Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Plaisir de France spécial MAROC

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Plaisir de France spécial MAROC   Mer 21 Mar - 21:09



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page de couverture



Plaisir de France
Spécial Maroc
Juin 1948




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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 11:40

Page 01



PLAISIR   DE  FRANCE

(IMAGES   DE   FRANCE)

DIRECTRICE       ARTISTIQUE   : Mme de COSTIGLIOLE (Anne PIERRY)
SECRÉTAIRE       GÉNÉRAL      : JEAN   de    HILLERIN
DIRECTEUR-RÉDACTEUR      EN     CHEF   : OLIVIER      Q U É A N T
DIRECTEUR      COMMERCIAL   :  YVES     MARESCOT
ATTACHÉE    A    LA     RÉDACTION   : Mme   M.    PELLE

N° 134 JUIN  1948, 15ème ANNÉE

SOMMAIRE

ENQUÊTE   DE   GRANDEUR, pur Olivier QUÉANT..........3
COULEURS DU MAROC, pur André MAUROIS, de l'Académie  française..........7
UN MOYEN AGE, par Emile HENRIOT, de l'Académie française..........11
CHARLES DE FOUCAULD, EXPLORATEUR DU MAROC   (1883-1884)..........15
L'ARMÉE D'AFRIQUE, par le général de MONSABERT..........17
LA LEÇON DE LYAUTEY, par Guillaume de TARDE..........23
CHRISTIANISME ET ISLAM, par François BONJEAN..........27
UN JOUR ENTRE LES JOURS, par Ahmed SEFRIOUI..........31
MARRAKECH OU LA GRACE TERRESTRE, par Jean ORIEUX..........35
FASTE   ET COURTOISIE, par Juliène DECHAMPS..........40
GASTRONOMIE   MAROCAINE..........42
LE VERSANT DU SOLEIL, par Jean BESANCENOT..........43
LA GUEDRA, par André DELFAU..........45
CRITIQUE DÉCORATIVE : INTERFÉRENCES..........49
1 - Une Demeure française dans la casbah des  Oudaias..........50
2 - Le Salon d'un caïd a Marrakech..........55
3 - Une Cité Indigène nouvelle à Aïn-Chok..........56
LE CINÉMA MAHOCAIX, par Jean Lacoutiire..........57
SOUVENIR D'UN ACCUEIL : NOTES DE VOYAGE..........61
A PARIS : LA MAISON D'ALBERT LAPRADE, ARCHITECTE DE LYAUTEY, par Jean GALLOTTI..........62
A VERSAILLES : CHEZ JÉRÔME ET JEAN THARAUD, ÉCRIVAIN DU MAROC, par Jacques GERVAIS..........65

Toutes les photographies, sauf mention spéciale, sont réalisées par « Plaisir lFrance ». — Atelier Sougez.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 11:42

page 03


- Sidi Mohamed Ben Youssef, sultan du Maroc.
- Le général Juin, commissaire résident général au Maroc.
- Mme la maréchale Lyautey, lors de l'arrivée du général Juin à Casablanca, le 27 mai 1947.


En quête de grandeur



par OLIVIER QUEANT.

LA carte physique d'un pays indique sa superficie. La grandeur d'une nation est révélée par sa « carte morale ». L'une concerne le corps de ce pays, qui varie peu avec le temps ; l'autre ressortit à l'âme de cette nation, dont la valeur est soumise, au cours de l'histoire, à de larges oscillations. Alors que certains peuples ont besoin d'évoquer de très lointains souvenirs pour prouver qu'ils furent grands, la France en trouve l'affirmation dans un tout proche passé. L'œuvre qu'elle a réalisée au Maroc — ce « conservatoire de la grandeur française », disait un jour M. Gabriel Puaux — est à notre portée immédiate pour assouvir notre fierté et fortifier notre espérance. Nous avions, ici, plusieurs raisons d'être attirés par le Maroc. La devise de notre revue : « Tradition et Création », présente une affinité étroite avec la doctrine du maréchal Lyautey : respect du passé, de la foi, de la culture, des coutumes anciennes ; stimulation de toutes les idées modernes, de tous les efforts productifs. D'autres raisons nous poussaient. N'avons-nous pas écrit ici, un jour, que toute création valable repose sur la valeur de l'homme ? L'œuvre française au Maroc procède tout entière du génie d'un homme.
D'autres raisons, les plus tentantes peut-être... Parler d'une terre où la France a récemment donné sa mesure, construit les plus belles écoles, les plus beaux hôtels, tracé les plus beaux jardins, les plus belles routes. Citer ces réalisations en exemple au monde, les rappeler — ou les apprendre — à nos compatriotes eux-mêmes. Faire partager l'impression de profond réconfort que nous avons rapportée d'un voyage au Maroc.
Ce réconfort, on le goûte d'abord dans l'accueil cordial, direct du général Juin, qui, très simplement, reçoit à sa table l'hôte de passage et lui dit pourquoi le Maroc restera — longtemps — français. On l'éprouve encore en causant avec le commandant supérieur des troupes du Maroc, tout fier d'avoir sous ses ordres l'élite de l'armée française. Fidèle à l'esprit de Lyautey, il considère que l'armée ne doit pas se limiter à l'action militaire, mais prêter largement son concours à l'organisation civile et aux travaux d'équipement de toute nature. N'est-ce pas ce général qui a fourni sa main-d'œuvre pour tracer la voie d'accès à une station de sports d'hiver dans l'Atlas : l'Oukaïmeden ? Ce chef militaire, comme les hauts fonctionnaires civils que nous avons vus, estime que la France se maintiendra au Maroc par l'évolution qui consiste à associer de plus en plus les Marocains aux responsabilités du Protectorat.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 11:44

