Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Promenades à Marrakech

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Paul CASIMIR




MessageSujet: Promenades à Marrakech   Ven 12 Sep - 7:32


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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Ven 12 Sep - 8:05




PROMENADES

A MARRAKECH



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Ven 12 Sep - 8:11




DU MEME AUTEUR :





PROMENADES A FES, Editions du Moghreb, Casablanca.

LES KASBA DU HAUT-ATLAS( en collaboration avec M. J. Goulven ), édition "Vie Marocaine", Casablanca



__________



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Ven 12 Sep - 18:24








Dernière édition par Paul Casimir le Sam 13 Sep - 9:51, édité 1 fois
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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Ven 12 Sep - 18:31



MAROC

LE COMMISSAIRE RÉSIDENT GÉNÉRAL



Rabat, le 24 décembre 1936.


Cher Monsieur de Mazières,


Avant de partir pour la capitale du Sud où je vais passer en famille les fêtes de Noël et me reposer un instant des obligations de ma charge, j’ai tenu à ouvrir votre nouvel ouvrage « Promenades à Marrakech ». Vous l’avouerai-je ? j’étais assez sceptique en abordant cette lecture. Il me semblait que la réussite de vos « Promenades à Fès », qui avait valu à leur auteur les éloges du Maréchal Lyautey, ne souffrait pas de réplique. Il y avait risque à parler de Marrakech après avoir fait un portrait si exact et si vivant de la vieille capitale des Sultans. Le caractère respectif de ces deux grandes villes est si profondément différent ! Il semble cependant que votre effort sera récompensé.

A peine avais-je entrepris ma lecture, je me retrouvais déjà dans la magnificence du Sud marocain. Sous la conduite de l’historien et de l’artiste que vous êtes, j’ai parcouru de nouveau, avec un plaisir croissant, tout au charme de vos descriptions, cette belle cité berbère que j’aime et admire depuis longtemps. Aucun de ses multiples aspects n’a échappé à votre regard, ni à votre science d’observateur. Vous avez tout vu et tout dit, sans luxe de vaine littérature.

Les légendes qui animent les visages et les mains des conteurs de la place Djemaa-el-Fna revivent dans votre récit : c’est le souvenir des Sultans et des Seigneurs de l'Atlas ...


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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Sam 13 Sep - 9:18

... parmi les palais de marbre et de mosaïques, les jardins andalous, les mosquées, les miroirs d’eau, qui font de Marrakech, au milieu d’une splendeur naturelle, une des villes les plus originales du Monde. Vous avez fait mieux que décrire, vous avez réussi à faire sentir au lecteur toute la magie de cette incomparable cité africaine.

Invitation au voyage à laquelle nulle âme sensible, éprise de beauté, ne saurait désormais résister. Il n’est pas' jusqu’au caractère si attachant des populations marrakchies qui, sous votre plume, ne se révèle avec ses aspects mystérieux et farouches, participant à la fois de l’hermétisme du désert, de la puissance et de la noblesse de la montagne.

Je n’ajoute rien. Votre livre se suffît à lui-même. Vous n’avez pas omis de souligner au passage ce que Marrakech doit au Protectorat et à son Service des Beaux-Arts pour la conservation et la renaissance de ses richesses architecturales. Ce sera l’un des multiples bienfaits de la tutelle française au Maroc d’avoir protégé les merveilles artistiques de ce pays.

Il s’agit, maintenant que leur sauvegarde est assurée, de les faire davantage connaître, en attirant ici la foule des touristes et des amateurs d’art. C’est là œuvre de propagande à laquelle je me suis personnellement attaché, et à quoi votre livre, doublant votre activité à la tête de la Fédération des Syndicats d’initiative du Maroc, contribuera utilement.

A ce titre, je le considère comme un acte aussi appréciable à mes yeux, certes, que le talent dont si souvent vous avez fait preuve. Je vous en félicite et vous en remercie très cordialement.


NOGUES.



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Sam 13 Sep - 9:22





S.M. le Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef


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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Sam 13 Sep - 9:33



PROMENADES A MARRAKECH




Evidemment, les touristes de 1936, quand ils vont de Casablanca à Marrakech soit par le train à traction électrique, soit par le car pullman de luxe de la C.T.M. ou autres entreprises de transports automobiles, effectuent ce parcours de 240 kilomètres en moins de quatre heures. Avec la vitesse, qui est la poésie de nos jours, le paysage est vu en raccourci, les sites se rapprochent, les objets se resserrent, les hommes en burnous et les animaux dans les champs se succèdent rapidement et semblent plus animés.

On n’a plus aujourd’hui cette impression de longueur d’un voyage sans fin que nous laissait auparavant la traversée fastidieuse des hauts plateaux désertiques de Ben Guérir quand nous les passions à 30 à l’heure, dans une voiture automobile un peu primitive sur des pistes mal tracées. Un touriste disait qu’avec l’accélération actuelle de vitesse entre Casablanca et Marrakech, il n’avait plus le temps, assis confortablement dans son pullman, de lire le roman qu’il avait choisi en librairie Farairre, mais tout juste le journal.

