Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935

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Paul CASIMIR




MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 15 Mai - 7:55



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page de couverture






M A R O C
_____

ATLAS

HISTORIQUE,  GEOGRAPHIQUE

ET ECONOMIQUE


HORISONS DE FRANCE

EDITEURS - PARIS

1935




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Paul CASIMIR




MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 15 Mai - 9:40

LE PRÉSENT OUVRAGE

a été édité sous les auspices et avec les vœux de
Sa Majesté SIDI MOHAMMED BEN YOUSEF
Sultan de l'Empire Chérifien

avec une introduction de M. Henri PONSOT, Ambassadeur de France,
Résident Général de la République Française au Maroc

et une préface de M. J. GOTTELAND, Directeur général
de l'Instruction Publique, des Beaux-Arts et des Antiquités du Maroc

sous la direction de M. E. LÉVI-PROVENÇAL

Directeur de l'Institut des Hautes Etudes Marocaines, Professeur
d'histoire des Arabes et de la civilisation musulmane à la Faculté des Lettres
de l'Université d'Alger,

avec la collaboration, pour les textes, de MM.

J. CÉLÉRIER
, Directeur d'Etudes de Géographie du Maroc à l'Institut des Hautes Etudes Marocaines ;

H. COURSIER, Consul de France, chef du Service du Commerce et de l'Industrie à la Résidence Générale ;

R. DUPRÉ, Directeur de l'Office Chérifien de Contrôle et d'Exportation :

R. HOFFHERR, Directeur du Centre d'Etudes Juridiques et Administratives de l'Institut des Hautes Etudes Marocaines ;

H. TERRASSE, Correspondant de l'Institut, Inspecteur des Monuments Historiques du Maroc, Directeur d'Etudes d'Archéologie et d'Arts Musulmans à l'Institut des Hautes Etudes Marocaines ;

R. VANNIER, Adjoint au directeur général de l'Instruction Publique, des Beaux-Arts et des Antiquités du Maroc ;


avec le concours de MM. J. DRESCH, professeur agrégé de géographie : M. POUSSER et P. MAUGHAUSSÉ, maîtres de conférences à l' Institut des Hautes Etudes Marocaines ; H. MAZOYER et J. PLASSE contrôleurs civils suppléants ;

pour les illustrations, de MM.
Théophile-Jean DELAYE
et Stéphane LAMARCHE ;

la cartographie étant réalisée sous la direction du Capitaine Th.-J. DELAYE
du Service Géographique du Maroc

avec la collaboration de M. J. DRESCH, professeur agrégé,


par la Société Anonyme

HORIZONS DE FRANCE

39, rue du Général FOY — Paris



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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 15 Mai - 9:42






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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 15 Mai - 9:44





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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 15 Mai - 9:46



" Garde noire " Rabat 1935

Stéphane LAMARCHE



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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 15 Mai - 9:55



INTRODUCTION


Voici un témoignage sur l'état présent du Maroc qui vient à son heure : la pacification s'étend aujourd'hui jusqu'aux confins du désert ; l'équipement écono­mique, dans ses éléments essentiels, ports, voies ferrées, réseau routier, s'active : l'exploration scientifique de ce vaste territoire, presque inconnu encore il y a un quart de siècle, progresse méthodiquement dans toutes les directions utiles.

L'effort de nos officiers, de nos ingénieurs, de nos savants, a rendu possible. plus tôt qu'on ne pouvait l'espèrer, la mise au point et la publication de cet Atlas. Je suis heureux de rendre ici, à tous ces bons serviteurs de la cause française, un chaleureux hommage de gratitude et d'admiration. Mais je tiens à souligner l'œuvre remarquable accomplie par le Service Géographique de l'Armée : en collaboration avec le Service des Mines et de la Carte géologique, avec le Service Topographique Chérifien, avec l'Aviation militaire, il a établi une précieuse collection de cartes. incessamment complétées et tenues à jour, indispensable instrument de travail, synthèse expressive, éloquente et fidèle.

Les éditeurs, de leur côté, n'ont négligé aucun soin pour faire, de cet Atlas un beau livre : ce qui échappe aux mesures du topographe, ce qu'un texte réussit mal à exprimer, le talent de l'artiste le saisit et le fixe.

Ce livre est destiné à pénétrer dans tous les milieux. Je souhaite qu'il fasse connaître et aimer notre jeune Protectorat dans toutes les écoles, dans toutes les familles. Je souhaite que les Français, en le parcourant, y prennent un juste sen­timent de ce qu'est le Maroc, de son importance grandissante, — qu'ils éprouvent le désir de venir l'étudier, l'admirer. Puissent-ils se persuader enfin que l'honneur et l'intérêt supérieur du pays s'accordent à nous imposer le devoir de maintenir, de perfectionner, de conserver cette création marocaine où s'exprime vraiment, au début du XX° siècle, le génie de la France.

Henri PONSOT

Ambassadeur de France,
Résident Général de France au Maroc.



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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 15 Mai - 9:59







PLAN EN RELIEF DU MAROC

dressé par le Service géographique du Maroc et reproduit avec son autorisation.


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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 15 Mai - 10:10




PREFACE




La renaissance du Maroc soulève de nombreux problèmes ; aucun n'est résolu — qui s'en étonne ? la pacification s'est achevée en 1934 — mais chacun déjà est posé en termes précis. Cet Atlas permet à tous les Français d'en connaître l'essentiel. Or, il importe que tout Français sache ce qu'est le Maroc, si la France veut résoudre le problème marocain dans le sens que lui dicte le souci de ses destinées.

Se propose-t-on de définir le pays, dans sa réalité physique ? son histoire et son peuplement ? ses ressources ? l'organisation politique qui lui convient ? Dès la première enquête, le géographe, l'historien, le linguiste, l'économiste, les hommes d'action comme les savants se heurtent à des données contradictoires.

La géographie oppose des caractères méditerranéens à des influences atlan­tiques, — une masse énorme de montagnes à des plaines illimitées, —- des froids rigoureux à des chaleurs torrides.

L'histoire nous montre des élans rapides vers la grandeur, vers l'unité, alternant avec des périodes de stagnation confuse, des oscillations brusques entre le goût d'une indépendance allant jusqu'à la dissidence, et le besoin d'une autorité forte.

Ethnographes, philologues, juristes décèlent la symbiose de deux races, l'arabe et la berbère, diversement exprimée dans le langage, dans les coutumes, dans les insti­tutions, dans les aspirations.

Voici que les économistes estiment ce domaine tour à tour opulent en ressources naturelles, mines et forêts, poissons et céréales, pétrole et phosphates, fruits et primeurs, ou au contraire parcimonieusement doté, au total, et condamné à végéter.

Atlantique, méditerranéen et saharien, interminablement plat et hérissé de hauts sommets, chaud et froid, arabe et berbère, riche et pauvre, splendide et sordide, il est vrai que le Maroc est complexe. Il est trop vrai qu'il semble tenir des propos contradictoires : il s'évertue à parler le langage le plus moderne : cultures sélectionnées, manganèse et cobalt, Bureau Minier, — rationalisation dans tous les domaines, du plus souterrain au plus intellectuel; mais aussi à psalmodier les plus vénérables litanies. Tout ce qu'on a pu dire, écrire et penser de lui, paraît au premier regard à la fois vrai et faux, dans une mesure difficile à déterminer.


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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 15 Mai - 10:26

Suivant que vous êtes ici ou là, à Tanger ou à Taroudant, suivant que vous y passez en novembre ou en avril, suivant que vous y vivez en 1930 ou en 1935, vous vous écriez : " Côte d'Azur " ou " Sahara " vous inscrivez dans vos notes : inondations dévastatrices, somptueux tapis de fleurs, luxuriantes moissons, désert de cailloux sans un brin d'herbe, sans une goutte d'eau ; vous constatez une prospérité éclatante ou une angoissante misère.

 Ne vous hâtez pas de conclure.

 Appliquez-vous à discerner les lieux et les temps, les gens et les choses. Chacun des problèmes ainsi posés est une antinomie à résoudre. Mais il n'est qu'une partie d'un tout. Il importe de les situer dans leur plan technique ou scientifique, de les grouper dans une synthèse plus haute, sans négliger de les aborder avec sympathie, afin d'atteindre par une dialectique large et sûre à cet ordre supérieur ou les contra­dictoires s'accordent dans une harmonie, instable sans doute, mais vivante et féconde.

