Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

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Paul CASIMIR




MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 23 Sep - 17:31







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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 30 Sep - 20:25

LES GRANDES LIGNES

DE LA

PREHISTOIRE MAROCAINE




par M. ANTOINE


Professeur de Sciences Naturelles honoraire

Correspondant du Muséum

Membre associé de l'Institut Scientifique Chérifien

Inspecteur des Antiquités


Dernière édition par Paul Casimir le Dim 26 Oct - 16:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 30 Sep - 20:29






A mon vieil ami, collègue et maître spirituel,
le physicien JEAN VALLORY.



Pour le Passé,

A la mémoire de RENÉ NEUVILLE,
en souvenir de nos belles heures de recherches communes,



Four le Présent,

à mes dévoués collaborateurs,
MM. BERTHELEMY, BIBERSON, LAFANECHERE et MALHOMME,



Pour le Futur,

à mes jeunes disciples,
PLESSIS et BIARD.


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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 30 Sep - 20:45




SOMMAIRE

................................................................................. pages
Avant-propos .................................................................. 6

.......... CHAPITRE I : LE PREWURIEN.

I Les bases géologiques.

A Les principaux sites à terrasses marines ........................... 8
B Les interprétations ....................................................... 13
C Les successions fauniques ............................................. 17
D Les Terrasses fluviátiles ................................................ 19
E Les découvertes récentes à Sidi Abd er Rhamane .............. 20

II Les industries.

A Le Préchelléen ............................................................. 23
B Le Clactoabbevillien ...................................................... 23
C Le Chelléen et l’Acheuléen inférieur ................................ 24
D L’Acheuléen supérieur .................................................. 26
E Les industries à éclats .................................................. 27

.......... CHAPITRE II : LE WURMIEN.

La question des limons rouges .......................................... 29

.......... CHAPITRE III : LE POSTWURMIEN.

I La période atérienne.................................................. 34

II La période ibéromaurusienne................................... 40

A L’Atérien V ou tingitan .................................................. 40
B L'Ibéromaurusien ......................................................... 41
C Le Moustérien décadent et l’homme de Dar es Soltane ...... 44

III La période néolithique.

A Le Néolithique de tradition ibéromaurusienne ................... 46
B Le Toulkinien ............................................................... 47
C Le Néolithique de Dar es Soltane .................................... 48
D Le Mogadorien ............................................................. 50
E Le Néolithique récent .................................................... 51
F Les anses funiculaires internes ....................................... 52
G Les métaux et les mégalithes ........................................ 52
H La Protohistoire ........................................................... 53

.......... CONCLUSION ...................................................... 55
.......... BIBLIOGRAPHIE ................................................... 59



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 30 Sep - 20:53

page 6
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Primum jubeo veritatem servare,




AVANT-PROPOS


On peut dire que la Préhistoire marocaine est née en 1926 quand s’est fondée, à Casablanca, la Société de Préhistoire du Maroc. Auparavant, si l’on en excepte la fouille de la grotte de Khifan bel Ghomari à Taza par le lieutenant CAMPARDOU, nous ne possédons guère que de vagues tableaux de chasse et même plutôt maigres.

Chose curieuse, la naissance de notre Société fut ce qu’on pourrait appeler un accident. C’est en effet pour conserver au Maroc la propriété de découvertes sensationnelles (des masques funéraires atlantéens) que quelques membres de l’Enseignement casablancais se sont groupés autour du découvreur, un Belge du nom de LEQUEUX envoyé au Maroc par son maître le professeur RUTOT. Or ces masques étaient apocryphes. L’imposture fut heureusement découverte assez vite et le faussaire, ayant avoué, était immédiatement expulsé du Maroc. A ce moment, comme je l’ai dit ailleurs (1952 c.), il y avait bien à Casablanca une Société de Préhistoire... mais pas de préhistorien. La crainte du ridicule est un puissant levier. La Société, qui eût dû être mort-née, a non seulement vécu, mais cinq ans après les résultats obtenus étaient tels que le Service des Antiquités du Maroc, jusque là cantonné dans le romain, créait le poste d’inspecteur des Antiquités préhistoriques. La Préhistoire marocaine venait de conquérir ses lettres de patentes.

Le premier aperçu général fut présenté au Congrès d’Alger de 1930 (Antoine 1930 a.). Si on le compare au suivant dû à la plume de RUHLMANN, quinze ans après (1945), on ne peut que s’étonner de la rapidité avec laquelle se sont étendues nos connaissances. Peu de différences, par contre, entre ce dernier et ma mise au point de 1948 (rédigée en 1946) qui, conçue dans un autre esprit, insiste avant tout sur le départ à faire entre l’acquis et le douteux. Mais que de choses nouvelles depuis quatre ans, tant dans le domaine de la Préhistoire pure que dans celui, connexe, de la Géologie du Quaternaire.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 30 Sep - 20:59

page 7
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Le présent opuscule a été rédigé à l’occasion du II° Congrès panafricain de Préhistoire. Il est destiné en principe aux congressistes visitant notre Protectorat ; aussi ai-je été amené, par la force des choses, à dire quelques mots de découvertes non encore publiées mais qui leur seront vraisemblablement présentées. Je suis convaincu que les inventeurs, qui sont tous mes amis, ne m’en voudront pas de cette légère anticipation ; ils me connaissent assez pour savoir qu’il n’est pas dans mes habitudes de m’emparer des découvertes des autres ; au reste, à chaque fois que j’en aurai l’occasion, je saurai dire la part qui revient à chacun d’eux. Ils sont assez nombreux, car après avoir été pendant près de dix ans entre les mains d’un seul homme, mon prédécesseur Armand Ruhlmann, la Préhistoire marocaine s’est brusquement décentralisée.

De tous côtés des collaborateurs se sont révélés, les uns sédentaires : MM. BERTHÉLÉMY, MALHOMME et ALLAIN à Marrakech ; BIBERSON, BIARD, PLESSIS et DENIS à Casablanca ; KŒBERLÉ et DESJACQUES à Mogador ; MARION et GROUBÉ à Oujda ; Capitaine LAFANECHÈRE, etc... les autres de passage, tels que les Abbés ROCHE et GLORY. Je saisis l’occasion de les remercier tous en mon nom personnel ainsi qu’au nom de M. TERRASSE, Directeur de l’institut des Hautes-Etudes Marocaines, et de M. THOUVENOT, chef du Service des Antiquités, dont l’aide amicale et efficace ne m’a jamais fait défaut.


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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mar 30 Sep - 21:04

Les grandes lignes de la préhistoire marocaine




Fig. 1 : Le Maroc Atlantique.
Les localités avec grottes habitées sont soulignées et indiquées par une croix.
En hachuré la région à gravures du Grand-Atlas occidental



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mer 1 Oct - 9:35

page 8
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


CHAPITRE I


LE PREWURMIEN (1) - (Pléisiocène inférieur et moyen)

La Préhistoire lithique (la seule à peu prés dont il ait encore été question au Maroc) consiste dans l’étude des ensembles appelés industries, en vue surtout de déceler les progrès présentés par celles-ci au cours des âges. Les notions de progrès et de temps étant inséparables, il importe avant tout que les industries soient datées. Pour ce faire nous disposons de trois méthodes.

1°) La méthode morphologique. Elle consiste dans une «détermination» par comparaison avec les industries déjà reconnues et étudiées ailleurs. J’ai déjà insisté (1946 et 1948) sur ce fait que déterminer et dater ne sauraient être synonymes que si l’on se trouve dans la région précise d’où a été décrite l’industrie type. Rien ne prouve, a priori, que le Micoquien marocain, par exemple, soit réellement contemporain de celui de la Micoque.

2°) La méthode paléontologique. Une industrie peut être accompagnée d’une faune ou d’une flore. Si celles-ci sont datées notre industrie l’est en même temps. Toutefois cette méthode manque de précision, car les industries ont évolué plus vite que les êtres vivants. En outre, sur les continents, les climats varient d’une région à l’autre ; la comparaison entre le Maroc et la France (patrie des grands types industriels) est plus qu’aléatoire, et même, pour cette dernière région, il faut compter avec les pulsations glaciaires qui ont entraîné des pulsations fauniques.

