu typique d’ailleurs).

Atérien V. — (Voir plus loin à la période ibéromaurusienne).

EXTENSION GEOGRAPHIQUE. — L’Atérien est une industrie à grande répartition (tout le Nord de l’Afrique et du Sahara). Au Maroc on le trouve à peu près partout, sauf au-dessus de 2.000 mètres. Parmi les autres stations intéressantes, étudiées ou non, nous signalerons les suivantes.

Maroc central. — Gisement en place de l’oued Gorea près Casablanca (ANTOINE, 1934 a), remarquable par la matière employée, un silex noir de jais, d’origine inconnue. Il se place entre les stades III et IV. — Station d’Aïn Takielt (ANTOINE, 1931), plus près de IV que de III.

Sur les plateaux de l’intérieur (Khouribga, Settat, Chichaoua, etc.), les industries atériennes présentent un aspect particulier. L’ensemble apparaît fruste, l’outillage est peu varié malgré son abondance extraordinaire ; ce sont d’innombrables racloirs, des grattoirs, les uns et les autres à retouches abruptes et perpendiculaires sur le bord de l’éclat (ANTOINE, 1930 a, Fig. 10), la pointe à main est rare, la pointe pédonculée rarissime, la pointe ténuifoliée manque. Tout raccord chronologique avec nos stades littoraux est impossible.



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(42) L’argument jugé massue par Ruhlmann est que ma distinction est uniquement morphologique et non vérifiée par une stratigraphie « impérative ». Je noterai au passage que, à propos de ses deux couches atériennes de Dar es Soltane, l’auteur a écrit (p. 67, dernière ligne et haut de la page 68) : « Ce sont là des critères qui attestent à eux seuls, c’est-à-dire sans tenir compte de la 'position stratigraphique de ce niveau, une évolution manifeste ». L’auteur accorde donc à certains arguments, quand il les utilise, une valeur qu’il leur refuse quand c’est un autre qui les emploie.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Dim 5 Oct - 18:25

page 39
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

Peut-être nous sera-t-il fourni par les recherches de M. BERTHÉLÉMY aux environs de Marrakech.


Moyen Atlas central. — Station de Ghabt el Bhar près Ifrane (RUHLMANN 1943) ; elle appartient aux stades II ou III. Station de l’aguelmane Sidi Ali (RUHLMANN 1933 et P.-H. KŒHLER, 1933). Site très riche empiétant sur III et IV.


Maroc oriental. — Station de Magdagh près Berkane (récoltes DEROIS, non publiées); c’est un Atérien remarquable, uniquement en quartzite, caractérisé par l’abondance, les dimensions et la beauté des pièces pédonculées. Son attribution à l’un quelconque des quatre stades ci-dessus ne saurait être faite sans étude complète du matériel. — Station de Si Ahmed Lhaabib, sur les bords de la Moulouya, non loin de Berkane, découverte par le capitaine LAFANECHÈRE (inédite) ; c’est un Atérien de type II ou III. L’intérêt de ce site réside dans ce fait qu’il est situé au pied d’un coteau au sommet duquel une petite anfractuosité a livré à l’inventeur un squelette en assez bon état ; il s’agit d’une sépulture intentionnelle. J’ai pensé longtemps que cet homme était lié à l’industrie qui l’entoure, mais la présence d’un fragment d’œuf d’autruche auprès du squelette infirme cette hypothèse, car ce fossile n’apparaît jusqu’ici au Maroc qu’avec l’Ibéromaurusien. Le crâne est entre les mains du professeur VALLOIS. Si c’est un Mechta el Arbi, la question est réglée, sinon la chose devient intéressante.

Extension verticale de l'Atérien. — En tant qu’industrie de typs paléolithique moyen, l’Atérien marocain présente (comme le Micoquien) un retard considérable sur les industries de même type de l’Europe occidentale (43). Son apparition au Maroc (au moins dans la zone atlantique) se place probablement, comme je l’ai dit, vers la fin du Wurmien. A El Khenzira comme à Dar es Soltane, les foyers inférieurs sont en effet situés au-dessus d’une couche plus ou moins épaisse de sédiments bruns ou jaunes qui correspondent à la période de formation des limons rouges supérieurs. La persistance de la teinte rouge au-dessus de la couche atérienne inférieure pourrait être interprétée comme une preuve que cet Atérien fait encore partie du Wurmien. L’hypothèse ne doit pas être repoussée catégoriquement mais on ne doit pas perdre de vue que ces remplissages sont éoliens et que le transport des poussières rouges wurmiennes a pu se produire longtemps après leur formation. Ces remplissages rouges ou jaunes doivent en somme être assimilés à des limons rouges supérieurs allochtones ; c’est l’industrie qu’ils contiennent qui déterminera leur âge et non l’inverse. L’Atérien s’est continué pendant tout le Flandrien jusqu’à une époque qui ne doit pas être très éloignée de la nôtre. M. GIGOUT l’a signalé (1951) dans la terrasse flandrienne de l’Oum er Rbia, à Si Saïd Machou ; si les objets recueillis sont de même type que ceux étudiés par le lieutenant CLÉMENT (1930), de même provenance, ils appartiennent au plus aux stades II ou III.