En 1913, c’était toute une expédition à préparer pour se rendre de la côte à Marrakech; le petit train à voie de 60 centimètres, à l’allure lente et bruyante, par la vallée de Bou Skoura, ne dépassait pas Ber-Rechid à une quarantaine de kilomètres de Casablanca et, au surplus, il était réservé aux transports militaires.
Alors, il nous fallut affronter la piste, poussiéreuse ou gluante suivant l’époque. La voiture ? une torpédo — on ne pouvait prévoir les berlines, les limousines actuelles — c’était une torpédo qui ferraillait pour bien prouver qu’elle était active et puissante et qu’elle ne craignait pas les difficultés; son de clairon, en quelque sorte, qui semblait animer son allure. On partait le matin, on n’arrivait pas toujours le soir, mais on arrivait quand même, car, au Maroc, la formule est d’arriver et de réaliser. Nous étions donc partis un matin de mai 1913 dans une torpédo haute sur roues dont je ne peux me souvenir la marque tant la forme ressemblait peu à ce que nous voyons aujourd’hui ; nos têtes étaient couvertes du chech, ou voile marocain dont il fallait s’envelopper pour éviter soleil, poussière et vent. Nous roulions tout de même à l’allure de vingt à trente kilomètres avec beaucoup de cahots ; c’était le plus qu’on pouvait, car nous avancions au ralenti dans l’argile rouge et les ornières profondes du plateau fertile de Khemisset et sur les pentes de la piste serpentant vers la rivière l’Oum-er-Rebia, « mère du printemps » ; les carcasses de voitures au bord de la piste disaient que bien souvent, on avait eu quelques difficultés et des ennuis et qu’on avait dû les abandonner là pour atteindre autrement le but.



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Sam 13 Sep - 9:41

8

Donc, à Mechra-ben-Abbou, après le dur effort et si tout avait bien marché, on arrivait pour le déjeuner. On voit encore aujourd’hui, à droite et à gauche de la route, les baraquements de planches fort délabrés qui s’appelaient alors Hôtel Petit et Hôtel du Progrès, je crois; on y mangeait plutôt mal, on y buvait plutôt chaud, on y couchait quand on y était obligé. Comme on était là à la moitié du parcours, la torpédo que la manivelle de mise en marche faisait sursauter sur ses ressorts, repartait dès le café pris. On passait en lenteur le pont de bateaux lancé par le génie militaire qui a précédé le pont suspendu pour le passage duquel, quelques années après, une grosse dame toujours habillée de noir, aux cheveux rouges comme les eaux de l’Oum-er-Rebia, percevait un droit de péage en même temps qu’elle débitait des boissons; ce pont suspendu dont il reste les culées, a précédé le pont actuel aux armatures de fer importantes.

Alors on s’attaquait à la rampe de la rive gauche; le moteur chauffait dur, puis, après l’éffort, on faisait un peu d’eau à la baraque en planches du Souk el Arba des Skhour, avant d’aborder le long plateau de Ben Guérir. Au haut d’une côte apparaît brusquement, comme tableau de fond, la chaîne lumineuse de l’Atlas neigeux, l’Atlas inconnu. Mais un bruit de cassure, — la torpédo souffle et s’immobilise; s’immobilise à tel point qu’elle refuse toute reprise et c’est la panne irréparable. Alors ? — Eh bien, il faut marcher et nous faisons six kilomètres de piste, nos légers bagages placés sur le dos d’un petit âne qu’un hasard heureux et deux soukiers aussi avaient amené vers nous. Quand on s’arrête sur la piste, immédiatement des hommes en burnous qu’on n’a pas vus, surgissen t; cette fois, il y avait avec eux un âne et, grâce à lui, nous avons pu à la nuit tombante atteindre le camp militaire de Ben Guérir entouré d’une murette protectrice et de fils de fer barbelés. Il a bien fallu nous y loger, dans les baraques de planches, en attendant d’étudier une solution pour la suite de notre voyage. Coups de téléphone à Marrakech. Le lendemain, une autre torpédo venait à notre secours; nous reprenions la piste, heureux que tout se soit si bien passé et, dans la soirée, nous étions au pied des rochers du Guéliz. C’est par la porte de Doukkala, ayant suivi les remparts où aboutissait la piste après le passage du pont du Tensift, que nous faisions notre entrée dans la capitale du Sud.

Le logement ? — Je ne sais plus par quelle ruelle nous l’avons atteint; c’était une maison marocaine qui s’appelait Hôtel Mauchamp, ancienne demeuire du Docteur, tué sur la terrasse.

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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Sam 13 Sep - 9:46





Marché de Bab el Khémis.


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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Sam 13 Sep - 10:03

9

Elle nous avait paru pittoresque dans le quartier indigène. Aujourd’hui, cette maison n’est plus un hôtel, elle porte toutefois la plaque commémorative de la mort du Docteur Mauchamp; elle a, à sa droite, une maison close, à sa gauche la ruelle des prostituées indigènes, activité bruyante qui fait regretter le calme de 1913.

