Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 HISTOIRE du MAROC

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 9:07

page 77


... leurs mornes existences. Au demeurant, le prestige de la chrétienté était mince à la cour des chérifs ; ne voyait-on pas la Suède, le Danemark, Venise, consentir un tribut aux sultans? Quand ces nations tardaient à acquitter leur fâcheuse vassalité, Sa Majesté parlait haut, se fâchait, et, en 1794, elle armait ses frégates. Le consul de Suède envoyait encore, en 1817, le tribut de 20.000 piastres payées annuellement par son gouvernement; et le Danemark, qui était en retard de trois annuités, s'exécutait par la même occasion en versant 25.000 piastres fortes d'or. On sait qu'après la victoire de l'Isly, la France imposa au Maroc l'annulation de ces humiliantes redevances.
En 1826, c'est aux villes hanséatiques, qui ne payaient plus leurs tributs annuels de 50.000 douros (250.000 francs), que le Sultan s'en prend ; il arme deux corsaires pour courir sus à leurs pavillons, malgré les efforts du consul portugais qui tente de le faire patienter. La Suède, de nouveau en retard, s'émeut des intentions marocaines et s'acquitte entre les mains de l'Israélite Benoliel, qui était, à Gibraltar, une sorte de consul du Maroc. Durant les années qui précèdent notre expédition d'Alger, on constate au reste, dans tous les Etats barbaresques, et jusqu'au Maroc, un regain d'activité maritime belliqueuse ; en 1827, le Sultan achète deux bâtiments, dont un brick de douze canons, pour augmenter sa flotte qui comptait quatre navires. Il voulait reprendre la guerre de course ; c'est ainsi qu'il comprenait les relations avec les puissances chrétiennes. En 1829, il s'empare de deux voiliers autrichiens.
On ne saurait assez rappeler ces faits qui démontrent quels services notre venue en Algérie rendit à l'Europe, en donnant enfin la sécurité de navigation en Méditerranée.

Henri de la MARTINIERE. (Souvenirs du Maroc.)


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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 15:05

page 78



- BATAILLE DE L'ISLY. Tableau de Horace Vernet. (Musée de Versailles.)
Livrée sur les bords de la petite rivière de l'Isly, affluent de la Tafna, cette bataille montra aux sultans du Maroc toute la puissance d'organisation de l'armée française.

CHAPITRE X

Les Chérifs Alaouites du XIXe siècle

SOMMAIRE
De 1830 à l'établissement du protectorat français, tout l'effort des sultans se réduit à maintenir leur autorité sur les tribus et à empêcher la pénétration européenne.
Abd er Rhaman (1822-1859), qui soutenait Abd el Kader, réfugié au Maroc après sa défaite en Algérie, fut battu à la bataille de l'Isly (1844). Sidi Mohammed (1859-1873) eut à soutenir une guerre contre l'Espagne et signa avec elle la paix de Tétouan (1860). Moulay el Hassan (1873-1894), malgré son activité, contint difficilement les tribus et dut, par la convention de Madrid (1880), accorder aux États européens des tribunaux consulaires et le droit de protection sur les Marocains qu'ils employaient.

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 15:10

page 79



1. L'état du Maroc en 1830. — L'installation de la France en Algérie, en 1830, ouvre une ère nouvelle dans l'histoire de tous les États de l'Afrique du Nord. Tout en mettant fin aux luttes intestines, la France développait la prospérité de l'Algérie. Cet exemple rendait très difficile la situation des chérifs Alaouites, enlisés dans le passé, incapables de rénover l'activité économique de leur empire et sans cesse aux prises avec les tribus, prêtes à la révolte pour vivre de pillages et se soustraire à l'impôt.
Le Maroc, arriéré et anarchique, bien que situé à proximité de l'Europe et sur l'une des routes les plus fréquentées du monde, était vraiment une anomalie à l'époque où les progrès scientifiques et la grande industrie augmentaient les échanges et la force d'expansion des nations européennes.
Les sultans se contenteront de se défendre en opposant les puissances les plus intéressées à la mise en valeur du Maroc, l'Espagne, l'Angleterre et la France, sans faire aucun effort sérieux pour réorganiser leur empire et accroître sa prospérité.
Toute l'histoire du Maroc, depuis 1830 jusqu'à l'établissement du protectorat français, se réduit aux tentatives des sultans pour maintenir leur autorité sur les tribus et empêcher la pénétration européenne.

2. Moulay Abd er Rhaman (1822-1859). — C'est Moulay Abd er Rhaman qui gouverne le Maroc au moment de la conquête de l'Algérie par la France. Il applaudit d'abord à la chute du dey d'Alger en 1830, en raison de l'hostilité traditionnelle entre les Turcs et les chérifs.
Les rapports se tendirent au moment où Abd el Kader, soutenu par le Sultan qui lui envoyait des armes, proclama la guerre sainte contre la France et surtout lorsqu'il se réfugia au Maroc, après la prise de sa smala. Des incursions ...

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 15:16

page 80



- LE PRINCE DE JOINVILLE. Tableau de Winterhalter. (Musée de Versailles.)