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(43) C’est Ruhlmann qui, le premier (1943), a tenté d’établir la correspondance Atérien = Paléolithique supérieur européen. L’idée était excellente, mais les arguments employés sont tels que la seule conclusion logique qu’on en puisse tirer s’oppose précisément à cette concordance. J’ai rétabli l'argumentation correcte en 1946 dans une note qualifiée de pamphlet par notre regretté collègue Neuville (1951, p. 264, note 1) qui, en même temps, me reproche curieusement d’y attaquer la thèse en question ! Cet irrespect voulu de mon texte dans le seul but de me diminuer, venant de la part d’un homme pour lequel j’avais estime et amitié, m’a été des plus pénibles.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Lun 6 Oct - 10:49

page 40  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

La disparition de l’Atérien marocain a été subite (44). Nous assistons au remplacement brutal d’une industrie en plein essor et riche de promesses par une autre dont la technique est totalement différente et qui n’a absolument rien emprunté au fond atérien. Il apparaît évident que nous sommes en présence d’une invasion ethnique très caractérisée. Passant par le couloir de Taza les hommes de Mechta-el-Arbi ont submergé le Maroc et exterminé ou refoulé les Atériens IV. Cette hypothèse trouve au reste sa confirmation dans l’existence de l’Atérien V ou tingitan dont il sera question dans un instant.

Remarque d’intérêt général.

L’Atérien marocain et l’Atérien algérien doivent être considérés comme deux faciès régionaux qui, issus d’une souche commune ont évolué dans deux sens différents. A en juger par les descriptions (car je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’en voir) l’atérien algérien ou méditerranéen différerait de l’Atérien atlantique par la fréquence du grattoir sur bout de lame, par une forme souvent subtriangulaire des nuclei et l’absence de la pointe ténuifoliée. En outre il n’a pas dépassé le stade III, tout ce qui caractérise notre Atérien IV (pointe marocaine, pointe pseudosaharienne, retouche longue à tendances bifaciales) manque à l’Est. Tout comme chez nous, mais beaucoup plus tôt, son évolution a été arrêtée (brutalement ou non) par l’arrivée des Ibéromaurusiens. Il serait vraiment intéressant de pouvoir déterminer si l’exode vers l’Ouest de ces derniers a été partiel ou total. Dans ce dernier cas notre ibéromaurusien serait entièrement contemporain du néolithique algérien. Peut-être y arrivera-t-on un jour.


III - LA PERIODE IBEROMAURUSIENNE


A - L'ATERIEN V OU TINGITAN (Antoine 1950).



Les dernières fouilles opérées par MM. HOWE et MOVIUS (1947) dans la grotte de Mougharet el Alyia Tanger y ont montré l’existence (couches 5 et 6) d’une industrie atérienne comprenant d’assez rares pointes pédonculées, de très abondantes pointes ténuifoliées de facture bien supérieure à la normale, de pointes marocaines bien typiques et même d’une ou deux pointes pseudosahariennes. C’est un Atérien IV indubitable avec toutes ses caractéristiques accessoires (retouche longue et plate), mais beaucoup plus beau encore que celui de Tit-Mellil et à première vue encore plus évolué.

Or, entre cet Atérien et le Néolithique qui le surmonte dans la grotte, il n’y a aucune formation intercalaire ; les deux couches « se lient insensiblement l’une à l'autre ». Si on ajoute à cette observation précise le fait que l'Ibéromaurusien n’a pas encore été rencontré dans la région tingitane, on arrive à cette conclusion que ce sont ces Atériens évolués qui remplacent ici, dans le temps comme dans l’espace, les Ibéromaurusiens du reste du Maroc, ce sont des Atériens mésolithiques.  



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(44) Dès 1933, dans un compte rendu bibliographique (B.S.P. Maroc, 1933, p. 96), j’ai refusé d’entériner le gisement soi-disant de transition d’El Hank. En 1938 (p. 82), j’ai insisté sur le caractère brutal de la disparition de l’Atérien. Nonobstant, en 1947, Miss Caton-Thomson crée son Atérien « style Delta » et, en 1951, Furon (p. 278, ligne 34) écrit encore qu’au Maroc « les industries aériennes évoluent sur place vers le Méso et le Néolithique ». Je continue à taper sur mon clou : Labor omnia vincit improbus.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Lun 6 Oct - 11:17

page 41
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

Chassés du Maroc atlantique par les hommes de Mechta-el-Arbi, les Atériens IV se sont réfugiés vers le Nord où ils ont plus ou moins péniblement subsisté jusqu’à leur élimination définitive par les Néolithiques ; ils constituent l’Atérien V ou tingitan.


B - L'IBEROMAURUSIEN


La civilisation ibéromaurusienne succède sans transition à l’Atérien. Nous n’avons pas chez nous d’équivalent archéologique de ces industries européennes postmoustériennes auxquelles M. l’Abbé BREUIL et M. LANTIER viennent d’appliquer le nom de « leptolithique » (1951, p. 162) [45]. Cette lacune n’est d’ailleurs pas spéciale au Maroc ; elle s’observe également à l’Est, encore que le Capsien inférieur soit typologiquement plus paléolithique supérieur que mésolithique.

