Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR

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Paul CASIMIR




MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Mer 15 Oct - 6:42


VOLUBILIS

Les Thermes dits de GALLIEN


On trouvera une étude complète de ces thermes réalisée aussi par Mr. R. THOUVENOT dans la rubrique " A LA DECOUVERTE DE VOLUBILIS, en page 3 du site.




Plan des Thermes dits de GALLIEN


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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Mer 15 Oct - 6:50

page 30

Le sol des étuves a disparu, mais on voit encore quelques unes des pilettes de briques qui le supportaient et, dans le mur, les restes des tuyaux de terre cuite par où circulait l'air chaud. Plus loin, c'est la piscine froide où l’on descendait par des degrés revêtus de marbre et qu'un large égout permettait de vider rapidement. La salle d’attente était pavée d'une jolie mosaïque. Le flanc Nord était occupé par les salles de soins accessoires et des salons de repos, tandis que la façade se prolongeait par des boutiques : coiffeurs, pâtissiers, rôtisseurs, marchands de boissons trouvaient dans les baigneurs une clientèle assurée.

La place qui suit était ornée d'une petite chapelle consacrée sans doute aux Lares des carrefours, puis d'une fontaine où l'eau coulait d'un mufle de lion ; ses parois avaient été construites avec des inscriptions en l'honneur des empereurs Commode, Sévère Alexandre et sa famille, préalablement martelées. Il est probable que sous le règne de Maximin le Thrace (235-238 ap. J.-C.), qui avait fait tuer l’infortuné Sévère Alexandre, les Volubilitains, pour ne pas laisser ces belles pierres inutilisées, les employèrent à bâtir cette fontaine, mettant ainsi d’accord leur docilité envers le pouvoir et leurs finances.


page 31

De cette place, des rues descendent vers les quartiers occidentaux et une étroite ruelle mène à une boulangerie. Celle-ci comprend deux pièces ; celle du fond contient le moulin : une grosse meule fixe tronconique et une meule mobile en couronne, taillées dans de la pierre volcanique provenant des environs d’El Hajeb ou de Taza. Dans la salle de devant sont deux pétrins, dont les trouvailles de Pompéi permettent de reconstituer le mécanisme : un axe en fer, appuyé sur une crapaudine, supportait quatre ailettes en bois; sur les parois étaient fixées quatre traverses; une manivelle donnait à l’axe un mouvement de rotation et la pâte était ainsi brassée entre les ailettes mobiles et les traverses fixes. Du four il ne reste plus que la sole en grosses dalles et le foyer, il manque la couverture : voûte ou calotte en briques ou en terre réfractaire.

Sur son côté Nord, la place était bordée d’un portique qui menait au FORUM, centre politique des cités latines. Il affecte ici la forme insolite d’une équerre qu'ont dû lui donner plusieurs remaniements. Il était enclos de murs et on y accédait par deux portes monumentales, car il était en principe réservé aux seuls citoyens. Il a gardé une partie de son beau dallage en calcaire gris-bleu, mais le portique qui le bordait, au moins au Nord, a disparu.



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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Mer 15 Oct - 6:57

page 32

Comme celui de Rome il était encombré d’un peuple de statues dont seules ont survécu les bases avec leurs dédicaces. Nous possédons ainsi celles de M. Valerius Severus et de l’empereur Claude dont nous avons parlé, une dédicace à Aemilia Sextina, originaire de Vienne en Dauphiné, femme du commandant de la cohorte des Asturo-galiciens qui tenait garnison à Aïn-Schkour, à 4 km. au Nord, et d'autres à divers personnages, sans doute bienfaiteurs du municipe.

