Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 TOURISME

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: TOURISME   Mer 21 Mar - 19:00


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page de couverture



La Vie Marocaine Illustrée
Journal officiel de la fédération des syndicats d'initiative et de tourisme du Maroc.




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MessageSujet: TOURISME   Mer 21 Mar - 19:02

page 1



SOMMAIRE

I : ASPECTS DU TOURISME:
Histoire, Art, Archéologie, par MAURICE LE GLAY, JULES BORÉLY, Chef du Service des Beaux-Arta; ALFRED COLLIAUX, Administrateur des Colonies; J. REVAULT, Inspecteur du Service des Arts Indigènes à Meknès.
Illustrations de SI MAMMERI, FRANÇOIS DE HÉRAIN, MATTÉOBRONDY, J-H. DERCHE, THÉOPHILE-JEAN DELAYE. (Photographies du Service des Beaux Arts).
LA MONTAGNE:
Stations d'estivage: IFRANE, IMMOUZER, DAIET-AOUA, centres touristiques. Textes et photographies des Syndicats d'Initiative et de Tourisme du Maroc.
VILLES ET REGIONS DU NORD:
Le Gharb, Tanger, la Zone Espagnole.
De Ceuta à Kétama en collaboration avec le HAUT-COMMISSARIAT D'ESPAGNE à Tétouan.
L' ATLAS MAROCAIN.
Itinéraires dans l'Atlas, par L. NETTNER·
Les Kasba du Haut-Atlas (Reproductions photographiques, M. de M. et Gillot) .
LE SUD : MARRAKECH
Textes de A. MÉTÉRIÉ, SI MAMMERI, Inspecteur régional des Arts Indigènes. Illustrations de RENÉ MARTIN.
LA COTE:
Safi, Mogador, Agadir.
Villégiatures: Plages: Mazagan, Fédhala, Méhédya (Photographies Flandrin, Cassuto. « Eclair»).

II  : TABLE DES ILLUSTRATIONS EN COULEURS:
Quatre hors-texte de :
Madame DROUED-REVEILLAUD : Fès.
MATTÉO-BRONDY: Meknès.
RENÉ MARTIN : Marrakech.
BERTUCCHI : Ceuta


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MessageSujet: TOURISME   Mer 21 Mar - 19:04

page 2


Son Excellence SI El HADJ MOHAMMED El MOKRI Grand Vizir de S. M. le Sultan du Maroc



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MessageSujet: TOURISME   Mer 21 Mar - 19:06

page 3


Monsieur URBAIN BLANC Ministre Plénipotentiaire, Délégué à la Résidence Générale



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MessageSujet: TOURISME   Mer 21 Mar - 19:08

page 4


Touristes Français et Etrangers

Cette publication vous est destinée; elle vous fera connaître les visages divers, émouvants à plus d'un titre du Maroc que vous venez visiter.
En arrivant par CASABLANCA, TANGER ou OUJDA, les trois portes du Moghreb. vous trouverez dans chacune de ses villes un Syndicat d'Initiative et de Tourisme qui, si vous ne les avez déjà établis à l'avance, vous offrira un itinéraire et un programme de votre voyage.
Vous avez le choix dans les moyens d'accès:
La voie de Marseille ou celle de Bordeaux par les paquebots luxueux et rapides des lignes régulières françaises de la Compagnie de Navigation Paquet et de la Compagnie Générale Transatlantique; la voie de l'Espagne par ALGESIRAS et TANGER ou CEUTA, la voie de l'Algérie par OUJDA; la voie des airs de Toulouse ou de Marseille avec les avions Journaliers de la Compagnie Aéropostale ou par avions de tourisme; par les paquebots des compagnies étrangères qui font escale à jour fixe à TANGER ou à GIBRALTAR ou encore par ceux des croisières qui fréquentent de plus en plus nos deux ports de CASABLANCA et de TANGER.
Vous circulerez ici avec rapidité confort et confiance par chemin de fer à voie normale qui comportent wagons-restaurant et wagons-lits; par voitures automobiles: les beaux cars limousines des services publics qui vont dans toutes les directions complétant le rail dans les meilleures conditions de confort et de sécurité; par vos voitures particulières pour lesquelles a été établi au Maroc un régime spécial de douane d'entrée et de sortie; vous emprunterez alors des routes goudronnées et dont la signalisation est parfaite.
Vous pourrez vous arrêter au gré de votre fantaisie ou de l'attraction plus grande d'un site ou d'une ville. et si vous désirez aller plus avant nos Syndicats vous traceront un itinéraire vers les forêts de chênes et de cèdres d'Ifrane et du Moyen-Atlas, vers les kasba du Haut-Atlas. qu'en quelques heures on peut atteindre grâce aux nouvelles et pittoresques routes de montagne qui franchissent l'Atlas à des cols de plus de 2.000 mètres d'altitude et aboutissent dans les palmeraies du versant Saharien ou du Souss.
Au-delà de Marrakech vous pourrez faire l'ascension des pentes de l'Atlas à plus de 4.000 mètres ou excursionner par les sentiers, à mulets, selon la vieille formule marocaine et à l'étape du soir. en plein pays berbère vous trouverez les refuges aménagés par nos Syndicats.
Des hôtels pourvus de rout le confort moderne accueilleront votre séjour dans les villes.
La côte marocaine vous offrira ses plages nombreuses, confortables où l'on jouit d'un bout à l'antre de l'année, d'un climat et d'une température favorables à la natation et aux sports nautiques.
Vous trouverez réunis au Maroc les attraits d'un pays de grand tourisme, les ressources et les agréments de notre Riviera française.
Touristes. soyez les bienvenus.

MARC DE MAZIERES Président de la Fédéracion
des Syndicats d'Initiative el de Tourisme du Maroc.



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MessageSujet: TOURISME   Mer 21 Mar - 19:10

page 5






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MessageSujet: TOURISME   Mer 21 Mar - 19:16

page 6


- Théophile-Jean Delaye, Patio de la Medersa Ben-Youssef, Marrakech.



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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 8:17