DEFINITION. — L’Ibéromaurusien est bien connu. Rappelons seulement que tout l’outillage dérive de la lamelle qui, après débitage, est modelée par écrasement en donnant une multitude de petites pièces dites microlithes. L’objet dominant de beaucoup est la lamelle à dos abattu ; sa morphologie individuelle est extraordinairement variée. Le nucléus ibéromaurusien, très particulier, est allongé avec un ou deux plans de frappe aux extrémités du grand axe et le plus souvent un peu obliques sur cet axe , les flancs sont couverts par les cicatrices des enlèvements lamellaires et il rappelle assez bien, à l’échelle de Lilliput, la livre de beurre du Grand- Pressigny. A signaler la présence à peu près constante du microburin qui apparaît, ici pour la première fois. Il y a encore quelques lamelles étroitement encochées (calibreurs ?) et de rares burins d’angle latéraux, mais sans retouches frontales comme dans le burin capsien.

Comme caractères négatifs nous ne signalerons que l’absence du trapèze, carence qui cadre assez mal avec la présence du microburin si on admet, selon toute vraisemblance, que celui-ci est un déchet de la fabrication du premier.

Nous compléterons cette définition par trois faits importants :

I°) persistance du grattoir sur éclat (outil de tous les temps) tantôt de silex, tantôt de roche suivant les stations ; il est toujours un outil de fortune obtenu sans règle ni méthode, et le plus souvent sans retouches (48).

2°) apparition de l’œuf d’autruche qui n’est jamais ni orné ni travaillé;

3°) richesse extraordinaire des gisements ou stations dans lesquels les pièces se rencontrent par centaines, voire par milliers.

L’industrie ibéromaurusienne est donc au point de vue technique et morphologique foncièrement différente de l’Atérien. Elle apparaît comme raboutissement d’une évolution dont les racines ne sauraient être cherchées dans l’Atérien marocain, lequel, sur la fin, a évolué dans un tout autre sens. On les trouvera ailleurs, plus ou moins loin vers l’Est, et si on observe par hasard au Maroc (surtout atlantique) un mélange des deux industries, ce ne pourra s’interpréter que comme le fait d’une superposition étroite (comme à El-Hank) [47] ou d’un transport (comme à l’abri Alain) [48].



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(45) Terme superflu parce que faisant double emploi avec celui de Paléolithique supérieur sur lequel il a cependant l’avantage d’être univoque. Remarquons en passant que leptos signifie « mince » et non léger, et que le mot leptolithique évoque infiniment plus les industries suivantes que celles du Paléolithique supérieur.

(46) Voir sur la persistance de l’éclat dans les industries postmoustériennes ma note de 1952.

(47) En Algérie, le gisement de Kouali, étudié par M. Cabot-Briggs (1951), est situé dans des limons allochtones ; il présente sur 10 centimètres un mélange entre l’Atérien sous-jacent et l’Ibéromaurusien qui le surmonte. C’est un cas typique de superposition étroite avec brassage ultérieur (voir mon compte rendu bibliographique in Bull. Soc. Préh. Maroc 1951).

(48) Le même phénomène s’observe à Dar es Soltane où Ruhlmann a trouvé des points atériennes d’importation dans le Néolithique ancien. On notera qu’El Hank et l’abri Alain sont précisément les gisements sur lesquels Miss Caton- Thompson a basé son Atérien style 8.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Lun 6 Oct - 11:28

page 42
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

SUBDIVISIONS. L'Ibéromaurusien est de bas en haut une industrie très homogène ; cependant les deux premières stations étudiées au Maroc se sont montrées assez distinctes pour que leur contemporanéité soit apparue comme plus qu’improbable. C’est pourquoi RUHLMANN (1935), avant même d’en avoir publié l'outillage, a considéré que son niveau d’El Khenzira représentait un stade moins évolué, donc plus ancien que celui de Bouskoura que j’avais décrit précédemment (49). J’ai adopté cette manière de voir en 1937 et donné la caractérisation suivante :

Ibéromaurusien I. — Type : horizon archéologique supérieur des deux grottes d’El Khenzira (RUHLMANN 1936).
Outillage peu microlithique ; les lamelles dépassent fréquemment 5 cm.; pas de microburin.

Ibéromaurusien II. — Type : station de Bouskoura (ANTOINE 1934).
Outillage fortement microlithique, lamelles dépassant rarement 3 cm. ; présence du microburin ; abondance extraordinaire de lamelles fragmentaires brisées, semble-t-il, intentionnellement.

Ces deux divisions sont-elles valables ? Les recherches de M. VAUFREY en Algéro-Tunisie ont montré que le microburin y était constant et que les carences constatées étaient dues soit à l’emploi d’un tamis à mailles trop larges, soit à l’incompétence des fouilleurs. Peut-être en est-il de même à El Khenzira (50). La question sera d’ailleurs reconsidérée prochainement lorsque M. l’Abbé ROCHE aura fait connaître les résultats de ses fouilles à Taforalt. Il y aura lieu toutefois de tenir compte de ce fait que Taforalt est situé dans le Maroc oriental, loin du couloir de Taza, voie que les hommes de Mechta-el-Arbi ont empruntée pour envahir le Maroc atlantique. Si on admet ce déplacement vers l’Ouest (V. BALOUT 1950), l’Ibéromaurusien de Taforalt est très probablement antérieur à celui de Bouskoura et d’Ei Khenzira.

