Ce Maroc bien aimé

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Mémoire de la présence Française au Maroc à l'époque du Protectorat
 
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 Les Kasba du Haut Atlas.

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Pierre AUBREE
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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Jeu 26 Déc - 19:17


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page 78 b



Kasba de Tagoundaft au-dessus de la vallée de l'Oued N'Fis et son aqueduc. Elle commande les chemins du Sous, par Tizi N'test, vers Marrakech.


Dernière édition par Pierre AUBREE le Mar 3 Fév - 20:01, édité 1 fois
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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:03

page 79


... avec elle ! La voûte d'accès de la Kasba est noire même en plein midi par sa longueur et par la fumée des petites forges ; les marteau sous l'enclume font un bruit métallique et le fer rougi lance des étincelles ; tout cela est d'un aspect assez hostile pour vous placer d'emblée dans le pays des contes fantastiques. Et de fait nous entendons le récit de la mort d'une jeune épouse. En l'absence de son mari, Chef puissant et redouté dans la contrée, ses 14 ou 16 ans lui ont commandé une fantaisie innocente à ses yeux; elle se pare de ses plus belles robes, de ses bijoux cliquetants et, comme une enfant, fait ainsi des grâces pour elle-même ; peut-être y a-t-il un miroir ? — Mais une porte s'ouvre, le Chef revient ; que va-t-il penser ? pour qui cette parade ? et la jeune épousée effrayée de son acte s'enfuit par les couloirs qui lui font gagner la terrasse du château, celle qui surplombe de haut la vallée. Le Chef est derrière elle, il crie peut-être, la fuite n'est-elle pas une reconnaissance de faute ? Elle se jette alors dans le vide et s'écrase en bas sur les pierres. Légende probablement, mais le lieu s'y prête. En tous cas, c'est une Kasba de guerre qui a dû voir bien d'autres scènes, dans les temps peu lointains où le vainqueur avait tous les droits sur ses prisonniers.
La première fois que nous nous sommes présentés à la Kasba Tagoundaft, venus de Tinmel en une étape de deux heures de cheval, nous étions accompagnés ou plutôt guidés par un Moghazni du Service des Renseignements ; avec son fusil il représentait l'Autorité. Le Khalifat, seigneur du lieu, nous y fit un accueil spontané ; mais devant poursuivre rapidement notre marche vers l'étape du soir, nous dûmes nous excuser de ne pouvoir, dans la chambre des hôtes, attendre le repas..Nous n'acceptâmes que la collation donnée à celui qui passe : thé, miel, beurre et galettes.

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:11

page 80


Une autre fois nous nous trouvions en petit groupe à Tagoundaft ; à cette époque la montagne était sûre, nous n'avions plus avec nous le Moghazni protecteur. Passée la voûte, il nous fallût parlementer avec un domestique noir pour essayer de voir le Khalifat. Après des allées et venues entre le coin de cour où nous attendions et le logis du maître, il nous fit monter dans la salle des hôtes, vue deux ans auparavant et où nous fûmes abandonnés sur des coussins pendant de longues minutes, de tellement longues minutes que finalement nous nous sommes levés pour partir. Comme l'hospitalité est de règle chez le berbère à qui on demande refuge, un domestique, plus haut élevé dans les fonctions du château, nous retint et nous apporta bientôt, thé, miel, beurre et galettes. Mais nous ne vîmes pas cette fois le Khalifat.

Le véritable chemin du Sous et le plus suivi est celui qui, après Kasba Goundafa, longe la vallée de l'oued n'Fis par Tinmel, le berceau des Almohades. Les habitants de Tinmel n'ont pas toujours eu bonne réputation. Léon l'Africain écrit d'eux qu'ils sont « pervères, se contentant de leur savoir parce qu'ils ont tous étudié en la théologie et doctrine de ce prédicateur hérétique, et n'est pas plutôt arrivé un passant qu'ils le mettent expressément en propos pour avoir occasion de disputer à l'encontre de luy. »

Tinmel veut dire « puits blancs », peut-être parce que ce confluent de vallées est entouré de montagnes dont les sommets se couvrent de neige une bonne partie de l'année. Tinmel est le sanctuaire des premiers rois Almohades ; c'était auparavant une forteresse des Masmouda, tribu autochtone de l'Oued N'Fis et du ...