... ayant eu lieu sur le territoire occupé par la France, celle-ci fit occuper Lalla Marnia. Le prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe, bombarda Tanger et Mogador. Abd er Rhaman réunit une armée formée d'un noyau de soldats de la garde noire, soutenus par de nombreux contingents des tribus. Elle comprenait 85.000 cavaliers et seulement 1.500 fantassins et 11 canons. Elle était commandée par Sidi Mohammed, fils du Sultan. Cette armée, qui combattit comme dans une série de fantasias, fut vaincue par le maréchal Bu-geaud à la bataille de l'Isly (1844). C'était le triomphe de l'organisation et de la tactique sur le désordre.
L'Angleterre étant inquiète des succès de la France, celle-ci, pour la rassurer, précipita la signature du traité de Tanger (1845), qui nous garantissait seulement que le Sultan ne soutiendrait plus Abd el Kader. La convention de Lalla Marnia (1845) délimitait la frontière, de l'oued Kiss jusqu'aux territoires désertiques. Cette frontière, loin de la Moulouya, était trop indécise pour contenir les tribus voisines, et elle sera constamment franchie par des nomades pillards, sur ...


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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 15:21

page 81



- ABD EL KADER.
Retiré à Damas, en Syrie, Abd el Kader fut d'une parfaite loyauté après sa défaite. En 1860, il donna asile dans sa maison à des chrétiens poursuivis par les Turcs fanatiques.

... lesquels le Sultan n'avait d'ailleurs aucune autorité. La France, qui avait la police de ses régions frontières et le droit de suite, sera toujours obligée de se garder de ce côté et d'intervenir auprès du Sultan pour imposer le respect de ses droits. Elle dut faire bombarder Salé en 1851 pour soutenir une de ses réclamations.

3. Sidi Mohammed (1859-1873). — Les débuts du règne de Sidi Mohammed furent marqués par l'action de la France contre les Béni  Snassen, et  par  la   guerre   contre l'Espagne.
1° L'Espagne avait occupé en 1848 les îles Zaffarines, position excellente à l'embouchure de la Moulouya, qui complétait la défense de Melilla. Les attaques incessantes contre les Présides amenèrent l'Espagne à s'emparer de Tétouan (1859). Ce succès des Espagnols, qui marchèrent ensuite sur Tanger, eut une grande répercussion au Maroc. L'Angleterre, qui croyait à une entente franco-espagnole pour démembrer l'empire chérifien, imposa aux Espagnols la paix de Tétouan (1860). Ils obtenaient une indemnité, l'extension du territoire de Ceuta, mais devaient évacuer Tétouan. Ils furent cruellement déçus.

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 15:27

page 82


Le traité commercial de 1861 donnait à l'Espagne les avantages commerciaux accordés déjà à la France, en particulier le droit de protection, et attribuait le monopole des Missions aux Franciscains espagnols.
2° La France, en vertu du droit de suite et après avoir prévenu le Sultan, envoya en 1859 le général Martimprey pour châtier les Béni Snassen qui avaient violé notre territoire. Le moment était favorable pour la France d'étendre sa frontière jusqu'à la Moulouya, le Sultan étant aux prises avec l'Espagne. Elle préféra s'en tenir au respect des traités.
Ses relations avec Sidi Mohammed furent satisfaisantes jusqu'à la fin du Second Empire. Elle eut plusieurs fois à exercer le droit de suite sur la frontière marocaine, surtout dans le sud.

4. Moulay el Hassan (1873-1894).
Sa politique intérieure. Moulay el Hassan fut un sultan actif et énergique. Il s'appuya sur l'armée, qu'il essaya de réorganiser en obligeant chaque ville à lui fournir un contingent d'infanterie. Il fut très aimé de ses sujets, et sans cesse en campagne pour imposer son autorité et mettre fin à l'anarchie des tribus rebelles. Il dut conquérir d'abord sa propre capitale : Fès (1874). Il marcha ensuite sur Oujda (1876) pour soumettre les Béni Snassen révoltés contre lui.
Plus tard, en 1882, il conduisit une expédition dans les régions du Sous et de l'oued Noun, les Berbères du haut Atlas s'étant insurgés. Son armée, mal nourrie, supporta de cruelles souffrances, surtout après l'échec d'un ravitaillement par mer, rendu impossible par la tempête. Il atteignit son but cependant et fit reconnaître son autorité par les grands caïds.
D'autres expéditions eurent lieu pour soumettre les Zaïans et les Zaërs, coupeurs de routes. Moulay el Hassan mourut en 1894, au retour d'un pèlerinage politique au Tafilalet, berceau de sa famille, dont les tribus sahariennes avaient troublé la paix.


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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 15:36

page 83


Moulay el Hassan n'avait réussi à se défendre contre l'anarchie qu'en parcourant sans cesse son empire, et en employant la traditionnelle politique des tribus, qui consiste à opposer les fractions hostiles les unes aux autres; mais le prestige du pouvoir central ne se maintenait que durant la présence du Sultan et de son armée. Tout était à recommencer après leur départ. Néanmoins la politique de Moulay el Hassan retarda la décomposition de l'empire chérifien et lui permit de faire figure d'Etat.
Comme le sultan Moulay Ismaïl, auquel on peut le comparer, il avait reconstitué l'empire marocain et accompli de grands travaux : le palais de Bou Jeloud et la manufacture d'armes de la Makina, à Fès. En 1877, il demanda à la France, pour réorganiser son artillerie, une mission militaire, qui resta auprès des sultans jusqu'à l'établissement du protectorat.
Sa politique extérieure.— Moulay el Hassan avait résisté tant qu'il avait pu aux entreprises des Européens, en opposant les puissances. Cependant, par la convention de Madrid (1880), il avait dû reconnaître aux autres Etats européens les avantages attribués déjà à la France et à l'Espagne : les tribunaux consulaires et le droit de protection sur les Marocains employés par les Européens. Ceux-ci obtenaient le droit d'acheter des propriétés avec autorisation du Sultan. C'était le premier fondement de cette internationalisation du Maroc qui devait lui être si nuisible. Peu après, la France renforça, à la demande du Sultan, sa mission militaire et étendit sa protection sur les Chorfas d'Ouezzan.
La France eut, malgré sa mission militaire, un rôle fort effacé durant cette période. Elle avait perdu l'avantage de ses droits privilégiés, puisqu'ils étaient accordés à toutes les puissances signataires de la convention de Madrid, et elle ne pratiquait même plus le droit de suite.


