Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 VOLUBILIS : LES SCULPTURES

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Paul CASIMIR




MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 17 Aoû - 10:12



R. THOUVENOT

Ses yeux sont mi-clos et sa bouche achève un bâillement plutôt qu'elle ne commence un ronflement. Son corps n'est pas détendu par le repos, il est en­core légèrement crispé, et la preuve en est que sa main gauche tient encore son manteau et que la droite serre toujours énergiquement le vase de vaste capacité qu'il vient de vider et qui l'a achevé.

Si nous ne sommes pas dupes de notre imagination, nous retrouverions donc ici un des caractères que Lysippe mit à la mode : « II semble que le personnage vienne à l'instant même de cesser un geste un peu violent qu'on nous laisse en­core deviner (1). »

En conclusion, je ne saurais prétendre que nous ayons ici un original hellénique. En tout cas, c'est une excellente copie, peut-être une réplique, d'une œuvre qui n'est point courante. Elle trahit un bon artiste, un peu maniéré peut-être, mais habile et sûr de sa main. Nous pourrions dater l'original du III° siècle av. J.-C., en tout cas de l'époque hellénistique à ses débuts, quand le culte de Dionysos s'est largement répandu, que le respect pour les Dieux fait place à la familiarité, mais que le comique n'a pas encore dégénéré en grotesque, comme au Ier siècle av. J.-C. Le métier est encore simple et sûr, et l'objet ne sent point la reproduction industrielle. C'est, en somme, un joli sujet de genre.

Il est curieux que, plus que Bacchus lui-même, le joyeux Silène et son cortège paraissent avoir été en honneur à Volu­bilis. Sans compter deux bustes, ornements de lit ou de siège, il a été trouvé une statuette de bronze, représentant un Satyre dansant, un des nombreux enfants de Silène, dans un état de joie caractéristique.



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(1) Ch. Picard, La sculpture antique, t. II, p. 180.





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Paul CASIMIR




MessageSujet: Re: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 17 Aoû - 10:16



VOLUBILIS

Silène dansant.



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Paul CASIMIR




MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 17 Aoû - 16:22

R. THOUVENOT



Il (1) tient à la main gauche une coupe large et profonde à pied et à anse, il lève la main droite au-dessus de la tête, du même geste que s'il jouait des castagnettes. Cette main est figurée de façon grossière, — seul le pouce se détache bien, — et percée au milieu, à la jointure de la paume et des trois doigts médians. L'objet qu'elle tenait a disparu : ce pourrait être des crotales, mais nous penchons pour une grappe de rai­sin, dont la queue était encastrée dans la petite mortaise cir­culaire. Il est vêtu de la nébride qui lui couvre à peine une par­tie du flanc et est plaquée contre son corps. La petite queue de cheval qui lui sort au bas des reins est rejetée sur la gauche, par suite du mouvement de la danse ; la jambe gauche est portée en arrière, comme pour un tour de valse, le corps tordu vers la droite, car il n'a pas encore eu le temps de suivre l'impulsion vers la gauche que lui donne la jambe. Le bout des pieds est malheureusement cassé. Bref, une impression de mouvement bien rendu.

L'expression témoigne d'un art très fin. Presque toute trace de bestialité a disparu dans notre satyre ; il n'en subsiste que la queue et les deux petites oreilles de bouc pointues. Celles-ci se confondent, d'ailleurs, avec le bout de la couronne de cheveux entourant le crâne chauve : sur le devant, il ne reste qu'un petit toupet qui se dresse drôlement au dessus du front. Le visage garde un air sérieux : on dirait que le Satyre prend garde de bien suivre le rythme de la danse et concentre son attention pour n'en pas manquer un temps : tension qui contraste avec l'allure générale et accentue encore l'effet comique. La mous­tache tombe, mais ses deux brins se distinguent de la barbe,



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(1) Hauteur : 0 m 145. — S. Reinach, Répertoire de la statuaire grecque et romaine, t. VI, p. 165, n° 4.
— L. Chatelain, L'Éphèbe versant à boire de Volubilis, Monum. Pint, t. XXXIII, p. 5 et p. 8, fig. 7.



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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 17 Aoû - 16:27

R. THOUVENOT.

    LE SILENE ENDORMI DE VOLUBILIS.


... car ils croisent obliquement les mèches de celle-ci qui tombent en brins ondulés, nettement distincts, parallèles entre eux, et aussi légèrement déportés par le mouvement. Au contraire, la queue n'est divisée que par de gros sillons, car elle est moins en vue, et il suffît qu'elle donne l'effet de masse. L'artiste a même poussé le réalisme jusqu'à figurer les poils sous l'aisselle.

La technique est très sûre. Il n'y a pas de défaut de fonte ; il est vrai que la pièce est petite ; mais, pour lui assurer plus de solidité sans nuire à l'envolée générale, le bord de la coupe se relie à la cuisse et l'extrémité de l'oreille droite au coude. Bref, ce très joli bronze fait honneur à la fois à l'artiste et à l'ama­teur.