Sur la face occidentale un bâtiment à quatre loges, dont il ne reste que les fondations, était peut-être un temple. Sur la face Sud se dressaient une petite chapelle à Septime Sévère et un édifice à haut podium, auquel on accédait de côté par un escalier sans doute en bois, dont on voit encore les mortaises, et qui ne peut guère avoir été que la tribune aux harangues. Enfin le côté oriental était occupé par un grand bâtiment auquel on accède par quatre degrés et que, d’après son plan, nous appelons la basilique. Elle est divisée en effet en trois nefs par deux colonnades; elle se termine au Nord et au Sud par deux absides comme la basilique de Trajan à Rome et celle de Leptis Magna en Tripoli taine. Elle s’ouvrait sur le grand côté par trois portes au plein cintre orné d’une corniche. Deux étages de colonnes engagées ornaient à l’extérieur les panneaux pleins.


page 33


L'intérieur devait être pourvu sur les bas-côtés d'une galerie supérieure formant tribune. L’absence de rigoles d’écoulement sur le sol laisse supposer l’existence d’une toiture continue à double rampant. C’était dans ce local que l’on rendait la justice, le tribunal siégeant dans les absides, les plaideurs attendant leur tour dans les nefs. Sur le côté oriental s’appuyaient des salles qui servaient sans doute de bureaux, et peut-être la grande salle, ou curie, où se réunissait l’assemblée des décurions ou sénat municipal. Les arcs des angles menaient soit aux greffes soit aux escaliers des tribunes.

Au Sud de la basilique s'étend une place bordée sur deux côtés par un portique, et le fond occupé par un édifice surélevé où on accédait par un grand escalier. Si on en croit une inscription trouvée là ce serait le CAPITOLE, dont il ne reste plus malheureusement que les substructions, mais auquel appartenaient les colonnes et les chapiteaux monumentaux recueillis tout autour. A côté, une petite chapelle, pavée d’une jolie mosaïque a dû abriter le culte d'une divinité non admise dans le Panthéon officiel, Isis peut-être. Devant l’escalier on voit encore la base de l’autel des sacrifices. Sur les deux grands côtés s’ouvrent des salles : salle de réunion des collèges, bureaux, magasins, etc..


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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Mer 15 Oct - 7:06



VOLUBILIS

La "Basilique"





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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Mer 15 Oct - 7:20

page 34

Celle du fond pourvue d une abside, contient une dédicace à Vénus par un affranchi, en remerciement de son élection à la dignité de sévit augas talis ; le cippe de marbre rose est décoré sur les trois autres faces par les vases libatoires et une colombe en bas-relief.

On entrait sur la place du Capitole par deux étroits passages ornés de demi-colonnes dont le socle porte de légers reliefs : rosaces, vases dionysiaques, même une silhouette de Mercure.

Cet ensemble qui déjà sous l’empereur Antonin avait grande figure, puisque les adorateurs de la divinité impériale y avaient fait construire « un temple avec des portiques sur une aire qu’ils avaient achetée » (inscription dans la basilique) avait reçu sa physionomie définitive sous l'empereur Macrin (218 ap. J.-C.) qui dédia le Capitole (inscription au Musée).

On quitte le Forum et on se dirige vers l’Arc de Triomphe; on trouve alors sur sa gauche une maison malheureusement détruite, dont il ne reste que deux mosaïques : l’une représente un personnage du cortège bachique, à califourchon à l’envers sur un âne et brandissant un canthare et une écharpe ; l’autre, des pêcheurs : PlSCAT (io) ou PlSCAT (ores) : pêcheurs au filet en haut, pêcheur à la ligne en bas. Cette mosaïque, bien que le dessin en soit malhabile, est intéressante parce que c'est le seul sujet de genre connu à Volubilis, où domine au contraire l'inspiration mythologique.

page 35

De l’autre côté de la rue, une grande fontaine publique recevait l’eau qui débouchait de l’aqueduc. La source qui l'alimente existe toujours, quoique certainement moins abondante, et suffit largement aux besoins du village de Fertassa où se trouvait la chambre de captage. L'eau arrivait d'abord dans des bassins de décantation, puis tombait par des becs dans la vasque de consommation. Un secteur de la margelle est encore usé par les amphores que les femmes y posaient avant de les placer sur leur tête ou leur épaule. Le trop-plein de la fontaine s’écoulait dans un égout divisé en deux branches et desservait aussi les latrines publiques voisines.

