Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Jean et Jérôme THARAUD, LE MAROC - 1923 -

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Paul CASIMIR




MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Mer 7 Mai - 11:55

page 99

que tout cet art formel et volontaire, le plus éloigné de la réalité qui se puisse concevoir, fait vibrer ces murailles et les anime, pour ainsi dire, de la vivante chaleur de l'esprit.

Dans cette chambre et dans les chambres voisines, moins belles parce que moins bien conservées mais encore très magnifiques, partout d’autres stèles funéraires, les mêmes longs cercueils ivoirins, sculptés, fouillés d’inscriptions merveilleuses, tous de la forme d’un bateau renversé, la quille en l’air, sur une plage, les uns très longs, faits, semble-t-il, pour des corps gigantesques, les autres, tout petits, à la mesure d’enfants nouveau-nés. Ce sont là les tombeaux des princes saâdiens qui vécurent, il y a trois cents ans, dans le palais détruit d’El-Bedi.

Dans cette brillante chapelle, l’essence même du génie arabe semble reposer, comme à Florence l’esprit de la Renaissance dans la chapelle des Médicis. A Fez, on ne serait point surpris de rencontrer cette merveille. Mais ici, à Marrakech, dans cet immense fondouk d’ânes, de mulets et de chameaux ! Ce petit enclos plein d’orties apparaît comme un cap de civilisation, l’extrême pointe de l’art moresque profondément enfoncé dans le primitif et le barbare.

Que justement ici soit venu s'épanouir ce qu'a produit de plus parfait la civilisation andalouse dans toute l'Afrique du Nord, cela remue au fond de la mémoire l'énorme pôussière du passé,  anime d’une vie singulière le souvenir des choses mortes ! Des notions qui paraissaient invraisemblables et quasi fabuleuses lorsqu’on les lisait dans les livres, retrouvent leur crédibilité et un air tout naturel.



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Paul CASIMIR




MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Mer 7 Mai - 17:33

page 100

On se remémore, sans être autrement étonné, qu’au temps où ces chambres funéraires étaient dans leur première fraîcheur, il y avait à Tombouctou une université florissante et des bibliothèques qui comptaient plusieurs milliers de volumes... Une chapelle comme celle-ci permet à l’imagination de jeter de longues passerelles sur de vastes nappes de siècles et d'étendre bien au delà de l’horizon où nous les bornons d’habitude, les grandes réussites de la civilisation musulmane.


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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:16


LES JUIFS DU MELLAH



Quand on a longtemps erré dans cette ville musulmane, bien poussiéreuse, bien délabrée, mais vaste et aérée, remplie d’une belle humanité qui sent la montagne et le bled, quel dégoût de tomber dans le Mellah ! C’est un des lieux les plus affreux du monde. Là s’entassent vingt mille Juifs, dans un espace infiniment trop étroit pour leur vie pullulante. Ce ne sont que caftans noirs sordides, calottes crasseuses, cheveux gras, tire-bouchonnant sur les joues ou bien pommadés, travaillés en boucles, en franges, en mèches ramenées autour de la calotte noire avec une recherche de l’élégance qui fait peur ; têtes ravagées par toutes les variétés de teigne qui dégoûtent le passant et ravissent le spécialiste; yeux chassieux, clignotants, purulents, mal ouverts qui semblent sortis d’une cave et s’effrayer du jour ; ...



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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:23

page 102

barbes incultes, chairs blafardes ou colorées d’un rose de poupée En vain le regard cherche-t-il à se poser sur quelque chose de propre. Par une fatalité incroyable, les denrées elle-mêmes, un fruit, une orange, un citron, une bougie, du sucre, tous ces objets dont le nom seul éveille une idée de fraîcheur, prennent ici l’air sale et malade. Dans les chambres groupées autour d’une cour intérieure, d’innombrables familles mêlent dans une promiscuité ignoble leur vermine, leurs maladies, leurs animaux et leurs enfants. Depuis la porte qui donne accès dans les couloirs et les cours, jusqu’au fond de ces taudis, tout cela grouille autour de matelas immondes, parmi des plats et des cruches cassées; et l’on est saisi à la gorge par une atroce odeur de fumier, de sang de poulet et de maya, ce tord-boyaux de figues, de raisins et de miel qu’on boit à pleins verres au Mellah.