Le culte dionysiaque paraît donc avoir été en honneur à Volubilis. Sans doute la région était-elle fertile en vignes.

Mais il est amusant de considérer le chemin parcouru par la légende de Silène : à voir notre statuette de marbre, on ne se douterait pas que ce fut primitivement un dieu de la végétation qui pre­nait plaisir, dans ses ébats sur les monts, à faire jaillir sous son pied des sources d'eau pure. Et, par une ironie du sort, il semble qu'un Volubilitain malicieux ait voulu le ramener à sa destinée primitive. La statuette décorait peut-être une fontaine, dans un jardin ou un atrium et peut-être l'eau giclait-elle à ses pieds. Si bien que l'on ne pourrait se demander sans sourire comment diable Silène avait pu se mettre dans un tel état avec la liqueur des Nymphes.



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Fin de l'article de R. THOUVENOT



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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Mer 20 Aoû - 8:18



VOLUBILIS

Buste de CATON



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MessageSujet: Re: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Sam 23 Aoû - 9:26

PROTECTORAT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU MAROC
GOUVERNEMENT CHERIFIEN


DIRECTION GÉNÉRALE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
DES BEAUX-ARTS ET DDE ANTIQUITÉS

_____

PUBLICATIONS
DU
SERVICE DES ANTIQUITES DU MAROC



SOUS LA DIRECTION DE LOUIS CHATELAIN


_____

FASCICULE 3

R. THOUVENOT - Chapiteaux romains tardifs de Tingitane et d'Espagne (1).


PARIS
LIBRAIRIE ORIENTALISTE PAUL GEUTHNER
12, rue Vavin


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(1) Dans ce document les chapiteaux étudiés proviennent de VOLUBILIS pour la Maurétanie Tingitane et de Séville, Cordoue et Italica pour l'Andalousie.


Dernière édition par Paul Casimir le Dim 24 Aoû - 9:03, édité 1 fois
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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 24 Aoû - 8:16

R. THOUVENOT


CHAPITEAUX ROMAINS TARDIFS DE TINGITANE ET D'ESPAGNE (1)

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L'existence de rapports commerciaux étroits entre les deux provinces romaines de Bétique et de Maurétanie Tingitane ne fait aucun doute. Si nous n'avons guère de preuves que les Maures allaient commercer en Europe, par contre nous savons que les marins de Gadès et de Baelo fréquentaient les cotes atlantiques de leurs voisins d'Afrique (2). Mais beaucoup plus délicate est la question des rapports artistiques entre les deux pays. Faut-il supposer que derrière les négociants qui ailaient vendre leur huile sur les bords du Sebou ou dans le Zerhoun soient venus, sinon des sculpteurs, tout au moins des ouvriers spécialisés qui auraient créé dés ateliers ?

Les chapiteaux dont nous allons nous occuper présentent, en effet, malgré quelques différences, assez de ressemblances pour qu'on soupçonne entre eux quelque lien de famille. Les uns viennent de Séville, de Cordoue, d'Italica ; les autres de Volubilis.

_____

(1)  Les photographies sont dues pour les chapiteaux marocains à M. Dauriac, conducteur de travaux à Volubilis, pour les espagnols à M. Félix Hernandez, architecte à Cordoue, que je suis heureux de remercier ici.

2.   Strabon, II, III, 4 ; Timée, De Mirab. ausc., 136 (ap. Schulten et Bosch Gimpera, Fontes Hispaniae antiquae, I. II, p. 96, N° 4).



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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 24 Aoû - 8:34

R. THOUVENOT


CHAPITEAUX ROMAINS TARDIFS DE TINGITANE ET D'ESPAGNE

Nous les avons choisis à dessein d'époque tardive, car c'est à ce moment que la Tingitane fut en quelque sorte séparée de l'Afrique Mineure pour être unie politiquement au Vicariat des Espagnes (1).

Il est indéniable que ces deux groupes de chapiteaux pré­sentent entre eux des ana­logies. Ils appartiennent à une espèce que nous ap­pellerons le corinthien dé­généré, car, s'ils compor­tent deux couronnes de Occident jusqu'à la fin du II° siè­cle (2)



Fig. 1 - Séville. Jardin de Murillo.

Ils se ressemblent par l'agencement général. Les sculpteurs ont abandonné le savant entrelacement des feuilles, des caulicoles et des volutes, pour accentuer la division en trois zones absolument indépendantes : les deux couronnes de feuilles et une bande supérieure comprenant les volutes et l'abaque. Les proportions diffèrent très peu ; dans les chapiteaux espagnols, le diamètre inférieur n'est guère que les 3/4 ou les 7/10es de la hauteur totale ; dans les africains, il monte jusqu'à 8/10es.



_____

(1). « Sub dispositione viri spectabilis vicarii Hispaniarum... praesides Tarraconensis, Carthaginiensis, Tingitaniae, Insularum Balearum. » Notitia Dignitatum, Occid., XXI, 6, 11-15, éd. Seck. — E. Albertini, Les Divisions administra­tives de l'Espagne romaine, p. 118-119.