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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 15:42

page 84


Elle présentait seulement au Sultan des réclamations pécuniaires, rarement satisfaites.
Cette politique d'effacement avait provoqué en 1881 l'insurrection de Bou Amama, dans l'Oranie.
L'Allemagne, qui avait déclaré à la Conférence de Madrid « n'avoir pas d'intérêts au Maroc », commençait cependant ses entreprises d'intervention. Elle signa un traité de commerce, et une ligne de navigation fut créée entre Hambourg et le Maroc.
L'Angleterre, par contre, exerça la plus grande influence durant tout le règne de Moulay el Hassan, grâce à sa puissance maritime, à l'habileté de sa politique et aussi à la crainte inspirée par le voisinage de l'établissement de la France en Algérie. Néanmoins elle ne put jamais faire accepter son protectorat.
En somme, sous le règne de Moulay el Hassan, le Maroc était resté aussi fermé qu'il l'avait été sous les dynasties berbères.

LECTURE

LA FIN D'ABD EL KADER
Après avoir échappé longtemps à la poursuite des colonnes françaises qui faisaient la conquête de l'Algérie, l'émir Abd el Kader vit enlever sa smala par le duc d'Aumale, en 1843. Jugeant sa cause compromise, les tribus qui le soutenaient l'abandonnèrent, et l'émir s'enfuit au Maroc. Il réussit à surexciter le fanatisme des confréries religieuses du Maroc et le sultan Abd er Rhaman dut déclarer la guerre à la France, sous peine de voir ses propres sujets se soulever contre lui. La victoire de l'Isly ne mit pas fin aux entreprises d'Abd el Kader. Durant cette bataille, il se trouvait sur une hauteur voisine, sans que le prince marocain lui eût permis de prendre part au combat. Il reçut du Sultan l'ordre de licencier ses bandes et de venir s'établir à Fès. Il refusa, repassa la Moulouya, et lança des émissaires à la fois dans les montagnes marocaines du ...


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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 15:47

page 85


- LE DÉPART POUR LA GUERRE. (Tableau de Abascal.)
L' armée des sultans, composée de la garde noire et des représentants des tribus, comprenait surtout de la cavalerie. C'était une armée du moyen âge où la tactique était primitive et la discipline précaire.

... Rif et de l'Ouest algérien. Il réussit à provoquer une vaste insurrection et, après s'être emparé de Taza, il surprit et massacra quelques troupes françaises près de Nemours. Traqué par les colonnes du maréchal Bugeaud, il pénétra de nouveau au Maroc par Figuig. Le sultan Ahd er Rhaman était las de l'agitation qu'Abd el Kader entretenait dans son empire. Il avait dans l'émir un dangereux rival, politique et militaire, à la fois comme sultan et comme chérif. Il confia une armée de 1.100 cavaliers à El Ahmar, caïd du Rif, et une autre de 2.000 cavaliers à son cousin Moulay Hassan, pour expulser ou prendre Abd el Kader. Celui-ci fut refoulé jusqu'à la Moulouya, dont tous les passages étaient gardés par les Français et les Marocains. Il n'avait plus que deux ou trois mille guerriers à opposer à 40.000 Marocains et aux troupes françaises. Acculé à la mer, il dut sacrifier la moitié de ses fantassins et tous ses cavaliers pour passer sur la rive droite de la Mouloiiya ; son burnous fut criblé de balles et il eut trois chevaux tués sous lui. Il ne lui restait plus qu'à se livrer aux Français ou à tenter de gagner le désert. Après avoir essayé vainement, en pleine nuit, ce dernier parti, il se résigna à demander l'aman au général Lamoricière et il se rendit au duc d'Aumale, fils du roi Louis-Philippe.


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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 15:51