Le plus affreux, c’est l’école, où, dans l’odeur inexprimable, des grappes d’enfants pressés les uns contre les autres comme des mouches sur un papier ou des têtards dans une mare, ânonnent les textes hébraïques, pleurent, crient, s’abandonnent sans vergogne à tous les besoins de la nature, autour de vieux maîtres dégoûtants, dont la figure hébétée garde un air d’enfance abrutie. Oh ! l’horrible verger d’enfants. Et comme il fait comprendre ce mot d’un rabbin qui disait :

 « En Israël, il y a trois sortes de gens : les Israélites, les Juifs et les Juifs du Maroc. »

En sortant des quartiers arabes, on quitte une civilisation d’un caractère aisé, insouciant, ami du plaisir et du repos, enfantin jusque dans sa gravité et son désir du gain, pour trouver ici un monde effroyablement affairé.
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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:26







Juifs du Mellah.




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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:30

page 105

Tout ce Mellah s'agite ; trafique, se marie, vit et meurt, sans paraître soupçonner son étonnante abjection. Bien plus, de cette ignominie s’élève une sorte de gaîté satanique, un immense mépris pour tout ce qui n’est pas juif, un orgueil qui brûle en secret sous la servilité et la crainte. Et sans doute est-ce pour cela qu’au milieu de tant de misères le regard s’épouvante et le cœur ne s’émeut pas... L’autre jour, dans le souk des cuivres, je regardais un de ces Juifs, vieillard septuagénaire, aveugle, demi-nu, occupé à faire tourner une roue au fond d’une échoppe qu’éclairaient les feux verts et jaunes des métaux qu’on étame. Pauvre Samson aveugle ! Comment demeurer insensible ? Il semblait là depuis des siècles, attelé à cette roue comme à la roue de l’infortune. Et pourtant ce qui affligeait le plus, ce n’était pas le spectacle de cette misère particulière, c’était de penser qu’il ne fallait rien moins que l’excès de cette détresse pour faire naître un sentiment, qui partout ailleurs au Mellah est étouffé sous le dégoût.

Quand naguère je traversais les ghettos de Galicie, de Bohême et de Hongrie, et que je voyais ces Juifs sordides dans leurs souquenilles boueuses, je me disais souvent : « S’ils me semblent si dégradés, si horribles, c’est qu’ils sont de misérables Orientaux transportés à des centaines de lieues de leur ciel éclatant, dans des régions froides et brumeuses. Sans doute m’apparaîtraient- ils tout à fait différents dans leurs contrées natales, loin de cette boue qui couvre leurs vêtements, loin de ces glaces où ils grelottent. Là-bas, dans leur pays de lumière, ils doivent retrouver, j imagine, quelque propreté, quelque noblesse... » Et justement c'est le contraire ! Ils se découvrent ici plus sales, plus vermineux qu'en Europe.
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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:35

page 106

Leurs robes noires, leurs calottes crasseuses attristent plus encore sous ce soleil éclatant. Et il leur manque à tous irrémédiablement la nostalgie de quelque Orient perdu, que je croyais là-bas apercevoir au fond des yeux...








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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:36






M E K N E S




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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:39







Bab Mansour el Aleuj



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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:44




MEKNÈS



Meknès, c’est le caprice d’un sultan fastueux et cruel, contemporain de Louis XIV, le fameux Moulay-Ismaïl. Dégoûté de Fez et de ses habitants, dont l’esprit naturellement frondeur lui était insupportable, il bâtit sur un promontoire, entre le Zerhoun et l’Atlas, un de ces beaux palais marocains, aux murs énormes de boue séchée, avec d’immenses miroirs d’eau, des mosquées, des jardins, des fontaines, des cours, des pavillons délicieux. Tout cela existe encore aujourd’hui, formidable et délabré. Depuis longtemps, les sultans ont délaissé Meknès pour revenir à Fez. Et, dans les murs du palais abandonné, n’habitent plus que quelques vieilles femmes, débris d’un harem de sultan, qui vivent ici en recluses, sous la garde d’eunuques noirs aussi décrépits eux-mêmes que ces tristes beautés...