La place de I'ARC DE TRIOMPHE était bornée à l'Est par des boutiques adossées aux thermes du Nord et, sur les trois autres côtés, par des maisons particulières. L’arc lui-même, dont la voûte s’était effondrée, a été restauré. L’inscription gravée sur les deux faces, ce qui a permis sa restitution, nous apprend qu’il a été élevé en l’honneur de l’empereur Marc-Aurèle Antonin (c’est- à-dire Caracalla), de sa mère, Julia Domna, qu’il était surmonté d’un char à six chevaux — représentant peut-être le Soleil sous les traits de l’empereur - et a été dédié par le Procurateur de la Province, M. Aurellius Sebastenus, en 217 ap. J.-C.




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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Jeu 16 Oct - 9:36

page 36

Dans les niches des piédroits, des statues de divinités devaient verser l’eau dans les bassins situés entre les colonnes avancées. Les médaillons représentaient les membres de la famille impériale. Des bas-reliefs dont il reste peu de chose : trophées d’armes, étendards, une victoire ailée tendant une couronne, encadraient l’inscription. Le monument avait été conçu pour être vu de la plaine, d’où il devait faire grand effet, dominant les maisons, avec son groupe de bronze doré illuminé par les rayons du soleil.

Au Sud de l’Arc de Triomphe se trouve la MAISON AU CHIEN construite sur le plan classique des maisons romaines. Elle comprend un large vestibule où on entre par deux portes, l’une plus large pour les litières, l’autre plus étroite pour les piétons. Il est encadré de boutiques que le propriétaire pouvait louer séparément et organisées comme celles de Pompéi : la fermeture était assurée par des planches glissant dans des feuillures pratiquées dans le seuil et le linteau, et une petite porte à gonds à l’extrémité. Il devait y avoir un comptoir en bois. Toutes étaient pourvues d’une arrière-boutique. On entre ensuite dans l’atrium, occupé en son milieu par un bassin entouré d’une galerie à colonnes sur laquelle s’ouvrent des chambres d’habitation. C’est dans la première, à gauche au fond, qu’on a trouvé le chien de bronze du Musée ; cette pièce était pourvue d’un système d’écoulement pour l'eau.

page 37

La grande salle du fond servait aux réceptions; on y a découvert des traces d’enduit peint et de mosaïque. Etant donné l’épaisseur des murs, il devait y avoir un étage.

De l’autre côté de l’Arc de Triomphe s’ouvrait la Maison de l’Ephèbe Couronné. L’atrium y est remplacé par un vaste péristyle à colonnes dont le centre était occupé par un jardin d’agrément et l’extrémité par un bassin. Sur la droite, un petit appartement séparé était réservé aux hôtes; des mosaïques y représentent l’une Bacchus sur son char, l’autre un pêcheur entouré de poissons et d’oiseaux aquatiques. La petite salle voûtée se prolongeant sous la ruelle voisine devait être le sanctuaire domestique de quelque divinité exotique. Au fond, la grande salle pavée de mosaïques était le triclinium ou salle à manger ; les lits étaient disposés sur le pourtour, le centre restant libre pour le service. Le fond de la maison formait le gynécée réservé aux femmes ; le côté occidental était occupé par les locaux de service : huilerie et logement des esclaves. Des sacorphages de pierre proviennent d’une nécropole tardive, peut-être chrétienne, installée sur l’emplacement de la maison alors qu’elle était déjà détruite.



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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Jeu 16 Oct - 9:51

page 38

La maison suivante a été surnommée MAISON AUX COLONNES à cause des nombreux fûts qu'on y a découverts mais qui n’en proviennent pas forcément tous. L’entrée à double baie est remarquable par ses demi-colonnes presque intactes et ses chapiteaux composites godronnés. Dans le vestibule se dresse l’effigie, plus grande que nature mais fort mutilée, d’un personnage célèbre, appartenant peut-être à la famille si la statue est à sa place originelle ; drapé dans sa toge, il a à ses pieds une collection de manuscrits roulés symbolisant sans doute ses œuvres littéraires : poèmes ou discours. L’atrium est orné d’un bassin circulaire entouré d’une colonnade d’où se détachent deux colonnes à cannelures torses. Ici aussi le gynécée est très reconnaissable, isolé de la partie publique de la maison et pourvu, lui aussi, de bassins où jouaient des jets d’eau.