page 86


La chute à'Abd el Kader marquait la fin des grandes difficultés rencontrées par la France en Algérie. Abd el Kader fut interné d'abord à Toulon, puis à Pau et à Amboise et enfin autorisé en 1852 à se rendre à Brousse, dans la Turquie d'Asie. Lors du tremblement de terre qui détruisit cette ville, en 1855, il alla s'établir à Damas, où il mourut.
Pendant son exil, l'émir se montra toujours reconnaissant de la générosité de la France, qui lui avait accordé une pension annuelle. En 1860, lors des massacres de Syrie, il mérita le grand cordon de la Légion d'honneur pour sa belle conduite à l'égard des chrétiens qu'il recueillit et protégea contre la fureur des assassins, donnant ainsi un magnifique exemple de sa grandeur d'âme. En 1871, il adressa aux indigènes algériens révoltés une lettre dans laquelle il les exhortait à se soumettre.
Abdel Kader a été le plus grand adversaire que la France at rencontré dans l'Afrique du Nord. Sa personne inspirait le respect, son extérieur était plutôt d'un ascète et d'un moine que d'un guerrier. Il avait le teint pâle et mat, le nez fin, de grands yeux bleus bordés de longs cils noirs, la barbe fine et soyeuse ; il était de petite taille, sa main était remarquablement petite et blanche, il égrenait constamment un chapelet. Comme la poésie orientale, son langage était riche en images gracieuses : « Vous devez avoir froid, lui disait le préfet de Toulon chargé de le recevoir. — Oh ! non, répondit-il, la chaleur de votre amitié fait fondre pour moi la glace de l'air. » Ce merveilleux cavalier, séduit par la beauté et la poésie puissante de la vie libre, reste le type accompli de l'Arabe des grandes solitudes : « II y a deux belles choses dans le monde, disait-il, les belles teintes et les beaux vers. » Avec son énergie soutenue, sa vive intelligence, son imagination poétique, ses sentiments chevaleresques, Abd el Kader est une des belles figures de l'histoire et la France sait honorer ceux de ses adversaires qui ont lutté vaillamment et loyalement contre elle.


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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Sam 4 Jan - 15:56

page 87



- VUE SUR GIBRALTAR ET LE DETROIT PRISE EN AVION.
Le détroit de Gibraltar n'a que quinze kilomètres de large et des profondeurs de cinq cents mètres au plus, au point le plus étroit. Le rocher de Gibraltar abrite une puissante forteresse anglaise.

CHAPITRE   XI

La crise marocaine (1900-1912)


SOMMAIRE
Sous le règne d'Abd el Aziz (1894-1908), le Maroc allait tomber dans une décomposition complète. Les fantaisies de ce jeune Sultan, ses gaspillages, provoquèrent le mécontentement et la révolte.
La France, intéressée plus que les autres puissances au maintien de l'ordre dans ce pays à cause de son installation en Algérie, signa les accords de 1904 avec l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie. L'opposition de l'Allemagne à ces accords provoqua la conférence d'Algésiras(1905), qui reconnut, les droits privilégiés de la France et de l'Espagne au Maroc. L'Allemagne, qui soutenait le nouveau Sultan, Moulay Hafid, consentit néanmoins, par l'accord de 1911, à l'établissement du protectorat français au Maroc.

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Dim 5 Jan - 7:40

page 88


1. La décomposition du Maroc sous Abd el Aziz (1894-1908). — Le Maroc allait tomber, après le règne de Moulay el Hassan, dans une désorganisation complète.
Abd el Aziz n'était qu'un enfant lorsqu'il succéda à son père. Le jeune Sultan s'entoura d'une foule d'intrigants qui pillèrent le Trésor et le compromirent en personne dans des scandales. Intelligent, mais faible et peu travailleur, c'est avec des jouets qu'il s'initiait aux progrès de l'industrie européenne. On vit bientôt Abd el Aziz jouer au billard, au tennis, monter en automobile, photographier les femmes du harem et s'habiller en officier anglais, tandis qu'il laissait gouverner ses ministres, ennemis les uns des autres.
La crise financière provoquée par ces dilapidations détermina la création d'un nouveau système fiscal, qui remplaçait la dîme en nature par un impôt en argent, le tertib.
Les mécontents empêchèrent de lever le nouvel impôt, qui ne pourra être régulièrement perçu qu'après l'établissement du protectorat. Le Trésor marocain se trouva sans ressources.
Le Sultan fut ainsi acculé à l'emprunt, et c'était bien pour le Maroc l'approche de la fin. Des soulèvements éclataient un peu partout.
Abd el Aziz manquait de l'énergie et de l'habileté nécessaires pour vaincre ces révoltes. Il n'avait d'ailleurs ni argent ni soldats. La crise marocaine se trouvait ainsi ouverte. Les puissances européennes : l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne, surveillaient cette décomposition. Ce pays, qui avait été autrefois le berceau des grands empires des Almoravides et des Almohades, ne pouvait plus rester indépendant, puisqu'il était impuissant à se gouverner dans l'ordre et le progrès. C'était pour l'Europe l'occasion d'intervenir au Maroc, malgré le fossé qui l'en séparait, et que la question religieuse avait longtemps élargi.


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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Dim 5 Jan - 7:44

