Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935

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Paul CASIMIR




MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 22 Mai - 8:22



II. — LES ARTS MAROCAINS


ESQUISSE D'UNE GÉOGRAPHIE ARTISTIQUE
DU MAROC

par Henri TERRASSE.
Les arts marocains, issus de deux sources différentes, suivent deux cours parallèles et qui ne se mêlent qu'en de très rares occasions. Dans un petit nombre de villes survivent les techniques et les formes de l'art musulman d'Espagne : l'art hispano-mauresque qui, réfugié au Maroc, y a vécu depuis le XV° siècle dans un isolement presque parfait. Les quelques motifs venus de l'Orient musulman ou de l'Europe qu'il a admis n'ont pu ni changer sa physionomie, ni enrayer sa lente et fatale décadence. Dans une partie des campagnes marocaines, en général dans les pays où la vie berbère s'est le mieux maintenue, vivent encore des arts de souche si ancienne qu'ils méritent d'être considérés comme les arts fonciers du pays et d'être appelés les arts berbères.

Nous connaissons trop mal encore la répartition de ces arts berbères, étonnamment variés dans le détail, pour qu'il soit possible de dresser une carte artistique du Maroc. Au moins est-il possible d'indiquer l'origine, les attaches et les caractères sociaux des deux arts qui se partagent le pays et d'esquisser les grandes lignes de leur répartition.


1. - LES ARTS BERBÈRES

Les arts berbères apparaissent, au premier regard, d'une très forte unité. Ils n'usent guère que du plus simple et du plus abstrait des décors : le décor géométrique rectiligne. Cette manie de la ligne droite, la plus absente de la nature, a sans doute des origines religieuses. Les Berbères ont certainement cru que créer une image c'est, sinon rivaliser avec Dieu, au moins créer un double de l'être vivant sur lequel toutes les influences malignes pourront s'exercer sans qu'il soit possible de les conjurer par une formule prophylactique ou par Faction d'un talisman. Aujourd'hui encore, les Berbères du Maroc ne reproduisent la figure humaine que pour faire des poupées d'envoûtement. L'influence du judaïsme, puis celle de l'Islam, n'ont pu que confirmer cette loi restrictive, mais primordiale, de l'art berbère. Nulle part ailleurs l'interdiction musulmane des images — qui, en droit, est loin d'être absolue — n'a été entendue dans un sens aussi strict qu'en Berbérie.

Cette farouche iconoclastie vouait l'art berbère au décor abstrait, c'est-à-dire, chez ce peuple qui ignorait le plus souvent l'écriture, au décor géométrique. Mais il est bien des familles de décors géométriques. Le décor géométrique rectiligne et com­plexe, riche en combinaisons à base de losanges et de chevrons, qui règne dans presque tous les arts berbères, a des origines qui nous apparaissent de mieux en mieux. Il vient de l'Orient méditerranéen, sans doute du monde égéen, qui aurait fourni à la Berbérie la plus ancienne de ses civilisations encore vivantes aujourd'hui. La survivance de certaines techniques égéennes atteste, mieux encore que celle du décor, ces très lointaines origines de l'art berbère.


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Paul CASIMIR




MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 22 Mai - 8:48



Ainsi l'art berbère s'apparente à bien des arts populaires de l'Asie antérieure ou du bassin méditerranéen, qui usent d'un décor géométrique de même famille.

Mais ce décor géométrique, qui, en d'autres pays n'existe plus qu'à l'état de survivances sporadiques, règne encore en maître chez tous les ruraux de l'Afrique du Nord qui ont conservé des traditions artistiques. Ce furent sans doute les Berbères Sanhaja, conquérants du Sahara et des confins soudanais, qui ont introduit ce décor géométrique dans les oasis du désert et jusque dans les pays du Sénégal et du Niger.

Ces arts berbères sont avant tout des arts familiaux. Les tapis et les étoffes de laine, les poteries, qui sont les plus riches et les plus harmonieuses des œuvres de l'art berbère sont l'ouvrage de la femme qui travaille d'abord pour sa famille et qui vend parfois au marché le surplus de son industrie. Art familial, l'art berbère est aussi un art tribal : d'une tribu, et parfois d'une fraction de tribu à l'autre, les produits de l'industrie féminine changent, comme changent les tatouages et certains détails du costume. L'imagination des ouvrières ne s'exerce que sur des variantes de détail : elle ne modifie jamais, ce qui est le signe du groupe social.

Le fait que l'art berbère est surtout l'œuvre des femmes explique pour une large part son étonnante fixité. Il est prisonnier de techniques à la fois très simples et immuables. Les femmes berbères viennent rarement à la ville et, lorsqu'elles y passent, elles ne peuvent avoir aucun contact avec les ateliers - surtout masculins - où se conservent les techniques de l'art hispano-mauresque. Les deux seuls domaines où l'art berbère se soit laissé pénétrer par quelques formes de l'art hispano-mauresque , l'architecture et les arts du métal, correspondent précisément à des métiers d'hommes.

Ces arts berbères sont très inégalement répartis. Aucune tribu n'en possède la gamme complète. Celles qui ont conservé des traditions artistiques semblent spécialisées dans un petit nombre de techniques, parfois dans une seule.
L'extension du nomadisme, après l'invasion hilalieime et ma'qilienne, a presque fait disparaître l'archi­tecture des grandes plaines du Maroc. Mais dans la montagne ou à son voisinage vivent toujours des traditions architecturales très anciennes.

La plus ancienne architecture du pays est sans doute une architecture de pierre - surtout de pierre sèche - que connaissent aujourd'hui encore les plaines sud-occidentales, le Grand-Atlas et l'Anti-Atlas. Elle ne produit guère, en dehors des maisons du commun, que des demeures fortifiées ou des magasins collectifs. Ce sont des édifices massifs, aux plans sans régularité, qui s'ornent parfois d'une tour aux parois obliques ou d'une tour ronde.

Mais, jusque dans la montagne, on voit apparaître l'architecture berbère des pays sahariens, qui a produit ses plus beaux édifices dans la ligne d'oasis qui va du Drâ au Tafilelt et qui a rayonné dans la vallée de la Moulouya, dans le Sous et jusque sur le versant atlantique du Moyen-Atlas.



C'est une architecture de pisé et de briques crues. A côté de la tirrhemt, sorte de château fort de plan carré avec quatre tours d'angle, aux murs obliques, se voient des qsour, véritables cités fortifiées où se mêlent les courtines, les épais bastions et les hautes tours minces. Dans quelques rares cantons, la tirrhemt se couvre d'un décor peint. Mais dans les plus beaux édi­fices, en particulier dans l'oasis de Skoura, dans le Dadès et le Todrha, de grandes frises de briques crues — dérivées des décors de briques de l'art hispano-mau­resque — couvrent les édifices d'un somp­tueux décor.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 22 Mai - 9:01



Poires à pondre en cuivre.


L'architecture de pierre et l'architecture de pisé ignorent toutes deux la voûte et font de ce fait un très large usage du bois. La charpente berbère, très simple en ses dispositions, a souvent une réelle valeur décora­tive. Dans les régions qui restent les plus boisées du Maroc, dans le Rif, les Jbala et le Moyen-Atlas, on retrouve les restes d'une véritable architecture de bois qui a pu connaître, avant le déboisement du pays, une plus grande extension.
Ainsi malgré leur pauvreté et dans leur pauvreté même, les Ber­bères ont connu, sous des formes assez diverses, l'art majeur : l'architecture.

Les poteries berbères décorées ne se trouvent plus guère que dans le Nord marocain, surtout dans le Rif. Ces poteries, faites par les femmes, sont modelées à la main sans l'aide du tour et cuites sur l'aire. Les galbes ont, malgré leur raideur, une grande fermeté. Le décor, tantôt peint en noir sur la terre elle-même, tantôt en noir et rouge sur un engobe blanc, est presque toujours admirablement mis en place et d'une grande science de détail. Par leur technique et leur décor, ces poteries du Nord marocain rappellent de très près certaines poteries égéennes. Dans bien d'autres régions du Maroc, les poteries rurales, plus grossières, ne se distinguent en rien des poteries néolithiques.

Les tapis et les étoffes, d'une grande richesse de types, sont sans doute ce que l'art berbère a produit de plus achevé.
Les arts textiles sont surtout florissants chez les transhumants du Moyen-Atlas. On trouve là de nombreuses variétés de tapis à très haute laine, aux motifs tout géométriques, aux teintes à la fois vigoureuses et cha­toyantes. Les mêmes tribus produisent des étoffes ornées de bandes décoratives, souvent même couvertes de motifs géométriques, où le décor rectiligne des Berbères atteint à la richesse et à la virtuosité. Dans le Sud marocain, si le décor se fait plus simple, si le jeu des couleurs se réduit parfois à l'opposition du blanc et du noir, la composition décorative, surtout chez les Ait Ouaouzguit, est admirable de sûreté et d'une éton­nante variété. Dans les plaines du Sud, divers tapis mêlent, dans des proportions variables, les traditions berbères à des influences venues des villes. En revanche, on fabrique dans une des villes les plus andalouses du Maroc, à Salé, des étoffes de tradition berbère.



Brasero et kanoun.