 Quelle sera la forme définitive que revêtira à son heure le Maroc français ? Il serait téméraire et prématuré d'esquisser une réponse. Tous ceux qui s'en sont inquiétés jusqu'ici ont trop négligé ce facteur essentiel : le temps. Tout au plus est-il permis, et peut-être utile, d'indiquer ce qu'il ne sera pas, ce qu'il ne peut pas devenir. " Ce dernier né de la grande famille française " (1) n'est pas, ne devient pas une des " colonies fran­çaises " ; il n'est pas, ne devient pas une " province française ", une nouvelle série de départements. Son originalité profonde est trop vivace pour qu'il puisse s'accommoder d'un uniforme étroit et désuet. Il exige, pour accomplir sa destinée, une formule nouvelle, souple, orientée vers l'avenir.

 A deux époques déjà, au cours de longs siècles obscurs, une volonté d'unifi­cation s'est proposée à lui : celle de Rome, celle de l'Islam. Elles n'ont triomphé que pour s'affaiblir bientôt, sans réussir à intégrer définitivement ce bloc rebelle dans leur système économique et politique.

Pour la troisième fois dans son histoire, un principe d'unité surgit : la France, qu'elle sache comprendre et vouloir. Comprendre le problème marocain, le résoudre dans le plan d'une civilisation généreuse, intelligente et humaine; c'est, pour notre pays, l'une des conditions premières de sa grandeur dans les temps nouveaux qui s'annoncent.


J. GOTTELAND,

Directeur Général
de l'Instruction Publique, des Beaux-Arts
et des Antiquités au Maroc.


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(1) Célérier : LE MAROC.  Colin, 1931, Paris



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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Jeu 15 Mai - 10:41




Mosquée de Salé : Bandeau épigraphique.
TH J DELAYE


PREMIERE PARTIE


LE PASSE
par E. LÉVI-PROVENÇAL


I. _ MAGREB ET MAROC


On ne saurait, à l'intérieur du cadre limité dans lequel il doit s'enfermer, tenter ici autre chose qu'un rapide aperçu de l'histoire marocaine. Cette histoire, dès l'antiquité et pendant tout le Moyen Age, demeure étroitement liée à celle d'une bonne partie du reste de l'Afrique du Nord et de l'Espagne. Ce n'est qu'à partir du XVI° siècle que le passé du Maroc devient véritablement « national » : jusque-là, les destinées de ce pays et celles de ses voisins immédiats du Nord et de l'Est ont été, sinon communes, du moins fortement influença les unes par les autres.

Le nom de Maroc s'applique depuis sept siècles en Europe à l'actuel empire chérifien. Plus exactement d'abord, sous la plume des écrivains chrétiens et des scribes des chancelleries, le royaume de Maroc, c'est-à-dire le royaume de Marrakech. De cette expression, il ne subsista bientôt que le nom de la capitale du Sud, qui servit et sert encore à désigner tout le territoire qui s'étend à l'Occident de la Berbérie, depuis le pays de la basse vallée de la Molouya jusqu'aux rives de l'Atlantique.

Ce terme, considéré comme nom du pays, n'a jamais eu d'exact équivalent en langue arabe. La seule dénomination qu'on en connaît au Moyen Age désigne en même temps tout le reste de l'Afrique mineure c'est le Magreb (arabe : marhrib) ou «pays du couchant». Elle n'a pour les Musulmans que la valeur géographique imprécise que lui confère son étymologie et n'implique aucunement l'idée d'un tout organisé, d'une unité politique. Ce n'est que tardivement qu'on verra lui accoler l'épithète d'al-aqsâ, " le plus éloigné " , et distinguer ainsi ce « Magreb extrême » du « Magreb moyen » (al-awsat), les départements d'Oran et d'Alger de l'actuelle Algérie, et du « Magreb proche » (al-adnâ) ou Ifriqiya, qui va de Constantine aux rives orientales du littoral tunisien.

Rien n'a d'ailleurs été moins précis que les limites de ce Magreb médiéval.


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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Ven 16 Mai - 7:10

Si, à l'Orient elles s'arrêtaient à l'Océan, à l'Est,  elles  étaient loin d'être fixes.  A l'occasion, elles débordèrent même du Nord marocain vers la Péninsule  ibérique.   Il  faudra   attendre  les   premières   menaces   d'emprise   européenne   et  l'intervention turque en  Berbérie  orientale   au  XVI° siècle   pour   voir   le  Maroc   s'enfermer   dans   ses   frontières   actuelles et commencer   la   véritable   histoire   d'un   empire   du   Maroc,  limité  par  la   mer,   le  Magreb   central   et   le   désert  saharien.

Ce   n'est   que   de   cette   époque   que   date   la   formation   d'une   « nation »   marocaine,   d'abord   hétérogène et disparate, mais  qui tendra  de plus  en plus,  à  la faveur des circonstances historiques, à s'agréger, à prendre au regard du reste   du monde  islamique,   la  personnalité,  la physionomie originale  qu'elle gardera jusqu'au moment de l'instauration du système  de protectorat.


II.  -  LE MAROC PREMUSULMAN



Les Berbères, qui  constituent l'essentiel  du  peuplement  du  Maroc  -  et  du  Magreb  tout  entier -  sont installés  dans  ce pays  dès  une  antiquité fort reculée.   Ils   y  forment   une   immense   communauté   ethnique et linguistique, dont la présence est attestée  aussi loin  que   l'on   puisse   remonter   dans   l'histoire.   Les   renseigne­ments  demeurent bien peu nombreux sur les  populations qui purent auparavant avoir le Maroc pour habitat : les  résultats auxquels  a  donné lieu l'exploration préhistorique  de l'Algérie  et  de la Tunisie valent aussi pour le pays voisin; ils s'y précisent même parfois, à la faveur  de   découvertes  de  stations  particulièrement  riches qui ont permis de constater « que l'humanité primitive a passé au Maroc par les mêmes grandes phases évolutives   que   dans   les   autres   régions   eurafricaines »   (Ruhlmann).   Le   paléolithique   inférieur   s'y   trouve   comme ailleurs  représenté  par  les  industries   du  chelléen,   de  l'acheuléen  et   du  moustérien,   avec   des   sous-industries plus  spécialement  nord-africaines;   le  paléolithique   supérieur marque une évolution vers le capsien et l'ïbéro-maurusien.

On se contentera ici de ces brèves indications, en renvoyant à l'étude consacrée,  dans l'Atlas de l'Algérie par  M. Reygasse, aux  civilisations   préhistoriques   nord-africaines;    ses   conclusions   valent   pour   le   Maroc.

II semble que de très bonne heure, dès le XII° siècle avant J.C., les Phéniciens fréquentèrent les côtes marocaines et y fondèrent des comptoirs, qui furent plus tard rénovés par des navigateurs cartha­ginois.   Au   milieu   du   V°  siècle   avant   l'ère   chrétienne,   le   fameux  « Périple   d'Hannon »   signale   un   certain   nombre   de   ces   établisse­ments,   aussi  bien  sur  le  littoral   atlantique   du   Maroc   que   sur la côte   méditerranéenne.    Des    documents    postérieurs    confirment ou complètent ses données.




Les    principaux    comptoirs,    de    l'autre    côté    des    colonnes  d'Hercule, étaient, du Nord au Sud, Zili (Arcila), Lixus (Tchemmich) non loin de l'embouchure de l'Oued Loukkos, Thymiatérion (Mehdiya) à   l'embouchure   de   l'Oued   Sebou,   Sala  (Chella),   aux   portes de la ville de Rabat,   sur   l'Oued   Bouregreg.   Sur   la   Méditerrané les deux établissements phéniciens les plus importants étaient  ceux   de   Rusaddir  (Melilla)    et   de   Tamuda (Tétuan).   Mais   les   marins   carthaginois   relâchaient sans  doute  aussi  à Septem (Ceuta)   et  à  Tingi (Tanger).   Les   rapports   de   ces   comptoirs   avec   l'intérîeur du  Maroc   semblent  n'avoir  été   que  purement   com­merciaux,   et  il   demeure   difficile,   malgré   la   découverte de    quelques inscriptions néo-puniques, de mesurer à sa juste valeur   l'influence   que   la   civilisation   de   Carthage   put,   dans   l'antiquité,   exercer sur le pays.

La  chute   de  l'empire   carthaginois   ne   dut pas apporter de changements   bien sensibles  à  l'économie du Maroc berbère, où sans doute prévalait déjà, au point  de vue  politique, le régime  de  la  confédération   tribale.   L'influence   romaine ne se fit guère alors  sentir   que   dans   le   Nord,   qui   était   peut-être rattaché politiquement  au  royaume protégé de Maurétanie.