page 89


2. L'intervention française au Maroc. Les accords de 1904. — La France était particulièrement intéressée à la solution de la crise marocaine, à cause de son installation en Algérie.
Pour fortifier la frontière algero-marocaine, elle s'installa dans les oasis du Toual en 1900. Cette action énergique amena une tension avec le Maghzen, qui consentit à l'envoi d'une ambassade à Paris. Celle-ci signa les accords de 1901 et 1902, qui, pour préciser le traité de Tanger de 1845, établissaient les droits de la France sur les tribus du Sud-Oranais, ainsi qu'une collaboration franco-marocaine sur la frontière, pour la police, le commerce et les douanes. Cette collaboration toute pacifique aurait pu être féconde, car la France était disposée à apporter tout son appui au Sultan.
Le colonel Lyautey, chargé d'assurer la sécurité de la France dans le Sud-Oranais, occupa Colomb-Béchar en 1903, ainsi que toute la ligne Saoura-Zousfana, et il effectua des reconnaissances jusqu'à la Moulouya.
Cette nouvelle politique de pénétration s'imposait au gouvernement français. La sécurité de l'Algérie exigeait que le Maroc fût un Etat organisé et pacifié, et non un refuge pour les tribus pillardes et un foyer d'intrigues pour les nations européennes. Il n'était pas possible à la France d'admettre qu'une nation rivale prît sa place, parce que c'était laisser se créer, tout près de l'Algérie et de la Tunisie, un centre d'agitation antifrançaise.
Ce n'est pas un appétit de conquêtes, mais une nécessité géographique qui commandait sa politique marocaine. C'est à elle, seule voisine, par l'Algérie, de l'empire marocain, qu'il appartenait de faire entrer le Maroc dans la voie du progrès et de lui apporter les bienfaits de la civilisation.
Pour obtenir le désintéressement des nations européennes ...

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Dim 5 Jan - 7:45

page 90



- GUILLAUME II A TANGER, LE 31 MARS 1905.
L'empereur d'Allemagne, Guillaume II, qui aimait les manifestations théâtrales, débarqua soudainement à Tanger, au milieu de la crise marocaine, pour contrecarrer la politique de pénétration pacifique de la France. Il fut reçu en grande pompe par les représentants du Sultan.

... et faire accepter sa pénétration dans l'empire chérifien, la France signa, en 1904, des accords avec l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie.
La convention du 8 avril 1904 avec l'Angleterre inaugurait ...

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Dim 5 Jan - 7:50

page 91


... entre elles une entente cordiale. Pour s'assurer des concessions en Egypte et sur d'autres points, l'Angleterre laissait la France libre au Maroc, sous réserve que des fortifications ne seraient pas élevées au nord du Sebou et que l'Espagne aurait la même liberté que la France dans la zone nord du Maroc.
L'accord franco-espagnol d'octobre 1904 délimita cette zone espagnole, ainsi que l'enclave d'Ifni dans le sud.
A la suite de ces accords, l'emprunt de 1904, gagé par les douanes et placé sous le contrôle de la France, donnait à celle-ci le droit de surveiller les douanes dans chaque port du Maroc. Un programme général de réformes pour la régénération du pays était en même temps soumis au Sultan.

3. L'opposition allemande et la conférence d'Algésiras(1905). — L'opposition de l'Allemagne remit tout en question dès le début de l'année 1905. Après avoir favorisé les entreprises coloniales de la France, pour disperser ses forces et lui ôter l'idée de prendre la revanche de ses défaites de 1870, l'Allemagne, désireuse maintenant de s'installer au Maroc, nous déniait le droit d'être les pacificateurs de l'empire chérifien. Elle avait signifié, cependant, à la conférence de Madrid de 1880, que l'Allemagne n'avait pas d'intérêts au Maroc. En réalité, les défaites de la Russie, dans sa guerre en Extrême-Orient contre le Japon, lui semblaient une occasion favorable d'intimider la France, alliée de la Russie, et de sortir de l'encerclement où sa politique brutale l'avait placée. L'empereur Guillaume II débarqua avec éclat à Tanger, le 31 mars 1905, et déclara rendre visite au Sultan libre et indépendant et ne reconnaître aucun privilège commercial.
Poussé par l'Allemagne, le Sultan rejeta notre programme de réformes. Une conférence réunit à Algésiras les représentants ...

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Dim 5 Jan - 8:02

page 92


... des Etats-Unis et des grandes nations européennes pour s'occuper de la réorganisation du Maroc. La France, par sa netteté de vues, finit par gagner à sa cause toutes les puissances.
L'acte d'Algésiras du 7 avril 1906 fut une défaite pour l'Allemagne. Il admit les droits privilégiés de la France et de l'Espagne au Maroc. Elles étaient chargées de la police des ports.
Une Banque d'Etat du Maroc fut créée pour encaisser les revenus et payer les dépenses du gouvernement marocain. Elle s'occupe du service des emprunts publics au Maroc.
Les finances étaient réorganisées et placées sous la surveillance du Contrôle de la Dette, chargé en outre de percevoir les produits des taxes affectées à la garantie des emprunts.
La liberté commerciale était établie pour toutes les puissances. En somme, l'acte d'Algésiras, en internationalisant un peu plus le Maroc, faisait perdre à la France une partie des bénéfices obtenus par les accords de 1904.
L'acte d'Algésiras ajournait la solution de la crise marocaine et laissait le Sultan sans autorité réelle.

4. Les querelles et les accords avec l'Allemagne (1909 à 1911). — La régénération du Maroc ne pouvait être une œuvre collective. Il fallait y apporter un esprit de suite et une unité de vues dont une seule puissance, la France, était capable, à cause de sa longue expérience algérienne. Les révoltes et les attentats continuèrent. Le docteur Mauchamp ayant été assassiné à Marrakech (1907), la France fit occuper la ville d'Oujda. Dans le Maroc oriental, les Béni Snassen ayant fait des razzias sur notre territoire, le général Lyautey obtint leur soumission en les cernant dans leurs montagnes. Le massacre des ouvriers du port de ...

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Dim 5 Jan - 9:48

page 93



- ABD EL Aziz, Sultan du Maroc de 1894 à 1908.
- MOULAY HAFID, Sultan du Maroc de 1908 à août 1912.