3°) La méthode stratigraphique. Ici, nous allons insister plus longuement. La préhistoire de la longue période préwurmienne fait partie intégrante de la Géologie et ne saurait s’en abstraire. Les deux disciplines sont intimement liées, la première basant ses successions industrielles sur la stratigraphie, la seconde, en réciproque, utilisant à l’occasion ces industries au même titre que des fossiles. En principe, cette collaboration doit donner les meilleurs résultats, encore faut-il, étant donné une région à étudier, d’une part que la stratigraphie y soit bien établie et, d’autre part, que les industries soient correctement déterminées. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas et le Maroc va nous en offrir un exemple frappant. Non seulement les géologues et les préhistoriens y ont travaillé chacun de son côté, mais, et surtout, à l’intérieur de chaque discipline des divergences souvent profondes se manifestent dans l’interprétation des mêmes faits. Il en résulte un caractère d’incertitude que j’ai déjà mis en évidence dans mon précédent exposé (1948) et qui n’aura pas disparu de celui-ci, au contraire. Mais n’est-ce pas savoir déjà beaucoup que de savoir qu’on sait peu ?



________

(1) J’ai déjà exposé ailleurs (1946 et 1948) les raisons qui m’ont conduit à subdiviser les temps préhistoriques en trois grandes périodes en prenant la glaciation du Wurm comme base. Je n’y reviendrai pas ici.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mer 1 Oct - 9:49

page 9  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Au Maroc, où il n’y a pas eu de véritables glaciers, les sédiments quaternaires sont de trois sortes : les terrasses marines localisées sur une étroite bande côtière entre les altitudes zéro et cent, les terrasses fluviatiles et les sédiments continentaux. Ce sont les premières qui retiendront le plus longuement notre attention, car elles présentent une puissance, une variété et une continuité rarement atteintes ailleurs ; elles font du Maroc atlantique une des régions les plus propices à l’étude du Quaternaire.


I . LES BASES GEOLOGIQUES


A -LES PRINCIPAUX SITES A TERRASSES MARINES

Trois points de la côte marocaine ont fait l’objet de recherches importantes : le cap Cantin, Rabat et Casablanca,

LE CAP CANTIN

Il a été étudié récemment par M. GIGOUT (1951, p. 146 et seq.) dont les conclusions méritent d’être citées intégralement :

« La coupe naturelle des falaises du cap Cantin met en évidence cinq états successifs de l’Océan atlantique quaternaire. Trois d’entre eux comportent la trace de plages ou falaises dont il est facile de mesurer les altitudes ; elles vont en croissant au fur et à mesure qu’on s’éloigne dans le temps. Les deux épisodes les plus anciens dont on ne connaît pas les plages sont également de plus en plus élevés. Le mouvement général del'Océan au Quaternaire a donc été un recul, une régression.
« Chacun de ces cinq épisodes a manifestement raviné le précédent déjà consolidé ; ceci et la présence de gastéropodes pulmonés dans les joints de contact obligent à admettre qu’ils correspondent à des transgressions accessoires et non à des stades d’arrêt dans la régression quaternaire. Les altitudes actuelles de ces anciens rivages sont les suivantes :
... 1° épisode le plus ancien ...................................................plus de 70 mètres
... 2°  " .......................................................................................... 60 m environ
... 3°  " .......................................................................................... 30 m. environ
... 4°  " .......................................................................................... 15-20 m.
... 5°  " .......................................................................................... 5 m. »

La transgression de 5 mètres a déterminé la formation d’une falaise morte séparée du rivage actuel, entre Mazagan et le cap Cantin, par une longue et étroite dépression plus ou moins marécageuse, couverte de cultures ou de salines, désignée par les indigènes sous le nom d’Oulja, d’où le terme Ouljien appliqué par l’auteur à cet épisode qui semble bien correspondre au « late Monastirian » de ZEUNER.

Pour les préhistoriens, l’intérêt de cette coupe est surtout théorique, car toutes ces formations sont stériles à l’exception des remplissages d’une grotte située sur le bord de la mer tout près du marabout de Laila Tessaout. Ils sont constitués par un calcaire rose, très dur, « consécutif au retrait de la mer de + 5 m. .». On y trouve des ossements : Equus mauritaniens Pomel, Bos primegenius Bojanus, etc..., et j’y ai recueilli moi-même des éclats de silex très fortement altérés sans pièces déterminables.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mer 1 Oct - 9:57

page 10  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


RABAT

Nos connaissances actuelles sur le Quaternaire des environs de Rabat ont été très clairement résumées par MM. BQURCART, CHOUBERT et MARÇAIS (1949).

On y observe trois complexes :

1° en bas, une plage avec lumachelle et galets dont la surface est profondément ravinée en lapiez ; on y a recueilli Elephas meridionalis cromerensis Depéret et Mayet.

2° Au-dessus, une seconde lumachelle passant à un grès dunaire contenant Elephas atlanticus maroccanus Arambourg. C’est à ce niveau que M. MARÇAIS a découvert l’homme de Rabat (1934).

3° Les deux formations précédentes, dont l’ensemble forme les « grès de Rabat », sont surmontées de calcaires rouges à Hélix et à ossements : calcaires de Temara ou limons rouges inférieurs, auxquels succèdent une nouvelle plage et une troisième dune consolidée.

Au camp Moinier, une excavation ancienne creusée à cheval sur les complexes 1 et 2 présente un remplissage continental constitué par les calcaires rouges de Temara avec, à la base, Purpura hemastoma abondant, au- dessus desquels se trouvent d’autres limons rouges durcis (limons rouges supérieurs).

Du point de vue archéologique, les auteurs signalent des quartzites acheu léens et levalloisiens dans les limons rouges inférieurs et des silex « d’un Levalloisien moustéroïde » dans les limons rouges supérieurs.


CASABLANCA

Les nombreuses carrières ouvertes dans les environs de Casablanca ( Sidi Messaoud, Aéroport, Beausite, carrières Martin et Sidi-Abd-er-Rhamane ) ont été étudiées méticuleusement par MM. NEUVILLE et RUHLMANN (1941 b.).

L’énorme carrière de Sidi-Abd-er-Rhamane, la plus intéressante, est située tout près du rivage dont elle est séparée par une dépression marécageuse correspondant à l'Oulja de M. GIGOUT. Son front de taille, parallèle à la mer et orienté N.E.-S.W. ( il est généralement désigné comme front Est ), a rongé une grande dune consolidée ; il en a actuellement dépassé le sommet qui a dû atteindre une altitude voisine de 35 mètres. L’avancée de l’exploitation a déterminé vers le Nord la formation d’un grand mur coupant la dune transversalement. Ce mur (ou front Nord) montre que cette dune, postérieurement à sa consolidation, a été attaquée par une transgression qui non seulement l’a érodée en falaise mais encore y a creusé de véritables grottes avec remplissages du plus haut intérêt. La coupe ci-après (fig. 2, page 11) réunit les renseignements fournis par les deux fronts. On observe de bas en haut (nous avons conservé les lettres des auteurs) :
Q-P — substratum antéquaternaire ; considéré comme tertiaire par les auteurs, il est en réalité crétacé ;
O — poudingue de base, à l’altitude 17 m. 90, 15 cm.
N — grès argileux à lamellibranches, 60 cm.
M — poudingue avec dans sa partie supérieure quelques éléments allogènes et de petits galets d’origine alluviale, 30 cm. (2).



________

(2) Un poudingue fortement cimenté à éléments de moyen calibre existe, à une cote voisine de zéro, et recouvert tous les jours à marée haute, en face de la carrière Martin, près d’El Hank. Il doit s’homologuer soit à O soit, plus probablement, au poudingue régressif M, mais il m’a paru archéologiquement stérile.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mer 1 Oct - 10:56

page 11  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine





Fig. 2 ; Sidi Abd er Rhamane. — Coupe schématique des deux fronts de taille. Le front Est, à droite, reproduit la coupe de NEUVILLE et RUHLMANN. Le front Nord passe par la grotte n° 3, mise à jour par les nouveaux découverts (relevé fait le 31 décembre 1951). La limite entre E (poudingue à Purpura hemastoma, Acanthina crassilabrum et Trochatella trochiformis) et les limons rouges de remplissage est imprécise, ces derniers pénétrant dans les interstices des galets en sorte que les petits ossements de rongeurs sont en mélange avec les coquilles marines.