La seconde moitié de l’îlot est occupée par une maison aussi considérable mais moins bien conservée, avec bassin, pilastres, grandes salles et mosaïques. Seule subsiste (restaurée) celle de la chambre à coucher représentant Bacchus guidé par l’Amour et découvrant Ariane endormie.

La première maison de la rive Nord du Decumanus Maximus s’ouvre sur la ruelle par la même belle porte monumentale à double baie qui se rencontre si souvent à Volubilis.

page 39

L’atrium comportait aussi une galerie à colonnes entourant un jardin orné au centre d’un bassin du plus pur style rococo. Des mosaïques à dessins géométriques très variés couvraient le sol des galeries ; comme dans la Maison à l’Ephèbe, il ne reste que celle qui précède la grande salle de réception. En face de la porte était le triclinium ou salle à manger dont la mosaïque représente, au centre, Ganymède enlevé par l’aigle (sujet qui fut célèbre, car on le rencontre aussi en Tunisie et en Andalousie), les Saisons personnifiées et, tout autour, les douze Travaux d’Hercule dans douze médaillons, dont l’un a malheureusement été détruit. Cette maison aussi comprenait un petit appartement séparé, dont le bassin était orné sur son pourtour d’une mosaïque représentant des signes protecteurs contre le mauvais œil : branches de laurier, dauphins et poissons à queue fourchue, tridents, swastikas ou croix gammées à crochets simples ou doubles. Le fond de la maison était occupé par des thermes.

La maison voisine comportait également un atrium à colonnes dont l’entrée présente un curieux agencement du pilastre, un bassin à abside, de grandes pièces pourvues de mosaïques. Un autel a été dédié au génie protecteur de la maison par un certain L. Flavius Germanus, sans doute le propriétaire.


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MessageSujet: Re: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Jeu 16 Oct - 9:54



VOLUBILIS

LA MAISON AUX COLONNES




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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Jeu 16 Oct - 10:02

page 40

La troisième maison sur la même rive possède une belle mosaïque représentant dans des médaillons Bacchus, Ariadne, une joueuse de flûte et une de tambourin et les génies des Saisons.

Nous citerons encore, mais sur la rive droite, la MAISON AUX NÉRÉIDES ; la margelle de l’impluvium y est ornée d’une mosaïque représentant des Néréides assises sur des monstres marins et faisant gracieusement voltiger leurs voiles au-dessus de leur tête, et le buste de Neptune qui semble émerger des flots.

Toutes ces maisons étaient construites en excellente maçonnerie et la plupart couvertes en tuile : les Romains s’étaient bien gardé de sacrifier au snobisme d’une prétendue couleur locale qui impose, dans un pays où tombent par an 600 m/m d’eau, la terrasse d’Egypte ou de Syrie et fait ressembler nos villes à un gigantesque jeu de cubes enfantin sur lesquels flottent aux jours de lessive, des loques multicolores.

La grande rue qui mène de l’Arc de Triomphe à la porte du Nord joue, pour ce quartier, le rôle de Decumanus Maximus. Elle était bordée de portiques en arcades sur la rive Nord, à linteaux droits sur la rive Sud. On y pouvait donc circuler à l’abri du vent, du soleil et de la pluie, et les boutiques qui s’y succédaient, sans autre interruption que les portes d’accès aux riches demeures, contribuaient à y entretenir une animation considérable.

page 41

A l’extrémité de cette rue se dressent quatre colonnes, restes de l’entrée monumentale d’un grand palais officiel, aux pièces multiples et luxueuses, où résidait sans doute le Gouverneur puisqu’il en fit opérer la reconstruction sous l’empereur Gordien (238-244 ap. J.-C.). On voit que ce quartier, à la différence du précédent, présente un tracé relativement régulier. Si nous appelons Decumanus Maximus la grande artère centrale, c’est qu’il existe un autre Pecumanus au Nord et deux autres Decumanus au Sud ; ceux-ci ne lui sont, il est vrai, pas absolument parallèles mais c’est que la présence antérieure de l’aqueduc a forcé l’architecte à les infléchir Ces voies sont unies par des transversales rectilignes que nous pouvons appeler Kardines, tracées aussi il est vrai à des intervalles inégaux. Mais si nous connaissions les règles qui ont présidé au lotissement, le rôle aussi qu’ont joué dans son aménagement le Palais de Gordien et la porte voisine, toutes ces anomalies s’expliqueraient d’elles-mêmes.