page 7



LE TOURISME AU MAROC AVANT LE PROTECTORAT

par Maurice Le Glay

Tel est le sujet qu'on m'a demandé de traiter ici sans penser que d'autres y seraient certainement mieux qualifiés. Je n'ai jamais fait de tourisme au Maroc ou ailleurs et n'ai jamais voyagé que pour atteindre un but déterminé et, souvent à mon corps défendant. J'eus, certes, si les circonstances l'avaient permis, apprécié et pratiqué volontiers le tourisme tel qu'on le conçoit aujourd'hui, ou plutôt comme je me l'imagine, c'est-à-dire celui qui donne le moyen de voir le maximum de choses dans le minimum de temps avec la certitude de trouver, à la fin de chaque journée, un gîte confortable et un dîner bien présenté. Dii nobis haec otia non fecerunt, les dieux, de la terre et des eaux, ne m'ont point accordé ce loisir, mais ils m'en ont donné d'autres parmi lesquels le meilleur fut la possibilité d'observer longuement le monde et ceux qui s'y démènent. Mais, pour ce qui est du Maroc de jadis, j'estime que bien d'autres mieux que moi auraient pu remplir ces pages. Les souvenirs que j'y peux mettre ne seront qu'un vague reflet des leurs, sans compter que certains de mes compatriotes, et je les connais bien ont dans leur bagage plus de choses curieuses que je ne puis en offrir.
On voyageait en effet beaucoup au Maroc à cette époque qui fut celle de toutes les compétitions politiques et commerciales, celles-ci, d'ailleurs, étayant et justifiant les premières. Parmi ces voyageurs, ceux que personnellement je tiens pour les plus intéressants et plus utiles, en tout cas les plus entreprenants et courageux, furent ceux qui venaient, à tous frais et à tous risques, tenter d'installer quelque industrie ou d'introduire les produits de la nôtre. D'autres, dont j'étais, vinrent en service commandé, à des titres divers, et certainement firent de leur mieux, mais dans cette catégorie, notre reconnaissance nationale, s'il en est une, ce qui n'est pas sûr, doit se rappeler le nom de Biarnay qui, avec son camarade Henry Popp, osa, malgré toutes les difficultés marocaines et européennes, au mépris de tous les dangers et de toutes les menaces, installer au Maroc le premier télégraphe. Je me rappelle avoir une fois, du côté d'Arzila, rencontré Biarnay en station et qui, le fusil au poing, montait la garde autour des caisses qui contenaient certains appareils. II y eut aussi des gens qui voyageaient pour leur plaisir ou pour leur instruction, des écrivains, des artistes, de ceux qu'on appellerait aujourd'hui des touristes, bien que leur but fut de s'attarder pour mieux voir et comprendre. A ceux-là nous devons aussi beaucoup, car leur connaissance du Maroc, si subtile qu'elle fut, vint à propos renforcer la nôtre à tous qui en avions bien besoin. On ne saurait croire à quelle profondeur atteignait notre ignorance des choses marocaines à l'époque où, les abordant, nous avions le plus besoin de les connaître. Je m'effare parfois en comparant la différence qu'il y a entre le Maroc que j'imaginais avant d'y venir et celui que je sais aujourd'hui. Parmi les curieux, les artistes dont je viens de dire le rôle, il en est un qu'on ne doit oublier, c'est Tranchant de Lunel. Il vint ici avant le protectorat s'emplir les yeux et, le jour venu, se trouva prêt à aider Lyautey dans cette partie de son œuvre qui intéresse le plus le tourisme d'aujourd'hui. Lyautey, en effet, pensa que le génie de la France pouvait se manifester au Maroc sans rien détruire du passé. Il trouva en Tranchant de Lunel l'homme qui, par son éducation artistique, ses voyages, sa culture, son obstination aussi dans la recherche, avait pu, le mieux, en ce temps-là, découvrir, apprécier la beauté marocaine. Il le chargea de sauvegarder cette beauté sous toutes ses formes, de la faire valoir. Personnellement, je ne vais jamais à Marrakech sans me rappeler que c'est à Tranchant de Lunel que nous devons ce joyau, les Tombeaux Saadiens.  
Quelle que soit la catégorie à laquelle appartinrent tous ces voyageurs d'autrefois, deux choses leur furent communes : une ténacité rare dans leur dessein et vers le but qu'ils s'étaient donné et d'incroyables difficultés semées par la nature et par les hommes sur la route qu'ils devaient suivre. J'y songe en écrivant ceci, alors qu'il y a peu d'instant un ami me téléphonait : « Pourrai pas vous voir demain; je vais à Fez, mais je serai de retour après-demain soir » ! Et le plus fort est que je trouve cela tout naturel. Aurais-je donc oublié mon propre passé de voyageur, passé d'ailleurs encore récent ? Non, car ce passé j'ai eu soin de l'écrire au moment qu'il était encore le présent et alors, de temps à autre, je m'y replonge, ce que je vais faire ici dans un moment pour la distraction des lecteurs de la Vie Marocaine. Et pour la mienne aussi. Car, me permettrez-vous de vous le dire en passant, heureux amants du tourisme confortable d'aujourd'hui, nos peines d'il y a vingt ans, au long des pistes maugrabines ont eu quelques aimables compensations dont une en tout cas, inestimable, fut que nous avions vingt ans de moins et cette autre qu'à fouler du pied de nos chevaux, de nos mules et bien souvent des nôtres la boue tenace des hivers ou la poussière rousse des étés, la sensation, l'orgueil nous venait d'entamer une conquête. Et puis et surtout, la nature, en nous retenant, nous forçait à l'observer minutieusement, elle et les gens qui l'emplissaient.  .../...


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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 8:19

page 8



Certes, ils furent durs ces jours de mars 1909, lorsque seul escorté, surveillé plutôt par une demi-douzaine de salopards, fusils en travers de la selle, je découvris, du haut de la falaise d'Itto, la montagne d'Azrou et son au-delà noir de cèdres. Mais quelle joie ! et cette autre, quand, le 5 janvier 1912, par un hasard que je dois à la poursuite d'un dessein politique, je découvris le site d'Ifrane tout blanc de neige ! Mais ne croyez pas qu'il me plaise de retenir seulement mes propres satisfactions de découverte ou d'invention. Je pense à celles que dut ressentir un homme comme le Dr Veyre, par exemple, de lancer, lui le premier, sur de vagues pistes, à l'assaut des cols, au passage des gués douteux, la première voiture, ce que vous appelez aujourd'hui un tacot, en fait la sautillante petite Ford qui bringuebalait son monde, mais passait partout. Mais ne nous y trompons pas. Ce Maroc dont je parle, le Maroc qui n'est pas encore le Maroc touristique, existe toujours, mais beaucoup plus loin. Et les satisfactions dont je parlais, celles que nous avons éprouvées, d'autres les trouvent aussi de nos jours et alourdies comme furent les nôtres, des mêmes peines et des mêmes rudesses. Ceux-là sont les Chardons, les de Loustal, les Hure, les Giraud, les Catroux et tant d'autres si nombreux qui nous découvrent les chevauchements formidables et mornes de l'Atlas fabuleux, les espaces imprécis du Sahara plein de mystère et, comme firent leurs aînés, sillonnent leur découverte de routes à votre usage, heureux touristes d'aujourd'hui. Et maintenant, puisque vous y tenez, je vais dévider quelques brins de l'écheveau touffu de mes souvenirs. Mais je crains qu'ils aient peu de crédit, sauf peut-être auprès d'autres plus anciens que moi et qui souriront en retrouvant les traverses jadis par eux rencontrées.
On sait peut-être, ou du moins j'ai dû le raconter déjà, qu'à des fins politiques diverses, on vint me prendre en Tunisie où je faisais le géodèse et je débarquai un jour à Tanger avec l'ordre de rejoindre Fez par les moyens les plus rapides. C'était bien là un de ces ordres comme on peut, en France, en donner à un militaire, mais ceux qui me recommandaient de me presser écrivaient cela de Paris et ceux-là ne connaissaient pas le Maroc. Ils ignoraient qu'il put y avoir au Maroc rien de plus incorrect et déplacé que d'être pressé ou d'en avoir l'air. C'est une de ces notions que je devais acquérir dès mon débarquement. Dès mon premier entretien avec les habitants du pays sur la terre tingitane, j'ai été convaincu qu'avoir l'intention d'aller quelque part était une chose, mais chose bien différente, la possibilité de se mettre en route.
Il y avait d'abord à Tanger, autour des possibilités d'un départ des conférences et palabres diverses ; il y avait l'accord à conclure avec les Hammars, les muletiers, ce qui prenait du temps; puis la fixation d'une date qui en prenait encore plus. Il était, aussi, correct de faire connaître à tout le monde qu'on avait quelque intention de voyager. Les légations inquiètes et soupçonneuses et qui, sans le trop laisser voir, désiraient follement savoir pourquoi l'on allait à Fez ou ailleurs, avaient besoin d'être renseignées, rassurées. C'était le temps des compétitions diplomatiques, financières et militaires, l'époque de la course aux influences, aux hypothèques politiques ou commerciales à prendre sur le Maroc ou sur le maghzen, monnaie de compte ou d'échange pour les possibles et futures tractations. Pour peu que l'on eût le moindre caractère officiel, il y avait des visites à faire, dictées par la courtoisie diplomatique, laquelle est la plus rosse formule qui se puisse inventer. Et les Français, étant déjà les plus jalousés et les plus craints des concurrents, devaient user de cette courtoisie plus que tous autres. Ce monde des légations, trépidant mais prudemment rassemblé à Tanger, prétendait mener au Maroc toutes choses et surtout détenir la parfaite connaissance du pays et de ses possibilités. Rien n'était plus faux ou, si l'on aime mieux, rien ne m'est apparu plus vain dès que j'eus passé quelques mois au contact du Sultan, du maghzen et des tribus.
Je devais donc enfin partir, quand il est apparu aux Hammars qui devaient me conduire à Fez que le jour proposé pour notre mise en route était un vendredi, jour rituel de repos pour les musulmans. Le lendemain était évidemment un samedi, jour des juifs, qu'il était inopportun ou honteux de choisir pour entreprendre un voyage. Mes braves convoyeurs n'avaient pas, m'a-t-il semblé, pareille prévention contre le dimanche, jour des chrétiens, mais ils ne me l'offrirent pas, sans doute par respect pour mes préférences personnelles. Or, j'avais appris que le mercredi était jour néfaste ; je n'ai jamais su pourquoi et je ne le sais pas davantage aujourd'hui. Il fallait pourtant: que je parte. La présence dans les rues de Tanger d'un militaire français désireux d'aller à Fez avait déjà taquiné certaines susceptibilités et l'on pouvait prévoir le moment qu'il me faudrait recommencer mes visites pour expliquer cette fois pourquoi je ne partais pas.
J'ai démarré le jeudi. Ma première étape fut Aïn Dalia, pas très loin. J'ai raconté dans la Vigie, je crois, mon étonnement de trouver là un sous-officier français en grande tenue, astiqué comme un sou neuf, et qui, avec une dizaine de Marocains déguenillés, m'a dit être là pour protéger Tanger contre les Djelaba. Je n'ai pas compris, mais ai pressenti que je prenais là contact avec le paradoxe marocain. Je me rappelle surtout la nuit fâcheuse que j'ai passée dans une nouala tandis que, dans la voisine, des acharnés psalmodièrent furieusement, jusqu'à une heure avancée, le Dikr de Si Ahmed Tijani. Depuis lors, j'ai pu me faire sur le fanatisme ou mieux sur le sentiment religieux des Marocains une opinion plus juste. Mais je dois avouer que je fus, ce soir-là, très impressionné.
Ce fut donc avec joie que je m'éloignai le lendemain d'Aïn Dalia. Et j'ai appris à connaître les joies de la piste marocaine. Il me fallait d'abord atteindre le pied de ce que les Espagnols devaient appeler La Costa Colorada et que nos cartes nommaient La Montagne -Rouge. J'en étais séparé par une belle vallée dont le fond sablonneux était parsemé de petits îlots verdoyants. Sous le soleil de printemps, tout cela avait le plus attrayant aspect. J'ai failli y rester. Débarqué de la veille, je n'avais pas encore cette expérience marocaine qui conseillait alors de ne pas s'abandonner en route à sa rêverie ou à sa fantaisie personnelle, mais de suivre prosaïquement, prudemment les mulets du convoi et leurs conducteurs, enfants du pays qui le connaissent et appliquent à le parcourir la sage loi du moindre effort. J'avais bien remarqué que mes mulets à la file suivaient quelque trace sinueuse, mais, cavalier imprégné des beaux principes dont j'avais été nourri, je croyais indispensable de maintenir mon cheval sur la ligne droite et d'y appliquer ma volonté. Or, la riante vallée n'était qu'un lac de boue dont un mince tracé solide permettait seul le parcours. Avec l'aide de mes muletiers, que ma maladresse mettait de mauvaise humeur, mon cheval sortit à grands coups de reins du trou qui l'avait avalé jusqu'au poitrail. Puis le dernier des Hammars, monté sur la croupe du dernier mulet de la file, nous prit en remorque, mon cheval et moi,.../...