NOTA. — La couche C (grès dunaire dégradé de NEUVILLE et RUHLMANN) considérée par GIGOUT (1951) comme! dune post-tyrrhénienne n’apparaissait pas dans la coupe prise du point X, face à la falaise morte alors que tout le plafond était enlevé.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mer 1 Oct - 16:36

page 12
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

L — calcaire lacustre, 70 cm.
K — grès calcaire saccharoïds, 5 à 20 cm.
J — lumachelie à Acanthina ecrassüabrum et Trochatella trochiformis, 45 cm. (cette lumachelie peut en réalité atteindre par endroits plus de deux mètres d’épaisseur).
I — argile violacée d’origine diluviale, 5 à 10 cm.
H — grande dune consolidée, 13 à 15 m.
G — poudingue de galets de quartzite à faune marine caractérisée par Purpura hemastoma, 1 m.
F — grès tendre à arénicoles, 10 cm.
E — poudingue de très petits galets allogènes contenant une faune marine avec quelques éléments continentaux, 1 m.
D — calcaire argileux bréchoïde rose, ossifère dans la grotte, 75 cm.
C — grès dunaire dégradé, 1 m. 50.
B -— croûte calcaire, 2 cm.
A — limons rouges supérieurs, 0,40 à 1 m. 60.

Comme je l’ai déjà dit, cette succession n’est pas continue ; la dune H culmine à une altitude supérieure aux maxima transgressifs postérieurs, et les couches G-D ne se trouvent que sur le front Nord et dans la grotte. Les couches A-B-C couronnent le tout sur les deux fronts. Ce sont d’ailleurs des formations d’origine chimique résultant de la décomposition superficielle de la dune (3).

Cette coupe intéresse au plus haut point les préhistoriens car on y a rencontré à différents niveaux des ensembles industriels plus ou moins riches et particulièrement en A, E, G, J et M. Non loin de là, à la carrière Martin, des poudingues assimilés à l’horizon E ont fourni une riche industrie de type paléolithique inférieur (ANTOINE, 1930 b.). Elle intéresse bien plus encore les géologues. La variété des couches qui s’y rencontrent fait de la carrière Sidi-Abd-er-Rhamane un site de première importance pouf l’étude du Quaternaire marocain. Cette importance s’accroît encore du fait de l’existence autour de Casablanca d’autres exploitations s’échelonnant entre les altitudes 8 et 90 mètres (carrière Martin, Maarif, Aéroport, Beausite, Sidi Messaoud, etc...) et présentant également des superpositions de couches marines et continentales. Est-il possible d’abord de raccorder toutes ces formations, puis de les comparer aux renseignements fournis par Rabat et le cap Cantin afin d’en dégager une synthèse de notre quaternaire ? Nous allons voir maintenant ce qu’en pensent les géologues.



________

(3) J’ai considéré jusqu’à présent, et c’était je crois l’opinion de MM. Neuville et Ruhlmann, que la couche C, dite « grès dunaire dégradé », représentait, comme semble l’indiquer son nom, une altération de la dune H avec laquelle elle serait en continuité. J’en fais l’homologue du « banc pourri » qui, sur le front Est, couronne la dune (sous la croûte et les limons rouges supérieurs). Au moment des recherches de MM. Neuville et Ruhlmann, ce banc pourri était inaccessible et ils n’en parlent pas. Dernièrement, M. Biberson m’a fait remarquer qu’il était possible qu’il s’agisse d’un sédiment posttyrrhénien, homologue de l’une ou de l’autre des petites dunes surmontant à la carrière Martin le poudingue tyrrhénien, et qui serait venu se plaquer sur le flanc de la grande dune H avec laquelle il serait simplement en contiguïté. Seule une étude pétrographique fine, que M. Biberson a l’intention d’entreprendre, donna la solution de ce petit problème.

[Je viens de recevoir le livret-guide des excursions A 30 C.G. du Congrès international de Géologie au Maroc. J’y trouve reproduite la figure de Neuville et Ruhlmann légèrement modifiée. Les grès dunaires dégradés y sont déjà indiqués comme : dune supérieure (ajouté en cours d’impression).]





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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mer 1 Oct - 16:46

page 13

B - LES INTERPRETATIONS


Pour les préhistoriens, l’intérêt d’une coupe réside avant tout dans ce fait que les diverses industries qui s’y rencontrent se trouvent datées, relativement les unes par rapport aux autres, suivant la strate où elles gisent. Encore faut-il que l’âge de ces strates soit lui-même bien établi. Et c’est ici que les choses se compliquent du fait que chaque savant interprète à sa façon les phénomènes qu’il a sous les yeux, en particulier en fonction de ses idées sur l’origine des allées et venues de la mer sur les côtes.

Il semble bien qu’actuellement les géologues spécialistes du Quaternaire admettent une corrélation entre les phénomènes glaciaires et les variations du niveau marin. Mais cette corrélation peut s’exprimer de deux façons.
Ou bien les glaciations correspondent aux régressions. C’est ce que j’ai appelé la position I (1948). Ou bien les glaciations correspondent aux transgressions (Position II).

Il va sans dire que si l’action des glaciers était seule en jeu les épisodes marins et continentaux se succéderaient partout sur la bordure continentale avec une belle régularité (4). Ce n’est malheureusement pas le cas, et d’autres phénomènes (surrections ou affaissements par exemple) interviennent pour en modifier localement l’allure générale.
Pour certains géologues même, ce sont ces phénomènes qui seuls interviendraient et la rétention glaciaire n’aurait aucune répercussion sensible. C’est en somme une position III.

Ces trois attitudes se trouvent représentées parmi les savants qui se sont intéressés aux sites que nous venons d’étudier. Nous ne pouvons nous dispenser d’exposer leur point de vue.

Position I.

C’est celle adoptée par MM. ARAMBOURG, Abbé BREUIL, CHOTIBERT, FURON, GIGOUT, MARÇAIS, ZEUNER, etc... qui tous, ou sont des Marocains, ou ont parlé du Quaternaire marocain. Et cependant leurs opinions sont loin d’être concordantes .Les divergences se manifestent soit dans le nombre des glaciations (5), soit dans leur position, soit dans la nomenclature adoptée (6), soit dans la façon de présenter le sujet. Nous ne pouvons exposer toutes ces variantes et nous n’en citerons que deux (sans parler de celle de M. GIGOUT vue plus haut), celles de MM. ZEUNER et FURON parce que, auteurs de traités généraux, ils ont chacun à sa façon tenté la synthèse des renseignements fournis par les spécialistes.




________

(4) Én particulier, les transgressions devraient être toutes d’amplitude verticale à peu près égale. Or, les maxima transgressifs décroissent régulièrement depuis la fin du Pliocène au lieu de revenir chaque fois au même niveau approximatif» Nous sommes donc en présence, commel'Fa fait remarquer M. Gigout, d’une régression quaternaire unique se poursuivant non par étapes mais par « pulsations » (contre cette façon de voir, se reporter plus bas à la « position Bourcart »).

(5) Si on s’accorde assez bien pour admettre quatre glaciations principales : Gunz, Mindel, Riss, Wurm, il semble bien qu’en fait il y en ait eu davantage, chacune d’elles pouvant se décomposer en deux ou trois autres. Les sondages récents opérés dans les boues qui se déposent de façon constante et régulière dans le fond des océans ont montré qu’il existait jusqu’à onze faunes froides séparées par des périodes de réchauffement.

(6) Les purs stratigraphes (MM. Gigout, Marçais par exemple) ne citent que très exceptionnellement une glaciation. Pour eux, le Quaternaire est composé d’une série de cycles allant du début d’une transgression au début de la transgression suivante. C’est parfaitement logique.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mer 1 Oct - 17:19

page 14  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


ZEUNER (1946). — Son tableau des corrélations (p. 133) nous paraît un des efforts les plus cohérents pour coordonner les faits actuellement connus. Du fait qu’il est construit avant tout pour l’Europe, il tient compte de multiples contingences (glaciations dédoublées voire détriplées par exemple), aussi le simplifierons-nous considérablement. M. ZEUNER ne s’est pas particulièrement occupé du Maroc, son tableau a pour nous une valeur avant tout comparative.


