Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Les Kasba du Haut Atlas.

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 20 Déc - 18:07

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Taourirt d'Ouarzazat.

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 20 Déc - 18:15

page 41


... avec nos seigneurs du Moyen Age s'ancre encore plus fort dans leur esprit.
Nous ne pouvons que le regretter, mais nous devons dissiper cette confusion. Que le voyageur reste sur une impression et c'est bien souvent tout ce qu'il demande, il n'y a aucun inconvénient à ce qu'il se contente d'apparences qui lui sont, au surplus, très agréables. Mais si l'on veut se faire une opinion exacte des réalités, on doit repousser cette transposition historique. Il est imprudent, en effet, de s'en tenir à des similitudes. Une barbarie ressemble toujours à une autre barbarie, a dit Doutté, et il ne suffit pas qu'un chef demeure dans un château, ait des pages ou chasse au faucon, que les manants se prosternent sur son passage ou qu'il rende la justice sur le seuil de sa Kasba pour qu'on puisse en faire un baron féodal. Dans l'Atlas, pas de tenures qui justifient une comparaison entre le régime des terres et celui des sociétés féodales ; pas de droits héréditaires aux esclaves analogues à ceux des serfs ; pas de hiérarchie entre chefs ; pas de liens de vassalité ni de tribunaux féodaux; toutes ces institutions, si marquantes du Moyen Age, font ici complètement défaut. Il faut donc abandonner cette comparaison si séduisante lorsqu'on veut comprendre l'Atlas.
Si l'on tient à faire des rapprochements, qu'il est sage d'ailleurs de ne pas trop préciser, mais auxquels l'esprit tient cependant parce qu'il semble qu'il saisisse mieux l'état primitif de ces tribus montagnardes, il faut se reporter aux cités primitives de la Grèce et de Rome. Dans son livre magistral, de Masqueray a institué une comparaison vraiment curieuse entre la Kabylie, l'Aurès et la Rome ancienne. Ce parallèle peut utilement servir au Maroc pour permettre à nos cerveaux modernes de franchir l'abîme qui nous sépare de cette civilisation si lentement évoluée.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 20 Déc - 18:57

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Mais, il y a peut-être mieux encore, ainsi que l'a très bien remarqué Vidal de la Blache, les ressemblances sont plus grandes avec les régions montagneuses restées à l'écart des grands courants humains, l'Albanie, la Corse ou la Sardaigne. C'est là que doivent s'orienter les recherches et les comparaisons et c'est par celles-ci que prendra fin la légende de cette féodalité berbère dans laquelle on représente comme encore emprisonnées les tribus de l'Atlas.

RÉFÉRENCES : A. Martin. — Les Oasis sahariennes, 1908, page 32.
8. Gseli. — Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, 1928, p. 319.
E. Doutté. — En tribu, p. 53.
Léon l'Africain. — Description de l'Afrique trad. Ed. de Scheffer, 1896-1897-I. P. 134-235.
Ed. de Scheffer, 1896-1897-I. P. 134-235.
R. Montagne. — Les Berbères et le Maghzen p. 22, 66, 126, 264. 341, 342, 345, 347.
A. Bernard. — Les Contins algéro-marocains, p. 106, 120, 134.
Coissac de Chavrebière. — Histoire du Maroc, 1931, p. 398.
A. Chenier. — Recherches historiques sur les Maures III, p. 424.
L. Justinard. — Notes sur l'histolre du Sous au XIXe siècle — In Hespéris, 1925, 1926.
G. Hardy et J. Célérier. — Les grandes lignes de la géographie du Maroc, 1922, p. 150.
H. Terrasse. — Le sens artistique des Marocains, in bulletin de l'Enseignement du Maroc, mai 1924 p. 283.
Brives. — Voyages au Maroc, 1909, p. 101, 388.
E. Doutté. — Marrakech, p. 400.
De Masqueray. — Formation des cités chez les sédentaires de l'Algérie, 1886.
Vidal de la Blache. — Tableau de géographie de la France en 1907.




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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Sam 21 Déc - 7:52

page 43


CHAPITRE V.

