Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.

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Paul CASIMIR




MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 7 Juin - 20:33

Document hors-texte

Evénements de Fez - 17-19 Avril 1912

FEZ - Vue du fortin nord, dit Bordj de Bab el-Ftouh, occupé par les soldats du Tabor
qui en furent délogés par les troupes françaises.




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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 7 Juin - 20:41


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LES JOURNÉES SANGLANTES DE FEZ

Le siège de la maison des télégraphistes fut plus effroyable encore, car trois Français sur quatre succombèrent.
Prévenus eux aussi, vers 1 heure, que l'émeute venait d'éclater, ils se barricadèrent dans leur maison. N'ayant pas tardé à être attaqués par un grand nombre de Marocains, ils se réfugièrent dans une petite chambre du premier étage don­nant sur une cour intérieure. Ils n'avaient pour soutenir le siège qu'une carabine Winchester, avec une trentaine de cartouches, et un revolver, avec une vingtaine de cartouches seulement.

Aussi furent-ils obligés d'économiser les muni­tions, de ne tirer qu'à coup sûr, de façon à abattre un assaillant à chaque coup.

Ils furent bientôt pris entre deux feux par les émeutiers, qui avaient réussi à enfoncer la porte d'entrée. Mais comme ils commandaient cette issue, les Marocains percèrent un des murs de la rue pour pouvoir pénétrer à couvert dans la maison.

Les quatre Français : Decanis, Miagat, Ricard et Rebout abattaient successivement tous ceux qui se montraient; mais leurs munitions commen­çant à manquer vers 3 heures de l'après-midi, ils se réfugièrent dans le fond de la pièce qu'ils occupaient, après avoir entassé devant eux plusieurs tonnelets et divers objets pour en faire iune barricade.

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LES MASSACRES

A deux reprises, des détachements de volon­taires, conduits par M. Biarnay, directeur des télégraphes chérifiens, tentèrent de les délivrer. A deux reprises, les sauveteurs durent rebrousser chemin devant la violence du feu des émeutiers.

Livrés à eux-mêmes, les quatre assiégés ten­tent un dernier effort. Ils enlèvent en partie les barricades qu'ils avaient édifiées pour pouvoir, à travers la porte fermée, tirer leurs dernières cartouches sur les révoltés, qui cherchent à enfoncer cet obstacle.

Mais les Marocains ripostent dans les mêmes conditions. Rebout est atteint, le premier, d'une bulle dans l'épaule. Il se couche, avec ses cama­rades, pour offrir moins de prise aux balles. Les assiégés continuent un tir très lent, répondant par un coup sur vingt ou trente, au feu de l'adversaire.

Voyant qu'ils ne peuvent enfoncer la porte, les émeutiers montent à l'étage supérieur et font un trou au plafond, par lequel ils laissent tomber des bois et des chiffons enflammés. Leur tir ne cesse pas et Decanis est atteint d'une balle en pleine poitrine, puis d'une seconde dans la tête ;



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 7 Juin - 21:21



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LES JOURNEES SANGLANTES DE FEZ
Rebout reçoit une deuxième balle dans la cuisse, tandis que Ricard est atteint au bas ventre.

Miagat, seul valide, prend la carabine et le revolver pour décharger les derniers coups. Mais il reçoit à son tour une balle dans la tête et tombe pour ne plus se relever.

La chambre est maintenant envahie par la fumée et toute la boiserie commence à prendre feu.
Seuls, Ricard et Rebout, encore en vie, essayent de respirer dans un coin de la pièce. Ricard reçoit un nouveau coup de feu en pleine poitrine et ne tarde pas à ne plus donner signe de vie.

Comprenant qu'il est perdu, Rebout songe à se suicider pour éviter de tomber vivant dans les mains des Marocains.

II arme sa carabine, mais casse, dans l'aveugle­ment de la fumée, le mécanisme de culasse, qui ne fonctionne plus. Il prend alors son revolver à cinq coups. Il regarde, il reste encore une balle.

— Je suis sauvé, dit-il en appuyant l'arme sur sa tempe et en faisant jouer la gâchette....
Mais le coup n'est pas parti. Plusieurs fois, il renouvelle la même tentative, sans réussir davan­tage. Il ouvre alors son revolver pour voir ce qui l'empêche de fonctionner, mais, crispé par la douleur de ses deux blessures, à moitié asphyxié par la fumée, qui devient de plus en plus épaisse, il ne peut le refermer....


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LES MASSACRES

Il abandonne à regret cette arme, qui présen­tait sa dernière chance de « salut », et se décide à s'asphyxier au plus tôt.
Il bouche avec de la paille une petite ouverture, grâce à laquelle il a pu respirer jusqu'à présent, et se jette en avant pour avaler le plus de fumée possible.
Mais la souffrance qu'il éprouve est tellement atroce qu'il revient à l'ouverture et enlève le tampon de paille pour respirer longuement l'air pur du dehors....