Nous sommes dans une cour intérieure où nous trouvons deux officiers des anciennes missions militaires auprès du Sultan, passés dans la garde noire, le lieutenant français Bouré et le sergent anglais Bolding, lui, dans un costume très fantaisiste de cavalier marocain où le rouge naturellement domine. Est-ce joie, est-ce entraînement sportif, le lieutenant pirouette sur les mains et sur les pieds et vient ensuite à nous avec Boalding qui a laissé son verre de whisky sur le comptoir du bar. C’est ainsi que nous avons reçu l’accueil de Marrakech à l’Hôtel Mauchamp qui nous offrait une chambre pour trois, deux lits de camp et un matelas sur le carrelage.

Le lendemain, nous visitons le grand fondouk qu’est Marrakech, marché où viennent, descendus de la montagne, les chleuch qui ont fait trois à quatre journées de marche pour y vendre un peu, noix, bois et charbon et y acheter un peu, sucre, thé et cotonnades. Mais après ces tractations commerciales, les chleuch savent très bien où s’amuser la nuit venue; il y a par les ruelles qui vont vers Bab Khemis, des fondouk très hospitaliers. L’ânier, venu à notre secours sur la piste de Ben Guérir, avait marqué, en effet, par une mimique expressive, son regret de n’être avec nous quand nous lui avons dit que nous allions à Marrakech, Marrakech la ville promise des denrées, de la musique, des chants et des femmes.

Et nous avons eu aussi notre part de fête, ce qui n’a pas fait mentir l’ânier : Marrakech, ville des plaisirs. Il n’y avait pas encore les belles réceptions des notables indigènes que l’on connaît et que l’on demande à tort aujourd’hui comme une chose inséparable d’un voyage à Marrakech. Un tajer, homme de commerce, en relations avec les chefs des comptoirs de Casablanca, nous avait conviés à huit heures de la nuit dans sa petite maison du quartier des Riad Zitoum; je ne saurais exactement la situer aujourd’hui ; ruelle tortillarde, porte basse, courette, puis salle de réception étroite, longue et basse de plafond, le bit-ed-diaf qui est la chambre des hôtes ; là nous attendaient le tajer et deux amis ; lanternes de bougies, tapis épais, coussins nombreux et durs. Puis après les indispensables salutations, les verres de thé circulent, renouvelés par trois fois comme il est de coutume et, aussitôt le service des mets commence; il devait durer très tard dans la nuit. C’est que notre hôte avait organisé en notre honneur une véritable fête, trois chirates, deux musiciens et, tandis que les plats succèdent aux plats, les chants s’ajoutent aux danses des femmes toujours un peu plus dévoilées ; un voile tombe, puis une robe, puis du linge, de sorte que bientôt, quand le chant du muezzin annonce la moitié de la nuit, les femmes n’étaient plus vêtues du tout.



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Sam 13 Sep - 10:06





Porte du Méchouar.


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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Sam 13 Sep - 10:57

10

On mangeait des gâteaux, on buvait du thé et aussi de l’eau fraîche, car la salle était chaude ainsi que les têtes. Une chirate, plus savante dans son art, mimait des scènes d’amour. Alors, nous avons cru le moment venu de prendre congé et, dans notre faible parler marocain, nous nous efforcions de marquer tout notre contentement en y ajoutant force remerciements par gestes. Mais notre hôte s’étonne ; il avait mieux fait les choses et avait tout prévu; il nous invite donc à rester la nuit et nous montre les trois petites chambres préparées pour nous. Avec des remerciements renouvelés, nous partîmes quand même pour rejoindre, sous la conduite du porteur de lanterne, notre unique chambre à l’Hôtel Mauchamp.

Ainsi, nous avions pris un premier contact avec la ville de Marrakech, la capitale heureuse et accueillante.
La vie de Marrakech est si liée avec la montagne que je m’attendais à trouver en l’abordant la ville bâtie sur un des contreforts de l’Atlas. Déception ? — non ; Marrakech est belle dans son isolement au milieu de la plaine du Haouz, dans son cadre de jardins, de palmiers et d’oliviers que domine le haut minaret de la Koutoubia. Et ainsi, elle remplit mieux son rôle de marché de la région, aussi bien de la haute montagne que de la plaine et des Djebilet qui sont au nord les petites montagnes alignées.

C’est du COL DE DJEBILET, au-dessus de Sidi Bou Othman, que l’on embrasse le mieux la vue de la région du Sud, terre désolée, mouvementée et incultivée, au premier plan. Toute une page d’histoire de l’évolution du pays est là, au col de Djebilet qui fut successivement le passage des harka conquérantes vers les régions de l’ouest et du nord, des harka rebelles refoulées, des harka fanatisées par le Madhi du Sous, aussi de la course rapide de nos troupes au secours de Marrakech en révolte; près de la piste furent établis d’abord le petit rail militaire qui suivit l’occupation française, puis la route goudronnée et le chemin de fer et la ligne de force motrice. On est là à une trentaine de kilomètres de la palmeraie et du pont de l'OUED TENSIFT construit par des prisonniers sous le règne d’Abou Yacoub el Mansour (1164-1184) avant son départ pour l’Andalousie, détruit par les eaux et reconstruit.