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:15

page 80 b



Minrhab de la mosquée de Tinmel élevée au Madhi Iben Toumert et d'ou partit en 1140 l'Almohade Abdel Moumen.

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:21

page 81


... Haut Atlas veillant sur le chemin du Sous et regardant le Sud par le couloir que fait l'Oued.
C'est à Tinmel, que le Mahdi Ibn Toumert, le Fkih du Sous, prêchait à la fois l'islamisme et la conquête du Maroc et d'où en 1140 environ, son disciple Abdel Moumen, l'Almohade, partit en guerre contre le Sultan Amoravide.
La mosquée de Tinmel, élevée par Abdel Moumen, en hommage au Mahdi, est en partie ruinée; ses plafonds se sont écrasés en entraînant des colonnades. Il reste, contigu au minaret, un « mirhab » (1) bien conservé de briques et de plâtre ; le minaret démoli dans sa hauteur par l'attaque du temps et des hommes, vient sous prétexte de conservation, d'être recouvert de tuiles de terre rougeâtre. Que devient dans cela le style almohade ? Tinmel a son histoire ; il est permis de conserver, il n'est pas permis de modifier. Heureusement subsiste la travée aux coupoles de plâtre découpées diversement qui passe devant le « mirhab > ; avec ces ruines on peut retracer le plan de la mosquée : salle de prières, divisée en travées et en nefs, et la cour. Edmond, Doutté dans son « Voyage en tribu de l'Atlas » en mai 1901 en a fait une description complète et précieuse.
En amont du village de Tinmel peuplé de berbères musulmans et juifs, et situé dans un endroit plus élevé que la mosquée, se dresse un « agadir » à deux tours carrées : c'est la kasba-vigie d'Addar dont la porte et le chambranle sont couverts de dessins linéaires de couleurs variées.
Nous avons toujours connu à Tinmel dans nos diverses excursions, Si Brahim, Khalifat du Caïd des Goundafa, actuellement ...

(1) Endroit réservé à la direction des exercices de la prière chez les Musulmans.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:26

page 82


... Caïd lui-même de cette région. Sous les orangers, dans son jardin qui va des bords de l'Oued jusqu'à sa demeure particulière, des tapis berbères sont étendus ; l'eau bouillante ronfle dans le « mechmar » (1) de cuivre, la menthe est fraîchement coupée pour le thé de bienvenue qu'on nous prépare. C'est notre visite à Tinmel en 1920.
Quelques années plus tard, revenant du col de l'Ouichden, après une dure étape de huit heures de mulet par les sentiers difficiles, nous frappions à la nuit tombante à la porte de Si Brahim, le Khalifat hospitalier des Goundafa, pour lui demander l'abri d'une nuit. Son portier, gardien fidèle et respectueux d'une consigne, ne peut nous ouvrir ; Si Brahim n'est pas là. Où passer la nuit ? Mais il est dit que le chleuh, fût-il portier d'un Caïd, et si fidèle soit-il d'une consigne, ne laissera pas les gens qui passent sans abri. Il ouvre la porte qui grince et nous offre pour dresser notre literie de campagne, le réduit sombre sous la première voûte, d'avant la première cour ; c'est ce qui est d'ordinaire réservé aux muletiers et à leurs bêtes ou aux domestiques. Nous étendons, à la lueur de bougies qui coulent, nos couvertures et nos provisions dans un silence navré que notre déconvenue impose et la nuit semble se faire plus noire. Nous .sommes bien résignés devant des aliments froids peu engageants. Mais voici au dehors, le bruit cadencé d'une mule allant l'amble et, aussitôt, sans que nous puissions nous rendre compte, tant la scène est rapide, un bruit de clefs, un grincement plus rude de la porte, puis sous la conduite d'une grosse lanterne qui coupe l'obscurité et semble aller seule, Si Brahim, le Khalifat, dans ses vêtements blancs, active encore sa mule blanche et passe devant

(1) Bouillote avec son fourneau, le tout en cuivre.