DANS LE HAUT DADES


II est à prévoir que d'ici peu d'années, le grand tourisme ne se contentera plus de promenades dans l'Atlas. Il voudra aller plus loin, se rapprocher du Sahara et par la même se rendre compte de la fertilité et de la beauté de certaines parties des vallées présahariennes lorsqu'elles sont arrosées ; au nombre de celles-ci se trouvent celles très originales du Dadès et du Drâ minces rubans de verdure serpentant à travers des étendues désertiques et peuplés de nombreux villages qui leur donnent l'aspect d'interminables rues.
A la nature plus sévère de la haute montagne, composée de vastes cirques, de gorges profondes et de sommets étranges succède, en effet, un paysage de steppe aride, proche parente du désert, mais quel enthousiasme lorsque le voyageur, abandonnant la rocaille, arrive à des coins riants où les villages reposant sur des terrases cultivées s'abritent derrière de beaux oliviers ! Ils annoncent les riches vallées du Haut Dadès, du Haut Drâ et du Sous que trace sur les plateaux une ligne continue de palmiers aux dates réputées et d'arbres fruitiers de belle venue poussés dans le parfum des roses. C'est un paysage d'Oasis, — les plus riches et les plus importantes du Maroc — et aussi de beaux sites enrichis de Kasba d'un style original, véritables merveilles surgissant ...


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Sam 21 Déc - 7:54

page 44


... des palmeraies. Le spectacle est inoubliable, tellement villages et châteaux y revêtent un caractère d'élégance particulier à la région, et également parce que là, dit l'explorateur Rohlfs et qu'il n'y a que là « dans le ruissellement perpétuel et surnaturel de l'eau qu'on trouve une végétation aussi luxuriante et que les arbres fruitiers y grandissent, nés sous l'influence heureuse du climat méditerranéen. » Les vallées sont peuplées de très gros villages fortifiés qui prennent le nom de « Ksar », et sont des entrepôts et des marchés où les pasteurs viennent troquer les produits de leurs troupeaux contre les céréales et les denrées d'importation dont ils ont besoin. Ces Ksar se pressent sur d'étroits espaces, et sont construits selon des plans différents bien qu'ils répondent tous à la même préoccupation : se défendre contre les attaques des nomades. Mais tantôt, comme dans le Drâ et le Dadès moyens, les maisons sont groupées comme si elles voulaient former une masse compacte et protectrice autour des magasins collectifs et ne laissent émerger que les tourelles des « Tighremt » : ces maisons se rapprochent en se protégeant mutuellement et il arrive même que le village s'entoure d'un haut rempart souvent double au fur et et à mesure que l'on se rapproche du désert, car ici le voisinage des sahariens modifie considérablement les conditions de sécurité que l'on observe ailleurs. Le pays bien cultivé et abondamment pourvu d'eau d'irrigatioa constitue une zone d'attraction et d'exploitation pour les groupements nomades qui parcourent les vastes étendues arides du sud marocain. Tantôt, au contraire, et tel est le cas pour le Haut Dadès, les Ksar sont composés de petits groupes d'habitation séparés les uns des autres et échelonnés le long des cultures. Ils en comprennent huit ou dix, les uns ouverts, la plupart fortifiés, tous ayant au moins une « tighremt ». Ces groupes se trouvant à ...



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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Sam 21 Déc - 15:57

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Village des Aït ben Addou.

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 7:52

page 45


... distance de cent à trois cents mètres les uns des autres, on peut se figurer quel espace de terrain occupe un seul Ksar, il résulte de là que les localités, très nombreuses, sont fort rapprochées et qu'il est très difficile de discerner où commence et où finit chacun de ces Ksar.
Sur l'Oued Dadès on trouve souvent une construction d'un genre particulier appelé « aguedim » soit aux bords du fleuve, soit aux limites des Ksar, soit au milieu des cultures. « Ce sont des tours isolés de dix à douze mètres de hauteur, en briques séchées au soleil, de forme carrée, percées de créneaux et garnies de mâchicoulis ; elles sont surtout nombreuses sur les lignes formant frontière entre les localités. » Habituellement deux de ces tours se font face. Dès qu'une querelle éclate entre deux Ksar, ce qui arrivait journellement autrefois, chaque parti place dans ses tours des hommes armés qui ont la mission de protéger les champs et canaux d'irrigation et de tirer sur tout individu du camp opposé qui passe à leur portée. Ces luttes ont surtout pour cause la répartition des eaux de l'oued, toujours si délicate dans le sud, et il semble bien qu'elles aient donné naissance à ces « aguedim », car on ne rencontre ceux-ci que dans certains districts du Dadès, du Drâ et du Todra.
Dans ces oasis les familles importantes habitent des Kasba; certaines de celles-ci cependant sont inhabitées, mais renferment les magasins de vivres des gens du Ksar, lesquels s'y réfugient si la défense contre une attaque ennemie l'exige : elle est un quartier public. Si la Kasba est la propriété privée d'une famille, ou de familles alliées, maîtresses de l'oasis, elles l'occupent seules. En ce cas la Kasba est proche du Ksar qui est formé par la réunion des maisons de métayers et affranchis, noirs et métis, qui composent le personnel agricole des seigneurs du ...