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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 8:21

page 8 bis


Si Mammers
Dans les souks de Marrakech



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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 8:23

page 9



.../... en prenant en mains mes rênes de filet. Et c'est dans cette attitude, peu reluisante pour un officier de l'armée française, que j'atteignis, sans autre difficulté, le pied solide de la Montagne Rouge.
C'est un fort mouvement de terrain, un éperon que poussent les montagnes dites des Djelaba vers l'océan et qui sépare la région de Tanger de celle du Fahç et que traverse aujourd'hui une fort belle route. Mais, à l'époque bénie que je raconte, il n'y avait qu'une sente muletière très sauvage d'aspect et qui zigzaguait parmi des rocs inquiétants et des bouquets de lentisques rabougris, avec des ravins, des creux et des couloirs qui en faisaient le plus romantique des coupegorges. L'endroit avait, selon les discours entendus dans les parlotes de Tanger, la plus sinistre réputation. On ne tarissait pas aux five o'clok et aux réunions des tennis diplomatiques sur les dangers courus en ce lieu redoutable par les voyageurs qui s'y hasardaient. Ce parcours, en effet, me parut propre à suggérer de dramatiques récits. J'y ai vu dans le chaos des rocs, entre lesquels surgissaient des troncs d'arbres tordus par les vents du large, une suite de décors tels qu'on en voyait dans les vieux opéras italiens quand le traître apparaît et raconte ses fureurs sur un air de barcarole. Cette impression ne m'empêcha pas d'admirer la belle vue qu'on a, du sommet de la côte, sur la ville de Tanger, derrière soi, sur les sombres montagnes à l'est sur l'océan, du côté opposé. Je m'y serai sans doute attardé sans les Zid ! Zid ! (avance ! avance !) des braves muletiers qu'on eût pu croire pressés de franchir ce lieu maudit mais qui, en réalité, n'avaient que le désir de boire le plus tôt possible une tasse de thé. Nous avions dans notre traversée de la Montagne Rouge rencontré deux ou trois gaillards d'assez mauvaise mine et chacun le fusil à la main. Chaque fois, entre eux et mes muletiers, s'échangeait le rituel «Essalamou alaïkoum », que je ponctuais moi-même d'un aimable salut de la main et, pour finir, après une dégringolade par un long ravin encombré de blocs et de ronces, nous débouchâmes en plaine, au bord d'un mince ruisseau. Il y avait là une petite cabane de roseau et, devant, deux ou trois autres types loqueteux, assis en rond, autour d'un feu minuscule où posait une bouilloire. C'était là, certainement, un poste des fameux bandits coupeurs de route de la Montagne Rouge.
A notre vue, en effet, ils s'élancèrent. Deux d'entre eux s'emparèrent des mules, les conduisirent près de la cahute, leur mirent aux jambes des entraves de corde, précaution bien inutile car les braves bêtes n'avaient guère envie de se sauver. Un troisième, fort gaillard d'assez mauvaise mine, sans lâcher son fusil, s'empara de mon étrier, hors montoire, et pesa dessus pour me permettre de descendre de cheval sans que tournât la selle. C'est là, en cette posada bien méritée par nos efforts de la matinée, que j'ai goûté pour la première fois le vrai thé à la marocaine, le thé à la menthe, très sucré, et jugé la valeur tonique de cette étonnante boisson. C'est là que j'en ai contracté le goût qui ne devait plus me quitter et que je demande à Dieu de me laisser le plus longtemps possible.

Je n'ai pas l'intention de faire ici un cours de géographie marocaine  ; aussi me bornerai-je à dire que, de Tanger au Louqqos, où si l'on aime mieux de Tanger à El Qçar ou Larache, un certain nombre de rides, détachées vers la mer du massif des Djebala,  forment des vallées dont  les oueds  sont, ou   plutôt  étaient,  pour les  voyageurs autant de traquenards. Ces pièges devaient m'être particulièrement hostiles pour la raison que nous étions au début de mars et que les pluies de printemps avaient transformé leurs cours normalement placides en torrents fougueux. De cela m'avait-on prévenu et, pour ce, conseillé de prendre mes passages le plus haut possible. Mais l'on m'avait conseillé aussi de passer par Arzila, ce qui mettait ma direction de marche en contradiction formelle avec cette recommandation. C'est peut-être depuis lors que j'ai pris cette résolution de ne plus demander d'avis de personne et de n'en faire qu'à ma tête, ce qui certainement me permit, par la suite, de me tirer d'affaire là où mes conseilleurs auraient peut-être laissé leurs os.
Tout en buvant avec mes guides le thé des gardiens de la Montagne Rouge, je déployai ma carte, contrairement à la recommandation qu'on m'avait faite de ne jamais consulter une carte devant les Marocains. Ceux-ci, m'avait-on dit, pressentant les entreprises européennes, se montraient particulièrement hostiles à qui prétendait détenir à l'avance les beautés de l'empire fortuné ou les marquer en signes magiques sur de grandes feuilles de papier. J'ai vérifié plus tard qu'il y avait quelque danger à « mesurer la terre », comme disaient les Fassis, mais c'était à Fez, auprès de gens particulièrement irritables et dont rien n'a jamais pu nous concilier la sympathie. Mon imprudence, cette fois-ci, auprès de mes coupeurs de route marchands de thé, n'eut aucune suite fâcheuse. Ces braves gens n'avaient certainement jamais vu une carte et ne s'imaginaient pas de quoi il s'agissait.
La carte du Maroc dont je parle ici était celle de De Flotte de Roquevaire, la meilleure de l'époque. J'y remarquai ce jour-là, de l'autre côté de la vallée que nous allions traverser en quittant la Montagne Rouge, un lieu dit « Ad Aquilas ». Ce vocable qui embaumait le romain remuait en moi des souvenirs classiques et je décidai « in petto » de passer la nuit en ce lieu qui pouvait bien être un jalon de l'itinéraire d'Antonin. J'ai donc obtempéré avec joie à l'ordre de mes guides qui voulaient reprendre la route et qui m'invitaient à payer l'hospitalité des sinistres et aimables propriétaires de l'estanco. J'ai cru qu'il convenait marquer d'une largesse l'importance de ma personnalité et je remis, pour mes guides et moi, la royale somme de deux pesetas hassani qui furent acceptées avec évidente satisfaction. Ayant ainsi semé dans les esprits une haute opinion de la France, je repris la route derrière les mules. Nous campâmes auprès d'un douar ou plus exactement d'un village de noualas. A mon estime, nous ne devions pas être loin du lieu marqué d'un nom romain et, tandis que les gens installaient le campement, je partis à sa recherche, suivi de mon palefrenier.
Je n'ai rien trouvé que les restes au ras du sol de ce qui me parut être une assez vaste enceinte carrée. Etait-ce là les vestiges d'un poste du Limes romain ? Je n'ai pas été capable de le discerner et je ne l'ai jamais dans la suite vérifié. Depuis, il est venu au Maroc des savants qui ont copieusement travaillé à renouer la chaîne qui nous relie à la tradition latine. C'est à eux et particulièrement à mon ami Châtelain, l'homme de Volubilis, que je renvoie mes lecteurs. Ma science à moi fut toujours très superficielle. Les données plus ou moins fortes et profondes dont j'ai voulu armer ma connaissance m'ont surtout servi à juger certaines beautés de la nature et certaines laideurs des hommes qui s'y ébattent. Mon imagination a fait le reste, c'est-à-dire a comblé tous les trous, exalté ce qui était beau, amendé ce qui avait besoin de l'être pour que demeurât souriante .../...