Les arts du métal ne sont pratiqués que dans l'Extrême Sud et dans le Moyen-Atlas. Les bijoux, les armes et les cuivres du Sud marocain dérivent manifestement de l'orfèvrerie, de la bijouterie et de la dinanderie espagnoles des XV° et XVI° siècles : des fugitifs grenadins et morisques ont sans cloute amené en pays berbère les formes d'art de leur patrie. Mais l'ancien décor hispano-mauresque s'est simplifié et géométrisé : il a pris ainsi une force et une beauté nouvelles. Les bijoux du Moyen-Atlas, plus rudes, accusent ainsi des influences urbaines.

Ainsi l'art ne se trouve plus guère que dans de vieux pays berbères, au coeur et en bordure de la montagne. Il est absent des plaines, sauf lorsque des tribus berbères ont pu conserver ou réoccuper le pays.

Si les arts berbères nous apparaissent aujourd'hui sporadiques, il ne faudrait pas en conclure que cet art — à l'intérieur de ses limitations volon­taires — manque de sève et de force. Il reste vivace et étonnamment riche en variantes de détail partout où il a pu se maintenir. Si l'art des villes l'a parfois contaminé, il n'a pas tardé à modifier, suivant sa tradition propre, ces apports étrangers. Ses formes, et surtout son esthétique, ont, à leur tour, franchi les portes des cités : les thèmes de l'art hispano-mauresque, surtout dans les arts féminins comme les broderies, et en particulier dans la broderie de Fès, tendent invinciblement à se géométriser, à s'ordonner en chevrons et en losanges.

Les plus antiques traditions artistiques du pays transforment de nos jours des apports étrangers déjà anciens. Si l'art berbère est aujourd'hui un art résiduel, c'est que les plaines ont été arabisées et bédouinisées, puis balayées sans cesse par les expéditions des sultans. La rupture des anciens cadres sociaux, la disparition des vieilles tribus, la recrudescence du nomadisme ont fait reculer l'art berbère. Mais l'art des villes n'est pas venu occuper cette place vide. Ce no man's land artistique exprime, à sa pauvre et éloquente manière, le bouleversement et la corrosion de la vie berbère par l'invasion bédouine, ainsi que l'appauvrissement des régions les mieux douées du pays.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 22 Mai - 13:25


Si les origines des arts berbères se perdent jusque dans les ombres de la préhistoire, les origines des arts hispano-mauresques qui survivent dans la plupart des villes du Maroc, nous sont bien connues : comme presque toute la civilisation musulmane et urbaine du Maroc, ils ont été empruntés à l'Espagne.

L'art du Maroc romain semble déjà s'apparenter à l'art de la Péninsule ibérique autant et plus qu'à
l'art romain d'Afrique. L'Islam paraît d'abord relier la Berbérie à l'Orient : les plus anciens monuments du
Maroc révèlent l'influence de l'art du califat de Bagdad. Mais à partir du X° siècle, Cordoue et l'Andalousie,
devenues le foyer de la civilisation musulmane d'Occident, font sentir leur toute-puis­sante attraction. Et lorsque des sultans marocains, les Almoravides et les Almohades, régneront des deux côtés du Détroit, l'art hispano-mauresque fera la conquête des ggrandes villes du Maroc.

Les premiers monuments hispano-mauresques qui s'élevèrent au Maroc, aux X°, XI° et XII° siècles, sous les Zénètes, les Almoravides et les Almohades, sont mani­festement l'œuvre d'architectes et d'ouvriers d'art espagnols. Mais dès la fin du XII° siècle, des ateliers d'art durent exister dans quelques grandes villes du Maroc. Ces ateliers, surtout ceux de Fès, vécurent du XIII° au XV° siècle en étroite liaison avec ceux de la Grenade nasride, devenue, après la grande conquête du XIII° siècle, le refuge de la civilisation musulmane d'Espagne. Grenade tombée, les villes du Maroc recueillirent à la fin du XV° siècle les derniers legs de l'art hispano-mauresque. Mais elles se montrèrent incapables de faire fructifier et même de garder intact ce bel héritage. Exilé d'Espagne, l'art hispano-mauresque ne fut plus qu'un art sans sève, tout entier tourné vers son passé et qui, incapable de se renouveler, commença dès le XVI° siècle, une lente et irrémédiable décadence.

Au début du XVII° siècle, les derniers tenants de l'Islam et du judaïsme espa­gnols, les Morisques, furent expulsés d'Espagne. Ils apportèrent avec eux dans les villes de la côte ou du Nord du Maroc où ils se réfugièrent, un peu de l'art de la Renaissance espagnole.

Mais le Maroc se fermait déjà à toute influence étrangère. L'influence des Mo­risques, celle de quelques renégats qui purent élever des forteresses pour les sultans sa'diens ou 'alaouïdes, celle des places portugaises de la côte, ne changèrent rien à l'art du Moyen Age qui survivait au Maroc. Bien plus : quelques-unes des formes em­pruntées à l'art de la Renaissance furent envahies et comme reconquises par le décor hispano-mauresque.

Cet art importé est presque toujours un art dynastique : ce sont les grandes dynasties marocaines qui se sont mises à son service et qui ont réussi à l'acclimater au Maroc. Les grands monuments du pays sont presque tous dus à l'action personnelle des souverains. Peu de faits expriment mieux combien les sultans ont confondu leur cause avec celle de l'Islam et de la civilisation urbaine qu'il amenait avec lui. Les monuments et les industries hispano-mauresques ne se trouvent guère que dans les villes où survit une civilisation de souche hispanique. Leur présence est liée à l'exis­tence d'un fonds de vieilles populations citadines qui garde sa vie et ses traditions propres. Les bourgades rurales, ainsi que la plupart des villes de la côte, qui, jadis occupées par les Espagnols ou les Portugais, ont été peuplées à leur reconquête par les tribus du voisinage, sont dépourvues de métiers d'art comme de monuments de valeur. Dans ce petit nombre de cités, les arts hispano-mauresques se répartissent d'une manière inégale, capricieuse en apparence, mais qui s'explique par l'histoire du pays et de ses villes.


Fusils marocains.

Seules les œuvres de la dynastie des 'Alaouides, qui règne sur le Maroc depuis le XVII° siècle, se retrouvent presque partout. Mais ces monuments récents et trop souvent médiocres, n'ont guère changé la physionomie monu­mentale des villes où ils s'élèvent. Chaque cité garde la marque in­délébile de la dynastie qui en fit sa capitale ou qui se trouva à la favoriser.

L'art des émirs Zénètes et des Almoravides ne peut s'étudier qu'à Fès. Mais l'art des Almohades triomphe à Marrakech qui fut leur capitale et à Rabat, leur camp de guerre sainte. Les Mérinides donnèrent à Fès sa physionomie actuelle en fondant Fès J'did et en ornant Fès Bali de ses médersas et de ses plus belles maisons. La longue durée de cette dynastie et son souci de continuer l'œuvre des Almohades, la firent s'intéresser à d'autres villes de l'empire, en particulier à Taza, l'ancien ribat almohade et la gardienne du royaume à l'Est ainsi qu'aux villes du Bouregreg, où ils bâtirent, pour les princes mérinides com­battant pour la Foi, la nécropole de Chella.

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Fusils marocains.
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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 22 Mai - 16:55



Les sultans Sa'diens, venus du Sous, don­nèrent sans doute à la vieille ville de Taroudant sa physionomie actuelle. Hommes du Sud, ils se défièrent de Fès, qu'ils se contentèrent d'en­tourer de nouveaux bastions, mais tirèrent Marrakech de son abandon pour en faire leur capitale : leur œuvre ne fut souvent qu'une restauration ou une imitation de l'œuvre des Almohades. Le caprice du second sultan 'alaouide, le rude Moulaï Isma'il, fit de Meknès, jusque-là satellite de Fès, la capitale du Maroc. D'immenses palais y furent bâtis; la ville commerçante fut presque refaite : aussi Meknès est-elle, dans son ensemble, une ville du XVIII° siècle.



Céramiques polychromes de Fès.


Des cités moins importantes fixèrent leur destinée et leur physionomie en dehors de l'action directe des dynasties, Tétuan et Chéchaouène, peuplées de réfugiés andalous, restent des villes des XV° et XVI° siècles. L'actuelle médina de Rabat fut fondée par des Moriscos au début du XVII° siècle. Tanger, Arzila, Azemmour, Mazagan, Safi n'ont pas d'autres monuments importants que leurs remparts ou
leurs vestiges portugais.

La répartition des anciennes industries hispano-mau­resques est presque aussi irrégulière que celle des monuments. Seuls les arts liés à l'architecture : la menuiserie, la sculpture et la peinture sur bois, le fer forgé, se trouvent dans toutes les villes de quelque importance. Les ateliers de Marrakech conservent quelque originalité, mais c'est presque toujours de Fès que viennent les meilleurs ouvriers.

Si la bijouterie se retrouve aussi dans presque toutes les villes, c'est qu'elle est aux mains des artisans juifs qui lui ont fait perdre toute originalité et presque toute beauté.

Les céramiques vernissées ne se voient qu'à Fès : celles de Meknès et de Safi ne sont que des dérivés tardifs de cette industrie de la capitale. Les soieries ne se tissent qu'à Fès et à Tétuan. Les relieurs et enlumineurs ne se trouvent guère qu'à Fès.

Les broderies ont une aire d'expansion un peu plus grande. En dehors de Fès et de Meknès, on les trouve dans toutes les villes où se réfugièrent des Grenadins et des Moriscos : à Tétuan, à Rabat, à Salé, à Azemmour. Certaines d'entre elles dérivent des broderies grenadines ou mudéjares; d'autres sont des broderies de la Renaissance espagnole. La technique s'est admirablement conservée, tandis qu'elle s'est presque toujours dégradée en Espagne, où survivent, dans les arts populaires, des broderies de même souche.