(2). K. Ronczewski, Variantes des cha­piteaux romains. Acta Universitatis Latviensis, VIII, 1923, p. 115-172. — Tous ces chapiteaux sont du Ier ou du II° siècle et leurs feuilles d'acanthe même styli­sées d'un travail autrement délicat.



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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 24 Aoû - 8:46


CHAPITEAUX ROMAINS TARDIFS DE TINGITANE ET D'ESPAGNE

L'écart est sensible, il ne suffit pas pour affirmer que les se­conds sont plus écrasés, puisque dans la maison à l'Éphèbe des chapiteaux de colonnettes mesurent 0 m 18 de petit dia­mètre pour une hauteur to­tale de 0 m 38. Enfin, le calathos a perdu sa forme origi­nale et ne rappelle plus en rien la corbeille primitive, support du feuillage ; il n'en conserve que la lèvre qui retombe légèrement sous l'abaque, et qui, n'ayant plus de raison d'être, a même disparu dans les n° 3 et 7.



Fig. 2 - Cordoue. Cathédrale.
Ressemblance du même ordre dans la manière dont sont traités les détails. Les feuilles sont absolument lisses sans nervure, ni dents, ni lobes, sauf les n° 6 et 10. La retombée subsiste partout plus ou moins prononcée, la pointe tantôt fine­ment taillée, tantôt plus émoussée. On distingue deux modèles : l'un plus haut, plus mince, garde plus longtemps les deux bords parallèles (n° 2-4-5-7) ; l'autre se rapproche davantage d'un triangle curviligne à large base (n° 1-3-6). Il n'est plus possible de reconnaître la plante originale : ce n'est ni l'acanthe ni le palmier nain ; on songe à l'aspidistra, à l'arum ou une gi­gantesque oseille. Dans les figures 9 et 10, où subsistent ner­vures et lobes, la stylisation est aussi poussée à un point tel que le modèle vivant est méconnaissable. Partout les feuilles de la couronne inférieure se touchent et dissimulent la nais­sance de la couronne supérieure.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 24 Aoû - 9:01


R. TROUVENOT


Partout aussi, sauf au n° 10, la première est plus haute que la seconde ; dans les n° 2 et 5, où la différence est minime, on observe nettement que le cha­piteau a été rogné à la base, en vue d'un réemploi (1).

Presque partout les caulicoles sont atrophiés ; là où ils ont persisté, ils sont réduits à de simples triangles, évoquant plutôt l'idée d'un cornet ; dans le n° 7 seulement, ils jouent encore leur rôle de soutien des volutes et gardent quelque ornement : un bourrelet entre deux rainures. Dans les n° 3 et 6, ils ont même quasiment disparu, car à peine peut-on nommer ainsi l'arête vive dont jaillit la hampe de la volute.

Les volutes ont perdu tout souvenir de leur destination pri­mitive de soutien de l'abaque, Intérieures ou extérieures, elles arrivent à avoir les mêmes dimensions, comme dans les n° 3 et 4. Dans les n° 1-4-6 et 10, elles jaillissent encore verticale­ment, faisant entre elles un angle aigu ; dans les n° 5 et 7, il s'ouvre déjà davantage ; dans le n° 2, il devient obtus ; dans le n° 3, les hampes sont presque sur la même ligne horizontale. Une variante du n° 5 présente une combinaison curieuse : les deux tiges dans leur première partie s'éloignent d'abord légère­ment l'une de l'autre, puis brusquement se coudent pour s'éloigner davantage suivant l'horizontale. Ces hampes ont perdu tout contact avec le règne végétal ; elles ne sont plus arrondies comme des cirres, la plupart sont larges et aplaties. Les volutes elles-mêmes sont creusées pour dessiner un enrou­lement géométrique ; seul le n° 1 a gardé au centre un bouton saillant.



_____

(1) Dans les chapiteaux de Volubilis, la couronne inférieure mesure de 0 m 13 à 0 m 15 ; la supérieure, 0 m 11 ou 0m 12 de hauteur ; au Capitole, la première, 0 m 25 ; la deuxième, 0 m 22. Quant aux chapiteaux espagnols, comme la plupart sont encore employés à la cathédrale de Cordoue, on comprendra que nous n'ayons pu donner leurs dimensions exactes.



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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 24 Aoû - 9:13

CHAPITEAUX ROMAINS TARDIFS DE TINGITANE ET D'ESPAGNE      


Les calices d'involucre ont disparu, tantôt totalement, comme dans les chapiteaux espagnols, tantôt pour se transfor­mer en volute supplémentaire, comme dans les chapiteaux maurétaniens.
L'abaque est partout aminci, même supprimé dans le n° 6 ;




Fig. 3. — Cordoue.  Plaza de Las Bulas.

en plan, ses côtés sont creusés en leur centre, comme le préco­nise Vitruve, et à peu près dans la même proportion (1) ; dans le n° 1 seulement, le plan est carré. Partout on a religieusement maintenu le fleuron qui en orne la tranche : tantôt une cruci­fère, tantôt un gros chou ou un macaron.