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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 8:25

page 10


- Moulay Idriss, Le Souk, par J. H. Derche.


.../... ma pensée et point trop sévère mon jugement. Je lui dois, à cette chère folle, d'avoir su bien des fois, m'abstraire ou m'évader dans le rêve et d'y trouver l'oubli de maintes choses dont l'homme souffre ici-bas ...
J'ai mis pied à terre, renvoyé les chevaux et je me suis assis sur cette trace de mur qui, s'il n'était pas romain, méritait pour moi de l'être, car je lui ai de suite accordé toutes les qualités de la castramétation romaine. L'emplacement pour un poste de surveillance avancé était exactement choisi et cette opinion me fit examiner plus complètement le pays environnant.
On était au printemps. Les buées estivales viendraient plus tard. Pour le moment, l'air avait cette transparence singulière qui est un des attraits de ce pays et par quoi le MAROC se révéla plus tard la terre d'élection des tourneurs de film. Il y avait de tout dans ce coin de bled dont le soleil déclinant en allongeant les ombres, accentuait les détails. Une paire de petites collines plantées d'oliviers âgés, aux troncs bifides ou tordus, régentait un bas-fond humide nappé de fleurs sauvages poussées serrées par îlots : un grand espace tout jaune. terriblement jaune, puis une grande plaque rouge coquelicot : et cela encadrait le vert d'un champ d'orge au centre duquel s'élevait un palmier. Sur la gauche, couvrant un monticule caillouteux, les vipérines étalaient une tache vineuse ; à droite une coulée bleue de lin en fleurs bordait un bataillon serré d'asphodèles qui montait à l'assaut de la colline basse sous des figuiers éparpillés autour d'un marabout minuscule et blanc. Et, autour de votre voyageur contemplatif et tout ému des ondulations de terrain, sableuses et assombries de myrte en broussailles fermaient la vue, pas bien loin, encadrant ramassant ce merveilleux morceau de nature en un petit tableau d'amateur. Suivant une piste, des indigènes passaient, allant quelque part ou en venant.
Je me représentais le délégué du proconsul, mesurant la valeur stratégique du lieu, charmé aussi, retenu par sa beauté et décidant que là serait un des poste de couverture de la Tingirane. A mon tour captivé, empoigné par la grandeur des souvenirs antiques qu'à tort peut-être j'attachais à ces pierres - mais pourquoi tenir tête à son âme quand elle s'emballe ? - j'ai béni cette heure de choix et me suis abandonné au bonheur de la vivre ; car elle était délicieusement jolie et silencieuse et sereine, cette fin de jour, parmi les ruines et dans les fleurs sur lesquelles, peu à peu, l'ombre fine du palmier se couchajt. Et ce moment décida peut-être de ma carrière marocaine. Est-ce le Maroc qui m'a eu, est-ce moi gui l'ai adopté ? Peu importe. Le seul fait certain est que je n'ai jamais pu m'en détacher.
MAURICE LE GLAY.


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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 15:06

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- Pignon et mur au Midi de la mosquèe d'Aboû Ioûssof, ou l'on voit la place des toitures successessives des trois mosquées.


CHELLA ET L'ARCHEOLOGIE

A MADEMOISELLE JANE DE MAZIÈRES.

Les doctes amis qui me pressent de donner à un grave Périodique mon étude du ChelIa, ne m'en voudront pas, je pense, d'en avoir distrait quelques notes pour ce numéro de mai de la Vie Marocaine que le succès d'un numéro de Noël vous a mise en goût de nous offrir.
... Sala Colonia, Chella, n'est-ce pas, de dessous les fagots, un moment comme un autre de la vie marocaine ?
Dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire que publie l'école française de Rome, MM. Stéphane Gsell et J. Carcopino viennent de faire un grand commentaire du « Décret des décurions », gravé sur le socle de la statue de M. Sulpicius Felix que nous avons retrouvé à mi-chemin, sous l'argile, de l'un des étages de Sala, où, de la hauteur du forum, Dieu sait qui l'avait précipité, par delà le fond d'un monument, dans lequel - j'ai motif de le croire - se trouvait la figure de marbre de l'officier sous le cadre ombreux d'une niche ...
Au début de leur analyse les deux illustres historiens - que je remercie de l'hommage rendu à ma collaboratrice égyptienne n'ont pas oublié de parler de la « précieuse monographie que le regretté Henri Basset et M. Lévi-Provençal publièrent, en 1922 », sur la nécropole mérinide de Chella,
Ainsi ce sera sur la base de cette étude quil conviendra désormais de s'appuyer pour discourir des choses de Chella ( Ce n'est un secret pour personne, depuis que Mr Lévi-Provençal nous en a fait la confidence, que dans ce Chelia cie 1922 la part cIe l'archéologie revenait à Henri Basset ) . Mais il ne sera pas possible de le faire sans découvrir que cet ouvrage est à retoucher. Cela ne surprendra personne. L'erreur est une condition de ce qui touche au savoir, et, plus particulièrement, de ces œuvres faites d'investigations dans le passé où le monstre peut vivre à son aise.
Nos fouilles et nos travaux de Chella ont mis le passé en évidence. Cependant, avant que fussent sorties de terre des lueurs de vérité, il n'eût pas été impossible - en examinant de près la maçonnerie des murs qui émergeaient du sol et celle des monuments qui n'étaient pas tombés de reconnaître la nature et la chronologie des constructions. Il ne sera pas superflu de le démontrer. Mais ce n'est pas ici le lieu de le faire. Le charmant Henri Basset avait interrogé ces vieilles pierres du regard d'un homme pressé, par le pressentiment de la brièveté de sa vie, de montrer les ressources de son intelligence.
Pour rester dans les limites d'un article de cette revue, je donnerai seulement quelques observations sur cette mosquée d'Aboû Ioûsof par où l'on entre dans la khaiwa de Chella. La chapelle que ce mojâhid ( Combattant pour la foi Aboû Iûsof était contemporain de Saint- Louis, ) fit construire « sur les ruines de l'antique citée et dans laquelle, en 1284, il fit ensevelir sa femme Omm el-Iz ( Lévi-Provençal, d'après les textes qu'il indique ).
Si l'on examine les pignons qui nous restent de deux nefs de ce sanctuaire - l'une latérale au mihrab et l'autre perpendiculaire - si l'on examine le mur qui le ferme au Midi, on distingue les traces (superposées) de trois toitures successives chacune .../...


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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 15:08

page 12


- Sidi Khalifa dans le fond du mirhâb de la première mosquée. Au-dessus, le mur de briques du troisième mirhâb.
- La tombe découverte dans la mosquée.
- Le sol de la seconde mosquée.
- L'atelier d'un fabricant de bibelots en os dans les ruines de Sala Colonia.
- Sol de la première mosquée.
- Face ouest du vieux minaret, ou l'on distingue, en escalier, le départ de la construction du minaret de la mosquée sur la base d'un minaret plus ancien.



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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 15:11

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- Etude faite sur le mur d'enceinte du ribat pour la décoration de la porte monumentale.
- Ecoinçon de la porte monumentale du ribat.
- L'un des chapiteaux de la mosquée Koutoubia, le comparer avec le chapiteau ci-contre.
- Chapiteau "arabe" trouvé à deux mètres de profondeur sous les tombes du sanctuaire.
- En haut (comme dans les ruines) le lapin "arabe"; en bas , sur un autre bout de poterie, le lapin "romain".
- Bibelot en os trouvé dans un atelier postérieur à la ruine de Sala.A côté un gland de chêne en os.
- L'un des chapiteaux de la Sala Cologna.