... Postglacial .......................................: Flandrian
... Last glaciation ..................................: Wurm (1, 2 et 3).
... Last interglacial ................................: Late Monastirian, + 7 m.
...........................................................: Main Monastirian, + 18 m.
... Penultimate glaciation .......................: Riss (1 et 2).
... Penultimate interglacial .....................: Tyrrhenian + 32 m.
... Antepenultimate glaciation .................: Mindel (1 et 2).
... Antepenultimate interglacial ...............: Miiazzian + 60 m.
... Early glaciation .................................: Gunz (1 et 2).
... Upper Pliocène ..................................: Sicilian + 80 — 103 (7).


FURON. — M. FURON connaît bien le Maroc et il a visité en compagnie de MM. NEUVILLE, RUHLMANN et de moi-même les carrières des environs de Casablanca. Dans la troisième édition de son « Manuel de Préhistoire Générale » (1951) il distingue (pp. 59-60) cinq cycles quaternaires dont les minima régressifs correspondent aux quatre grandes glaciations. La nomenclature employée diffère notablement de celle de ZEUNER :

... 5° Flandrien ;
... 4° Tyrrhénien II (ex Monastirien) se termine avec la croissance des grands glaciers wurmiens ;
... 3° Tyrrhénien I (début de la fusion du Mindel) ;
... 2° Sicilien-Milazzien (interglaciaire Gunz-Mindel) ;
... 1° Calabrien.

Ce tableau est simple, trop simple même, car ayant ainsi réuni à la page 60 le Sicilien et le Milazzien, « un même étage qui porte deux noms », il est obligé de les séparer à nouveau à propos de Sidi-Ab-er-Rhamane (p. 274).

A noter également que pour l’auteur les calcaires pulvérulents couronnés par la croûte supérieure (à laquelle il attribue une épaisseur de 25 cm. (8) sont rissiens, et que les limons rouges superficiels sont antérieurs au maximum de la régression grimaldienne (wurmienne).
_
Position NEUVILLE et RUHLMANN (1941b).

Pour ces auteurs, la coupe de Sidi Abd-er-Rhamane démontre l'existence de trois grandes transgressions :
... I. — Sicilienne, niveau de 90-100 m., représentée par le poudingue transgressif de base O, la couche marine N et le poudingue régressif M.
... II. — Milazzienne, niveau de 60 m.. poudingue et lumachelle J.
... III.— Tyrrhénienne, niveau de 28-30 m., graviers G-F-E de Sidi Abd-er-Rnamane et poudingue de la carrière Martin.



________

(7) Remarquer la place donnée au Sicilien (Pliocène).

(8) Aucune croûte sur la côte ne dépasse, à ma connaissance, 8 à 10 cm., les croûtes épaisses se rencontrent surtout dans l’intérieur.







Dernière édition par Paul Casimir le Mer 1 Oct - 17:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mer 1 Oct - 17:35

page 15
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Un quatrième épisode correspondant à la transgression' de 12-15 m. manque à Sidi Abd-er-Rhamane, mais serait représenté non loin de là, à Kef Haroun, par une lumachelle à petits gastéropodes.

Quant aux corrélations avec les périodes glaciaires, les auteurs adoptent la position II (glaciation = transgression) (9) et le Sicilien, par exemple, est synchrone du Gunz. Ceci nous obligera à une certaine correction pour accorder leurs datations avec celles des auteurs qui adoptent la position I.

Position BOURCART.

Elle est, si je puis dire, dissidente. Pour M. BOURCART, il n’y a pas de corrélation entre les glaciations et les variations du niveau marin, ou, tout au moins les incidences des unes sur l’autre sont négligeables. Il n’utilise pas la méthode altimétrique et « ne pense pas qu’on puisse reconnaître un dépôt marin par l’altitude qu’il peut atteindre » (1949). Aux pulsations glaciaires il substitue les pulsations du Continent et des Océans « comme au cours de toutes les périodes géologiques » (10).

Dans ces conditions, les concordances observées des deux côtés du détroit de Gibraltar entre les diverses altitudes des plages soulevées doivent relever d’une autre explication, et c’est ici que M. BOURCART fait intervenir la notion de flexure continentale. Nonobstant de nombreuses critiques, en particulier de la part de MM. NEUVILLE et RUHLMANN (1941 b) (11), M. BOURCART maintient sa thèse. Il a écrit récemment (12) : « Tout au long de la côte marocaine... l’ordre de superposition des couches est celui qui se fait dans une cuvette synclinale, les plus récentes recouvrant les plus anciennes. Or, d’après la synthèse de Deperet... les plages soulevées seraient d’autant plus élevées qu’elles sont plus anciennes. Cette inversion dans l’ordre de superposition des dépôts (13) (croisement des terrasses) est l’argument le plus solide que l’on puisse donner en faveur de l’hypothèse de la flexure continentale. » (14)



________

(9) C’est du moins ce qui ressort du texte seul (p. 84, lin. 6-9 ; p. 96, lin. 9-11, etc.). Mais, dans leur tableau des corrélations de la page 137, ils adoptent du haut en bas une position hybride qui peut s’exprimer ainsi :
Transgression = début de la phase croissante de la glaciation.
Régression = fin de cette phase + maximum + phase décroissante + inter¬glaciaire.

J’estime cette position logiquement indéfendable, mais ce qui l’est encore moins, c’est la contradiction entre le texte et le tableau que j’ai signalée en 1948. M. R. Neuville (1951, p. 247) essaie de justifier « l’hybridité » de sa position en arguant qu’un « maximum de traces pluviales peut ne pas correspondre à un maximum régressif », ce qui est parfaitement exact mais nullement en désaccord avec les positions I et II. Quant à la contradiction, il n’en est pas question.

(10) Mais, est-ce que, à l’échelle cambrienne ou jurassique, nos transgressions Quaternaires seraient décelables ou à tout le moins suffisantes pour qu’il en soit tenu compte ? Est-ce que, à cette échelle, notre Quaternaire ne constitue pas une seule grande phase régressive, comme l’a si bien dit M. Gigout (v. plus haut), parfaitement conforme aux conceptions de M. Bourcart et à laquelle seraient venues se superposer les petites pulsations glaciaires ?

(11) M. Bourcart a vivement réagi aux critiques des auteurs marocains, ce qui l’entraîne à quelques injustices ; par exemple (1943, p. 236, 2ème colonne) : « Les faits mis en lumière par MM. Neuville et Ruhlmann proviennent uniquement de l’étude de six carrières... la jonction entre ces carrières est uniquement graphique ». Uniquement de six ! Et quel est le stratigraphe qui n’a jamais fait de raccords graphiques ?

(12) Discussion ayant suivi la lecture de la note de M. Lecointre (Bull. Soc. Géol. Fr. 1949, p. 594).

(13) Pour les plages soulevées, il n’y a pas inversion dans l'ordre des superpositions mais dans l’ordre des altitudes relatives.

(14) Au risque de passer pour un Philistin, je ne vois pas comment la flexure explique l’alternance des formations continentales (dont certaines descendent au- dessous du zéro actuel) et des formations marines, à moins d’admettre des pulsations dans cette flexure, pulsations infiniment plus hypothétiques que celles des glaciers.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mer 1 Oct - 17:43

page 16
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Pour ce qui est de Sidi Abd-er-Rhamane, M. BOURCART (1943) a discuté longuement les interprétations de MM. NEUVILLE et RUHLMANN. Les points suivants sont à retenir :

1° Le raccord opéré par les auteurs entre la plage de 90-100 m. reconnue à Sidi Messaoud et les poudingues M et O (aller et retour de la mer sicilienne) est indémontrable et probablement erroné. Dans le cas contraire, l’inclinaison entre les deux points est telle qu’elle ne peut s’expliquer que par une déformation postérieure amenant Sidi Messaoud à sa côte actuelle (flexure).

2° Les poudingues M et O sont une seule et même formation et paraissent bien se réunir au Sud-Est ; par suite, le grès N est une simple lentille intercalaire. La vase du calcaire lacustre L a pénétré, quand elle était encore molle, les interstices du poudingue M dont elle constitue le ciment , les deux formations sont inséparables. — Ls grès K n’est pas distinct du grès coquillier J à la base duquel il forme une lentille. — La couche I n’a aucune valeur stratigraphique et ne résulte que d’un simple phénomène de dissolution (c’est aussi l’opinion de M. LECOINTRE).