_____

1. « Frontes simentur iritrorsus, ab extremis angulis abaci, suae frontis latitudinis nona... » VITR., IV, 1, 36. —

Les autres proportions indiquées par Vitruve ne sont pas rigoureusement observées, bien qu'en somme on s'en soit peu écarté.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 24 Aoû - 16:37

R. THOUVENOT


Mais, ces ressemblances signalées, il faut convenir que les différences ne sont pas moins fortes.

Les chapiteaux africains sont plus compliqués ; ils ont tous au moins deux rangées de volutes superposées. Mais la volute inférieure qui surmonte la retombée des feuilles n'est, en somme, que la transformation des feuilles du calice qui, dans les cha­piteaux du II° siècle, supporte les volutes ; la véritable volute ici est celle du haut ; c'est la seule qui soit complètement des­sinée et garde son rôle logique de support d'abaque, tandis que l'inférieure ne se termine souvent que par un disque plat. Dans les n° 5 et 6, toutes deux sont superposées non sans gaucherie. Dans le n° 7, le sculpteur a fait effort pour traiter son thème avec plus de variété ; la hampe de la volute inférieure est plus grosse ; à l'angle de droite, elle est surmontée d'une grosse feuille et d'un bouton. Les volutes supérieures sont inversées, et leur hampe est surmontée de deux accents circonflexes re­tournés, comme si le sculpteur avait voulu remplir un espace non garni. Enfin, l'abaque est divisé en deux plateaux par un profond sillon. Ces quatre demi-chapiteaux, qui garnissent les faces d'un gros pilier carré, sont d'ailleurs d'un très bel effet décoratif.

Le fleuron d'abaque est toujours très soigné. Dans les n° 5 et 7, c'est une crucifère à pistil plus ou moins développé. Dans le n° 10, c'est un demi-cercle, évidé à l'intérieur, où subsiste seul un diamètre. Dans le n° 6, bien qu'on ait supprimé le tail­loir, on n'a pourtant pas renoncé à ce petit ornement central ; c'est un croissant saillant qui sépare ainsi les deux groupes de volutes, tandis qu'ailleurs les volutes internes sont tangentes sur l'axe du chapiteau. Il est dommage que les choux, maca­rons, coquillages, rosaces qui ornaient les abaques de nos cha­piteaux espagnols soient si mal conservés.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 24 Aoû - 16:45


CHAPITEAUX ROMAINS TARDIFS DE TINGITANE ET D'ESPAGNE

Tels quels, ils ne séparent jamais les volutes internes ; ils sont uniquement desti­nés à rompre la monotonie du plateau supérieur.

Enfin, dans le n° 8, les volutes d'angles ne se rejoignent pas : elles sont séparées par un petit losange évidé, motif très cou­rant à Volubilis.



Fïg. 4. —  Italica.  Chapiteau de pilastre.

Le groupe espagnol se distingue surtout par la quasi-suppression des caulicoles. Dans les n° 1 et 4, ce sont de gros porte-bouquets d'où sortent directement les volutes, dont, par une conséquence naturelle, la hampe est très large et s'éloigne rela­tivement peu de la verticale. Dans le n° 2, il n'est plus qu'à peine visible ; dans le n° 3, comme dans le chapiteau de Volu­bilis de la fig. 6, il est complètement atrophié et n'est plus mar­qué que par une arête qui rappelle à la rigueur une tigelle et va rejoindre très haut les hampes des volutes ; celles-ci, par une conséquence naturelle, sont très minces et couchées presque horizontalement. Dans le n° 4, particularité rare en Espagne, ces volutes paraissent doublées ; mais, du second rang, on n'aperçoit que la tranche supérieure : c'est une forme de transi­tion avec le groupe africain.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 24 Aoû - 16:56


R.    THOUVENOT


Le même redoublement se re­trouve une seule fois à Volubilis dans un chapiteau de demi-colonne, qui paraît tardif ; mais, en général, si le profil de la hampe est doublé et même parfois triplé, la crosse reste simple.




Fig. 5.  —  Volubilis.  Capitole.
H. :0 m 75 ; d. : 0 m 65.

Dans le n° 2, on surprend la curieuse persistance d'un détail fréquent dans les chapiteaux du Ier et du II° siècle. Les tail­leurs de pierre de cette époque dégageaient la volute pour la faire jaillir pour ainsi dire loin du calathos ; aussi, pour éviter les accidents au cours de la taille, la protégeaient-ils par une feuille d'appui supplémentaire en bas et une bande protectrice simulant l'enroulement en haut (1). Nous retrouvons ici ces deux éléments, à peine déformés, mais moins utiles, puisque la vo­lute, ne faisant plus guère saillie, court bien moins de risques.