Extension géographique et faciès. — La marche vers l’Ouest de la vague ibéromaurusienne est jalonnée au Maroc par les points suivants.

Oujda : gisement de l’oued Isly découvert par M. MARÏON (inédit). C'est, à première vue, de l’Ibéromaurusien typique de La Mouillah (distant d’à peine 25 km.) et présentant comme lui un outillage secondaire fruste sur éclats en roche.



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(49) Cette subdivision est enregistrée dans le tableau (pp. 32-33) qui termine la note en question. J’insiste sur ce fait car, en 1945, revenant sur son opinion primitive, Ruhlmann minimise ma station de Bouskoura et critique longuement cette subdivision, ce qui est son droit, mais en m’en attribuant la paternité, ce qui l’est moins. Par précaution, son travail de 1935, où il l’a lui-même proposée, est absent de sa bibliographie !

50) Etant donné mes relations avec l'auteur, toute vérification m’est personnellement interdite.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Lun 6 Oct - 11:40

page 43
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Taforalt près Berkane : abri sous roche important avec une épaisseur énorme de cendres, de débris de cuisine et de mobilier. En cours de fouille.

REMARQUE. — Je tiens pour à peu près certain que les bords de la basse Moulouya ont été fréquentés par les Ibéromaurusiens ; il y a là une prospection intéressante à faire.

Taza : grotte de Khifan bel Rhomari (CAMPARDOU 1917) ; Ibéromaurusien X.

Taounate (LAFANECHÈRE 1950) Ibércmaurusien II.

Dar bel Hamri (entre Meknès et Port-Lyautey). J’ai vu jadis à Rabat- une petite série (échantillonnage de récoltes plus importantes) incontestablement ibéromaurusienne. Je ne retiens la localité que comme un jalon dans la course à la mer.

Casablanca . Emplacements assez nombreux : octroi de la route de Bouskoura (ANTOINE, Répertoire n° 10) ; Aïn Rhamane et El Hank (VAUFREY 1932); Bouskoura (ANTOINE 1934 b.), Sidi Abdallah bel Hadj (ANTOINE, Répertoire, n° 19).

Mazagan . Une énorme station découverte par M. FITTE a été exploitée récemment par l’inventeur et M. l’Abbé ROCHE (matériaux à l’étude à l’institut de Paléontologie humaine). C’est une station superficielle dont les éléments sont plus ou moins enterrrés dans 50 cm. de limons rouges allochtones transformés en tirs (terres noires).

Cap Blanc : grottes d’El Khenzira (RUHLMANN 1936) [51].

Les Ibéromaurusiens sont signalés comme ayant poussé une pointe dans le Moyen Atlas central vers les collections d’eau : Daya de Ghabt el Bhar, Aguelmane Sidi Ali (RUHLMANN 1933). Aguelmane Ifounassine, etc... Mais ces occupations ont été sporadiques et brèves et au reste peut-être s’agit-il de néolithique de tradition ibéromaurusienne.
C’est donc, comme en Algérie, une industrie avant tout littorale. Son extension vers l’Ouest ne paraît pas actuellement avoir dépassé le Tensift (V. à néolithique ancien).

Une mention toute spéciale doit être réservée à ribéromaurusien de la cuvette de Telouet, isolé sur le flanc sud du Grand Atlas à 2.000 m. d’altitude (ANTOINE 1936). Il présente en effet un faciès très particulier par suite de la proportion relativement très forte des burins d’angle : 15 % des pièces. A El Khenzira elle est de 0,06 % et à Bouskoura de 0,16. Il est impossible de ne pas songer à un rapprochement avec le Capsien (52) d’angle : 45 %) et pour ma part je serais assez disposé à voir dans Telouet l’avancée extrême d’une autre migration ibéromaurusienne, détachée de la souche capsienne plus tôt que la nôtre et donc la poussée se serait faite vers le Sud. Des traces de cette poussée auraient d’ailleurs été relevées à Colomb-Béehar par FITTE (1946).



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[font=Times New Roman](51) D’autres points moins importants sont cités par Ruhlmann (1945, p. 81). Avant d’en tenir compte, il faudrait être certain qu’il ne s’agit pas de néolithique ancien de tradition ibéromaurusienne comme c’est le cas pour les emplacements de l’oued Mellah. Les deux industries sont extrêmement voisines et seuls les ensembles importants avec pièces caractéristiques peuvent être étiquetés. Les nombreuses stations que j’ai signalées dans mon « Répertoire » comme appartenant au « faciès Tardenoisien » sont avant tout des emplacements à « lames à dos abattu ». Ils sont l’indice d’une technique, non d’une époque précise, technique avant tout littorale, qui s’étend jusqu’à la baie d’Imsouane (récoltes Plessis) où elle paraît être à la limite de son extension vers l’Ouest.

(52) Naturellement, en 1945, Ruhlmann repousse mon hypothèse et minimise au maximum l’intérêt de Telouet, comme il a minimisé successivement El Hank, Tit Mellil et Bouskoura. La chose serait sans importance si sa situation de Préhistorien officiel n’avait donné à toutes ces erreurs une sorte de consécration.






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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 7 Oct - 8:47

page 44
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


La durée de l’Ibéromaurusien n’a pas dû excéder trois ou quatre millénaires. Il a cédé progressivement la place au Néolithique à une époque où la Méditerranée orientale était déjà bien près d’entrer, sinon même entrée, dans l’Histoire.