Se basant sur ces considérations, sur l’étude pétrographique des sédiments et aussi sur le fait que le point où les couches K-L-M-N-O sont visibles est extrêmement limité et qu’elles disparaissent latéralement pour se fondre dans le seul grès J, M. Bourcart conclut qu’il ne s’agit, dans tout ce complexe, que de la trace « exceptionnellement conservée des minuscules phénomènes qui peuvent se produire lors des allées et venues de la mer sur une plage ». « Toutes les formations du front Est de la carrière appartiennent à'la même étape de sédimentation, celle de la formation des grès de Rabat ». (15)

Sans contester aucunement la grosss portée de ces considérations, je ne puis m’empêcher de remarquer que traiter d’exceptionnel un fait qui s’oppose à une théorie n’est pas un argument de grande valeur logique. En outre, il est un point que M. Bourcart passe sous silence et qui me paraît mériter qu’on s’y arrête. L’industrie clacto-abbevilienne s’observe uniquement en surface du poudingue M. Si nous avions eu à ce moment des « allées et venues » de la mer sur ce poudingue, nul doute que la partie supérieure en eût été plus ou moins brassée et les pièces clacto-abbevilliennes eussent été disséminées plus ou moins profondément dans cette partie supérieure. Il semble donc bien que, à l’arrivée des clacto-abbevilliens la mer était déjà assez loin pour ne plus atteindre ce poudingue. La pénétration des vases lacustres dans son épaisseur et sa cimentation me paraît, par suite, contemporaine de ce même retrait. Pour ces raisons, nous nous rallions à la dualité des formations du front Est.



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(15) Nous avons vu plus haut que, ultérieurement, M. Bourcart a admis la dualité des grès de Rabat.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Mer 1 Oct - 18:05

page 17
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

3° Enfin, en ce qui concerne la grotte, l’opinion de M. BOUCART diffère totalement de celle des auteurs. La couche F est indûment qualifiée de « grès à arénicoles » (nous sommes d’accord), elle serait d’origine fluviatila (ici nous le sommes moins). Les deux poudingues qui l’encadrent sont une seule formation et les coquilles marines recueillies toutes comestibles, sont celles qui se trouvent dans les calcaires rouges de Temera et dans les débris de cuisine néolithiques (16). Les remplissages sont donc uniquement continentaux, se sont faits vraisemblablement par le haut (ici nous sommes d’accord) et se raccordent à la grande nappe de cailloutis qui descend du plateau d’Anfa.

Nous avons insisté un peu longuement sur la position de M. BOURCART, d’abord parce qu’elle montre une vision particulière des phénomènes, mais surtout parce qu’il est un des plus anciens géologues du Maroc qu’il sillonne dans tous les sens depuis plus de trente ans , et enfin parce qu’il a trouvé une vérification de ses conceptions déjà anciennes dans l’orientation nouvelle de ses recherches vers la pétrographie et l’étude des fonds marins. Il importe d’en tenir le plus grand compte.


C - LES SUCCESSIONS FAUNIQUES

LES FAUNES MARINES


Les documents intéressants sont uniquement fournis par les mollusques. Certains des niveaux étudiés par NEUVILLE et RUHLMANN se sont montrés assez riches, par exemple le Sicilien de Beausite, la lumachelle J de Sidi Abd-er-Rhamane et celle du niveau de + 15 m. à Kef Haroun. Les auteurs ont donné de ces fossiles une liste très complète (1941 b., pp. 127-233). Depuis cette date, MM. BIARD et PLESSIS ont exploité des gisements fossilifères au kilomètre 8 de la route de Mazagan et dans la carrière des abattoirs. Enfin nous avons nous-même recueilli une très riche faune à gastéropodes d’une conservation remarquable dans les faluns sous croûte aux Zenata (17). Tous ces matériaux ont été remis à M. LECOINTRE pour étude. Joints à ceux qu’il a récoltés lui-même sur place, ils lui ont permis d’arriver aux conclusions suivantes (1949).

On peut distinguer dans notre Quaternaire marocain trois faunes malacologiques successives qui sont de bas en haut :

F. 1. — Présence d’Acanthina crassüabrum Lamark et de Trochatella trochiformis Gmelin, formes méridionales ; absence de Littorines et de Pur¬pura lapillus Linné. C’est la faune de la plage de Sidi Messaoud ; elle correspond à un rivage situé vers + 100 mètres (18).



________

(16) Tout ce passage résulte à notre avis d’une interprétation inexacte due bien probablement à une idée préconçue. Les poudingues sont bien marins, et parmi les coquilles, il en est de non comestibles : Nassa, Ocinebra, qui ne se rencontrent jamais dans les débris de cuisine (voir plus loin, découvertes récentes).

(17) Le marais de Zenata, à 7 km. N.-E. de Casablanca, a été drainé et livré à la culture maraîchère. Les trous pour le pompage atteignent la couche fossilifère reposant sur les schistes primaires, à une profondeur variant de 2 à 4 m. Cette couche est constituée par des faluns d’une richesse remarquable en petites espèces : Rissoa, Odontostomia, Turbonilla, Cœcum, Aclis, etc...

(18) La couche N de Sidi-Abd-er-Rhamane, intercalée entre le poudingue de base et le poudingue M à Clacto-abbevillien, n’a pas fourni de fossiles déterminables. Elle ne paraît ne contenir que des patelles.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Ven 3 Oct - 18:38

page 18  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

F. 2. — Présence d'Acanthina crassilabrum et Trochatella trochiformis, mais associées à Purpura lapillus et à des Littorines : littorea Linné, rudis Maton et obtusata subsp. littoralis Linné. La formation typique est la lumachelle J de Sidi Abd-er-Rhamane.

F. 3. - Disparition des espèces précédentes (sauf Purpura lapillus qui devient rarissime) ; apparition brutale de Patella safiana Lamark et surtout de Purpura hemastoma Lamark qui pullule immédiatement, cette invasion probablement contemporaine de celle des Strombes en Méditerranée. C’est la faune de la couche E-G de Sidi Abd-er-Rhamane (19) de la base des couches rouges de Temara et du poudingue de la carrière Martin.

Quant à l’âge de ces faunes, M. LECOINTRE envisage deux possibilités. Dans la première hypothèse nous avons :

F1 = Sicilien,
F2 = Milazzien,
F3 = Tyrrhénien.

Dans la seconde, qui s’appuie sur la précocité d’Acanthina et de Trochatella, espèces présentes dans le Pliocène, et sur ce fait que les Littorines et Purpura lapillus sent des formes nordiques dont l’apparition est peut-être liée à celle de la faune froide en Méditerranée, nous avons :

F1 = Calabrien,
F2 = Sicilien,
F3 = Tyrrhénien.

Dans cette seconde hypothèse, il n’y a pas de Milazzien à Sidi Abd- er-Rhamane et, si l’on refuse l’unité du front Est proposée par M. BOURCART, l’ancienneté de l’industrie du poudingue M se trouve considérablement reculée dans le temps.


Les faunes continentales.

Ici, j’aurais aimé dire un mot des mollusques terrestres qui doivent pouvoir fournir, eux aussi, des renseignements intéressants, soit pour les formations franchement terrestres (Helicidés), soit pour l’étude des alluvions fluviátiles (Melanopsidés, Unionidés). Malheureusement, les matériaux recueillis n’ont encore pas été l’objet d’un examen d’ensemble. Ce chapitre est entièrement à faire.

Par contre, les mammifères ont été très travaillés. Ici, nous entrons dans le domaine de M. ARAMBOURG. Le clair raccourci qu’il vient de nous donner (1952, pp. 21-23) serait à citer en entier. Il distingue dans notre Préwurmien deux faunes :
I° une faune villafranchienne, représentée au Maroc par le gisement du Fouarrat (Viliafranchien inférieur) avec prédominance d’Anancus Osiris Arambourg, Stylohipparium lybicum Pomel, Lybitherium, Elephas Planifrons Falconer et cromerensis Depéret et Mayet.
Le niveau supérieur, dans lequel prédomine Elephas cromerensis, n’est pas connu au Maroc. C’est lui qui a fourni les plus anciennes traces d’industries connues à ce jour : les balles polyédriques d’Aïn Hanech découvertes par M. ARAMBOURG (1949 et 1950).