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:28

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Le village et la Kasba d'Asni.

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:35

page 83


... nous, vivement, le regard froid. Et nous sommes là, étonnés de cette apparition blanche dans la nuit ; revient alors le silence... Puis de la seconde porte intérieure, réapparaît, venant à pied vers nous, Si Brahim, le Khalifat hospitalier. La bienvenue est souhaitée en termes qui se répètent et nous plions bagages. Dans la salle des hôtes qui donne sur un jardin d'orangers où le jet d'eau bruit, après les « tajins » (1) de mouton et de poulet et le couscous au sucre, les matelas de laine, épais comme nous n'en avons jamais vus ailleurs, accueillent moëlleusement nos membres un peu rompus.

En amont de Tinmel et aux pieds de la Kasba Tagoundaft, le sentier quitte la vallée du n'Fis pour aller au plus court et au
plus raide, à l'assaut du Tizi n'Test ; mais la rudesse du Chemin est un jeu pour les muscles des berbères et de leurs mulets
élevés comme eux à la dure école des montagnes. Au sortir du passage étroit et peu rassurant, en pente raide entre deux parois rocheuses jetant des éboulis sur la caravane qui peine et souffle, on gagne l'Imin T'Amra ( la bouche du silo ).
C'est bientôt le domaine des embuscades. Après le Tizi Imelloud (col blanc), nous descendons, en effet, dans la Kissaria, fond de vallée et à la fois carrefour de vallées au bas du Tizi Izgern (col rouge) qui précède le Tizi n'Test, où les coupeurs de routes sous l'aspect de paisibles bûcherons derrière les chênes verts ou les rochers, avaient le jeu facile. La Kissaria ? Passage que les gens du Sous, allant entre Taroudant et Marrakech, abordaient avec une crainte justifiée s'ils étaient peu nombreux; le piéton isolé, surtout chargé d'un ballot, était une victime ...

(i) Plats.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:42

page 84


... certaine; aussi s’arrêtait-il en deçà ou au-delà du fond de la vallée et attendait d'autres gens pour passer la Kissaria en groupe. Celle-ci dont le nom signifie «marché» avait une très mauvaise réputation et ce nom surprend, car il n'y a là que des arbres, des rochers, de l'angoisse dans ce paysage encaissé. Mais les Chleuh des villages proches, de l'Imin Aghbar, hommes vigoureux aux yeux farouches et perçants comme ceux d'aigles, se partagent entre eux les jours du mois pour veiller au passage; veiller voulait dire rançonner les passants, détrousser les caravanes ou même plus s'il y a quelque résistance. Ces gens dévalisaient donc la caravane et rentrant au village avec le butin, marchandises prises de gré ou de force, ils disaient revenir du « marché », de la kissaria, et le nom est resté à ce passage. C'est la région des Aghar que vise Léon l'Africain dans sa description de l'Atlas lorsqu'il dit " les montagnards ne se transportent en nulle part à quoi ils sont quasi contraints estans les chemins tous battus de larrons, brigands et méchantes canailles. " II n'en est pas moins vrai que la Kissaria est devenue maintenant un nom géographique qui figure sur nos cartes — et tout danger est passé.
Du Tizi n'Test, à 2100 mètres, par temps clair, on voit la dépression du Sous et les jardins qui bordent l'oued. « C'est le passage de Numidie en Berbérie », écrit Marmol.

RÉFÉRENCES : Ch. de Fouoauld. — Reconnaissance au Maroc, p. 80.
Léon l'Africain. — Description de l'Afrique.
Marmol Carvajal. — L'Afrique, traduction de Pérot d'Ablincourt, 1667.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:48

