Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Curiosité : Allégorie journalistique.

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Curiosité : Allégorie journalistique.   Jeu 10 Avr - 8:56



Document oublié par son détenteur et retrouvé à l'intérieur d'une revue Nord-Sud .







( Extrait du FIGARO du 31 Octobre 1952 )

CHRONIQUE

MEMOIRES POUR L'EDUCATION D'UN DAUPHIN

Par Pierre GAXOTTE



DIEU seul est grand et Mahomet est son prophète.

Mon fils avant de quitter cette terre, j’ai voulu vous instruire de ce qu’une vie trop longue, poursuivie à travers  bien des événements contraires ou favorables, m’a appris de plus propre à vous conserver en paix et gloire, dans la position éminente où la naissance vous a placé.

Le temps n’est pas propice aux rois. Les peuples remués par je ne sais quelle humeur acre et rebelle supportent impatiemment les devoirs et les respects que l’on rend à celui qui est assis sur un trône. Les plus illustres et les plus anciennes dynasties ont été emportées par le vent des révolutions. Cependant mon père très illustre et très magnanime a régné, je règne, vous régnerez si vous le voulez.

Considérez ce miracle, mon fils, mais sans vous arrêter à une protection divine qui manque souvent les jours d’émeute, recherchez les causes humaines qui ont fait notre félicité.

Nous régnons, parce que la République Française a étendu sur nous sa main tutélaire. Ah, - qu’il est doux d’être roi, prince ou sultan, quand on est protégé par la République. Quelle tranquillité. -  Quelle sérénité – Quelle paisible jouissance -. A la République va la tâche ingrate de défendre la monarchie contre les rebellions, de décourager les conspirateurs, de ramener les mutins à l’obéissance et de punir les sédicieux. Notre personne sacrée n’a plus rien à redouter. Nous sommes la clémence, la charité, la piété. Ne faisant rien,  nous devenons les délices de nos sujets. Je vous le dis, mon fils, ne vous brouillez pas avec la République.

Je sais qu'à votre âge on est porté par une certaine pétulance à revendiquer un rôle de chef. On se voit dictateur, général. On ne se contente pas d'égards, on veut de la puissance. Non pas même une puissance discrète et silencieuse mais une puissance fracassante, revendicatrice, avec communiqués aux journaux, scandales publics, discours aux foules, manifestations tumultueuses.

Gardez-vous, mon fils, de ces amusettes ridicules, toujours dangereuses et souvent funestes. Soyez assuré que si vous mettez le peuple dans vos affaires, le peuple un jour vous demandera des comptes. Si vous attisez sa colère, n'espérez pas en rester maître, préparez-vous à en être la victime. Ne faites pas appel aux passions xénophobes, vous risquez un jour d'être dépassé tenu pour un tiède, accusé de trahison, chassé. Ces choses se sont passées ailleurs. Ne comptez pas sur la popularité, elle est plus changeante et plus capricieuse que les vagues de la mer. Que la République soit votre sûreté et que l'ordre présent subsiste, vous en êtes le principal bénéficiaire.

Quand tout est prospère dans un Etat, en effet, on oublie souvent les maux endurés autrefois. Qu'étions-nous avant que la République Française fit notre fortune ? De bien pauvres princes, sans cesse bafoués, sans cesse trahis, sans forces, sans argent, nargués par de grands vassaux, n'osant guère nous risquer hors de notre capitale, par crainte d'être détroussés, tantôt par des bandes de pillards, tantôt par nos propres soldats. Notre royaume, notre aisance nous les devons à la France. Croyez-vous que si elle se retirait, nous les garderions longtemps ? Certes, l'ingratitude est la politesse des rois et j'en connais de très polis. Mais je ne vous entretiens pas de sentiments indignes de notre rang, je vous ouvre les yeux sur vos intérêts.

Laissez-moi vous mettre en garde contre une dernière tentation : celle de chercher une autre République. Mon fils, les Français ont pour nous l'avantage d'avoir une très longue histoire  et un long usage de l'autorité. Aussi, ne sont-ils pas tentés d'en abuser. Ils y mettent beaucoup de courtoisie et quelque malchance. Les peuples nouvellement promus à un grand rôle sont encore dans l'ivresse de la puissance. Ils sont immodérés dans leurs exigences, dans leur orgueil, dans leur certitude de posséder la révélation divine. En outre, ils sont trop neufs pour avoir appris les manières du monde. Ne vous laissez pas prendre à la tentation du changement.

En terminant, je vous dois, mon fils, un aveu pénible. Il m'est arrivé de manquer à mes principes, de céder au vertige, contre lequel je veux vous prémunir. Les rois hélas........

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