________

(19) Cependant, Littorina littorea a été signalée dans la couche G où elle ne semble pas à sa place. M. Neuville aurait écrit à M. Lecointre qu’il s’agit d'une « erreur matérielle » (Lecointre, 1949, p. 588, note 4). En fait, comme on le verra plus loin, cette couche contient des espèces encore plus anciennes, et la présence de L. littorea n’est nullement invraisemblable.



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Ven 3 Oct - 20:29

page 19
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

2° une faune du Pléistocène moyen, représentée au Maroc par les grès de Rabat et Casablanca. Disparition d’Anancus, Stylohipparium, Lybithe- rium, Elephas planifrons et croremensis. Présence d’Elephas atlanticus, Rhinocéros simus, Alcelaphus bubalis, Equus mauritanicus, Taurotragus procanna, Gorgon tauricus prognu (espèces retrouvées au Maroc), Machairodus et Giraffa (non signalés chez nous). Elle est remarquable par la présence d’éléments aujourd’hui confinés aux régions australes du continent africain (Zèbre et Gnou par exemple).

Comme on le voit, la faune mammalogique permet une dissection moins précise que celle des mollusques marins.

Les restes humains.

Le seul fossile humain signalé à ce jour dans le Préwurmien marocain est la mâchoire de Rabat découverte dans le niveau 2 des grès de Rabat par M. MARÇAIS (1934). Ses caractères, précisés par M. VALLOIS (1945) sont assez archaïques.


D - LES TERRASSES FLUVIALES

Comme partout, les oueds marocains montrent des terrasses étagées à des altitudes variables. Elles ont rarement fait l’objet de monographies locales (Russo, 1926) et les renseignements sont le plus souvent dispersés dans des ouvrages plus généraux (Dresch, 1941, Gigout, 1951, etc.). On peut presque partout reconnaître la présence des quatre terrasses classiques, ce qui permet, en principe, une datation plus ou moins approchée des industries qui s’y rencontrent. Toutefois, M. Choubert (1946) fait remarquer à propos de l’oued Tensift, que la plaine du Haouz de Marrakech joue le rôle de niveau de base pour les oueds descendant de la montagne dont les terrasses sont, par suite, indépendantes des variations du niveau marin : celles-ci n’ont influencé que le cours inférieur du fleuve. Il en est de même pour les oueds sahariens descendant du flanc sud du Grand Atlas vers la hammada (Zousfana et Daoura par exemple) ; la formation des terrasses y dépend uniquement de la pluviosité. Ces considérations devront inciter les chercheurs à une certaine prudence dans la datation des industries. Jusqu’à présent, d’ailleurs, les préhistoriens marocains ont plutôt négligé ces études pour lesquelles il faut être tant soit peu géographe et la réunion de ces deux disciplines est rare. C’est précisément le cas de M. BIBERSON qui vient de nous donner la première monographie du genre dans son travail sur l’oued El Khemis (1952). Ce n’est pourtant pas que la matière soit pauvre, loin de là, et je me permettrai de recommander à mes successeurs les oueds suivants, dont l’étude mériterait d’être reprise ou entamée.

a) Le petit oued Gorea, qui ceinture Casablanca au Sud avant de se jeter dans l’oued Bouskoura, a été canalisé jadis, pour des raisons de salubrité, de la source à son confluent. Les déblais rejetés à droite et à gauche nous ont fourni : près de la source (cote 50 environ), de l’Acheuléen moyen ; un peu plus bas, en face de l’Ermitage (cote 35), de l’Atérien, que j’ai étudié en 1934, et, 800 mètres en aval, au niveau de la route de Bouskoura (cote 30), uniquement de l’Ibéromaurusien. Une tranchée ouverte dans les talus de l’oued en face de l’Ermitage a atteint, sous 1m. 50 de calcaires pulvérulents, un mince poudingue, véritable terrasse située à 5 m. environ au-dessus du niveau de l’oued, avec Acheuléen en place.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Ven 3 Oct - 20:41

page 20  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

b) Oued Bouskoura. Les travaux d’établissement des égouts dans les faubourgs ouest de Casablanca ont coupé en plusieurs endroits d’anciens lits de l’oued. Deux de ces points se sont montrés assez riches, l’un en Acheuléen moyen ou supérieur, l’autre en Acheuléen indiscutablement très supérieur, voire Micoquien. Nous espérons pouvoir le publier sous peu.

c) Les alluvions de l’oued Bouchane, près de Louis-Gentil, sont exploitées par la Société des Chemins de fer marocains. Les graviers, expédiés bruts dans les grandes gares, sont tamisés pour en extraire le sable. A Oujda, les résidus de ces tamisages ont fourni à M. BOSSLER de splendides séries atériennes et ibéromaurusiennes. Une étude de la baliastière s’impose.

d) Oum-er-Rbia. Un lot d’Ibéromaurusien roulé m’a été apporté par un de mes élèves comme provenant des berges de l’oued à 20 kms en amont d’Azemmour ; une station atérienne a été étudiée par CLÉMENT (1930) à Si Saïd Machou ; il semble bien qu’elle corresponde à la terrasse flandrienne (GIGOUT, 1951) ; enfin j’ai moi-même recueilli des coups de poing très roulés à Zaouïa es Cheikh, au pied du Moyen Atlas méridional.

e) Aux dernières nouvelles., M. ALLAIN, de Marrakech, aurait repéré deux terrasses fertiles sur les berges de l’oued Nfis.

f) Enfin, sur le flanc sud du Grand Atlas une terrasse de la rive droite du Draa m’a fourni, à Ouarzazate, de belles séries d’Acheuléen évolué avec hachereaux et d’énormes nuclei subdiscoïdes utilisés pour l’obtention de grands éclats travaillés ultérieurement en bifaces. J’ai publié une petite étude en 1933 (20), mais il y aurait intérêt à la reprendra en l'étendant aux autres terrasses et en particulier à celles de la rive gauche.


E - LES DECOUVERTES RECENTES A SIDI-ABD-ER-RHAMANE


Les travaux entrepris par la Compagnie Schneider, à la suite du classement définitif des sites géologiques et préhistoriques (21) ont donné lieu à de nouvelles observations du plus haut intérêt.

1°) Sur le front dit Est, les découverts ont permis à M. Gigout (1951 b.) de relever la coupe suivante (de bas en haut) :
a) premier conglomérat marin, 1 à 2 mètres.
b) grès calcaire à pulmonés ; épaisseur : 1 m., extension horizontale : une centaine de mètres.
c) conglomérat marin ravinant Iss grès précédents.
d) grande dune.

Le premier conglomérat correspond aux couches M-N-O de Neuville et Ruhlmann, le calcaire à pulmonés à la couche K (remarquer l’absence du calcaire lacustre L) et le deuxième conglomérat à la lumachelle J. Un important épisode continental sépare donc les deux format ons marines. La théorie de l’unité de l’ensemble, défendue par M. Bourcart, ne saurait s’appliquer ici ; nous revenons purement et simplement à l’explication NEUVILLE et RUHLMANN ; M-N-O = Sicilien ; J = Milazzien ; E-F-G = Tyrrhénien.



________

(20) Je noterai que Furon (1951, p. 276, lin. 11-13) commet ici une double erreur : l’industrie de Ouarzazate n’est pas chelléenne et elle n’a pas été découverte par Ruhlmann. Respectons les textes.

(21) Rappelons que les sites classés sont :
1° le gisement clacto-abbevillien moins la dune qui le surmonte ;
2° une importante fraction du front nord comportant en particulier l’attaque de la dune H par la mer tyrrhénienne.





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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Ven 3 Oct - 20:53

page 21  
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


2°) Sur le front nord, la parcelle classée comprend toute la partie de la dune érodée par la transgression, jusqu’à la hauteur de la grotte. Partant de ce point une grande tranchée a été creusée parallèlement au rivage et isolant vers celui-ci le site réservé. Cette tranchée s’est trouvé traverser toute une série de nouvelles grottes fossiles (au moins trois) à la fois plus ou moins largement ouvertes vers le large et communiquant avec la surface du plateau par des orifices supérieurs. La paroi verticale constituant le fond de ces grottes est une véritable falaise morte située entre les cotes 24 et 28. Elle a dû être assez longtemps battue par les vagues qui l’ont creusée d’anfractuosités et ont accumulé à son pied un ou deux mètres de galets de plage. Ceux-ci, plus gros et presque entièrement quartziteux en dessous, plus petits et de nature variée en dessus (galets allogènes d’origine fluviatile), sont peu cimentés, surtout vers le haut, et pétris de fossiles marins. Puis la mer s’est retirée et les grottes ont commencé à se remplir de sédiments fins, de coloration rouge, amenés à travers les orifices supérieurs par le vent et le ruissellement ; ils sont parfois consolidés, mais souvent meubles et à l’état de limons, surtout dans les anfractuosités de la paroi. Cette succession, moins la couche dite à arénicoles, est exactement celle donnée par NEUVILLE et RUHLMANN.