C - LE MOUSTERIEN DECADENT ET L’HOMME DE DAR ES SOLTANE.


RUHLMANN a appliqué le nom de Moustérien décadent à deux petits ensembles découverts au sommet de sa couche C1. Le premier compte 80 objets, le second 15 (p. 59) ou 13 (p. 62).

Il justifie cet étiquetage.

1°) par la typologie. Le matériel est formé en grosse majorité de grands éclats «de technique moustérienne ou levaloi sienne ».

2°) par leur position sous l’éboulis situe entre les assises B et C, ce qui « prouve que l’industrie C1 est antérieure à, ces éboulements ». Or, peur RUHLMANN, ces éboulis sont contemporains de ceux d’El Khenzira qui s’intercalent entre l’Atérien et l’Ibéromaurusien (comme on le verre plus lo'n, cette idée préconçue est fausse).

Conclusion principale de l’auteur : l’industrie C1 est antérieure à l’Ibéromaurusien ; elle représente l’ultime phase de l’Atérien.

Conclusion secondaire : loin de se terminer par un épanouissement industriel, l’Atérien finissant sombre dans une phase régressive ou décadente ; l’Atérien évolué de Tit Mellil est une invention de M. ANTOINE qui, pour la justifier, « n’a pas hésité à transformer par un coup de pouce, et en opposition formelle avec les faits (!) les éboulis d’El Khenzira en «couche stérile» (53).

Or, ce Moustérien décadent n’existe pas ; il ne peut pas exister.

En effet, à Dar es Soltane (se reporter à la coupe) on trouve, au-dessus de la couche atérienne supérieure, 1 m 45 de sédiments stériles. Une telle épaisseur demande pour se déposer plusieurs millénaires. Cette importante intercalation, pendant laquelle il s’est bien passé quelque chose, correspond évidemment soit à un complexe fin de l’Atérien + Ibércmaurusien, soit à l’Ibéromaurusien seul. Car, si nous ne le mettons pas là, où trouvera-t-il sa place dans la coupe, puisque, entre le Moustérien décadent et le Néolithique qui lui succède immédiatement, il n’y a rien ?

L'interprétation donnée par l’auteur témoigne d’une incompréhension totale de la stratigraphie.

Si nous passons à la typologie, c’est à peu près la même chose (se reporter aux planches du mémoire).
L’éclat long de la figure 36, n° 8, et la lame de la fig. 38, n° 8, sont dits «amincis par, des retouches superficielles»; c’est une hérésie.



________

(53) Je pense que la satisfaction de m’avoir confondu entre pour une bonne part dans le manque d’autocritique dont a fait preuve notre collègue à cette occasion. Quant au reste, il ignorait évidemment ce qu’il faut entendre par « couche stérile ». Peut-être cependant eût-il pu s’informer avant de porter contre moi une accusation aussi grave que celle de falsifier un gisement.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 7 Oct - 8:51

page 45  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Parmi les éclats dits à dos abattu, seul celui de la fig. 37, n° 3, appartient à ce groupe ; c’est un quartier d’orange très net ; les autres : fig. 36, n° 5, et fig. 37, n° 1-2, relèvent d’une autre technique. Le qualificatif de croissant appliqué à la fig. 38, n° 5, est inadmissible. Quant aux deux silex géométriques, fig. 37 n° 7 et 38 n° 7 le premier est un petit nucléus résiduel quadrangulaire (type fréquent dans notre Néolithique), et le second un vulgaire éclat accidentellement carré.

Le second ensemble est formé d’éclats de débitage en quartzite ; ils sont fréquents dans tout notre néolithique et même dans certaines stations ibéromaurusiennes (ANTOINE 1952). Ils répondent à un travail ne nécessitant pas d’outils spécialisés.

Je résume : du point de vue stratigraphique l’industrie C1, trouvée à la partie supérieure d’une couche stérile correspondant à l’Ibéromaurusien, appartient soit à l’extrême fin de cet étage, soit au Néolithique ancien (54). Du point de vue archéologique, il est certain que ces deux ensembles manquent de pièces soignées, de technique ou de morphologie nette. La présence du quartier d’orange et du petit nucléus résiduel tend à faire pencher la balance en faveur du Néolithique. En tout cas il s’agit là non de sédentaires mais de gens de passage qui ont campé un jour ou deux puis sont repartis. L’hypothèse de RUHLMANN, suivant laquelle ce serait leur présence qui aurait empêché les Ibéromaurusiens de prendre possession de la grotte, n’est pas plus à retenir que les autres.

Enfin, un dernier argument et non des moindres, va nous être fourni par les squelettes auxquels M. VALLOIS a consacré l’appendice qui termine le mémoire.