page 04



L'œuvre de la France au Maroc, que certains contestent, que d'autres dénigrent, elle est là, tangible, vivante. Elle rayonne de ces déclarations, de ces diagrammes, de ces statistiques objectives, irréfutables. Elle est dans l'urbanisme : quel exemple pour ceux qui, dans la métropole, retardent depuis quatre ans la reconstruction de la France par des tergiversations stériles, pour ceux qui, s'ils connaissent à fond l'échiquier parlementaire, ignorent l'échiquier national : encore une « confusion des valeurs », thème d'un de nos articles !
Pour briser l'antagonisme permanent qui dresse les services administratifs contre les architectes, il faudrait, ici, un chef d'orchestre : au Maroc, il y a eu un chef d'orchestre et le résultat est visible. On a construit, là-bas, des villes suivant des plans coordonnés, des quartiers administratifs parsemés de verdure, des bureaux de poste élégants, des hôtels dont le style s'harmonise avec le décor naturel, des cafés auprès desquels des milliers d'établissements de Paris et de nos provinces semblent sordides. La France ne peut-elle donc faire chez elle ce qu'elle fait ailleurs ? Les architectes français, les Prost, les Laprade, les Marrast, les Laforgue, les Marchisio ont bien servi la France au Maroc. Ils ont créé pour ce pays une architecture nouvelle, qui ne s'inspire pas seulement de l'orientalisme ou du style « casbah ». Et ce style a eu une grosse influence en Amérique, singulièrement en Louisiane et à Hollywood.
L'œuvre de la France ? Elle est dans cet encouragement que nos envoyés ont donné aux arts, en perpétuant la tradition artisanale, mais en l'améliorant par le perfectionnement moderne. A la tête de ce service des arts marocains est placé un érudit qui passa vingt-cinq ans de sa vie à Fès et qui, dans le dédale des souks, est encore aujourd'hui reconnu et salué comme un ami par les indigènes de toutes les classes sociales. C'est sous sa conduite que nous visitâmes la fameuse bibliothèque Karraouine, dont les Français - - pourquoi ne pas le dire ? - - trouvèrent, en arrivant, les archives les plus précieuses dans un effroyable chaos.
L'œuvre de la France ? Dans l'agriculture, elle est immense. Le tracteur remplace la charrue tirée par un âne et un chameau. Les « secteurs de modernisation du paysannat » prêtent aux cultivateurs le matériel agricole moderne et les moniteurs européens. Sur des milliers d'hectares encore incultes il y a quelques années, le blé, aujourd'hui, pousse. Parallèlement naît le progrès social : des villages modernes, pourvus de hammams, d'écoles, d'ateliers, surgissent dans les campagnes les plus isolées.
L'enseignement ? Depuis trois ans se poursuit un prodigieux effort de scolarité : le nombre d'élèves instruits est passé de 95.000 en 1944, à 150.000 en 1947, dont 102.000 Marocains. Et le souci d'art se retrouve dans l'aménagement des écoles. Nous en avons vu une, à Salé, d'une architecture certes plus élégante que celle d'aucune école française, où bientôt trois cent cinquante petites Marocaines recevront l'enseignement du français et de l'arabe, de l'hygiène, de la puériculture et des arts d'agrément.
La santé publique ? Il faudrait lui consacrer un tableau d'honneur, car, dans ce domaine, l'œuvre des Français atteint l'apostolat et prend, sur le plan humain, la valeur d'un symbole. Il n'y avait rien. La France a tout fait. Les épidémies tuaient chaque année des milliers d'indigènes — surtout des miséreux et ...


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MessageSujet: Re: Plaisir de France spécial MAROC   Mer 2 Mai - 11:45

page 05


- A Marrakech, le bassin de la Ménara au coucher du soleil.


... des enfants que l'on conserve maintenant à la vie, si bien que la population augmente à une cadence rapide : résultat démographique qui pourrait prêter à des discussions philosophiques ! Nous avons vu, là-bas, l'œuvre de la Croix-Rouge, dont la maréchale Lyautey - cette grande dame française - fut un des pionniers puisqu'elle débarqua à Casablanca en 1907, avant celui ...






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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 11:46

page 06



- Un homme bleu de Goulimine.
- L'enseignement des arts d'agrément.


... qu'elle devait connaître sur la terre marocaine et épouser plus tard : elle a créé un centre de puériculture dans une rue qui porte maintenant la plaque « rue de la Maréchale ».
Nous avons vu l'Institut d'hygiène, les écoles d'infirmières, les hôpitaux, les préventoria, les garderies d'enfants, les « goutte de lait ». Nous avons vu cette doctoresse qui dirige un dispensaire gynécologique. Nous avons visité cet hôpital où l'on donne chaque jour mille cinq cents consultations gratuites aux Marocains de tout rang. Nous avons longuement causé avec ce médecin-chef - nous voudrions tant dire son nom, mais nous nous sommes imposé la règle de n'en citer aucun - acteur principal d'une anecdote qu'on nous raconta peu après et que voici. Appelé auprès d'une riche Marocaine, il préconisa une urgente transfusion de sang et offrit le sien. La Marocaine guérit, et comme, un peu après, le chef de famille, reconnaissant, demandait au médecin français de lui faire connaître le montant de ses honoraires, celui-ci répondit : « Monsieur, je donne mon sang, je ne le vends pas ! » Ce sont des hommes comme ceux-là qui ont contribué le plus à faire aimer la France.
Il y a eu la leçon de Lyautey. Il y a, grâce à lui, la leçon des Français du Maroc. Elle est là, à la disposition de ceux qui voudront l'entendre... Quand des Français voient large, il ne faut pas les blâmer, mais les féliciter : ils améliorent la moyenne, la moyenne du « Français moyen »... On a critiqué la grandeur du paquebot Normandie, folie somptueuse, d'après certains contempteurs. Peut-être n'a-t-il pas payé ses armateurs, mais il a fait mieux : il a payé la France d'un prix inestimable, le prestige. La France n'a plus Normandie, mais elle a, là-bas, ancré en rade de l'Atlas, le paquebot de luxe qu'est la Mamounia et qui fait, lui aussi, honneur à notre pavillon ; elle a, dominant l'océan de Fès, le Dar-Jamaï, et peu de nations en ont autant, car ces hôtels sont, sinon les plus beaux, à tout le moins deux des plus beaux du monde.
A l'origine de ce chef-d'œuvre touristique, il y a eu, comme toujours, un homme : Dal Piaz, un Français qui avait, lui aussi, le sens de la grandeur. Et l'esprit de Dal Piaz survit dans la tenue du personnel de tout rang de ces hôtels, où les étrangers affluent et admirent.
Et, puisqu'il est question de grandeur, comment n'aurions-nous pas évoqué, dans cet ouvrage, Versailles, qui continue de recevoir chaque année plus de visiteurs que le musée du Louvre ? Versailles, héritage de nos rois qui rapporte à notre démocratie une rente perpétuelle dont elle a grand besoin. A ceux qui prétendent faire table rase du passé et fixer le point de départ d'une nation à une révolution, posons la franche question : qu'auraient les nations à montrer au monde si, seules, émergeaient de leur sol les œuvres postérieures à ces révolutions ?
Ce n'est pas non plus sans intention que, d'une longue enjambée, nous passons de Marrakech et de Meknès à Versailles : bien avant Louis XIV, des sultans marocains, ceux qui conçurent l'immense palais d'El-Behdi, ceux qui établirent les majestueux plans d'eau de l'Aguedal, ne furent-ils pas d'étonnants précurseurs du sens de la grandeur ? Et quelle preuve plus éclatante du prestige de notre Roi Soleil que cette émulation ardente semée par son exemple dans l'esprit de son contemporain Moulay Ismail ?
Grandes figures, légendaires, du maréchal Lyautey, du Père de Foucauld, du général Leclerc... Fiers visages des goumiers, noble stature des spahis, dessinant leur fresque dans la poussière dorée... Feuilleter ces pages, c'est suivre avec nous les traces de la grandeur.