Les tapis, si nombreux en tribu, sont presque absents des villes. Le tapis de Rabat est dans l'ensemble, une réplique des tapis d'Asie Mineure; toutefois, dans bien des pièces, l'influence des tapis hispano-mauresques reste visible. Les nattes de jonc, industrie ramenée d'Andalousie par les Moriscos, ne se trouvent qu'à Salé.




Grillage de fenêtre en fer forgé.

Fès, la dernière des métropoles de l'art hispano-mau­resque, est donc seule à posséder la gamme à peu près complète des métiers d'art. La présence de quelques-unes de ces industries dans les autres villes ne s'explique souvent que par l'histoire de leur peuplement. Quelques motifs orientaux ou européens mis à part, tous ces arts industriels ne font que prolonger en terre africaine les anciens métiers de l'Espagne musulmane.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 22 Mai - 17:03

Ainsi l'art est bien loin de régner partout au Maroc, il ne se trouve que dans les tribus qui ont pu garder leur vie berbère et dans les villes où l'action des dynasties aidée par celle des réfugiés andalous, a pu im­planter une civilisation étrangère. Mais en tribu comme derrière les murs des villes, nous voyons survivre des arts qui appartiennent à des époques révolues. Dans leur dualisme, les arts marocains vivent sous le signe du conservatisme et de la discontinuité.

Rien ne frappe plus, de prime abord, que cette puissance de conservation des arts marocains. Des industries néolithiques aux arts de la Renaissance espagnole, on ne voit vivre ici que des formes et des techniques du passé. Si l'on néglige les détails, les arts marocains se groupent en deux blocs homogènes; les arts berbères qui sont de souche égéenne et les arts de l'Espagne musulmane réfugiés au Maroc. Ces deux traditions artis­tiques correspondent aux deux genres de vie qui se partagent le pays. Elles expriment que le Maroc n'a vraiment accueilli qu'un tout petit nombre de civilisations et qu'il s'est muré, pendant de longues périodes d'isolement, dans un prodigieux conservatisme.

A l'intérieur même de chacun de ces deux grands domaines, l'art reste sporadique. En bien  des endroits, il manque  tout à fait.  Ce conservatisme  et  cette  discontinuité  assez  contradictoires  en eux-mêmes,  ne viennent pas d'une incapacité artistique  de la race.  Dans la pauvreté  berbère   comme   dans   l'atmosphère   confinée  et  la pauvreté  à peine moins  grande  des   ateliers  citadins,   de   grandes   traditions   artistiques   ont   pu   se   maintenir pendant   des   siècles.   Bien   plus :   les   arts   marocains,   malgré   la   diversité   de   leurs   origines,   ont   une   pro­fonde    unité    esthétique.    Berbères    ou    citadins, hommes   ou   femmes,   les   artistes   marocains   se sont    toujours    distingués    par    la    fermeté,    la logique  et  aussi  l'inépuisable richesse -      à  l'in­térieur des thèmes traditionnels -  de leurs com­positions décoratives.  D'un  mouvement instinctif, ils   tendent   à   géométriser   tous  les   décors   qu'ils ont  reçus.  Enfin,  s'ils  inclinent  au  bariolage  in­discret, ils aimaient naguère la simple opposition de  quelques  couleurs  franches,  juxtaposées   sans être fondues.  Sous  des formes  qui  sont  presque toutes  des formes   d'emprunt et malgré  sa  pau­vreté d'invention, le Maroc révèle, dans le domaine de l'art comme dans tant d'autres, sa forte per­sonnalité.



Bourgeoises marocaines en costume de ville.


Si les arts marocains restent à la fois aussi divers et aussi rares, c'est que, comme le pays tout entier, ils ont été victimes de l'his­toire. Lorsque on les considère dans leur passé - et  on ne saurait  les comprendre autrement - ils révèlent eux aussi que le Maroc est un pays qui fut en partie déséquilibré et disloqué par l'invasion bédouine, un pays où les dy­nasties et leur makhzen, en essayant de dominer, par des moyens sommaires, un monde de tribus archaïques et vigoureuses, ont été impuissants à donner à leurs peuples la force de l'unité et le bienfait de la paix. Au moins, ces dy­nasties ont-elles réussi à implanter dans les villes et au nom de l'Islam, la plus belle des civilisations musulmanes, celle qui avait fleuri en Europe. Comme toutes choses ici, les arts ma­rocains expriment la prédominance des événe­ments fortuits et des illogismes humains sur les aptitudes naturelles du pays : le primat de l'histoire sur la géographie.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 24 Mai - 11:14

Stéphane LAMARCHE  
Ecole coranique à Marrakech.

QUATRIÈME    PARTIE


LE  MAROC  ACTUEL


par René HOFFHEIUL

avec le concours de Paul Mauchaussé, Marcel Bousser, Jean Dresch, Henri Mazoyer et Jean Plasse.

I. — LES CONDITIONS DÉMOGRAPHIQUES
ET LA   STRUCTURE ADMINISTRATIVE  DU MAROC


1.        DÉMOGRAPHIE.


Aux termes du dernier recensement effectué, celui du 8 mars 1931, et sans méconnaître les bases encore approximatives des données recueillies, il semble que la population civile du Maroc atteigne un volume global de plus de 4.881.000 habitants. L'Empire chérifien se classe ainsi au second rang des pays nord-africains (Algérie, 5.978.933et Tunisie, 1.904.717).

La densité de sa population évolue autour de 16,5 au kilomètre contre 28,65 en Algérie, et 19,50 en Tunisie. Elle comporte un pourcentage comparativement plus élevé dans la zone atlantique qui englobe deux groupes distincts de part et d'autre du massif central.

Dans le groupe Nord, les grandes plaines de culture de Khémissèt, Meknès et Fès sont elles-mêmes beau­coup moins peuplées que le Rif où se maintiennent des populations aux modes de vie complexes. La population dépasse souvent 40 et même 45 habitants au km2 (Teroual, 48; Karia, 53; Kelaa des Sless, 63; Béni Oulid, 72).

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 24 Mai - 11:22


Au Sud du massif central, la carte de densité correspond assez exactement à la carte des pluies. Toute la région côtière jusqu'à l'annexe de Tamanar, présente une densité supérieure à 30, mais ne dépasse guère 40.

La densité augmente à nouveau dans la plaine d'el-Kelaa et le Haouz de Marrakech, arrosés par les fleuves issus du Grand-Atlas, et au pied même de la montagne. Dans le Sous, la population se concentre, soit le long de l'oued, soit le long du dir du Grand-Atlas et surtout de l'Anti-Atlas.

Le chiffre total de la population marocaine englobe à la fois les résultats propres à chacun des deux milieux si diversement évolués qui coexistent sur le sol chérifien, tout en conservant leurs habitudes propres de travail et d'existence, l'un d'origine européenne, dont la fébrilité ne peut toujours s'accommoder d'une colla­boration raisonnable du temps, l'autre qui continue à mesurer son activité aux exigences du salaire physiologiquement indispensable.

Plus important numériquement, le bloc indigène se compose d'éléments différents.

La population musulmane, on l'a vu, est traditionnellement répartie en deux groupes bien tranchés que l'on désigne par des noms de races : les Berbères plus ou moins islamisés qui occupent la plus grande partie des campagnes et les Arabes, représentés par les habitants des villes et de quelques tribus de plaine.


Carte établie par M. Jean DRESCH.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 24 Mai - 11:40


Il semble pourtant que le vieux fonds berbère ait absorbé les éléments arabes. Les déplacements, le morcellement naturel de tribus devenues trop grandes pour subsister sur leurs territoires primitifs et les innom­brables migrations des peuples pasteurs, ont fait des groupes sociaux de l'Afrique du Nord l'écheveau le plus emmêlé qu'on puisse imaginer. Dans ces conditions, on ne peut s'en tenir qu'au critérium linguistique : en dis­tinguant arabophones et berbérophones, ceux-ci divisés en trois dialectes correspondant ap­proximativement aux trois régions qu'ils occupent : Rif, Moyen-Atlas et hauts plateaux entre les massifs montagneux et la plaine; Haut-Atlas, enfin Sous et Anti-Atlas.



Un tisserand à Marrakech.

Parmi les musulmans, il faut aussi noter les Andalous en petit nombre et réfugiés dans les villes et les nègres, anciens esclaves ou soldats disséminés dans les villes ou dans les tribus et dont la densité augmente en allant vers le Sud.

Aux côtés des musulmans, les Juifs moins nombreux (environ 3 % de la popu­lation indigène) tiennent une place importante par leur activité, leur vitalité et leur faculté d'assimilation. D'origines diverses, ils se sont surtout groupés dans les villes où ils forment des communautés particulièrement denses, à Casablanca, Mogador, Sefrou, Debdou, Rabat et Mazagan. Ils exercent des professions d'artisans, de commerçants et même pour certains éléments évolués, libérales.