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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 15:13

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.../...bâtie, un peu plus haut que l'autre, à quelque juste distance audessus d'un sol surélevé par l'amas tassé des décombres de la toiture antérieure. Pour soulager les fondations ou pour une autre raison, celui qui bâtit la seconde de ces toitures la fit élever sur moitié seulement de l'épaisseur des murs de clôture de la chapelle.
Il y eut donc ici trois mosquées. Malgré l'évidence des choses, j'ai voulu vérifier par le bas ce qui s'avérait par le haut; j'ai fait creuser la terre au pied des murs, à deux profondeurs successives on retrouve le sol de deux anciennes mosquées.
... Si l'on étudie du dehors de l'édifice, la structure des murs de la niche du mihrâb, on vient à penser - d'après des signes qu'il serait ici trop long de décrire - que le mihrâb qui subsiste au dedans n'est pas le premier de cette mosquée.
Pour en avoir plus de certitude, j'ai fait creuser le sol dans le mihrâb. Notre bon Sidi Khalifa - que l'on peut voir sur l'une de nos images - est descendu, à travers des débris de tuiles et de briques, à environ 1 m. 20 au-dessous du sol d'aujourd'hui, dans le fond d'un très vieux mihrâb ; après être passé par le fond - à environ 60 centimètres - d'un mihrâb moins vieux.
Je donne la photographie des deux pignons et celle d'un mur dans lesquelles on distingue les traces superposées des toitures ; puis, d'autres, où, sous des pieds posés pour indiquer le sol d'aujourd'hui, l'on aperçoit, dans des profondeurs que marque la longueur d'une canne le sol de la seconde mosquée et celui de la première - ce qui fait trois.
Le problème des constructions est donc résolu. Mais qui résoudra celui des âges ? Voici où commence le mystère : quelle est, de ces trois mosquées, celle d'Aboû loûsof ?
Il y eut ici trois mosquées, faites, sur trois de leurs côtés, des mêmes murs, (deux fois surélevés) bâtis de pierres romaines.
Pour essayer de raisonner de ces choses, il faut examiner d'un seul regard les constructions de la khalwa et, au dehors, le chemin caillouté qui descend à cette petite place de ChelIa que nous avons appelée « place du Minaret ».
J'ai fait creuser un trou dans la pièce ouverte à droite du couloir qui, du sahn de la mosquée d'Aboû loûsof, conduit à la zaouïa d'Aboû Saïd Othmân. A près d'un mètre de profondeur on découvre un parquet de m'rba ....
Je dirai, pour être bref : la mosquée, le couloir, cette pièce et les abords du bassin d'ablution (qu'on appelait MoulaÏ Iacoûb ) ont été surélevés sur des ruines de constructions « arabes. Les ruines romaines étant cachées plus bas.
Quel est l'âge historique d'un sol - le sol de la mosquée - qui correspond à celui où l'on marche pour aller dans la zaouïa d'Aboû Saîd ?
Mais quelle est cette tombe, en zelîj, que nous avons découverte dans la mosquée d'Aboû loûsof, quelques mois après ravoir déblayée des décombres de la dernière de ses toitures ?
La structure de cette tombe paraît datée par celle des sépultures découvertes autour d'un monument où le peuple vénère Lalla Sanhâdja.
Auprès de ce monument se trouve une stèle datée du 14 Joumada II de 750. Mais la tombe en zelîj qu'on voit sous la coupole est plus ancienne. ( à quelques pas de là, une autre stèle, datée de l'an 707 de l'Hégire ).
La tombe découverte dans la mosquée d'Aboû Ioûsof serait-el le celle d'Omm EI-Iz ? On pourrait le croire, si le sol sur lequel nous l'avons trouvée est celui de la mosquée d'Aboû loûsof.
Mais la collaboratrice musulmane, qui m'a aidé à reconstituer cet ouvrage entre les deux stèles brisées qui nous donnaient sa dimension, m'assure qu'elle n'a trouvé dessous rien de net dans la construction du caveau qu'il est de règle de faire pour le mort.
Aurait-on, à une date inconnue, remonté ce tombeau du fond du sanctuaire où l'effondrement de la toiture l'avait enseveli ?
Mais de quel fond ? Celui de la prem.ère ou de la deuxième mosquée?
L'aurait-on deux fois remonté ?
J'abandonne à d'autres - qui découvriront peut-être ici des erreurs de ma pensée - le mystère de ce casse-tête.
Mais voici un point plus important pour Chella. Henri Basset croyait que le minaret de la zaouïa (qu'il appelait « mosquée d'Aboû loûsof ») avait été refait sur la base d'un premier minaret de construction plus pauvre. Il prenait l'appui de la terrasse de l'étage de l'habitation pour la marque d'une « reprise ».
C'est le minaret de la mosquée d'Aboû loûsof qui parait fait de deux parties d'âges différents.
Chacun peut voir que cette tour n'est pas liée aux murs de pierres romaines de la mosquée. Le vide qui l'en sépare est d'environ. 20 centimètres. ( C'est de ce côté, à l'ouest, que l'on peut voir, en escalier dans la construction, les marques des trois mosquées et, comme nous allons le dire, cl'une quatrième ).
On pourrait penser que ce vide tint au métier des maçons qui, (comme ils le font encore parfois) partagés en deux équipes, travaillèrent, les uns, au minaret, les autres, à la salle de prière ; mais on découvre à d'autres signes les différents âges de cette construction. J'en donnerai l'indice le plus certain.
Il y a, à l'Est, un endroit (indiqué dans la photographie que nous publions) qui est apparemment celui où commence un mur moins ancien que celui de la partie basse. Si, du haut de la tour, on fait couler un fil à plomb, on voit qu'audessus de cette marque le mur, bien qu'il soit bâti droit, n'est pas au nu de la base du minaret; de cette base où l'on distingue des restes de peinture (Faites sur l'enduit dans la symétrie de petits cercles disposés à la pointe du compas, dont j'ai pu photographier le trait.  ) fort ancienne puisque j'en ai découvert de menus bouts sur des matériaux réemployés dans la construction des chambres funéraires de la khalwa.
Cela induit à penser que la base de ce minaret est celle d'un monument très ancien, celle d'une quatrième mosquée de ChelIa, de l'âge, peut-être, de ce royaume de ChelIa, Châla ou Sâla, dont parle M. Lévi-Provençal dans son étude d'Hespéris.
Alors, ce chapiteau de marbre, que nous avons découvert à près de deux mètres de profondeur, sous des tombes voisines, (en faisant une canalisation pour l'évacuation des eaux du bassin d'ablution), serait-il le reste d'un beau monument de Chella antérieur à Aboû loûsof ? Alors, ce fragment de bas-relief, que l'on voit sur la tranche de la stèle d'Aboû Iacoûb Ioûsof (faite, je suppose, d'un marbre de Sala Colonia ) s'il n'est byzantin, serait-il le débris d'un monument « arabe» plus ancien encore ?
Il ne me paraît pas impossible d'aboutir, par quelques nouvelles fouilles, à lever l'incertitude à ce sujet.
En voilà assez, pour cet article, sur la mosquée de Chella. Je donnerai, comme une légende des photographies publiées dans ce numéro de luxe, quelques réflexions faites au cours de nos travaux.
... Le chapiteau que nous avons trouvé à deux mètres de profondeur,la plupart des chapiteaux de ChelIa, d'autres qu'on admire dans la mosquée de Tinmel et dans la Koutoubia, descendent, ainsi que fils de pères, de certains chapiteaux romains ou pseudoromains de Sala Colonia (  Et d'autres chapiteaux romains ou pseudocromalns qui n'élaient pas de Sala ... ). Je ne sais si la remarque est nouvelle ; mais elle intéressera dans cette revue. On retrouve, des uns aux autres, les mêmes éléments de structure ; mais les chapiteaux arabes sont une œuvre d'art. L'ouvrier s'est servi d'une invention plastique des plus lourdes pour l'imiter avec grâce.

(1) A quelques pas de là, une autre stèle, datée de l'an 707 de l'Hégire.
(2) C'est de ce côté, à l'ouest, que l'on peut voir, en escalier dans la construction, les marques (des trois mosquées et, comme nous allons le dire, d'une quatrième.
(3) Faites sur l'enduit dans la symétrie de petits cercles: disposés à la pointe du compas, dont j'ai pu photographier le trait.
(4) Et d'autres chapiteaux romains ou pseudo-romains qui n'étaient pas de Sala ...


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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 15:19

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- Pignon de la nef perpendiculaire au minrab, ou l'on voit la place des toitures des deux dernières mosquées.