Le poudingue marin a fourni jadis à ces deux auteurs (1941) et plus récemment à M. GIGOUT (1951 b.) les mollusques caractéristiques du niveau 3 de LECOINTRE (.Purpura hemastoma) et correspond donc à l’attaque de la dune H par la mer tyrrhénienne de 30 m. Or, les recherches de M. PLESSIS (1952) dans ce même poudingue lui ont donné, outre les précédentes espèces : Acanthina crassïlabrum et Trochatella trochiformis. Ces fossiles sont en assez bon état, absolument identiques comme aspect et nature du test aux autres coquilles du niveau et ne montrent aucune trace de gangue antérieure ; ils sont donc bien en place et nullement remaniés.

La découverte de M. PLESSIS, corroborée ultérieurement par nos propres recherches et celles de MM. BIARD et BIBERSON, est grosse de conséquences. Deux hypothèses sont possibles. Ou bien, tablant sur la présence d'Acanthina et Trochatella, nous considérerons que cette plage de 30 mètres (peut-être témoin d’une mer régressive dont le maximum se trouve plus haut) est antétyrrhénienne, c’est-à-dire milazzienne. Dans ce cas, la couche J devient sicilienne (ce que vérifierait dans une certaine mesure la présence des formes de faune froide : Littorines et Purpura lapillus) et les industries du poudingue M reculent considérablement dans le temps.

C'est la deuxième hypothèse LECOINTRE modifiée pour ce qui a trait au Milazzien. Ou bien, tablant sur Purpura hemastoma, nous admettons son âge tyrrhénien et du même coup Acanthina et Trochatella perdent partiellement leur valeur de fossiles caractéristiques (22). La solution du problème sera peut-être obtenue lorsque la molaire d’éléphant trouvée dernièrement dans ce poudingue par M. BIBERSON aura été déterminée. Remise pour étude à M. ARAMBOURG, elle ne serait ni méridionalis ni Recki, ni atlanticus. Notons enfin qu’une industrie à caractères archaïques accompagnait cet ensemble ; elle fera l’objet d’une étude ultérieure de M. BIBERSON.



________

(22) Bourcart (1943, p. 315, 1ère colonne, note 2) avait déjà signalé la coexistence de Trochatella trochiformis et de Purpura hemastoma à Founti, près Agadir,



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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Ven 3 Oct - 21:00

page 22
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

3°) A peine les grottes ont-elles été abandonnées par la mer qu’elles ont donné asile à une faune extraordinairement abondante de petits mammifères : rongeurs, insectivores, chéiroptères, dont les os se comptent par milliers et donnent à la roche, quand elle est solidifiée, un curieux aspect porphyroïde. Ces petits ossements ont même pénétré dans les interstices du poudingue et on les trouve en contact avec des patelles et autres mollusques marins. On trouve d’ailleurs aussi des débris de gros mammifères : Equus, Bos, Alcelaphus et Rhinocéros, et, du haut en bas, une industrie de type nettement micoquien.

MM. NEUVILLE et RUHLMANN ont considéré ces remplissages comme homologues des limons rouges inférieurs ou couches de Temara ; j’y vois au moins partiellement, des limons rouges supérieurs amenés là, à travers les orifices d’en haut, par le décapage du revêtement qui recouvrait ce versant littoral de la dune solidifiée au moment du Pluvial IV wurmien, et qui a d’ailleurs presque complètement disparu.

L’homme a-t-il utilisé ces grottes comme habitat ? C’est à peu près certain, bien qu’on n’ait trouvé aucun fragment de squelette ; mais les remplissages ont été vidés par la Compagnie Schneider à une cadence accélérée, à la pelle mécanique, et déversés immédiatement dans des camions se succédant en chaîne sans interruption. A peine disposions-nous de quelques secondes entre le départ d’un camion et l’arrivée du suivant pour nous précipiter sur le front de taille. Que de merveilles ont dû être ainsi jetées à la mer !

4°) A l’ouest de la carrière classique, la Compagnie Schneider a écorché une énorme superficie de terrain pour la recherche du quartzite. Ce découvert constitue la carrière de « Sidi Abd-er-Rhamane extension ». Les travaux actuellement abandonnés ont mis à jour, sous les limons rouges supérieurs, les calcaires pulvérulents avec Acheuléen supérieur et des poudingues dont l’un contient une abondante industrie de type probablement clacto-abbevillien. La corrélation de ces divers niveaux avec ceux de Sidi- Abd-er-Rhamane classique ne peut être établie que par des géologues , aussi l’étude des matériaux archéologiques a-t-elle été remise à une date ultérieure.

5°) Les établissements S.T.I.C. ont ouvert une carrière entre les deux précédentes et à environ 200 mètres en arrière. Elle a été suivie, du point de vue scientifique, par M. BIBERSON. Au-dessus des schistes primaires on observe un poudingue de base à Littorina littorea et Purpura lapillus, surmonté d’un tuf calcaire à vertébrés et à industrie. Cet ensemble sera publié prochainement.




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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Sam 4 Oct - 7:35

page 23
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


II - LES INDUSTRIES

A - LE PRECHELLEEN

Faute de documentation précise on peut provisoirement appliquer ce nom à une industrie problématique découverte à Sidi-Abd-er-Rhamane en mélange « avec » le Clactoabbevillien et isolée par MM. NEUVILLE et RUHLMANN antérieurement (1841 a) à leur travail d’ensemble. Elle est constituée de « pièces de type plus archaïque, très roulées et dérivées de niveaux plus anciens ». Ce sont « des galets taillés très sommairement, associés à de rares bifaces ».

Le silence dans lequel les inventeurs se sont ensuite confinés, et dans le travail où ils exposent la totalité de leurs recherchss (1941 b.) et dans leurs travaux postérieurs, m’était apparu, étant donné l’intérêt du sujet, comme extraordinaire, ce qui m’a amené à écrire (1948) qu’ils étaient sans doute revenus sur leur discrimination.

Cependant FURON (1S51, p. 274). à propos des balles polyédriques trouvées par M. ARAMBOURG dans le Villafranchien de Saint-Arnauld, écrit : « D’autres gisements du même âge sont connus au Maroc... » Est-ce de ces quelques cailloux qu’il s’agit ? On eût aimé plus de précision. D’autre part, il semble bien que cette industrie soit entérinée par M. l’Abbé BREUIL (1248, p. 71) lorsqu’il écrit, parlant des plages reconnues à Sidi-Abd-er- Rhamane :
« The eldest (Sicilian) rises at 90 meters and contain (only at 29 mètres) (23), some waterworn pebble implements and tow poor hand- axes, comparables to those of the 100 feet terrace of the vail at Vereeniging. »
Puis il continue : « At the same site (Abd-er-Rhamane quarry) a clacto- abbevillian industry overlap the beach gravel, identical with that of 50 feet terrace of Verseniging. » (24)

L’ancienneté du Préchelléen marocain (s’il existe réellement et s’il doit être séparé du Clactoabbevillien) est énorme, surtout si l’on admet la seconde hypothèse de M. LECOINTRE.


B - LE CLACTOABBEVILLIEN Neuville et Ruhlmann (1941 b)

Le Clactoabbevillien trouvé en surface du poudingue M, est une industrie à bifaces et à grands éclats obtenus par la méthode sur enclume. Certains de ces bifaces sont eux-mêmes dérivés d’éclats de grande dimension ultérieurement retouchés au percuteur manuel de pierre et, sur la plupart d’entre eux, le plan de frappe oblique caractéristique est encore nettement discernable. L’aspect de l’ensemble est très archaïque par suite de l’existence de trièdres, de pièces à caractères d’ébauches et du manque de finesse des retouches. Cependant quelques pièces sont vraiment bien venues (N. et R. 1941 b, p. 61, fig. 28, N° 1) et présentent une silhouette d’uns belle régularité. Quant aux éclats, leur caractère clactonien est indiscutable, et le nom de cette industrie me paraît avoir été judicieusement choisi.