 Au loin, au milieu de la plaine, le grand îlot de maisons grises surmontées du minaret de la Koutoubia, est serré dans les remparts de couleur ocre auxquels les jardins font une couronne de verdure. Il a, comme fond de tableau, la chaîne majestueuse du haut Atlas dont les cimes sont couvertes de neige : ce sont les cols de Telouet et du Tichka qui 
furent aussi les passages des conquérants venus du Soudan, le sommet du Bou Ourioul, la pointe du Menzel, le haut Tifnout, le Tachdirt, l'Angour, les crêtes dentelées du Likoumt, le Toubkal, géant de la montagne nord-africaine avec ses 4.165 mètres, l'Ouemkrim, la dépression du Tizi N’Test qui servit de passage encore aux hordes débordant du Sous, l’Erdouz et la fuite blanche de cimes qui va vers l’ouest et l’Atlantique, entre Mogador et Agadir.
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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Sam 13 Sep - 11:06

11


En novembre 1913, nous sommes revenus à Marrakech. Cette fois, nous étions descendus dans un hôtel près du Mellah qui est le quartier des Juifs. Il avait un nom prestigieux « Hôtel de la Résidence » et était tenu, avec une certaine prétention, par un juif. Aujourd’hui, cette maison est transformée en établis­sement de bains.



Le général Lyautey se trouvait à Marrakech avec son état-major militaire et civil, tous logés dans le palais de la Bahia. Nous avons été retenus à déjeuner et ce repas rapide fut expé­dié dans la pièce vitrée en haut d’un corps de bâtiment qui s’élève au-dessus du palais ; on y accédait par un escalier raide et sombre. Au devant de la pièce, est une terrasse où l’on pouvait faire sur la ville un tour d’horizon. C’était la manière du général, discuter en présence du sujet ; aujourd’hui Marra­kech est sous ses regards. Dans la conversation qui suivit avec son monde, cabinet civil et militaire, l’on retenait ces mots qui revenaient pour s’imposer : « aujourd’hui davantage — demain plus encore », mots de chef et d’animateur qui marquaient l'action incessante, toujours en éveil.







Dessin de Th-J. DELAYE

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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Sam 13 Sep - 11:22

12

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Le Roudh el Kartas, écrit en 1326 par l’Iman Abou Mohammed Salah Ben Aïd El Halim, musulman de Grenade, tandis qu’il était à la cour mérinide de Fès, donne un portrait détaillé du fondateur de Marrakech. On croirait lire le libellé d’un passeport :

 « l’émir des musulmans, Youssef Ben Tachfyn avait le teint brun, la taille moyenne, était maigre avec un peu de barbe, sa voix était douce, ses yeux noirs, le nez aquilin, la mèche de Mohammed retombait sur le bout de l’oreille, sourcils joints l’un à l’autre, cheveux crépus. »

 Avec tous ces renseignements physiques, on pourrait déterminer son caractère si le livre ne le donnait aussitôt :

 « courageux, résolu, imposant, actif, veillant sans cesse aux affaires de l’Etat et aux intérêts de ses villes et de ses sujets, entretenant avec soin ses forteresses et toujours occupé de la guerre sainte ; généreux, bienfaiant, il dédaignait les plaisirs du monde ; austère, juste et saint, il fut modeste jusque dans ses vêtements qui étaient exclusivement de laine ; se nourrissant d’orge, de viande, de lait de chameau, il s’en tint strictement à cette nourriture jusqu’à sa mort».

 Que voilà une description complète de celui qui, devenu le maître du Maroc, conquit l’Andalousie où la prière fut dite en son nom, comme au Moghreb sur 1.900 chaires. Son empire alla de la frontière de la Catalogne qu’occupaient les Francs jusqu’à l'Océan, et d’Alger aux montagnes d’or du Soudan.

Youssef Ben Tachfyn, dit le poète, possédait la haute noblesse des Senhadja descendants d’Hamyr dont il avait toutes les vertus. Il naquit dans le Sahara en l’an 400 (1006) 1). Son cousin, Abou Beker, fils d’Omar le Lemtouna de la lignée des Morabethin qui régnèrent dans le pays des Senhadja en enseignant aux indigènes les préceptes du Coran, l’avait attaché à sa personne. Le nom de Morabethin, dont les Espagnols ont fait, par adoucissement ALMORAVIDES, veut dire « liés par un voeu », parce que les Senhadja se rassemblaient autour du fqih de dynastie Hamyride venu de Kairouan en Ifrikya pour imposer dans le Moghreb la loi de Mahommed.

Les Morabethin, avec Bou Beker à leur tête, passèrent le Haut Atlas et entrèrent en 449 (1057) à Aghmat qui ne fut qu’un gîte de repos et une base pour pousser leurs conquêtes plus au nord. Quand Abou Beker fut rappelé dans le Soudan afin d’y calmer une révolte de ses sujets, il dit à sa femme, la prudente Zineb, la bonne conseillère, la magicienne, originaire comme lui de Kairouan : « Comme tu ne peux me suivre dans ces déserts, je te répudie, et, quand le terme sera passé, marie-toi avec mon cousin, Youssef Ben Tachfyn, mon lieutenant dans le Moghreb ».