Nous donnons l'image d'une poterie romaine et cella d'un bout de poterie « arabe ». On voit, sur chacune, des lapins. Sous le lapin romain (dans le plat), une astérisque; sous le lapin arabe (dans le plat), deux petits points. C'est le même accent de plastique. Preuve que le lapin « arabe »  qui est, peut-être, un lièvre courait sur la trace du lapin romain qui courait avant lui ... (Je ne voudrais pas que dans ces réflexions on vit l'intention de parler d'imitation au sens péjoratif du mot. J'ai voulu indiquer que, dans la technique. les artistes de tous pays obélssent, à tous les âges, aux mêmes besoins de l'œil.  )
... Nous donnons l'image d'un écoinçon de la porte monumentale du ribat de ChelIa (Construite, comme on le sait d'après l'inscription, en 739 sous le règne d'Aboü el-Hasan ).
... Je donne, d'autre part, la photographie du dessin qui servit aux artisans du XIV' siècle à décorer cet écoinçon.
Quand nous avons déblayé le fond du monument situé à gauche de I'entrée du ribat (Qu'on appelle " hôtêllerie"), nous avons remarqué, dans une chambre bâtie en sous-sol, contre la muraille d'enceinte, sous une déchirure de l'enduit, un bout de peinture qui semblait annoncer une trouvaille. J'ai fait tomber l'enduit et nous avons découvert le dessin de la porte monumentale du ribat (Dont on retrouve encore des traces contre le mur, sous le sol d'une antre chambre.). La décoration de cette porte fût dessinée ici, à sa grandeur, contre le mur d'en-ceinte quelque chose comme un carton de haute - lice ou de fresque. Les traits du contour sont en noir et le motif, entre les traits, est peint au pinceau trempé dans une couleur pourprée.
J'expliquerai ailleurs comment et pourquoi on peut penser, d'après l'enchaînement des constructions, que la muraille du ribat est antérieure à la porte d'Aboû el-Hasan et cette porte antérieure à I'hôtellerie.
Je finirai par une autre « curiostè ». Après avoir dégagé les ruines du monument romain qui s'étend derrière l'Arc de Triomphe des ruines de maisons arabes où Madame Riaz a recueilli, des mains du pauvre Belaïd, un petit pot de vingt-deux pièces d'or tirant sur la fin de la dynastie mérinide, nous avons découvert, tout au fond, mêlés à une terre dure comme pierre, une grande quantité d'ossements que nous avons laissés là.
On a demandé cent fois : « Qu'est-ce, cela? »
On ajoutait : « C'est curieux ! c'est toujours le même os ... » Je ne garderai pas plus longtemps mon secret  qui tient au travail des fouilles et à une observation de bon sens.
Après la chute de Rome, quand Sala n'était plus qu'un amas de ruines, à un âge où (comme au crépuscule, quand on ne voit plus si les chats sont blancs ou noirs) les hommes de ce territoire ne savaient peut-être pas très bien s'ils étaient païens, chrétiens ou musulmans, (A l'époque où, d'après nos chansons de geste, les soldats des armées sarrasines adoraient Apollon et Mahorn ; à l'époque encore, ou Idris 1er conquit le pays contre des hommes de trois ou quatre religions ) vécut dans ces ruines un pauvre artiste dont le métier consistait à faire des flûtes et toutes sortes d'objets en os. Il s'était creusé une tanière entre les pieds d'un monument détruit, et, à l'endroit où il faisat son feu, avait approfondi un peu le sol contre les fondations. Ainsi qu'on peut le voir, car nous avons laissé les choses en l'état pour que chacun pût en juger. Cet homme était, sans doute, vêtu à la romaine ou à la gauloise ou comme les paysans de France au moyen-âge et, encore, à peu près, comme aujourd'hui les laboureurs marocains ...
Il se donnait Sâla ou Châla" des fêtes rustiques, où l'on voyait hommes, femmes, enfants danser au son de Ia lyre ou du théorbe. Les jeunes gens, comme font les Jbala, se mêlaient à ces jeux en agitant leurs armes ...
Cet artisan tenait à sa portée une grande quantité d'os (Fémurs et Tibias d’animaux) pour son travail. Il sculptait dans cette matière ce qu'il voyait autour de lui, et excellait à imiter le gland des chênes, qui abondaient alors dans le pays - à ce qu'affirment nos Inspecteurs des eaux et forêts qui en ont découvert des vestiges, ces glands, dont se nourrissaient jadis ces éléphants de Pline, qui nous ont laissé une dent pour notre petit musée. Lors que le commerce de flûtes laissait des loisirs l'homme composait des objets d'art pour les amateurs.
Ainsi celui dont nous donnons l'image, en forme de monument choragique - qui était bien celle qui convenait pour le sujet qu'il a traité.
Jules BORELY
chef du service des Beaux-Arts et monuments Historiques


(1) Je ne voudrais pas que dans ces réflexions on vit l'intention de parler d'imitation au sens péjoratif du mot. J'ai voulu indiquer que, dans la technique, les artistes de tous pays obéissent, à tous les âges, aux mêmes besoins de l'œil.
(2) Construite, comme on le sait d'après l'inscription, en 739 sous le règne d'Abôu el-Hasan.
(3) Qu'on appelle " hôtêllerie  
(4) Dont on retrouve encore des traces contre le mur, sous le sol d'une antre chambre.
(5) A l'époque où, d'après nos chansons de geste, les soldats des armées sarrasines adoraient Apollon et Mahom ; à l'époque encore, ou Idris 1er conquit le pays contre des hommes de trois ou quatre religions.
(6) Fémurs et tibias d'animaux.


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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 15:21

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MEKNÈS
depuis ses origines jusqu'à l'époque de Moulay Ismaël

par Alfred COLLIEAUX.  Administrateur en Chef des Colonies, Adjoint Civil.

Des auteurs contemporains comme le Chérif Si Abderrhaman ben Zidan, naquib des Chorfas de la famIle Impériale, et fin lettré, dont la science fait autorité, admet que les premiers fondateurs de Meknès furent les Berbères adorateurs du feu. D'autres font remonter sa fondation à la période de l'occupation romaine. Meknès aurait été, selon cette version, une sorte de colonie agricole dépendant de Oulili, nom du gouverneur qui résidait à Volubilis.
Dans les provinces transméditerranéennes que Rome, sous le règne de Caligula, c'est à-dire vers le milieu du premier siècle, avait rattachées à l'Empire sous le nom de Maurétanie tingitane, Volubilis semble avoir été le point extrême de cette occupation. Suetonius Paulinus, général envoyé de Rome contre les tribus turbulentes de l'Atlas, parvient à cette époque jusqu'aux sources de la Moulouya et impose à Juba II, chef berbère une sorte de pacte de soumission que respecta également son fils Ptolémée. C'est de Volubilis encore que partent plus tard les colonnes romaines chargées de réprimer le soulèvement du bloc berbère fomenté par Aedémon affranchi de Ptolémée.
Durant les périodes assez longues de paix, les divers proconsuls qui essayaient de faire marcher de pair la conquête militaire et le développement économique du pays, propagèrent la culture des céréales. Remplir les greniers de Rome qui avait à nourrir une population nombreuses d'esclaves était, en effet, un des buts de l'expansion romaine dans l'Afrique du Nord connue alors sous le nom d'Ifrikia. Les gouverneurs de Volubilis développèrent aussi la culture de l'olivier en vue de l'exportation de l'huile. Les riches vallées qui s'étendent entre le R'Dom et le Beth et que fertilisent l'Oued Ouislame et le Bou Fekrane devinrent des centres agricoles noyés dans la verdure. Ceux de Taoura, de Ouarzirat dont les habitants seraient d'origine romaine, et de Benou Moussa dateraient de cette époque. Ouarzirat était renommé pour sa sécurité. Le seul ennemi qu'avaient à craindre ses habitants était, dit-on le lion. L'histoire n'a conservé que le souvenir de quelques autres comme Benou Attouch. Benou Bernous Benou Chabouk et Benou Djoussa. Au milieu de ces centres s'élevèrent par la suite des casbahs modestes destinées à protéger ceux qui les habitaient. On peut admettre que les maisons de campagne perdues çà et là dans les oliveraies actuelles ont été construites sur les emplacements des habitations primitives.
Le vizir Lisan Eddin, poète célèbre, mort en 776 de l'hégire, cité par M. Houdas a donné. si l'on en juge par la traduction suivante, une description exacte du pays:
« La beauté appartient à Miknassat-Ies-Oliviers. L'étonnement « du spectateur émerveillé est justifié par l'excellence de l'atmosphère de cette ville, par la pureté des eaux qui l'arrosent et par l'inaltérabilité de ses celliers. De toutes parts, des sources la sillonnent, des nuages chargés de pluie y abondent et les eaux du ciel l'arrosent sans cesse. Les joues de la rose s'empourprent dans ses vallées et semblables à des dents, les fleurs de l'oranger apparaissent languissantes au milieu de ses frondaisons.
« Elle n'a pas besoin d'autre témoignage si elle veut prétendre à la palme de la beauté, que sa proximité du Zerhoun cette montagne dont les flancs sont sans cesse sillonnés par des éclairs et dont les eaux pures s'épandent en sources au milieu d'une forêt de figuiers et d'oliviers.
« Salut, ô ville dont le territoire fertile est la demeure de la paix ou encore un asile inviolable. Que Dieu t'envoie comme hôte sa protection qui te couvrira d'un double manteau de sécurité et de quiétude ».
En 172, il ne restait de l'occupation romaine que la ville de Volubilis en ruines et le souvenir de ses légions. A quelques kilomètres à peine, sous un mamelon dénudé, naissait une nouvelle ville dont le fondateur Moulay Idriss ben Abdallah, ancêtre de la dynastie des Alaouites, tout en prêchant la nouvelle religion de l'Islam, plaçait sous son influence Oulili et le pays au Sud du Zehroun, en particulier Meknès. Moulay Idriss mourait empoisonné en 175.