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 7:57

page 46


... lieu, ainsi que de celles des artisans et commerçants qui vivent sous leur dépendance et protection.
Comme clans l'Atlas, le type commun de toutes les Kasba dérive du type primitif de l'enclos carré ou rectangulaire flanqué de deux ou quatre tours, reliées par des courtines. Le rempart est constitué par un mur à deux ou trois étages de feux, construit en briques crues comme toutes les habitations du pays. Ce mur est souvent entouré d'un fossé extérieur avec glacis.
Toutes les constructions dans ces palmeraies ont un aspect particulier. Dans les vallées du Dadès et du Drâ on note la même élégance gracieuse des « Tighremt » et des tours qui s'élèvent avec une sveltesse de toutes parts au-dessus des terrasses ; des maisons, même les plus humbles, qui sont garnies de clochetons, d'arcades, de balustrades à jour ; des murs en pisé qui s'agrémentent d'une foule de moulures et de dessins géométriques et que percent des créneaux blanchis.
La technique de la construction apparaît là, plus savante et plus architecturale que dans tout le Sud et l'Est marocain : on se croirait en présence d'une tradition d'un art autochtone, qui se plaît dans le décor et l'ornementation et qui est entretenue par des « maalem » de la tribu des Ait Bou Yaya, au nord de Tisint.
Le régime politique de cette région est très complexe et l'organisation sociale porte la marque de révolutions antérieures et luttes incessantes entre sédentaires et nomades ou entre Harrar et Harratin qui sont deux classes de gens du Dra différenciées par leurs origines. La France y exerce actuellement une surveillance politique et militaire pour que la sécurité règne dans les contrées voisines. La conquête Maghzen a fait disparaître en partie l'organisation berbère basée sur les chefs, toujours opposés ...


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 7:59

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Les Jardins de Skoura (Oued Dadès)

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 8:07

page 47


... et en lutte constante. Mais des mouvements insurrectionnels peuvent se produire dans certaines tribus où le pouvoir des Chefs de l'Atlas semble tombé entre les mains de quelques notables riches et influents. Il faut donc attendre encore quelques années avant que ces intéressantes régions soient librement et totalement ouvertes au Tourisme. Pour l'instant malgré la récente occupation du Tafilalet on ne peut y arcéder qu'avec des autorisations administratives.

REFERENCES : Pennès et Splllmann. — Les pays Inaccessibles du Haut Dra, in Revue de Géographie marocaine, 1829, no 1 et 2 p. 13, 31.
De Foucauld. — Reconnaissance au Maroc, p. 214, 215.
M. Quedenfelt. — Division et répartition de la population berbère au Maroc, 1904. traduction H. Simon.
A. Martin. — Les Oasis sahariennes, p. 8.
R. Montagne. — Villages et Kasba Berbères, p. 11 et 12.
Lt. Spillmann. — Description géographique de la Haute vallée du Dra, in Revue de Géographie marocaine, 1930, no 2, p. 52.
Rohlfs. — Mein erster Aufenthalt in Marokko, p. 438.
P. Ricard. — Le Maroc, 1925, p. 150 et suiv.
Voinot. — Les Ourika, in Revue de Géographie Marocaine 1927, p. I73 et suiv.