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1. Ronczewski, Chapiteaux romains à volutes  végétales.   Archaeologischer  Anzeiger, 1931, p. 10-11.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 24 Aoû - 17:18


CHAPITEAUX ROMAINS TARDIFS DE TINGITANE ET D'ESPAGNE

     Les différences de détail sont donc très grandes entre les cha­piteaux de ces groupes. Elles s'accentuent encore si l'on envisage la facture géné­rale ; les chapiteaux afri­cains paraissent travaillés d'une main plus habile et plus ferme, tandis que les chapiteaux espagnols trahis­sent, surtout les n° 2 et 3, une certaine inexpérience dans le métier ; l'ensemble est certainement plus gau­che. L'explication réside, à notre avis, dans la diffé­rence des dates.




Fig. 6 - Volubilis.
Près de l'Arc de Triomphe
Hauteur: 0 m 32 : d.: 0 m 27
Il ne nous est guère pos­sible de situer exactement nos chapiteaux africains dans le temps. La grande activité architecturale à Volubilis date du III° siècle, de Caracalla, en l'honneur de qui on érigea l'arc de triomphe en 217, à Gordien III, qui fit rebâtir le palais Nord-Est. Le chapiteau n° 5 provient d'un grand bâtiment près duquel on a retrouvé une dédicace de l'empereur Macrin et qui pourrait bien être le Capitole (1) ; on ignore la provenance exacte du n° 6, mais il y a tout lieu de croire qu'il a été dé­couvert aux environs de la Maison au Chien, où il est dé­posé actuellement ; le n° 8 a été découvert dans la Maison à l'Ephèbe, voisine de l'arc de triomphe elle aussi, ces deux maisons s'ouvrant sur une place qui a été remaniée lors de l'urbanisation du quartier ; le n° 7 était à l'entrée du Decumanus qui a dû être tracé vers la même époque, mais indépen­dant du portique qui le borde, peut-être un peu postérieur. Nous pouvons donc tabler sur le premier tiers du III° siècle.



_____

(1) Pour l'inscription de l'Arc de Triomphe, voir Gagnat-Merlin-Chatelain, Inscr. lat. d'Afrique, 608.

Inscription du Palais dit de Gordien : Imp. Caesar M.  Antonius [ Gordianus Plus Félix Invictus ] Augustus  domum
cum balineo  [vetustate conlapsam] a solo restituit curante [ M. Ulpio Victore v. e.   proc ] prolegato.
(Ibid., 614)

Sur l'inscription trouvée derrière la basilique, voir Chatelain, Bull. archéol. du Comité, 1924, p. CCXXII, n° 3, et 1925, p. CCXXIX ;  — Gagnat, Hespéris, 1927, p. 367.



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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Dim 24 Aoû - 17:29


R. THOUVENOT

Pour nos chapiteaux espagnols, la chose est beaucoup plus difficile. Si les n° 1 et 4 viennent, le premier d'Hispalis, le second d'Italica, il faut se souvenir que ces deux villes sont res­tées peuplées et prospères jusqu'à l'époque wisigothique ; les n° 2 et 3 sont encore dans la cathédrale de Cordoue, qui, on le sait, est l'ancienne mosquée, dont les fondateurs ramassèrent chapiteaux romains et wisigothiques dans toute la région. L'ac­tivité des constructeurs wisigoths semble avoir été considé­rable, si l'on en croit saint Isidore de Séville (1), et, si nos chapi­teaux andalous appartenaient véritablement à cette période, nous aurions ainsi l'explication toute naturelle de ces diffé­rences de style.

Malheureusement, nous sommes très mal ren­seignés sur l'activité monumentale en Bétique à cette époque. La province a participé sans doute à l'appauvrissement géné­ral de l'Empire ; mais elle a joui du privilège enviable de rester à l'écart des invasions et des guerres civiles. Si le pouvoir civil a peu bâti, les chrétiens, par contre, ont dû élever un grand nombre d'églises ; l'existence d'un évêque aussi illustre qu'Osius de Cordoue, dès les débuts du IV° siècle, suppose des églises an­ciennes et dont la paix a dû accroître encore le nombre et l'im­portance.



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(1) Delubra (baptistères), Basilicae, Martyrium (Etym., XV, iv, 9-13).


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Lun 25 Aoû - 8:48



CHAPITEAUX ROMAINS TARDIFS DE TINGITANE ET D'ESPAGNE

II ne nous semble pas que nous ayons affaire ici à des chapi­teaux wisigothiques, le style de ceux-ci étant, en effet, très dif­férent. Ils sont en général plus élancés ; leurs feuilles sont déchi­quetées à l'aide du trépan plutôt que découpées au ciseau en lobes et en dents ; le relief est moins marqué et donne plutôt l'effet d'un décor plaqué sur le calathos.