Les éléments européens ne représentent qu'un pourcentage restreint par rapport à l'ensemble de la population (3,5 % contre 13 %), mais ils compensent leur infériorité numérique par la supériorité de leur potentiel économique et social. Le développement de cette population s'est effectué à un rythme rapide (172.000 Euro­péens en 1931 contre 104.700 en 1926). Cet accroissement n'est pas seulement dû à l'excédent des naissances sur les décès, mais surtout à l'immigration. C'est ainsi que pendant la période quinquennale considérée 20.000 immigrants environ sont entrés au Maroc. L'importance même de ce mouvement d'immigration expli­que les aspects particuliers que revêt la composition par âges de cette population (4 % seulement de vieillards de 60 ans et au-dessus contre une moyenne de 14% dans la métropole).



Pyramide des Ages ( total des Européens )
Etabli par M. Jacques Le Meur.


Quelle que soit la vitalité des éléments européens, leur nombre n'a guère de chances de s'accroître sensiblement, au moins à l'époque présente, car les dispositions sévères restrictives de l'immigration édictées par les dahirs du 20 octobre 1931 et du 15 novembre 1934 ont rendu très difficile pour des éléments nouveaux l'accès de ce pays où, d'autre part, la crise et l'arrêt des travaux d'équipement constituent d'autres raisons de cette situation. Tant que ces conditions n'auront pas été modifiées, la population européenne ne s'accroîtra que par le jeu normal des excédents de
naissance sur les décès. D'ailleurs, du fait de la composition par âge des éléments européens, ces excédents sont en progression régulière (2.839 en 1926; 4.275 en 1933). Le coefficient de natalité atteint 31 % en 1931 tandis que le coefficient de mortalité reste très bas (14,7% en 1931).

Nationalement, à l'heure actuelle, l'élément français l'emporte largement; on comptait au dernier recen­sement 115.084 citoyens français et 12.355 sujets et protégés français, soit un total de près de 128.000 ressor­tissants, c'est-à-dire les 2/3 de la population européenne du Maroc.

Cette supériorité est d'autant plus effective qu'elle est aussi qualitative. Les Français sont fonctionnaires, ou exercent des professions libérales, ou, plus nombreux dans les petites agglomérations et dans le bled, assurent ainsi une emprise plus complète sur le pays.

Les Espagnols figurent pour 22.000; la plupart se vouent à la fonction agricole, mais beaucoup aussi à la fonction commerciale, si bien que les trois villes de Casablanca, Rabat et Oujda groupent les 2/3 de la population espagnole du Maroc français. Le contingent italien, important à Casablanca, ne dépasse point 13.000 pour l'ensemble du Maroc français.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 24 Mai - 11:53

Les Portugais, les Suisses, les Britanniques et les Russes viennent ensuite avec des effectifs plus restreints.

La population européenne, qui s'est plus volontiers installée dans la zone atlantique du Maroc, offre un aspect essentiellement urbain. Rien n'est plus expressif de cette concentration urbaine que l'agglomération euro­péenne de Casablanca qui s'est enflée en cinq ans de 34.984 habitants en 1926 à 55.291 en 1931. A elle seule, Casablanca absorbe près de 40 % des Européens ins­tallés au Maroc.

Une telle expansion démographique explique le surprenant essor de la construction au Maroc jusqu'en 1929.

Dans l'ensemble la population urbaine du Maroc, en distinguant ses fondements européens et non euro­péens, se totalisait en 1931 comme suit :


Encore que le Maroc possède trois villes supérieures à 100.000 habitants : Marrakech, Fès et Casablanca (en Algérie, deux seulement et en Tunisie, une) et que les deux premières de ces agglomérations tirent surtout leur importance du peuplement autochtone, il n'en reste pas moins que les habitants des villes ne figurent que pour une faible proportion de la population marocaine totale, moins de 15 %. Davantage encore que les autres terres nord-africaines, le Maroc demeure un pays de ruraux. Sur une popu­lation indigène de 4.709.229 habitants, près de 4.110.000, dont à peine 25.000 Juifs, soit 86 % de la population totale, vivent à la campagne. On notera par contre qu'à la différence des autres provinces de l'Afrique du Nord, les deux plus grandes agglomérations se trouvent à l'intérieur des terres : Marrakech à 150 kilomètres et Fès à 200 kilomètres de la côte.


Quartier indigène moderne à Casablanca.

Le brusque épanouissement de certaines cités n'a pas été sans provoquer un fâcheux déplacement des paysans du « bled » vers les villes, leurs chantiers de construction, leurs usines. On a pu chiffrer à 200.000 le total des indigènes ainsi soustraits, de 1926 à 1931, à l'économie agricole et qui sont venus s'entasser dans les misérables « bidonvilles » qui bordent les grandes collectivités marocaines. La crise a ainsi accru la mobilité des populations marocaines en provoquant des transferts de main-d'œuvre qui ne sauraient se confondre avec les mouvements migratoires traditionnels dans l'histoire du Maroc, qu'il s'agisse du pur nomadisme aux époques d'insécurité, de la transhumance des tribus de pasteurs, ou de l'instabilité saisonnière des habitants du Sous, du Rif ou du Maroc oriental à la recherche de ressources d'appoint pour compléter l'insuffisance des ressources locales. Il semble à cet égard que le Maroc oriental tire une trentaine de millions de francs de l'embauchage par l'Algérie de travailleurs rifains au moment des moissons et des vendanges.

Au contact de l'économie européenne, la société marocaine trouve ainsi des possibilités nouvelles de travail et d'enrichissement. L'expérience prouve par exemple que le peuplement européen, loin de gêner le peuplement indigène, le favorise. Les circonscriptions administratives fortement colonisées ou à solide encadrement européen enregistrent une progression manifeste de l'élément indigène; c'est le cas par exemple de la région de la Chaouia.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 24 Mai - 12:08

L'extension de la population européenne entraîne bien souvent avec lui une extension de la population indigène (par exemple, Oujda, Souk el-Arba, Berkane, Oued-Zem). La production récente de primeurs des Zenata entre Casablanca et Fédala a provoqué en cinq ans un accroissement de plus du tiers des éléments indigènes (13.800 contre 10.300).

La mine multiplie très vite les chances de rémunération des pays. En dix ans, de 1922 à 1933, l'Office des phosphates a distribué 100 millions de salaires à ses ouvriers indigènes et entretenu ainsi un milieu de 20.000 personnes sur un plateau encore inhabité avant la fin de la guerre, et les mines de Jerada, à peine entrées dans la période d'exploitation, versent déjà à leur personnel local près de deux millions de salaires.

Globalement, l'économie européenne paye plus de 300 millions de salaires aux indigènes, correspondant au travail de 100.000 personnes au moins (fonctionnaires civils et militaires non compris). Seuls, l'enrichissement et l'effort solidaire des deux économies européenne et marocaine permettront, en mobilisant les richesses du milieu physique, de l'aménager pour faire face à un excédent régulier de population. Ce n'est point surestimer le coefficient d'accroissement de cette population que de le chiffrer entre 2 et 3 % annuellement.



Villa à Rabat.

2.   —   STRUCTURE  ADMINISTRATIVE.

La formule du Protectorat qui associe le Gouvernement de la République française à une monarchie théocratique absolue pour l'exercice de la souveraineté de l'Empire chérifien, compose à ce pays une physio­nomie très spéciale.

Les traits essentiels de notre droit public caractérisé par le gouvernement des citoyens par eux-mêmes, et par la séparation des pouvoirs, ne sauraient convenir ni aux sujets de l'Etat protégé, ni aux citoyens de l'Etat protecteur, en sorte que les lois préparées et promulguées par le Résident sont faites par le Sultan, qui est législateur, administrateur et juge.

L'administration, qui s'identifie au Maroc avec l'Etat, est donc tout autre chose et beaucoup plus que dans les nations européennes. Elle intervient à tout moment dans la vie du pays, non seulement parce que ses pouvoirs sont très étendus, mais encore parce que l'héritage des traditions musulmanes a conféré à l'Etat le domaine éminent de biens immobiliers considérables.

En droit, l'administration est maîtresse de la confection du budget. En fait, ses pouvoirs absolus sont tempérés par  l'existence  d'organismes consultatifs : commissions municipales nommées. Dans les régions : chambres corporatives de commerce et d'industrie à sections françaises et indigènes, celles-ci nommées, celles-là élues. Ces chambres forment avec l'appoint d'un troisième collège élu représentant les citoyens français, le Conseil du gouvernement, qui formule son avis sur le budget et fait part au Résident des desiderata de la colonie. Il s'agit là d'assemblées purement consultatives qui laissent entiers les pouvoirs de l'administration.

Le traité de Fès du 30 mars 1912, consacre à la fois la souveraineté du Sultan, l'organisation d'un makhzen chérifien réformé, et l'institution du Protectorat français ayant à sa tête un commissaire résident général et muni
des organismes nécessaires pour assurer la réforme administrative et le développement du pays, ainsi que le
contrôle du makhzen. A cet effet le Résident dispose des forces militaires et d'un corps de contrôleurs civils et militaires. Ces éléments, les seuls qui participent, au nom et pour le compte du gouvernement français à l'exercice de la souveraineté, constituent les services du Protectorat de la France au Maroc, au sens strict. Ils doivent être distingués des services du gouvernement chérifien qui comprennent le makhzen chérifien grou­pant d'anciens départements ministériels, purement indi­gènes, à la tête desquels se trouvent placés les vizirs, et les services chérifiens nouveaux à personnel français, créés pour répondre aux besoins que notre présence a fait naître (administration générale; services financiers; services d'intérêt économique; travaux publics; agriculture; commerce; P.T.T.; services d'intérêt social; instruction publique; hygiène.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 24 Mai - 12:17

L'analyse plus détaillée de ces ser­vices centraux, cal­qués sur les servi­ces publics français., manquerait d'inté­rêt, mais il importe d'examiner com­ment ont été résolus à l'échelon d'exécu­tion, les problèmes de l'administration comprise dans sa fonction essentielle, c'est-à-dire l'exer­cice de la puissance publique.