_______

1) An 400 de l’Hégire et 1006 de l’ère chrétienne (voir nota in fine).



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Dim 14 Sep - 15:51

13

Et Youssef épousa, c’était en 453, Zineb qui l’aida de ses conseils habiles dans la conquête des villes du Moghreb. Le Roudh el Kartas conte pittoresquement la rupture amiable entre Youssef et Abou Beker qui, revenu du Soudan, voulait reprendre à Youssef le commandement du Moghreb. Comme à l'ordinaire, l’épouse Zineb était intervenue et avait dit : 

« Youssef, votre cousin est un saint homme qui ne veut pas répandre le sang; dès que vous le rencontrerez, recevez-le comme votre égal, en même temps offrez-lui des cadeaux, étoffes, vêtements, nourriture et objets utiles; car, dans le Sahara, tout ce qui vient d’ici est rare et précieux ».

 Suivant ces sages recommandations, eut lieu l’entrevue des deux cousins et Abou Beker retourna dans le Sahara. Youssef fut donc le maître du Moghreb, il eut le surnom de « Abou Yacoub » ; mais après la conquête de l’Andalousie par la bataille de Zalâca où le roi Alphonse blessé, prit la fuite, les chefs andalous le reconnurent comme le souverain et le proclamèrent l’Emir El Mounenyn; il fut ainsi le premier au Moghreb qui eut ce titre de « Prince des croyants » ; Emir des Musulmans fut écrit sur les monnaies que fit battre en son nom Youssef Ben Tachfyn.

Vers l’an 470 (1077), Youssef Tachefyn traita avec les gens du N’Fis d’une tribu de Masmouda descendue de l’Atlas pour occuper la plaine, l’achat d’un terrain de 12 milles environ au nord d’Aghmat. Ce lieu est marqué par un monticule appelé Idjliz, d’où il pourrait faire extraire les pierres utiles à la ville qu’il élèverait pour y établir ses troupes et tenir aussi en échec les Masmouda. Il fit dresser sa tente de poils de chameau et entreprit la construction de la mosquée à laquelle, couvert de vieux vêtements, il travailla lui-même par humilité devant Dieu en compagnie des maçons. Il édifia sa propre demeure ou kasba, le Dar Ould Hadjar, pour y garder ses richesses et ses armes. Autour, se dressèrent les maisons en terre battue ou en briques de terre et de paille à la manière soudanaise. La ville naissante prit le nom du lieu « Marroukech » ou « Marrakouch » qui signifie en langue berbère « marche vite ». C’était, paraît-il, le conseil que l’on donnait à ceux qui devaient passer par ce territoire tant il était infesté de brigands et de coupeurs de chemins.

Comme il n’y avait pas d’eau, Youssef fit creuser, en partant de l’amont depuis Aghmat des puits successifs reliés entre eux par des tranchées à quinze ou vingt pieds de profondeur et des conduites souterraines pour amener par la pente l’eau à la surface du sol; ce procédé serait dû à Obeïd Oullah Ibn Youmous. Ce fut l’origine des rethara de Marrakech, nombreuses autour de la ville et qui servaient, comme aujourd’hui encore, à irriguer les jardins. Youssef Ben Tachefyn mourut à Marrakech le premier jour de moharrem de l’an 500, à l’âge de cent ans compté à la manière arabe et son règne dura trente- huit années depuis son entrée à Fès en 462 (1069).
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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Dim 14 Sep - 15:54





Bab Agnaou


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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Dim 14 Sep - 15:56

14

La rue qui, de la mosquée de Koutoubia conduit vers Bab Agnaou et Bab Roob, longe à droite un mur en pisé rouge, un peu délabré, au pied duquel court l’eau d’une séguia; le mur cache un minuscule jardin que révèlent les hautes branches d’un arbre ; là, repose le fondateur de Marrakech, l’Emir Youssef Ibn Tachefyn, le premier de la dynastie des Almoravides. Le mur s’effrite, l’arbre en fin décembre est dépouillé de ses feuilles, augmentant ainsi la tristesse et l’abandon du lieu. Mais n’est-ce pas ce qu’a voulu ce chef saharien, pieux et austère, simple dans ses vêtements, sobre dans sa nourriture, et puissant par sa volonté ? Vers midi, la petite porte de bois délabrée, est ouverte pour quelques moments; dans son encadrement, elle laisse voir un tombeau de plâtre lisse comme le marbre, long de plus de deux mètres. Une femme, dans ses lainages blancs, passe sous la porte, elle s’incline vers la tombe dont elle baise longuement le stuc patiné par le temps; puis, accroupie tout contre, elle dit peut-être au mort ses misères.