OLIVIER QUEANT.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 11:48

page 7



COULEURS DU MAROC


par ANDRE MAUROIS, de l' Académie française.

LA couleur, la couleur pure, hardie, se détachant en larges plaques sur des fonds unis et neutres, est toujours un élément de grandeur et de beauté. Est-ce parce qu'elle évoque les plus beaux spectacles naturels : le bleu du ciel, les champs de fleurs, les oiseaux des tropiques ? Je ne sais, mais il y a en elle quelque chose de sain et de joyeux.
Le Maroc est resté pour moi, depuis le premier jour où Lyautey me le montra, l'exemple d'un pays qui serait aussi une œuvre d'art. « Là, tout n'est qu'ordre et beauté », mais la couleur anime cet ordre. Tous mes souvenirs du Maroc sont vivement colorés... Arrivée à Casablanca : le Patron enveloppe d'un grand mouvement de canne l'immense quartier blanc, les maisons cubiques crépies à la chaux qu'assiègent les vagues rosés des géraniums, les pergolas bleu vif, les toits verts, les larges fleurs violettes des bougainvillées.
Rabat : le jardin des Oudaïas. Je me souviens du contraste entre trois bleus : celui des fleurs qui bordaient un mur ocré ; celui, plus dur, du ciel au-dessus de la blanche Salé, et celui, miroitant et violet, de la mer. Ce jour-là Lyautey nous emmena chez le Sultan, en une étonnante chevauchée. Une garde noire vêtue de rouge nous attendait dans la cour du palais, jouant sur une triste flûte, sur des tambours hallucinants, quelque chose qui ressemblait à du Borodine, à du Stravinsky ; les vizirs blancs au visage brun se détachaient sur les murs, en longue frise, comme dans un palais de Suse ou de Babylone.
Fès : Lyautey nous avait logés à Bou Jeloud, dans des chambres revêtues de cèdre, feutrées de coussins et de tapis. Dans le patio, où des fontaines à l'espagnole murmuraient l'éternité, les teintes douces des zelliges faisaient un fond de pâle mosaïque pour les manteaux des cavaliers. Nous allâmes visiter le souk des teinturiers, paradis de la couleur pure. Les robes blanches, les fez rouges, les écheveaux de laine jaune, violette, verte illuminaient les rues obscures.
Le long de la route de Marrakech, des champs de fleurs laissaient à peine, ça et là, paraître la terre rouge, sur laquelle passait une frise continue de chameaux, d'ânes, de marcheurs au long pas. Puis ce fut l'enchantement de Marrakech, les montagnes de diamant sur le ciel d'améthyste, la luxuriance des jardins de la Mamounia et la prodigieuse symphonie colorée de la place Djemma-el-Fnà, où les robes des danseurs chleuhs tourbillonnent dans une lumière éclatante et poudreuse.
On   comprend   pourquoi  les   peintres,   depuis Delacroix jusqu'à Limouse et Gaillard, ont tant aimé le Maroc. La couleur y chante mieux qu'en aucun autre pays. Pourquoi ? D'abord parce que la lumière est admirable, mais aussi parce que les murs   plâtrés,   la   note   blanche   dominante   des costumes  donnent, par contraste, un  particulier éclat à toute note vive, et Delacroix, qui savait si bien la beauté d'une tache rouge sur un fond neutre, dut  ici   vivre   dans   l'enthousiasme ;   et surtout parce que les Marocains eux-mêmes ont le sens inné de la couleur et que  beaucoup de scènes locales  sont des tableaux tout composés. Voyez ce Café maure, de Limouse, ces visages sombres et ces djellabas claires sur un mur rouge, cependant qu'à droite monte un escalier de bois peint en jaune. Ces tons durs n'ont pas été inventés par le peintre ; ils sont vrais, et l'on peut en dire autant de son Marché de Rabat, où tous les tons purs se heurtent, et doivent se heurter, à la fois pour notre plaisir et pour la vérité du tableau. Ou   bien   regardez   ce   Marrakech,   de   Gaillard, véritable synthèse d'un des plus beaux lieux du monde,  et où les  couleurs les plus  dissonantes se fondent dans l'éblouissement de la lumière. Il reste sur cette planète malheureuse bien peu de pays où se conserve intacte une beauté qui, jadis, y fut naturelle. Le Maroc demeure, grâce à  Lyautey,  un  de  ces  témoins  privilégiés.   En sauvant  les  villes  indigènes,  en   imposant  aux architectes modernes le   respect   d'un   style,   en choisissant pour orner ses villes et ses jardins des hommes qui eussent comme lui la passion de la couleur, en ressuscitant les arts locaux, Lyautey a  fait  du   Maroc,  comme  disait  Keats,   « une chose de beauté  » et une joie pour l'esprit.
Car il savait que la beauté et la grandeur sont sœurs et que, aimant si fort la seconde, il devait honorer la première. Il n'y manqua jamais, et les manteaux rouges des spahis qui, les soirs de fête, encadraient les larges escaliers de la Résidence n'étaient pas seulement un signe de force, une note de couleur, mais un symbole éclatant du rôle essentiel que joue l'art dans la vie.

ANDRE MAUROIS, de l' Académie française.


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MessageSujet: Re: Plaisir de France spécial MAROC   Mer 2 Mai - 11:50

page 7b



- En voyage entre Tanger et Meknès, Delacroix.




- Café maure, Limouse.




Marché de Rabat, Limouse.




- Marrakech, Caillard.



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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 11:53

page 11



UN MOYEN ÂGE


par EMILE   HENRIOT, de   l'Académie   française.