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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:49

page 112

Depuis le temps de Moulay-Ismaïl, jamais Meknès n’a retrouvé le rang où la fantaisie de ce prince l’avait élevée un moment. Avec ses remparts éboulés, ses portes magnifiques, les vingt minarets de ses mosquées, cette cité un peu à l’écart des grandes routes du commerce a gardé un vieil air de cour, aristocratique et fermé. Elle est tout repos et silence, à l’exception toutefois d’une infernale semaine où les disciples de Si Aïssa, patron des Aïssaouas, accourus par milliers et par milliers autour du tombeau du Saint, l’emplissent d’un effroyable vacarme et s’abandonnent pendant huit jours à des extravagances sans nom. Il paraît que Si Aïssa dit un jour à ses disciples, mourant de faim au milieu du désert où il les enseignait : « Mangez ce que vous trouverez. » C’est pourquoi, dans leurs jours d’excès, au moment de l’anniversaire du Saint, ceux d’entre ses adeptes qu’on appelle les Lions, dévorent des moutons vivants et leurs entrailles non vidées; et les autres, qu’on appelle les Chameaux, mangent du verre cassé et des figues de Barbarie armées de leurs ceintures d’aiguilles. Et pendant ces huit jours, rangés devant leurs musiciens, les plus grands au milieu, les plus petits aux ailes, ils forment comme un croissant de lune, et se tenant la main, ils piétinent le sol en cadence, projettent leur corps en avant et en arrière, puis sautent brusquement en l’air, en poussant un cri rauque, une sorte de han ! qui se traduit par Allah. Des femmes, les cheveux dénoués, entrent dans ce cercle sacré, et se mêlent à ce délire, en faisant vertigineusement rouler leur tête sur leurs épaules jusqu’à ce qu elles tombent épuisées, parfois évanouies sur le sol...
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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:52








Le you you des femmes,
Retour de fête.





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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 8:57

page 115

Pendant huit jouirs ressuscitent, dans ce cimetière de Meknès, les mystères d’Eleusis, les saltations des Coryphantes, les cérémonies dyonisiaques de l’ancienne Grèce. Puis cette frénésie s’apaise. L’immense flot des pèlerins s’écoule. Chose étrange, tous ces frénétiques, les Lions et les Chameaux, regagnent leurs petites boutiques. Ces gens, qui dévoraient des bêtes pantelantes, les voilà maintenant paisiblement installés dans les petites armoires, où ils débitent leur épicerie et leur petite pacotille, dévident les écheveaux de soie, cousent la laine des burnous, taillent le cuir des babouches, ou bien égrènent leur chapelet ou lisent le Coran, ou bien tout simplement se défendent des mouches avec un petit éventail. Et de nouveau, pendant un an, le cimetière de Si Aïssa, le beau jardin funèbre de Meknès, avec ses oliviers centenaires, retombe à son recueillement de grand verger mystique et silencieux.


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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 9:03


VOLUBILIS


C'est le point extrême où se sont avancées les légions romaines au Maroc. Dès le premier siècle de notre ère, la ville possédait le droit de cité qui ne fut accordé que deux siècles plus tard à beaucoup de villes de Tunisie. Tout montre ici la volonté de faire d’un simple poste militaire une grande ville imposante pour les imaginations. Le mur d’enceinte n’a pas moins de trois kilomètres de tour, et les fouilles témoignent qu’il y avait aussi, à l’extérieur, des faubourgs. La plupart des monuments ont disparu sans laisser d’autres traces que celles de leurs fondations. Mais il en est un qui demeure : le bel arc de triomphe construit sous Caracalla. Au-dessus de la voûte un bandeau de pierre portait l’inscription dédicatoire. Au-dessus encore un groupe de six chevaux de bronze s’enlevait superbement dans le ciel.