A deux reprises, il essaie à nouveau de se jeter dans la fournaise; mais, deux fois encore, la souffrance est plus forte que sa volonté. Il tombe, épuisé par la perte de son sang, et s'évanouit...o Quand il revient à lui, le feu s'est éteint et il lui semble qu'un Marocain est là, tout près, qui le guette. II n'ose faire un mouvement et attend d'être pris.
N'entendant rien, il soulève doucement, douce­ment une paupière, et regarde..., la chambre est vide. Il a sans doute été victime d'une hallucina­tion.... Il essaie de se lever sur les genoux, mais sa faiblesse est telle qu'il retombe, épuisé de nou­veau.
Et, jusqu'à 9 heures du soir, jusqu'au moment où un détachement de tirailleurs, sous les ordres du capitaine Henry, vient pour l'enlever et le conduire à l'hôpital, il passe par les transes les plus affreuses chaque fois qu'il entend un mouve­ment.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 7 Juin - 21:27

Document hors-texte

FEZ - Casbah Dar-Debibagh




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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 7 Juin - 21:50

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LES  JOURNÉES   SANGLANTES  DE   FEZ
Il avait même, à un moment donné, essayé de sortir, mais il dut rentrer précipitamment, poursuivi par les balles des tirailleurs, qui, dans l'obscurité, croyaient se trouver en présence d'un pillard.

A l'hôtel de France également, où se trou­vaient de nombreux Français, un siège en règle fut livré.

Tandis que quelques-uns, parmi lesquels M. et Mme Capdepont, le capitaine Fabry, MM. Chavreau, Thiébaut, de Rougemont, Bugette, L'Hermitte, Bernard et le sergent Bochet, réussissaient, en s'échappant par les terrasses, à se réfugier chez un chérif voisin et passaient une nuit d'an­goisse serrés les uns contre les autres, sans oser faire un mouvement, un second groupe, com­prenant les sergents Filion, Aubert et Gouault, le brigadier maréchal Goiton, le R. P. Fabre, MM. Bôhner et Molard, s'enfermait dans une chambre et soutenait jusqu'au soir un siège en règle, ayant également à se défendre contre le feu du dehors et les matières enflammées que les émeutiers essayaient de projeter par des ouvertures  faites au plafond.


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LES  MASSACRES

Le R.P. Fabre, qui se trouvait avec ces derniers ayant voulu aller parlementer avec les émeutiers, persuadé que sa qualité de « marabout » serait une sauvegarde pour lui, fut lâchement assassiné dans la cour de l'hôtel.

Ce fut le lendemain 18, à midi, que les survivants furent délivrés par les tirailleurs du capitaine Joué, qui les ramenèrent dans le quartier de l'Hôpital, en emportant les deux cadavres du R.P. Fabre et de Mme Imberdis, la courageuse Française qui s'était fait tuer en voulant défendre l'accès de la porte de l'hôtel, tandis que les hommes allaient chercher leurs armes, en leur donnant ainsi, au sacrifice de sa vie, le temps d'organiser leur défense.


Le pillage du Mellah.


Tandis qu'une partie des révoltés et de la po­pulation civile se livrait aux atrocités que nous venous d'exposer, le reste des émeutiers, trans­formés en pillards, se ruait sur le quartier du Mellah....

En traversant, quelques jours après, les rues dévastées de ce Mellah, nous avons eu une vision d'horreur, rappelant celle que nous avions déjà éprouvée au moment du bombardement de Ca­sablanca.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 7 Juin - 21:57


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LES JOURNÉES SANGLANTES DE FEZ
Pendant plusieurs heures, nous avons erré au milieu d'une ville déserte, silencieuse, pillée de fond en comble, à moitié en ruines. La grande rue centrale qui traverse tout le Mellah n'est plus qu'un monceau de décombres fumants d'où émergent des poutres calcinées et des débris humains.

Tout le Mellah de Fez-Djedid, comprenant 12.000 habitants environ, a été totalement pillé, incendié en partie. Il ne reste plus le moindre objet dans la plus petite des boutiques, le moin­dre meuble dans la plus grande des maisons. Tout ce qui, par son poids ou son volume, n'a pu être emporté, a été brisé sur place.

Il ne reste plus un seul habitant de ce quartier naguère grouillant d'une vie intense. Tout est morne, lugubre, désolé dans ce milieu jadis éclatant de couleur et de lumière. Deux mille askris et on ne saura jamais combien de cita­dins de Fez ont passé trois journées entières à piller, à massacrer.
Une cinquantaine de cadavres juifs ont été re­trouvés, plus du double gît encore sous quatre mètres de décombres. Ces décombres, dans des rues entières, s'élèvent à la hauteur d'un pre­mier étage !



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LES MASSACRES


Des maisons, dont toute la façade est tombée, laissent apercevoir les murailles opposées et toutes les cloisons éventrées des appartements, ainsi que les séparations des étages, comme dans la coupe verticale d'un plan d'architecte. Quelques saillies marquent seules, dans d'autres maisons en ruines, les emplacements naguère occupés par les chambres et les étages.

Une fumée acre, mêlée de vapeurs chaudes, monte de cet amas de débris.

Le plus violent des tremblements de terre n'eût pas composé un tableau d'horreur plus effrayant et plus lugubre.
C'est vers midi et demi que l'alarme fut donnée au Mellah. Aussitôt toutes les portes fu­rent fermées et les Juifs n'eurent plus qu'un seul espoir : celui que leurs portes pourraient résister aux assauts qu'elles allaient sûrement avoir à subir.

Par suite de faits de contrebande de cartouches récemment signalés dans le Mellah, l'autorité mi­litaire avait fait rendre toutes les armes de ce quartier. Les malheureux, sans moyens de dé­fense, se trouvaient donc sans aucun secours possible, exposés à la fureur bien connue des émeutiers.