LE plus frappant, dans ce magnifique Maroc où la sagesse de Lyautey a voulu préserver le caractère d'un ancien pays en y juxtaposant les bienfaits de la vie moderne, c'est le décalage du temps, qui semble ici jouer sur deux registres et procéder à des allures différentes. D'une part, le train, l'avion et l'auto ; la distance vaincue par la hâte, l'effervescence en toutes choses, signe et rythme de l'homme d'aujourd'hui, pressé de vivre, d'agir, de jouir, de mourir ; les villes neuves jaillies du sol à côté des antiques agglomérations et des ruines fameuses respectées ; cette frénésie de construction, d'urbanisme et d'aménagements utilitaires, la cité résidentielle de Rabat, le port et la nouvelle ville indigène de Casablanca ; cette merveilleuse exploitation de la terre, qui, par simples adductions d'eau, a fait de la Chaouia un jardin et des vastes déserts brûlés hier encore entre Marrakech et Meknès, une Beauce coupée de vergers... D'autre part, le Maroc intouché, légendaire et mystérieux, dans son immobilité, son indifférence, sa lenteur ; où rien, en apparence, n'a changé depuis mille ans, depuis toujours. En abordant cet admirable empire, aux couleurs d'un autre univers, on pense être venu loin dans l'espace, mais c'est aussi dans le temps que l'on a plongé. On accède en plein moyen âge.
Ce n'est pas une vue de l'esprit, une concession de complaisance accordée à notre curiosité historique d'une époque longtemps recouverte enfin mieux connue. Ici survivent des façons de vivre, une société, une foi, qui ne se sont pas modifiées à travers l'écoulement des siècles ; et cette considération exige d'être méditée par qui a charge de chercher des solutions aux problèmes de nos relations avec l'indigène, à la fois fidèle à lui-même et justement soucieux de bénéficier des avantages de la vie moderne que nous étalons à ses yeux. Hors l'équipement du guerrier, grand amateur de poudre sèche et dextre manieur de moukhala aux jours d'expéditions et de parades, aux têtes coupées près qui ornaient, il n'y a pas longtemps encore, pour l'exemple, les rouges murs de Marrakech, le pittoresque est demeuré le même, par tout le Moghreb, qu'aux temps d'El Mansour et de Yousof. Les villes ont gardé leurs profondes portes à chicanes et leurs murailles militaires qui parlent d'une continuelle vie en danger ; tout palais, dans son enceinte crénelée, flanquée de tours, est une forteresse. Le moindre bordj, en son quadrilatère de pisé, affecte la forme d'un camp où mettre à l'abri la caravane et le troupeau contre les rôdeurs du désert ou les entreprises d'un djich. Et les hauts châteaux de l'Atlas, qui n'ont pas cessé de servir de maisons d'été aux maîtres de la terre et des hommes, derrière leurs façades abruptes et dans leurs escarpements de nids d'aigle, respirent l'orgueil méfiant et la superbe fastueuse d'une féodalité qui n'a rien renoncé de son pouvoir, de ses privilèges, de ses mœurs. Ces seigneurs de l'Atlas, ces grands chefs qui nous ont été si fidèles et dont les fils, héroïquement, ont participé à nos guerres, ce sont nos barons du XIIe siècle, Bertrand de Born ou Châtillon, qui auraient ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 11:55

page 12


- A Rabat, l'enceinte de Chella. Porte monumentale.
- Ces balançoires reparaissent chaque année à Marrakech lors de la fête de la Dime musulmane. (Phot. Pigneux.)


... conservé leurs biens, surveillés du haut du donjon et des mâchicoulis intacts. Le château, comme sous saint Louis ou Philippe Auguste, abritant dans ses corps de garde, ses salles d'armes et ses cours une armée de guerriers et de serviteurs, une cavalerie innombrable, et les femmes au plus clos des chambres — d'où elles sortiront voilées pour se mêler à quelque fête sur la place et assister, d'une terrasse, aux fantasias prestigieuses du méchouar : l'équivalent de nos tournois.
Cette féodalité n'est pas des maîtres seulement. La bourgeoise et secrète Fès en atteste la permanence invariable, et pour imaginer ce que pouvait être le plus vieux Paris, déjà, au temps de Villon, dans son enchevêtrement de ruelles et de coupe-gorge, dans le mystère et les ténèbres de ses nuits, rien ne vaut quelque promenade nocturne à travers l'ombre tortueuse et les lacis sans fin de cette ville sur soi repliée, entre ses quartiers clos aux portes monumentales, dont un gardien dormant au pied du mur vous ouvre la vétusté serrure de bois d'un rondin qui lui sert de clé. Jamais je n'ai, pour moi, éprouvé un tel sentiment d'immixtion dans une époque antérieure et d'étonnement à changer de siècle. Au grand jour, cet étonnement ne change pas, au milieu de la foule pédestre des chalands et des promeneurs, fendue, ça et là, d'un cavalier sur sa monture harnachée de cuir et de tresses rouges à pompons, ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 11:57

page 13



... d'un notable sur sa mule blanche, dans le bariolage des couleurs, le tumulte de la vie citadine, le cri des marchands, la galopade d'un porteur d'eau à demi nu et ruisselant, l'outre en peau de bouc sur le dos. Cette foule même est d'un autre âge, et les boutiques dans les souks. Ce ne serait rien que leur caractère anecdotique et pictural ; mais ce petit négoce, d'une échoppe à l'autre, révèle ces mœurs d'autrefois, où les seuls besoins de la journée, se passant de publicité, commandaient l'offre et la demande, qu'il s'agisse de manger, de boire ou de se procurer un outil, un ustensile ou une étoffe : toutes choses faites à la main par les artisans et sous les yeux de l'acheteur, vase, fourche, selle, babouche, tapis, plateau de cuivre ou djellaba, moulage, tissage, teinture ou cuisson, toutes pratiques marchandises à l'usage de petites gens, qui vivent sur place, dans la coutume de leurs pères. Et cela aussi est d'un autre âge, comme la fontaine où tirer l'eau et la prière dans la rue, à l'heure de l'appel pleurard du muezzin.
Cette vie publique de la place publique continue le dépaysement dans le temps. La flânerie, du matin au soir, sur la Djemma-el-Fnà de Marrakech vous fait, dirait-on, assister à un conte des Mille et une Nuits et aussi bien, vers la fin du jour, le long des remparts, à une scène de la Bible ; ailleurs, sur quelque forum d'un faubourg de la Rome antique, c'est un tableau de fête populaire peint par Pétrone ou Apulée. Rien de tel que ce vieux Maroc pour faire concevoir, de nos jours, ce que pouvait être le monde à ciel ouvert de l'antiquité. Qu'est-ce autre, le burnous, que la toge ? Voici, dans l'odeur des fritures et du charbon de bois éventé de palmes, le barbier en plein vent et le conteur qui gesticule au centre d'un cercle d'écoutants, le charmeur de serpents, les danseurs et les acrobates, les bonisseurs de toute sorte, le prophète venu du désert, le mire vendeur d'amulettes, de recettes et d'herbes pour les guérisons, le sorcier devant son étal de squelettes d'oiseaux, de peaux de bêtes desséchées, de gris-gris, de fétiches, de débris divers chargés de pouvoirs secrets, de prestiges. Mille et mille badauds, immobiles, sans hâte, indifférents ou amusés. Mille autres encore aux terrasses avoisinantes, palabrant devant le gobelet de thé à la menthe... Qui aurait besoin d'une montre ? Le soleil qui se lève, qui plombe ou se couche suffit à dire l'heure approximativement, c'est le matin, midi ou le soir, où un fil noir ne peut se distinguer d'un blanc. Qu'importe le jour, l'année et le siècle même où l'on est, du moment que Dieu a voulu qu'on fût de celui-ci ou d'un autre ? Hier et aujourd'hui se confondent ; la vie présente est restée la même que celle d'autrefois. L'Européen, seul, rentré à l'hôtel, y retrouvera le sentiment de l'heure, de la date du jour et le calendrier qui l'incite à vivre plus vite, dans l'idée que le temps lui est compté. Où est le sage ?