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Dernière édition par Paul Casimir le Ven 16 Mai - 7:56, édité 1 fois
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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Ven 16 Mai - 7:54

Ce ne fut qu'en 42 après J.C., lors de l'annexion de cette principauté , sous le règne de l'empereur Claude, que le Maroc devint une province romaine impériale, comprenant la région septentrionale qui s'étend de la Moulouya à l'Atlantique : son gouvernementfut alors confié à un procurateur et elle prit le titre de Maurétanie Tingitane, du nom de sa capitale Tanger, se distinguant ainsi de l'autre Maurétanie, la Césarienne. Cet état de chose se prolongea jusqu'en 285, date à laquelle, lors de la réforme administratice de Dioclétien, la Tingitane fut rattachée à la Péninsule Ibérique et, au lieu de continuer à être administrée par un procurateurdisposant de troupes auxiliaires, et en résidence à Tanger, elle releva du vicaire du diocèse des Espagnes. Sans doute à la suite de révoltes, le Maroc se trouvait-il alors détaché du reste de la Berbérie romaine et ne pouvait-il opérer sa liaison avec Rome que par le détroit de Gibraltar.

L'histoire de l'occupation romaine restreinte du Maroc  s'est  notablement  éclairée   depuis   quelques  années grâce  à  des  découvertes  épigraphiques et aux résultats des fouilles  qui ont  été entreprises, sous la direction  de M. Louis  Châtelain,  dans un certain nombres   d'anciens   sites   urbains.   Cette   occupation   ne   semble   pas   avoir   été   au   delà   d'une   ligne   (limes)  qui partant du sud de  l'embouchure   du  Bouregreg,  non loin   de   Rabat,   allait  rejoindre   le   couloir   de   Taza en passant par le bloc montagneux du Zerhoun. Des expéditions   comme   celle   du  général   Suetonius  Paulinus, en 41 avant J.-C., vers l'Oued Gir, ne constituèrent que des raids isolés et ne furent pas suivies d'une occupâtion effective  des régions  traversées  et  de la soumission  de leurs populations berbères.

La  principale  route   de  la  Tingitane   était  celle   qui  reliait   Tingis  (Tanger)   à  Sala (Chella)   en  passant par ad   Mercuri,   Zilis   (Arcila),   Tabernœ,   Lixus   (Tchemmich),  Frigidœ,  Banasa   et   Thamusida.   D'ad  Mercuri  s'embranchait  une   autre   route   qui   gagnait  Volubilis,   en  passant  par  un  certain  nombre  de  stations  situées dans  le  Rharb   actuel :   Ad  Nouas,   Oppidum   Novum,   Tremulœ,   Vopiscianœ,   Gilda,  Aquœ  Dacicœ.  La  station romaine la plus  avancée,  au  Sud  de Rabat, semble  avoir été l'exploratio ad Mercurios, dont le site n'a pu être encore identifié. Vers l'Est de Volubilis, on a retrouvé  des traces  d'installation romaine à Anoceur, au Sud de Fès, et à l'Oued Bouhellou, sur la route de Taza.




Les principales villes  de la Tingitane se trouvaient chacune  au sommet  du triangle enfermant le Maroc romain «utile».   C'étaient   Tingis,   Volubilis   et   Sala.   La   première,   et   sa   voisine   Ceuta,   furent   sans   doute d'importantes cités, mais  des fouilles n'y sont guère possibles. Il n'en est pas de même de Lixus, où les archéologues espagnols ont mis au jour d'intéressants vestiges, et de Volubilis, dont les ruines s'étendent à proxinité de la grosse agglomération  musulmane   de  Moulaï-Idris. Sa prospérité est attestée dès le Ier siècle. Un dégagement méthodique s'y poursuit depuis 1915.  On y a exhumé un certain nombre d'édifices publics et d'habitations particulières, relevé l'arc de triomphe édifié en 217 et  dédié   à   l'empereur   Caracalla,   et   retrouvé   un   groupe remarquable d'œuvres  d'art  (chien,  éphèbe  en bronze,  tête   de   jeune  berbère   en  marbre).  Les  fouilles   de la ville romaine   de   Sala   (Chella)   sont  toutes   récentes   et  rendues  difficiles  par la  superposition  sur le  site des monuments  de la nécropole musulmane royale  des  Mérinides, qui date du XIV° siècle.

La  domination romaine  se  poursuivit  tant  bien   que   mal   au   Maroc   jusqu'au   début   du   V°   siècle : les insurrections durent alors se donner libre cours, et les Vandales  s'en rendirent maîtres  sans  difficultés en 429. Leur occupation ne fut que passagère et superficielle, de même que celles des Byzantins qui se contentèrent des deux présides de Tanger et de Ceuta. Au cours de la période  obscure  qui  précéda  au  Maroc  l'apparition de l'Islam,  le  pays   retrouva  son   anarchie,   et  les   grandes   confédérations  berbères  s'y  passèrent  de  suzerains et de protecteurs étrangers. Toutefois, il semble que la civilisation   apportée   par  les  Romains   continua,   dans le Maroc du Nord, à se manifester jusqu'au VII° siècle. Des   épigraphes   très   tardives,   encore   en   latin,   en fournissent la preuve.  Les  chefs  indigènes   demeurèrent  sans   doute  romanisés,   dans  la  mesure  où  cette  romanisation pouvait s'accommoder  des  exigences  du  tempérament berbère. Il y eut alors au Maroc très probablement d'importants îlots  ethniques qui professaient,  au lieu  des   cultes   naturistes   ancestraux,   le   christianisme   ou le judaisme.

L'absence   de   documents,   même   fragmentaires,   sur la question, rendrait en tout cas bien précaire toute affirmation sur l'état politique et social des masses berbères en présence desquels se trouvèrent les conquérants arabes, quand, à la fin du VII° siècle, la première vague de l'Islam déferla sur le Maroc.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Ven 16 Mai - 8:30

III. — LE MAROC MUSULMAN DU  IX°   AU XV° SIECLES

1. — JUSQU'AUX ALMORAVIDES.

Cette première  vague, le raid rapide  du  célèbre 'Oqba   ben   Nafi,   le   fondateur   de   Kairouan, dans  les  récits  qui   nous   en  sont  parvenus,   une   telle   allure   légendaire   qu'on   s'est   demandé   si   vraiment le premier  conquérant   arabe   atteignit   le  Maroc.   Sa   chevauchée   par   les   plaines   de   la  Berbérie   occidentale ne fut en  tout  cas  qu'une  démonstration  sans  résultat.  Et ce ne fut qu'au  début  du VIII°  siècle que la conquête du Maroc fut vraiment entreprise par le gouverneur de l'lfriqiya, Mousa  b. Nosair. Il occupa Tanger, et soumit successivement   au   nouveau   régime   —  reconnaissance   de la suprématie  des  envahisseurs  et  conversion à l'Islam — tous les blocs berbères du Maroc du Tafilelt   à   l'Atlantique.   Les   néo-musulmans,   surtout ceux de la région méditerranéenne,  se rallièrent sincèrement,  semble-t-il, à la puissance arabe. Et ils contribuèrent par l'appoint   militaire   exceptionnellement   solide   et   nombreux   qu'ils   fournirent   à   leurs   nouveaux   maîtres à la  conquête   de  l'Espagne  par  les  Musulmans,   qui  suivit  bientôt.  Mais  les   Berbères   n'étaient,   traditionnellement,  que peu enclins à une  soumission effective  et prolongée.   Des   révoltes   s'allumèrent   bientôt,   qui   s'appuyèrent sur l'hérésie musulmane du kharijisme, dont la doctrine   « non-conformiste »,   et  par  bien   des   points  puritaine rencontra  auprès  des  Berbères   du  Magreb  une  adhésion   quasi-totale   et   les   dressa   dangereusement contre le pouvoir califien musulman,  émanation  de l'orthodoxie,  qui, par ailleurs, les exaspérait par ses exigences fiscales réitérées. En 740, à l'appel du chef Maisara,  une insurrection anti-arabe secoua fortement le Maroc et aboutit, en dépit des tentatives souvent infructueuses des armées arabes envoyées d'Orient, à une désaffection progressive du Magreb  extrême  du  reste  de la  communauté  musulmane, à une sorte de désagrégation,  à la fois politique et religieuse, qui donna naissance au Maroc à une série de petits Etats berbères schismatiques  ou même hérétiques.  Si peu que l'on soit renseigné sur leur histoire, on est assuré de l'existence prolongée de certains d'entre eux : un royaume kharijite fut fondé en 757 par  des Berbères Miknasa dans le cordon des oasis du Tafilelt, à Sijilmasa; et la dynastie qui y régna, celle des Banou Midrar, tint des relations amicales avec le royaume, également kharijite, des Rostémides de Tahert (Tiaret, en Algérie occidentale). D'autres principautés  surgirent ldans la zone   montagneuse   du  Nord-Marocain   (Rif,   Jbala).   Enfin,   la   confédération  berbère  des Barrhawata,  qui occupaient le littoral  atlantique  entre  les embouchures du Bouregreg et de l'Oumm Rbif' s'érigea en Etat indépendant, avec une  religion nouvelle, adaptation berbère de l'Islam, et un prophète, Salih : il devait subsister  jusqu'au  moment  où  les   Almoravides   et  les   Almohades   allaient, les armes  à  la main, rétablir  au XI°  et  au  XII°  siècles  l'unité  religieuse   orthodoxe du Maroc musulman.