... Casablanca et le pillage de la ville par les tribus voisines nous obligèrent à envoyer le général d'Amade qui, après une très active campagne de trois mois, réussit à occuper toute la Chaouia (1907).
Le Maroc se trouvait donc entamé par la France de deux côtés. Notre action militaire avait été provoquée par le fanatisme des tribus, constamment excité par l'Allemagne, qui ne cessera de soulever des difficultés jusqu'à la guerre de 1914. Ainsi le sultan Abd el Aziz se montrant heureux de notre collaboration, l'Allemagne jeta contre lui son frère Moulay Hafid, soutenu par le mouvement antifrançais. Proclamé sultan à Marrakech, celui-ci fut vainqueur, mais dut accepter notre appui, parce qu'il avait besoin de soldats pour percevoir les impôts et affermir son autorité.
L'Allemagne éleva, en 1908, de nouvelles protestations pour les incidents survenus à Casablanca au sujet des déserteurs ...

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Dim 5 Jan - 9:51

page 94



- AGADIR. Panorama pris de la jetée.
Cette excellente position fut occupée par les Portugais de 1505 à 1541. Les Pays-Bas y installèrent un comptoir en 1746. Une citadelle domine l'Océan d'une hauteur de 220 mètres; un village de pêcheurs, Founti, a été construit sur le rivage. Bien abrité des vents du N.-O. et à proximité du Sous, ce port est appelé à se développer.

... allemands de notre légion étrangère. La légation allemande de Casablanca étant devenue une véritable agence de désertion, une bagarre eut lieu entre un agent de la légation et des marins français. L'affaire fut soumise à l'arbitrage du tribunal de La Haye.
La fermeté de la France fit hésiter l'Allemagne, qui, ne se trouvant pas suffisamment prête pour la guerre, préféra signer avec nous l'accord du 8 février 1909. Cet accord lui donnait le droit de participer à toutes les fournitures et à tous les travaux du Maroc. Il nous reconnaissait des intérêts politiques particuliers.
Le désaccord réapparut dès qu'il fallut réprimer, en 1911, la révolte des tribus berbères autour de la ville de Fès.


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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Dim 5 Jan - 9:56

page 95


Le sultan Moulay Hafid, sans argent et sans soldats, se trouvant assiégé dans Fès, fit appel à la France, le 27 avril. En un mois, le général Moinier se porta de Kenitra à Fès, où il entra le 21 mai. Il prit ensuite Meknès et ouvrit une route directe entre Rabat et cette ville, en occupant le pays des Zemmour.
Cette marche sur Fès de nos troupes, uniquement provoquée par l'anarchie marocaine à laquelle nous avions le devoir de mettre un terme, apparut à l'Allemagne comme une mainmise de la France sur le Maroc.
Pour protester, l'Allemagne envoya un vaisseau de guerre à Agadir, sous prétexte de surveiller de vagues intérêts dans le Sous. C'est le coup d'Agadir. La ferme attitude de la France, soutenue par l'Angleterre, la détermina à signer la convention du 4 novembre 1911. En échange d'une portion du Congo français, l'Allemagne acceptait l'établissement de notre protectorat sur le Maroc, tout en exigeant le maintien de l'égalité économique.
La question marocaine était résolue, mais les difficultés qu'elle avait soulevées montraient l'acuité de la rivalité franco-allemande, qui survivait malgré tout à l'accord de 1911 et devait aboutir à la guerre de 1914. Elle a eu, au point de vue historique, une importance encore plus générale. Elle permettait à chaque puissance de comprendre ses véritables intérêts, d'éprouver ses amitiés, et de prendre position dans le conflit que ne pouvait manquer de provoquer l'ambition de l'Allemagne, désireuse d'imposer son hégémonie, en écrasant à la fois la France qui ne voulait pas oublier les mutilations de son territoire en 1871, et l'Angleterre dont elle supportait mal la puissance maritime et coloniale.


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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Dim 5 Jan - 10:02

page 96



LE PREMIER DÉBARQUEMENT DES FRANÇAIS A   CASABLANCA

D'après la relation de M. MAIGRET, consul de France, qui, pendant les journées qui suivirent le massacre des ouvriers du porl de Casablanca, eut une altitude très courageuse :

Les travaux du port de Casablanca commencèrent en mai 1907. Une voie Decauville, d'environ un kilomètre, fut établie pour relier les chantiers de la marine à la carrière de la route de Rabat, d'où étaient extraits les matériaux destinés aux jetées.
Les délégués des tribus sommèrent le Maghzen de faire enlever la voie ferrée, de suspendre le travail dans les chantiers du port et supprimer le contrôle de la douane. A cette sommation, le Maghzen répondit par un refus, en invoquant les ordres formels du Sultan qui veut « engager son pays dans la voie du progrès par la création d'un port et le contrôle des deniers publics ».
Le 30 juillet, vers midi, un indigène à cheval, escorté de quelques délégués des tribus en armes, parcourt les rues en proclamant que les chrétiens ont un délai de trois jours pour quitter la ville. Vers une heure et demie, une locomotive sort de la carrière, en remorquant des wagonnets vers les chantiers. Tout à coup, une cinquantaine d'indigènes surgissent le long de la voie, qu'ils obstruent avec des pierres. Deux ouvriers sont tués. Les meurtriers, dont le nombre va augmentant, se portent rapidement vers la carrière, massacrant à coups de matraque et de poignard les ouvriers qu'ils rencontrent. L'une des victimes, le contremaître Macé, armé d'un simple couteau, fait preuve d'un admirable courage et parvient un instant à se débarrasser de ses agresseurs. Il va atteindre la mer, quand un cavalier le rejoint et lui fracasse le crâne. Six autres ouvriers espagnols, français ou italiens sont encore massacrés. Les autres parviennent à s'échapper, les uns en gagnant à la nage les embarcations envoyées par les vapeurs en rade, les autres en se réfugiant dans les fermes voisines de la carrière. L'effervescence est grande et c'est seulement dans la nuit que le consulat de France peut faire ramener, par des Israélites, les cadavres horriblement mutilés de ces héros obscurs, qu'un certain nombre de Français étaient allés reconnaître au péril de leur vie.
Le corps consulaire obtient du Maghzen des gardes pour les maisons européennes. La plus grande partie des colonies française et étrangères s'embarque à bord des bateaux qui se trouvaient en rade.