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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 9:08

page 118

Quand ce beau groupe équestre a-t-il été détruit ? On l’ignore. Jusqu’au tremblement de terre de Lisbonne, la voûte et l’inscription votive étaient toujours intactes. Un Anglais, qui s’occupait, sous le règne de Moulay Ismaïl du rachat des captifs, nous en a laissé un croquis. Aujourd’hui les pierres de la voûte gisent lamentablement sur le sol. Mais l’ensemble de l’édifice a résisté au temps et aux tremblements de terre, et du haut de la colline sur laquelle il est bâti, il continue de régner sur la campagne environnante.

Détail singulier et qui donne à réfléchir, cet arc de triomphe n’est pas exactement perpendiculaire à la voie triomphale. C’est là, je crois, un fait unique dans les villes romaines où la plus rigoureuse symétrie était de règle. En plaçant, à Volubilis, légèrement de biais leur arc de triomphe, d’une façon si contraire à l’usage, les Romains laissent voir leur intention secrète : ils ont dévié le monument pour que, vu de la plaine immense, il apparût de face avec un air plus imposant aux indigènes d’alentour. Cette fois, la politique l’emporta sur l’architecture, ou plutôt l’architecture fit de la politique.

Sur le forum, une inscription récemment découverte par M. Châtelain, le directeur des fouilles, apporte des renseignements précieux sur la révolte d’un certain Edémone. On savait que Ptolémée, petit-fils d’Antonin et de Cléopâtre et dernier roi de Maurétanie, ayant été appelé à Rome par Caligula, avait commis l’imprudence de se montrer trop pompeusement au théâtre aux côtés de l’Empereur. Celui-ci, irrité, le fit assassiner et confisqua ses richesses, ce qui provoqua la révolte des gens de la Maurétanie.




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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 9:10






Volubilis.




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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 9:15

page 121

Edémone était à leur tête. Il fut vaincu. Mais jusqu’ici on ignorait le nom du général victorieux. L’inscription nous apprend qu’il s’appelait Valérius Severus, mais que son père était un Africain, un Carthaginois nommé Bostar. Ce qui montre sur le vif comment Rome s’entendait à latiniser un indigène intelligent, pour l’utiliser ensuite à la grandeur impériale.

Comme à Chella, la vie s’est retirée de ces pierres ensevelies, où l’archéologue s’efforce de ressusciter patiemment l’ancien visage des choses. C’est le même grand silence des siècles qu’à Tébessa, qu’à Timgad, cette même solitude, hantée de souvenirs que vient troubler seulement le bruit de la pioche de l’ouvrier qui travaille à exhumer cette beauté disparue... Mais faites quelques pas, deux kilomètres à peine, à travers un bois d’oliviers. Vous êtes à Moulay-Idriss. Et là, par une sorte de prodige, cette vie antique, abolie pour toujours dans la ruine romaine, se retrouve tout à coup vivante, avec ses blancs vêtements, ses temples, ses fontaines, ses bains, ses petites échoppes, dans toute son intimité religieuse et familiale.

J’y suis arrivé un matin où l’on sacrifiait des taureaux en l’honneur de Moulay-Idriss, le patron de la ville. Les bêtes étaient recouvertes de voiles, de fleurs, de bandelettes. Devant, marchaient des joueurs de flûte et de tambour. Les femmes poussaient leurs cris stridents au passage des bêtes que l’on allait sacrifier. Du haut d’une terrasse d’où le regard plonge dans le sanctuaire, j’ai vu entrer l’une après l’autre les bêtes offertes en holocauste. A mesure qu’elles arrivaient dans la cour qui précède la mosquée, elles étiaent aussitôt égorgées.
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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 9:19

page 122

Le sang ruisselait de tous côtés sur les dalles, et les gens, pour se sanc­tifier, s’en rougissaient le visage et les mains...

Qu’avais-je sous les yeux, sinon un de ces cortèges sacrés, comme il s’en est déroulé, il y a deux mille ans de cela, des centaines et des centaines, là bas, de l’autre côté du petit bois d’oliviers, dans les rues de Volubilis, en l’honneur de Jupiter ou de quelque autre Divinité du Panthéon
antique ? 