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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 7 Juin - 22:01

Document hors-texte

Rescapés de la communauté du Mellah réfugiés dans le Palais du Sultan.







Dernière édition par Paul Casimir le Sam 7 Juin - 23:18, édité 1 fois
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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 7 Juin - 22:09

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LES  JOURNÉES   SANGLANTES   DE   FEZ

De tout temps, en effet, et dans toutes les villes du Maroc, les Mellah ont excité la convoitise des Musulmans fanatiques. Cette fois, un Mellah de 12.000 habitants sans défense était à leur libre disposition. Ils ne tardaient pas à en profiter co­pieusement !

Vers 2 heures, les portes, criblées de balles et attaquées au pic et à la hache, tombaient en livrant passage à un torrent de pillards.

Les Juifs, terrorisés, tendentes ad sidéra palma,  leur dirent prendre leurs biens et leurs ri­chesses, mais  de leur laisser la vie sauve.

— Nous allons commencer par vous dépouiller, leur  fut-il  répondu,   demain   nous  reviendrons pour vous tuer.

Et ils firent comme ils dirent. Par bonheur, une porte nouvelle avait été ré­cemment ouverte dans le mur d'enceinte,  per­mettant  de communiquer  directement  avec  la route de Bar-Debibagh. C'est par cette issue que presque tous réussirent à fuir pendant que les envahisseurs s'attardaient à piller.

Dès que le Sultan fut prévenu de cette situa­tion, il fît ouvrir une des portes du palais don­nant près du Mellah et offrit asile à tous les rescapés.


71  
LES   MASSACRES

Le Sultan eut ensuite à subvenir à la nourriture de ces 12.000 personnes, qui n'avaient pas mangé depuis la veille, ayant, comme tout le monde, été surprises au moment de leur déjeuner.
Moulay-Hafid fit mettre immédiatement à leur disposition tout ce qu'il avait, ordonnant d'ouvrir et de distribuer les caisses de vivres qu'il comptait (emporter pour son prochain voyage.

La faim des malheureux put être ainsi apaisée une soirée; mais la grosse question de la nourri­ture d'un nombre aussi considérable de personnes restait entière pour le lendemain et les jours suivants.
L'autorité militaire française fit distribuer mille petits pains arabes et le consul d'Angleterre douze cents. Mais là se bornait le premier effort, toutes les réserves de la ville étant épuisées.

Le lendemain, les malheureux tombaient d'ina­nition, sans qu'il fût possible de leur venir en aide, toute distribution d'argent étant inutile, les moyens manquant de fabriquer 6.000 kilo­grammes de pain par jour.

Les autorités prirent en hâte toutes les mesures propres à parer, dans la mesure du possible, à cette lamentable situation.
Nous parcourons, dans les innombrables bâtiments du palais, les emplacements réservés aux rescapés.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 7 Juin - 22:23


72
LES JOURNÉES SANGLANTES DE FEZ

Ils grouillent par centaines, entassés les uns sur les autres, dans de grandes cours, dans des couloirs, dans de vieux magasins, dans des écu­ries, sous des voûtes, derrière des portes, partout enfin où il y a le moindre emplacement libre.

Mais le spectacle le plus original et le plus inattendu était celui de plusieurs centaines de femmes, de jeunes filles et d'enfants blottis dans des cages bardées de fer réservées aux bêtes fé­roces du Sultan.

Dans l'immense cour de la ménagerie, dont les quatre côtés sont formés par des cages garnies de barreaux quadrillés, on peut voir une cage occu­pée par deux lions superbes, à côté d'une autre où une cinquantaine de femmes allaitent des enfants à la mamelle. Plus loin, un ours gris danse à côté de ménages faisant leur popote dans une cage voisine. En face sont des panthères agiles qui grimpent sur leurs barreaux, tandis que des enfants passent
leurs têtes dans le compartiment à côté. Ça et là, des lionnes, des singes, des pumas, des léopards alternent avec des jeunes femmes et des enfants.

Les malheureuses se sont réfugiées là pour être à l'abri des intempéries et ne pas coucher sous la pluie.


73
LES MASSACRES


Des petits campements improvisés sont installés dans d'autres cours, où les réfugiés confection­nent tant bien que mal une cuisine rudimentaire avec des restes innommables qu'ils font chauffer dans des contenants des plus disparates. Une famille privilégiée réussit à faire cuire une soupe de fèves sèches dans un vase intime en vieux fer
émaillé que la rouille a rongé et dont les trous ont été bouchés avec des cailloux. Tous leurs voi­sins, le ventre vide, regardent d'un œil brillant d'envie le mets succulent qui va sortir de cette étrange marmite.

Pendant une quinzaine de jours, tous ces mal­heureux restèrent dans cette triste situation. Mais, les secours affluant, ils purent, petit à petit, re­gagner leurs demeures hâtivement remises en état provisoire et reprendre leur vie de misère après avoir été complètement ruinés.

Des dons généreux, provenant de souscriptions ouvertes en France, leur permirent ensuite de s'installer à nouveau dans leur Mellah.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 7 Juin - 22:25

Document hors-texte

Le Maroc illustré

FEZ - Poste française du Mellah après le pillage.