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Mar 7 Jan - 9:39

page 97


Toutefois, la situation restait très grave ; l'impuissance du Maghzen vis-à-vis des factieux est démontrée par le drame du 30 juillet. Le consulat fit appel à la force navale stationnée à Tanger et le croiseur Galilée mouillait en rade le 1er août à Casablanca.
Le Maghzen était immédiatement avisé des intentions du croiseur : « aider à rétablir au plus tôt l'autorité du Sultan et assurer la protection des Européens contre les rebelles ». En même temps, le Galilée signalait à deux vapeurs qui se trouvaient entre lui et la terre d'avoir à s'écarter pour dégager son champ de tir. Cette manœuvre, dont les indigènes se rendirent compte aussitôt, provoqua une vive émotion, et le Maghzen, qui disposait de six à sept cents askris (soldats), put commencer à épurer la ville de ses éléments de trouble. Toutefois, les cavaliers des tribus restaient dissimulés clans les environs.
Dans la nuit du 4 au 5 août, le Galilée entre en communication, par T. S. F., avec le croiseur du Chayla :  une escadre française arrive avec des forces imposantes.   Le 5 août,   à cinq heures  et demie, une vedette du Galilée,  remorquant deux embarcations, quitte le bord, se dirigeant vers la   ville. Il y avait là 60 marins commandés par l'enseigne de vaisseau Charles  Ballande. A cette époque, il n'existait   aucune espèce d'appontement, et le rivage rocheux s'étendait jusqu'à  la muraille de la ville.  La  marée  est basse ; aussi la vedette doit s'arrêter à quelque   distance pour ne pas toucher les roches. Les canots continuent d'avancer à la rame et nos marins sautent à terre. La petite troupe arrive  devant   la porte de la Marine, formée  de deux   battants grillagés. A ce moment, ces deux battants se refermaient. Aussitôt, Ballande pointe son sabre à  travers, en criant : « Ouvrez ! » La porte cède sous la ruée irrésistible des  marins.   Un coup de feu traverse la main de Ballande, et, au cri de : « Feu ! En  avant, à la baïonnette ! » les hommes foncent sous la voûte de la porte et débouchent devant la douane. Des  terrasses, des fenêtres, de  derrière les  sacs  d'orge empilés, la  fusillade crépite. Notre petite troupe, enlevée ardemment par Ballande, dont la main pend inerte, bouscule tout devant elle. La troupe de Ballande s'engouffre dans le consulat et  le  cri de ces hommes, dont plusieurs  étaient grièvement  blessés, fut : «Vive le Capitaine ! » Ils avaient compris que  c'était  le geste de décision de Ballande  qui les avait sauvés à la Marine.
Pendant plusieurs heures, le consulat de France subit un feu très ...

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Mar 7 Jan - 9:45

page 98


... vif. C'est à ce moment que le volontaire Mercié, dont la crânerie faisait l'admiration de tous, est sérieusement blessé au visage. Le Galilée bombarde violemment le Bordj Qairouani et les environs de la ville. Vers neuf heures, l'oncle du Sultan, Moulay Lamine, précédé d'un vieux moghazni, porteur du drapeau blanc, vient implorer une suspension d'armes. Il exprime ses profonds regrets de l'agression qui s'est produite malgré ses ordres, et s'engage à faire cesser le feu. Aussitôt des crieurs publics parcoururent la ville pour expliquer les intentions pacifiques des Français. Malheureusement, au canon, les tribus avaient commencé à refluer en ville; c'en était fait de l'autorité du Maghzen. Plusieurs des crieurs sont massacrés et la fusillade reprend de plus belle, même entre pillards. Douane, kaïsaria, mellah, maisons musulmanes, tout est envahi et mis à sac.
La journée du 6 et la nuit du 6 au 7 août sont très agitées. De nos postes d'observation, nous apercevons des essaims de cavaliers qui se ruent en ville par la porte de Marrakech. Ce sont les lointaines tribus des Mzab, Mdakra, Ouled Said, Tadla... Elles aussi veulent leur part du pillage et elles enserrent étroitement les îlots de la défense, préservés jusque-là par notre feu.
Le 7 août, vers deux heures du matin, le commandant supérieur de la défense me rend compte que, dans quelques heures, toutes les cartouches disponibles seront brûlées et qu'il ne restera plus qu'à se défendre à l'arme blanche. De toutes parts, les rebelles commencent à s'infiltrer à l'intérieur de la ligne de défense, et les communications avec la mer vont être coupées. Il n'y a donc pas espérance de sauver personne si les tribus donnent l'assaut.
Enfin, à 8 heures du matin l'approche de l'escadre est signalée. Vers onze heures, d'épaisses volutes de fumée s'élèvent à l'horizon et, bientôt, le Gloire, le Condé et le Gueydon sont en vue. Ils arrivent à toute vitesse, et, se formant soudain en ligne de file parallèlement à la côte, font feu de toute leur bordée. Immédiatement, la fusillade cesse en ville, les pillards s'enfuient précipitamment, poursuivis par les obus de nos croiseurs. En quelques instants la mer se couvre de chaloupes chargées de troupes. Pavillons claquant au vent, les embarcations, oscillant à la houle, sont remorquées vers l'anse de Sidi Belliout. Légionnaires et tirailleurs sautent à l'eau et gagnent le rivage. Leurs lignes se déploient, et débordent l'enceinte.
Une ère nouvelle s'ouvrait.