Fig. 7. — Volubilis. Voie dite decumanus maximus

Hauteur: 0 m 44 ; d. : 0 m 33.
Tous les éléments romains sont maintenus, mais leur rôle n'est plus du tout com­pris. L'ornement godronné est fréquent, l'abaque s'épaissit et se surcharge de sculptures géométriques à cercles ou croix. A la citerne du Conventual de Merida, le pilastre de l'entrée et celui du fond présentent des feuilles lisses à retombée, mais d'un travail beaucoup plus sommaire, presque sans relief ; elles évoquent plutôt une rangée de harpons.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Lun 25 Aoû - 9:01



R. THOUVENOT



La demi-colonne qui orne le même montant de porte à l'intérieur présente un cha­piteau un peu moins stylisé, mais on ne compte qu'une seule couronne de feuilles et les volutes s'étagent par-dessus en plu­sieurs zones (1).

Toutes ces pièces, et c'est leur trait commun, rompent donc complètement avec la tradition classique. Le sculpteur espa­gnol au service de ses nouveaux maîtres a copié les formes ro­maines sans les comprendre et y a ajouté quelques nouveautés, comme ces ornements en croix pattées inscrites dans des cercles qui remplacent les fleurons de l'abaque et les « huit » couchés qui on décorent la tranche. Nos chapiteaux, au contraire, té­moignent toujours d'un certain respect pour cette tradition classique dont les éléments, quoique déformés, restent encore reconnaissables. Mais, pour trouver une parenté à nos chapi­teaux de Bétique, nous devons nous tourner ailleurs.

Tandis qu'en Occident les invasions ont détruit la plupart des monu­ments, en Orient, au contraire, les pièces décoratives, plus nombreuses, mieux conservées, souvent encore in situ, offrent des éléments de comparaison plus sûrs. Prenons le chapiteau de Cordoue de la fig. n°9 et comparons le à plusieurs d'entre ceux qu'a étudiés M. Schlumberger en Syrie (2), à Soueïda et à Gerasa. Nous reconnaissons dans ceux-ci les premières modifica­tions des éléments classiques que notre chapiteau espagnol a exagérées. Sans doute il y a de fortes différences. Dans le cha­piteau Kondakoff (3), les feuilles des couronnes sont hautes et minces, elles sont plus écartées et la différence d'altitude entre leurs sommets est faible ;



_____

(1) M. Macias, Merida Monumental y Artistica, fîg. 46-47-48.

(2) D. Schlumberger, Les formes anciennes du chapiteau corinthien en Syrie, en Palestine et en Arabie, ap. Syria, 1933.

(3) id., Ibid., pi. XXXVI, 3-4.



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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Lun 25 Aoû - 9:12



CHAPITEAUX ROMAINS TARDIFS DE TINGITANE ET D'ESPAGNE


; les feuilles du calice sont nettement distinctes, les caulicoles sont godronnés, les volutes sont plus dégagées et la tige en est plus déliée. Mais que de ressemblances aussi ! La nervure centrale est une longue bande continue. Il n'y a plus ni parenchyme ni lobes, mais des pointes unies par paires et séparées par une petite gouttière, leurs attaches à la nervure centrale se suivent on lignes parallèles, comme dans la feuille espagnole.



Fig. 8. — Volubilis. Maison à l'Ephèbe

Chapiteau de gauche (demi-colonne). H. : 0 m 365 ; d. : 0 m 24
Chapiteau de droite (colonnette). HL : 0 m 395 ; d. : 0 m19.
A la base de celle-ci de chaque côté de la ner­vure, rompant le parallélisme, subsiste un embryon de lobe à double pointe. Le calice d'involucre commence à s'éloigner de la nature et tend à la stylisation. Dans le chapiteau Kondakoff, les feuilles de la couronne inférieure sont séparées à leur base par des folioles indépendantes à bords lisses et arrondis ; dans le chapiteau espagnol, on trouve au même endroit deux feuilles plates demi-circulaires.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Lun 25 Aoû - 9:26



R. THOUVENOT


Nous faisons un pas de plus avec les chapiteaux de Gerasa (1). La nervure centrale y est, il est vrai, encore creusée et artistement cambrée, et les lobes encore différenciés, mais le calice d'involucre feuillu a totalement disparu pour faire place à une bande godronnée et les volutes centrales ne jouent plus leur rôle de support d'abaque. Dans un chapiteau de l'église de Soueïda (2), la nervure et les lobes sont décidément stylisés, et le calice est encore moins reconnaissable. L'horizontalité des vo­lutes angulaires apparaît aussi dans un autre chapiteau de Soueïda, tout comme elle se manifeste dans le chapiteau espa­gnol de la fig. n° 3. M. Schlumberger, avec- beaucoup de vraisem­blance, s'interdit de dater ces chapiteaux plus bas que le début du Ier siècle de notre ère (3). Il est évident que ce n'est le cas ni pour nos chapiteaux mauritaniens ni pour nos chapiteaux espagnols. Mais ces caractéristiques s'affirment aussi à une époque plus tardive.