page 85


III. LA KASBA D'ASNI

Entre le pays Goundafa et le Glaoua, il y a un chemin peu fréquenté qui, de la belle vallée d'Asni, gagne le Tizi N'Tifourar en remontant le cours de l'Oued Reraïa et le cirque d'Arround; il laisse à l'Ouest le Géant du Haut Atlas, le Djebel Toubkal à 4165 mètres, pour atteindre le col à 3520 mètres et le massif du Tifnout. C'est un chemin peu sûr et peu fréquenté dans le Tifnout et les hautes vallées qui descendent sur le Sous.
La Kasba d'Asni, du Cheikh Ahmed, est orgueilleusement perchée à 1280 mètres, au-dessus des oliveraies et du village, qui rapproche musulmans et juifs, un peu en aval du confluent de l'Iminem et de l'Oued Reraïa. En retrait du chemin, qui vers l'Ouest rejoint le Goundafa, elle commandait les passages du Tifnout, du Likoumt et du Tachdirt ; au confluent des deux oueds, les villages ruinés, abandonnés, indiquent que les luttes furent violentes entre tribus.
Le Dar Bagoun, comme un vieux burg du Rhin, isolé sur un piton surplombant la sortie des gorges de Moulay Brahim remplissait le rôle de vigie et complétait la surveillance de cette région.
En 1920, quand pour la première fois nous fûmes reçus à la Kasba d'Asni, le gros Cheikh Ahmed nous parlait avec crainte i'Arround, dont les villages sont cependant sous sa dépendance, mais où il n'avait jamais osé s'aventurer. C'est qu'au fond du ...



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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:54

page 86


... cirque d'Arround, il y a Chaamarouch, le génie des génies, malfaisant ou bienfaisant suivant les circonstances, et nul croyant ne serait passé la nuit près de sa caverne de pierres. Si le Cheikh Ahmed ne percevait pas l'impôt de ses administrés d'un site hanté, du moins le mokkadem de Chaamarouch n'hésite pas à réclamer le droit de passage aux gens qui descendent du Tifourar ou à ceux qui viennent demander à la pierre de Chaamarouch protection ou réalisation d'un vœu.
Signalons que, comme pendant à la Kasba d'Asni, sur le versant Nord, la Kasba d'Assareg garde sur le versant Sud les cols de Tifourar , et du massif de Likount.

Nous avons vu ainsi les Kasba sur les deux principaux passages à travers le Haut Atlas. L'autre passage du Sous vers les régions du Nord par les gorges d'Imintanout est commandé par la Kasba M'Touga, château-fort bas mais vaste placé sur un plateau aride.
Des luttes nombreuses ont mis en présence, pour des rivalité» d'autorité et des revendications de territoire, les trois puissants Caïds qui commandent les cols du Haut Atlas : les Glaoui les Goundafi, les M'Tougui.
En dehors de ces passages principaux d'autres Kasba ont été et sont encore les gardiennes d'une partie de territoire en montagne, ce sont Demnat, aux tours écornées et aux murailles en partie ruinées, puis Tanant et Ourika qui, elle, est actuellement une paisible demeure d'un Caïd agriculteur.

RÉFÉRENCES : E. Doutté. — En tribu, p. 107 et suivants.
Docteur Chatinières. — Dans le Grand Atlas marocain, 1919.
C. de Foucauld. — Reconnaissance au Maroc, p. 86.
Léon l'Africain. — Description de l'Afrique.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 8:58

page 87


CHAPITRE II

ROUTES ACTUELLES


Notre première excursion dans le Haut Atlas date de juin 1920, d'abord en pays Goundafa, avec comme avance extrême Tinmel, limite de la zone permise à l'époque, puis en Ourika et Glaoua.
Notre moyen de transport était le mulet; il peut franchir les cols rocailleux et suivre d'un œil indifférent les sentiers étroits souvent à pic au-dessus de la vallée. L'allure est celle d'un homme au pas; nous avons fait souvent des parcours à pied, soit pour soulager la bête, soit pour le plaisir de marcher pendant la durée de l'étape de six à huit heures.
Nous avons assisté par la suite aux inaugurations des pistes routières en novembre 1928 jusqu'au col de Tichka d'une part; au sanctuaire de Tinmel, d'autre part.
Dans les premiers jours du mois de mai 1931, nous avons passé le Tizi N'Tichka en automobile pour gagner Ouerzazat et le Dadès, étape de cinq heures au départ de Marrakech. Si nous apprécions la vitesse sur les parcours en ligne droite et dans les régions sans intérêt pour le touriste, nous en arrivons à regretter presque nos journées d'étape à pied et à mulet, où nous pouvions nous arrêter suivant notre fantaisie, où nous pouvions voir, apprécier le site, et non pas le fuir avec la vitesse de l'automobile. Voit-on réellement le paysage en grimpant à trente kilomètres à l'heure, les lacets impressionnants qui mènent au Tichka ? A-t-on vu, par la route nouvelle, les Kasba d'Aghbalou, de Zerekten ...