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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 15:23

page 17



A partir de cette époque, Meknès passe pour ainsi dire de main en main, subissant tour à tour le joug des Berbères et des envahisseurs venus de l'Est. En l'an 383, la ville fut prise par le Caïd Mansour qui y tua plus de 7000 habitants, puis en 386 par Yaïa ben Iddou.
Le siècle suivant, Youssef ben Tachfin, de la famille des Almoravides issus de la tribu des Senhadja, originaires du pays situé audelà du Sahara, et qui soumirent successivement Fez et le Maroc, puis le Sud de l'Espagne, installa comme gouverneur à Meknès, le Caïd El Medhi ben Youssef Djiznaï. Le soulèvement des tribus berbères obligea El Medhi à lever une forte armée. Après maints combats dont il sortit victorieux, El Medhi se révolta contre Youssef ben Tachfine « dont Dieu se servit pour éteindre le feu des révoltes berbères ».
Une lutte d'influence s'engage entre les Almoravides et les Almohades. Ces derniers, après une succession de défaites et de victoires qui durèrent dit on sept ans, pénétrèrent le 3 Joumada de l'année 545 dans la ville de Meknès qu'ils rasèrent en partie, après avoir pillé et incendié les maisons. La première attaque des Almohades eut lieu au marché qui se tenait le dimanche à l'endroit appelé Es Souk El Quedim (place el Hedime actuel'e). Tous les habitants qui s'y trouvaient furent massacrés ..
Ce fut Abdallah ben Ouajadj, gouverneur de Meknès qui introduisit aux premiers temps des Almoades la culture de l'olivier et fit les premières plantations autour de la ville.
Aux Almohades succède en 674 la branche des Mérinides (fraction des Zenata venue des environs de Figuig), dont les trois premiers sultans : Abou Youssef, Abbou ben Hassan et Abou Ainou furent pour la ville de véritahles bienfaiteurs. Ils firent de Meknès une des villes les plus florissantes de l'époque : celle-ci devint la résidence habituelle des ministres, les Sultans conservant leur résidence à Fez. Parmi les grands travaux exécutés par Abou Youssef, citons la Médersa des Notaires, connue sous le nom de Médersa el Filalia, en face de la grande mosquée. Il laissa aussi deux Zaouïasmosquées appelées l'une Zaouïa el Karouadja et l'autre Zaouïa de Bab el Mechaouritine. La première située près de Bab Guenaoua fut transformée par un gouverneur omnipotent en maison d'habitation pourvue d'un joli riad. Celle-ci n'existe plus. Quand à la Zaouïa de Bab el Mechaouriine elle a disparue en partie. El!e avait été construite à l'emplacement désigné aujourd'hui sous le nom de rue El Hammamsiyne près de Sidi Slama. Des ces vestiges du passé, il ne reste plus qu'une porte remarquable par sa belle voûte en pierre.
Le Sultan Abou el Hassan fit édifier en 736 une nouvelle Médersa (Médersa Djedida) improprement appelée Bouanania, du nom d'Abou Aman, Cette appellation provient d'une erreur, le véritable fondateur de cet édifice étant Abou el Hassan, père de Abou Aïnan, ainsi que le prouve l'inscription parfaitement conservée qui se trouve sur l'un des murs intérieurs. La restauration de cette médersa, très admirée des touristes, fait honneur aux Beaux-Arts qui l'ont entreprise il y a quelques annêes.
En 876 nouveau siège de la ville dont s'empare Abou Zakaria des Ben Outtas qui en devient le gouverneur. Parmi les monuments laissés par ce prince, il convient de citer la salle qui porte le nom de Mejless el Oussana (Réunion de la semaine) et où s'assemblaient chaque vendredi les fidèles avides d'apprendre le Coran. Cette salle, transformée aujourd'hui en bibliothèque s'appuie, d'un côté au mur oriental de la grande mosquée et de l'autre au mur opposé de la médersa du cadi. La pièce est éclairée par une grande fenêtre qui donne à la fois sur la Kissaria voisine, la médersa du Cadi et la porte de la grande mosquée.
La dynastie Saadienne (chorfas descendant du Prophète par leur ancêtre Sidi Abdallah el Kamel), qui supplanta celle des Mérinides tient également une certaine place dans le développement de la ville.
Le premier représentant de cette dynastie Abou Abdallah ben Mohamed Cheik après avoir conquis Marrakech et ses environs vint en 955 mettre le siège devant Meknès qui se soumit aisément. Le nouveau Sultan et ses successeurs, s'attachèrent à donner au commerce et à l'industrie une activité qui contribua à la prospérité de la ville.
Enfin, en 1068, Moulay Rechid Ben Chérif, originaire du Tafilalet, berceau des Alaouites, substituait son autorité à celle des agitateurs, prenait Meknès, puis en 1076 Fez, et étendait peu à peu sa domination sur le reste du Moghreb. Moulay-er-Rechid est le premier des Alaouites qui n'ont cessé, depuis, de régner sur le Maroc et dont le plus illustre dans les temps modernes fut Moulay Ismaîl, Avec ce Sultan qui choisit Meknès comme capitale et l'embellit, nous entrons dans une période assez rapprochée de nous et décrite par de nombreux historiens.
La limite assignée à cet article nous oblige à clore ici ce récit.
La suite exigerait d'ailleurs un tel développement, que nous devons y renoncer. Je renvoie plutôt les lecteurs à l'ouvrage (3 volumes) si intéressant, écrit par le Chérif Abderrhaman Ben Zidane sur Meknès et publié en 1930 sous le titre :
« Présent aux gens éminents des belles chroniques de Meknès » Une traduction de cet ouvrage serait assurément très appréciée de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de Meknès que l'auteur considère comme la perle du milieu, la plus éclatante, du collier formé par les trois ville de Fez, Meknès et Marrekech ; Fez, capitale des Idrissides ; Meknès, capitale des Alaouites et Marrakech, capitale des Morabiines (Almoravides) et des Almohades.




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MessageSujet: TOURISME   Jeu 22 Mar - 15:26

page 18



PORTES DE MEKNÈS


Chaque ville marocaine a sa physionomie, son individualité et son charme. Chacune a ses monuments, ses œuvres d'art, ses fortifications, ses Kasba, ses mosquées, ses fontaines, ses riches maisons, ses palais. Meknès, à tous égards, est favorisée.
Connue surtout, jusqu'ici, pour son panorama et ses fortifications, elle retiendra égalemeut l'attention toute spéciale des touristes et des artistes, par ses portes monumentales considérées, à juste titre, comme les plus belles du Maroc.
Il y en a seize sur lesquelles dix sont l'œuvre du plus grand bâtisseur du Maroc, le Sultan Moulay Ismail. Lorsque ce monarque eut décidé de rassembler à Meknès des richesses qui devaient, dans son esprit, en faire la rivale de Versailles, il dut pour les protéger, les encercler dans de hautes murailles qui ont résisté à tous les éléments et donnent, aujourd'hui à la ville, un cachet curieux et fort impressionnant. A travers ces fortifications, il ouvrit des portes monumentales dont la plupart sont admirablement conservées.
Il suffit de dire quelques mots des principales pour en comprendre toute la valeur artistique et historique.




- Bab el Mansour.