A propos de la Porte d'Or élevée à Constantinople sous Théodose II (plus probablement que sous Théodose le Grand), E. Weigand (4), étudiant un chapiteau du palais de Dioclétien à Spalato, constate que le fût du calice a disparu, que le calice lui-même est plus dégagé et tend à couvrir le tiers supérieur du chapiteau de ses éléments décoratifs ; enfin, que les hélices s'amenuisent, qu'elles sont refoulées très haut et vont à la ren­contre l'une de l'autre pour former un angle très obtus :



_____

(1) id., Ibid., pi. XXXVII, 3.

(2) id., Ibid., 1. — Nous laissons de côté dans ces chapiteaux les petits bustes qui remplacent les fleurons d'abaque et ne constituent pas une partie essentielle de la décoration.

(3) id., Ibid., p. 312.

(4) E. Weigand, Neue Untersuchungen uber das Goldne Tor in Constantinople, ap. Mitteilungen der Kaiserlichdeutschen Archaeologischen Instituts. Ath. Abt., XXXIX, 1914-1918.




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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Lun 25 Aoû - 9:40



CHAPITEAUX ROMAINS TARDIFS  DE TINGITANE ET D'ESPAGNE      
...; ce sont les caractères mêmes que nous retrouvons aux chapiteaux de la fig. n° 9, avec cette différence que le chapiteau de Spalato a perdu les volutes d'angles, remplacées par de hautes feuilles plates à bord droit et qu'il est dans l'ensemble mieux travaillé.



fig.  9. — Cordoue.  Cathédrale.

Quant à la disposition du caulicole et du calice, que l'on observe sur les chapiteaux espagnols n° 2 et 4, elle est frappante dans deux autres qu'a signalés aussi M. Weigand (1).



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(1) Id., Ibid., p. 27 et pl. III, 2.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Lun 25 Aoû - 9:50


R. THOUVENOT

L'un, dans une mosquée du Caire, enlevé probablement à un monument antique, garde en­core à la base des hampes une retombée qui pour­rait être le reste de la branche interne du ca­lice. Les crosses centrales s'enroulent sous une sail­lie de l'abaque ; pour mieux les mettre en va­leur, la partie médiane du chapiteau forme une arête qui se détache en avant. Or, cette arête, nous la retrouvons juste­ment aussi dans la fig. n° 3 et même répétée à la place des hampes. Le calathos est donc complè­tement dissimulé et les volutes, perdant tout rapport avec un végétal quelconque, res­semblent plutôt à une feuille de parchemin pliée au centre et enroulée sur les bords.




fig. 10. - Volubilis. Chapiteau de demi-colonne, à l'ouest de la maison à l'éphèbe.

H : 0 m 45 ; D. : 0 m 54 ; d. : 0 m 325 ; les trois zones ont la même hauteur 0 m 15.

L'autre, au Musée d'Alexandrie, date probablement du V° siècle, car le fleuron d'abaque est une croix inscrite dans une couronne. Là, les volutes ressemblent plutôt à deux tiges de fougères non encore épanouies qui sont écrasées par l'abaque et rappellent les crosses de la fig. N° 2.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Lun 25 Aoû - 17:21

R. THOUVENOT
M. Weigand observe que, antérieurement à ces deux chapiteaux, dès la fin du ue siècle, en Orient, le caulicolc se rabougrit, tandis qu'à Rome, à la basi­lique de Constantin, il est toujours visible1. En Orient, encore, à l'église du Puits de Jacob près de Sichem, dont l'existence est attestée par saint Jérôme au ve siècle, mais qui existait déjà à la lin du ive, les calices de feuilles sont fortement réduits et les hélices comme collées. Or, c'est justement le cas de nos chapi­teaux espagnols des (ig. 1 à 4. M. Weigand2 a donc raison de supposer que ce type s'est répandu dans tout le bassin, de la Méditerranée, et nous acceptons, comme lui, la date de la fin du ive siècle et, pour le 11° 9, du début du ve siècle.
Nous pourrions en dire autant du chapiteau n° 1.0 prove­nant de Volubilis. Il appartenait à une demi-colonne et a été trouvé à l'Ouest de la Maison à PKphèbe, donc aux environs de l'Arc, de triomphe4 de Caracalla, .Le-s feuilles préscnleut la même nervure plate et large que nous sommes habitués à voir dans nos chapiteaux tardifs, mais les petites feuilles pointues ne s'y rattachent pas directement ; elles prennent sur une longue nervure latérale qui descend parallèlement à la nervure centrale. Isolées dans le bas, elles sont, au contraire, groupées par deux ou trois à la partie supérieure. La retombée est sinon trilobée, comme dans les chapiteaux du Haut-Empire, au moins godroimée3. Les caulicoles et les calices ont disparu, mais les hampes des volutes montent verticalement. Les vo­lutes angulaires sont bien sculptées en relief, mais celles du centre n'offrent qu'un disque plat. Toutes sont surmontées d'une espèce de crête qui ressemble aux dents des feuilles des
1. id., Ibid., pi. V, 1. voit guère de parallèles à l'acanthe du
2. id., Ibid., p. 22. chapiteau Kondikofï » (p. 312). Or, celles
3. M.    Schlumberger   constate    que,      de  nos  chapiteaux nos  9  et  10  en  pa-
parmi les formes hellénistiques, « on ne     raisseiit justement inspirées.
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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Lun 25 Aoû - 17:41