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Quand nous redescendions en juin 1919 d’une excursion de huit jours faite à pied ou à mulet dans la haute vallée de l'Ourika et que nous gagnions Marrakech, nous avions tenu, en sortant du Dar el Caïd qui est sur les premiers contreforts de l’Atas, à diriger nos pas vers les ruines qui marquent l'emplacement de l'antique Aghmat. Passant à gué la rivière, après une heure de marche, nous arrivions devant un grand enclos de murs de terre battue, éboulés en partie ; c’est ce qui reste de la célèbre Médersa. Aghmat a joué, sinon le rôle de capitale au pied de la montagne des Masmouda, du moins celui de grand marché, rôle que lui prit Marrakech, moins exposée aux incursions des pillards montagnards ; Aghmat à demi morte, reste reliée aujourd’hui à la ville, par une suite de jardins et de vergers, d’oliviers à ombrage épais sous lesquels l’eau court rapidement dans les séguias. Elle est entourée de petites kouba renfermant des saints ou des chefs qui ont eu une histoire ; pour nous, elles sont anonymes ; quelques-unes sont plus particulièrement fréquentées par les femmes. On retrouve aussi les traces d’un hamman ou bain, qui dénote, comme les thermes dans les vestiges romains, l’importance en nombre des habitants de la vieille Aghmat

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Les premiers remparts de Marrakech ne furent dressés qu’en 526 (1131), par le fils de Youssef ben Tachefyn, Aly Ibn Youssef, après avis de ses jurisconsuls. Déjà, depuis 515 (1121) s’était, en effet, révélé dans les tribus Masmouda de l’Atlas, le Mahdi des Moahedin (Almohades) Mohammed Ibn Toumert.



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Dim 14 Sep - 17:54

15

Puis le petit-fils de Youssef, Ben Ali, né d’une captive chrétienne, avait pris le pouvoir en 537 ; contre lui la puissance des Almohades continue à s’étendre sur le Maroc.

El Mahdi Mohammed Ben Toumert, étudiant pauvre d’une fraction des Masmouda, s’était créé pour sa cause une origine chérifienne. En Orient, il avait étudié les hautes sciences et les préceptes du Prophète ; l’Iman célèbre, El Chazouly, lui avait révélé qu’il régnerait un jour sur le Moghreb El Aksa; sa voie était donc tracée. De retour vers l’Occident, tel Idriss le fondateur de Fès, il prêcha, en cours de chemin, là loi de Mahommed. A Tlemcen, il rencontra Abd el Moumen Ben Ali dont il fit son disciple et tous deux partirent à la conquête du Moghreb el Aksa, conquête par l’éloquence d’abord et la persuasion, Mohammed Ben Toumert se donnant le titre d’Iman, envoyé de Dieu. De souk en souk, ils prêchèrent contre les Almoravides la justice tendant à ramener la religion musulmane à sa pureté primitive ; ils se dirent les disciples de Dieu, El Mouahedins, les ALMOHADES. Tous deux parvinrent à Marrakech et s’établirent dans une mosquée et prêchèrent sur les places et les marchés; mais chassés de la ville par l’Emir Aly Ben Youssef, ils se réfugièrent dans un cimetière et dressèrent leur tente au milieu des tombeaux ; ils continuèrent en secret à instruire les étudiants qui venaient prier près des morts et, bientôt la foule de leurs auditeurs fut si grande que, confiants, ils s’ouvrirent de leur projet de détruire les Almorávides. Mais tout se sait et, pour éviter le courroux d’Aly, à marche forcée El Mahdi gagna la montagne et se fixa à Tinmel où le rejoignit Abd el Moumen et d’autres disciples ; c’était en 514. De Tinmel, les Berbères attachés à El Mahdi partirent pour la conquête de Marrakech et fixés sur les rochers d’Idjeliz, ils harcelèrent pendant trois ans les habitants de la ville, El Mahdi gagnant chaque jour à sa cause les gens de la plaine et de la montagne par la force ; car, finalement à Aghmat, les Almohades culbutèrent les troupes almoravides. El Mahdi mourut en 524 et son corps fut porté dans la mosquée de Tinmel de la haute vallée du N’Fis.

Abd el Moumen, qu’il avait désigné comme son successeur, partit de Tinmel à la conquête du Maroc. Mais le sultan Tachefyn le poursuivit d’étape en étape jusqu’à Tlemcen où le combat décisif fut engagé. Il resta à l’avantage des Almohades retranchés sur la montagne. Tachefyn prit la fuite et, la nuit, dans les environs d’Oran, au sommet d’une falaise, son cheval affolé le précipita dans la mer ; son cadavre fut retrouvé sur le rivage par les Almohades qui firent porter sa tête coupée à Tinmel pour y être pendue à une branche de peuplier. Ainsi finirent au mois de ramadan 539, les Almoravides, fondateurs de Marrakech qui eurent seulement trois souverains sur le Maroc.




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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Dim 14 Sep - 17:56





Ruelle des Souks



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Dim 14 Sep - 18:04


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Après la défaite et la mort de l’Emir Tachefyn, les Almohades, de retour, victorieux d’Andalousie avec Abd el Moumen, pénétrèrent dans Marrakech qui fut en partie détruite par de sanglants combats; et le Maroc passa en 541 au pouvoir des Almohades. Le corps d’Abd el Moumen à sa mort, fut porté à Tinmel pour y reposer près du tombeau de l'lman El Mahdi (558) ; la mosquée de Tinmel fut ainsi la nécropole des premiers Sultans Almohades.