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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Mar 10 Juin - 9:27

Document hors-texte

Ici, je voudrais remercier vivement Ouedaggaï  qui a bien voulu m'adresser une série de superbes photos pour continuer à imager ce texte :



FEZ - Israélites réfugiés dans la cour des ménageries du Sultan.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Ven 13 Juin - 9:51

DEUXIEME   PARTIE

Récits militaires.

______


Journée du 17 avril.
SITUATION   MILITAIRE   INITIALE


La situation militaire de Fez, au 17 avril, était la suivante :

Garnison permanente :
Un bataillon [6e bataillon du 4e tirailleurs] com­mandant Fellert);
Une demi-batterie (lieutenant Ferré) ;
Une section du génie (lieutenant Blandan) (1).

Escorte de l'Ambassade :

Un bataillon mixte (commandant Philipot), com­prenant deux compagnies du 4e tirailleurs, une com­pagnie sénégalaise, une compagnie du 4e bataillon colonial ;


_____

(1) Le demi-escadron du 4e spahis qui faisait partie de cette garnison permanente était absent depuis le 13, for­mant l'escorte du général Moinier, en route sur Casablanca.


Document hors texte

Les décorés des évènements de Fès : Le général Lyautey remet, en Juin 1912 la cravate de commandeur de la légion d'honneur au général Brulard.









Dernière édition par Paul Casimir le Dim 22 Juin - 12:49, édité 1 fois
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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Ven 13 Juin - 10:03



76
LES JOURNÉES SANGLANTES DE FEZ

Une section de mitrailleuses (lieutenant Pechair) ;
Une demi-batterie de 76 (lieutenant Lagarde) ;
Un demi-escadron du 6e chasseurs (capitaine de Kervanoël) ;
Un escadron du 1er spahis (capitaine Devanlay).

Ces forces, qui se trouvaient heureusement doublées par le fait de la présence de l'escorte destinée à accompagner l'Ambassade et le Sultan, étaient campées à Dar-Debibagh, c'est-à-dire à quatre kilomètres environ en dehors de la ville.
Elles se trouvaient sous les ordres du colonel Taupin.

L'effectif des troupes chérifiennes représentait 3.200 hommes, répartis ainsi :

Un bataillon d'infanterie au bordj Nord;
Un bataillon du génie à la caserne de Tamdert (Bab-Fetouh);
Un bataillon d'infanterie, dont une compagnie campait à Tamdert, et deux compagnies au bordj Sud;
Deux batteries d'artillerie de 75 de montagne, dont l'une se trouvait au fondouk de Sidi-bou-Nafa, et l'autre au fondouk Diouen.

Toutes les autres unités chérifiennes étaient casernées à la casbah des Cherarda. Elles comprenaient :

Deux escadrons de cavalerie ;

77
RÉCITS MILITAIRES

Un bataillon d'infanterie;
Une compagnie d'instruction (du 8e bataillon);
Un détachement du génie;
Un détachement d'infirmiers.


PREMIERS ÉVÉNEMENTS

Dispositions prises par le général Brulard.
Le général Brulard, qui se trouvait à Fez aux bureaux de l'état-major des troupes chérifiennes, recevait le 17, vers midi, la note suivante du lieu­tenant-instructeur Metzinger :

... " J'ai l'honneur de vous rendre compte que les hom­mes de la compagnie ont refusé de toucher leur solde ce matin. Il ne m'a pas été possible de leur faire entendre raison jusqu'à présent. Ils prétendent que ces innovations ne sont pas conformes à ce qu'on leur a promis lorsqu'ils se sont engagés. J'ai l'honneur de vous demander si je dois mettre de côté la solde de la compagnie jusqu'à ce que les hommes aient accepté le nouveau tarif, ou s'il y a lieu de continuer encore l'ancien système... ".

Presque aussitôt l'interprète militaire Reynier rendait compte qu'une vive agitation s'était pro­duite à la compagnie d'instruction, ainsi qu'au tabor de cavalerie n° 4.
Le général Brulard décida d'envoyer immédia­tement le commandant Brémont et l'interprète Reynier à la caserne des Cherarda.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Ven 13 Juin - 10:11



78
LES JOURNÉES SANGLANTES DE FEZ


Ces deux offi­ciers, qui étaient depuis très longtemps aux trou­pes chérifiennes, avaient marché souvent avec leurs hommes dans des colonnes parfois très péni­bles. Ils étaient parfaitement connus d'eux et le général Brulard pouvait espérer, en raison de leur influence personnelle, qu'une intervention directe de leur part pouvait avoir des chances de succès.

Mais les événements se précipitent. Le général Brulard reçoit au même instant la note suivante du lieutenant de cavalerie Renahy, officier de ser­vice de la place :

... " Midi 1/4. — Une cinquantaine d'hommes armés sont sortis de la Kéchla (1) en tirant dans le bureau de la place ; ils ont forcé la consigne de la porte de Bab-Segma que j'avais fait fermer et sont sortis en ville en tirant des coups de fusil.
Je me suis échappé par le Génie et je vous rends compte des faits. Il y aurait lieu de prendre des me­sures urgentes... ".

Le général Brulard, qui avait accompagné jus­qu'à la porte de leur logement le commandant Brémont et l'interprète Reynier auxquels il pré­cisait leur mission, rencontra le commandant de Lamothe, chef du Service des renseignements,
et le pacha Hadj-Hamad-El-Mokri en compagnie de son khalifa Si Driss-Zraouti.