R. THOUVENOT
M. Weigand observe que, antérieurement à ces deux chapiteaux, dès la fin du II° siècle, en Orient, le caulicole se rabougrit, tandis qu'à Rome, à la basi­lique de Constantin, il est toujours visible (1). En Orient, encore, à l'église du Puits de Jacob près de Sichem, dont l'existence est attestée par saint Jérôme au V° siècle, mais qui existait déjà à la fin du IV°, les calices de feuilles sont fortement réduits et les hélices comme collées. Or, c'est justement le cas de nos chapi­teaux espagnols des fig. 1 à 4. M. Weigand (2) a donc raison de supposer que ce type s'est répandu dans tout le bassin de la Méditerranée, et nous acceptons, comme lui, la date de la fin du IV° siècle et, pour le n° 9, du début du V° siècle.



Nous pourrions en dire autant du chapiteau n° 10 prove­nant de Volubilis. Il appartenait à une demi-colonne et a été trouvé à l'Ouest de la Maison à l'Ephèbe, donc aux environs de l'Arc de triomphe de Caracalla. Les feuilles présentent la même nervure plate et large que nous sommes habitués à voir dans nos chapiteaux tardifs, mais les petites feuilles pointues ne s'y rattachent pas directement ; elles prennent sur une longue nervure latérale qui descend parallèlement à la nervure centrale. Isolées dans le bas, elles sont, au contraire, groupées par deux ou trois à la partie supérieure. La retombée est sinon trilobée, comme dans les chapiteaux du Haut-Empire, au moins godronnée
(3). Les caulicoles et les calices ont disparu, mais les hampes des volutes montent verticalement. Les vo­lutes angulaires sont bien sculptées en relief, mais celles du centre n'offrent qu'un disque plat. Toutes sont surmontées d'une espèce de crête qui ressemble aux dents des feuilles des couronnes ;



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(1) Id., Ibid., pl. V, 1.
(2) Id., Ibid., p. 22.
(3) M. Schlumberger constate que, parmi les formes hellénistiques, « on ne voit guère de parallèles à l'acanthe du chapiteau Kondakoff » (p. 312). Or, celles  de  nos  chapiteaux n° 9 et 10 en paraissent justement inspirées.


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MessageSujet: VOLUBILIS : LES SCULPTURES   Lun 25 Aoû - 18:15


CHAPITEAUX ROMAINS TARDIFS DE TINGITANE ET D'ESPAGNE
     
...  ; les volutes angulaires sont séparées par un orne­ment constitué par deux branches de palmier opposées. Comme ce dernier figure aussi sur la fig. n° 9, nous pourrions être tentés de rajeunir aussi notre chapiteau, d'autant plus que le voisinage de l'arc de Caracalla n'est pas suffisant pour l'en faire contem­porain, étant donné les remaniements qu'ont subis les cons­tructions de Volubilis jusqu'au VIII° siècle. Mais nous signale­rons que l'ornement en branche de palmier se retrouve sur la plinthe et le bandeau de corniche d'une base dédiée à Ulpia Severina, femme de l'empereur Aurélien, dans la colonie de Valentia Banasa. A Volubilis, nous possédons aussi des dédi­caces de cette époque : à Valérien et sa famille, à Claude le Gothique, à la même Ulpia Severina. C'est cette époque qu'il conviendrait aussi, selon nous, d'assigner à notre chapiteau n° 10 : le troisième quart du VI° siècle.


En conclusion, à notre avis, ces deux groupes de chapiteaux sont indépendants l'un de l'autre, dans le temps comme dans l'espace. Ceux de Mauritanie ( à Volubilis ) datent du III° siècle, quand les chapiteaux classiques étaient encore copiés plus ou moins habi­lement par des tailleurs de pierre provinciaux ; on y reconnaît encore les éléments canoniques, si raides et appauvris qu'ils soient. Ceux d'Espagne datent de la fin du IV° ou du début du V° siècle, d'une époque où l'activité artistique avait à peu près complètement cessé à l'intérieur de la Tingitane. L'Orient a-t-il exercé une influence sur les sculpteurs de Bétique ? Nous n'osons pas l'assurer. Il est certain que des éléments décoratifs orientaux se retrouvent dans nos chapiteaux andalous, mais, comme nous manquons d'édifices datés avec précision des III° et IV° siècles dans les provinces espagnoles, nous ne pouvons pas affirmer qu'ils sont le fruit d'une évolution locale. A dire vrai, le contraste est tel entre les beaux chapiteaux à acanthe exubérante des musées de Séville et de Cordoue qu'on est tenté, à première vue, d'attribuer les nôtres aux Wisigoths.




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