Tout ce quartier, étant donné les dimensions et la beauté des maisons qui le composent, doit avoir été habité par l’aristocratie municipale.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Jeu 16 Oct - 15:20

page 42

On sera frappé notamment par la volonté évidente de reproduire le plan de la maison romaine, légèrement modifié par l’hellénisme, avec son atrium à colonnes, son bassin, ses chambres d'habitation privée et ses salles de réception. Cette conformité au goût romain est incomparablement plus sensible à Volubilis qu’en Tunisie, en Algérie ou en Espagne. Elle s’affirme aussi par le luxe de ces demeures : revêtements de marbres polychromes, mosaïques aux sujets mytho¬logiques, oeuvres d’art enfin.

C’est dans l’une d’elles en effet qu’ont été trouvées le buste de Caton d’Utique, presque en place sur sa stèle, celui du roi hellénistique, la statuette du vieux pêcheur, le Génie de la Source, qu’on admire au Musée. Les familles nobles de Volubilis avaient su se créer un cadre d’art et de luxe, à l’instar des aristocrates de Rome.

En revenant au Musée on laisse à droite les Thermes du Nord, remarquables surtout par leur grande piscine froide et une fontaine publique, et on traverse le soubassement de l’aqueduc.

page 43


LE MUSEE (1)




Il est toujours abrité, depuis 1924, dans la même construction provisoire, devenue trop étroite pour les œuvres d’art qu’elle renferme.

La vitrine centrale est surmontée d'une Vénus en marbre accompagnée de l’Amour perché sur un dauphin, œuvre romaine d’exécution assez médiocre. La vitrine contient à l’étage du bas des haches de pierre polie et des molettes de l’époque néolithique, à celui du haut des bijoux d'époque romaine, des intailles, des objets de toilette (pinces à épiler et épingles à cheveux), des outils, des anses de vases. Au fond, ce sont des débris de statues et des ornements ayant appartenu à des lits de parade, consacrés sans doute au culte de Bacchus : têtes de mules couronnées de lierre, bustes de Silène.

Les vitrines de gauche renferment des statuettes de divinités qui ornaient des sanctuaires domestiques ou jouaient simplement le rôle de nos bibelots : Mercure, Hercule, la Fortune, une jolie Vénus enlevant ou rattachant sa sandale, un petit Silène dansant, Minerve, un Génie de l’abondance, un dieu au serpent, deux Lares dansant. Sur les autres rayons on reconnaîtra des manches de patères terminés en tête de bélier ou de carnassier, des lettres à marquer le bétail, enfin deux jolies têtes d'Eros, l’un les yeux clos, la chevelure bouclée, d'un travail remarquable, qui ornait peut-être le  tombeau d'un enfant.


________

(1) Note hors-texte: Le musée du site de Volubilis a très longtemps été abrité dans un bâtiment provisoire et la description qu'en fait R.THOUVENOT date donc. On découvrira le nouveau musée sur le site :


http://architopik.lemoniteur.fr/index.php/realisation-architecture/musee_archeologique_volubilis/5471

et on comprendra l'intérêt de le visiter.




Dernière édition par Paul Casimir le Dim 19 Oct - 18:24, édité 2 fois
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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Jeu 16 Oct - 15:33



VOLUBILIS

Sur le Forum, aujourd'hui


( à gauche de la Basilique, au fond, blotti sur les pentes du Zerhoun, la ville de Moulay-Idriss.