_____


(1) La Kéchla était une partie de la casbah des Cherarda où les troupes chérifiennes étaient casernées.

79
RÉCITS MILITAIRES

Il invita le pacha et son khalifa à user de toute leur influence personnelle pour brider la rébel­lion, arrêter les mutins, et éviter que la populace se joigne à eux.

Pour empêcher les révoltés de se répandre dans la ville et localiser en quelque sorte la révolte, il leur ordonna de fermer toutes les portes de quar­tier dans les diverses rues conduisant à Bab-Segma.

On verra, par la suite, comment Hadj Hamad, fils du grand-vizir El-Mokri, se refusa à obéir aux ordres qui venaient de lui être donnés et qui lui furent renouvelés.Les officiers et le pacha quittèrent alors le gé­néral Brulard qui, en raison de la gravité de la situation, envoyait au colonel Taupin, à Dar-Debibagh, vers midi 50, le message téléphonique suivant :

... " Une partie des soldats chérifiens de la caserne des Cherarda se sont mutinés et sont sortis en ville en tirant des coups de fusil. Les premières mesures sont prises, de concert avec les autorités indigènes, pour arrêter les mutins et enrayer la rébellion. Envoyez d'urgence, sous les ordres du commandant Philipot, un bataillon d'infanterie et deux pelotons de cavalerie à portée d'intervenir pour éviter le conflit plus grave que pourrait provoquer la vue des troupes régulières et leur contact avec les troupes chérifiennes.


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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Ven 13 Juin - 10:15

DOCUMENT HORS-TEXTE

FEZ - Vue de Dakar-Mahraz



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Ven 13 Juin - 10:38

80
LES JOURNÉES SANGLANTES DE FEZ

Ce batail­lon se portera dans les nouveaux jardins du Sultan, masqué aux vues par le mur de l'Aguedal. Il y atten­dra de nouvelles instructions, mais il reste entendu que le commandant du détachement aura toute lati­tude pour intervenir si les renseignements lui pré­cisent que la situation s'aggrave en ville, ou si la rébellion cherche à agir contre les troupes régulières...".

Le général Brulard faisait en même temps pré­venir l'Ambassade et l'hôpital.

A 1 h. 15, le commandant Brémont et l'inter­prète Reynier revenaient disant qu'ils avaient trouvé la rue barrée et n'avaient pu avancer.
Ils avaient entendu des cris et de nombreux coups de feu dans la direction du quartier de Tala.

Le général Brulard résolut alors de se porter à l'hôpital, relié téléphoniquement avec Dar-Debibagh et à proximité immédiate de l'établissement de télégraphie sans fil. Cette installation assurait ainsi, avec l'extérieur, une liaison permanente qui, en raison de l'éloignement du bureau de l'état-major, aurait pu être compromise. Elle avait également l'avantage de rapprocher le comman­dement des troupes, avant l'arrivée des renforts extérieurs, du centre de résistance possible, du quartier des consulats, et, en particulier, du Con­sulat de France et de l'Ambassade.

81
RÉCITS MILITAIRES

On voit combien sont prévoyantes toutes les dispositions prises, dès le début, par le général Brulard.

L'hôpital Auvert fut immédiatement mis en état de défense. Les musiciens de la fanfare du 1er tirailleurs, les infirmiers, les convalescents et même les malades en état de prendre les armes, assurèrent la garde des portes et fournirent sur les terrasses voisines des postes de guet.
C'est avec ce personnel, pouvant comprendre une centaine d'hommes sous les ordres du méde­cin chef Fournial, que fut assurée pendant plu­sieurs heures la sécurité de l'hôpital et du quartier européen.

Il convient de remarquer, dès à présent, que si les tirailleurs du commandant Philipot purent rentrer dans Fez, cela tient aux dispositions mer­veilleuses de prévoyance qu'avait su prendre le major Fournial. L'hôpital Auvert fut, en effet, le centre de la résistance et le siège du quartier général pendant toutes les journées d'émeute. On put y trouver des armes et des munitions pour approvisionner les auxiliaires qui coopérèrent à la défense générale, avant l'arrivée du bataillon Philipot. Or la création et l'organisation de cet hôpital furent l'œuvre bien personnelle du major Fournial, auquel il convient de rendre un particulier hommage.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Ven 13 Juin - 10:46

82
LES JOURNÉES SANGLANTES DE FEZ

Au moment même de l'installation du quartier général et du Service des renseignements à l'hô­pital Auvert, les nouvelles affluent, précisant l'im­portance et la gravité du mouvement de révolte.

A 2 h. 15, le général Brulard envoie l'ordre au commandant Philipot de se porter sur l'hôpital Auvert, par la porte de Bab-el-Hadid en la con­tournant par le sud.
Les renseignements faisaient connaître que la rébellion s'était étendue dans le quartier du Tala, qu'une grande partie de la population s'était jointe aux émeurtieris et que de nombreuses victimes avaierit déjà été faites parmi les Européens civils ou militaires.

A 2 h. 50, le général Brulard télégraphie de nouveau au colonel Taupin :

... " La rébellion militaire a entraîné l'insurrection d'une partie de la ville (quartier du Tala). Prenez direction des forces disponibles (exception faite du bataillon en marche sur l'hôpital). Ignorant la situation actuelle à Fez-Djedid, je ne puis que vous prescrire d'agir aussi énergiquement que possible pour briser la ré­bellion avant qu'elle ne gagne l'extérieur. Prenez soin de localiser l'action de l'artillerie sur le quartier de Bou-Djeloud qui est le quartier révolté... ".