Yacoub Ben Youssef, fils d’une négresse, surnommé « Abou Youssef El Mansour » — le Victorieux — fut le grand Sultan de la dynastie Almohade, proclamé en 580. A sa deuxième expédition en Andalousie, Yacoub El Mansour fut vainqueur de la bataille d’Alarcos, où il fit 24.000 prisonniers (591) qu’il relâcha par générosité. En 593 (1197), de retour au Maroc, il fit terminer l’enceinte fortifiée de Marrakech qu’il embellit de constructions nouvelles, arsenaux, palais, et mosquées à la place de celles des Almoravides qui furent fermées. Marrakech reste, avec la dynastie des Almohades, la capitale du Maroc. El Mansour fit bâtir la kasba, la mosquée et le minaret attenant à la kasba, achever le minaret d’El Koutoubia; il éleva la mosquée d’El Hassan à Rabat et celle de Séville, dont les tours sont semblables à celles de Koutoubia, de même forme, de même construction ayant à l’intérieur la même rampe d’accès, bâties avec le cinquième du butin fait sur les Andalous. El Mansour fit construire des réservoirs d’eau près du Dar Ould Hadjar qui était le palais impérial. A sa mort, survenue à la kasba de Marrakech en 595, El Mansour le Berbère, a dit :

« De toutes les actions de ma vie et de mon règne, je n’en regrette que trois, d’avoir introduit au Moghreb les Arabes nomades de l’Ifrikya source de séditions continuelles, d’avoir bâti la ville de Rabat pour laquelle j’ai épuisé le trésor public, enfin, d’avoir rendu la liberté aux prisonniers d’Alarcos, car ils ne manqueront pas de recommencer la guerre ».

Le règne des Almohades dura cent cinquante-deux ans (515 à 667) et leur dynastie compta quatorze souverains qui régnèrent à Marrakech. Les Mérinides originaires du Zab, proclamés à Fès dès 656, succédèrent aux Almohades et firent de Fès leur capitale.

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Sur un petit plateau de terre rouge, au-dessus de l’Oued N’Fis qui coule en territoire du haut Goundafa, demeurent debout les murs de la MOSQUEE DE TINMEL, berceau des Almohades ; splendeurs passées, ruines présentes, qui en font encore un lieu sacré. Il y reste des colonnes, des arcades et le mihrab qui est le morceau le mieux conservé. A l’extérieur, le minaret, comme indépendant, est tout contre le mihrab, massif, étêté, partie en briques, partie en pierres. Ces murs n’ont aucune ornementation.
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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Dim 14 Sep - 18:12

17

La vallée de Tinmel est creusée dans les rochers rouges ne permettant qu’une végétation médiocre. C’est du haut de ces rochers que le Mahdi a prêché sa doctrine d’abord et la guerre ensuite contre les gens de la plaine. L’Iman El Mahdi serait enterré sous la mosquée avec plusieurs des Sultans Almohades.

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Les CHERIFS SAADIENS imposèrent à nouveau, comme capitale de l’Empire, Marrakech qui prit avec eux une splendeur extrême et y eurent une cour somptueuse. La ville comptait alors, rapportent peut-être avec exagération les chroniques de l’époque, plus de 500.000 habitants. Le grand Sultan de la dynastie, Mansour el Dehedi, l’embellit de nouveaux palais parmi lesquels El Bedi «L’Eclatant».

Les ALAOUITES, avec Moulay Ismaïl Ech Chérif s’installèrent à Meknès qui fut la ville impériale du nord, tandis que Marrakech restait celle du sud, déchue par suite du pillage de ses palais et de la destruction de ses maisons. Ces destructions étaient d’ailleurs systématiques, effacer les traces des dynasties antérieures pour que passe à la postérité seule l’œuvre de la dynastie au pouvoir ; tant il est vrai que, pour paraître plus puissant, il faut ne laisser aucun vestige de la grandeur de ceux qui ont précédé, de façon qu’ils tombent dans l’oubli. La ville ne fut plus que ruines de maisons où « la canaille pouvait se mettre aux aguets pour voler les passants ». Toutefois, au XVIII° siècle, Marrakech eut encore la prédominance avec Moulay Mohammed Ben Abdallah, petit-fils d’Ismaïl, qui fit ajouter à son palais une nouvelle enceinte et, dans les jardins, des pavillons en pierres de taille qui ont un air de magnificence. Il rétablit les mosquées ruinées, El Mansouriah entre autres, construite par Yacoub El Mansour, et édifia la Médersa de Bab Berrima.

Le grand sultan Moulay Hassan reprit Marrakech comme capitale.