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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 9:45


Veuillez patienter le temps du téléchargement des fichiers photo

page 48



Notre guiide en 1923, au col de Telouet par où passèrent les expéditions du Sultan Saâdien El Mansour ed Debhi en 1578, vers le Sahara et Tombouctun, et en 1883, Charles de Foucauld sous le travestissement du juif.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 9:48

page 50



Deuxième Partie

SOUVENIRS ET EXCURSIONS DANS L'ATLAS






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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 9:58

PAGE 51


CHAPITRE 1.

CHEMINS DU HAUT ATLAS ET EXCURSIONS AUX KASBA

La route de Marrakech au Dadès par le Glaoua, celle de Marrakech à Taroudant par le Goundafa, toutes deux, sur leur premier parcours (versant nord du Grand Atlas) ont été inaugurées en grande pompe au cours de l'automne 1928. Pour la première fois, une trentaine d'automobiles ont suivi, le 8 novembre, la première de ces routes à peine achevée, argileuse, non empierrée, pour atteindre le plateau de Tizi n'Tichka, à 2100 mètres d'altitude; le surlendemain, 10 novembre, les mêmes voitures ont pris l'autre route jusqu'à la mosquée de Tinmel. Ces deux randonnées ont donné lieu à de véritables fêles berbères : les cavaliers des tribus jalonnaient tout le parcours ; les femmes couvertes de bijoux, les vieillards, les enfants et ceux des hommes qui n'avaient pas pu prendre un cheval ou un fusil, faisaient la haie à la traversée des villages et, au but, c'était la fête organisée par les puissant* Caïds, maîtres des régions Glaoua et Goundafa : les danses, les chants, la g/ande diffa aux multiples plats et mets divers, le* cavaliers au galop, le you-you des femmes.
O 'jruis rette inauguration officielle par M. Steeg, alors Résident Général, entouré de toutes les Autorités du Protectorat et des Chefs indigènes de la région du Sud, des Directeurs des grands Réseaux français (car cette inauguration suivait celle de la voie ferrée de Casablanca à Marrakech), ces pistes qui sont devenues ...



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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 10:05

PAGE 52


... actuellement des routes par élargissement de la voie sur une partie de leur parcours, sont dénommées administrativement, la première « Route n° 502 », la seconde « Route n° 501 ». Fort heureusement, le nom seul perd du pittoresque.
Ces chemins relient le Maroc Atlantique à un Maroc moins connu, qui se cache derrière la haute montagne et qui se poursuit jusqu'au Tafilalet, Ifni et la Maurétanie ; car l'influence du Maroc s'est étendue jadis jusqu'au Niger par le Soudan et, pendant plus d'un siècle, la prière fut dite à Tombouctou au nom des Sultans marocains. Ces routes commencées sont les chemins de Marrakech, par le Haut Atlas, au Dadès, au Drâ, au Tafilalet, au Sahara, à Tombouctou, au Sous... Sentiers de montagnes, durs et tortueux, passages indéterminés dans les sables, les conquérants les ont suivis, Almoravides du Soudan lointain par le pays Glaoua, Almohades du Sous plus proche, Saadiens, par le Goundaf. Ce sont ces chemins qu'ont pris aussi les caravanes que les Sultans envoyaient pour chercher des esclaves, du sel ou de l'or sur les bords du Niger, ou les harkas qu'ils armaient pour arrêter les invasions venues du Sud. Le long de leur parcours les cimetières de « baroud » (1) marquent les combats farouches qui ont été livrés. Ce sont des chemins historiques, gardés par les kasba aux cols, aux carrefours des vallées, au croisement avec d'autres chemins.
A ces routes, François Berger (2), juste observateur, conteur imagé mais intermittent, qui en a fait un rapide historique, voudrait que soient laissées les appellations de « Route de Tombouctou » et de « Route de Taroudant ».
(1) Bataille.
(2) Rédacteur en Chef du journal hebdomadaire de Marrakech « l'Atlas ».



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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 10:10

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La piste à 2000 mètres en Avril, au Tizi n'Chiker, entre les thuyas en face du massif du Tifnout.