Ce  ne  fut   à  l'origine   qu'une  petite  principauté   enclavée   dans   la dissidence berbère  que  l'Etat  modeste fondé  en  788  par  un   descendant   direct du Prophète,   qui,   échappé   au   massacre   de   tous   les   Omeiyades   d'Orient   par les Abbasides  triomphants,  vint  tenter  fortune   en   Occident,   tout  comme Abd-er-Rahmane, qui allait restaurer en Espagne la dynastie de ses  ancêtres. Idriss Ier — c'était son nom —, s'appuyant sur le bloc berbère des Aouraba, fut reconnu  comme  imam  par  les   tribus   habitant   la  région  gravitant   autour du  massif montagneux du Zerhoun, et installa sa capitale dans l'ancienne Volubilis qui  conservait   une   population   assez  fortement   marquée   encore   par   la civilisation latine. Sa carrière fut brève : empoisonné en 793, sans  doute à l'instigation  du  prince  abbaside,  il  laissa  à  son   affranchi  Rachid   le   soin   de   ne pas laisser péricliter son œuvre;   un fils  posthume,  de  même  nom,  Idris  II, devait la  relever   et  l'amplifier.   Il   allait,   tout   jeune   encore,   changer   de   capitale - Volubilis,   en   arabe   Oulila,   présentait   des   inconvénients   d'ordre   administratif et   n'était   point   d'un   ravitaillement  facile   -   et   fonder,   en   808,   la ville de Fès,   dans   un   site   remarquablement   choisi,   pourvu   en   permanence d'eaux abondantes, et dont la population s'accrut bientôt  à la faveur  de l'installation d'émigrants venus de Kairouan et de rebelles chassés d'Espagne par l'omeyyade  al-Hakam Ier.


Idris II ne survécut que fort peu à la fondation de sa nouvelle capitale.  A sa mort, en 828, son royaume fut partagé et la dynastie entra en  décadence. Les   petits   Etats   idrisites   constitués   dans   le   Nord   du   Maroc   furent les seuls à   échapper   à   peu   près   à   la   ruée   des   Fatimides   d'Ifriqiya   sur   la Berbérie occidentale,   qui   commença   dès   les   premières   années   du   X°   siècle.


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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Ven 16 Mai - 8:50

Jusqu'à l'apparition des Almoravides, le Maroc allait connaitre une longue période d'instabilité politique, et s'épuiser en luttes sanglantes, malgré l'intervention des Omeiyades d'Espagne. Devant le danger de l'avance fatimite, le petit royaume arabe de Nakour, dans le Rif, fit dès 917 des ouvertures au calife de Cordoue et se rangea sous sa souveraineté. Mais les véritables champions de la réaction antifatimite furent, au Maroc, les Marrhaoua, une confédération berbère attachée à Cordoue par d'anciens liens de clientèle. Il semble qu'à cette époque et grâce à leur concours, l'Espagne califienne exerça sur une grande partie du Maroc un véritable protectorat, appuyé sur la place-forte omeyyade de Ceuta. La politique de 'Abd ar-Rahmane III fut continuée au Maroc par son fils et successeur al-Hakam II; le grand homme d'Etat de l'Espagne califienne, le dictateur al-Mansour Ibn Abi 'Amir, la poursuivit également et trouva au Maroc une réserve inépuisable de mercenaires pour ses expéditions contre la Chrétienté.



Le fait dominant de cette période troublée est la rivalité des deux grands groupements berbères du Magreb, les Sinhaja, d'une part, les Zanata, d'autre part. Les Sinhaja ont le plus souvent, et suivant la fortune des armes, été inféodés aux Fatimides, maîtres de la Berbérie orientale et de l'Egypte; les Zanata au contraire — Marrhaoua, Ifrenides de Salé et du Tadla — vont chercher fréquemment leurs suzerains de l'autre côté du Détroit. Une impression d'anarchie, de morcellement politique exagéré, se dégage de l'étude — souvent ingrate, faute de sources détaillées ou concordantes — de ces «siècles obscurs».

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Ven 16 Mai - 9:00

Il faut en arriver à l'époque de la « levée » des Almoravides pour voir la scène marocaine échapper enfin à une pénombre dans laquelle on sent les armes s'entrechoquer sans répit, on devine que le sang coule, que la barbarie demeure maîtresse, alors que par delà la Méditerranée, rayonne de l'Espagne califienne toute proche et à son apogée l'éclat d'une civili­sation musulmane d'Occident que le reste de l'Europe admire et envie.


2. — LES ALMORAVIDES ET LES ALMOHADES.


De ce Maroc troublé et morcelé, successivement deux dynasties, de souche berbère et, à l'origine, de caractère religieux, vont tout à coup faire un très grand pays, le centre d'un immense empire qui s'étendra des rives de l'Ebre aux confins de la Lybie. Les Almoravides (al-morabitine), d'abord, des sahariens de Mauri­tanie, qui suivant une règle en quelque sorte à la fois militaire et monastique, se groupent autour du lamtounien Yousof ben Tachoufine et, sous sa conduite, envahissent le pays par le Sud. L'Anti-Atlas et le Haut-Atlas traversés, l'invasion almoravide, de proche en proche, atteint les bords de la Méditerranée. Yousof fonde, à l'exemple d'Idris II, sa propre capitale en 1062 : Marrakech. Et en moins d'un quart de siècle, les petites principautés marocaines déjà moribondes disparaissent. Les Almoravides règnent en maîtres sur tout le Magreb extrême et une grande partie du Magreb central. En même temps, à l'appel de l'Islam défaillant dans la Péninsule ibérique sous la pression menaçante de la « reconquista » chrétienne, Yousof intervient en Espagne. La situation se renverse : c'est désormais le Maroc, qui au lieu d'être soumis à un droit de regard, va l'exercer lui-même sur l'Andalousie. Les Almoravides rétablissent la situation dans l'Espagne musulmane, en gagnant, sur les troupes d'Alphonse VI de Castille, en 1085, la bataille de Sagrajas (Zallaqa) ; ils ne tardent pas ensuite à renverser les roitelets musulmans des taifas et à annexer leurs Etats. L'empire de Yousof s'étend dès lors sur tout le Sud de la Péninsule et la dynastie va s'hispaniser au contact de ces nouvelles possessions.






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Dernière édition par Paul Casimir le Sam 17 Mai - 13:11, édité 2 fois
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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 17 Mai - 9:33

A la mort de Yousof, son fils 'Ali poursuivra avec bonheur pendant quelques années la guerre sainte contre la chrétienté espagnole, mais dans son empire apparaîtront bientôt des signes de décadence et d'amollissement; l'orthodoxie almoravide s'entachera bientôt, aux yeux des puritains de l'Islam d'Occident, d'un « anthropomorphisme » (tajsim) coupable.

Et c'est en champion de cette orthodoxie, en censeur des mœurs relâchées, que se dressera bientôt contre la dynastie saharienne un mahdi illuminé, un autre berbère, Ibn Toumert. Cachant sous des dehors de réformateur religieux une ambition politique effrénée, il groupera autour de lui les masses montagnardes du Grand-Atlas et confiera sa lieutenance et sa succession, de sa résidence de Tinmellel, à son disciple 'Abd el-Moumine. Luttant sans répit contre les Almoravides « anthropomorphistes », il fera de sa doctrine ((unitaire)) (taouhid) une réalité agissante et donnera à ses partisans de plus en plus nombreux le nom d'al-mowahhidine, d'Almohades, un code moral, une organisation politique inspirés à la fois de l'exemple du Prophète et de l'économie traditionnelle berbère.

).

Rabat : Porte almohade dite "Bab er-Rouah" ( XII° siècle ).



  'Abd al-Moumine , fondateur et premier souverain de la dynastie des Almohades Mouminides, prit à la mort du Mahdi la tête du mouvement et se révéla bientôt, grâce à ses qualités personnelles et à la façon dont il sut s'imposer à son entourage de disciples d'Ibn Toumert, un personnage politique de tout premier plan. Le Maroc tout entier fut conquis par lui entre 1139 et 1146 : conquête minutieuse, coordonnée, ne laissant derrière elle aucun bloc d'insoumis ou même de tièdes ralliés, et que couronne d'abord la prise de Fès, puis celle de Marrakech. Elle se poursuivit dans la Péninsule ibérique, au Magreb central. En 1151-52, l'ancienne principauté hammadite de Bougie fut annexée; huit ans plus tard, ce fut le tour de l'Ifriqiya.