EMILE  HENRIOT,
de l' Académie française.


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page 14


- Un tableau archaïque : le passage d'un gué au pied du ksour de Tinerhir.


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- Itinéraire au Maroc du Viconte Charles de Foucauld, carte historiée de Lucien Boucher.

Charles de FOUCAULD
Explorateur du MAROC 1883-1884




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page 16


- FES LA SAINTE. Gravure de Camille Josso.


SA démission donnée — il avait vingt-quatre ans en 1882 — Charles de Foucauld suivit le premier conseil de sa vocation qu'avaient décidée les manœuvres autour de Sétif, les récits des vieux Africains, la découverte d'un peuple nouveau, la guerre, enfin, contre le partisan : il ne quitterait pas l'Afrique sans l'avoir étudiée, il serait homme d'action. Que ferait-il donc ? Une des choses les plus difficiles qui fussent : il entreprendrait d'explorer le Maroc, pays fermé, défiant de l'étranger, cruel dans ses vengeances, mais si voisin de nos côtes, si manifestement destiné à compléter notre domaine qu'on était sûr, en le parcourant, d'aider la France de demain...
Le récit de son exploration au Maroc, publié par le vicomte de Foucauld, commence à Tanger et à la date du 20 juin 1883...
La Reconnaissance du Maroc est, avant tout, une oeuvre scientifique, à la fois géographique, militaire et politique... mais c'est aussi un journal. D'ordinaire on y trouve autant de chapitres qu'il y eut de journées. Rarement Charles de Foucauld s'attarde à décrire. Il le fait en peu de mots, et en artiste ; chez lui, la simplification du paysage, le choix de l'expression, une certaine recherche discrète de l'harmonie révèlent un homme remarquablement doué et qui eût pu compter parmi les écrivains qui nous ont donné quelque image des pays nouveaux. Mais il ne se permet point de céder à cette tendance de son esprit. Il écrit avec l'intention bien arrêtée non de se faire admirer, mais de servir la France, héritière probable du Maroc, de lui préparer les voies, d'aider les camarades qui auront un jour, il le pressent, la mission de conquérir cet empire, où, en plus d'un endroit, il rencontre des chefs secrètement désireux de la venue des Français. En somme, il est déjà celui qui prépare. Ce caractère marquera toute sa vie. Plus tard, quand il réapparaîtra en Afrique, Foucauld se donnera pour mission d' « apprivoiser » les musulmans, de les rapprocher de nous et de la loi chrétienne. Tout son effort, tous ses sacrifices, jusqu'au dernier, ne tendront qu'à ceci : rendre possible, pour les missionnaires qui viendront, la prédication de l'Evangile. Il sera, religieusement aussi, le précurseur, le fourrier, l'homme de pointe...
... Charles de Foucauld n'oubliera jamais le Maroc. Une seule-fois, il semblera tout près d'y rentrer ; il se réjouira dans son cœur, à la pensée de parcourir librement ce pays où la France-est enfin venue et, avec elle, une espérance de relèvement, de justice, d'amitié pour le peuple « assis à l'ombre de la mort ». Bientôt le projet de mission qu'il n'avait ni inspiré ni hâte sera abandonné et tombera parmi les bonnes intentions politiques qui n'ont point trouvé d'homme fort pour les défendre. Mais, toute sa vie, l'officier devenu prêtre demeurera « à la disposition du Maroc » ; il s'établira, en 1901, presque à la frontière de cet Etat ; il notera, sur ses carnets, avec un bonheur qu'on devine, les visites de Marocains qu'il a reçues ; dans ses conversations, dans ses lettres, surtout dans sa prière où les infortunes de tant de nations trouveront place, il ne cessera de nommer le Maroc. Il se sentira pour les tribus qu'il a visitées, pour le connu et l'inconnu de cette terre de sa jeunesse, une amitié renouvelée et grandissante. Car ce n'est plus seulement le géographe, l'artiste aux yeux clairs, le Français toujours songeant à la vocation de la France qui aimera l'empire du Moghreb : ce sera le prêtre ému d'une compassion fraternelle et qui écrira, un soir de décembre : « Je pense tant au Maroc depuis quelque temps, à ce Maroc où dix millions d'habitants n'ont ni un prêtre ni un autel, où la nuit de Noël se passera sans messe et sans prière ! »

Extraits   du   livre   de   René   Bazin :   «   Charles   de Foucauld, explorateur du Maroc, ermite du Sahara ».


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 11:59

page 17



L'ARMÉE  D'AFRIQUE


par le général DE MONSABERT.

EN débarquant    à    Sidi-Ferruch,    auréolée    des    gloires récentes de la Légende de l'Aigle, l'armée française ouvre le  cycle   d'une   nouvelle   épopée   dont   le   héros   sera l'armée  d'Afrique. Sidi-Brahim — Roncevaux des chasseurs à pied — commence aussi une chanson de geste. Mais la vraie victoire de nos soldats de France sera d'avoir emporté l'adhésion, puis le concours des populations musulmanes, par l'illustration de la valeur et de la générosité franques, célèbres depuis les Croisades. C'est de cette collaboration qu'est née l'armée ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 12:00

page 18


- Le duc d'Aumale et le colonel Yustif (1843).


... d'Afrique : zouaves de Lamoricière et de Pélissier, chasseurs de Marey-Monge, spahis de Yusuf— Murât des campagnes algériennes — tirailleurs de Wimpfen et de Bourbaki !
Déjà, les contingents des tribus arabes, à l'appel de leurs chefs traditionnels, dont le modèle restera Mustapha Ben Ismaïl, héros musulman et général français, viennent solliciter l'honneur de combattre à nos côtés.
L'envol héroïque de nos étendards aspire dans son sillage tous ceux qu'animent le désir de la gloire et le goût de l'aventure : princes de la Maison de France, ouvriers parisiens, étrangers, accourus de tous les horizons pour former la Légion étrangère.
Dans la poursuite de la pacification de l'Algérie, nos unités africaines vont lutter de valeur avec les vieux régiments de la métropole.
Bientôt, l'armée d'Afrique — partie désormais intégrante de l'armée française — sera appelée avec elle à toutes les missions confiées à nos armées. En Crimée, ce seront les zouaves de l'Aima et les Turcos, « enfants du feu » d'Inkermann ; en Italie, ceux de Turbigo, de Magenta, de Solferino ; au Mexique, les tirailleurs de San Lorenzo et les légionnaires de Camerone.
Pendant   l'année   terrible,  ces  troupes  magnifieront   leur loyalisme à Froeschwiller à la pointe de leurs baïonnettes ; elles l'affirmeront par leur tenue dans la retraite de Chanzy.
L'armée d'Afrique ne connaîtra jamais de repos ni de trêve ; elle combattra de concert avec l'armée coloniale au Tonkin, en Cochinchine, à Madagascar.
L'Afrique française est sa création. Elle sera au Sénégal avec Faidherbe, pour former notre armée noire ; au Congo, avec Savorgnan de Brazza. Les dunes du Sahara n'arrêteront pas sa marche triomphante, elle les franchira avec Flatters, Foureau, Lamy et, enfin, Lapperine, qui fondera pour la paix du désert un nouveau foyer de la famille africaine : les méharistes.
Elle va couronner son œuvre par l'occupation de la Tunisie et la pacification du Maroc. Tunisiens et Marocains viendront grossir les rangs de cette chevalerie d'un nouveau genre.
La Grande Guerre 1914-1918 va lui permettre de donner la mesure de son héroïsme dans une suite de gestes épiques. En Belgique et sur la Marne, en Artois comme en Champagne, à Verdun et sur la Somme au cours de la bataille de France, zouaves, tirailleurs et légionnaires seront toujours à la pointe dés combats, telle la prestigieuse Division marocaine.
Cependant, grâce au génie de Lyautey, la lutte dans la métropole n'arrêtera pas notre expansion au Maroc. Cette ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 12:02