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 11:29

page 53


Les pistes de montagne, de Marrakech par l'Atlas et sur le versant Sud, celles sur lesquelles ont combattu les bandes conquérantes du Soudan et du Sous, celles qu'ont suivies les caravanes et les harkas victorieuses du Sultan Moulay Hassan, sont les mêmes où sont passées bien plus tard nos explorateurs marocains, Charles de Foucauld, R. de Segonzac, Louis Gentil, Edmond Doutté, Brives. En simples touristes nous allions nous-mêmes pour la première fois en 1920 dans les régions de Tinmel et de Goundafa, de Telouet en pays Glaoua et plus récemment sur les bords du Dadès et du Drâ.
Marrakech a toujours été le grand centre d'attraction politique, dynastique ou économique des populations du Sud, des berbères de la montagne, comme de ceux d'au-delà du Haut Atlas. En raison de sa hauteur importante par rapport à son peu de largeur, le Haut Atlas a réservé de grandes difficultés pour le passage des caravanes et des marchandises, pour les troupes de guerriers. Les liaisons se faisaient par des pistes tortueuses et souvent difficiles qui, par le débouché des oueds dans la plaine et par les hautes vallées, gagnaient les points bas de la chaîne du Haut Atlas, des cols à plus de 2500 mètres d'Est en Ouest, moins élevées en se rapprochant de l'Atlantique ; ce sont dans l'ordre : Tizi N'Telouet, Tizi N'Tichka, Tizi Tifouar, Tizi Ouichden, Tizi N'Test, Imintanout.
La piste court sur les hauts flancs de la vallée après de multiples passages à gué dans l'Oued enserré où sont rares les passerelles de bois et de branches et que négligent d'ailleurs les bêtes de bât. Elle s'accroche sur les éperons rocheux et les pentes raides des sommets, tracée par la fréquence du passage des gens et de leurs bêtes, pour arriver au col qui devient difficilement franchissable sous les neiges de l'hiver. Et cependant, l'histoire ...


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 11:33

page 54


... du Maroc est remplie d'invasions successives qui ont franchi le Haut Atlas.
Les principaux passages étaient, à commencer par le principal, le col de Telouet à 2600 mètres d'altitude que la route actuelle a abandonné pour grimper au Tizi N'Tichka moins élevé (2100 mètres) ; il était pratiqué par les gens de l'oued Dadès, du Tafilalet, du Drâ et du Soudan. Plus à l'Ouest, le Tizi N'Test servait aux relations avec le Sous.

La Kasba, maison du Chef, est le plus souvent, comme nous l'avons indiqué dans un précèdent chapitre, une sorte de cité où habitent autour de la famille la domesticité et les gardes ; en même temps, elle protège contre ses murs ou dans ses murs, tout un village de commerçants et de cultivateurs ; elle est aussi le gîte des caravanes. Postes avancés vers le pays insoumis, les Kasba avaient enfin souvent une garnison permanente de gens armés sous le commandement du Caïd.
Pour visiter ces Kasba du Haut Atlas, nous suivrons les pistes par lesquelles nous y sommes allés il y a quelques années, à mulet. Le tracé des routes nouvelles est en effet resté à peu près le même ; les principales kasba sont sur leur parcours ; et pour les autres, le touriste prendra les pistes qui se raccordent aux routes.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 11:36

page 54 b



Kasba d'Aït Ourir à l'entrée de la haute montagne des Glaoua.

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 11:43

page 55


I. — EN PAYS GLAOUA

Les Glaoua sont des Imaziren berbères de langue et de race, originaires d'Ouerzazat. Maîtres des passages de Marrakech vers Je Drâ et le Soudan, par les Kasba de Telouet et d'Ouerzazat, leur autorité est reconnue jusqu'aux confins du Tafilalet.
Telouet en est le fief familial ; c'est la demeure actuelle du Caïd Si Hamou El Glaoui dont les neveux sont à Ouerzazat, Si Hammadi, et à Marrakech, le Pacha Si Thami.
Les Glaoui commandent toutes les Kasba du versant Nord et du versant Sud, en territoire relevant de leur influence, élevées en sentinelles le long des chemins qui sillonnent le Haut Atlas.
Au pied Sud du col de Telouet, est le vieux donjon des Aït Glaoui. C'est une forteresse haute et étroite, avec quatre tours, entourée de très vieux noyers. Son rôle, sur le passage du Sud, au pied du col, a été celui de veiller et aussi de rançonner les caravanes, c'est-à-dire faire payer l'impôt pour la garde du chemin.
Le Taourirt N'Imakkern (colline des brigands) précède le plateau de Telouet.