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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 9:22







Le caïd de Moulay-Idriss du Zerhoun devant sa tente.




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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Jeu 8 Mai - 9:24






F E Z





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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Ven 9 Mai - 7:25







Fez vue des tombeaux mérinides.




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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Ven 9 Mai - 7:30


FEZ




 Aller à Fez, c’est faire, en vérité, un bien petit voyage dans l’espace, mais c’est à travers le passé une immense randonnée. A Cordoue, Séville ou Grenade, on trouve maints vestiges de la civilisation arabe ; mais ce ne sont là pour ainsi dire que des coquilles vides, d’où la vie ancienne s’est retirée. Les plus belles choses n’y sont plus que des curiosités, des bibelots. A Fez, la coquille est intacte. L’animal habite toujours dedans. De là l’intérêt prodigieux, unique de cette cité où respire tout familièrement un passé qu’il nous est impossible d’imaginer ailleurs que par la rêverie et les livres.
Sitôt qu’on y pénètre, on est surpris par la vie pullulante qui monte et qui descend sans trêve, dans ces profondes rues étroites, ...



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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Ven 9 Mai - 7:35

page 130

entre de hautes maisons de trois et quatre étages, que l’humidité a moisies. L’eau ruisselle de toutes parts dans des canaux invisibles, ne se montrant de fois à autre qu’à travers un mur lézardé, d’où on la voit tomber à grand fracas sur quelque roue de moulin. Un torrent coule au bas, traversé de ponts en dos d’âne, qui rappellent des coins de Florence...

Le cœur de la ville est un tombeau : le tombeau de Moulay Idriss, fondateur de la cité. De tous côtés les souks, les petites échoppes, les fondouks l’assiègent. Et la foule sans trêve, dans un piétinement de troupeau, semble lui donner l’assaut. Et tout près, voici Karouiine, la fameuse université, aussi célèbre, jadis, que celle de Cordoue ou du Caire, et où l’on voit toujours dans l’ombre des piliers, des étudiants accroupis sur les nattes autour de quelque maître fameux. Ici, on est au plus profond Islam, au milieu de ce qui survit encore de la civilisation moresque. Une science, étrange et bien désuète, s’y conserve comme embaumée; et si l’on pouvait pénétrer dans l’intime pensée d’un de ces savants de Karouiine, on connaîtrait, je crois, bien des façons de sentir et de penser de nos docteurs du treizième siècle.

Ai-je tort ? Pour moi, cette ville d’Islam est une image de ce que pouvait être Paris au temps de saint Louis, un Paris sombre, étroit, avec son université, ses innombrables chapelles, son organisation sociale, ses confré¬ries, ses corporations, ses métiers. A Fez, on prie, on étudie, on trafique, on travaille, comme on faisait en Europe, il y a dix siècles de cela. Ville sombre où les hommes ont un visage pâle, ...



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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Ven 9 Mai - 7:58







La cour de la mosquée Karaouiine.




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MessageSujet: Jean et Jérôme THARAUD, Le MAROC, 1923   Ven 9 Mai - 8:03

page 133



de beaux yeux qui ne laissent rien voir de l'âme ; ou les maisons et les palais ont pris la lèpre noirâtre d’une pierre de tombe moisie; où l’on entend partout, sans la voir, l’eau qui gronde et ruisselle; où le passant s’arrête pour écouter quoi ? ce bruit d'eau ? Ah! non, bien autre chose, cette voix reconnue, ce lointain murmure des siècles qui vous arrête pareillement tout à coup dans un vieux quartier de Paris, à l’ombre de Saint- Séverin ou de Saint-Germain-l’Auxerrois; ville inquiète, inquiétante, où les Juifs convertis ont mis beaucoup de leur sang, où les anciens proscrits d’Espagne et les mécontents d’Algérie ont porté beaucoup de leur haine, et dont le mystère attache mais ne la fait pas aimer...






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MessageSujet: Re: Jean et Jérôme THARAUD, LE MAROC - 1923 -   

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Jean et Jérôme THARAUD, LE MAROC - 1923 -
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