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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 9:18

page 88


... , dans la vallée du Rdat que l'on domine maintenant de haut ? A-t-on éprouvé l'hospitalité des berbères montagnards, seigneurs ou simples Fellah, ? A peine a-t-on entrevu, le village au pied du Bou Ourioul, où dans la minable chambre d'hôte d'une maison de pisé, le Cheikh du village avait répandu des pétales de roses sur je sol de terre battue pour nous marquer la bienvenue. On compte actuellement une demi-journée pour atteindre, de Marrakech, la Kasba de Telouet ; auparavant il fallait, et cela est presque hier, trois dures journées de marche. La route carrossable fait évidemment gagner du temps, mais que de sensations et de jouissances perdues !
Les deux routes du Haut Atlas ont été commencées en 1924, sous l'initiative du Général Daugan, Commandant à cette époque la région de Marrakech, et poursuivies vers le Sud par le Général Hure son successeur avec le concours du Service des Renseignements puis celui des Travaux Publics qui a rectifié quelques parcours, la première voie ayant été tracée pour être rapidement utilisable. Elles ont été inaugurées, comme nous l'avons déjà dit, dans leur premier parcours à l'assaut des cols, en novembre 1928 par M. le Résident Général Steeg.

En 1931, au départ de la route qui traverse le pays Glaoua, deux ponts en ciment armé ont été jetés. L'un sur l'Oued Ourika à 15 kilomètres de Marrakech, l'autre sur l'Oued Zat au pied d'Aït Ourir dans la plaine, assurant le passage sans n'avoir plus à craindre les crues des Oueds. Par les gorges d'Areg et le petit village de Taddert où une excellente auberge accueille le voyageur, la route n° 502, puisqu'il faut l'appeler par son nom, gagne, après les nombreux lacets sur l'Amsiten, le col de Tichka à 112 ...


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 9:27

page 89


... kilomètres de Marrakech ; là s'arrête la route, à 2.100 mètres d'altitude tandis que reprend la piste du Service des Affaires Indigènes. Une réglementation d'horaires est appliquée sur le versant Sud de l'Atlas ; en raison des nombreux lacets et de l'étroitesse de la piste, les voitures passent de midi à minuit de Tadlest qui est un poste militaire de contrôle un peu au-dessous du col, à Aït Ben Haddou, c'est-à-dire du Nord au Sud (1) ; et de minuit à midi des Aït Ben Haddou à Tadlest, du Sud au Nord. A 23 kilomètres après le col de Tichka, se détache une route qui atteint Telouet à 1822 mètres d'altitude. Après les Aït Ben Haddou la route se dirige sur Ouerzazat, à 1162 mètres d'altitude, et 88 kilomètres du col de Tichka, soit à 200 kilomètres de Marrakech.
En juin 1929, le Résident Général, M. Lucien Saint a inauguré à une cinquantaine de kilomètres d'Ouerzazat, vers le Nord-Est, l'amorce de la piste jusqu'à Skoura.
Plus avant, à 110 kilomètres d'Ouerzazat près de Kelâa des M'Gouna, un pont de deux travées de 32 m. 50 chacune avec voie de 8 mètres a été lancé, en avril 1931 ; le Maréchal Franchet d'Espérey, en tournée d'inspection y passa le premier avec le Général Hure. En mai 1931 le Colonel Chardon a installé à 150 kilomètres d'Ouarzazat, le poslte d'Imiter. L'installation des postes avancés, suivant une politique prudente, n'est faite qu'avec l'achèvement de la piste ; de sorte qu'il existe toujours un lien avec le poste qui à l'avant aujourd'hui, passe demain à l'arrière. C'est ainsi que le groupe mobile de la région de Marrakech, partant d'Imiter, a occupé le 14 novembre 1931 la position de Foum el Kous, à 15 kilomètres plus loin et, le 18 novembre, Tinghir qui est le centre vital du Todgha ; cette occupation ...