page 19


- Turco. Tirailleurs indigènes.
- La garde noire de S. M. le Sultan du Maroc. Dessins de Roger Bezombes.


... longue pénétration mettra en lumière de nouvelles figures de soldats, comme ces goumiers de la montagne berbère.
Et, pourtant, cette épopée centenaire n'est pas le seul titre d'honneur de l'armée d'Afrique. Sans cesser de combattre, elle réalisera la plus grande œuvre civilisatrice qui soit. Cette mission, Bugeaud, son premier chef légendaire, la lui avait tracée dès le début : « Fonder en Algérie une province française. » Sous sa direction, nos soldats africains construiront des routes et des villages, défricheront et cultiveront des terres, en collaboration avec les nomades de la veille.
Quatre-vingts ans plus tard, le maréchal Lyautey lui confiera la même tâche de création continue.
L'Afrique du Nord a été construite par son armée.
Lorsque sonnera l'heure de la suprême alarme, la Patrie envahie, l'armée française rompue et prisonnière, l'armée d'Afrique se lèvera. Elle protégera les marches de Numidie avant l'arrivée des Alliés et y accueillera les héroïques F. F. L. de Kœnig, Brosset et Leclerc. Elle ira planter en Italie les couleurs de France aux sommets du Belvédère et du Faito. Des côtes de Provence, où elle entrera à Toulon et enlèvera Marseille, elle remontera le Rhône pour concourir à la délivrance de Lyon, libérera la Bourgogne, la Franche-Comté et l'Alsace, franchira le Rhin et poursuivra l'ennemi jusqu'en Bavière et au Tyrol.
Enfin, juste retour d'une reconnaissance plus que séculaire, elle restituera le souffle qui lui avait donné la vie, en faisant renaître autour de ses drapeaux vainqueurs l'armée française dont elle était issue.
Et maintenant, c'est l'Indochine et Madagascar.
La chanson de geste continue.
GENERAL DE GOISLARD DE MONSABERT.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 12:04

page 20


- Légion montée.
- Spahis. (Photos J. Belin)
- Le général Leclerc défilant sur son char à Rabat le 11 Novembre 1943.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:12

page 21



La   leçon   de  Lyautey


par GUILLAUME DE TARDE.
L'œuvre de Lyautey, qui honora la France et étonna le monde, s'inspire de quelques principes essentiels, inlassablement formulés par lui. Ces principes d'action et de commandement, appliqués au Maroc, sont valables en tout temps, en tous lieux. Dans la confusion qui règne de nos jours en matière de gouvernement, il nous a semblé opportun de les mettre au grand jour.
M. Guillaume de Tarde, qui fut longtemps secrétaire général du Protectorat, a eu le privilège de vivre en étroit contact avec Lyautey pendant la période la plus intense de toute sa carrière. Nous lui avons demandé d'analyser pour nos lecteurs le génie de cet homme d'exception et de dégager sous une forme concrète la « leçon de Lyautey » dont l'actualité se passe de commentaire. - N. D. L. R.

LA  leçon   de   Lyautey ?   Une  leçon   d'action.   Une leçon de commandement.
Une leçon d'action. On connaît sa devise : « La joie de l'âme est dans l'action. » Dans l'action, la vraie, non pas celle qui consiste à s'agiter pour l'argent, mais celle qui réalise des œuvres humaines sur le sol et dans les cœurs. Réaliser, c'est-à-dire, aux yeux de ce « bâtisseur », non pas seulement bâtir, mais créer de la vie, engendrer et animer un foyer humain : telle était l'obsession de cet homme pour qui l'action n'avait qu'une seule loi (ce mot revenait constamment sur ses lèvres) : « aboutir », un seul critère : le « résultat ».
Une leçon de commandement. Pour Lyautey, l'administration (si l'on peut employer ce mot qu'il n'aimait guère) était avant tout une construction humaine, bâtie avec des hommes et pour des hommes : des hommes avec leurs passions et leur raison, avec leur personnalité, leur libre arbitre, leur résistance, leurs différences de réaction et de rendement.
Tel était chez Lyautey le secret de l'efficacité, le secret du commandement : son sens de l'homme. J'entends de l'homme dans ce qu'il a de personnel, non de mécanique ; de l'homme en tant qu'il est unique, non de l'homme en troupeau. De là sa conception vivante, exaltante, de l'ordre et de la discipline. A ses yeux, le commandement n'est pas le monopole d'un seul ou d'une élite : il est partout, chez les subordonnés comme chez le chef, dans l'exécution comme dans l'ordre. L'exécution d'un ordre n'est pas une transmission mécanique, mais un ordre secondaire ; obéir, c'est aussi commander. D'où ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:14

page 22


- Vue générale du port et de la ville nouvelle de Casablanca.