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(23) Ici, il y a erreur matérielle : il faut lire 19 mètres.

(24) On remarquera que, pour M. l'abbé Breuil, les objets roulés sont dans le poudingue (contains) et le Clacto-abbevillien au-dessus (overlap). MM. Neuville et Ruhlmann disent bien « avec », donc en mélange. Respectons les textes.





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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Sam 4 Oct - 7:43

page 24
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine

L’existence du Clactoabbevillien infirme, au moins localement, la théorie de l’indépendance et du parallélisme des industries à bifaces et à éclats (25).

Remarque. — La technique d’obtention des bifaces, en partant d’un grand éclat, représente une grosse économie de temps et surtout de travail, et elle est probablement plus répandue qu’on ne le pense généralement, la densité et l’étendue des retouches pouvant faire disparaître tous les caractères permettant de discerner l’origine réelle de l’objet. Elle a persisté longtemps au Maroc où on la retrouve jusque dans le Micoquien. Elle est de règle dans l’obtention du « hachereau » saharien, biface assez particulier dans lequel l’angle aigu apical est remplacé par un tranchant rectiligne perpendiculaire au grand axe. Le hachereau semble appartenir à la période finale des industries à bifaces ; il est rarissime au Maroc ; il manque totalement dans le Clactoabbevillien.

L’âge du Clacto-abbevillien dépend uniquement de la place que l’on accordera au poudingue M. Nous laissons à chacun, avec en main les diverses interprétations que nous avons passées en revue, le soin de choisir telle attitude qui lui conviendra. A notre avis, étant donné sa situation en surface d’un cordon littoral déposé par une mer régressive déjà assez éloignée pour qu’il soit hors de ses atteintes, il correspond évidemment à la fin d'un cycle (nous rejetons donc l’hypothèse Bourcart de l’unité du front Est). Ce cycle est ou calabrien ou sicilien, en tout cas pas tyrrhénien.

Le Clacto-abbevillien n’est encore connu au Maroc que de Sidi-Ab-er-Rhamane. M, l’Abbé BREUIL l’aurait retrouvé dans le sud-africain (v. plus haut le passage cité de cet auteur).


C - LE CHELLEEN ET L’ACHEULEEN INFERIEUR

Nous réunirons ces deux industries dans un même paragraphe, car, il ne faut pas se faire d’illusion, si, en France, on est arrivé à les distinguer parfaitement et même à les subdiviser morphologiquement, il est loin d’en être de même dans notre Maroc surtout atlantique. Certes, on rencontre bien çà et là des pièces sur lesquelles l’étiquette Chelléen ou Acheuléen inférieur peut raisonnablement être posée, mais la marge d’incertitude demeure grande (26). Les raisons sont multiples : rareté des gisements en place, insuffisance des monographies, nature du matériau ; le quartzite est moins docile, si je puis dire, que le silex et, à technique et habileté manuelle égales, donne des pièces d’une morphologie moins précise et moins fine que le silex. Enfin il faut compter avec la difficulté d’apprécier le degré de pureté d’un gisement donné. La plupart sont en effet installés sur des cordons littoraux, ce ne sont pas des lieux d'habitat mais des stationnements fortuits, véritables ateliers de dégrossissage sur lesquels la proportion des ébauches et des pièces abandonnées avant finitien est certainement très forte et fausse les déterminations.



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(25) M. Bergougnioux et Glory sont partisans de cette théorie. C’est leur droit strict ; mais ils le dépassent singulièrement quand, parlant du site de Sidi-Abd-er-Rhamane, ils écrivent (1944, pp. 132-132) que Neuville et Ruhlmann y ont trouvé de l’Abbevillien et l’abbé Breuil du Clactonien ! Respectons les textes.

(26) Pour Ruhlmann, il est facile de distinguer le biface chelléen, taillé sur enclume, de l’acheuléen obtenu par taille au percuteur de pierre d’abord, de bois ensuite (1945, p. 29). En France peut-être, mais pas au Maroc, où, sauf découvertes ultérieures, l’usage du percuteur de bois me paraît limité à l’Acheuléen supérieur,





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MessageSujet: Les grandes lignes de la préhistoire marocaine   Sam 4 Oct - 8:23

page 25
Les grandes lignes de la préhistoire marocaine


Le Chelléen a été signalé un peu partout au Maroc (27), mais presque toujours par pièces isolées. On cite cependant quelques petits ensembles. L’un des plus purs m’a été fourni par une tranchée ouverte boulevard Foch à Casablanca, entre les rues de Jussieu et du Dr Braun. Les pièces, peu nombreuses (16 ex.), ont un caractère archaïque très prononcé et ne ressemblent en rien au Clacto-abbevillien ; le gisement est à décrire.

Le Chelléen constitue l’industrie par excellence du Maroc depuis l’apparition de l’homme (ce que j’ai appelé Préchelléen est désigné sous le nom d’Abbevillien par M. l’Abbé BREUIL, 1951, p. 126) jusqu’à la transgression tyrrhénienne. Le Clacto-abbevillien pourrait alors être considéré comme un faciès ou un épisode local, sa présence en Afrique du Sud résultant d’une convergence probablement accidentelle.
Le Chelléen semble avoir persisté au Maroc beaucoup plus longtemps qu’en Europe.

L’Acheuléen inférieur est considéré par MM. BREUIL et LANTIER (1951, p. 126) comme l’industrie caractéristique de la plage tyrrhénienne. A Casablanca, celle-ci a été souvent débarrassée par l’érosion du manteau de formations continentales qui la recouvraient, et ceci explique l’existence des nombreuses stations superficielles que j’ai signalées jadis (Répertoire, stations 9-14-45-53-66-95-100-101-102) et qui forment autour de la ville, aux altitudes voisines de 30 m.. une véritable ceinture.

A la carrière Martin, près El-Hank, le poudingue tyrrhénien est en place. Je l’ai étudié en 1930 et à ce moment, vu le grand nombre de pièces à caractères primitifs, je l’ai considéré comme Chelléen. Cette détermination est à rectifier. MM. NEUVILLE et RUHLMANN (1941 b) ont en effet rapporté comment M. l’Abbé BREUIL avait distingué dans cet ensemble, à l’œil et surtout au toucher (28), trois industries : une très roulée, chelléenne, une moins roulée et une fraîche, ces dernières à rapporter à l’Acheuléen inférieur. Je reconnais qu’il est présomptueux d’aller à rencontre de déterminations faites par un tel maître, et cependant, pour des raisons auxquelles la morphologie et la patine sont étrangères, je ne saurais accepter intégralement ces conclusions. Le poudingue de la carrière Martin est un cordon littoral résultant du démantèlement de la falaise quartzitique (29) et à l’époque où il a été utilisé par l’homme, il était brassé biquotidiennement par la mer. Celui-ci y venait entre deux marées choisir et travailler plus ou moins des galets, puis retournait vers son campement, emportant le meilleur de son travail et abandonnant le reste au gré des flots, ce qui explique la répartition des pièces de tous les types, ébauches ou non, roulées ou pas roulées, sur presque toute la hauteur du poudingue. Si la mer tyrrhénienne avait remanié des pièces réellement chelléennes, donc très antérieures, elles eussent été complètement transformées en galets et méconnaissables.



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(27) Voir Ruhlmann, 1945, p. 49.

(28) Dans les sous-sols du Lycée de Casablanca, lesquels ne prennent jour qu’à l’Est par des vasistas poussiéreux, et en fin d’après-midi ; la visibilité y était épouvantable.

(29) M. Bourcart (1943, p. 313, en note confirmée, p. 333, note 2), écrit : « Les géologues croyaient autrefois que les galets et sables étaient des produits de la démolition des côtes par la mer. Il est démontré aujourd’hui qu’ils sont presque uniquement d’origine continentale et apportés par les fleuves ». Or, le poudingue inférieur fertile de la carrière Martin, ainsi que les poudingues M et G de Sidi Abd er Rhamane sont uniquement (sauf la surface de M) en quartzite local dit d’El-Hank. De même les galets de la plage actuelle d’Oukacha (banlieue N.E/de Casablanca) sont en roche locale : le schiste d’Oukacha.




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