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Mar 7 Jan - 9:51

page 99



- LE    SULTAN   MOULAY  YOUSSEF   ET   LE   MARÉCHAL   LYAUTEY.
Le maréchal Lyautey a toujours entretenu des relations respectueusement cordiales avec Moulay Youssef qu'il entourait de tous les égards dus à un sultan. On le voit assis entre le Sultan et son chambellan. Au second plan, le chef du protocole Si Kaddour ben Gabrit et l'officier interprète Neigel.

CHAPITRE XII

Le Maroc, pays de protectorat


SOMMAIRE
Depuis l'établissement du protectorat français (30 mars 1912), le Maroc a vu s'ouvrir une phase toute nouvelle. Avec l'appui de la France, il allait enfin entrer dans la voie du progrès et de la pacification. Le Résident général Lyautey sut très habilement réprimer les révoltes, amener la soumission des tribus dissidentes et réorganiser le pays. Ainsi fut rétablie l'autorité du sultan Moulay Youssef, qui, en 1912, remplaça Moulay Hafid et se montra un fidèle allié de la France.
Le traité franco-espagnol de 1912 a organisé la zone du protectorat espagnol sous le contrôle d'un Haut Commissaire résidant à Tétouan. Le Sultan est représenté par un khalifa.
La ville de Tanger forme une zone à régime spécial.

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Mar 7 Jan - 9:56

page 100



- GENERAL MANGIN.
Ces yeux perçants, cette large bouche, ce menton carré, tout dans cette physionomie respire l'audace et la rude énergie dont le général Mangin donna maintes preuves, aussi bien au Maroc que durant la Grande Guerre.

1. Établissement du protectorat français (30 mars 1912).
La question marocaine entrait maintenant dans une période toute nouvelle.
Le Maroc allait réaliser, avec l'appui de la France, ce qu'il n'avait pu assurer lui-même : sa modernisation et la mise en valeur de ses richesses.
C'était le digne couronnement de la patiente et vigilante politique de la République française, tendant à faire de toute cette région de l'Afrique du Nord, un ensemble pacifié et organisé.
Malgré son acceptation du protectorat français au Maroc, l'Allemagne ne désarma pas complètement et elle s'efforça d'entraver l'œuvre de civilisation de la France (contrebande d'armes, agissements dans les tribus).
L'acte du prtectorat fut signé par le sultan Moulay Hafid, le 30 mars 1912. Tous les actes du Sultan et de ses agents ...

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MessageSujet: HISTOIRE du MAROC   Mar 7 Jan - 10:04

page 101


... étaient désormais soumis au contrôle du Résident général et des autorités françaises, et le Résident devenait le seul intermédiaire entre le Sultan et les puissances étrangères.

2. Le général Lyautey, premier Résident général (1912-1925). — Les tragiques massacres des Européens à Fès, en avril 1912, provoqués par la mutinerie des tabors marocains, amenèrent le gouvernement français à nommer, comme premier Résident général, le général Lyautey.
La situation était grave ; un pays révolté, un Sultan hostile et rapace, une capitale assiégée. Le Maroc était bien, à ce moment, selon l'expression du général Lyautey, « un navire en perdition ».

3. Le rétablissement de l'ordre et l'organisation du pays. — Les sages mesures et l'esprit de décision du général Lyautey, secondé par d'excellents généraux, Mangin et Gouraud, permirent de rétablir l'ordre rapidement. La ville de Fès est occupée ; un agitateur du sud, El Hiba, est vaincu et le général Mangin se rend maître du Sous et de Marrakech.
Le général Gouraud débloque Fès et assure la tranquillité dans toute la région du Sebou.
La fermeté du Résident général vis-à-vis du sultan Moulay Hafid, qui nous restait hostile, malgré les services rendus, obligea celui-ci à abdiquer. Son frère, Moulay Youssef, qui le remplaça, en 1912, se montra un fidèle allié de la France et s'efforça de collaborer à son œuvre civilisatrice.
Le Résident général restaura l'administration du pays et fit commencer les travaux des routes, des chemins de fer et des ports. Son programme consistait à ne pas entreprendre d'action nouvelle avant d'avoir organisé le pays conquis. Autrement, disait-il, ce serait ne pas « laisser plus de traces que le sillage du navire sur la mer ».


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