L’assassinat à Marrakech, le 12 mars 1907, du docteur Mauchamp, de la mission sanitaire française, provoqua l’occupation de l’amalat d’Oujda par le général Lyautey qui commandait, à cette époque, à Oran, les confins algéro-marocains. Aussitôt, Moulay-Hafid, un des fils de Moulay Hassan, se fait proclamer sultan à Marrakech, le 16 août 1907 contre son frère Abd el Aziz, sultan légitime qui résidait à Fès. Moulay Hafid, par la suite, avec l’appui de la France, s’est installé à Fès en place d’Abd el Aziz qui dut abdiquer en août 1908 pour se réfugier à Tanger. L’acte de protectorat de la France sur le Maroc, fut signé à Fès le 30 mars 1912 et le ministre Poincaré, de façon à réprimer les tribus menaçantes autour de la capitale, remit le pouvoir à un militaire; ainsi le général Lyautey fut désigné Résident Général en Mai.



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Dim 14 Sep - 18:16



18

Contre la venue des Français au Maroc, EL HIBA proclama la guerre sainte; il était le fils de Ma El Aïnin, le Chemguiti, personnage religieux qu’avait imprudemment attiré à Marrakech le régent Ba Ahmed sous le règne d’Abd el Aziz, en lui assurant une zaouia. A l’imitation des Almoravides, El Hiba passa donc le grand Atlas et occupa Marrakech, capturant le Consul de France et cinq officiers de la mission militaire. Ce rapt et le danger que font naître pour le Maroc les tribus fanatisées, provoqua la marche forcée de la colonne Mangin qui, après avoir culbuté la harka d’El Hiba, à Sidi Bou Othman, le 6 septembre 1912, entra à Marrakech le jour suivant. Elle y fut accueillie par les chefs glaoui, Madani et Thami, qui avaient pris la cause de la France. Par la suite, en 1917, on retrouve El Hiba dans la région du sud Atlas de Marrakech; il est battu à Ouijjam le 23 mars par le général de Lamothe; alors il fuit vers Kardous. Une stèle à Sidi Bou Othman, près de la route qui va vers Marrakech, au pied du col de Djebilet, a été inaugurée le 13 janvier 1935 pour commémorer la victoire du colonel Mangin et du Maghzen sur les hordes d’El Hiba.



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Dim 14 Sep - 18:25

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Il y a neuf GRANDES PORTES percées dans les remparts de Marrakech pour l’accès à l’intérieur de la ville : les gens venus des régions de la côte Atlantique, entraient, ceux de Dar Beïda c’est-à-dire de Casablanca par Bab Khemis, ceux de Mazagan et de la côte sud par Bab Doukkala ; ceux de la plaine à l’est par Bab Debbahg qui ouvre sur le quartier des teinturiers, ou bien par Bab Aïlen. Les montagnards de Demnat, des régions Glaoua et Ourika, des pays lointains au delà de l’Atlas, du Drâa, du Dadès et du Tafilalet passaient sous Bab Ghmat ou Bab Ahmar qui fut la grande porte d’entrée sur le Méchouar. A l’ouest, Bab Ksiba et Bab Roob étaient les portes pour les gens venus de Goundafa, Sektana et du Sous. Bab Djedid, la porte nouvelle, ouvre sur les jardins. Pour la commodité des relations entre la ville nouvelle, ou Guéliz, et la Médina, on a percé un passage dans le rempart, « la poterne » et tracé la large avenue qui longe les jardins du Dar Baroud et mène au pied de la Koutoubia et à Djamaa-el-fna.

Bab Doukkala et Bab Khemis donnent directement accès dans le quartier du commerce; aussi, à toute heure, leurs abords sont encombrés de chameaux, de mulets et d’ânes, bêtes de somme qui ont porté des marchandises et vont en reprendre; le sol est couvert de caisses, de sacs, de planches, de ferraille, car il y a un arrêt obligatoire pour la perception des droits de régie municipale et ainsi d’ailleurs à chacune des autres portes. Auparavant, les portes de la ville étaient fermées et gardées pendant la nuit ; certaines le sont encore et, alors, les caravaniers attendent avec leurs animaux le lever du jour. Aux caravanes, sont venus s’ajouter les cars et les camions automobiles qui passent principalement par Bab Doukkala, plus commode pour gagner le cœur de la ville.

Bab Khemis fut nommée d’abord la Porte de Fès; elle est devenue la « Porte du Cinquième Jour », parce que se tient là le jeudi le grand marché qui attire une foule de la ville et aussi les campagnards. Comme devant toutes les portes des villes marocaines, se trouvent là des monticules qui se sont élevés avec les années des détritus rejetés et accumulés des quartiers voisins ; le niveau du sol s’en est exhaussé, de sorte que Bab Khemis n’offre qu’une ouverture basse et sombre. A l’extérieur et près de la porte, est le mausolée, en forme de kouba, du vénéré Ben Bouchi qui aurait été élevé avec des matériaux rapportés d’Espagne pour mieux convaincre les gens de Marrakech d’une victoire remportée sur les infidèles.

Alors, le jeudi, l’affluence des acheteurs se mêle à celle des vendeurs qui se tiennent près d’un petit tas de laine, de légumes, de cordes, de toutes choses et les affaires se traitent à demi-voix, comme en cachotterie, ou alors bruyamment si l’accord est difficile, car il est toujours pénible de sortir de l’argent du sac ou du mouchoir.



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MessageSujet: Promenades à Marrakech   Dim 14 Sep - 18:27





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