Il s’agit de deux individus, un adulte et un adolescent. Ils gisaient à l’intérieur de l’abri, près de l’entrée, à 50 cm. de profondeur sous le foyer archéologique C1 (p. 63), par conséquent en pleine couche stérile et ensevelis sous l’éboulis qui les avait complètement écrasés.
M. Vallois commence son étude par ces mots : « Situés à la partie supérieure du niveau archéologique, ils appartiennent incontestablement à celui-ci, comme il a été montré par M. Ruhlmann dans son étude du gisement. »

Evidemment, M. Vallois n’a pas eu entre les mains le travail définitif de Ruhlmann et reproduit probablement des indications qui lui ont été fournies oralement ou par lettre. En effet, le texte (p. 63, lin. 23) spécifie nettement que les squelettes n’étaient pas à la partie supérieure du gisement mais « à 0 m. 50 environ de sa surface »; en outre, si l’opinion de RUHLMANN est bien que squelettes et industries sont liés, rien dans ce texte ne le démontre, ce n’est qu’une hypothèse gratuite, et même une hypothèse que je crois inexacte.

Car ces deux individus appartiennent à la race de Mechta-el-Arbi typique. Ce sont donc des Ibéromaurusiens et leur position en plein milieu de la couche stérile que la stratigraphie nous démontre être ibéromaurusienne est tout à fait normale ; ils prennent valeur de fossiles caractéristiques. Les deux faits se complètent, se confirment mutuellement, et, du même coup, le Moustérien décadent se trouve complètement éliminé de la nomenclature. Conséquence importante, contrairement à ce qu’écrit RUHLMANN, il n’y a pas chez nous d’homme de Mechta-el-Arbi antérieur à l’Ibéromaurusien et ces deux squelettes ne sauraient être tenus pour une des curiosités du Maroc en tant que « spécimens les plus anciens de cet homme fossile » (p. 64).



________

(54) Naturellement, l’éboulis de Dar es Soltane est postibéromaurusien ; il n’est nullement synchrone de celui d’El Khenzira.
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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 7 Oct - 9:08

page 46
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


III - LA PERIODE NEOLITHIQUE


Nous réunirons le Néolithique et le Chalcolithique par suite de l’impossibilité de faire actuellement au Maroc un départ chronologique précis entre ces deux civilisations.

Nos connaissances sur cette période, assez rudimentaires jusqu’en 1949, se sont, depuis cette date, accrues de façon absolument extraordinaire. Les découvertes, qui n’ont pas encore eu le temps pour la plupart d’être publiées, révèlent l’existence de nombreux faciès industriels le plus souvent étroitement localisés. Ce régionalisme sera peut-être atténué par les recherches ultérieures, mais je suis convaincu qu’il subsistera suffisamment pour qu’on puisse considérer le cul-de-sac marocain comme une sorte de mosaïque de petites civilisations bien caractérisées, plus ou moins indépendantes les unes des autres. Cette variété soulève un problème délicat, celui de leur chronologie relative.

Nous avons bien été obligés, dans la petite revue qui va suivre, d’adopter un certain ordre ; il est absolument arbitraire. Quand nos connaissances seront plus riches et plus précises, il y aura probablement lieu de réunir certains paragraphes, voire même de les inverser.

Un deuxième problème, toujours chronologique, est le raccord de ces civilisations marocaines avec celles des pays circumvoisins. Ici nous allons voir se confirmer de manière évidente l’énorme résistance au progrès manifestée par le Maroc atlantique. Au Néolithique, comme auparavant, et comme jusqu’à nos jours, les diverses populations qui l’ont habité semblent avoir vécu en anachronisme complet avec le monde méditerranéen cependant si proche. Il est absolument certain que les Puniques, puis les Romains qui se sont installés à Volubilis, y ont pris la place des Néolithiques. Il paraît non moins certain que leur influence sur ces derniers a été très faible là où ils se sont maintenus et absolument nulle là où ils n’ont pas pénétré, c’est-à-dire dans toute la moitié occidentale du pays, du Bou-Regreg à Agadir. Est-il possible d’évaluer ce retard ? Un premier élément d’appréciation nous est fourni par l’existence sur certaines stations de pièces d’importation étrangère, nous en reparlerons en temps voulu. Plus intéressante, parce que d’allures plus mathématiques, est la méthode employée par mon jeune disciple PLESSIS pour essayer d’évaluer l’âge de l'anse funiculaire (v. plus loin). Elle a pour base les renseignements fournis par la grotte de Dar es Soltane (où précisément il a été trouvé une de ces anses).

Les remplissages supérieurs constituant la couche A, immédiatement superposée au Néolithique, ont une épaisseur de 65 cm, A 15 cm. de la base ils ont livré une monnaie d’Hadrien qui a dû arriver dans le gisement approximativement vers l’an 150 de notre ère, Les cinquante centimètres superficiels représentent donc en gros 1,800 ans. Admettons le principe que les remplissages se sont déposés régulièrement, une simple règle de trois nous permet d’évaluer à 2.350 ans le temps nécessaire pour la formation des 65 centimètres. Autrement dit, les néolithiques anciens de Dar es Soltane ont abandonné la grotte 400 ans environ avant notre ère.

En réalité, ce chiffre doit être notablement augmenté du fait de la compression des 15 centimètres inférieurs et de leur nature plus fine. Je ne pense cependant pas que la différence puisse être bien considérable et dépase trois à quatre siècles.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 7 Oct - 9:19

page 47  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine



800 à 1.000 ans avant notre ère, le Maroc atlantique abandonnait à peine les techniques ibéromaurusiennes. Par rapport au reste du monde méditerranéen c’était un pays de sauvages (55).