De l'empire immense ainsi constitué par l'avance irrésistible des armées de 'Abd al-Moumine, le Maroc ne devint plus qu'une province privilégiée, celle du berceau de la dynastie et de la capitale politique des Almohades. Mais, comme 'Ali ben Yousof l'Almoravide, les successeurs de 'Abd al-Moumine s'hispanisèrent rapidement, et Séville devint leur résidence d'élection. Ils portèrent, eux aussi, au premier plan de leurs préoccupations la lutte contre la « reconquista ». S'ils triomphèrent à Alarcos, la défaite de las Navas de Tolosa, en 1212, fut la première ombre au tableau. Les règnes d'Abou Ya'qoub Yousof (1163-1184) et de son fils Abou Yousof Ya'qoub al-Mansour (1184-1199) furent néanmoins pour le Maroc une période d'accalmie et de prospérité sans précédent.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 17 Mai - 10:35

Mais l'empire almohade était trop vaste pour pouvoir prolonger longtemps sans heurts son existence. Peu à peu des tendances séparatistes s'y firent jour, et bientôt le morcellement commença. La dynastie mouminide continua néanmoins, mais de façon de plus en plus précaire, son existence jusqu'au milieu du XIII° siècle. Mais ses pos­sessions se bornèrent peu à peu aux limites du Magreb extrême. L'Espagne connut une nouvelle éclosion de principautés bientôt reconquises définitivement par la Chrétienté, les Hafsides se déclarèrent indépendants en Ifriqiya, les 'Abd al-Wadides à Tlemcen. L'unité politique réalisée glorieusement par 'Abd al-Moumine se trouvait chaque jour davantage sapée dans ses fondements.


3. — LES MÉRINIDES.

Une circonstance d'une exceptionnelle gravité devait d'ailleurs contribuer à précipiter la chute de l'empire almohade. Les souverains de cet empire avaient, les uns après les autres, contribué, par des transports forcés vers le Magreb extrême de bandes arabes des Banou Hilal, à arabiser les masses berbérophones qui avaient été leurs plus fidèles soutiens. D'autres populations d'origine arabe, les Ma'qil, progressaient lentement de leur côté du Magreb moyen vers le Sud du Maroc. Ces éléments ethniques nouveaux, au cours de leur « infiltration », refoulèrent sur leur passage des groupements berbères dont le plus important fut celui des Mérinides, d'origine zénète. Obligés de se fixer pour un temps dans le Sud oranais et les confins du Maroc oriental, ils offrirent d'abord aux Almohades leurs services militaires, puis travaillèrent pour leur propre compte. Au cours de la première moitié du XIII° siècle, ils se rendirent maîtres de la plus grande partie du Nord du Maroc. Leur pro­gression, arrêtée pour un temps par l'un des derniers califes almohades, fut ensuite rapide. Entre 1243 et 1258, leur chef Abou Yahya prit tour à tour Fès, Meknès, Rabat et Sijilmasa. Son successeur Abou Yousof Ya'qoub s'empara de Marrakech en
1269. L'empire mérinide était dès lors fondé et rendit à Fès, restée loin de la scène politique sous les Almoravides et les Almohades, son rang de capitale. La tradition de la guerre sainte en Espagne fut reprise une fois de plus. II ne restait plus dans la Péninsule qu'un royaume musulman, celui des Nasrides de Grenade, auxquels les Mérinides offrirent les uns après les autres des concours plus ou moins intéressés, mais ils ne surent empêcher la « reconquista » de se poursuivre sans trêve et finirent par abandonner Grenade à son sort, quand en 1340 ils furent écrasés à Tarifa par les armées d'Alphonse XI de Castille et d'Alphonse IV de Portugal.

L'exemple des Almohades n'avait pas seulement dirigé les Mérinides vers la Péninsule. Ils tentèrent également d'agrandir à l'Est leurs possessions. Mais leurs conquêtes furent toujours sporadiques et temporaires : l'annexion des royaumes des 'Abd al-Wadides de Tlemcen et des Hafsides de Tunis ne fut qu'une ambition mérinite que les princes de la dynastie, en dépit de leurs efforts, virent toujours à la fin crouler dans la défaite. Et bientôt, comme il est de règle dans les empires musulmans d'Occident, la décadence commença : influence accrue de l'entourage royal, rentrées déficientes des impôts, révolutions de palais ne tardèrent pas à jeter dans l'économie du royaume de Fès un trouble néfaste et grandissant. L'imminence du «péril chrétien», le réveil religieux et national du Maroc allaient précipiter la ruine de la dynastie des Mérinides, qui prit fin en 1465, quand, pour un temps, les Wattasides s'arrogèrent le pouvoir souverain au Maroc.


IV. — LES DYNASTIES CHERIFIENNES DU MAROC

1. - L'ÉVEIL DU SENTIMENT NATIONAL ET LA RÉACTION RELIGIEUSE.

A partir de la fin du XV° siècle, l'histoire du Maroc va tenir dans cette brève formule : faire face à la menace du péril chrétien, au Nord, à celle du péril turc, à l'Est, sans compter celle plus sourde, mais non moins inquiétante, du péril intérieur, de la révolte berbère qui gronde sans cesse sur l'un ou l'autre point du territoire. Il ne s'agit plus ,dès lors, d'ajouter à l'empire de nouvelles provinces, mais d'en défendre l'édifice à la fois contre l'anarchie et les convoitises de l'étranger. C'est de ce moment que date la véritable histoire nationale du Maroc, de l'empire marocain enfermé entre la mer et le Magreb central.

Le péril chrétien pesait sur l'Ouest du Magreb bien avant la prise de Grenade par les Rois Catholiques (1492). La « reconquista » avait déjà pris l'offensive sur la côte africaine. Dès 1400, Tétuan avait été détruite par une flotte espagnole. Quinze ans plus tard, les Portugais s'emparaient de Ceuta, et en 1471, ils s'installaient solidement à Tanger et à Arcila.

Devant ces premiers succès chrétiens en terre marocaine, la réaction des sultans fut pour ainsi dire nulle, mais leur autorité n'en fut que plus ébranlée. Le mécontentement gronda encore plus fort au sein des masses populaires, auxquelles le maintien de l'intégrité du sol musulman apparaissait comme la plus formelle et la plus impérieuse des obligations du chef temporel et religieux de la communauté. Il eût peut-être suffi d'un sou­verain énergique pour chasser l'infidèle des points où il allait s'agripper de plus en plus fortement : il ne se révéla point.


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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 17 Mai - 10:47




Bab Mansour à Meknès ( XVIII° siècle ).



Ce fut la principale des raisons pour lesquelles les Wattasides n'eurent pas une fortune plus durable que leurs prédécesseurs immédiats. Bientôt leur pouvoir devint infiniment précaire : vers Tlemcen, ils se heurtaient aux 'Abd al-Wadides et aux princes de Debdou; au Rif et chez les Jbala, les tribus, groupées en confédérations, ne reconnaissaient même pas la souveraineté des sultans de Fès; à l'Ouest de Marrakech, vers la côte atlantique, les tribus arabes et les tribus berbères descendues dans la plaine, et, au Sud, toute la montagne, leur échappaient absolument.

Forts de cette anarchie quasi totale qui régnait sur le pays, les Chrétiens s'enhardirent et visèrent sans tarder, sinon à une conquête complète du Maroc, du moins à l'occupation de toute la côte et à l'établissement de zones destinées à la fois à protéger leurs présides du côté de l'intérieur et à leur servir de champ d'influence polilique et commerciale. Au début du XVI° siècle, les Espagnols s'installèrent au Penon de Vêlez, mais ce fut surtout les Portugais qui, tout le long de la côte atlantique, établirent un cordon de « colonies » de plus en plus nombreuses; à partir de Tanger, Arcila et Anfa, déjà occupées au siècle précédent, puis Azemmour, Mazagan, Safi et Santa-Cruz, où ils prirent pied avant 1510. Bientôt, même, essayant de se pousser du littoral vers Marrakech, ils en vinrent à établir un régime d'alliances, sinon de protectorat avoué, avec les grandes tribus de la plaine du Haouz. Ce fut bientôt presque de la véritable colonisation et l'on vit les gouverneurs portugais des places maritimes percevoir l'impôt sur les indigènes de l'arrière-pays. Chaque préside fut remarquablement fortifié; la population civile alla en y augmentant de façon régulière; et l'on ne sait jusqu'à quel point cette emprise chrétienne aurait gagné de proche en proche sur le territoire marocain, si bientôt elle n'avait dressé contre elle, faute d'un pouvoir temporel solide et reconnu par tous, des chefs spirituels, champions agissants de la foi musulmane, et provoqué, ou tout au moins hâté par tout le pays, une renaissance religieuse qui aboutit à la proclamation de la guerre sainte contre l'infidèle.