La piste de Tizi N'Telouet, que nous avons suivie plusieurs fois, comme les chleuh, à pieds et aussi à mulets, possède deux débouchés dans la plaine de Marrakech commandés par des Kasba, à Aït Ourir sur l'oued Zatt et à Sidi Rahal, la zaouïa au sortir ...



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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 11:50

page 56


... de l'oued R'dat, avec un peu au-dessus la kasba de Sidi Madani.
Dans la plaine de Marrakech, au débouché du chemin de l'Atlas, Ait Ourir est un ensemble de bâtiments fortifiés construits assez grossièrement, en pisé d'argile rouge par Si Madani El Glaoui. Près de la vieille Kasba couronnée de créneaux blancs, deux autres bâtiments récents. L'un est également du style des Kasba, forteresse carrée sans ouvertures que le porche avec une cour intérieure entourée d'arcades sous lesquelles s'ouvrent de vastes pièces. Le premier étage comporte des galeries sur la cour et une terrasse ayant vue sur l'extérieur. Des travaux y étaient encore exécutés lorsque le Khalifat du pacha, nous y reçut en 1923, nous offrant un copieux repas qui devait nous permettre de supporter la longue étape que nous avions à faire en une après-midi jusqu'à Zerekten; ce repas avait débuté, (et nous nous en souvenons, plus par le régal des yeux, que par sa saveur) par d'énormes tranches rouges de pastèques, agrémentées de figues de barbarie décortiquées couleur d'or, qu'avaient suivi des plats de couscous dans lesquels, piqués sur des baguette, des œufs durcis étaient comme des fleurs blanches.
L'autre bâtiment en construction est un peu à l'écart, heureusement ; c'est une maison de style européen, de confort moderne, qui surprend au pied du Haut Allas, près de ce village berbère : c'est une des résidences d'été du Pacha.

La jonction des deux pistes se fait en amont des quatre arches ruinées d'un vieux pont de pierres construit par des chrétiens sous le Sultan Noir (d'après Ch. de Foucauld), au pied de l'impressionnante kasba d'Agbalou, haute sur la vallée, mais aux murs aveugles qui sentent le mystère et le drame ; on la dit prison politique, construite par le Pacha de Marrakech.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 11:53

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La Kasba d'Aghbalou, aux murs aveugles, surplombant la vallée de l'Oued R'dat.

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 12:00

page 57


L'oued R'dat dans son cours marque le. chemin pour franchir le Haut Atlas à la dépression importe des n'Glaoua qui comprend les trois cols de Telouet, Tichka et Tamanat. Il ne peut être de meilleure description de ce paysage immuable de montagne que celle qu'en a faite Charles de Foucauld dans le récit de son voyage de 1883 : « De Sidi Rehal aux environs de Zerekten, la vallée présente le même aspect : le fond n'a jamais plus de cent mètres de large ; les flancs sont des talus boisés, quelques fois des murailles rocheuses presque à pic... Ils sont la plupart du temps escarpés et couverts de forêts ; où les côtes sont moins abruptes, on rencontre des villages et à leurs pieds des cultures et des vergers. Les villages sont disposés en long formant plusieurs groupes échelonnés dans le creux de la vallée, les plantations en dessous en gradins ; de petits murs retiennent la terre, orge, maïs, figuiers, grenadiers, oliviers, vigne et une foule de noyers les ombragent ». La piste grimpe pour éviter les gorges resserrées de l'oued R'dat et descend au confluent des torrents, Iri, Ifraden des Aït Roboah avec le R'dat, près de la kasba rouge de Zerekten, cachée en partie par les trembles élancés, gardienne de ces sentiers qui convergent vers elle venant des hautes vallées.
Un sentier d'Aït Ourir d'Iminzat rejoint aussi l'oued R'dat au-dessus de Zerekten.