A - LE NEOLITHIQUE DE TRADITION IBERO-MAURUSIENNE



C’est à cette civilisation, qui ne se distingue guère de l’Ibéromaurusien que par la présence de la poterie et de la hachette polie (toujours rare), qus nous rattachons les stations superficielles de l’embouchure de l’oued Mellah, à 22 km. N-E de Casablanca, celles situées au S-O de la même ville entre les km. 59 et 70 de la route de Mazagan (stations 114 à 124 et 148, 150, 165. ANTOINE, Répertoire) et la grotte de l’oued Merzeg (fouilles DENIS, inéd.).




Fig. 5. - Pièces d’importation.
A droite : Pointe biface eneolithique en silex blond clair étranger au Maroc. Oued Mellah, en milieu néolithique ancien (coll. Antoine). — A gauche : pointe de jet silex blond. Oued el Hassar à 2 km des stations de l’Oued Mellah (récoltes Balloy). — En bas : deux pointes de flèches sahariennes ; km 59 route de Mazagan en milieu néolithique ancien (coll. DENIS et ANTOINE). — Au milieu en haut : pointe de flèche en cuivre de type ibérique.



________

(55) A titre de curiosité, on peut, employant la même méthode, chercher à quelle date la mer a abandonné la grotte au cours de la régression wurmienne. Suivant la valeur donnée aux 15 centimètres de base des remplissages supérieurs (550 à 800 ans), on trouve entre 26.000 et 40.000 ans environ. Le désaccord avec les approximations obtenues par ailleurs n’est pas tellement considérable.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 7 Oct - 10:01

page 48
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

L’outillage est avant tout microlithique et tiré de la lamelle : lames à dos abattu de toutes formes, segments, triangles, etc... ; à noter l’abondance du trapèze (absent ou rarissime dans l'ibéromaurusien typique) et du microburin. Le grattoir circulaire sur lame ou sur éclat est parfois localement très fréquent. On y rencontre aussi sporadiquement une pointe de jet biface à retouches larges et écailleuses, de facture assez grossière rappelant la pointe ténuifoliée atérienne. La molette est absente. La poterie fait son apparition ; le seul vase entier, recueilli à l’oued Mellah, présente des caractères assez primitifs. D’après M. MARCY (1933) il serait guanche par son ornementation et berbère par sa forme. Trouvé en station superficielle il convient de ne pas lui accorder valeur de fossile directeur (56).

Quant à l’âge de ce Néolithique ancien, une indication intéressante est fournie par la présence insolite de quelques pièces évidemment d’importation : une belle pointe de javelot en feuille de laurier de type énéolithique (fig. 6) à l’oued Mellah, et deux pointes de flèches indubitablement sahariennes (fig. 7-8) au kilomètre 59 de la route de Mazagan.


B - LE TOULKINIEN GLORY (ined.).


La grotte de Toulkine, située sur le flanc nord du Grand Atlas occidental, aux environs d’Azgour (région d’Amismiz), contient un dépôt cendreux dans lequel une fouille opérée par M. l’Abbé GLORY a livré une industrie extrêmement intéressante. La pièce caractéristique est une pointe en forme de pyramide triangulaire d’environ 3 cm. de hauteur sur une largeur à la base de 1 cm. Cette base a été fréquemment évidée par retouches, de telle sorte que les arêtes se prolongent en formant des saillies spiniformes ; les faces sont ou vierges ou le plus souvent retouchées. Cette pointe, d'un type absolument inédit (57) est très abondante et accompagnée d’un très riche outillage fortement microlithique avec une profusion de fines lamelles à dos abattu. L’aspect est, quant aux silex, assez nettement ibéromaurusien mais la présence de nombreux tessons et même de deux splendides vases presque intacts oblige à la classer dans le Néolithique, et j’y verrais assez volontiers un faciès de notre néolithique ancien littoral. Signalons enfin qua les roches au-dessus de l’abri présentent quelques peintures (les premières signalées au Maroc) qui paraissent bien être l’œuvre de ses habitants. Le manuscrit de M. l'Abbé GLORY avec la description complète de cette
remarquable industrie sera publié très prochainement dans « Hespéris ».



________

(56) À noter également la présence d’éclats de quartzites provenant du débitage irrégulier de galets de plage et correspondant à ce que M. Balout considère comme une persistance de la technique moustérienne, Nous les retrouverons beaucoup plus nombreux au Néolithique récent.

(57) Toutefois, j’ai signalé jadis (1931, B.S. Préh. Maroc, 5e année, p. 28) sur la station 146, au km. 59 de la route de Mazagan, un « éclat en pyramide triangulaire très pointue dont l’apex a été retouché sur les trois faces, donnant ainsi un instrument d’une solidité et d’une puissance de pénétration remarquable ». Cette pièce, très ressemblante en gros à la pointe pyramidale de Toulkine, n’est évidemment ici qu’un accident de taille utilisé ; il serait ridicule d’y voir le « précurseur » de celle-ci. Mais que le même accident se soit produit à Toulkine entre les mains d’un tailleur de pierre à l’esprit plus avisé et moins routinier que le nôtre, et voici la pointe toulkinienne inventée.