A 3 h. 30 le colonel Taupin rend compte qu'il a envoyé sur les hauteurs de Dar-Méharez, domi­nant la ville au sud, deux compagnies d'infanterie, deux pelotons de cavalerie et une section d'ar­tillerie sous les ordres du commandant Fellert.


83
RECITS MILITAIRES
Il ne restait plus ainsi à Dar-Debibagh que deux compagnies, une section d'artillerie et une section de mitrailleuses pour assurer la garde du camp et des casernements, et parer à l'imprévu.

A 3 heures, le général Brulard avait adressé au général Moinier qui se trouvait à Tiflet, en marche sur Casablanca, le télégramme suivant :

... " Des actes de rébellion armée ont éclaté dans une partie des troupes chérifiennes. Des groupes de soldats chérifiens, venus en ville, ont trouvé appui dans partie de la population. Premières dispositions sont prises avec concours garnison Dar-Debibagh. Serait utile tenir prêt, à Meknès, un détachement pouvant venir d'urgence à Fez, si situation s'aggravait et si, en par­ticulier, tribus de extérieur prenaient part au mou­vement ainsi que le font pressentir premiers rensei­gnements... ".

Deux autres télégrammes furent envoyés aux détachement de troupes chérifiennes de Sefrou et casbah El-Hajeb, leur faisant connaître la sédition et la nécessité d'exercer sur les hommes une surveillance discrète mais sûre.

[center]La marche du bataillon Philipot sur Fez.
[/center]


Pendant ce temps, le détachement Philipot était en marche sur Fez.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Ven 13 Juin - 10:50

Document hors texte

Fez - Bordj de Sidi Bounafa bombardé le 17 Avril 1912 par les troupes françaises.



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MessageSujet: h   Ven 13 Juin - 19:00

84
LES JOURNÉES SANGLANTES DE FEZ

II nous faut exposer par le détail ce magnifique fait d'armes.
A 1 h. 30, en vertu des instructions transmises par le général Brulard au colonel Taupin, le commandant Philipot recevait l'ordre de quitter im­médiatement le camp de Dar-Debibagh avec deux compagnies de son bataillon (le 8e) et deux pelo­tons de spahis, commandés par le capitaine Devanlay, faisant partie des troupes venues de Meknès à l'occasion de l'Ambassade.

Il devait s'installer dans les nouveaux jardins du Sultan, où l'attendraient deux compagnies du bataillon Fellert (le 6e), et demander là de nou­veaux ordres, en vue d'une intervention probable à Fez, où des troubles venaient d'éclater.
Les quatre compagnies du 4° tirailleurs algé­riens, mises ainsi sous les ordres du commandant Philipot, étaient les suivantes :
21°, capitaine Bourdonneau, du 6° bataillon ;
24°, — Duclos, ld.;
29° — Henry, du 8° bataillon;
32e — Flamand, Id.

Le mouvement s'exécuta de suite, sans attendre le retour des hommes partis en corvée ou absents.
En arrivant dans les anciens jardins du Sultan, en dehors des murs de l'Aguedal, le commandant Philipot y trouva les 21° et 24° comagnies.


85
RÉCITS MILITAIRES

Son bataillon était donc constitué.
La situation se présentait ainsi : En avant du front, le grand mur de l'Aguedal; perpendiculai­rement à ce mur et sur la droite, l'aqueduc ; à leur point de rencontre, une porte, seul débouché conduisant au Mellah et permettant d'aborder Fez par le sud.

A gauche et à l'extrémité du mur de l'Aguedal, un pont, passage obligé pour aborder la ville par Bab-Scgma.

On se souvient que les premiers ordres adressés au commandant Philipot lui prescrivaient d'at­tendre, au point où il était maintenant, des ordres ultérieurs.
Par où lui dirait-on de se diriger sur la ville ? Par la route passant à droite, sous la porte, ou bien par celle allant à gauche sur le pont ?

En chef prévoyant, de façon à pouvoir s'assurer la liberté de manœuvre des deux côtés quel que soit celui qu'on lui indiquerait, le commandant Philipot fit « tenir » la porte de l'Aguedal par une section de la compagnie Bourdonneau.
Ce mouvement s'exécuta sans difficulté et sans perte, les hommes étant abrités par le mur, mais des coups de feu, partant des remparts du Mellah, saluaient les tirailleurs placés en observation dès qu'ils cherchaient à dépasser la porte.

Pour s'assurer la possession du pont, placé, comme nous venons de le dire, en avant et sur la gauche, le commandant Philipot donna l'ordre au capitaine Flamand de déblayer le terrain assez loin pour lui permettre de passer ultérieurement ce défilé sans être exposé au feu de l'ennemi.




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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 14 Juin - 11:15

86
LES JOURNÉES SANGLANTES DE FEZ


Une seconde section placée à la hauteur du pont et derrière le mur, devait le soutenir. Enfin un peloton du 3° spahis devait franchir le pont et se porter rapidement en avant et à gauche, de façon à retarder par ses feux le mouvement des rebelles sortant de Bab-Segma.