A cette époque correspond, en effet, un renouveau de la foi islamique au Maroc, qui se traduit surtout par la place prépondérante qu'acquiert l'aristocratie religieuse et par l'extension du culte des saints. L'Islam magrébin, au XVI° siècle, prend la physionomie originale, bien que foncièrement orthodoxe, qu'il a conservée jusqu'aujourd'hui.

Le péril chrétien se prolongeant et menaçant l'intérieur, il ne pouvait manquer en effet d'illuminés, plus ou moins sincères, plus ou moins ambitieux de puissance terrestre, pour soulever les foules et crier sus à l'envahisseur infidèle. Le XVI° siècle, avant l'avènement des Sa'diens, en vit surgir partout. C'étaient la plupart du temps de simples gens du peuple, de souche obscure; mais presque tous, ils se réclamaient d'une origine chérifienne, prétendaient descendre en ligne droite du Prophète Mohammad. Peu à peu ces personnages en arrivèrent à faire figure de véritables chefs religieux, et ce fut l'un d'eux qui bientôt put réaliser à son profit une nouvelle unité politique du Maroc et doter ce pays d'une nouvelle dynastie.


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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 17 Mai - 13:33

2. - - LES CHÉRIFS SA'DIENS.


Entre Taroudant et la mer, à l'extrême Sud du Maroc, une zaouiya avait pris la tête du mouvement local de réaction antichrétienne, celle de Tedsi, fondée par des chorfa originaires du Hedjaz et installés dans la vallée de l'Oued Dra, à Tagmaddart. Au début du XVI° siècle, le chef de la zaouiya, Mohammad b. 'Abd er-Râhmane, devint le véritable promoteur de la guerre sainte dans la région. Il fît preuve de la plus grande activité et dénonça à la population l'impuissance de la dynastie régnante. Il ne tarda pas à arriver à ses fins et fut proclamé souverain en 1510. Son fils al-A'raj continua son œuvre, chassa les Portugais de la place d'Agadir en 1541 et ajouta Marrakech à ses possessions. Son frère, Mohammad ech-Chaïkh, qui le déposa en 1544, était cinq ans plus tard maître de tout le Maroc. Il laissa à son fils 'Abd Allah al-Rhalib b'illah un empire solidement établi et organisé, surtout en vue du jihad défensif.

Chaque dynastie marocaine a eu parmi ses princes une figure dominante. Le plus grand souverain sa'dien devait être Ahmad al-Mansour (1578-1605). Avant son arrivée au pouvoir, de graves troubles s'étaient produits à l'intérieur du pays, et l'occasion parut propice aux souverains de la Péninsule ibérique, surtout au roi IX Sébastien de Portugal, qui prépara contre le Maroc une véritable « croisade ». Elle aboutit au désastre du 4 août 1578, sur les bords de l'Oued al-Makhazine, près d'Alcazarquivir, où les armées chrétiennes furent anéanties ou faites prisonnières par les Marocains. Le pays tout entier s'était dressé contre l'envahisseur et le jihad (guerre sainte) apparut alors pour la première fois comme soulevé par un élan national unanime.

Le désastre de 1578, bientôt suivi de la conquête du Soudan par les armées d'Ahmad al-Mansour, orienta de façon toute nouvelle, pendant le règne de ce sultan, la politique européenne à l'égard du Maroc. Loin de reléguer l'empire des Chorfa sa'diens au ban des nations civilisées, les souverains d'Europe durent compter avec lui. A cette époque, le Maroc fait non seulement figure de puissance de premier rang, mais est peut-être l'un des pays les plus riches du monde occidental. Les relations de l'Europe avec le Chérif se font courtoises, voire amicales. Les ambassades chrétiennes se succèdent à Marrakech, le commerce dans les ports est florissant. L'empire marocain retrouve enfin le calme et l'apaisement; personne n'y songe plus à lutter contre l'infidèle qui contribue à enrichir le pays. Les Turcs, installés en Algérie, ont abandonné de leur côté toute visée sur le Maroc. Mais cette prospérité ne durera pas bien longtemps. Dès la mort d'al-Mansour, l'anarchie séculaire a vite fait de renaître devant les compétitions et le manque d'autorité. Aux dispositions pacifiques des souverains chrétiens succède une arrogance de moins en moins dissimulée. La décadence de la dynastie sa'dienne commence, et les sultans voient bientôt se dresser contre leur incapacité le même mouvement populaire religieux qui les avait portés au pouvoir. De nouvelles tendances séparatistes se font jour; une
« république marchande » se crée dans le port de Rabat-Salé, à l'embouchure du Bou-regreg; le Rharb est entre les mains de l'agitateur al-'Ayyachi; dans le Maroc central, un véritable Etat s'organise autour de la zaouiya de Dila. Le Tafilelt, enfin, est fortement travaillé par des chérifs hasaniens, qui, au milieu du XVII° siècle, vont succéder aux Sa'diens à la tête des destinées marocaines.


3. -    LES CHÉRIFS 'ALIDES (ALAOUITES).

Le véritable fondateur de la nouvelle dynastie fut Moulaï er-Rachid qui, après l'insuccès de son prédé­cesseur, se rendit maître de Fès, de Marrakech, mit fin à la puissance de la zaouiya de Dila et donna à l'empire chérifien ses limites actuelles. Son successeur, Moulaï Isma'il, fut sans conteste le plus grand prince du Maroc moderne et transféra sa capitale à Meknès, qu'il embellit et agrandit considérablement. Il mit tous ses soins, au cours de son long règne (1672-1729), à expulser les Européens des points du littoral marocain où ils se maintenaient encore : en 1681, il s'empara de Mehdiya, en 1684, il réoccupa Tanger, devenue possession anglaise depuis 1662, en 1689, il prit Larachc, en 1691, Arcila. Seule, Ceuta, en dépit de sièges vigoureux et répétés, ne put être récupérée.

A la mort de Moulaï Isma'il, l'anarchie régna de nouveau en maîtresse au Maroc, qui fut le théâtre san­glant des luttes entre les prétendants de la maison régnante. L'avènement du sultan Mohammad b. 'Abd Allah et la pacification relative du pays remirent au premier plan la tradition de la guerre sainte; le sultan toléra et même favorisa la course sur mer contre l'infidèle. Ce fut l'époque florissante de la piraterie marocaine, qui, avec la piraterie barbaresque, allait vivement préoccuper les nations de l'Europe occidentale. Des représailles ne tardèrent pas : Larache et Salé furent bombardées en 1766. Toutefois, Mazagan, trois ans plus tard, fut reprise aux Portugais qui l'occupaient depuis le début du XVI° siècle.

A partir de la fin du XVIII° siècle, l'histoire du Maroc n'est plus qu'une succession de révoltes que les sultans ne sont pas toujours capables d'étouffer. Leur pouvoir devient de plus en plus précaire; le Trésor est souvent vide; l'armée régulière inexistante ou presque. L'empire marocain, en pleine décadence et d'ailleurs presque inconscient de son impuissance, ne se rend pas compte que l'Europe ne tolérera plus la course et la piraterie. Un fait capital intervient d'ailleurs bientôt : la prise d'Alger, en 1830, et ensuite la déroute des armées chérifiennes à Isly. La guerre hispano-marocaine et la prise de Tétuan en 1860 enleva de son côté aux souve­rains du Maroc leurs dernières velléités de jihad offensif. Un dernier grand prince pourtant, Moulaï al-Hasane (1873-1894), émule de son ancêtre Moulaï Isma'il, se dépensa sans compter pour pacifier son empire, lui rendre le calme et l'organiser. Mais sa mort fut le signal d'une nouvelle anarchie.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 17 Mai - 13:46



V. — LA CRISE MAROCAINE ET L'INSTAURATION DU PROTECTORAT

Le Maroc, dans ces conditions, ne pouvait qu'être l'objet d'une lutte d'influences européennes qui, dès le milieu du XIX° siècle, avait manifesté ses premiers signes. Le successeur de Moulaï al-Hasane, Moulai 'Abd al-'Aziz, grand amateur de nouveautés européennes, sentit bientôt peser sur lui la désaffection de ses sujets. Un prétendant, le rogi Bou Hamara, mit en déroute l'armée qu'il envoya pour le réduire. La France, pour la sécurité des confins algéro-marocains, dut intervenir et signa les accords de 1901 et de 1902, puis, à la suite d'une entente avec l'Angleterre et l'Espagne, elle eut les mains libres pour agir vis-à-vis du makhzen marocain. L'intervention allemande (débarquement de Guillaume II à Tanger le 31 mars 1905) marqua un temps d'arrêt dans la réalisation du plan de réformes administratives proposé au Maroc par la France. Une conférence se réunit enfin à Algéciras du 15 janvier au 7 avril 1906 et reconnut la position privilégiée de la France, tout en proclamant l'indépendance du sultan, l'intégrité territoriale du Maroc et l'égalité économique des puissances européennes, et en décidant la création de deux organismes internationaux, une banque d'Etat et une police des ports.