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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Jeu 16 Oct - 15:41

page 44

Les vitrines de droite renferment des vases de toute sorte en poterie commune ou en céramique rouge lustrée, provenant en grande partie des ateliers de Gaule, des anses d’amphores marquées au nom de leurs propriétaires, des lampes en terre cuite et en bronze, enfin le moulage d’un brûle-parfums chrétien trouvé par La Martinière près de l'oued et aujourd’hui au Louvre.

Les vitrines du fond contiennent des spécimens de monnaies ; on notera un bracelet-bourse où étaient rangées des pièces d’argent, trouvé près des Thermes du Nord où son propriétaire l’avait sans doute perdu — et une pièce d’or représentant la tête d'Alexandre et Pégase, ornement encastré dans un collier ou un bracelet. A droite, ce sont des fragments d’inscriptions sur bronze, des médaillons impériaux, commémorant par exemple l’arrivée de la flotte frumentaire à Ostie, ou la victoire de l’empereur Commode sur les Barbares de Grande-Bretagne, et un petit Bon Pasteur en ivoire qui parait le cou de quelque chrétienne.


page 45


Les loges de la périphérie ont reçu les œuvres maîtresses découvertes à Volubilis. En partant de la gauche se présentent successivement :

un Silène ivre et un Satyre versant l’eau d’une outre, malheureusement mutilé ; tous deux en marbre et d’une très jolie exécution ;

un cavalier en bronze, réduction d’un modèle grec du V° siècle av. J.-C., antérieur à Phidias, excellent travail d’époque romaine et qui servait peut-être à orner un goulot de fontaine, car les jambes trop rapprochées n’auraient pu enfourcher un cheval.

Le vieil artisan, pêcheur ou paysan, malheureusement privé d’une jambe, est une œuvre réaliste de la fin de l’époque hellénistique. Les générations qui précédèrent l’ère chrétienne se fatiguaient en effet des beaux types idéalisés de l’art classique, et les artistes, surtout ceux d’Alexandrie, s’inspirèrent alors de la nature. Aussi le sculpteur a-t-il exprimé sans chercher à les atténuer tous les stigmates de la vieillesse : crâne chauve, yeux bigles, bouche édentée, rides, verrues, veines saillantes.

L’Ephèbe couronné de lierre est une œuvre grecque originale, datant probablement du premier siècle av. J.-C., peut-être même du second. Dès le IV° siècle en effet on abandonne le type de l’athlète dans la force de l'âge pour reproduire les formes plus frêles de l'adolescence.




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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Jeu 16 Oct - 15:45



VOLUBILIS

Cavalier en bronze





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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Ven 17 Oct - 9:39

page 46

La manière détaillée dont la chevelure et la couronne sont traitées dénote un bronzier sûr de lui. La couronne de lierre est peut-être un attribut du culte de Dionysos. La statue elle-même a pu servir à porter une lampe.

Les deux bustes de bronze représentent l’un Caton d’Utique, l’adversaire de César qui préféra la mort à la soumission au dictateur, l’autre un souverain inconnu. Le premier est un excellent portrait romain réaliste, datant probablement du troisième quart du I° siècle ap. J.-C. et reproduisant sans aucun doute un autre portrait très proche de l’original. Le second, plus idéalisé, se rapproche d’une tête également en bronze, trouvée à Delos et datée de la première moitié du II° siècle av. J.-C.

Ces trois chefs-d’œuvre trouvés dans de riches maisons nous donnent une haute idée du goût affiné et de la richesse de la bourgeoisie volubilitaine.