Il faut tenir compte à la fois des institutions tradi­tionnelles acceptées par les indigènes et adaptées à leur genre de vie; du contrôle de ces ins­titutions par le Gouvernement pro­tecteur dont les agents devront être placés à côté des anciens chefs indi­gènes sans se subs­tituer à eux; et enfin de l'existence d'éléments euro­péens de plus en plus nombreux qui entendent être ad­ministrés par des organismes sembla­bles à ceux dont ils ont l'habitude et qui ne peuvent être soumis au régime des indigènes.





D'après les cartes du Service Géographique du Maroc.
Carte d'ensemble et détails.

La résultante des efforts que nous a imposés le souci de concilier cette diversité d'institutions s'inscrit sur la carte où figurent les divisions territoriales. Selon le point de vue auquel on se place, on constate que les deux éléments de base de cette organisation sont la région ou la tribu.

La tribu, malgré son extraordinaire imbroglio ethnique, forme un bloc homogène soudé par des géné­rations de vie commune. Si son ancienne autonomie a disparu, elle a subsisté comme élément de base de l'administration marocaine, et constitue le relais par lequel les différents services publics sont obligés de passer pour atteindre l'individu. Son chef, le caïd, à la fois administrateur, juge, commissaire de police, souvent collecteur d'impôts, est placé sous le contrôle d'un fonctionnaire français.

Les tribus sont groupées en districts administratifs dont le nom varie avec l'importance (circonscription, annexe, poste).

La région, au contraire, création nouvelle des autorités françaises, est la base de l'organisation adminis­trative instaurée par le Protectorat. Véritable province correspondant à de très vieilles divisions du pays, elle est constituée par définition des unités habituelles que déterminent les conditions géographiques et historiques.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 24 Mai - 14:45


II — LES LIAISONS MARITIMES, FERROVIAIRES, ROUTIERES
ET AÉRIENNES DU MAROC


1. — LES PORTS.

L'équipement maritime, routier, ferroviaire et aérien du Maroc constitue un des aspects les plus sensibles de l'œuvre française dans l'Empire chérifien. Chose curieuse, ce pays pourvu d'une étendue de côtes de plus de 750 kilomètres n'était par tradition ni un peuple de pêcheurs, ni un peuple de navigateurs. Antérieurement à notre installation, on ne comptait qu'un petit nombre de rades bien situées et abritées comme Mazagan où l'on pouvait trouver un abri précaire. Aujourd'hui, le trafic maritime représente en poids et en valeur plus des 9/10 du trafic extérieur total, avec un port principal : celui de Casablanca, débouché normal des 4/5 des échanges du Maroc avec le dehors.

Le tonnage du port de Casablanca, inférieur à 130.000 tonnes en 1913, a dépassé 3 millions de tonnes en 1929, pour se fixer en 1934 à 2 millions 450.000 tonnes. Progression surtout postérieure à la guerre européenne et liée étroitement à l'importance des expéditions de phosphates qui totalisent à elles seules la moitié des embarquements.

En dépit de cette concentration de trafic à Casablanca, les ports du Sud conservent une certaine vitalité, encore que leur activité comporte de nom­breuses oscillations. Tels sont Mogador, Mazagan, Agadir, Safi surtout, exutoire des phosphates du nouveau bassin de Louis-Gentil, et qui s'efforce d'an­nexer Marrakech à son hinterland.



Au nord de Casablanca, les ports de Rabat et de Kenitra (Port-Lyautey) présentent cette commune caracté­ristique de consti­tuer des ports flu­viaux; l'un à l'em­bouchure du Bou- regreg, l'autre sur le Sebou à 17 kilomè­tres de la mer.

Sur la façade méditerranéenne, et en dehors du port international de Tanger, le Maroc français a vaine­ment revendiqué des débouchés maritimes. Le pro­blème des liaisons maritimes du Maroc oriental a été résolu au profit des ports algériens d'Oran et de Nemours.

Port de Casablanca : le môle du commerce.

2. - LE RÉSEAU ROUTIER.


Dès le début du Protectorat, l'insuffisance vite reconnue de la navigation fluviale sur l'Oued Sebou, et les entraves diplomatiques à la construc­tion immédiate de chemins de fer commerciaux, ont contribué à précipiter la création du réseau routier marocain, qui s'est rapidement multiplié pendant la guerre avec la politique des grands travaux et ultérieurement avec les progrès de la circulation automobile.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 24 Mai - 14:59

Le plan d'établissement, primitivement conçu de façon à relier les ports entre eux par une ligne côtière, à opérer la liaison de ces ports, et surtout de Casablanca, avec les grandes villes de l'inté­rieur (Marrakech, Meknès, Fès) et, enfin, à joindre le Maroc à l'Algérie par le seuil de Taza, est aujourd'hui dépassé et constitue l'ossature du réseau actuel.
A ces routes, il faut encore ajouter 930 kilo­mètres de « chemins de colonisation » analogues aux chemins vicinaux de France, environ 20.000 kilomètres de pistes entretenues et auto cyclables, et 450 kilo­mètres de routes militaires empierrées.


Faibles déclivités, courbes à grand rayon, plates-formes de 10 et même de 12 mètres de lar­geur (entre Rabat et Casablanca), chaussées de 5 et souvent 6 mètres, grande visibilité, signalisation moderne, telles sont les caractéristiques principales des routes marocaines. Toutes comportent une largeur d'emprise considérable (30 mètres) permet­tant toutes les améliorations et tous les élargis­sements nécessaires sans coûteuses expropriations et le report sur des pistes latérales de la circulation des troupeaux ou des caravanes.

La   circulation   automobile   sur   ces   routes   est intense. Sur les 51.826 véhicules immatriculés au 1er janvier 1935, 33.000 environ (d'après   les   données fiscales) sont en circulation. La souplesse de l'auto­mobile lui permet de s'adapter aux habitudes de la clientèle  indigène qui se plie difficilement aux exigences d'un horaire fixe, de répondre exactement aux besoins du « souk »  à trafic intermittent, de pénétrer jusqu'aux douars les plus éloignés et de compléter le réseau ferroviaire actuel.

Les ponts de la route et du chemin de fer entre Casablanca et Rabat.
3. - LE RÉSEAU FERRÉ.


Contrarié par les nécessités diplomatiques, et sur­tout par une interprétation stricte du traité franco-allemand de 1911 qui subordonnait la construction de toute voie ferrée à la mise en adjudication préalable de l'ensemble de la ligne de Tanger-Fès, le réseau actuel dessiné dès 1913, n'a vu que peu à peu et tardivement le jour. Dans l'intervalle, afin de satisfaire au transport des troupes et des marchandises, il a fallu établir un chemin de fer provisoire à voie de 0m.60, toléré par les conventions diplomatiques, et qui ne conserve plus aujourd'hui qu'un intérêt historique.

Le réseau actuel, établi uniformément sur le type de la voie de 1m.44, se compose d'une artère principale en arc de cercle de Marrakech à Oujda via Sidi el-Aïdi, Casablanca, Rabat, Port-Lyautey, Petit Jean, Meknès, Fès, Taza, qui constitue le dernier tronçon de la voie impériale achevée depuis 1934 qui unit Marrakech à Tunis.

A cette voie se rattachent quelques lignes essen­tiellement minières (ligne de Sidi el-Aïdi -sur la voie Casablanca-Marrakech-, à Khouribga et Oued-Zem, déci­dée en 1917 pour la desserte des phosphates, ligne de Benguérir à Safi, concédée en 1929 pour doubler celle de Casablanca à Oued-Zem, ligne d'Oujda à Bouarfa, concédée en 1927 pour desservir les mines des man­ganèses de Bouarfa et celles de charbon de Jerada).

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 24 Mai - 15:15

L'électrification du réseau occidental a été décidée tant en raison de la mauvaise qualité des eaux pour l'alimentation des chaudières, que pour permettre la mise en œuvre d'un programme général d'électrification du pays en utilisant au maximum ses possibilités hydrauliques. A l'heure actuelle, toutes les lignes situées à l'Ouest de Fès en dehors de celle de Benguérir à Safi et des tronçons Port-Lyautey à Petit Jean et Petit Jean à Tanger, sont électrifiées.

Le réseau est réparti entre trois compagnies concessionnaires d'ailleurs étroitement solidaires :
La Compagnie franco-espagnole du chemin de fer de Tanger à Fès exploite la ligne de Tanger à Fès aujourd'hui complètement achevée, longue de 315 kilomètres, dont 203 en zone française entre Fès et Arbaoua, 92 en zone espagnole, 20 en zone tangéroise. Son directeur général est aujourd'hui en même temps, le directeur général de la Compagnie des chemins de fer du Maroc à laquelle ont été concédées les lignes suivantes :

1° De Petitjean (station de la ligne de Tanger à Fès) à Kénitra (Port-Lyautey) avec le raccordement au port de Kénitra, soit 85 kilomètres (en exploitation, inaugurée le 5 avril 1923) ;

2° De Kénitra à Casablanca par Rabat, avec les raccordements aux ports de Rabat et de Casablanca, soit 128 kilomètres (en exploitation depuis avril 1925) ;

3° De Kénitra à Souk el-Arba du Rharb ou à un point de la ligne de Tanger à Fès situé entre Souk el-Arba et Arbaoua, soit 80 kilomètres (en projet);

4° De Casablanca à Marrakech, soit 250 kilomètres (totalement exploitée  depuis  1928) ;

5° De Settat (ou d'un point voisin de la ligne Casablanca-Marrakech) à Oued-Zem (ou à un point voisin), soit 120 kilomètres (en exploitation jusqu'à Khouribga depuis 1923 et jusqu'à Oued-Zem depuis 1926) ;

6°  De Fès à la frontière algérienne,  soit 355 kilomètres (totalement exploitée depuis le 15 avril 1934).