... il suit qu'un chef qui commande doit laisser à l'obéissance matière à commandement, et que ses ordres doivent être tels qu'en les exécutant ses subordonnés fassent œuvre de chef.
De ces grandes lignes d'action et de commandement découlent quelques principes essentiels qu'on peut résumer ainsi :
Faire son métier de chef et rien de plus. Faire son métier de chef ; ne rien faire au delà de ce qui peut être fait par un subordonné... Que de fois nous avons entendu Lyautey s'élever contre cette fausse mystique, qui régnait déjà de son temps, du chef qui-fait-tout-par-lui-môme, du chef qui-n'a-confiance-qu'en lui, du chef qui-travaille-dix-huit-heures-par-jour ! Ce prétendu chef, disait-il, ne sait pas commander : s'il fait tout par lui-même, c'est qu'il ne sait pas apprendre aux autres à l'aider ; s'il n'a confiance qu'en lui, c'est qu'il ne sait pas faire confiance aux autres en leur assignant leur tâche ; s'il travaille dix-huit heures par jour, c'est qu'il ne sait pas employer ses heures. Hélas ! nous ne voyons autour de nous que des chefs « débordés » ; quand font-ils donc leur métier de chefs, qui est, avant tout, de penser? Un chef, disait Lyautey, n'est jamais débordé : il a toujours le temps.
Décentraliser. Nous avons parlé de sa conception de l'ordre et de l'exécution. Ce chef prestigieux, loin d'absorber le commandement autour de lui, au-dessous de lui, le suscitait et le multipliait. Commander, pour lui, c'était engendrer le commandement; c'était faire pulluler, dans les tissus de l'organe dont il avait la charge, ces cellules vivantes : des chefs. Il déléguait donc largement ses pouvoirs, sur place, à des collaborateurs formés par lui et qui avaient sa confiance. Il « décentralisait » (en réalité, d'après la terminologie classique, il déconcentrait).
Il se heurtait ici, cela va sans dire, à de vieilles traditions bureaucratiques. Les administrations centrales, parce qu'elles sont au centre, croient devoir centraliser les attributions et les pouvoirs ; centraliser, c'est-à-dire exercer le commandement du haut en bas, sans délégation, l'absorber. D'où les réactions violentes de Lyautey, ses diatribes pittoresques contre la centralisation, contre ce mal français, cette gangrène administrative à quoi nous devions en partie, à ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:15

page 23


- Le palais Jamaï à Fès.
- Une avenue moderne à Marrakech. (Phot. G. Gillet)


... ses yeux, notre ankylose collective, notre impuissance à vouloir et à réaliser, et dont il rendait responsable le plus grand chef de notre histoire, Napoléon Ier, virtuose et fossoyeur du commandement.
Prendre ses responsabilités. Corollaire essentiel de la décentralisation : déléguer largement ses pouvoirs, mais aussi rester responsable (principe qui paraît aller de soi : il n'en reste pas moins contraire à la pratique courante, qui consiste à garder jalousement les pouvoirs en déléguant les responsabilités). Lyautey se sentait seul et pleinement responsable, devant elle-même, de la collectivité marocaine. Il considérait que le chef, dans le domaine qui lui est confié, a, à proprement parler, « charge d'âmes ». D'où cette méthode constante qu'il a réussi à imposer autour de lui malgré les oppositions et les résistances : il se posait toujours comme l'avocat de l'opinion devant ses services. Il était, au milieu de son entourage et de ses bureaux, le représentant de la masse. Il était parmi nous ce spectre terrible : l'opinion.
Contrôler personnellement. Autre corollaire de la décentralisation telle que la pratiquait Lyautey : le contrôle personnel du chef. Personnel, c'est-à-dire non pas a priori, par personne interposée et par papier (encore une de ses phobies : la manie administrative du compte rendu!), mais a posteriori, par le responsable et sur les lieux. Non le contrôle assis, mais le contrôle debout. C'était l'un des secrets de Lyautey : à toute occasion ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:17

page 24


- Le cours Lyautey à Rabat. Au second plan, la Médina, puis Salé, sur l'autre rive du Bou-Regreg.
- Le    palais    de    Justice Rabat (Laforgue, architecte)
- Quartier  administratif  à  Rabat;  au  loin,   le palais  de  S. M. le  sultan.


... (et même sans occasion), il partait en tournée sur l'heure pour « voir les choses sur place » ; et là, aucun programme, aucun protocole ne l'empêchait de briser les écrans pour atteindre directement, sans préparation, le colon, l'entrepreneur, le commerçant, et provoquer leurs réactions.
Enfin, ce dernier principe, qui les contient tous : aboutir. La volonté d'aboutir, l'obsession d'aboutir, telle était, nous l'avons vu, l'une des propriétés spécifiques de la pensée de Lyautey. Volonté, obsession qui se traduisaient en actes : il prenait sa décision ; il la prenait à temps ; elle s'élaborait en lui non pas sous l'inlluence d'une logique abstraite, mais en fonction et en vue de l'exécution même ; enfin, cette décision prise et l'ordre donné, il en suivait l'exécution personnellement, d'échelon en échelon, à travers les services, jusqu'au bout.
Ce sens de l'aboutissement n'est pas, il faut bien le dire, le propre de l'administration française ; et c'est peut-être une des raisons profondes de nos déficiences administratives, que l'indifférence sentimentale de la plupart des fonctionnaires à l'égard du résultat des affaires qu'ils sont chargés de traiter, alors qu'il s'agit pourtant, en fin de compte, du sort des hommes...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:19

page 25


- Les jardins à la française de la Résidence générale à Rabat; à l'arrière-plan, l'enceinte de Chella.
- Le bassin du grand patio.


Telle est,  trop brièvement résumée, la leçon de Lyautey.
On lui a fait quelquefois le grief de n'avoir pas créé d' « institutions ». Et cela est en grande partie vrai. Ses méthodes, qui n'étaient que les réllexes de sa nature, l'incitaient à organiser ses services beaucoup moins en fonction de la logique que,des hommes, beaucoup moins par matières que par personnes. Il répugnait, à vrai dire, aux services ; il ne connaissait, comme il me le dit un jour, « que des hommes ». Il est exact qu'il n'avait qu'à un moindre degré le sens de ce que nous appelons des institutions, c'est-à-dire de mécanismes administratifs assez bien agencés pour qu'ils puissent fonctionner sous des chefs médiocres. Il construisait pour lui et pour son équipe comme s'il devait être immortel à la tète de son équipe...
Sans doute avait-il raison, puisqu'il vit toujours.
Et c'est là qu'est sa grandeur. Il a créé beaucoup plus que des institutions, beaucoup plus que des monuments de pierre : un nouvel organisme humain, en pleine jeunesse, en pleine évolution dans la vie, le Maroc moderne ; une œuvre spirituelle et matérielle qui, sortie de lui, n'a cessé de gagner en surface et en profondeur. Il a, enfin, laissé un enseignement, une leçon, dont des générations d'administrateurs sauront, à n'en pas douter, s'inspirer après lui.
GUILLAUME DE TARDE.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:22

page 26






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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:23

page 27


- La multiplication des pains.