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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 7 Oct - 17:37

page 49  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


C - LE NEOLITHIQUE DE DAR ES SOLTANE (Ruhlnmnn, 1951)


Le kjœkenmœdding constituant la couche B de la grotte contient une industrie considérée par l’auteur comme « de transition » et rapportée à un Néolithique ancien de « tradition ibéromaurusienne ». En gros, cette détermination est exacte mais, comparé à celui de notre littoral casablancais, il apparaît comme nettement plus récent. Il s’en distingue par l’absence totale du microburin (pas un sur un total de 727 pièces), la rareté du trapèze et la grande abondance de la poterie qui est le plus souvent très ornée. La description est très soignée, mais je reprocherai à l’auteur, outre quelques idées fausses (58) de s’être laissé dominer par le souci de déceler partout des séries évolutives. Quatre lames de dimension assez avantageuse sont considérées comme des « survivances du Capsien » (p. 91, 1. I) ; dans les rares trapèzes rencontrés, l’auteur voit des « précurseurs des pointes de flèches pédonculées à retouches bifaciales de type néolithique » (p. 92 1. 1-6). Aucune de ces deux notations n’est évidemment à retenir (59).

Plus importante est l’interprétation, à mon sens inexacte, donnée à la grande lame étudiée longuement aux pages 93-95 et représentée fig. 49, n° 3. De dimensions anormales : 14 cm. elle est couverte de bryozoaires qui témoignent d’un séjour plus ou moins prolongé dans l’eau de mer. Taillée antérieurement à l’établissement des néolithiques anciens elle a été apportée dans la grotte par un de ceux-ci. Or, d’après l’auteur, « elle est caractéristique d’une industrie non plus de transition mais typiquement néolithique... d’un néolithique plus avancé que celui de tradition ibéromaurusienne ». Il y a là une anomalie évidente. L’auteur l’explique de la façon suivante : cette lame proviendrait de Néolithiques (de l’intérieur ?) « à un stade plus avancé ». « Le fait que ce développement soit en avance ici, en retard là — c’est souvent affaire régionale — ne reflète au fond qu’une singularité dans la marche évolutive du Néolithique marocain ». Certes, l’idée est intéressante mais, outre que je vois assez mal ces Néolithiques évolués de l’intérieur venant « pique-niquer » sur la plage pour s’en retourner ensuite je n’oserais être aussi affirmatif que l’auteur sur le caractère incontestablement néolithique de l’objet, tout au moins à ne considérer que la figure. (60)

Le kjœkenmœdding a encore fourni quelques restes humains dont un crâne qui, quoique fort mutilé, a cependant permis à M. VALLOIS (in RUHLMANN 1952) de le considérer comme très différent de la race de Mechta el Arbi. Il appartiendrait déjà à la race méditerranéenne et cela est du plus haut intérêt, surtout en fonction de celui qui a été découvert au-dessous (voir plus haut p. 45).



________

(58) C’est ainsi qu’il considère les cannelures du dos des lames comme la trace d’enlèvements postérieurs à leur détachement du nucléus et faits intentionnellement dans le but de les amincir (p. 47, lin. 9-10 ; p. 91* lin. 5 et p. 98, trois dernières lignes).

(59) Qu’on n’aille surtout pas déduire de ce passage que je suis opposé à l’idée d’évolution des industries. Je m’élève simplement contre une compréhension et une interprétation défectueuses des faits. Les objets N° 7 et surtout N° 9 de la figure 48 sont des pièces très différentes, 9 (ainsi que 5) est un trapèze classique, peut-être flèche à tranchant transversal, plus probablement armature latérale de harpon et nullement un passage vers la pointe bifaciale pédonculée qui n’existe pas au Maroc où le trapèze est, si on peut dire, mort sans descendance. Au reste, toute l’œuvre de Ruhlmann est remplie de cette fausse notion d’évolution ; partout, il est question de réminiscences, de passages, d’outils précurseurs. Tout cela n’est que de la littérature.

(60) Je ne l’ai pas retrouvé à Rabat dans les collections exposées.



Dernière édition par Paul Casimir le Mar 7 Oct - 17:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 7 Oct - 17:43

page 50
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

D - LE MOGADORIEN (nov.)

Je donne ce nom à une belle et curieuse industrie trouvée dans les dunes qui entourent le cap Sim (10 km. sud de Mogador). Les objets se trouvent en surface dans les dépressions creusées passagèrement par le vent. Ils sont rares et le plus souvent disséminés. Ce sont des silex d’un blanc parfois très pur, lustrés par le sable et ayant l’aspect de lait caillé. La morphologie est tout à fait insolite. La pièce caractéristique est une grande pointe très plate triangulaire ou en trapèze très oblique (fig. II); le plat et le dos sont vierges, mais tout le pourtour a été retouché suivant une technique de type ibéromaurusien. Tout comme la pointe toulkinienne cet objet paraît spécial au Maroc (61). Presque aussi caractéristique à cause de son abondance relative, nous signalerons un grand trapèze à côtés rectilignes, retouché sur trois côtés.





Fig. 6 : Industrie du Cap Sim. — En haut : Pointes mogadoriennes légèrement réduites.
— En bas : Grands trapèzes à côtés rectilignes (retouchés).


________

(61) J’ai écrit un peu partout, à Tunis, en Palestine, à Dakar pour savoir si on n’y connaissait rien d’analogue. Les réponses ont été unanimement négatives.


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