A ce réseau, concédé en 1920, il faut ajouter la ligne de Benguérir à Safi, aujourd'hui en construction, et dont plus de 60 kilomètres sur les 145 qu'elle comporte sont à l'heure actuelle exploités.

La ligne d'Oujda à Bouarfa, longue de 304 kilomètres et entièrement construite depuis 1931, a été concédée à une Compagnie des chemins de fer du Maroc oriental, constituée par la Société des Mines de Bouarfa et la Compagnie des C.F.M. qui est d'ailleurs chargée de son exploitation.

Ce réseau sera d'autre part directement relié à la Méditerranée lorsque s'achèveront les travaux actuel­lement en cours et entrepris par l'Algérie, de la ligne Zouj el-Berhal (1) à Nemours (54 kilomètres). Vers le Sud, la prolongation du réseau en direction de Boudenib a dû être provisoirement différée, encore qu'on puisse voir dans la construction de cette antenne l'amorce du chemin de fer transsaharien.

Par ailleurs si les projets de tunnel sous le détroit de Gibraltar, qui n'apparaissent plus chimériques depuis les travaux du colonel Jevenois et les récents sondages effectués, venaient à prendre corps, le Maroc deviendrait le point de croisement entre les voies d'Europe, d'Afrique du Nord, d'Afrique centrale et même d'Amérique, rôle qu'il assume déjà en matière de liaisons aériennes.


4. — LA NAVIGATION AÉRIENNE.


Le Maroc possède en 1935 plus d'une centaine de terrains d'atterrissage et de secours alors qu'il n'y avait en France encore en 1931 pas plus de 140 aérodromes organisés.

L'aviation militaire et sanitaire a joué un rôle important dans la pacification du pays, l'avion précédant souvent l'avance des troupes; plus tardifs, les progrès de Y aviation de tourisme se révèlent surprenants depuis 1929, date à laquelle fut acquis le premier avion de tourisme par l'Aéro-Club de Casablanca. On comptait au 1er janvier 1933, 55 avions de tourisme dont 28 avions de clubs.

Quant à l'aviation marchande, elle apparaît dès décembre 1919 avec l'exploitation régulière de la ligne Toulouse-Casablanca, première voie aérienne en service entre la métropole et la France d'outre-mer.

Le réseau principal actuel est constitué par la grande ligne France-Maroc-A.O.F.-Amérique du Sud, exploitée depuis le 1er juin par la Compagnie « Air-France » qui a succédé à l'Aéropostale. De cette artère principale, se détachent un tronçon Marseille-Barcelone d'une part, et, depuis 1934, une ligne Tanger-Lisbonne exploitée par une compagnie aérienne portugaise, filiale de l'Air-France. A ce réseau doit se souder incessamment à Casablanca, la grande rocade impériale Casablanca-Alger-Tunis sur laquelle se greffe la ligne Alger-Gao-Niamey-Brazzaville, toutes deux exploitées en régie.


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1) Note hors texte : c'est le point frontière entre le Maroc et l'Algérie , ainsi nommé zouj-brel ou "deux ânes" car, pour déterminer exactement ce point un caïd marocain eut l'idée de faire partir simultanément et en sens contraires deux ânes, l'un allant vers l'est du dernier territoire marocain connu, l'autre allant vers l'ouest du dernier territoire algérien connu : le point de rencontre fut ainsi nommé zouj-brel...


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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 24 Mai - 15:20




D'après les services géographiques du Maroc.
Carte d'ensemble et détails.

Les services de la ligne France-Maroc, comportent un aller et retour quotidien; onze heures à peine suffisent pour franchir les 1.835 km qui séparent Casablanca de Toulouse et les 1.940 km entre Casablanca et Marseille. Depuis 1935, une ligne directe unit Casablanca à Paris.

Sur la voie Casablanca-Toulouse, 46.013 kg de lettres-avion ont été transportés dans les deux sens en 1934, tandis que le nombre de voyageurs s'élevait à 4.184.

La ligne de Casablanca-Dakar, longue de 2.850 km, ne comporte que des services hebdomadaires, et n'est pas encore affectée aux transports des passagers. Le fret postal est faible et n'atteint en 1934 dans les deux sens que 272 kg, alors que la même année on relevait 5.937 kg de transports de messageries.

Le trafic de la ligne Tanger-Lisbonne qui comporte des services hebdomadaires pour le transport des voyageurs, de correspondance et de messageries, semble encore impossible à évaluer en raison de l'ouverture récente du réseau.


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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Lun 26 Mai - 10:33

Exploitation agricole dans le Rharb.

III. — LA PRODUCTION AGRICOLE MAROCAINE

1.        LE MAROC, PAYS DE MONOCULTURE  CERÉALIERE
Les surfaces ensemencées en céréales représentent, en moyenne, au Maroc 94 % de la totalité des terres cultivées annuellement. La culture des céréales, simple, facile, satisfait les besoins rudimentaires du paysan marocain, en même temps qu'elle répond aux besoins d'un effort de colonisation, base de notre implantation politique. Mais elle offre l'inconvénient de soumettre l'économie tout entière aux répercussions des conditions atmosphériques. La vie fiscale, commerciale, industrielle dépendent ainsi d'une bonne ou mauvaise récolte et en définitive de pluies favorables, du régime des vents, de l'absence ou de la présence d'acridiens. En outre, une orientation aussi exclusive fait dépendre l'économie marocaine de certains débouchés extérieurs, et tout spécialement des humeurs variables de la Métropole qui, après une période de déficit, connaît depuis quelques années, un excédent céréalier qu'elle parvient difficilement à résorber.

Toutes les céréales n'ont pas au Maroc la même importance. Le tableau ci-dessous donnera une idée de leurs montants  respectifs pour l'année 1933.



L'orge représente à elle seule la moitié  des  surfaces  ensemencées,  avec une production qui varie  dans des   limites extrêmement larges, car elle est le fait presque exclusif des indigènes. Les orges marocaines sont appréciées pour la brasserie, surtout depuis l'extension des variétés sélectionnées. De plus, toutes les populations  du  Sud connaissent que le pain d'orge dont le prix demeure bas.

Le blé dur est presque entièrement consommé dans le pays, sous la forme de pain et de couscous. En Europe, il est réservé plus généralement à la fabrication des semoules et des pâtes alimentaires. A cet égard, le Maroc peut revendiquer une exportation de blés durs dans la Métropole, et au même titre que l'Algérie et la Tunisie.

Blé tendre : D'origine récente dans le pays, il a été introduit par les colons européens. Par suite de la différence des rendements, la production des colons européens est supérieure à celle de l'élément indigène dont les superficies cultivées sont pourtant plus importantes.

Le tableau qui va suivre appelle deux constatations :

1° la variabilité des rendements indigènes et la stabilité des rendements européens montrent combien une culture soignée peut atténuer les effets fâcheux des conditions atmosphériques;

2° les possibilités de production ressortent des montants de la culture européenne. Il suffit de 120.000 hectares pour obtenir près de 1.500.000 quintaux, alors qu'en 1933 la superficie totale des terres cultivées  au Maroc a été de 3.486.000 hectares, ce chiffre  étant loin de représenter l'ensemble des terres susceptibles d'être mises en valeur.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Lun 26 Mai - 11:44


Il convient de noter que sur une production de blé tendre annuelle d'environ 3 millions de quintaux, le marché intérieur n'absorbe que 6 à 700.000 quintaux. Le surplus s'offre à l'exportation et jusqu'à maintenant, la métropole a octroyé l'accès en franchise sur son sol à 1.650.000 quintaux de blé tendre marocain. Appel au Maroc d'autant plus indispensable que, pendant la période de guerre et d'après-guerre, la France a connu une longue suite de récoltes déficitaires.




Carte publiée par M. J.DRESCH dans le " Bulletin Economique du Maroc ".

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Lun 26 Mai - 12:18

La crise avait atteint déjà, dans le monde,  son point culminant que la France à l'abri d'une impor­tante barrière  douanière, n'en avait ressenti aucun effet et même importait chaque année de fortes quantités de céréales (plus de 60 mil­lions de quintaux de blé en 6 ans, de 1926 à 1932). Grâce à ce sacri­fice de prix consenti par les   consommateurs, la France a pu conserver à son agriculture des cours satisfaisants, correspondant à des conditions   de cul­ture onéreuses, à un standard de vie élevé. Mais une  seule récolte excédentaire devait avoir pour résultat  immédiat de mettre en cause l'efficacité de la protection   douanière.  C'est ce qui arriva après la  belle  récolte de  1932 quand la  France se trouva devant  une production très  supérieure à  ses  besoins réels. De toute façon le   Maroc ne maintiendra sa position sur le marché métropolitain qu'en amélio­rant la qualité de sa production, car la   minoterie réclame de plus en plus des  blés de force d'une haute valeur boulangère.