(1) II est prudent de se munir d'une autorisatlion de passage pour se rendre sur le versant Sud. La demander a Marrakech soit à la Région soit au Syndicat d'Initiative et de Tourisme, soit au Commandant du Territoire d'Agadir.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 9:35

page 90


... s'est effectuée sans incident une piste autocyclable ayant été préalablement poussée jusque dans le Todgha tenu jusqu'ici par un des Khalifa des Glaoua..
On est là, par les gorges du Todgha, à 50 kilomètres du nouveau poste du Tafilalet.
Le 22 janvier 1932, parvenait au Résident Général le radiogramme annonçant le succès des mouvements de troupes déclanchés le 15 janvier dans les oasis du Tafilalet, refuge d'une dissidence qu'entretenait l'agitateur Belkacem N'Gadi. Les oasis ont été occupées par nos partisans et nos goumiers; Belkacem a fui. C'est l'heureux résultat d'un effort à la fois politique et militaire décidé par M. Lucien Saint, mené avec patience et prudence et dont l'action a été lancée en son temps par le Général Hure, Commandant Supérieur des Troupes et sous la direction du Général Giraud.
M. Lucien Saint s'est rendu aussitôt dans le Tafilalet, et le 27 janvier à Riçani, Ksar de Belkacem, et près des ruines de Sidjilmassa, l'antique capitale, il a reçu la soumission des 125 ksours de la palmeraie groupant près de 12.000 familles qui ont assuré de leur loyalisme le Sultan du Maroc dont les ancêtres sont originaires du Tafilalet.
A l'ouest, du côté du Dadès et du Todgha, la piste est avancée jusqu'à Tinghir et, comme couronnement de la politique marocaine, le 11 février 1932, la vallée de Ferkla a été occupée sans incident, sous le commandement du Général Catroux, réalisant ainsi la liaison entre la région de Marrakech et celle du Tafilalet. La route de rocade du sud courra bientôt jusqu'à Colomb Bèchar et les Confins sud-algériens.

La route ou la piste, travail de nos Officiers des Affaires Indigènes et des légionnaires, est le grand pacificateur; elle ficilite ...

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 9:41

page 91


... la vie et nous savons combien les populations du Sud aiment à se déplacer. La piste achevée, le car automobile fait son service. Ainsi par le car postal qui dessert Ouerzazat et Skoura, on n'est plus qu'à une journée de Marrakech, alors qu'auparavant il fallait prévoir dix étapes pénibles à pied. L'indigène comprend l'utilité de la piste et du car.

Vers le Sud, le Djebel Bani constituera la barrière du Maroc organisé. Le Commandant du cercle d'Ouerzazat a procédé, le 1er octobre 1931, à l'installation d'un poste dans l'Oasis de Foum Zguid, au Sud d'Alougoum qui se trouve sur le Djebel Bani à une centaine de kilomètres de l'Ouerzazat. Les deux points de passage du Sud sont donc gardés, l'un par Foum Zguid, l'autre par Timidert, sur le coude que fait l'Oued Drâ
Toute cette région du Sud du Haut Atlas et jusqu'au Bani, dans la boucle de l'oued Dra, a été parcourue par le Vicomte de Foucauld en 1883 et par le Marquis de Segonzac de 1899 à 1905, puis plus récemment par !e professeur Louis Gentil; leurs documents contiennent de précieuses indications pour les Officiers du Service des Renseignements.
D'Ouerzazat, pour gagner le Sous, Taroudant et Agadir, la piste part du poste des Ait Ben Haddou; 25 kilomètres plus loin environ, le Génie Militaire construit sur l'Oued Iriri, un pont métallique à trois travées de 27 mètres d'une longueur totale de 82 mètres

Comme la route de Tichka n° 502 celle de Marrakech à Taroudant par le Tizi N'Test, n° 501, a été commencée en 1924. L'année suivante, elle atteignait Asni à 1245 mètres d'altitude et ...