La loge de droite, au fond, contient un Bacchus, œuvre très honorable de la statuaire romaine reproduisant un type très répandu dans le monde ancien, — un génie appuyé sur une outre, tenant un roseau symbolisant sans doute la divinité protectrice d’une source — et le torse de la statue cuirassée d’un empereur inconnu : le bas- relief, connu seulement à deux autres exemplaires, représente deux griffons, les monstres gardiens des trésors souterrains, en lutte contre un Arimaspe (les Arimaspes étaient une peuplade exotique de la Russie du Sud-Est, qui, disait-on, combattait les griffons pour leur ravir ces trésors).


page 47

Puis, en revenant vers l’entrée se succèdent : un Satyre verseur, inspiré par une œuvre de Praxitèle mais dont les formes empâtées ne rappellent plus que de loin la grâce du modèle ;

un cheval, attelé sans doute à un char, copiant, lui aussi, un excellent modèle grec, et dont les formes élégantes contrastent avec les types de chevaux romains plus lourds ;

le chien de bronze, si populaire car ce fut la première œuvre d’art découverte à Volubilis, beau spécimen de l’art animalier romain, datant sans doute de l’époque d’Hadrien qui fut un chasseur passionné. L’animal paraît prêt à attaquer quelque bête traquée ; sur son dos une protubérance du bronze laisse supposer qu’un personnage, sans doute le chasseur, se tenait un peu en arrière, le touchant du bas de sa tunique ou de son arc.

La tête de marbre trouvée dans une tour de l’enceinte est sans doute le portrait d’un des grands bourgeois de Volubilis. Le front droit et peu élevé, le nez busqué, les pommettes saillantes, la lèvre inférieure charnue, le menton bien dessiné, les yeux largement ouverts et légèrement fendus en amande donnent à cette physionomie un caractère sémitique très accusé.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Ven 17 Oct - 9:42



VOLUBILIS




Tête d'amour funéraire


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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Ven 17 Oct - 9:47

page 48

Or si l'on se souvient que M. Valerius Severus qui épousa la fille du Berbère Izelta, se dit fils de Bostar, ce qui est un nom carthaginois, à moins de supposer qu'un indigène se donnât par snobisme un nom punique, cette tête constitue une preuve de plus de l’emprise que ces grandes familles carthaginoises exercèrent sur les populations indigènes de l’Afrique du Nord grâce à une astucieuse politique de mariage, dont la touchante histoire de Sophonisbe constitue un autre épisode.

Toutes ces oeuvres d’art venaient d'Italie ou de l’Orient hellénisé.

Enfin sur la paroi du mur, à droite de l’entrée, a été fixée une mosaïque représentant la tête de la Méduse. Le monstre mythologique, dont le regard transformait ses victimes en pierre, était devenu un préservatif contre le mauvais œil.
Les trois inscriptions déposées au- dessous sont les plus récentes de Volubilis. Elles sont datées par les années de la province qui correspondent respectivement à 599, 605 et 655 ap. J.-C., et prouvent la persistance à cette date de la langue latine et du christianisme à Volubilis.


page 49


A l’extérieur sont rangés un cadran solaire et des inscriptions, dont les deux plus importantes rappellent un traité conclu entre le Procurateur de la Province et la tribu des Baquates sous l’empereur Probus, en 277 et 280 ap. J.-C.


On reste étonné, après cette visite, du grand nombre d’objets en bronze qui ont survécu, tandis que les marbres sont presque inexistants ; c’est la proportion inverse des autres musées d’Afrique du Nord. Il est vrai que les quatre fours à chaux retrouvés sont le témoignage muet et éloquent du sort qui fut réservé aux seconds. Mais si on se souvient que bien des statues qui peuplaient les lieux publics étaient aussi en métal, on reste stupéfait du degré de richesse auquel était arrivé ce municipe berbéro-romain pour que le vandalisme des pillards y ait encore laissé subsister tant d’œuvres d’art.



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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Ven 17 Oct - 9:50

VOLUBILIS

Médaillons de Faustine et de Vérus.







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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Ven 17 Oct - 9:55




ACHEVE D'IMPRIMER

SUR LES PRESSES DE

L'EDITEUR-IMPRIMEUR

FELIX MONCHO - RABAT

LE 18 FEVRIER 1949



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MessageSujet: VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR   Ven 17 Oct - 9:58




FIN DE LA REPRODUCTION DU "GUIDE DES VISITEUR" à VOLUBILIS


N.B. : L'auteur, au début des années 50, fera éditer une nouvelle version de ce guide, enrichie, et comprenant plus de 80 pages.



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VOLUBILIS : LE GUIDE DU VISITEUR
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