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MessageSujet: TOURISME   Dim 25 Mar - 10:34


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Entrée des Chorfas Alaouites




Bab Berdaïn



Porte accédant aux ruines du Palais du Sultan










Portes d'entrée de la Ville



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MessageSujet: TOURISME   Ven 30 Mar - 7:49

page 20



CIMETIÈRES A FÈS

... Il faut avoir le courage de remonter des pentes si délicieusement lisses pour oser affirmer que si les cimetières musulmans sont beaux il le sont plus que de la beauté que nous leur supposons ...
La loi du moindre effort a déterminé leur emplacement aux portes de la ville et souvent dans la ville même; c'est elle aussi qui a présidé aux capricieux désordre des pierres funéraires sur le sol tiède ...
Ici tout le monde se promène, s'assied, converse et rit autour des tombeaux ...
Les femmes y mènent leurs enfants en habits de fête, et des musiciens obsédés y grattent tout au long du jour leur guitare à deux cordes.
Ce qui nous séduit dans les cimetières musulmans, qu'ils soient ceux de Fès de Rabat ou de Salé, ce n'est pas leur simplicité assortie à la majesté de la mort, mais c'est bien que la mort rassurante n'y revêt aucune majesté, et qu'elle semble, prolongeant les vivants, participer de leur aimable nonchalance. Petites tombes au ras du sol sous lesquelles on devine encore la forme du corps allongé, terre jetée sur un dormeur par plaisanterie, vous dont les plus riches n'ont sur leurs stèles que des palmettes, une date, parfois, rarement un nom, vous qui au lieu d'une couronne raidie de perles et d'inscriptions ne portez dans les beaux jours que le poids léger et tiède des jeunes femmes...
Rémy Beaurieux.


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MessageSujet: TOURISME   Ven 30 Mar - 7:51

page 21

[

- Salon berbère sculpté.
- Coffret sculpté et enluminé.
- Divans, coussins et tapis d'art berbère. Etablissement Guérin. (Photo Inselbacher)


Ensembles Marocains et Berbères du Service des Arts Indigènes de Meknès

RARES sont les Français qui mettent le pied sur la terre marccaine sans rêver aussitôt de goûter le mystère exotique que leur offre encore le Maghreb, Rien ne semble plus pressant dès que l'habitat a été arrêté, que d'y réaliser en toute hâte le cadre nostalgique de son rêve, La tentation immédiate des souks est alors inévitable : c'est l'ensorcellement brutal des couleurs vives des tapis, des broderies et des cuirs et de l'éclat étincelant des cuivres et des bijoux.
On sent déjà naître en soi la curiosité toujours inassouvie du collectionneur. Que musées ne s'ébauchent-ils pas alors dans les intérieurs de nos compatriotes si préoccupés par les caprices de leurs recherches artistiques.
Une satisfaction durable récompense-t-elle l'avidité enthousiaste de tant d'amateurs d'originalité marocaine? On devrait sans doute retourner la même question aux indigènes amateurs d'exotisme européen .
Lorsqu'un goût éprouvé et judicieux ne tempère des deux cotés l'ardeur des premiers enthousasmes, il est rare qu'ils ne soient bientôt suivis d'indifférence et de lassitude, résultat d'erreurs d'ailleurs communes à notre époque d'échanges trop faciles de productions.
Ne serait-il pas alors souvent préférable pour les collectionneurs d'objets d'art ancien de s'initier tout d'abord, à l'étude de ceux qui se trouvent réunis dans les musées régionaux du Maroc de même que les amateurs d'art moderne gagneraient une sérieuse expérience par une visite préalable des salles d'exposition du Service des Arts Indigènes établi à Rabat, Fez, Marrakech et Meknès, où ils pourraient trouver, au surplus, de précieux renseignements capables de diriger leurs recherches d'une façon moins fantaisiste et les exposant ensuite à moins de regrets.
Dans les mêmes centres, des expositions passagères sont également organisées ayant pour but d'intéresser Indigènes et Européens aux progrès obtenus dans la renaissance des industries d'art marocain.
Récemment, dans le merveilleux palais viziriel du « Dar Jamaï » construit à Meknès sous le règne de Moulay Hassan, une exposition de ce genre montrait des meubles particulièrement attrayants ; on y avait, non seulement, recherché la présentation des meilleurs spécimens actuels d'art local, mais encore leur réunion dans des ensembles d'un caractère harmonieux et pratique.
C'est ainsi qu'avaient été composées deux pièces arabes sculptées et peintes et deux pièces berbères sculptées.


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MessageSujet: TOURISME   Ven 30 Mar - 7:53

page 22


- L'intérieur Marocain. Salon du grand Vizir (Palais Jamaï à Fès). (Dessin de M. Demassue)


Les premières mettaient en valeur l'art citadin et en révélant la valeur actuelle de ses artisans à la suite d'une rééducation de quelques années, pouvaient réellement donner confiance dans leurs ressources.
Des meubles choisis suivant la tradition réduite sur ce point dans les intérieurs marocains, comprenaient : divans, coffres, armoires, étagères et tables basses décorées avec l'habileté et le goût des anciens « mallmin » de ce pays, L'enluminure voluptueuse de ces arabesques où apparaissent surtout la garance, le bleu et l'or qui se poursuivent dans la savante polychromie des broderies de Meknès prenait une valeur de vitrail par opposition à la simplicité unie des tentures de soie et des tapis blancs comme la neige des monts de l'Atlas.
Des enluminures et des miniatures, en évoquant d'autres visions ravissantes par leurs couleurs précieuses nées dans l'imagination d'un jeune chérif, complétaient ces ensembles rêvés pour un salon de repos dans une belle demeure arabe ou pour une chambre ou un boudoir féminin.
Après avoir goûté cette réalisation de raffinement oriental, on pouvait être surpris du changement absolu offert par les autres pièces réunissant des ensembles berbères. Aucun rapport n'apparaissait en effet entre ces meubles aux Iignes droites d'une sobriété moderne presque sévère et les meubles précédents d'une stylisation ornementale chatoyante et efféminée. C'était également une manifestation plus originale d'un art primifif surtout connu jusqu'alors par ses tapis à haute laine. Dans une harmonie fauve noire et blanche, étaient présentés un salon et une salle à manger en cèdre finement sculptés de motifs géométriques particuliers aux « Jbala ».
Ceux-ci ont même pu inspirer la forme de bahuts, de divans, de trépieds, d'étagères et de tables basses en usage dans ces montagnes. Une garniture de cuir orangé uni dans le haïti mural et brodé de soie sur les sièges et dans les coussins contrastait avec la couleur sombre du bois.  
D'épais tapis berbères soigneusement tissés dans l'atelier des Sœurs Franciscaines, étalés sur le sol ou tendus sur les murs blancs s'accordaient avec ce mobilier et ces bibelots ou poteries riffaines, en cuivre, en roseaux ou en sparterie et ces tableaux de Kasbahs berbères, pour offrir un acpect d'un caractère très africain exotique certes, mais accueillant par sa simplicité de lignes, de décor et de couleurs.
Si ces qualités ont pu valoir à ces dernières recherches un réel succès, leur utilisation serait sans doute loin de déparer nos intérieurs modernes et s'adapterait d'autre part merveilleusement au cadre pittoresque et rural recherché par les colons, les contrôleurs civils et les officiers des affaires indigènes établis hors des villes. Cette exposition aura donc pu susciter un nouvel intérêt envers ces ressources artistiques si variées dans une seule région et qui continueront à se développer si nous cherchons à les comprendre et à en tirer parti en veillant à leur évolution naturelle. De plus, cette protection des arts marocains constitue non seulement la valeur d'un lien économique et politique, mais aussi sentimental et psychologique entre deux pays qui s'ignorent encore trop souvent.
S'il semble exagéré de vouloir faire abstraction de son origine et de sa personnalité pour adopter aveuglément toutes les coutumes étrangères, on gagnerait au contraire à y rechercher seulement les qualités qui nous manquent, chez elles et que l'on aurait intérêt à prendre dans ce pays.
C'est ainsi qu'un salon pour le repos, la causerie ou la méditation ne peut guère trouver de meilleurs modèles que celui des salons arabes, confortables, calmes de lignes et d'une décoration apaisante par sa symétrie. Aussi son emploi serait-il loin d'être inutile à notre civil isation où une activité énervante aurait le plus souvent besoin d'être équilibrée par quelques répits consacrés à l'art et à la poésie dont l'exemple pourrait être facilement découvert dans la fraîcheur des sentiments plus jeunes de ce pays.
J. REVAULT.


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MessageSujet: TOURISME   Ven 30 Mar - 7:55

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F. de Herain, Fez - Bab Morouq.


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