Des assassinats et des actes de banditisme ne tardèrent pas ensuite à précipiter les événements, et en 1907, la France occupa à la fois Casablanca et Oujda. La période comprise entre 1908 et 1910 fut employée à la sou­mission de l'hinterland casablancais et de la zone marocaine des confins orientaux. Les Espagnols occupèrent en même temps le territoire de la zone d'influence qui leur avait été accordée dès 1904.

Cependant le frère du sultan régnant, 'Abd el-Hafid (MoulaÏ Hafid) se dressait en prétendant contre 'Abd eI-'Aziz. Soutenu par les masses xénophobes du Maroc, il ne put pourtant se refuser à souscrire aux engagements pris par son prédécesseur vis-à-vis des puissances européennes. Des difficultés surgissaient d'autre part, suscitées par la mauvaise volonté de l'Allemagne qui avait pourtant vu ses exigences presque entièrement reconnues par l'accord du 8 février 1909. Mais la situation intérieure brusquement s'aggrava; une révolte de grande envergure se déclencha au printemps de 1911 autour de Fès. Le sultan, enfermé dans cette ville sur le point d'être enlevée par les rebelles, dut faire appel au gouvernement français. Un corps expéditionnaire, aux ordres du général Moinier, se porta rapidement à son secours, débloqua Fès le 21 mai 1911, occupa Meknès le 8 juin, Rabat le 9 juillet. De son côté, l'Espagne occupait Larache et Alcazarquivir. L'Allemagne, voulant une compensation, envoya devant Agadir un navire de guerre (1er juillet 1911); mais l'affaire, contre toute attente, se dénoua d'une façon pacifique. Par la convention du 4 novembre 1911, la France avait de nouveau les mains libres au Maroc. Rien ne s'opposant plus à l'établissement du régime du protectorat de la France sur le Maroc, le traité corres­pondant fut signé le 30 mars 1912.

Ce traité est la charte du Maroc français. Sa disposition principale veillait à « doter l'empire chérifien d'un régime nouveau, tout en sauvegardant le respect et le prestige traditionnel du sultan, l'exercice de la religion musulmane et les institutions religieuses ».

L'organisation du protectorat fut, dès le 28 avril suivant, confiée au général Lyautey et demeurera son titre de gloire incomparable. Nommé commissaire résident général de France au Maroc, il put, grâce à des dons personnels extraordinaires, mener de front à la fois pendant de longues années la création du Maroc français et la pacification, tâche ardue et complexe entre toutes. Cette pacification fut d'abord restreinte à celle du « Maroc utile » et dut ne point progresser pendant la grande guerre, lorsqu'une partie du corps d'occupation fut renvoyée par Lyautey sur le front français. Elle reprit après l'armistice et s'est terminée complètement il y a quelques mois, à peine arrêtée en 1926 par les graves événements du Rif qui aboutirent à la reddition et à l'internement du chef de guerre Mohammed ben fAbd el-Krim.

Moulaï Hafîd eut, en 1912, pour successeur son frère Moulaï Yousof, qui mourut en 1927. C'est son jeune fils, Sidi Mohammed, qui règne aujourd'hui sur un empire chérifien qui, depuis des siècles, n'avait été si complètement pacifié, qui, dans sa longue histoire aux fastes souvent glorieux, n'avait connu de période aussi paisible et aussi prospère que celle qu'est venue ouvrir sur son sol la France amie et civilisatrice.




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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 17 Mai - 13:59


Le défilé du ZIZ à Foumm Zabel (1)

DEUXIEME    PARTIE


LE  PAYS

par J.   CÉLÉRIER.


I. -  DES PALMERAIES SAHARIENNES A LA STEPPE BORÉALE


II est de vastes régions, comme la pampa argentine ou la taïga sibérienne, qui reproduisent indéfiniment les mêmes aspects élémentaires. La France, au contraire, présente une extrême diversité qui se résout en « nuances aussi indiscernables que celles du cou de la colombe ». Le Maroc n'est ni uniforme, ni délicatement changeant : il rapproche ou mélange des traits, considérés d'habitude comme opposés, et la violence des contrastes lui compose une originale beauté qui a souvent plus de caractère que de charme.

Continental et maritime, océanique et méditerranéen, saharien et tempéré, ces épithètes discordantes se justifient également pour dépeindre le Maroc. Cependant, comme toute personnalité complexe, mais vigoureuse, le Maroc s'ordonne autour d'un caractère dominateur. Il est, d'abord et essentiellement, un pays méditerranéen au double sens, large et étroit, du mot.

Le Maroc se rattache à cette grande zone circumterrestre où le soleil, sans s'élever au zénith, commence à régner impérieusement. Il borde, sur près de 500 kilomètres, la mer intérieure dont la caressante invitation au voyage a si merveilleusement fait épanouir la civilisation gréco-latine : cette contiguïté signifie participation effective à une vie commune, physique et humaine, similitude des conditions du climat, des formes du relief, des genres de vie, ruraux et citadins.

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(1) note hors texte : on reconnait sur ce dessin le tunnel percé par la Légion étrangère pour permettre le passage des troupes affectées à la pacification de cette région . Son percement serait à l'origine de la célèbre phrase : "Ordre a été donné à la Légion de passer, la Légion est passée"...
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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 17 Mai - 14:12

Dans tout le pays et toute l'année règne la grande joie du soleil, de la lumière et des couleurs. Les formes du terrain, vigoureuses sans rudesse, sont émouvantes de grâce; toutes les lignes se détachent avec une pure netteté sous une lumière qui pénètre partout, ne laissant aucune ombre trop épaisse. Le ciel bleu, sous lequel les villes sont plus blanches, même dans la forêt se découpe en larges pans à travers les arbres. Dans ce paysage enchanté dont éternellement rêvent les nordiques, ce sont les mêmes formes de vie communes à l'Italie, à la Grèce, ou au Tell algérien. Les oliviers gris d'argent, les lentisques où pendent des grappes de cigales chantantes, comme les petites chèvres noires broutant le cytise amer, comme le berger poussant son troupeau, la flûte aux lèvres, ces tableaux charmants fixés en images immortelles dans les vers de Virgile, on peut les admirer encore aujourd'hui dans les basses montagnes du Rif et de l'Atlas. Le Maroc continue à baigner dans la lumière antique.

Le paysage le plus spécifiquement marocain est classique parce qu'il est harmonieux, naturellement com­posé, fait de peu de matière : c'est une daya reflétant le ciel, ceinturée de fleurettes blanches au milieu desquelles se profile la silhouette d'une cigogne; c'est un labour où des pique-bœufs, d'une blancheur immaculée, suivent gravement en colonne par un, la charrue du fellah; quelques vaches forment des taches rousses dans la verdure en se glissant à travers les arbres de la forêt; un marabout détache, sur quelque sommet, la blancheur de sa qoubha ombrée par un bouquet d'arbres.
 
Sur ce fond d'un classique méditerranéen, des influences tout autres n'ont pas simplement imprimé des broderies exotiques; elles l'ont renouvelé entièrement; elles animent le Maroc, au dedans, d'une vie plus riche. L'immense Atlantique, sur un front d'un millier de kilomètres, jette à l'assaut des dunes et des falaises ses vagues innombrables; il enveloppe une large zone littorale de sa respiration géante : un paradoxe logique donne ainsi à ce pays sec une atmosphère lourde de vapeur d'eau. Certains jours gris où cette vapeur se condense en brunie noyant les contours, brouillant les lignes d'habitude si nettes, promenez-vous près des marécages du Sebou, dans l'oulja du Bouregreg : ces plaines où le sol et l'atmosphère sont également saturés d'eau, ces plaines amphibies où un fleuve, nourri par la marée, déroule ses lents anneaux, est-ce l'Orient romantique ou la Flandre de Verhaeren ? Pour compléter ce tableau, vous pourrez, à travers les meules de foin coupé, voir glisser les barcasses et même, avec un peu de chance, quelque voile blanche dépasser les épis mûrissants. Il semble que la grande plaine atlantique du nord de l'Europe se prolonge jusque-là. C'est un coin de marsch, de polder ou de bas-champs que les merjas du Rharb. Pour les Européens transplantés auxquels les ciels trop bleus ont communiqué la nostalgie de la brume, ce paysage exceptionnel apporte sa douceur mélan­colique.