CHRISTIANISME ET ISLAM

par   FRANÇOIS    BONJEAN.
Dès le moyen âge, de savants ouvrages, d'innombrables débats ont été consacrés à la confrontation du christianisme et de l'islam. Une brochure à l'encre encore fraîche, l'Islam et nous, a pour auteur un musulman de Fès devenu — chose combien rare, les missionnaires le savent ! — un moine catholique. De même, la présence au Maroc d'un certain nombre de Français de grande classe convertis à l'islam montre que cette confrontation continue à revêtir la forme d'un haut débat de conscience.
En ce qui me concerne, immergé pendant près de trente ans, de l'Atlantique au Pacifique, dans les foules musulmanes, j'ai noirci, raturé, déchiré, remis en chantier des centaines et des centaines de pages pour essayer de présenter à mes frères en Dieu de la chrétienté mes frères en Dieu de l'islam. Et le dernier enfant de ma plume, Reine Iza amoureuse, a précisément pour sujet une conversion !
Aussi, grand est mon embarras en essayant de dire en quelques lignes ce que j'ai eu tant de peine à exprimer en plusieurs volumes.
L'islam et le christianisme — le mosaïsme aussi, du reste — sont des religions cousines. Toutes trois sont, en effet, fondées sur cet éclatant symbole de l'obéissance à la volonté de Dieu qu'est le sacrifice d'Abraham. Dans la plus ancienne aussi bien que dans la plus jeune, la pureté se mesure, selon le mot de saint François de Sales, au poids du sanctuaire, c'est-à-dire qu'elle réside dans un constant effort pour ne pas substituer la volonté de la créature à celle du Créateur dans le commandement de soi-même et du monde. L'angélologie en est la même à très peu de chose près. Toutes les trois sont axées sur la Révélation. C'est par l'intermédiaire d'hommes d'une nature exceptionnelle, les prophètes, que Dieu aide l'humanité à ne pas prendre, dit le Coran, "le chemin de ceux qui s''égarent". Apportées par les mêmes anges, on voit les mêmes vérités — compte tenu de l'état historique et psychologique de chaque communauté — révéler aux différents prophètes les invisibles liens de la nature et de la surnature, de la matière et de l'esprit, des « défilés de la raison » et des empyrées de la grâce. Les livres sacrés des juifs et des chrétiens sont aussi des livres sacrés pour les musulmans. L'islam ordonne de croire en Dieu, en ses anges, en ses 104 livres et ses 124.000 prophètes, au dernier jour du Jugement et à la prédestination. Parmi ces 104 livres, le Pentateuque, les Psaumes, l'Évangile et le Coran sont signalés comme particulièrement importants. La vérité est qu'on n'en finirait pas de dresser le tableau ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:23

page 28


- La Cène.
-L'ombre de la cathédrale de Strasbourg. (Phot. Luc Dietrich)

- Les trois compositions  d'Edy Legrand sont extraites  de  l'Évangile selon saint Jean édité par le Club Bibliophile de France.


... des concordances entre les deux credo. A l'imitation de Jésus-Christ correspond l'imitation de Mahomet; à l'apothéose du Messie, celle du « Prince des prophètes »; à l'autorité de l'Évangile, celle du Coran incréé et de cette espèce d'évangile que constitue la Souna... Passons aux différences. C'est ici l'instant de tremper sept fois la plume dans l'encrier ! Car, pour ne parler que de l'islam, il est un islam orthodoxe, officiel, et un islam des ignorants, un islam exotérique des docteurs de la loi et un islam ésotérique des soufis ; un islam figé et un islam en voie de perpétuelle adaptation, Dieu suscitant un rénovateur à l'aurore de chaque siècle...
Pourquoi Dieu a-t-il envoyé un dernier prophète sur la terre, un « Prince des Arabes et des non-Arabes » qui ne s'est donné ni pour un savant ni pour un saint, à la fois chef de famille, chef d'État, législateur et commandant d'armées ?
Parce que, répond l'islam, les « Gens des Écritures », juifs et chrétiens, par la faute de leurs rabbins, de leurs prêtres, n'avaient ...


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:23

page 29


- L'ombre de la Koutoubia, à Marrakech.
- Une page du Coran vert, manuscrit du XIVe siècle. (Bibliothèque générale de Rabat).


... cite malheureusement de mémoire, si le judaïsme est ancré sur l'espérance, le christianisme l'est sur la charité, l'islam, sur la foi. Ainsi, par une sorte de division du travail, la pratique des trois vertus théologales se trouve répartie entre les trois grandes religions du prophétisme.
Cela n'empêche pas que l'esprit de Voltaire, de Renan, au moment où certains Occidentaux entreprennent de lui demander des comptes, trouve actuellement en terre d'islam d'ardents sectateurs. Selon les « libres penseurs » de l'Orient moderne, aux notions de christianisme, d'islam, il conviendrait de substituer désormais celles de culture chrétienne, de culture islamique.
Élargissant la confrontation des idéaux, on peut remarquer que l'élévation, loi des religions sémitiques, est aussi celle de l'hindouisme. Les trois arcanes fondamentaux de celui-ci peuvent, en effet, être résumés ainsi : ce monde est le fruit de l'Incarnation ; il est régi par la Révélation ; il remonte vers son principe par la Rédemption. Citons également les paroles de Mouhiaddine ibn Arabi. Ce grand soufi musulman, qu'un théologien catholique a pu considérer comme ayant bénéficié de grâces surnaturelles, s'écrie :
" Mon cœur est capable de toutes les formes, il est le cloître du moine chrétien, un temple pour les idoles., une prairie pour les gabelles, la Kaaba du pèlerin, les Tables de la Loi Mosaïque, le Coran... Amour est mon credo, de quelque côté que se tournent ses chamelles, Amour est toujours mon credo et ma foi. "
Si, considérés à leurs pointes, le christianisme et l'islam n'offrent que de faibles différences, il ne saurait en aller de même lorsqu'on observe les effets de leur réfraction dans les esprits et les cœurs des humbles. A cet égard, la Méditerranée sépare encore deux mondes, non point semblables mais complémentaires. Les pasteurs, enfants de Sem et de Cham, qui continuent à servir de flancs-gardes à la civilisation des enfants de Japhet, ont le mérite de maintenir vivant aux portes de l'Europe un Ancien Testament qui porte en lui l'embryon du Nouveau, un âge d'or qui fut notre âge d'or.
C'est ainsi que les dessins d'Edy Legrand, ici reproduits et destinés à illustrer l'Évangile selon saint Jean, doivent beaucoup plus qu'on ne saurait dire au long séjour de leur auteur au Maroc. Ces images, même les plus simples, celle d'un puits, d'une piscine, ont commencé, il est vrai, par être des visions et ce sont celles-ci qui, finalement, ont servi de modèle à l'artiste. Mais, d'une part, la concentration nécessaire pour atteindre à ce résultat et, d'autre part, ces visions elles-mêmes eussent-elles été, par exemple, en France, ce qu'elles sont devenues au Moghreb ? Edy Legrand ne fait pas mystère qu'il est convaincu du contraire. Véritable Bible animée, le Royaume Fortuné a tendu à ses yeux dessillés un irremplaçable et double miroir : miroir de l'homme de la Révélation, disciple d'Abraham, de Moïse, de Jésus, de Mahomet; miroir de l'homme éternel.
FRANÇOIS BONJEAN. Prix de la Renaissance 1930. Grand Prix de l'Empire français 1940.


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MessageSujet: Plaisir de France   Mer 2 Mai - 15:25

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