Dans un fond de vallée, confinent de ces trois torrents qui descendent des hautes montagnes réunis sous le seul nom de l'Oued Ifraden, se dresse la Kasba de Zerekten, carrée, flanquée de chaque côté de sa face de tours en pisé rouge foncé ; c'est une construction très délabrée, au milieu d'une luxuriante végétation. On y accède par un chemin creux, bordé de lauriers rosés, de chèvrefeuilles, de ronces et de hauts peupliers.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Dim 22 Déc - 12:06

page 58


A notre première arrivée, c'était la nuit noire d'un fond de montagnes ; nos mulets, plus sûrs que nos guides, avaient suivi sans accrocs les pentes rocheuses et glissantes qui descendent d'Aghbalou, la Kasba aux murs sinistres. Autour de nous, du noir et à nos pieds nous sentions l'eau, qui, sous le pas des bêtes, nous giclait au visage. Mais nous sommes annoncés, car tout se sait de loin en pays chleuh ; un domestique est là et, à la faible lueur de sa lanterne, nous entrons dans le sentier creux, plus noir encore en raison de la végétation qui le borde, et plein d'eau courante parce qu'il sert aussi de canal d'irrigation ; il nous conduit au pied de la Kasba dont une deuxième lanterne agitée nous indique le porche et sa vieille porte de bois.
La Kasba est assez fruste, mais d'une vétusté gracieuse par son cadre de verdure, ses grands arbres, son eau courante, décor rustique plein de poésie. De la route actuelle, elle est aperçue en contrebas ; elle est rapetissée ,écrasée, et perd de son caractère romantique. Son maître, le Cheikh, est aimable et ne sait nous marquer son hospitalité qu'en renouvelant l'apport de pots de beurre, du miel et des œufs.

De Zerekten, et après un village de montagnards juifs, le sentier suit la vallée du R'dat, escalade les mamelons, massif accidenté et boisé de genévriers, jusqu'à la crête de 1600 à 1800 mètres où paraissent les thuyas ; il va vers la ligne de faite, neigeuse, qui relie à l'Est l'Adrar n'Iri et à l'Ouest le Djebel Yagour, coupée par les deux cols de Telouet et de Tichka. Puis le sentier s'accroche dans un chaos de rochers effrités par les gelées ; les villages, les cultures cessent ; plus d'arbres, d'herbe, seuls règnent alors les rochers de grès, les pierres, un site dénudé jusqu'au ...


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Lun 23 Déc - 10:05

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La Kasba du Cheikh de Zerecten commande les chemins qui descendent du Tizi Telouet et du Tizi N'Tichka. Elle est au milieu d'un décor de grands arbres et de lauriers roses.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Lun 23 Déc - 10:20

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... qu'au col de Telouet à 2634 mètres d'où la vue s'étend à l'infini sur le Sud avec, aux pieds, le plateau de Telouet. Au fond, des montagnes plus basses s'étagent les uns derrière les autres, aux teintes jaunes ou rouges sombres : « tout est nu, tout est sec, tout est roc » écrit Ch. de Foucauld ; mais bientôt en descendant le col, apparaîtra la grande kasba, cité des Caïds des Glaoua qui à leur façon commandaient et réglementaient le passage du Sud.
A l'inverse du versant Nord, celui du Sud tombe presqu'à pic sur ce haut plateau désertique qui s'incline vers la plaine du Dadès et l'Anti-Atlas. Au pied de la pente rapide, les premières masures sont massées autour des kasba rouges qui ici, comme Zerekten, Aghbalou, sont les gardiennes du sentier. Et au centre du plateau, sur le passage forcé, l'imposante kasba de Telouet, citadelle de pierres, de terre et de pisé, et ses deux villages séparés par un petit ravin. Elle commande la voie commerciale du Sud vers Marrakech, pour les échanges des dattes, du sel du Drâa et du Soudan contre les produits manufacturés que l'on trouve à la côte Atlantique.

Telouet c'est le « Dar El Glaoui », à 1822 mètres d'altitude, le fief de la grande famille des Chefs Glaoui; il se dresse en citadelle isolée et puissante au cœur de ce plateau aride qui s'incline du pied Sud de l'Atlas vers les Oasis du Dadès et du Drà. La Kasba est à trois jours de marche de Marrakech, sur le carrefour des pistes en direction du Dadès, du Tafilalet, et d'Ouerzazat, du Haut Sous et du Soudan ; elle était, elle est peut-être encore aujourd'hui, une halte imposée aux caravanes.
Ici, la Kasba prend un aspect de forteresse plus qu'ailleurs, notamment que dans les vallées d'Ounila, du Dadès et du Drâ où ...


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