Palmeraie de Skoura et crête neigeuse du Haut-Atlas.

Au privilège de s'ouvrir à la fois sur l'Atlantique et sur la Méditerranée, le Maroc ajoute les bienfaits du géant Atlas. De tous les pays de l'Afrique méditerranéenne, il est le seul à posséder des cimes dépassant 4.000 mètres et ces puis­sants reliefs ramènent au-dessus des palmeraies sahariennes les conditions de l'Europe boréale. L'Atlas marocain présente une merveilleuse diversité d'aspects : âpre solitude des cimes aux roches nues sur le Toubkal et les Mgouna ou riantes vallées des Ourika aux villages rouges à demi cachés dans les olivettes, hauts et gras pâturages, presque alpestres, de l'Oukaïmeden et du Timenkar, torrents bondissant au fond de gouffres vertigineux, religieuse majesté des cèdres ou grâce élancée des jeunes futaies. Les glaciers ont disparu, mais leurs, traces, sans parler des moraines d'Arround et de Tachdirt, se voient encore dans les parois d'innombrables petits cirques qui festonnent la haute chaîne. C'est un paysage lui-même extraordinaire de contrastes que les grands som­mets : le modelé, comme la maigre végétation y disent l'ano­malie d'une atmosphère où pendant quelques semaines, les rayons implacables d'un soleil presque vertical calcinent des roches couvertes pendant de longs mois, d'une carapace de neige gelée.

A la base de ce désert glacé s'étale largement le désert torride. L'Extrême-Sud marocain reproduit les aspects clas­siques du Sahara : dunes, rares il est vrai, les grands massifs étant relégués vers les confins algériens, opposition brutale des longues surfaces horizontales des hamadas ou des vallées alluvionnaires avec des archipels de garas aux falaises verti­cales, avec des aiguilles rocheuses dont la base est ensevelie sous les éboulis, opposition des oasis édéniques, toutes grouilantes de négrillons tout nus avec les immensités immobiles et vides où s'harmonise l'impassibilité hautaine de quelques nomades chameliers.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 17 Mai - 14:32



Dans ce paysage saharien aux impressions trop violentes pour s'accommoder des nuances, le Maroc a mis pourtant sa marque propre. Les grands fleuves sudatlasiques, quoique en voie de fossilisation, continuent à faire reculer ou à morceler le désert; le modelé porte encore l'empreinte de leur ancienne puissance et les établissements humains s'insinuent en galeries qui vont s'amenuisant du Nord au Sud, de l'Ouest à l'Est. L'originalité de cette zone présaharienne n'est pas une des moindres du Maroc.

Le désert, refoulé au Sud, pousse des pointes au Nord, dans le Dahra ou la Moulouya, débordant le Haut Atlas par son aile orientale moins élevée. Il faudrait aussi tenir compte des variations saisonnières. La torpeur des étés torrides est comme l'équivalent biologique de l'hiver des hautes latitudes. De même que le soleil semble être remonté vers le pôle, avec le solstice, le Sahara empiète largement sur le Maroc méditerranéen : les moissons sont enlevées, le sol végétal prend la dureté de la roche, les herbes disparaissent. Sur les vastes plaines du Maroc occidental, les tentes basses, tapies dans les vallons ou émigrées dans les forêts, sont invisibles. Une fauve solitude semble régner dans le Maroc des plaines, en opposition avec la fraîcheur animée de l'autre Maroc, le Maroc montagneux, asile des Berbères. Le contraste des paysages évoque inévitablement l'antagonisme des races et des civilisations.



II.— LES ELEMENTS DU MILIEU PHYSIQUE


1. ARCHITECTURE DU SOL.

Le Maroc du nord est constitué par la chaîne la plus méridionale du système alpin, le Rif, prolongement symétrique de la Cordillère bétique. Comme les conditions climatiques en font une région bien arrosée, le modelé lui-même a un style plus ferme que dans les zones trop sèches du sud. Le Maroc du nord est donc un fragment, à peine détaché, de la jeune Europe méditerranéenne.

Le Maroc central et méridional inaugure le régime des grandes plates-formes de la vieille terre africaine. Mais tout proche encore de la Téthys, il a été influencé par les plissements tertiaires qui s'y propagent en vagues affaiblies, assez continues cependant pour individualiser les chaînes de l'Atlas. L'altitude absolue, l'originalité tectonique de ces chaînes sont dues à la combinaison des mouvements tangentiels avec des mouvements d'ensemble verticaux et des accidents locaux. La diminution rapide des précipitations vers le Sud, sauf sur les hautes cimes, se traduit par un modelé dont le caractère à la fois heurté et inachevé annonce déjà les formes désertiques.

Le contact de ces deux zones tectoniques nettement différenciées, la ligne de suture en quelque sorte, est une autre originalité de la terre marocaine. Cette zone faible de l'écorce terrestre fut occupée jusqu'à une date récente par un bras de mer, le "détroit sud-rifain " ; elle se manifeste aujourd'hui par une dépression topographique qu'un étranglement central, le couloir de Taza, sépare en deux parties : le bassin du Sebou et les plaines de la moyenne Moulouya.



La côte marocaine à Salé.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 17 Mai - 14:41




Carte dressée par M. J.Célèrier.

De ces conditions tectoniques résulte un relief dont les lignes générales correspondent à celles qui caractérisent l'Algérie. C'est la même individualisation de zones grossièrement allongées suivant les parallèles : une chaîne septentrionale, le Rif, bordant la Méditerranée comme l'Atlas tellien; une seconde chaîne, le Haut-Atlas, bordant le désert comme l'Atlas saharien : entre les deux, une zone centrale de hauts plateaux. Mais dans cette symétrie s'introduisent des éléments de différenciation. Tout le long de l'Atlas méridional se détachent des plis qui viennent au nord mourir sur les plateaux : un de ces systèmes de plis prend au Maroc l'importance d'une véritable chaîne . Le Moyen-Atlas superpose aux divisions correspondant aux latitudes un principe de différenciation transversale entre les plateaux du Maroc occidental ou atlantique et les plateaux du Maroc oriental.

D'autre part, les plaines forment au Maroc des ensembles plus vastes et plus continus qu'en Algérie. On en distingue trois séries principales : les plaines du Sebou, correspondant à la grande dépression tectonique, les plaines de la bordure atlantique, les hautes plaines intérieures du pied de l'Atlas.

Pour avoir une idée de la diversité d'aspects de la terre marocaine, il faut rapprocher ce grand développement des plaines de l'élan vertical des reliefs montagneux dont certaines cimes, comme le Toubkal, dépassent largement 4.000 mètres.

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MessageSujet: MAROC, Atlas historique, géographique, économique. 1935   Sam 17 Mai - 14:53


Tous ces traits, si différenciés qu'ils soient, s'expliquent par une commune et ancienne histoire. Incertains des événements antérieurs, nous saisissons, à l'époque carbonifère, une première figure du Maroc. Contemporaine de la chaîne hercynienne de l'Europe moyenne, une grande chaîne de plissements surgit à l'emplacement actuel du Maroc. Elle est dans l'ensemble, orientée S.-S.O.—N.-N.E. Cette direction subméridienne, qui correspond à la côte actuelle de l'Atlantique, est très différente des chaînes actuelles; mais son influence réflexe se retrouve localement sur d'importants détails du relief.

Plus ou moins parfaitement rabotée, la chaîne carbonifère est transformée en pénéplaine. La pénéplaine se morcelle et ses divers fragments vont évoluer différemment. Les cassures s'accompagnent, au permien, d'éruptions volcaniques d'une extraordinaire puissance.

La zone actuelle des plateaux du Maroc occidental ou meseta marocaine constitue dès lors la zone la plus stable. Elle reste émergée ou n'est affectée que de simples gauchissements qui permettent sur ses bords des transgressions marines sans grande profondeur.

Au Nord, ce horst est limité par une fosse marine qui, à défaut d'une liaison démontrée avec les géosynclinaux alpins, a certainement les caractères d'une zone de subsidence. Là se formeront par retouches successives pendant l'ère tertiaire, la chaîne rifaine et ses contreforts méridionaux.

Au centre et au Sud, malgré les différences d'altitudes, il y a toujours une certaine parenté dans l'architecture du sol. Suivant l'amplitude verticale des gauchissements du socle primaire, les sédiments secondaires ou tertiaires sont plus ou moins épais : peu épais, ils ont été emportés par l'érosion et la pénéplaine a été exhumée sur de vastes surfaces ( pays Zaèr - Zaïane, massif Rehamma ) ; ...



Le Haut Atlas de Marrakech vu de Tachdirt.

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