De ce côté l'action s'engagea de suite, avec la dernière violence. Les révoltés sortant de Bab-Segma et de la casbah des Cherarda ou dévalant à cheval les pentes voisines du bordj Nord ouvrirent les hostilités. Des fantassins, cachés dans des fossés ou derrière des murettes, dirigeaient sur nos deux fractions un feu très ajusté, pendant que les cavaliers, galopant dans la plaine, déchargeaient leurs armes sur les spahis.

Le capitaine Flamand dut faire appel immédiatement à sa deuxième section, puis engager le reste de sa compagnie.
Il était 2 h. 30.

Le commandant Philipot reçut alors l'ordre de marcher le plus rapidement possible sur l'hôpital par Bab-el-Hadid.


87
RÉCITS MILITAIRES

A ce moment la 32e compagnie était engagée en totalité et à fond.

Que faire ? Aller la soutenir était sûrement attirer sur lui tout l'effort des rebelles qui l'obligeraient à perdre du temps en lui livrant un très dur combat.

Interprétant admirablement le caractère d'urgence que revêtait la mission qu'il avait à remplir, le commandant Philipot renonça à secourir sa quatrième compagnie et se mit en marche sur Fez avec les trois qui lui restaient.

Mais il envoyait en même temps le lieutenant Tarrit, de la mission chérifienne, qui, sans troupes, s'était immédiatement mis à sa disposition, pour prévenir le colonel Taupin de l'ordre qu'il venait de recevoir et lui demander de décrocher la 32°, en faisant intervenir la section d'artillerie du lieutenant Lagarde, dont il disposait

Il espérait, ne pouvant agir lui-même, que cette intervention permettrait à la 32° de rompre le combat et de le rejoindre.
Le commandant Philipot se rapprocha alors de l'Aguedal et de la porte de l'Aqueduc par laquelle il devait passer.
Les rebelles garnissaient les créneaux au sud du Mellah et le feu prit, de suite, une très grande intensité.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 14 Juin - 11:19

Document hors-texte

La porte du Mellah.




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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 14 Juin - 11:59



88
LES JOURNÉES SANGLANTES DE FEZ

La compagnie Bourdonneau reçut l'ordre d'en­tamer le mouvement.
La première section eut un tué et plusieurs blessés; mais, dès que les deux premières sections furent en position, leur feu, très précis et déclanché par rafale au moment où les groupes succes­sifs traversaient la route complètement à décou­vert, permit de porter deux compagnies en ligne sans nouvelles pertes.

Le commandant Philipot avait à gauche, ap­puyée à l'Aguedal, la 21° compagnie, et, à sa droite, la 29°. Il prescrivit à la 24° de passer un peu en arrière à l'abri d'une zeriba (1) et de se porter dans l'oued El-Adham qui, à cet endroit, coulait parallèlement aux fortifications de la ville.
Quant à la 32° compagnie qu'il avait laissée for­tement engagée, il entendait sa fusillade dimi­nuer d'intensité grâce à l'intervention de l'artil­lerie qu'il venait de provoquer. Mais cette compa­gnie n'était cependant pas suffisamment dégagée pour pouvoir rejoindre les trois autres. Il appre­nait, du reste, qu'elle avait déjà quatre tués et une douzaine de blessés, dont le capitaine Fla­mand. Etant certain, à ce moment, qu'elle pour­rait regagner le camp de Dar-Debibagh, il lui fit donner l'ordre d'exécuter ce mouvement dès qu'elle le pourrait et il décida de continuer sa marche sur Fez, avec les trois compagnies qui lui restaient, estimant qu'il valait mieux arriver vite qu'arriver en nombre.


_____

(1) Sorte de haie de roseaux et de branchages.


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RÉCITS MILITAIRES


Or, à ce moment, des groupes nombreux de cavaliers apparurent sur les crêtes du versant est de l'oued El-Adham, semblant épier les mouve­ments de la colonne. Étaient-ce des auxiliaires ou des ennemis ? Pour être fixé sur leurs intentions le commandant Philipot envoya, au galop, dans leur direction un demi-peloton de spahis, en for­mation très espacée, qui fut accueilli à coups de fusils.

C'étaient donc des gens des tribus, déjà préve­nus des événements qui devaient se produire.

La situation était grave, car le commandant Philipot ne pouvait perdre son temps à attaquer et repousser ces groupes, sans s'éloigner de son objectif. Il lui était également impossible de les négliger sans risquer un échec, et peut-être même un anéantissement, s'ils venaient en trop grand nombre l'attaquer sur son flanc droit pendant que les émeutiers, abrités derrière les remparts de la ville, le prendraient par le flanc gauche.

Le moment était critique.
Avec le calme et la présence d'esprit qui réus­sirent à sauver ses trois compagnies, il prit aussi­tôt la résolution d'exécuter sa marche dans le lit même de l'oued qui roulait des eaux furieuses, mais dont les berges escarpées le couvraient des vues de Fez, sur la gauche.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 14 Juin - 12:07

90  
LES   JOURNÉES   SANGLANTES   DE   FEZ


Il restait le péril des nombreux cavaliers de droite, qui maintenant gar­nissaient la crête en grand nombre.
Une seconde fois le commandant Philipot fit prévenir par le Lieutenant Tarrit le colonel Taupin du danger que lui faisaient courir ces cavaliers, en lui demandant de nettoyer les crêtes au moyen des troupes du commandant Fellert et de les ba­layer par l'artillerie. Il reçut bientôt l'avis que deux compagnies d'infanterie (une compagnie du 8° bataillon du 4° tirailleurs et une compagnie sénégalaise, capitaine Battesti) entamaient cette opération, soutenues par une section d'artillerie.