Vendeuses de pain dans le Sous.

Outre le marché local et le marché métropo­litain, le marché mondial réserve des  possibilités d'absorption des blés marocains, mais c'est là grandement une question de prix. Or, le colon a souvent effectué l'achât et la mise en valeur de ses terres à l'aide de crédits et à une période de cours élevés; les frais géné­raux pèsent d'un poids lourd sur son exploitation.

Le Maroc possède, principalement en Chaouïa et dans les Zaèr, des terres lourdes et noires capables de donner avec des méthodes de cultures rationnelles des rendements à l'hectare tout à fait séduisants et des grains de haute qualité; le climat chaud, lumineux et sec, de l'avis des techniciens, s'affirme particulièrement favorable à ces cultures. La main-d'œuvre abondante, bon marché, les disponibilités proches en engrais naturels phosphatiers, demain peut-être, l'intervention du pétrole marocain pour actionner l'outillage agricole, constituent autant de facteurs favorables d'exploitation.


2. — L'ÉLEVAGE MAROCAIN ET SES PRODUITS
Avant d'être laboureur, le Marocain fut pasteur. Très souvent, la pacification, en instaurant la sécurité, a stabilisé les tribus sur leurs terres et les a soustraites au stade antérieur de l'économie pastorale et aux habitudes de transhumance pour les engager dans une économie à prépondérance céréalière. Le pâturage et ses produits demeurent une richesse de base du pays et la sagesse conseille l'aménagement d'un système de production mixte où céréales et élevage équilibrent leurs apports.


Le bœuf marocain, de taille réduite mais résistant, se rencontre surtout dans la zone atlantique et il fait l'objet d'un petit mouvement d'exportation (1.449 têtes en 1934 représentant 1.929.000 francs).  D'un intérêt plus immédiat  apparaît  l'élevage du  porc dont  le  mouvement d'expéditions accuse des chiffres plus appréciables (36.043 têtes en 1934 représentant 8.326.000 francs contre 44.804 têtes en 1933 représentant 12.462.000 francs).

Mais l'élevage pour lequel le Maroc paraît particu­lièrement apte, celui qui semble présenter les possibilités d'avenir les plus intéressantes, c'est incontestablement l'élevage du mouton, animal essentiel dans l'histoire ma­rocaine, pour la célébration des fêtes religieuses, ou comme facteur de fixation au sol des populations.
L'élevage est répandu dans le pays entier, ainsi que le montre l'état récapitulatif ci-dessus du cheptel ovin pour 1933, dans les différentes régions.
Ces chiffres sont sujets à des variations assez fortes d'une année à l'autre, puisque dans ce pays d'éle­vage extensif, les années de sécheresse se traduisent par une forte mortalité dans la population ovine. Le trou­peau ovin estimé à 9.250.000 têtes en 1925 est tombé à 7.700.000 têtes en 1927, pour revenir à 8.850.000 en 1929 et retomber à 6.612.615 têtes en 1932.

Il semble même que ces chiffres soient susceptibles d'une majoration, car leur éta­blissement repose sur des données fiscales.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Lun 26 Mai - 20:31

Si le Maroc oriental maintient autour de 100.000 têtes par an son volume d'expéditions de moutons, il n'en est pas de même du Maroc occidental qui limite essentiellement ses envois à l'approvisionnement des villes de la zone espagnole.



Chamelier dans le Haouz de Marrakech.

L'exportation des moutons abattus a fait l'objet pendant les années 1933 et 1934 de tentatives privées qui ont porté sur un certain nombre de carcasses expédiées en cadres isothermes ou en cales frigorifiques, mais il s'agit encore d'efforts partiels.

On trouve au Maroc d'assez belle laine correspondant aux numéros 1 et 2 des croisés Roubaix-Tourcoing telle l'aboudiya de la région des Béni Ahsen, utilisée par la filature pour la confection des étoffes de bonne qualité, mais une grande partie du Maroc ne produit que de la beldiya commune, peu utilisée dans le tissage. Et la mauvaise présentation des lots résultant des procédés de tonte défectueux et des fraudes (mouillage, adjonction de laines inférieures, surcharges) pratiquées par l'indigène déprécie considérablement les laines. Enfin les modalités d'achat, le système des avances en particulier, découragent parfois les éleveurs désireux de soigner la présentation de leurs produits.

Il faut mentionner encore le rôle joué au Maroc par le cheval, le mulet essentiel aux besoins de l'armée, l'âne, auxiliaire indispensable de l'indigène, enfin le chameau qui prend toute sa valeur dans les régions encore dépourvues de réseau routier ou ferroviaire.



Pays à vocation d'élevage, le Maroc a souffert à la fois des épidémies, spécialement en 1926-1927 et 1930-1931, de la contamination de son troupeau par les bêtes importées, de l'insuffisance des abris protecteurs et des aménagements de points d'eau. Une observation plus attentive de l'âge normal d'abatage et une industrialisation de l'élevage permettront de corriger les caprices des prix et de restaurer le rôle normal de cette activité économique chérifienne.

A l'élevage se rattache étroitement l'aviculture. De petite taille, les œufs marocains n'en font pas moins l'objet d'une exportation qui, après avoir atteint en 1929, 120.350 quintaux valant plus de 128.000.000 de francs, s'est chiffrée en 1934 à 96.932 quintaux valant 40.407.000 francs.

On se doit enfin de mentionner le rôle des peaux et cuirs dont l'expor­tation accuse une tendance vers la reprise.



3. — FRUITS ET PRIMEURS AU MAROC


La vigne. — La culture de la vigne était pratiquée avant notre ins­tallation au Maroc, et les indigènes disposent de véritables vignobles, notam­ment chez les Doukkala, au Zerhoun, dans le Rif et dans l'Atlas. On en évalue l'importance à environ 16 millions de pieds. Mais, largement orientée vers la production de raisins de table et de raisins secs, la récolte indigène ne donne pas lieu à de grandes difficultés d'écoulement.

Il n'en est pas de même du vignoble européen. Les Européens installés au Maroc n'ont pu résister indéfiniment à la tentation de s'engager dans une culture qui avait fait la fortune de leurs voisins algériens, et l'ex­pansion du vignoble s'accroît régulièrement de 1919 à 1930 à raison d'en­viron 800 à 850 hectares par an. Après avoir atteint 9.500 hectares en 1930, il tend alors à accélérer son développement pour couvrir en 1933 une superficie de 23.000 hectares.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Mar 27 Mai - 7:17

La production de vin a suivi une progression assez parallèle à celle des su­perficies plantées, ainsi qu'en témoigne le tableau ci-dessous. Comme les importations de vin au Maroc, en progression constante depuis 1920, accusaient en revanche depuis 1931 une régression continue (283.000 hectolitres en 1931, 132.000 en 1932, 55.000 en 1933, 36.000 en 1934), on devait normalement envisager l'avènement d'un état de surproduction vinicole.


C'est alors que le Gouvernement chérifien se ré­solut à promulguer le dahir du 5 janvier 1935 qui proscrit la création de plantations nouvelles.

Oléiculture. --Le nombre des oliviers actuellement en production dépasse 6 millions, et on peut évaluer à 600.000 quintaux d'olives la récolte moyenne annuelle, ce qui correspond à une production d'huile de 100.000 quintaux environ. La culture de l'olivier essentiellement indigène subit au Maroc depuis plusieurs années une crise assez vive, dont l'origine ne provient pas seulement des méthodes encore archaïques de plantations et d'entretien, mais plus encore de la concurrence des huiles de graine de prix très avili et qui pénètrent large­ment au Maroc pour adultérer l'huile d'olive.

Les primeurs. La production des légumes frais dits de primeurs ne remonte guère au delà de 1922 ; mais elle a pris un essor brusque au cours des dernières années, s'étendant rapidement à toute la région comprise entre Aïn-Seba et l'embouchure de l'oued Nefifîkh, d'une part, et les dunes côtières et la route de Casablanca à Rabat de l'autre, englobant les agglomérations de Beaulieu, Aïn-Seba, Zénata, Fédala.

Les surfaces susceptibles d'être irriguées dans cette région atteignent 4.000 hectares dont 1.800 sont cultivés en primeurs exportables. Il faut ajouter celles de la basse vallée de l'Oued Mellah dont le barrage, provisoire­ment détourné de son but agricole pour contribuer à alimenter Casablanca en eau potable, va être rendu à sa destination première, ce qui livrera à la culture des primeurs 1.500 à 2.000 hectares nouveaux.
Cette culture tend maintenant à se développer vers le Sud, dans la région de Mazagan (Sidi-Ali), sur des terres particulièrement indiquées pour obtenir d'heureux résultats : abondance et qualité des eaux d'irrigation facilement accessibles, absence absolue de gelées, précocité plus avancée (d'une à deux semaines) qu'à Casablanca.