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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 9:47

page 92


... 48 kilomètres de Marrakech par les Gorges de Moulay Brahim. Elle quitte la vallée de l'oued Reraïa pour remonter, depuis Tagadirt N'Bour, la vallée de l'Oued N'Fis. Au-delà de la Kasba de Tagoundaft au-dessus de Mouldikht, après avoir laissé à droite la mosquée de Tinmel, à 1317 mètres d'altitude et desservie elle-même par une piste spéciale qui la met à 114 kilomètres de Marrakech, elle gagne le Tizi N'Test à 1200 mètres d'altitude. Comme elle a été entamée au départ de Taroudant vers le Haut Atlas, les deux tronçons de la route ont été joints en Décembre 1931 et les premières voitures automobiles, parties de Marrakech, ont effectué en fin décembre, les 230 kilomètres de parcours en une demie journée de Marrakech à Taroudant.
S. M. le Sultan du Maroc, Si Mohammed, le 18 novembre 1931, avec son cortège de voitures automobiles avait visité Tinmel, le berceau de la Dynastie Almohade en pays Goundafa et a poursuivi sa route vers le Tizi N'Test. Quelques jours auparavant, elle avait franchi le Haut Atlas pour se rendre à Telouet, berceau des Glaoui. Elle a donc vu les deux cols par où passèrent les conquérants du Maroc qui firent des Sultans. C'est une promenade d'un exceptionnel intérêt tant au point de vue politique que touristique. Qu'ont dû penser les mânes du Madhi en entendant le klaxon de l'automobile impériale !

A titre de renseignement nous indiquons qu'il existe une auberge à Taddert sur la route du Tichka et qu'un hôtel est en construction à Ouerzazat. La Compagnie de Navigation Paquet aménage à Taroudant un palais indigène pour hôtel et va construire un hôtel de tourisme à Agadir (1). Sur la route du Test, il ...

(1) L'Hotel de Taroudant sera achevé au printemps de 1932 et celui d'Agadir dans le courant de l'année 1033
.


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MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 9:51

page 93


... y a une bonne auberge au pied d'Asni, ainsi qu'à Ijoukak d'Agoundis où le touriste peut, si besoin est, trouver des chambres comme à Taddert.
L'accès du Sud s'ouvre donc de jour en jour plus grandement aux voyageurs.

Avant que s'effacent ces souvenirs de nos excursions dans le Haut Atlas, nous avons essayé de les fixer pour nous-mêmes et pour nos compagnons d'étapes à travers le Glaoua, le Goundafa, les régions des belles Kasba, où nos itinéraires avaient été tracés avec soins par les Officiers du Service des Renseignements de Marrakech, les Commandants Voinot et Orthlieb, avec le haut appui du Général Daugan, puis du Général Hure.
A chaque retour de montagne, nous allions rendre compte de ces prospections touristiques et géographiques au Maréchal Lyautey qui voyait avec intérêt nos promenades dans le Haut Atlas, parce que notre petit groupe de quatre à cinq personnes en faisant crédit aux berbères à qui il demandait l'hospitalité sur la terrasse d'une maison de village ou quelque fois, et c'était pour nous le luxe, dans une chambre de Kasba, faisait naître en retour leur confiance en nous. C'était de la bonne politique.
Aujourd'hui, nos troupes ont considérablement accru le territoire soumis au Sultan par l'occupation du Tafilalet et la région du Dadès et il est à prévoir que bientôt le Tourisme marocain pourra étendre son champ d'action jusqu'au désert, dont Marrakech deviendra la porte la plus belle et la plus séduisante, à la tête d'une route jalonnée de Kasba dont nous avons essayé de montrer l'intérêt. Si nous y avons réussi notre but sera pleinement atteint.
Casablanca le 15 février 1932.


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Pierre AUBREE
Admin



MessageSujet: Les Kasba du Haut Atlas.    Ven 27 Déc - 9:59

Table des matières.



Carte des chemins et Kasba du haut Atlas.




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FIN de

" LES KASBA DU HAUT ATLAS "

de M. de Mazières et J. Goulven.

Photographies de L. Guillot et L. de Mazières.
Dessin de couverture de E. Brindeau.

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Les Kasba du Haut Atlas.
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