Dès qu'il vit l'artillerie prendre position sur la crête, le commandant Philipot, sans même atten­dre le premier coup de canon, donnait l'ordre de reprendre la marche dans le lit même de l'oued Zitoun (affluent de l'oued El-Adham).
Il donna l'ordre de marcher, coûte que coûte, sans tirer un seul coup de fusil. Il estimait, en effet, que son feu eût indiqué aux rebelles l'em­placement de sa troupe et l'eût exposée aux pires éventualités, tandis qu'en restant invisible, grâce aux berges escarpées de l'oued, et silencieux, les révoltés, même s'ils prenaient l'offensive, risquaient de frapper dans le vide.


91  
RÉCITS   MILITAIRES

De fait, la colonne ne subit que peu de pertes pendant ce mouvement.
Toutefois, la compagnie qui fermait la marche fut vivement attaquée, et ses deux sections de queue furent même si sérieusement accrochées qu'elles ne purent rejoindre le reste du détache­ment qui, poursuivant sa marche pénible, les laissa aux prises avec les Marocains.

Ces deux sections, commandées par le lieute­nant  Ben-Aïcha, ayant perdu le contact, étaient sorties du lit de l'oued et, s'égarant, arri­vaient près d'un dépotoir attenant au bastion sud-est du Mellah. Le lieutenant Ben-Aïcha fut blessé ainsi que son sergent et plusieurs hommes. La situation des deux sections devenait critique, pres­que désespérée.
Heureusement le médecin-major Morisson, resté avec ce dernier élément, en prit le commande­ment et, attendant la nuit, put rentrer au camp de Dar-Debibagh en reprenant le lit de l'oued. Il ramenait ses blessés.

De son côté le sergent Petit, également égaré, ayant caché quatre blessés, rentrait au camp de Dar-Debibagh en pleine nuit et repartait aussitôt avec deux mulets pour les chercher. Il fut assez heureux pour les retrouver et les ramener vers 10 heures du soir.
Cependant la marche  de la colonne Philipot continuait dans le lit de l'oued, grossi par les pluies et les orages des jours précédents.


Dernière édition par Paul Casimir le Sam 14 Juin - 12:11, édité 1 fois
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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 14 Juin - 12:16



Document hors-texte

Poste de tirailleurs.



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MessageSujet: HUBERT-JACQUES : Les journées sanglantes de fez, avril 1912.   Sam 14 Juin - 18:36

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LES   JOURNEES   SANGLANTES   BE   FEZ

Les hommes avaient de l'eau jusqu'à la ceinture et disparaissaient par moment dans des trous pro­fonds. Le courant était des plus violents et le fond de l'oued, tapissé de grosses pierres roulantes, rendait la marche des plus pénibles, occasionnant de fréquentes chutes.
Vers 4 heures, les trois compagnies du com­mandant Philipot, diminuées des deux sections perdues dans l'oued, arrivaient, toujours dans le fond de leur torrent, à la hauteur de la porte de Bab-el-Hadid par où elles devaient entrer en ville.

La tête des trois compagnies fit alors un à gau­che, et, escaladant les berges, montèrent directe­ment vers la porte en traversant des jardins qui n'étaient heureusement pas occupés, les Marocains ne s'attendant pas à une marche aussi rapide.
Des hommes en armes circulaient au sommet de la porte : c'étaient les infirmiers gardant l'hô­pital.
A 4 heures et demie les 371 hommes qui res­taient du bataillon Philipot entraient dans Fez, grâce à l'admirable manœuvre de leur chef.
Le but était atteint et le vaillant Philipot avait l'immense joie d'apprendre par le médecin-chef Fournial et le major Tranchant qui le reçurent dans leurs bras, qu'il n'était pas trop tard et que tous les officiers et civils qui avaient pu se réfu­gier à l'hôpital étaient sains et saufs.


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RÉCITS   MILITAIRES

Mais le plus pénible n'était pas encore accompli. Le commandant Philipot avait bien réussi à entrer dans la ville, mais il lui fallait maintenant re­prendre Fez, livrée aux askris révoltés et à toute la population civile qui s'était jointe à eux.

Première organisation de la répression.
Pendant qu'à l'extérieur le commandant Phi­lipot marchait au secours de Fez, la résistance s'organisait à l'intérieur.

Le Service des renseignements signalait au général Brulard que plusieurs officiers et instruc­teurs avaient été tués, notamment dans le quartier de Bou-Djeloud. Les mutins avaient dépassé le Tala et s'étaient répandus jusqu'à l'entrée du quartier du Consulat pour attaquer et piller les maisons européennes, notamment les habitations des capitaines Cuny et de Lesparda, la maison des télégraphistes, l'hôtel de France, les maisons du lieutenant-colonel Lory, des lieutenants Beaujart, Oddou, Germa, Carpentie, le Crédit Foncier, la Compagnie Marocaine, etc....
La maison dans laquelle les quatre télégraphis­tes français étaient assiégés étant à proximité de l'hôpital, M. Biarnay, directeur de l'Administration des postes et télégraphes chérifiens, demanda que quelques hommes soient mis à sa disposition pour aller au secours de ses employés.


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