La région côtière du Sous est mise à l'étude en vue notamment de la création de bananeraies. Enfin au Maroc oriental, la région de Berkane produit des fruits et des légumes qui trouvent leur écoulement en partie dans la zone espagnole voisine et, pour le surplus, en Algérie.
Les premières exportations datent de 1924 : elles atteignaient en 1927, 10.000 quintaux; 28.000 en 1929; 42.000 en 1930; dépassaient 100.000 quintaux en 1933 pour arriver en 1934 aux environs de 179.415 quintaux se décomposant comme suit :



4.  — HYDRAULIQUE  AGRICOLE

L'avenir de tout cet effort de production agricole dépend d'une exploitation rationnelle  des richesses hydrauliques  locales.  L'importance de l'eau est telle au Maroc que, dans certaines régions comme celle de Marrakech, l'eau prend une valeur distincte de la terre et constitue plus encore que la terre la véritable richesse.
L'utilité  d'aménager à cet  gard trois fleuves marocains : la Moulouya, le Sebou et l'Oumm er Rbia était certes apparue au Gouvernement chérifien dès les premiers jours de notre occupation, mais l'exécution de ce programme ne pouvait se poursuivre qu'après avoir obtenu la maîtrise militaire des montagnes de l'Atlas où ces fleuves développent leur cours supérieur.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Mar 27 Mai - 7:27



Carte publiée par M. J. Dresch dans le «Bulletin Economique du Maroc».


Sans tarder, l'administration chérifienne n'en a pas moins tenté de tirer parti et d'améliorer les formes souvent rudimentaires de captage de sources ou de distribution d'eaux courantes déjà entreprises dans le passé par les indigènes.

Par ailleurs, de grands barrages de retenue permettront d'emmagasiner d'importantes ressources en eaux. Le barrage du Beht à el-Kansera, qui dispose d'une capacité de 250 millions de mètres cubes assurera l'irri­gation de 30.000 hectares de terres entre Sidi-Slimane et PetitJean, l'assèchement des « merj s » (marais) de la plaine du Rharb. Le barrage du Neffis, à 40 km au sud-ouest de Marrakech, permettra l'irrigation de plus de 20.000 hectares de terrain; le barrage de l'Oued Mellah, à 30 km au Sud de Casablanca, constituera une réserve d'eaux douces pour les cultures maraîchères de la banlieue de Casablanca, tandis que le barrage de dérivation de l'Oumm er Rbia, à Kasba-Tadla, contribuera à l'irrigation de la plaine des Béni Amir sur la rive droite du fleuve.

En dehors de ces barrages, déjà exécutés ou qui le seront à la fin de 1935, d'autres sont en projet ou en études, tels que les barrages de retenue, sur la Moulouya, sur le Sebou et l'Ouerrha, sur le Bouregreg.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Mar 27 Mai - 7:41


5. — ËLECTRIFICATION

Amorcé en 1924 avec l'aménagement d'une centrale thermique de secours de 24.000 kilowatts à Casablanca, le plan d'électrification du Maroc a comporté ensuite la réalisation de l'usine hydraulique de Sidi-Machou, d'une puissance de 21.000 kilowatts, mise en service en 1929; enfin d'autres installations hydrauliques ont été entre­prises : centrales de Fès et d'el-Kansera déjà en exploitation et de Kasba Zidania. Un centre d'électrification fonctionne dans le Maroc oriental, avec une usine thermique à Oujda, et un réseau à haute tension alimentant notamment les charbonnages de Jerada. Enfin une centrale thermique à Agadir dessert la ville et l'embouchure du Sous.


IV. — LE MAROC MINIER

L'exemple remarquable, mais exceptionnel, de l'exploitation des phosphates mis à part, il a fallu que la crise agricole de 1927-1929 fasse éclater le danger d'une activité marocaine essentiellement articulée sur un régime de monoculture céréalière pour que le développement minier du pays prenne, dans les préoccupations générales, la place qui devait lui revenir.

Un dahir du 15 décembre 1928 est d'abord intervenu pour créer le bureau de recherches et de parti­cipations minières, établissement officiel, mais soumis à la stricte application du droit commun et obligatoirement organisé comme une entreprise privée, en vue de stimuler, et le cas échéant, de prendre en main les études minières d'intérêt général pour le Maroc et pour la nation protectrice. Un dahir du 1er novembre 1929 a, ensuite, profondément modifié le règlement minier précédemment défini par un texte du 15 septembre 1923, qui avait lui-même complètement refondu le règlement initial du 29 janvier 1914.

Basés sur le principe de l'attribution de chaque périmètre minier au premier demandeur régulièrement inscrit, et répondant par ailleurs au souci de satisfaire le plus grand nombre possible de demandeurs, les deux régimes initiaux avaient abouti en effet au morcellement préalable des terrains présumés miniers, aussi fâcheux au point de vue technique qu'au point de vue juridique. Les obligations de travaux instituées en 1923 à la charge des permissionnaires, extrêmement faciles à tourner, n'avaient pu empêcher la constitution artificielle d'immenses damiers de permis constituant le domaine rêvé des «barreurs de gisements», pour lesquels valoriser un titre minier consiste essentiellement à attendre le plus longtemps possible l'occasion favorable de céder leurs droits au plus offrant.




Exploitation des phosphates à Kouribga.


Les mesures législatives adoptées en 1928-1929 auraient pu constituer le présage d'un harmonieux déve­loppement de l'activité minière du pays, si l'ouverture de la crise mondiale n'avait coïncidé avec les premiers mois de leur entrée en vigueur.


1. — LES PHOSPHATES
L'activité minière du Pro­tectorat, par l'exploitation de ses puissants gisements phosphatiers, constitue cependant l'un de ses plus solides éléments de résistance à la crise.

Les premières indications sur l'existence des phosphates au Maroc datent de 1912, mais ce n'est qu'en 1917 et surtout à partir de 1919 que des études méthodiques des gisements ont été faites par les soins du Ser­vice des Mines.
L'importance des dépôts et leur richesse, jointes aux circons­tances spéciales de l'après-guerre, ont incité le gouvernement du Protectorat à réserver intégralement à l'Etat marocain ( dahir du 27 Janvier 1920 ), la recherche et l'exploitation des phosphates.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Mar 27 Mai - 12:14



Carte publiée par M. L. CLARIOND dans le "Bulletin Economique du Maroc".

Rejetant les formules de régie directe ou cointéressée, l'Etat a préféré constituer un organisme spécial, en lui donnant tous les caractères et l'esprit d'une société privée. Ainsi fut créé par un dahir du 7 août 1920, l'Office chérifien des phosphates, jouissant de la personnalité civile et affranchi des règles de la comptabilité publique.

Consacrée jusqu'ici à l'exploitation de la zone Nord-Est du gisement des Ouled Abdoun, dans la région d'Oued Zem, l'activité de l'Office chérifien des phosphates s'est trouvée concentrée au centre minier de Khouribga. Pour répondre à l'appel alors croissant des ventes, l'Office a dû entreprendre, en 1924, la préparation d'un nouveau siège, André Delpit (du nom de l'ancien directeur général des travaux publics, qui fut l'un de ses créateurs et animateurs). Les travaux de préparation de ce siège sont actuellement suspendus en raison de la crise, mais permettront à l'Office d'être prêt à répondre immédiatement à tout mouvement de reprise du marché phosphatier.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Mar 27 Mai - 12:26


Par ailleurs, d'accord avec le gouvernement, l'O.C.P. a décidé, en 1929, la mise en exploitation du gisement de Gantour avec embarquement au port de Safi. Les raisons en étaient les suivantes : ménager les réserves du Maroc en phosphate riche à 75%; répondre au gros appel de tonnage par des livraisons de phosphates à moyenne teneur; suivre en même temps les perfectionnements de la technique des superphosphatiers qui développent les débouchés du phosphate moyen-titre; éviter de grossir démesurément le centre de Khouribga tant comme installations que comme population indigène concentrée sur un même point; ne pas suspendre toute la vie de l'O.C.P. à une seule ligne de chemin de fer et à un seul port d'embarquement.

Ces raisons ont gardé leur valeur malgré la crise, aussi l'O.C.P. a-t-il poursuivi les travaux d'aménagement du nouveau centre qui a reçu le nom de Louis Gentil, et se trouvera relié ferroviairement au port de Safi, pourvu des installations d'embarquement utiles.


Malgré l'importance des nouveaux avertissements, et la limitation actuelle de l'exploitation utilisable au seul centre de Khouribga, le bilan économique et financier de l'Office constitue l'un des plus brillants succès de l'activité civile du Protectorat au Maroc. On peut le résumer par le tableau ci-après.


Il suffit d'opposer d'ailleurs aux apports de l'Office Chérifien des Phosphates à l'Etat chérifien, et à la valeur de ses installations (au total plus d'un milliard de francs pour moins de 13 années) le chiffre modique des investissements du Protectorat, limités à un apport initial de 36 millions, pour comprendre l'importance capitale de cette remarquable exploitation dans la vie du Maroc moderne.


2. — LE CHARBON.

Si étonnant que cela puisse paraître, le Maroc est, dès maintenant, après l'Indochine, le plus important producteur charbonnier de la France d'outre-mer. Il ne possède qu'un gisement exploitable, mais l'étendue du bassin d'anthracite de Jerada, sa position géographique, ses conditions d'exploitabilité, la qualité de ses produits constituent autant de facteurs favorables qui vont lui faciliter l'accès du marché européen, tandis que la liaison par fer avec Casablanca permet au charbon marocain d'atteindre le principal centre de consommation du pays.

Simultanément, la consommation locale des fines, assurée par des accords récemment passés entre le charbonnage, les Chemins de fer du Maroc et l'Energie électrique du Maroc, permettra les premières expor­tations d'anthracite de haute qualité sur le marché méditerranéen, à des prix de revient comparables à ceux des anthracites anglais.


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